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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>De la prison au CRA</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/De-la-prison-au-CRA</link>
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		<dc:date>2025-05-18T00:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Lilhiou Bellini</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Derri&#232;re les grilles des Centres de r&#233;tention administrative (CRA), maillons immondes de la machine &#224; expulser, de plus en plus d'ex-d&#233;tenus sont conduits sans sommation d'une prison &#224; une autre. Condamn&#233;s &#224; quitter le territoire fran&#231;ais le jour de leur lib&#233;ration, ils voient le pi&#232;ge des politiques migratoires fran&#231;aises se refermer sur eux. Le 14 mars dernier devait &#234;tre le jour de retrouvailles et de libert&#233; pour Djibril, 29 ans. Apr&#232;s deux ans de prison, c'est un certain vertige mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lilhiou-Bellini" rel="tag"&gt;Lilhiou Bellini&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Derri&#232;re les grilles des Centres de r&#233;tention administrative (CRA), maillons immondes de la machine &#224; expulser, de plus en plus d'ex-d&#233;tenus sont conduits sans sommation d'une prison &#224; une autre. Condamn&#233;s &#224; quitter le territoire fran&#231;ais le jour de leur lib&#233;ration, ils voient le pi&#232;ge des politiques migratoires fran&#231;aises se refermer sur eux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_09_lilhiou_cra.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH628/241_09_lilhiou_cra-e352f.jpg?1779626791' width='500' height='628' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 14 mars dernier devait &#234;tre le jour de retrouvailles et de libert&#233; pour Djibril, 29 ans. Apr&#232;s deux ans de prison, c'est un certain vertige mais aussi une immense impatience qu'il ressent : sa compagne et leur fille de six mois, qu'ils ont eu au cours de la d&#233;tention, l'attendent &#224; la sortie. &#192; part au t&#233;l&#233;phone et en visio, il n'a jamais vu son enfant : la permission le jour de la naissance lui avait &#233;t&#233; refus&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Je voulais la rencontrer dehors. La prison, ce n'est pas un endroit pour un b&#233;b&#233;, c'est plein d'ondes n&#233;gatives. &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Ce matin-l&#224;, &#224; 9 heures,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Djibril se dit &#171; &lt;i&gt; pr&#234;t &lt;/i&gt; &#187;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il est conduit au greffe pour les formalit&#233;s de lev&#233;e d'&#233;crou. &#171; &lt;i&gt; L&#224;, trois policiers me disent que&lt;/i&gt; &lt;i&gt;mon titre de s&#233;jour n'est plus &#224; jour, que je suis sous Obligation de quitter le territoire fran&#231;ais [OQTF] et Interdiction de territoire fran&#231;ais [ITF], et qu'ils vont m'emmener au Centre de r&#233;tention administrative [CRA] de Rennes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;En prison, personne ne l'a pr&#233;venu : &#171; &lt;i&gt;Ils ne m'ont laiss&#233; aucune chance de faire les d&#233;marches. C'est d&#233;lirant... On dirait que le pr&#233;fet de Loire-Atlantique veut juste me g&#226;cher la vie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les gens deviennent fous ici, on les traite comme de la merde, on les casse &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dehors, sa compagne s'impatiente. &#171; &lt;i&gt;J'attendais, j'attendais&#8230; Il devait &#234;tre l&#224; depuis une heure ! J'ai fini par aller voir &#224; l'accueil. L&#224;, une dame me rit au nez et me dit : &lt;/i&gt;&#8220;vous pouvez attendre longtemps : il ne sortira pas, il part avec la police&#8221; &#187;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;rejoue-t-elle quinze jours plus tard devant les grilles du CRA. &#171; &lt;i&gt;C'est pas l&#233;gal de faire &#231;a non ? Ils sont cens&#233;s recevoir le courrier pour pr&#233;venir qu'ils ont une OQTF. C'est vraiment d&#233;gueulasse. J'&#233;tais s&#251;re qu'il allait &#234;tre libre. On devait partir direct voir sa famille &#224; Paris. Franchement... La justice fran&#231;aise est mal faite. &lt;/i&gt; &#187; Finalement, elle raconte qu'il a rencontr&#233; sa fille au parloir : &#171; &lt;i&gt;Il voulait trop la voir. C'&#233;tait &#233;mouvant, il &#233;tait pas loin de pleurer. Maintenant je fais la route plusieurs fois par semaine parce qu'on sait qu'il peut &#234;tre renvoy&#233; &#224; tout moment au S&#233;n&#233;gal.&lt;/i&gt; &#187; Ce pays, Djibril l'a pourtant quitt&#233; quand il avait cinq ans ; aujourd'hui, il n'a plus &#171; &lt;i&gt;personne l&#224;-bas&lt;/i&gt; &#187;.
