Ses articles dans les numéros 1 à 82 de CQFD sont consultables sur l’ancien site. Et à partir du n°83, ci-dessous.
Il y a eu des signes avant-coureurs comme le départ de notre directeur alors qu’il n’avait même pas deux ans de fonction sur le site. Il y a eu aussi les départs de certains cadres de l’usine et, plus nombreux encore, du siège social. Comme des rats quittant le navire. Mais on n’a pas trop fait gaffe. Et puis il y a eu les communiqués de presse pour nous annoncer que Total allait vendre sa filiale engrais. L’acquéreur serait Borealis, un groupe autrichien aux capitaux venant d’un fond d’investissement (...)
C’est un processus qui a mis un peu de temps pour se développer mais, d’un coup, il fallait que ça explose. Comme s’il n’avait plus supporté. C’est quand il a atteint ses 57 ans que Fafa a dit : « Je n’en peux plus ! » Fafa travaille à l’usine depuis qu’il a 25 ans et il n’a quasiment jamais changé d’atelier. Il a grimpé les échelons et est devenu chef d’équipe. Mais, chef d’équipe dans cet atelier d’engrais, c’est presque faire le même boulot que ses collègues. Lorsqu’il fallait manier la pelle pour ramasser (...)
« With or whitout you ». Les paroles de Bono montent dans le crématorium du cimetière rouennais. C’est comme ça maintenant, U2, comme d’autres, a détrôné les Te Deum ou la musique de Bach, lors des cérémonies funéraires. On se retrouve environ 200, pour un dernier rencard avec Robin. Certains ont revêtu un gilet fluo siglé CGT. Robin était salarié chez Pétroplus, pompier et militant CGT. Je l’avais croisé plus d’une fois, lors de réunions, de manifs et de stages. Du genre énervé, un physique et des prises de (...)
Et voilà que je me retrouve une fois de plus à la Défense, au siège social de la boîte, pour un exercice de style imposé que j’apprécie tout particulièrement. Personne ne voulant assister à ce type de réunion, mon côté curé a fait que je me suis proposé : être représentant syndical au Conseil d’administration (CA) de l’entreprise. Déjà que je déteste toutes ces réunions paritaires au siège qui ne servent pas à grand-chose, si ce n’est à nous éloigner du lieu d’exploitation et des collègues, les réunions de CA, (...)
Le 9 octobre était une journée de grèves et de manifestations à l’échelle européenne, pour l’industrie et l’emploi. Il faudrait sans doute discuter de l’industrie, mais ce n’est pas le jour. Dans l’usine où je bosse, la CGT, relayant l’appel national, appelait à la grève et à manifester à Paris. La veille de cette journée, alors que les salariés de l’usine se prononcent en nombre sur leur participation à la grève, le nouveau directeur a convoqué séparément les organisations syndicales pour leur expliquer que (...)
Dans chaque usine, on essaie de se garder quelques îlots pour tenir. Ce sont les vestiaires, les fumoirs, les réfectoires… Des lieux où l’encadrement se pointe très rarement, sous peine de se faire envoyer balader. Il y a aussi d’autres lieux, plus institués, comme les locaux du comité d’établissement ou, lorsque c’est possible, les locaux syndicaux. Ce sont des lieux presque hors du temps de l’exploitation, et l’on s’y attarde en fonction des rapports qu’on entretient avec la hiérarchie ou avec le (...)
Lundi 3 septembre, 9 h 30, réfectoire de l’atelier de fabrication d’ammoniac. Les cadres et les ingénieurs sont partis assister à la réunion hebdomadaire avec le directeur qui leur annonce son départ pour les hautes sphères de la hiérarchie de Total. Il n’aura pas fait long feu, à peine deux ans. Bref, on est tranquille jusqu’à midi. Aujourd’hui, c’est le calme plat. Silence des machines et des ouvriers pendant que les cuillères tournent dans les tasses de café. Les copains sont plutôt abattus. Parce (...)
Le service sécurité dans une boîte comme la mienne est un secteur devenu important depuis l’accident d’AZF et toutes les mesures qu’il a fallu prendre par la suite (loi Bachelot et applications des mesures dites Seveso). Cela s’est concrétisé par une multiplication de procédures qui ont transformé l’usine en une administration soviétique. Il faut désormais remplir de plus en plus de documents qui doivent être signés et validés par toute la hiérarchie, car il faut que chacun soit couvert. Cela entraîne un (...)
Ce mois-ci, j’étais peu à l’usine. J’ai bradé mes congés de l’année pour aller présenter mes bouquins à travers la France. Parmi ces déplacements, je me suis retrouvé à intervenir au centre de détention de Val-de-Reuil (Eure). Ce n’est pas la première fois que j’interviens en prison, je sais que ce sont des moments forts et, du coup, j’accepte toujours les invitations à l’intérieur des murs. Je sais que je n’y vais pas pour rien. Je sais aussi que je n’y vendrai pas de livres, mais ce n’est pas le but. Je sais (...)
J‘aurais pu vous parler de trois (ex)collègues qui viennent de passer l’arme à gauche durant le mois écoulé, pour cause de cancer ou d’amiante, et dont deux n’avaient même pas atteint l’âge de la retraite. Mais vous diriez que je fais dans la sinistrose, que je plombe l’ambiance, alors laissons le pessimisme pour des jours meilleurs et regardons un de ces (trop) rares moments positifs que nous pouvons vivre à l’usine. Jadis (CQFD n°80) je vous avais fait un topo sur des affaires que mon syndicat avait (...)
