Edito
La bête immonde grignote l’Europe
Pouah. Chaque jour qui passe, l’Europe empeste un peu plus, le groin plongé dans un fumier mêlant racisme et repli sur le nombril du Vieux Continent incontinent. Une puanteur qui s’infiltre autant à échelle nationale qu’à celle des institutions européennes. Comme si Meloni et Orban s’étaient accouplés sur un tas d’ordures, avant de lâcher les centaines de rats bruns issus de leur union dans les travées du Parlement européen. L’objectif de ces rongeurs : briser l’élan, souvent désespéré, des personnes exilées en bunkerisant l’Europe à vitesse grand Vomi. Ce qui ne passe pas uniquement par des murs ou le déploiement de la police aux frontières Frontex, mais également par la multiplication des obstacles administratifs et des processus de refoulements dans des pays où les droits humains sont considérés comme des blagues Carambar.
Le 3 décembre dernier, la Commission libertés civiles du Parlement européen a ainsi adopté deux textes approuvant les politiques d’externalisation des frontières pour satisfaire la soif d’inhumanité de l’extrême droite. Le premier liste les pays tiers dans lesquels les Européen·nes pourront renvoyer les « indésirables » dans des « centres de retour », même s’iels n’ont aucune attache dans ceux-ci. Le deuxième liste des pays jugés comme « sûrs », dans lesquels les exilé·es qui en sont issu·es pourront être renvoyé·es, avec comme fers de lance l’Égypte, le Maroc ou le Bangladesh.
Une harmonisation des politiques d’expulsion toujours plus affûtée. En 2024, les 27 pays membres de l’Union européenne (UE) avaient déjà trouvé un accord pour inclure l’ouverture de centres de rétention dans des pays tiers, au sein du Pacte sur la migration et l’asile. Entrée en vigueur : juin 2026. L’UE suit donc les initiatives italiennes en la matière, qui a pavé la voie de l’inhumanité en ouvrant des centres de rétention en Albanie pour les voyageurs arrivés en Italie. Dans ce climat, forcément les dingues bruns se sentent pousser des ailes. Pourquoi se gêner ? Après tout, les institutions européennes donnent l’exemple. C’est ainsi que des milices nationalistes et identitaires britanniques quadrillent le littoral du nord de la France pour ratonner des exilé·es, en toute détente depuis le début du mois de novembre. La bienveillance des autorités françaises a permis à des membres du mouvement Raise the Colours (« Hissez les couleurs ») d’insulter et malmener des personnes en situation de survie. Les nervis mono-neuronaux ont été jusqu’à baptiser leur rafle « opération Overlord », d’après le nom de la bataille de Normandie et du débarquement qui l’a précédé en 1944. Bravo champions ! Tiens d’ailleurs, on appelle nous aussi au grand débarquement, mais plutôt pour faire sauter quelques bunkers nazis, histoire de célébrer l’union des peuples.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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Cet article a été publié dans
CQFD n°248 (janvier 2026)
En Syrie, les Druzes de Soueïda continuent de se battre pour l’indépendance après la chute de Bachar al-Assad : iels nous racontent leur méfiance vis-à-vis du nouveau pouvoir en place. En France, si on n’a pas été choqué-es que l’Etat et les fachos s’engouffrent dans la brèche guerrière du moment, quand la gauche s’y est mise, on a eu du mal à avaler la pilule. Entre réarmement démographique et le Service national universel, des gens qu’on pensait camarades se sont dit prêts à prendre les armes. Chez nous, c’est pas question. Pour s’en échapper, on s’est plongé dans des supers bouquins et ça nous a inspiré : rencontre avec Wendy Delorme, autrice de romans d’anticipation queer et écolo, entretien avec Benjamin Daugeron qui raconte l’alcoolisme de son père dans Treize années à te regarder mourir et analyse du Girlcott qui a mené à l’annulation du Festival de BD d’Angoulême.
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Paru dans CQFD n°248 (janvier 2026)
Mis en ligne le 22.01.2026