Depuis l'une des deux pi&#232;ces blanches pr&#233;vues pour les visites au sein de l'&#233;tablissement carc&#233;ral, Djibril est d&#233;pit&#233;. &#171; &lt;i&gt;En prison je pouvais cuisiner, travailler, avoir des soins, ici il n'y a rien, vraiment rien. La nourriture est immonde, on a deux toilettes pour treize personnes, des gens hurlent, j'arrive pas &#224; dormir avant 4 ou 5 heures du matin... C'est pire que la prison ! Les gens deviennent fous ici, on les traite comme de la merde, on les casse. Le moral c'est dur : je sais pas, peut-&#234;tre que demain on m'embarque. On te dit rien, &#231;a peut arriver n'importe quand.&lt;/i&gt; &#187; Au final, malgr&#233; les d&#233;marches et l'aide juridique de la Cimade, la Police aux fronti&#232;res (PAF) a d&#233;barqu&#233; le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; avril, avant le lever du jour, l'a menott&#233; aux mains et aux pieds, et l'a mis dans un fourgon direction l'a&#233;roport de Paris Charles-de-Gaulle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Troubles &#224; l'ordre public&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Depuis quelques ann&#233;es, beaucoup de personnes arrivent au CRA apr&#232;s leur lev&#233;e d'&#233;crou &lt;/i&gt; &#187;, confirme une salari&#233;e de la Cimade qui intervient au centre de r&#233;tention de Hendaye, &#224; la fronti&#232;re espagnole. &#171; &lt;i&gt;Ils ne sont quasiment jamais inform&#233;s avant le jour de leur lib&#233;ration. Ils s'attendent &#224; sortir et en fait ils sont amen&#233;s ici. Le niveau d'absence de consid&#233;ration &#224; l'&#233;gard des personnes est ultraviolent.&lt;/i&gt; &#187; Dans son dernier rapport sur les CRA, dat&#233; de 2023, la Cimade &#8211; qui intervient dans quelques centres du territoire et plaide pour leur fermeture &#8211; comptabilisait 4 246 placements en r&#233;tention administrative &#224; la sortie de prison, soit 26,6 % des cas. Cette s&#233;v&#233;rit&#233; &#224; l'encontre des personnes sans titre de s&#233;jour valide serait justifi&#233;e par la menace que celles-ci feraient peser sur l'ordre public. L'argumentaire, sorte de fourre-tout juridique et &#233;minemment politique, est r&#233;p&#233;t&#233; &#224; tort et &#224; travers par Bruno Retailleau et G&#233;rald Darmanin, surfant sur quelques faits divers sordides&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En septembre 2024, apr&#232;s le meurtre de la jeune Philippine par un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un &#171; &lt;i&gt;non-sens&lt;/i&gt; &#187; pour Marine le Bourhis, avocate &#224; Rennes et membre du Groupe de d&#233;fense des &#233;trangers. La salari&#233;e de la Cimade &#224; Hendaye r&#233;sume : &#171; &lt;i&gt;Cette notion [de menace &#224; l'ordre public] n'est pas d&#233;finie et est utilis&#233;e de fa&#231;on tr&#232;s, tr&#232;s large. Il suffit d'avoir fait une garde &#224; vue une fois dans sa vie suite &#224; un contr&#244;le d'identit&#233; ou une infraction au Code de la route. &#192; la moindre erreur ou au moindre &#233;chec que tout un chacun pourrait commettre, c'est foutu !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#192; la moindre erreur ou au moindre &#233;chec que tout un chacun pourrait commettre, c'est foutu ! &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Mohamed, joint par t&#233;l&#233;phone le 31 mars dernier, est soudeur de m&#233;tier. Sans papiers, il a longtemps gal&#233;r&#233; entre les petits boulots de peinture et dans le b&#226;timent avant de tomber pour une affaire de stups. Apr&#232;s &#171; &lt;i&gt;5 mois et 22 jours &lt;/i&gt; &#187; pass&#233;s dans la prison de Tulle en Corr&#232;ze, il s'attendait &#224; sortir. Mais aussit&#244;t lib&#233;r&#233;, on l'enferme de nouveau au CRA de Rennes. &#171; &lt;i&gt;Ils m'ont ramen&#233; ici car ils m'ont dit que j'avais une interdiction d&#233;finitive de territoire, mais j'ai pas compris, j'ai pas fait un truc grave ! Ils m'ont pas vraiment expliqu&#233; pourquoi j'&#233;tais envoy&#233; si loin, mais je crois que c'est parce que les autres CRA sont