édito
La France qu’on gerbe
Ça a hérissé toustes les « islamogauchistes » de notre espèce, fort heureusement. Pour son entrée en campagne présidentielle, François Ruffin, qui se revendique de « la vraie gauche », pond une BD qui cumule les aberrations : représentations racistes, homme providentiel, sauveur blanc, pro-flics, œuvrant pour l’ordre au nom de la « France qu’on a, la France qu’on veut ». Comme quoi, la peste brune n’est pas une vaine expression – on n’ira pas jusqu’à dire qu’Edgar Morin en est mort, paix à son âme d’intellectuel antifasciste.
En ce joli mois de mai, les fachos se régalent dans la « France qu’on aime » : aux Canons français, d’abord. On s’y roule dans le pinard et la cochonnaille en distribuant les saluts nazis, les menaces de mort et propos racistes – une collection de délits, faut-il le rappeler, qui ne fait pas ciller nos représentant·es républicain·es. Pas de grappe de gendarmes, pas de contrôle, pas d’interpellation, pas de GAV, pas de saisie de matériel pour la bamboche bien de chez nous financée par le milliardaire d’extrême droite, exilé en Belgique, Pierre-Édouard Stérin. Laurent Nuñez préfère de loin dépenser l’argent public pour harceler et réprimer des citoyen·nes rassemblé·es pour danser dans un esprit de liberté, d’égalité et de fraternité… Teknival, c’est illégal ; banquet payant mâtiné de nationalisme, c’est légitime. À Marseille, au Mucem – pour une fois qu’une institution ose les mots en organisant un colloque portant sur « l’anéantissement de Gaza » –, voilà que débarquent une soixantaine de membres du Crif pour accuser l’Union des juifs français pour la paix, notamment, « d’antisémite ». Parmi elleux, le maire Rassemblement national des 11e et 12e arrondissements, Olivier Rioult, qui n’en perd pas une : « La culture n’a pas à être manipulée à des fins militantes pour créer de la division, et que ce soit le contribuable qui finance cela », déblatère-t-il sous les regards bienveillants des CRS. Dans les colonnes de Valeurs actuelles, le président de la branche marseillaise du Crif se réjouit d’avoir obtenu un accord de principe pour l’organisation d’un colloque sur Israël à la suite de leur action. De l’autre côté du Vieux-Port, cette fois au théâtre de la Criée, l’invitation de l’auteur Joann Sfar, qui a imploré Macron de ne pas reconnaître l’État de Palestine, a suscité l’appel au boycott du collectif Culture en lutte 13. Résultat : le théâtre prévient la préfecture qui s’empresse de déployer un dispositif de sécurité tout autour. La guerre est culturelle avant de passer par les urnes. Alors, que le député-reporter-sauveur-candidat utilise la bande dessinée pour s’insinuer allègrement dans les thématiques favorites des identitaires, ça ne devrait pas nous choquer ? Ben si. On a mal à la gauche et à la BD.
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
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CQFD n°253 (juin 2026)
Depuis une bonne trentaine d’années, le mouvement free-party promet un espace de fête libérée de toute surveillance. Si dernièrement, la répression s’est durcie, la résistance, elle, continue. CQFD y consacre son dossier central : reportage au Teknival 2026, retour sur l’histoire de la teuf libre et analyse des sanctions chez nos amis italiens. Dans les actus, CQFD a failli faire la montée des marches à Cannes mais finalement, la culture bourgeoise du cinoche nous a plutôt inspiré un article à charge. Tandis qu’au Sénégal, les enjeux impérialistes se nichent dans les mesures LGBT-phobes : on vous explique les enjeux page 12.
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Paru dans CQFD n°253 (juin 2026)
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Mis en ligne le 06.06.2026
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