Échec scolaire
Les petits mouchards
Dernière semaine avant les vacances. L’énergie déployée tout au long du mois de mars de manifs, grèves et blocages semble un peu retomber. Dans les couloirs, on lit la fatigue dans le regard des profs et des élèves mobilisé·es. D’autant que la répression subie par les lycéen·nes à Marseille a été sévère. Pour la dénoncer, un rassemblement est organisé. Sur place, une centaine de profs et de lycéen·nes. « On ne veut pas des insultes ni des coups de bouclier. Ce qu’on veut, c’est être entendu. Qu’est-ce que font nos dirigeants ? Ils nous envoient les CRS ! Et la répression à laquelle nous nous attendions moins, c’est celle des établissements », exprime un élève au mégaphone. Bien dit. Car aux intimidations et menaces policières qui ont eu lieu devant les blocus, parfois transformées en arrestations musclées, s’est ajoutée une répression plus sournoise de la part des directions scolaires. Dans mon lycée, celleux qui bloquaient sont régulièrement pris à partie par la direction, en faisant peser sur elleux des menaces de conseils de discipline. Dans un autre lycée, les pensionnaires ont été interdit·es de sortir devant l’établissement pour « cause de danger ». L’un d’entre elleux me raconte : « C’est une manière de tuer notre blocus parce qu’il est essentiellement mené par des élèves de l’internat ! » Ailleurs encore, un jeune me rapporte que les policiers auraient dit à certain·es : « On connaît vos noms, on va venir chez vous, on va vous arrêter. » Mais comment ont-ils pu avoir leur nom ? Selon plusieurs personnes, l’administration du lycée en question aurait fourni un trombinoscope avec noms et photos des élèves mobilisé·es à la police. Légal ? « C’est très douteux, d’autant que les parents n’ont pas autorisé cet usage de la photo de leur enfant », observe une amie syndicaliste.
Pendant les vacances, une info fait grand bruit dans le petit monde du syndicalisme enseignant. L’inspecteur d’académie des Bouches-du-Rhône a adressé début avril une lettre aux familles dans laquelle il écrit : « Votre enfant a été reconnu lors d’une manifestation devant la direction des services départementaux de l’Éducation nationale. » Comment les « enfants » ont-ils pu être reconnus ? L’inspecteur d’académie l’a confié à la presse locale, il les a photographiés lors du rassemblement avant de demander aux chefs d’établissements de les identifier. Ainsi, police et petits chefs veillent au grain et cherchent à faire taire une jeunesse qui se bat pourtant pour améliorer les conditions de travail de tout le monde. Au mégaphone, un lycéen conclut : « Il faut continuer à s’éduquer seuls s’ils refusent de nous en donner les moyens ! Et changer la société s’ils se bornent à vouloir nous refiler leur monde pourri ! »
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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Cet article a été publié dans
CQFD n°252 (mai 2026)
En cette ère de hausse des prix de l’énergie, où résonnent divers appels à l’électrification, au nucléaire, CQFD s’est pris la tête sur les meilleures et pires façons de faire tourner la machine. Jean-Baptiste Fressoz nous rappelle que le renouvelable n’enterre pas le fossile, Sébastien Navarro nous parle des déchets nucléaire à Malvési. Hors numéro, répression administrative : en Europe, où fleurissent les hubs de re-migration ; et plus spécifiquement au pays de l’amour, pour les internationaux qui souhaitent officialiser leur union. On parle aussi du projet de méga-canal dans les Hauts de France, et du décolonialisme difficile en Haïti.
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Paru dans CQFD n°252 (mai 2026)
Dans la rubrique Échec scolaire
Par
Illustré par Mona Lobert
Mis en ligne le 30.05.2026
Dans CQFD n°252 (mai 2026)
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