Tacle anti-bourgeois
Les multipropriétaires se foot de notre gueule
En septembre dernier, à peine le Championnat de France de Ligue 1 avait commencé que les supporteur·ices strasbourgeois·es étaient vent debout contre la direction de leur club : le Racing Club de Strasbourg (RCS). La raison ? « Il apparaît désormais clair que le Racing est utilisé comme une réserve spéculative, destinée à accumuler des joueurs surpayés pour en tirer une plus-value ou alimenter Chelsea, véritable équipe première dans ce système multipropriétaire », dénonçaient quatre groupes de supporter·ices via un communiqué commun publié le 14 septembre dernier.
Face au fléau des transferts en « circuit fermé », la timidité de la Pat’ Patrouille financière entraîne des dérives
En juin 2023, le président du RCS Marc Keller décide de vendre le club au consortium anglo-américain BlueCo. Problème, BlueCo possède déjà le club anglais de Chelsea qui économiquement et sportivement pèse plus que le RCS. Résultat : le consortium utilise Strasbourg comme base arrière pour Chelsea et l’avenir sportif du RCS devient secondaire.
Le 12 septembre dernier, l’attaquant néerlandais Emanuel Emegha annonce conjointement avec Chelsea et le RCS son départ du club alsacien pour le club londonien à l’été 2026. Il est pourtant encore sous contrat dans le Bas-Rhin et la saison vient de démarrer. Même s’il est performant sur le terrain, comment ne pas douter de son investissement ? Le RCS risque de structurellement devenir le « centre de formation » de Chelsea où des joueurs prometteurs sont stockés en attente de crever l’écran ou d’être revendus plus cher. Le club perd donc ses propres ambitions sportives. Et face aux transferts en « circuit fermé », la timidité de la Pat’ Patrouille financière entraîne d’autres dérives. Des clubs d’un même propriétaire vont jusqu’à surfacturer des transferts de joueurs qu’ils s’échangent dans le but d’équilibrer les bilans comptables.
La multipropriété entraîne aussi de sérieux conflits d’intérêts. La saison dernière, le club anglais de Manchester City et le club espagnol du Girona FC participaient tous les deux à la Ligue des champions, la plus prestigieuse des compétitions européennes, alors que la holding émiratie City Football Group possède entièrement le premier en plus d’être le principal actionnaire du deuxième. Si le règlement de l’Union des associations européennes de football (UEFA) l’interdit, le City Football Group s’en est arrangé : il a transféré ses actions du Girona FC vers une structure « indépendante » supervisée par l’UEFA, a démissionné ses sbires du club et s’est engagé à ne pas faire de transferts entre les deux clubs pendant la saison. Mais ce tour de passe-passe ne dupe personne. On se dirige bel et bien vers un football en vase clos opaque, structurellement inégalitaire et dont « l’intégrité des compétitions nationales et internationales est grandement compromise » dénonce l’Association nationale des supporters.
Un club de foot est censé garantir une identité culturelle et un patrimoine historique et social local. Ainsi tout le mois de septembre, les supporteur·ices strasbourgeois·es, ont déployé un arsenal d’actions pour se faire entendre : communiqués, banderoles « BlueCo Out », et dénonçant la multipropriété, boycott des encouragements… Plusieurs groupes ultras français laissent alors leurs rivalités de côté pour déployer des banderoles de soutien aux supporteur·ices du RCS. Mais dans le foot comme ailleurs, les capitalos répriment. Dès le 18 septembre, la direction du club notifie par mail aux groupes de supporter·ices du RCS que les banderoles qui entrent au stade de la Meinau sont désormais contrôlées, la surveillance de ces groupes accrue et la sécurité dans leur tribune renforcée.
Pourtant des alternatives à la financiarisation du football existent. En Allemagne, la règle du « 50 +1 » stipule que 51 % d’un club professionnel doit appartenir à ses membres et donc qu’un investisseur privé ne peut en détenir plus de 49 %. Et de vrai·es amoureux·euses du football vont encore plus loin en détenant à 100 % leur club pour en faire de réels instruments de cohésion sociale et de lutte, comme les Bohemians de Dublin, le FC United of Manchester ou le CS Lebowski (Florence). Fans de foot, ne perdez pas espoir !
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CQFD n°248 (janvier 2026)
En Syrie, les Druzes de Soueïda continuent de se battre pour l’indépendance après la chute de Bachar al-Assad : iels nous racontent leur méfiance vis-à-vis du nouveau pouvoir en place. En France, si on n’a pas été choqué-es que l’Etat et les fachos s’engouffrent dans la brèche guerrière du moment, quand la gauche s’y est mise, on a eu du mal à avaler la pilule. Entre réarmement démographique et le Service national universel, des gens qu’on pensait camarades se sont dit prêts à prendre les armes. Chez nous, c’est pas question. Pour s’en échapper, on s’est plongé dans des supers bouquins et ça nous a inspiré : rencontre avec Wendy Delorme, autrice de romans d’anticipation queer et écolo, entretien avec Benjamin Daugeron qui raconte l’alcoolisme de son père dans Treize années à te regarder mourir et analyse du Girlcott qui a mené à l’annulation du Festival de BD d’Angoulême.
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Paru dans CQFD n°248 (janvier 2026)
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Mis en ligne le 24.01.2026
Dans CQFD n°248 (janvier 2026)
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