C’est pas ça

par Efix

Évidemment, je ne vais pas vous dire que l’ambiance à l’usine est au beau fixe. Il y a l’après mouvement des retraites, mais c’est pas ça ; il y a les résultats et le fonctionnement catastrophiques de la boîte, mais c’est pas ça ; il y a le chantage de la direction générale qui veut que tous les syndicats la suivent dans ses démarches pour faire baisser les quotas de CO2 (pour l’instant seule la CGT refuse), mais c’est pas ça non plus. Depuis quelques mois, un climat répressif s’est installé dans mon usine (mais ça se durcit partout). Outre les attaques contre les syndicats qui se bougent, il y a aussi les coups de bâtons qui tombent sur les collègues. Derniers faits dans la boîte : deux copains se sont coltinés trois jours de mise à pied pour avoir pris leur douche sur le temps de travail, en fin de poste et avant que leurs relèves ne soient arrivées. Ce que tout le monde, ou presque, pratique (surtout le samedi soir lorsque l’on quitte à 21 heures). Mais ils se sont fait prendre. Le problème, c’est que personne n’a bougé pour les soutenir. Les gens préférant se planquer et compter les coups qui tombent à côté. Ils ont beau s’être mis en grève en nombre contre la réforme des retraites, de retour au quotidien de l’usine, la combativité s’est essoufflée.

D’autres copains, parce qu’ils sont restés à discuter dans le réfectoire plutôt que d’aller faire une manœuvre, ont reçu une lettre d’avertissement. Auparavant, une engueulade du contremaître aurait suffi. Et tout est bon pour nous épingler. Ne pas mettre la ceinture de sécurité lorsqu’on circule en voiture de service dans l’enceinte de l’usine ? Trois jours. Ne pas porter les EPI1 ? Jusqu’à la mise à la porte. Bientôt, si la voiture n’est pas garée dans le bon sens et prête à partir, ce sera pareil. Bref, à l’image de la société, le tout sécuritaire se met en branle dans les usines. Plus la boîte annonce de mauvais résultats, plus le matériel est vieillissant et trop souvent en panne, plus les coups pleuvent sur les prolos.

Et l’une des armes de la direction, ce fut le recrutement d’une jeune DRH. La direction générale en a sans doute eu marre des précédents en fin de carrière qui pensaient avoir leur mot à dire ou qui louvoyaient pour garantir un semblant de paix sociale. Désormais les patrons veulent faire appliquer leurs directives, et vite. Et, dans ces cas-là, nommer une jeune femme dans un univers masculin à un premier poste de commandement est sûrement le plus efficace : elle voudra prouver qu’elle peut faire mieux qu’un mec. Donc, une jeune DRH est arrivée il y a trois ans. Au début, on n’osait pas trop la chambouler d’autant que cette trentenaire est petite et plutôt mignonne. Mais on s’est habitués. Elle s’en sortait en rougissant, voire en esquissant une larme, s’excusant de ses erreurs dues à son manque d’expérience. Mais on a vu qui elle était vraiment quand elle a compté sur sa force de persuasion (mais peut-être aussi sur ses beaux yeux, va savoir ?) pour faire passer une directive particulièrement mauvaise, en rencontrant personnellement chaque salarié concerné.

C’est une jeune femme qui en veut, le doigt sur la couture de la jupe, appliquant ce qu’elle a appris à l’école, mais qui n’a pas vraiment le niveau (dixit son prédécesseur). Pendant les conflits dans l’usine, exécutant à la lettre les consignes de la direction générale, elle ne s’est pas gardée de portes de sortie, ce qui a augmenté les tensions et, ensuite, le ressentiment. Depuis qu’elle est là, c’est la première fois qu’à l’usine, deux copains se sont retrouvés licenciés pour inaptitude et c’est la première fois que deux autres ont été virés pour faute grave sans autre forme de procès. C’est bien simple, depuis son arrivée, il y a cinq affaires en cours devant les prud’hommes. En ce moment, elle a été envoyée au charbon par le PDG pour dégommer la CGT. On lui en souhaite. Au moins, on peut penser qu’on contribue à sa formation professionnelle et qu’elle sera meilleure dans la prochaine boîte où elle sévira. C’est la période de Noël, on peut peut-être y croire…

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

Nous, c’est CQFD, plusieurs fois élu « meilleur journal marseillais du Monde » par des jurys férocement impartiaux. Plus de vingt ans qu’on existe et qu’on aboie dans les kiosques en totale indépendance. Le hic, c’est qu’on fonctionne avec une économie de bouts de ficelle et que la situation financière des journaux pirates de notre genre est chaque jour plus difficile : la vente de journaux papier n’a pas exactement le vent en poupe… tout en n’ayant pas encore atteint le stade ô combien stylé du vintage. Bref, si vous souhaitez que ce journal puisse continuer à exister et que vous rêvez par la même occas’ de booster votre karma libertaire, on a besoin de vous : abonnez-vous, abonnez vos tatas et vos canaris, achetez nous en kiosque, diffusez-nous en manif, cafés, bibliothèque ou en librairie, faites notre pub sur la toile, partagez nos posts insta, répercutez-nous, faites nous des dons, achetez nos t-shirts, nos livres, ou simplement envoyez nous des bisous de soutien car la bise souffle, froide et pernicieuse.

Tout cela se passe ici : ABONNEMENT et ici : PAGE HELLO ASSO.
Merci mille fois pour votre soutien !


1 Équipement personnel d’intervention : masque à gaz, casque, gants.

Facebook  Twitter  Mastodon  Email   Imprimer
Écrire un commentaire