édito
Le brame du chef
Qu’est-ce qui est pire ? Que le président (petit « p ») des USA signe un décret qualifiant les antifascistes de terroristes ? Ou que des cohortes de partisans fanatisés envahissent les réseaux pour menacer toute personne critique, à l’image de l’historien de l’antifascisme Mark Bray, forcé de fuir son pays sous l’avalanche de menaces de mort ? Les deux, mon général. Si Trump est l’aboyeur en chef, il est suivi par une kyrielle de délirant·es boute-feux. Tandis que sa ministre de la Justice Pam Bondi promet de « détruire l’organisation [antifa] du sommet à la base », la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem pousse le bouchon plus loin, bramant « ils ont infiltré notre pays entier ». Cette dernière assertion serait fort plaisante si elle n’était pas totalement imaginaire.
En adoptant cette rhétorique outrancière et en dépeignant un pays à feu et à sang, Trump et ses affidés ne font que mimer le comportement de tout pouvoir fasciste : pointer des boucs-émissaires et inventer de toutes pièces un ennemi intérieur. Qu’importe si le martyr fasciste Charlie Kirk a été buté par un individu aux convictions politiques aussi embrouillées qu’un rassemblement d’adeptes de la Terre plate. Et qu’importe si les déclarations de Trump sont d’un ridicule achevé quand il dénonce des « anarchistes corrompus », se payant avec l’argent des conspirateurs des « imprimantes très chères » et du « beau papier » (brrr). L’essentiel est de faire passer le message : avec nous ou contre nous.
Cette inversion de la réalité est intrinsèquement liée à l’essor de la post-vérité et de réseaux sociaux démultipliant les haines. On la retrouve chez Orban ou Milei, pourfendeurs eux aussi d’un virus woke fantasmé, de gauchistes assoiffés de sang et d’opposants financés par des ennemis de la nation. L’Internationale du mensonge n’est pas soluble dans le « fact-checking », elle s’en nourrit, crachant à la gueule de celles et ceux qui pointent ses errements. Oui, la guerre des mots est déclenchée et nous sommes en train de la perdre.
Alors quoi ? Comment résister à cette vague ? Rencontrée aux États-Unis, la militante acharnée Billie refuse de baisser les bras : « Je décide d’être optimiste, sinon je me noierais dans l’alcool jusqu’à la mort. » Et d’ajouter : « C’est l’ultime conflit. » Un conflit qui se joue autant dans la rue que sur le terrain des imaginaires. Si la gauche au sens large ne parvient pas à construire un récit désirable, à opposer aux délires réactionnaires une ligne attractive à mille lieues de la molle bouillie socdem, il sera peut-être possible de reprendre la main. De ressusciter l’utopie, la belle, la désirable, en mêlant lutte des classes et lutte des affects. Sinon : nous pataugerons encore davantage dans une boue politique nauséabonde. Utopistes et antifascistes, sortez l’artillerie. Ça urge.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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CQFD n°246 (novembre 2025)
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Paru dans CQFD n°246 (novembre 2025)
Dans la rubrique Édito
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Mis en ligne le 29.11.2025
Dans CQFD n°246 (novembre 2025)
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