Politique fiction

Et si… Fabien Roussel remportait l’élection présidentielle ?

La rédaction de CQFD du futur a glissé à notre insu une chronique dans ces pages. Et que ne nous apprend-elle pas ? En 2027, la gauche a raflé la présidentielle ! La gauche, oui, mais quelle gauche ? Pendant la campagne, nos doubles post-élections font durer le suspense et déroulent chaque mois les horizons possibles. Scénario un : 365 jours après avoir élu celui qui se prenait pour un camarade.
Mathilde Meignan

Ça avait pourtant démarré en fanfare. D’abord, Fabien Roussel s’était qualifié au deuxième tour, face à Macron, ressorti de derrière les fagots après avoir bricolé la Constitution pour s’offrir un tour de manège supplémentaire. Puis, le soir du résultat final, stupeur générale : le communiste déjoue tous les pronos. Les éditorialistes, jamais à court d’analyses, avaient expliqué « ce casse du siècle » par l’incroyable dynamique née de l’appel du candidat à « organiser des barbecues géants devant les préfectures et les ministères ! ! !  » Les babtou·es périphériques s’étaient mobilisé·es en masse, nous inclus·es, formant d’immenses chenilles humaines au son de « On va gagner ! On va gagner ! » Faut dire que la perspective d’un gouvernement Macron acte III terrifiait à peu près tout le monde. Alors le jour de l’élection de Fabien Roussel, on a tous·tes poussé des grands ouuuufs de soulagement dans une ambiance 1981… Autre temps, même social-traîtrise.

Les premières mesures du Président-camarade nous avaient pourtant plutôt mis·es en confiance. Passé par 49-3, il était parvenu à indexer nos salaires sur l’inflation. Pour la première fois depuis longtemps, on pouvait goûter au luxe de ne plus être seulement des pauvres qui s’appauvrissent, mais des pauvres dont la pauvreté suit le cours du paquet de pâtes. Pour les plus démuni·es, le gouvernement avait même lancé une grande convention citoyenne pour la solidarité nationale. À l’issue des trois mois de débats, Fabien Roussel avait finalement retenu une mesure que personne n’avait proposée : la création d’un service public de la saucisse au porc, avec distributions quotidiennes au bureau de poste. Les Insoumis·es étaient évidemment tout de suite monté·es au créneau, exigeant une déclinaison hallal, kasher et vegan. Fabien avait fini par céder sur les deux premières revendications, mais avait bloqué sur la dernière. « Les bouffeurs de tofu n’auront qu’à manger la merde des vaches directement à l’abattoir !  » aurait-il éructé en conseil des ministres.

Quand est-ce qu’on a vraiment réalisé qu’un truc clochait ? Sans doute au moment du vote de la loi programmatique « Tous au travail ! » par le Parlement. L’Assemblée, très majoritairement à droite, était sortie des débats, ravie des propositions faites par le gouvernement. Il s’agissait d’obliger les chômeur·euses à pointer à France travail, rebaptisé « France travail heureux » pour l’occasion. Fini l’obscène farniente affalé·es dans le canap’ tout en recomptant ses centimes sur la table basse du salon ! Fini les 300 bornes d’auto-stop pour aller voir ses parents à Noël ! Chaque matin, les chômeur·euses devaient s’entasser dans le hall d’entrée de l’institution, où on leur distribuait un badge avec l’inscription : « Aujourd’hui, je choisis l’emploi ! » Les plus chanceux·ses décrochaient un poste de « contrôleur de travailleurs », nouveau métier consistant à se positionner sept heures par jour derrière quelqu’un·e qui bossait pour de vrai, afin de s’assurer qu’iel ne bosse pas pour de faux. Est-ce que c’était un vrai ou un faux boulot ? Personne ne savait vraiment le dire. Mais dans les médias, des éditorialistes s’alarmaient déjà des failles du dispositif : qui contrôlait les contrôleur·euses ? Pendant ce temps, nous, on se passait discrètement sous le manteau le Manifeste des chômeurs heureux, livre interdit depuis.

Le problème, c’est que toutes ces mesures de plein emploi coûtaient un pognon de dingue. Le camarade Roussel avait beau avoir rétabli l’impôt sur la fortune et secouer quelques poches d’actionnaires, le trou dans les caisses était profond. Et pour ne rien arranger, l’Hôpital-du-peuple et l’École-des-petits-travailleurs continuaient de creuser le déficit public. D’un côté, le prolétariat appelait à trancher une bonne fois pour toutes la tête de la classe bourgeoise vorace et indigne. De l’autre, les propriétaires des moyens de production criaient : « L’État nous asphyxie ! », « Stop à l’État obèse !  » Coincé dans la quadrature du cercle, secoué de toute part, le camarade Roussel vacillait. C’est alors que les voix du Grand Capital lui sifflèrent à l’oreille des paroles familières : « Rembourse la dette Fabien… Aide-nous à investir Fabien… Baisse le coup du travail Fabien… La croissance te remerciera Fabien ! »

La suite ne se raconte pas, ce n’est qu’un bis repetita des 40 dernières années… Naïf·ves certain·es espèrent encore qu’en 2032, on fera mieux. Mais la majorité du peuple de gauche respecte le strict héritage communiste de la révolution permanente. Car depuis un an, les syndicats sont dans la rue et les gens ne sont toujours pas content·es.

Par la rédaction du futur

Cet article fantastique est fini. On espère qu’il vous a plu.

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CQFD n°256 (octobre 2026)

Comment va la justice ? Dans ce dossier d’octobre, CQFD est allé à la rencontre de celleux qui rendent la justice : magistrat·es, avocat·es, juré·es... On découvre notamment comment la comparution immédiate est instrumentalisée par l’exécutif pour servir un projet de société réactionnaire ou encore comment les lois votées par les politiques enterrent l’idéal d’une justice démocratique. Un système qui favorise toujours les mêmes, en étant toujours plus répressif, raciste et classiste.

Hors dossier, on a discuté du "saint sauveur" des Grecs Matthieu Pigasse avec l’économiste Éric Toussaint. Puis, on revient sur l’effacement pur et simple d’un fournisseur italien de services numériques à destination des luttes avec le collectif Autistici/Inventati. Tandis que la rédaction de CQFD du futur s’est immiscée dans nos pages pour faire le bilan, un an après l’élection du candidat à la présidentielle, Fabien Roussel.

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Paru dans CQFD n°256 (octobre 2026)
Par L’équipe de CQFD
Illustré par Mathilde Meignan

Mis en ligne le 17.10.2026