Du beau ! Du bon ! Du Bartàs !

Dans la continuation des « trad’innovations » fomentées par des groupes comme La Talvera, Gatcha empega, Lo Còr de la Plana ou Dupain, les cing collègues languedociens de Du Bartàs ont réalisé récemment un troisième album, Es contra ta pèl [« C’est contre ta peau »], des plus réussis.

En réinvestissant et en prolongeant le patrimoine musical des pays d’Oc avec une mentalité et des rythmes actuels, Du Bartàs enchaîne polyphonies et percussions sur des airs de tarentelles et de sardanes, tout en rendant hommage à l’esprit d’insoumission, au brassage méditerranéen, au vin et à la danse. Ainsi le morceau « Plantarem de pasteca », outre ses atouts de tube ensoleillé très festif, est un hymne au potager villageois face à l’agression de la grande distribution. Et bien sûr, Du Bartàs chante l’amour – quoi de plus naturel pour des descendants de troubadours ? –, qu’il soit chanté en français, comme dans « Quand on se retrouve », ou quand on y ajoute des sonorités arabo-andalouses, comme dans l’excellent « Dancem la retira », avec l’apport d’Abdel Bousbiba au violon alto, au tar et au oud. Bien conscients qu’« i a ges de pais, cap d’estat ni de frontiéra, que pósca arrancar las somessas de l’amor » – « Il n’y a pas de pays, pas d’État ni de frontières, qui puisse arracher les promesses de l’amour » – (dans « Escota me plan »), Du Bartàs revendique « une histoire de rencontre et d’amitié », nous confie Laurent Cavalié (accordéon, chant), plutôt que la notion abstraite et hors sol de « métissage culturel ». Sur le plan musical, « il y a un échange rythmique et modal, précise Clément (percussions, chant). On apprend à désoccidentaliser notre manière de placer les temps forts. De son côté, Abdel apprend à envisager la polyphonie, l’harmonie de l’accord qui n’existe pas vraiment dans les musiques arabes. Grâce à ce travail, on se rend compte de la prégnance des cultures sur la musique et à quel point elles se sont déjà métissées, elles ont déjà voyagé bien avant l’invention du concept de métissage culturel. »

La démarche du groupe doit beaucoup au collectage de Laurent sur un territoire qui couvre le Minervois, le Cabardès, les Corbières, le Carcassonnais. Les sources d’inspiration résident « sous nos pieds, continue Clément. Les chansons composées par Laurent et Abdel parlent de sentiments vécus, d’idées partagées ou de tranches de vies locales, comme l’histoire de ce pompiste cafetier audois, dans « Fadoli de petroli » [« Fou de pétrole »]. Dans les années 50, il s’était mis dans la tête qu’il y avait du pétrole dans la montagne noire. Il a creusé toute sa vie, attisé par l’odeur du mazout que les couillons de jeunes du village versaient la nuit dans ses trous. Il y a laissé sa bourse et sa tête. »

L’attachement au patrimoine culturel se double d’un engagement plus politique face au ressurgissement actuel de fâcheuses tendances ultra étroites du bulbe : « Sur le prochain disque, annonce Clément, il y a des sujets qui nous sont venus de longues discussions à propos du retour en force des identitaires occitanistes dans le Gard. Cela a donné le titre “Sem toteis bastards” [“Nous sommes tous des bâtards.”]. » Mais surtout, Du Bartàs est un groupe acoustique qui excelle dans les balètis, les bars, les carnavals, les fêtes de quartier, réchauffant un public forcément mélangé, de cinq à cent cinq ans, et mettant du cœur à la fête, ce qui est furieusement vital en ces temps maudits.

Du Bartàs, Es Contra la pèl, Sirventés, Label musical populaire, 2012.

www.myspace.com/dubartas

Dates de concerts par ici.

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

Nous, c’est CQFD, plusieurs fois élu « meilleur journal marseillais du Monde » par des jurys férocement impartiaux. Plus de vingt ans qu’on existe et qu’on aboie dans les kiosques en totale indépendance. Le hic, c’est qu’on fonctionne avec une économie de bouts de ficelle et que la situation financière des journaux pirates de notre genre est chaque jour plus difficile : la vente de journaux papier n’a pas exactement le vent en poupe… tout en n’ayant pas encore atteint le stade ô combien stylé du vintage. Bref, si vous souhaitez que ce journal puisse continuer à exister et que vous rêvez par la même occas’ de booster votre karma libertaire, on a besoin de vous : abonnez-vous, abonnez vos tatas et vos canaris, achetez nous en kiosque, diffusez-nous en manif, cafés, bibliothèque ou en librairie, faites notre pub sur la toile, partagez nos posts insta, répercutez-nous, faites nous des dons, achetez nos t-shirts, nos livres, ou simplement envoyez nous des bisous de soutien car la bise souffle, froide et pernicieuse.

Tout cela se passe ici : ABONNEMENT et ici : PAGE HELLO ASSO.
Merci mille fois pour votre soutien !

Facebook  Twitter  Mastodon  Email   Imprimer
Écrire un commentaire