Sur la Sellette
Douze mois de prison et un conseil
Romain R. comparaît pour avoir conduit malgré une annulation de permis et en état d’ivresse. Des policiers l’ont trouvé un matin, endormi au volant d’une voiture n’ayant plus que trois roues et qui avait visiblement roulé sur une jante pendant quelques dizaines de mètres.
Le prévenu a expliqué en garde à vue que le véhicule était à sa compagne et que c’est elle qui avait conduit. Le couple avait fait la fête dans un bar la veille. Iels ont crevé sur le retour et ont fini coincé·es sur un rond-point. Sa femme est repartie acheter des cigarettes avec des personnes rencontrées ce soir-là. Romain R. a seulement pris le volant pour mettre le véhicule à un endroit moins gênant, puis s’est endormi.
Sur son casier, il y a 17 mentions – infractions routières pour la majorité, recel, contrefaçon, violences, vols. Le président commente : « C’est long de lire tout votre casier judiciaire ! Qu’est-ce que vous en pensez de tout ça ? »
Le prévenu ne sait pas trop quoi répondre. Il explique qu’il a rendez-vous avec un addictologue en février, mais le président a une meilleure idée : « Si vous savez que c’est l’alcool qui vous fait avoir des problèmes judiciaires, vous pouvez peut-être arrêter de boire ? Manifestement il y a un problème. Vous n’êtes pas d’accord ? »
Romain R. répond avec réticence qu’il ne voit pas les choses de cette façon, ce qui exaspère la procureure, qui déteste les prévenus de mauvaise volonté : « C’est le genre d’audience qui m’agace passablement. Ce qui ressort de son attitude, de la garde à vue et de son casier judiciaire lui-même, c’est que le prévenu ne se remet pas en cause ! On a pourtant mis en place tout un tas de choses – sursis probatoire, bracelet électronique, détention. Il est aussi indifférent à la problématique de l’alcool que face aux décisions judiciaires. Il ne comprend pas pourquoi ce qu’il a fait est grave ! Il n’a pas le droit de conduire, que ce soit 50 centimètres, un mètre ou 200 mètres, a fortiori quand il est alcoolisé ! »
Pour bien lui faire comprendre, elle demande 12 mois de prison avec mandat de dépôt.
L’avocat de la défense pense qu’il faut « remettre le dossier dans un contexte » et que la justice doit « savoir sanctionner intelligemment ». Puis il se rassoit.
Les trois juges se retirent pour délibérer brièvement.
Après avoir annoncé à Romain R. qu’il était condamné à 12 mois de prison avec mandat de dépôt, la présidente ajoute un conseil : « Il faut prendre conscience de votre problématique addictive.
— J’en ai conscience… J’avais commencé à faire des choses… Là tout va s’arrêter. »
Sa voix se brise, il s’appuie sur le box en plexiglas, accablé.
« Tout ne va pas s’arrêter, il faudra continuer en prison ! Par ailleurs, est-ce que vous avez des douleurs ou un traitement que je dois signaler à la prison ? J’ai déjà indiqué qu’il y avait un risque de manque. » Mais le condamné ne répond plus. Une des policières présentes dans le box le tient par les épaules et lui parle doucement.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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Cet article a été publié dans
CQFD n°252 (mai 2026)
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Paru dans CQFD n°252 (mai 2026)
Dans la rubrique Chronique judiciaire
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Mis en ligne le 30.05.2026
Dans CQFD n°252 (mai 2026)
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