Docu sonore sur la rénovation urbaine
Rendre à la poussière des années d’existence
Le banc où s’asseyait un grand-père ou les petits carreaux bleus d’une salle de bain. Des détails, comme ces lambeaux de papiers peints qui restent, une fois la façade de l’immeuble éventrée. À quoi se raccrocher quand tout est vidé, grignoté puis anéanti ? Une habitante d’Empalot, quartier toulousain qui a subi une « opération de rénovation urbaine », explique qu’elle a appris récemment qu’une grue pouvait être un oiseau. « Pour moi les grues, toute ma vie, c’étaient les grues en ferraille. » Celles qui défoncent des habitats et des souvenirs, bouleversent jusqu’à la taille même de l’espace où tout repère devient impossible, même celui du chemin emprunté enfant.
À travers les témoignages de trois habitantes de quartiers différents mais unies par la même expérience, « Personne ne se souviendra de nous »1, mêle sentiments et analyses face à un phénomène dont la brutalité est une continuité historique et géographique. Dans le générique de fin, on apprend qu’en France, entre 2004 et 2022, plus de 175 000 logements, dans 546 quartiers populaires, ont été démolis. La rudesse de l’annonce, les propositions de relogement pourries, les tentatives de désunion : les témoignages retracent un quotidien bouleversé, la dépossession et le mépris. L’une des habitantes raconte avoir été parmi les dernières locataires à partir : « C’est presque sadique, comme si t’étais placée à un endroit où t’étais obligée de te regarder disparaître […] Tu cohabites avec ta finitude. »
À intermèdes réguliers, on entend également la voix de la machine, contrepoint à ces vies humaines dont « la réalité part en fuite », comme pour donner corps à un processus qui semble décidé de tellement haut que les responsables ne sont jamais nommément cités. Cette machine, « Ferrari de la destruction », qui démolit en quelques heures un immeuble de neuf étages, et laisse, en bas, des existences à reconstruire. « Il y a quelque chose qui part, qui s’en va et c’est irrémédiable. »
À Empalot, un artiste avait affiché en énorme le visage d’un chibani2 sur la façade d’un immeuble. Les grues ont commencé par là, par « grignoter son visage ». Plus tard, dans un autre quartier, « le nouveau visage » est devenu Basic-Fit. « Épuré, dynamique, sportif et propre. » Parmi les stratégies de résistance esquissées revient celle de la mémoire : accorder « beaucoup plus de place » à cet espace imaginaire et continuer à raconter, avec le sentiment d’« avoir la responsabilité qu’une chose ne meurt pas ».
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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1 À écouter sur le Bandcamp du Collectif de radiographie urbaine.
2 Immigré maghrébin de la première génération.
Cet article a été publié dans
CQFD n°252 (mai 2026)
En cette ère de hausse des prix de l’énergie, où résonnent divers appels à l’électrification, au nucléaire, CQFD s’est pris la tête sur les meilleures et pires façons de faire tourner la machine. Jean-Baptiste Fressoz nous rappelle que le renouvelable n’enterre pas le fossile, Sébastien Navarro nous parle des déchets nucléaire à Malvési. Hors numéro, répression administrative : en Europe, où fleurissent les hubs de re-migration ; et plus spécifiquement au pays de l’amour, pour les internationaux qui souhaitent officialiser leur union. On parle aussi du projet de méga-canal dans les Hauts de France, et du décolonialisme difficile en Haïti.
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Paru dans CQFD n°252 (mai 2026)
Dans la rubrique Culture
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Mis en ligne le 30.05.2026
Dans CQFD n°252 (mai 2026)
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