pleins. Ils disent qu'ils vont me garder jusqu'&#224; ce que la Tunisie donne son accord pour me renvoyer au bled. &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Comme Djibril, le temps qui passe et l'inactivit&#233; lui p&#232;sent : &#171; &lt;i&gt; Depuis que je suis enferm&#233; au CRA, je me transforme. Chaque jour, je suis diff&#233;rent. Il n'y a rien &#224; faire, on est couch&#233; toute la journ&#233;e. Au moins, en prison, je pouvais faire du sport ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Et les &#233;chos de ceux &#224; qui on a trouv&#233; un vol pour les renvoyer au pays le font angoisser :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;L'autre fois, ils sont venus &#224; 2 heures du matin pour un Alg&#233;rien qui est en France depuis 20 ans. Il avait toute sa vie ici : sa femme, ses enfants... Et puis il y a des gens ici qui sont en danger dans leur pays, ils ne peuvent pas rentrer !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enfermement sans fin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; J'&#233;tais libre, j'avais purg&#233; ma peine, mais la PAF m'attendait &#224; la sortie. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La voix paniqu&#233;e, R&#233;gis parle &#224; toute allure. Il sort tout juste du tribunal administratif o&#249; le recours contre son OQTF a &#233;t&#233; rejet&#233;. &#171; &lt;i&gt;J'ai fait mes &#233;tudes en France, j'ai ma famille, ma compagne, ma fille, mon logement, toute ma vie. Je n'ai aucune attache en C&#244;te d'Ivoire, je suis un &#233;tranger l&#224;-bas, &#231;a n'a pas de sens de me renvoyer ! Mais maintenant, ils peuvent venir me chercher &#224; tout moment. Si l'ambassade ivoirienne r&#233;pond, demain, apr&#232;s-demain, lundi, c'est foutu : ils m'emm&#232;nent dans l'avion...&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Lib&#233;r&#233; le 7 mars dernier&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;pour bonne conduite&lt;/i&gt; &#187; apr&#232;s quatre mois de d&#233;tention pour une malheureuse histoire de bagarre &#171; &lt;i&gt;et de l&#233;gitime d&#233;fense &lt;/i&gt; &#187;, R&#233;gis &#233;tait convaincu de pouvoir enfin rentrer chez lui. &#171; &lt;i&gt; J'&#233;tais libre, j'avais purg&#233; ma peine, mais la PAF m'attendait &#224; la sortie. Ils m'ont dit que c'&#233;tait trop tard pour faire recours &#224; mon OQTF. Sauf qu'on ne me l'a jamais notifi&#233;e ! J'aurai eu tout le temps de faire les d&#233;marches en prison !&lt;/i&gt; &#187; Depuis son entr&#233;e au CRA, R&#233;gis s'inqui&#232;te : il a des pertes de m&#233;moire et trouve que son visage se transforme. Port&#233; par la col&#232;re de l'injustice, le jeune homme se sent &#171; &lt;i&gt;pris au pi&#232;ge &lt;/i&gt; &#187;, encore plus depuis qu'il a compris que les coups de sang des retenus contre les agents de la PAF pouvaient mener &#224; des sanctions. Pire, le jeune homme a appris qu'un refus d'embarquer dans le vol charter pouvait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une obstruction &#224; une mesure d'&#233;loignement. Un ultime acte de r&#233;sistance condamnable par... de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En septembre 2024, apr&#232;s le meurtre de la jeune Philippine par un ressortissant marocain plac&#233; sous OQTF, Bruno Retailleau avait appel&#233; &#224; &#171; &lt;i&gt;faire &#233;voluer notre arsenal juridique&lt;/i&gt; &#187;. De son c&#244;t&#233;, en mars dernier, G&#233;rald Darmanin exhortait les procureurs et les directeurs de prisons &#224; ce que tout &#171; &lt;i&gt;soit fait pour l'&#233;loignement syst&#233;matique des &#233;trangers sortant de prison et pour les d&#233;tenus pouvant terminer leur peine dans leur pays d'origine&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Serbie : pour une v&#233;ritable lutte des classes</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Serbie-pour-une-veritable-lutte</link>
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		<dc:date>2025-05-18T00:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Eliott Dognon</dc:creator>


