Sur la Sellette
Pour la sécurité des travailleurs
Les gendarmes ont contrôlé Mickaël T. après l’avoir vu téléphoner sur un scooter. La présidente résume les faits : « Le test salivaire est positif au cannabis et à la cocaïne et vous avez sur vous un pochon de 0,16 gramme d’herbe. » Le prévenu comparaît donc pour conduite sous stupéfiant, en récidive parce qu’il a été condamné pour des faits similaires en mars 2025. Il est d’ailleurs sorti de prison en janvier et exécute la fin de sa peine sous bracelet électronique. À quatre reprises, la présidente lui demande pourquoi il a pris ce scooter, étant donné sa situation judiciaire. Le prévenu répond invariablement qu’il devait aller au travail, et qu’il sait bien qu’il a un problème d’addiction : « Je veux faire une cure. J’ai contacté l’association Clémence Isaure. J’ai un rendez-vous dans deux mois, mais pas avant. — C’est une chose de demander à une association, mais avez-vous essayé des choses par vous-même ? Est-ce que vous avez essayé d’arrêter ? — C’est une maladie, la toxicomanie. Je m’en sors pas. — Vous êtes pourtant dans une situation qui permet d’envisager l’avenir : vous avez un CDI, vous gagnez 1 600 euros par mois, vous avez un enfant de cinq ans, vous êtes manutentionnaire. Si vous avez besoin de trouver une cure, vous pouvez vous adresser au service pénitentiaire d’insertion et de probation. Ils servent à ça. — J’ai demandé ! C’est eux qui m’ont orienté vers l’association Clémence Isaure. » Le procureur rappelle qu’il y a quinze mentions sur son casier et que la plupart sont des infractions routières : « Il est dangereux dans une voiture, dangereux sur un scooter. Ce qui m’a frappé aussi, c’est qu’il va au travail en ayant consommé de la drogue ! Alors qu’il est manutentionnaire ! Les accidents du travail sont de plus en plus fréquents à cause de la consommation de stupéfiants des travailleurs, notamment dans les boulots manuels, par exemple dans le BTP. » Et, pour que personne ne pense qu’il dit n’importe quoi, il ajoute : « Il y a beaucoup d’articles là-dessus » ; puis demande six mois de prison avec maintien en détention et 200 euros pour avoir téléphoné en conduisant. L’avocat de Mickaël T. demande à ce que la peine soit exécutée sous bracelet : « Je rappelle que, sauf circonstances exceptionnelles, les peines de six mois ne doivent pas être mises à exécution. Il travaille, il a trouvé un logement, il reconnaît qu’il a un problème et qu’il est toxicomane, il fait des démarches ! C’est plus utile pour lui et pour la société de lui permettre de se soigner que de l’enfermer. » Il indique qu’en Espagne, la même infraction serait punie d’une peine d’amende. Quand le tribunal se retire pour délibérer, la compagne du prévenu, en larmes, se précipite vers le box, mais elle est repoussée par le policier chargé de la sécurité. Le tribunal revient et condamne Mickaël T. à huit mois de prison avec maintien en détention – auxquels s’ajouteront les cinq mois de la peine précédente, l’aménagement sous forme de bracelet électronique ayant été révoqué. Sa compagne se lève, lui lance « je t’aime » et sort de la salle.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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CQFD n°251 (avril 2026)
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Paru dans CQFD n°251 (avril 2026)
Dans la rubrique Chronique judiciaire
Par
Mis en ligne le 01.05.2026
Dans CQFD n°251 (avril 2026)
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