L’édito du numéro 208 (avril)

C’est long, cinq ans...

Où l’on s’apprête sans joie à en reprendre pour cinq ans...

« Ils reculent l’âge de la retraite,
mais avancent l’âge de la mort,
disent que c’est nous qu’appelons au meurtre,
envie d’gerber jusqu’à l’aurore
 »
(Médine, @|LIEN1165159|W8KrwqBNw6lkaW5lIEZyYW5jZcKgwrstPmh0dHBzOi8vd3d3LnlvdXR1YmUuY29tL3dhdGNoP3Y9Wm1odnRhY2QxWGNd|@, mars 2022)

Il y a cinq ans, déjà, on ne frémissait pas vraiment d’excitation à l’idée de l’élection présidentielle à venir – maousse euphémisme. Si on avait titré notre numéro d’avril d’un cinglant « Voter Vomir », c’était autant par fidélité à nos héritages anarchistes que parce que l’ambiance de la campagne et les forces en présence nous semblaient programmer une dégringolade vers le pire – en l’occurrence le duel Macron-Le Pen. Post-élection, on n’a pas été démentis, avec le détricotage accéléré de tout ce qui rend(ait) ce pays à peu près vivable, de l’école aux hôpitaux, par un ramassis de margoulins abreuvés aux théories néolibérales les plus avariées.

La rupture Macron, ça aura été la même chose mais en pire, la pauvreté massive qui s’installe, le racisme décomplexé, les rupins qui dégueulent leur mépris, les tirs de LBD en pleine tête, les néonazis armés dans les rues de Paris, les mensonges éhontés de Jean-Michel Blanquer et d’Olivier Véran1, et CNews qui nous ferait presque regretter BFM.

Cinq ans plus tard, quelques rides et désillusions en plus, nous voilà qui enfilons nos pince-nez, non pas pour aller « faire barrage », mais pour tenter d’échapper à la puanteur du « débat » présidentiel. Les 10 et 24 avril, certains d’entre nous se rendront aux urnes en crissant des dents tandis que d’autres reliront Bakounine sur la corniche Kennedy en surveillant du coin de l’œil leur canne à pêche. C’est le printemps, chacun fait ce qu’il veut de ses dimanches, mais on reste tous bien convaincus que le sursaut social et politique dont l’Hexagone millésime 2022 aurait tant besoin n’émergera pas de l’isoloir, où personne ne vous entendra crier votre rage.

Car tout indique que les dés électoraux sont plus pipés que jamais et qu’on repart pour cinq ans encore pires. Ce fils de flic de Macron a annoncé la couleur : mise au boulot forcée des titulaires du RSA, nouveau recul de l’âge de la retraite, baisse des droits de succession, relance sans débat du nucléaire civil et militaire, inaction climatique, industrialisation de l’agriculture, répression de l’immigration, et bien sûr des keufs derrière chaque arbre – toujours plus lourdement armés, toujours plus menaçants. Le grand bond en arrière, la régression sociale massive. En bon français : une vie de merde garantie et sans recours pour des tas de gens qui méritent vachement mieux.

Avec ça, l’impression pénible d’être pris pour des jambons. On n’est pas des politologues surdoués du genre Alain Duhamel (hin hin), mais il nous semble malgré tout constater autour de nous un certain consensus contre le projet néolibéral. Quand on lit dans les sondages que les principales préoccupations des Français, ce sont le pouvoir d’achat, la santé et le chômage, ça nous paraît raccord. Que l’immigration et l’insécurité inquiètent, certes, mais moins que la crise écologique. Bref, les gens sont beaucoup moins cons qu’on ne voudrait nous le faire croire. Et la majorité d’entre eux ne s’en laissent pas conter sur la médiocrité du taulier de l’Élysée et la cohorte des profiteurs de crise qui l’entourent – parmi lesquels ces vampires à cravates payés des millions pour pondre des PowerPoints pourraves sur la baisse des APL.

Et pourtant, sauf grosse grosse surprise ou catastrophe plus grave encore, Emmanuel Macron va être réélu le 24 avril. Et à l’aise : une bonne partie du système médiatique y travaille, aux mains d’oligarques qui n’ont pas grand-chose à envier à leurs collègues de Pologne ou de Hongrie. Alors qu’est-ce qu’on fait ? Au cours du quinquennat qui s’achève, seuls les Gilets jaunes et... le Covid-19 ont su freiner les menées antisociales de ces raclures de bidet. À CQFD, on mise clairement pour les premiers, pour un mouvement de rue puissant et polymorphe. C’est ce qu’il reste de démocratie qui en dépend, et nos vies en proie au rouleau-compresseur capitaliste. Avanti, popolo !

Affiche collée dans Marseille en 2017

1 Ministre de l’Éducation pour le premier ; de la Santé pour le second.

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CQFD n°208 (avril 2022)

Dans ce numéro d’avril peu emballé par les isoloirs, un maousse dossier « Crime et résistances » sur la guerre en Ukraine, mais aussi : le bilan écolo pas jojo de Macron, une plongée dans le « théâtre » de la frontière à Calais, le « retour de Jim Crow » aux États-Unis, une « putain de chronique », un aperçu du désastre d’Azincourt, une dissection du cirque électoral, une évocation des canards perdus au pays des cigognes…

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