		<dc:subject>Garte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 15 avril dernier, 80 &#233;tudiant&#183;es serbes sont arriv&#233;&#183;es &#224; Strasbourg &#224; v&#233;lo pour alerter l'Europe sur la situation politique du pays et les multiples violations des droits humains par le r&#233;gime d'Aleksandar Vu&#269;i&#263;. Mais face au mutisme des institutions europ&#233;ennes, ne faudrait-il pas pousser la lutte des classes pour enfin changer de syst&#232;me ? Accompagn&#233;&#183;es de nombreux soutiens, 80 &#233;tudiant&#183;es se sont lanc&#233;&#183;es sur leurs bicyclettes depuis Novi Sad, deuxi&#232;me ville de Serbie, le 3 avril (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Garte" rel="tag"&gt;Garte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 15 avril dernier, 80 &#233;tudiant&#183;es serbes sont arriv&#233;&#183;es &#224; Strasbourg &#224; v&#233;lo pour alerter l'Europe sur la situation politique du pays et les multiples violations des droits humains par le r&#233;gime d'Aleksandar Vu&#269;i&#263;. Mais face au mutisme des institutions europ&#233;ennes, ne faudrait-il pas pousser la lutte des classes pour enfin changer de syst&#232;me ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6115 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_11_garte_serbievelo.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH736/241_11_garte_serbievelo-6f0c4.jpg?1779610367' width='500' height='736' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;ccompagn&#233;&#183;es de nombreux soutiens, 80 &#233;tudiant&#183;es se sont lanc&#233;&#183;es sur leurs bicyclettes depuis Novi Sad, deuxi&#232;me ville de Serbie, le 3 avril dernier. C'est dans cette ville au nord de Belgrade que s'&#233;tait effondr&#233; l'auvent de la gare le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; novembre 2024, faisant seize morts, alors que celle-ci venait d'&#234;tre r&#233;nov&#233;e deux ans et demi plus t&#244;t par un consortium d'entreprises chinoises, hongroises et fran&#231;aises. D&#232;s lors, un mouvement in&#233;dit men&#233; par les &#233;tudiant&#183;es tente de mettre fin &#224; un syst&#232;me bas&#233; sur la corruption. Avec ce voyage de 1 400 kilom&#232;tres &#224; v&#233;lo jusqu'&#224; Strasbourg, iels mettent en lumi&#232;re leur mouvement en passant par plusieurs grandes villes europ&#233;ennes comme Budapest, Bratislava, Vienne ou Munich. &#192; chaque &#233;tape, un comit&#233; d'accueil les attend avec tapis rouge et slogans anti-Vu&#269;i&#263;, tandis que plusieurs maires viennent &#224; leur rencontre. La diaspora, pr&#233;sente en nombre dans l'Union europ&#233;enne (UE), compte bien jouer son r&#244;le : &#171; &lt;i&gt;Il y a aussi des raisons pour lesquelles on est tous expatri&#233;s ! Et notamment la corruption. Par exemple, si tu as la carte du parti au pouvoir, tu auras plus facilement un travail par rapport &#224; quelqu'un qui ne l'a pas, m&#234;me si tu es moins comp&#233;tent. Donc &#231;a nous tient &#224; c&#339;ur de soutenir ce mouvement &lt;/i&gt; &#187;, raconte Sne&#382;a, membre du collectif 11.52 Marseille&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif de soutien au mouvement &#233;tudiant serbe. 11 heures 52 &#233;tant l'heure (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le deuxi&#232;me objectif des cyclistes est d'alerter l'UE en d&#233;posant des documents &#224; la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme concernant les m&#233;thodes r&#233;pressives du gouvernement d'Aleksandar Vu&#269;i&#263;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Serbie ayant ratifi&#233; la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le 15 mars dernier, alors que 300 000 personnes manifestent &#224; Belgrade, de nombreux t&#233;moignages rapportent l'utilisation d'un canon sonore de type militaire par les forces de l'ordre pour effrayer et disperser la foule pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Encore plus radicaux que Vu&#269;i&#263;, ces ethnonationalistes r&#234;vent d'une Grande Serbie&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les &#233;tudiant&#183;es arrivent le 15 avril &#224; Strasbourg, certain&#183;es ont entam&#233; une marche de Novi Sad jusqu'&#224; Bruxelles. Pourtant, la d&#233;marche interroge. Qu'esp&#233;rer de cette UE silencieuse face aux revendications actuelles en Serbie ? En toile de fond, un duel id&#233;ologique plus ancien commence &#224; se rejouer : d'un c&#244;t&#233;, un r&#233;cit autoritaire ethnonationaliste nourri par le mythe de la &#171; Grande Serbie &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id&#233;e nationaliste d&#233;velopp&#233;e au XIXe si&#232;cle selon laquelle le territoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; ; de l'autre, une vision lib&#233;rale aspirant &#224; un rapprochement avec l'UE. Et au centre, la jeunesse serbe bien d&#233;cid&#233;e &#224; ne pas se laisser manipuler. Pour la sociologue Sa&#353;a Savanovi&#263;, la seule issue souhaitable, c'est la lutte des classes ou rien !&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; With the largest protest in Serbia behind us, what do we mean by changing (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;passer une vision binaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans un article publi&#233; le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; avril pour le m&#233;dia de gauche &lt;i&gt;Ma&#353;ina&lt;/i&gt;, elle interroge ce sch&#233;ma id&#233;ologique binaire qui impr&#232;gne la Serbie depuis la fin de la Yougoslavie. Ces deux id&#233;ologies repr&#233;sentent &#171; &lt;i&gt;les deux faces d'une m&#234;me pi&#232;ce de monnaie capitaliste &#187;&lt;/i&gt;. La premi&#232;re face s'observe dans les manifestations, o&#249; la vision ethnonationaliste est brandie par ses d&#233;fenseur&#183;ses sur des &#233;tendards avec drapeau serbe sur fond de topographie du Kosovo, accompagn&#233; du message &lt;i&gt;Nema predaje&lt;/i&gt; [Pas de reddition]. Fa&#231;on de revendiquer l'autorit&#233; serbe sur son voisin ind&#233;pendant depuis 2008&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Kosovo a d&#233;clar&#233; son ind&#233;pendance unilat&#233;ralement et est aujourd'hui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Encore plus radicaux que Vu&#269;i&#263;, ces mouvements r&#234;vent d'une Grande Serbie. Mais s'ils remportent la bataille id&#233;ologique, &#171; &lt;i&gt;la Serbie n'aura d'autre choix que de s'aligner sur une autre puissance imp&#233;riale &#224; laquelle elle offrira tout ce qu'elle a &#8211; personnes, terres, ressources. Dans ce sc&#233;nario, seules les &#233;lites compradores, politiques et &#233;conomiques, peuvent tirer leur &#233;pingle du jeu &lt;/i&gt; &#187;, explique Sa&#353;a Savanovi&#263;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les &#233;tudiant&#183;es mettent leur propre agenda &#224; l'ordre du jour, qui d&#233;passe largement la binarit&#233; id&#233;ologique entre nationalisme et lib&#233;ralisme&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; De l'autre c&#244;t&#233; de la pi&#232;ce, le 15 avril &#224; Strasbourg, les &#233;tudiant&#183;es interpellent Emmanuel Macron en ces termes : &#171; &lt;i&gt;Monsieur le Pr&#233;sident, vous avez souvent soulign&#233; l'importance des valeurs europ&#233;ennes, vous avez aujourd'hui l'occasion de montrer que ces valeurs sont universelles &lt;/i&gt; &#187;, rapporte le &lt;i&gt;Courrier des Balkans&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : apr&#232;s leur &#233;pop&#233;e &#224; v&#233;lo, les &#233;tudiants interpellent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Sur le parvis de la mairie de Marseille, Sne&#382;a est venue afficher son soutien aux &#233;tudiant&#183;es. Pour elle, &#171; &lt;i&gt;le respect du r&#244;le de chaque institution est une des choses auxquelles le mouvement tient beaucoup &lt;/i&gt; &#187;. Dans ce pays candidat &#224; l'UE depuis 2012, certain&#183;es veulent encore croire que cette institution r&#233;pondra &#224; leur demande de justice, malgr&#233; ses valeurs universalistes douteuses. Mais cette position ne fait pas l'unanimit&#233;.
