Échec scolaire

Conseil de classe : punir les déserteurs

Loïc est prof d’histoire et de français, contractuel, dans un lycée pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d’une institution toute pétée. Entre sa classe et la salle des profs, face à sa hiérarchie ou devant ses élèves, il se demande : où est-ce qu’on s’est planté ?

Tout va bien. Ma classe ressemble à un repère pour jeunes hyperactifs inadaptés. On y apprend tant qu’on peut, au rythme qu’on veut. Les séances sont ponctuées de débats plus ou moins reliés au cours lancés inopinément par les élèves : « C’est qui le meilleur ami de l’homme ? Le chien ou le cheval ? » et de concours improvisés de lecture « à la française » de poèmes de Victor Hugo : « Demain dès l’auuuubeuuh, à l’heure où blanchit la campagnneuh ». Seul hic de la semaine : j’ai deux conseils de classe. L’occasion d’observer le gouffre qui me sépare des autres profs…

« Tout va bien. 134 heures d’absence en moyenne par élève. 35 % de la formation manqués en moyenne. Que demande le peuple ? » Projetée au tableau, la prof principale relit son appréciation de la classe. Nous voilà servi·es. « Je sais pas quoi dire de plus. Ils font ce qui veulent, ils viennent quand ils veulent. ». Les autres profs acquiescent et soufflent. « En même temps, ils ne veulent pas être dans cette filière », rajoute un autre. Le principal embraye pour clore la discussion : « C’est toujours la même chose ! Ils veulent aller ailleurs mais ne savent pas où ! Ils ne font pas les démarches. On ne peut rien faire. » Faire reposer sur les élèves le manque de sens de l’école. Merci chef. On passe ensuite au cas par cas. Pour chaque élève, le débat démarre sur le taux d’absence et les appréciations en conséquence : mise en garde, avertissement ou blâme. Jamais la discussion ne porte sur les raisons qui poussent ces jeunes des quartiers Nord à s’absenter : les galères et les drames du quotidien, ou le désintérêt légitime pour un apprentissage pas choisi. Quand j’évoque les motifs d’absence d’un élève en situation d’exil, le prof d’élec’ me regarde avec les yeux ronds : « De toute façon, ils les justifient comme ils veulent leurs absences ! ». Bon républicain, le CPE tempère : « C’est important qu’ils justifient. Plus tard, ils devront faire des arrêts de travail, c’est ça l’apprentissage de la citoyenneté. » En plus, ils ne travaillent pas assez, et se marrent à l’atelier : « Travailler ? Ils ont supprimé ce mot de leur vocabulaire », raille encore le prof d’élec’. Pour celles et ceux qui souhaitent se réorienter, c’est souvent le parcours du combattant. Quand, par miracle, un établissement a de la place en CFA (Centre de formations d’apprentis), il faut ensuite qu’un patron les prenne : « Il devait commencer avec ce patron mais il n’a plus les subventions… », raconte le CPE. Du coup, l’élève reste en lycée pro. L’auditoire soupire mais ne se révolte pas. Même chose quand on discute trouble « dis » : « Il faut un an et demi d’attente pour voir un orthophoniste, un an pour poser un diagnostic. Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse... », geint le chef d’établissement. Au hasard : des manifs, des grosses grèves et des blocages de bahuts peut-être, plutôt que de taper sur des élèves qui désertent une institution défaillante ?

Le lendemain en classe, je discute avec mes élèves : « Monsieur on s’est fait chauffer le cul au conseil ! » rigole l’un deux. Et rajoute « On sera sérieux, mais APRÈS l’école ». Profite va.

Loïc

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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CQFD n°249 (février 2026)

Cet hiver, les agriculteurs ont été nombreux à se mobiliser pour tenter de faire entendre leurs voix contre la gestion de l’épidémie de dermatose et le traité du Mercosur. On vous a concocté un dossier spécial agriculture : on y évoque l’entente surprenante entre la Confédération paysanne et la Coordination rurale, puis on s’est entretenu avec Morgan Ody, coordinatrice générale de La Via Campesina, qui nous donne son ressenti après la suspension du traité de libre-échange avec le Mercosur après 26 ans de contestation. Hors dossier, on vous parle du projet bien polluant et loin d’être démocratique des JO d’hiver 2030, qui se doivent se dérouler dans les Alpes. On prend des nouvelles de la situation au Venezuela après l’enlèvement de Nicolàs Maduro et on discute de Tête dans le mur, le bouquin gonzo d’Emilien Bernard, l’un de nos journalistes qui a remonté la frontière murée entre les US et le Mexique.

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Paru dans CQFD n°249 (février 2026)
Dans la rubrique Échec scolaire

Par Loïc
Illustré par Mona Lobert

Mis en ligne le 14.02.2026