Le Firk, c’est chic

Dans les rayonnages se pressent des centaines de romans, livres de socio, de philo, d’histoire, quelques pièces de théâtre, des fanzines, des bédés, des livres pour enfants petits et grands, un infokiosque.
« Vous voulez boire quelque chose ? propose Niko, un café, un thé... » On demande si on est obligés, comme dans n’importe quel café. « Bien sûr que non ! On n’est pas obligé de consommer ici. Même les livres. Si tu veux, tu peux prendre un bouquin, tu te poses là, tranquille et puis tu bouquines comme tu le souhaites. » Le classement des livres donne une idée de l’orientation tout à fait claire de l’endroit : question de genre, histoire, sociopolitique, frontières, anti-indus… Ici le livre est contestataire, parfois militant, souvent corrosif. « Mais pas seulement ! », ajoute Bérénice. On ne trouvera pas les best-sellers de la rentrée littéraire, mais les dernières parutions des éditeurs indépendants mélangées à des livres d’occasion à prix cassés. Et l’on finit souvent par tailler le bout de gras à propos d’une BD ou d’un Deleuze, accompagné ou non d’un café.
Le café-librairie Michèle Firk1 , ce n’est pas vraiment un café et pas vraiment une librairie non plus. Ni une bibliothèque. Ni un lieu de réunion, de diffusion, de rencontre… Chez Michèle Firk c’est un peu tout ça à la fois, enveloppé dans des tapis et débarrassé de tout recours à l’informatique : « Depuis le début, on s’est dit qu’on s’interdirait la présence de tout ordinateur ici », précise Grégory. Renouer avec le papier, avec sa temporalité et sa permanence, jusque dans la gestion des stocks et des comptes. C’est plus difficile au quotidien, mais bien moins virtuel aussi. Grégory nous explique : « Le local nous est prêté par La Parole Errante2. Et nous, on est tous bénévoles de l’association. On est donc totalement autonomes.

Alors c’est sûr qu’économiquement c’est assez simple : la vente des livres nous permet d’acheter d’autres livres tout en permettant aux petites maisons d’édition amies de ne pas trop rogner leur marges. »
Ouvert au printemps dernier, l’endroit s’enorgueillit d’avoir déjà organisé des concerts de soutien (aux familles des inculpés de Villiers-Le-Bel), des soirées de présentation (revues Z ou Article 11) ou des débats (Do it yourself, Jujitsu et politique...). Et leur programme pour 2012/2013 promet d’être riche. Ouvert du mercredi au dimanche inclus, parfois jusqu’à très tard, les bénévoles vident cafetière sur cafetière pour tenir le rythme.
Alors, tout va pour le mieux, dans le meilleur des mondes des livres ? « Comme souvent, ce qui est passionnant mais difficile, c’est le côté collectif, tempère Bérénice, c’est beaucoup de boulot pour si peu de personnes. Et puis parfois on est pas d’accord et ça gueule… » Parfois aussi la critique n’est pas qu’interne. Et nombre de grincheux ont reproché aux cafetiers-libraires de ne faire, en fin de compte, que tenir un commerce comme un autre. Pourquoi faut-il payer les livres ? Les cafés ? Même si ce n’est pas cher. « Évidemment, acquiesce Niko, on aimerait tous que tout soit gratuit ici. Mais les livres ne se font pas tout seuls : il y a des éditeurs indépendants derrière ces livres, des éditeurs qui payent le papier et des gens. Si on ne paye pas ces livres-là... ils ne seraient pas imprimés et nous n’aurions que les livres d’Alain Minc à lire. Avouez que ce serait con ! »
« Nous ce qu’on veut, conclut Sara, c’est créer une librairie qui nous ressemble, avec les livres qui nous plaisent... pour permettre à tous de les lire. »
Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.
Nous, c’est CQFD, plusieurs fois élu « meilleur journal marseillais du Monde » par des jurys férocement impartiaux. Plus de vingt ans qu’on existe et qu’on aboie dans les kiosques en totale indépendance. Le hic, c’est qu’on fonctionne avec une économie de bouts de ficelle et que la situation financière des journaux pirates de notre genre est chaque jour plus difficile : la vente de journaux papier n’a pas exactement le vent en poupe… tout en n’ayant pas encore atteint le stade ô combien stylé du vintage. Bref, si vous souhaitez que ce journal puisse continuer à exister et que vous rêvez par la même occas’ de booster votre karma libertaire, on a besoin de vous : abonnez-vous, abonnez vos tatas et vos canaris, achetez nous en kiosque, diffusez-nous en manif, cafés, bibliothèque ou en librairie, faites notre pub sur la toile, partagez nos posts insta, répercutez-nous, faites nous des dons, achetez nos t-shirts, nos livres, ou simplement envoyez nous des bisous de soutien car la bise souffle, froide et pernicieuse.
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1 Michèle Firk était une cinéphile active, critique de cinéma à Positif mais aussi une militante passionnée (porteuse de valise pour le FLN algérien). Elle rejoint la guérilla au Guatemala et préfère se suicider que d’être arrêtée pas la police en septembre 1968.
2 La Parole Errante, qui accueille la librairie, est un centre international de création et de diffusion dirigé par le dramaturge anarchiste Armand Gatti et Jean-Jacques Hocquard au 7, rue François-Debergue, Montreuil-sous-bois.
Cet article a été publié dans
CQFD n°104 (octobre 2012)
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Paru dans CQFD n°104 (octobre 2012)
Dans la rubrique Ma cabane pas au Canada
Par
Illustré par Rémy Cattelain
Mis en ligne le 23.11.2012
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