Dans notre num&#233;ro de mars dernier, le chercheur Filip Balunovi&#263; expliquait que l'int&#233;gration europ&#233;enne &#233;tait &#171; &lt;i&gt;devenue une expression vide, d&#233;pourvue de sens concret pour le citoyen serbe moyen &lt;/i&gt; &#187;. Selon lui, les Serbes sont d&#233;senchant&#233;&#183;es par l'inaction europ&#233;enne face au r&#233;gime autoritaire d'Aleksandar Vu&#269;i&#263; qui garantit &#224; plusieurs pays membres de juteux march&#233;s : &#171; &lt;i&gt;La France, par exemple, a le contr&#244;le de l'a&#233;roport de Belgrade, tandis que l'Allemagne attend l'acc&#232;s au lithium serbe pour sa transition &#233;nerg&#233;tique. &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Une &#8220;tentative semi -r&#233;volutionnaire&#8221; : en Serbie, jusqu'o&#249; iront les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; Pire ! Le locataire de l'&#201;lys&#233;e a ostensiblement provoqu&#233; les &#233;tudiant&#183;es serbes en recevant Aleksandar Vu&#269;i&#263; le 9 avril. Selon Sa&#353;a Savanovi&#263;, la jeunesse serbe a d&#233;j&#224; compris que le &#171; r&#233;alisme capitaliste &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id&#233;e selon laquelle il n'existe aucune alternative viable au capitalisme.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; et sa forme politique n&#233;olib&#233;rale sont responsables de la destruction &#233;conomique, sociale et &#233;cologique mondiale : &#171; &lt;i&gt;Au lieu de choisir de p&#233;rir dans une guerre nucl&#233;aire ou d'&#234;tre br&#251;l&#233;e par le soleil, la jeunesse choisit au moins de se battre pour la possibilit&#233; d'un avenir diff&#233;rent &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La lutte des classes d&#233;j&#224; &#224; l'ordre du jour&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La seule issue souhaitable, c'est la lutte des classes ou rien !&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; l'absence d'un discours id&#233;ologique clair, les &#233;tudiant&#183;es et les travailleur&#183;ses mobilis&#233;&#183;es renvoient d&#233;j&#224; dos &#224; dos ces deux positions id&#233;ologiques. Iels s'organisent sous forme de pl&#233;nums, en dehors du cadre institutionnel, avec la volont&#233; de changer &#171; &lt;i&gt;la mani&#232;re dont la soci&#233;t&#233; est gouvern&#233;e, pour des institutions qui sont construites &#224; partir de la base &lt;/i&gt; &#187; ajoute la sociologue. Sans chef&#183;fe, toutes les d&#233;cisions sont prises collectivement. Des groupes de travail ont &#233;t&#233; form&#233;s et les r&#244;les tournent pour &#233;viter toute manipulation ou prise de pouvoir informelle. Chaque temps de parole est minutieusement comptabilis&#233; et limit&#233; &#224; une minute par personne. Fa&#231;on de montrer au reste de l'Europe que la d&#233;mocratie n'est pas seulement un objectif &#224; atteindre, mais bien une pratique.
En court-circuitant ainsi les pratiques de pouvoir des institutions dominantes, les &#233;tudiant&#183;es et leurs soutiens imposent leur propre agenda et celui-ci d&#233;passe largement la binarit&#233; id&#233;ologique entre nationalisme et lib&#233;ralisme. Cette lutte &#171; &lt;i&gt;valorise profond&#233;ment la vie (et pas seulement la vie humaine), pr&#244;ne la non-violence, l'unit&#233; et le souci du bien commun. La lutte &#233;tudiante est antifasciste, car elle se pr&#233;occupe du bien-&#234;tre des autres. Elle est anticoloniale et anti-imp&#233;riale, parce qu'elle rejette la logique de la supr&#233;matie (blanche), et elle est sans aucun doute une lutte de classe parce qu'elle n'accepte pas le caract&#232;re &#8220;naturel&#8221; de l'appropriation et de l'exploitation &lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Sa&#353;a Savanovi&#263;. Alors &#233;videmment, il reste beaucoup de travail &#224; accomplir, mais l'espoir demeure : &#171; &lt;i&gt;C'est vraiment petit &#224; petit qu'on progresse dans cette lutte et il faut persister ! &lt;/i&gt; &#187; termine Minja, membre de 11.52 Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Eliott Dognon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif de soutien au mouvement &#233;tudiant serbe. 11 heures 52 &#233;tant l'heure &#224; laquelle l'auvent de la gare de Novi Sad s'est effondr&#233; le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; novembre dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Serbie ayant ratifi&#233; la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme (CEDH), elle peut th&#233;oriquement &#234;tre condamn&#233;e par la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Id&#233;e nationaliste d&#233;velopp&#233;e au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle selon laquelle le territoire de la Serbie devrait englober tous les territoires peupl&#233;s par des Serbes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; With the largest protest in Serbia behind us, what do we mean by changing the system ? &#187;, &lt;i&gt;Ma&#353;ina&lt;/i&gt; (01/04/2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Kosovo a d&#233;clar&#233; son ind&#233;pendance unilat&#233;ralement et est aujourd'hui reconnu par plus de 90 pays membres de l'ONU. Le Kosovo reste une des obsessions nationalistes bien ancr&#233;es dans la soci&#233;t&#233; serbe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Serbie : apr&#232;s leur &#233;pop&#233;e &#224; v&#233;lo, les &#233;tudiants interpellent les institutions europ&#233;ennes &#187;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (17/04/2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Une &#8220;tentative semi -r&#233;volutionnaire&#8221; : en Serbie, jusqu'o&#249; iront les &#233;tudiants &#187; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, n&#176; 239 (mars 2025).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Id&#233;e selon laquelle il n'existe aucune alternative viable au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le coaching en s&#233;duction n'est pas nouveau &#224; l'extr&#234;me droite &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-coaching-en-seduction-n-est-pas</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Le-coaching-en-seduction-n-est-pas</guid>
