S’il y a une jeune maison d’édition rebelle que j’entends soutenir bec et griffes, c’est bien Wombat avec son palmarès de textes couillus et poilants signés Robert Benchley, Takeshi Kitano, DDT, Topor ou S.J. Perelman, le dialoguiste de proue des Marx Brothers. S’il y a, d’autre part, un dessinateur pamphlétaire à qui je voudrais rouler une galoche dans son sépulcre, c’est bien le grand Gébé qui est à juste titre fêté comme le fricasseur de la véritable utopie française d’agit-prop des cinq dernières (...)
Dans l’étude savante du professeur Stéphane Sirot sur Le Syndicalisme, la politique et la grève (éd. L’Arbre bleu) – qui montre fort bien comment les syndicats de la Belle Époque se sont mis peu à peu à forniquer avec le patronat –, il y a, néanmoins, quelques pages galvanisantes sur le syndicalisme d’action directe claquant au vent comme une sorte d’utopie mise en actes.
On y dresse le portrait du savoureux agitateur ouvrier au chapeau melon Émile Pataud qui fut le fer de lance entre 1902 et la (...)
Le binocle bakouninien au bout du nez, faisons un petit tour dans les livres récents axés sur la réimagination de la vie sociale.
« Utopie, j’écris ton nom » (Les Arènes), le n°16 de la revue XXI du « journalisme debout » sans pubs, commence mal. On y ramasse toute l’histoire de l’utopie en trois noms : le cagot Thomas More, le prosaïque Voltaire (dont le Candide préfère l’agriculture potagère à la ripaille dans l’Eldorado) et le révérend Martin Luther King. Après, ça va mieux. Car c’est sans complaisance (...)
Grâce à deux livres rigoureusement documentés et tout à fait grisants, À la fête de la révolution de Claudia Salaris (Rocher, 2006) et La Cinquième saison du monde de Tristan Ranx (Max Milo, 2009), aucun cafard défaitiste ne peut plus en disconvenir : c’est une véritable contre-société libertaire qui a été lyriquement, et ludiquement, expérimentée entre septembre 1919 et décembre 1920 sur la côte Adriatique, dans la ville de Fiume.
Les acteurs : des légionnaires mutinés, qu’on surnommait les « arditi » – (...)
En s’aventurant dans De l’utopie ! (éditions de l’Incidence), y a de quoi avoir les fumerons : son fricasseur, le crack de philo rattaché au CNRS (oyayaïe !) Pierre Macherey, a boulonné jadis avec le funeste enculeur de moucherons Althusser. Il constate : un, que les innombrables dénigreurs du « principe espérance » (Ernst Bloch) se nichant dans l’utopie « feignent d’ignorer que le monde dont l’utopie tente de s’évader est lui-même à fuir » ; deux, que le propre des bonnes utopies, c’est d’« oser (...)
Dans Osons l’utopie ! que viennent de lâcher dans la nature les vaillantes Éditions libertaires, Christian Dupont, le frigousseur du couillu Manifeste pour une mort douce, libre et volontaire (même éditeur), reconstitue avec pas mal de verve la vie courante des communautés rurales rebelles de France dans les années 1970.
On en dénombrait alors près de 500, surtout dans les départements du Sud. Nourri d’expériences personnelles, le récit du compère Christian s’intéresse à celles qui, refusant tout « (...)
« Le rêve aussi doit avoir sa prise de la Bastille », s’écriait le poète-agitateur grec Nicolas Calas. Ce pourrait être la devise de la petite maison d’édition artisanale insurgée de Ménilmontant, Rue des Cascades, dont tous les titres nous proposent situationnistement, comme son auteur-clé Raoul Vaneigem, de « créer à la fois notre propre destinée et les situations favorables au bonheur de tous ». Dans le jubilatoire L’État n’est plus rien, soyons tout, le compère Raoul en appelle à « un système de (...)
Comme il est question d’alternatives utopistes dans quelques livres récents, j’ai ôté mon lorgnon (je vois mieux sans) pour aller jeter un œil par là.
Biographe de Chamfort (pourquoi pas ?) et de Cocteau (ouh la la !), Claude Arnaud décrit « l’effondrement du monde adulte » en mai 68 à travers les vitreux d’un gavroche de douze ans dans son roman Qu’as-tu fait de tes frères ? (Grasset). Paris y « baigne dans un climat de rêve ». C’est le carnaval (on pille les réserves à costumes de l’Odéon), c’est Capoue (...)
Dans son passionnant pamphlet post-situationniste sorti il y a quelques mois, Crédit à mort (Lignes), Anselm Jappe, le meilleur décrypteur de Debord, souligne que le mouvement anarchiste espagnol, en 1936, « a probablement été ce qui s’approchait le plus de la formation d’une contre-société au sein de la société capitaliste » : abolition de toute forme de pouvoir hiérarchisé et des inégalités dans les zones insurgées, suppression de l’argent, du commerce, de la propriété privée, prise en mains collective de (...)
Un des plus embrasants mots de désordre de mai 68, qu’on retrouve dans le chouettissime recueil de l’AAEL et de la coopérative d’imprimerie 34 de Toulouse Affiches contre ! De 68 à nos jours, c’est certes « Vivons aujourd’hui ce que nous désirons pour demain ». Les livres clés retraçant des essais réussis d’utopies ne manquent pas : Alexandre Skirda sur la mutinerie makhnoviste d’Ukraine et l’insurrection de Cronstadt en 1921, Vaneigem sur les communautés iconoclastes hédonistes, Abel Paz et Frank Mintz sur (...)