		<dc:date>2025-05-18T00:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Zo&#233; Picard</dc:creator>


		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En s'appuyant sur son immersion au sein des Jeunesses identitaires, le sociologue Samuel Bouron d&#233;voile dans son nouvel ouvrage, Politiser la haine, les ressorts id&#233;ologiques et m&#233;diatiques de ce mouvement. Entretien. En 2010, le sociologue Samuel Bouron infiltre durant un an les Jeunesses identitaires, l'un des anc&#234;tres de l'organisation G&#233;n&#233;ration identitaire, dissoute par le gouvernement en 2021. Entre camps d'&#233;t&#233;, footings matinaux et coups de com', il d&#233;couvre les bases id&#233;ologiques (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En s'appuyant sur son immersion au sein des Jeunesses identitaires, le sociologue Samuel Bouron d&#233;voile dans son nouvel ouvrage, &lt;i&gt;Politiser la haine&lt;/i&gt;, les ressorts id&#233;ologiques et m&#233;diatiques de ce mouvement. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_07_alchourroune_extdroite.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/241_07_alchourroune_extdroite-d763f.jpg?1779626792' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n 2010, le sociologue Samuel Bouron infiltre durant un an les Jeunesses identitaires, l'un des anc&#234;tres de l'organisation G&#233;n&#233;ration identitaire, dissoute par le gouvernement en 2021. Entre camps d'&#233;t&#233;, footings matinaux et coups de com', il d&#233;couvre les bases id&#233;ologiques sur lesquelles se regroupent les militants de cette mouvance et les alliances qu'ils tissent avec d'autres tendances d'extr&#234;me droite. On a &#233;chang&#233; avec le chercheur, &#224; partir de son essai &lt;i&gt;Politiser la haine, la bataille culturelle de l'extr&#234;me droite identitaire &lt;/i&gt;(La Dispute, 2025), sur les actuelles recompositions strat&#233;giques au sein de ce mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu donner une d&#233;finition de la mouvance identitaire ? En quoi ses conceptions se d&#233;marquent-elles des autres tendances d'extr&#234;me droite et de celles du Rassemblement national (RN) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce courant se diff&#233;rencie du RN et, plus largement, des mouvances souverainistes et nationalistes, en pla&#231;ant l'identit&#233; au centre. Cette notion rev&#234;t un caract&#232;re essentialiste. Selon ses membres, le processus d'assimilation est impossible pour celles et ceux qui ne sont pas &#8220;Fran&#231;ais de souche&#8221;. Contrairement au fascisme traditionnel et au nazisme, les identitaires ne proc&#232;dent pas &#224; une hi&#233;rarchisation de morphotypes raciaux ; mais ils justifient la n&#233;cessit&#233; d'une &#233;puration par l'incompatibilit&#233; entre certaines racines culturelles. Par ailleurs, alors que le RN d&#233;fend une souverainet&#233; exclusivement nationale, avec un programme qui pr&#244;nait la sortie de l'Europe, les identitaires d&#233;fendent une Europe blanche et indo-europ&#233;enne et forment des alliances &#224; &#233;chelle continentale.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Pour &#8220;assainir&#8221; leur corps et leur esprit, les identitaires s'engagent donc dans un processus &#8220;d'enracinement&#8221; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Autrefois, les diff&#233;rents groupuscules d'extr&#234;me droite &#233;taient plus morcel&#233;s, mais &#224; partir des ann&#233;es 2012-2013, lors des premi&#232;res mobilisations de la Manif pour Tous, ils ont commenc&#233; &#224; se consid&#233;rer comme des alli&#233;s face aux musulmans, aux &#8220;wokes&#8221;, aux personnes LGBT... &#192; cette p&#233;riode, les identitaires, qui disposent de locaux et de bars militants, et forment la mouvance la plus importante, renforcent leur r&#233;seau. Ces lieux deviennent alors un passage presque obligatoire pour les jeunes militants qui se politisent &#224; l'extr&#234;me droite, y compris pour les &#233;lus du RN. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as infiltr&#233; les Jeunesses identitaires durant un an. Quel a &#233;t&#233; l'apport de ce travail de terrain, qui date maintenant d'il y a quinze ans, pour la r&#233;daction de ton dernier ouvrage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'aurais pas pu construire les hypoth&#232;ses d&#233;crites dans mon essai si je n'avais pas r&#233;alis&#233; ces observations lors de cette immersion. J'ai notamment pu comprendre comment s'incarne leur pens&#233;e militante. Selon eux, le groupe racial et la nation forment un &#234;tre vivant &#224; &#233;purer de ses &#233;l&#233;ments nocifs, qui contaminent la puret&#233; du corps social, mais aussi biologique. Pour &#8220;assainir&#8221; leur corps et leur esprit, ils s'engagent donc dans un processus &#8220;d'enracinement&#8221;, qui consiste &#224; se reconnecter &#224; ce qu'ils con&#231;oivent comme leur essence culturelle, fondamentalement blanche. Ils se per&#231;oivent comme le dernier rempart face au &#8220;grand remplacement&#8221;.
Ce &#8220;r&#233;enracinement&#8221; passe aussi par une &#8220;revirilisation&#8221;. Selon les identitaires, si la civilisation occidentale s'affaiblit face au &#8220;grand remplacement&#8221;, c'est aussi parce que les hommes se &#8220;f&#233;miniseraient&#8221;, comme l'affirmait une th&#232;se issue du journaliste et th&#233;oricien d'extr&#234;me droite Guillaume Faye. Ils aspirent &#224; une compl&#233;mentarit&#233; entre les hommes et les femmes, ayant une essence diff&#233;rente, afin d'&#233;quilibrer la civilisation occidentale. Malgr&#233; leur d&#233;diabolisation apparente, ces groupes sont encore structur&#233;s autour de la violence et de la virilit&#233;. Lors des camps d'&#233;t&#233;, la boxe est obligatoire et pratiqu&#233;e quotidiennement. Le dernier jour, chaque militant se bat contre l'un de ses camarades. Ce tournoi fonctionne comme un rite de passage qui scelle d&#233;finitivement l'arriv&#233;e dans le groupe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme tu le montres, la rh&#233;torique masculiniste est une porte d'entr&#233;e vers l'extr&#234;me droite. Elle attire des jeunes, au d&#233;part peu politis&#233;s, mais sensibles &#224; ces discours port&#233;s par des identitaires. Par exemple, Tha&#239;s d'Escufon, l'ancienne porte-parole de G&#233;n&#233;ration identitaire, utilise YouTube pour s'adresser &#224; la communaut&#233; incel&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La culture incel (involutary celibate) d&#233;signe celle des communaut&#233;s en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;. En 2021, dans le cadre d'un d&#233;bat avec Alice Cordier, la dirigeante du collectif f&#233;ministe identitaire N&#233;m&#233;sis, elle affirme d&#233;fendre &#171; &lt;i&gt;la vision europ&#233;enne d'une femme libre, mais qui a &#233;galement une compl&#233;mentarit&#233; avec l'homme europ&#233;en et une place propre dans la famille&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La trajectoire de Tha&#239;s d'Escufon est int&#233;ressante car elle n'a pas continu&#233; sa carri&#232;re en politique, comme l'ont par exemple fait Damien Rieux, membre de Reconqu&#234;te, et Philippe Vardon, membre d'Identit&#233;-Libert&#233;, mais elle a prolong&#233; celle-ci sur les r&#233;seaux sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les f&#233;monationalistes sont le vernis de modernit&#233; des discours identitaires &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Progressivement, elle s'est rapproch&#233;e des masculinistes en devenant &#8220;coach en s&#233;duction&#8221;, une activit&#233; qui repr&#233;sente une certaine manne &#233;conomique et qui lui permet de d&#233;ployer un discours raciste. Elle affirme notamment qu'elle n'entretiendra jamais de relation avec un homme non blanc. Le coaching en s&#233;duction n'est pas nouveau &#224; l'extr&#234;me droite : en 1996 d&#233;j&#224;, l'essayiste Alain Soral sortait &lt;i&gt;Sociologie du dragueur&lt;/i&gt;, ouvrage dans lequel il pr&#233;tend que les femmes ont une essence diff&#233;rente des hommes et qu'elles aiment &#234;tre domin&#233;es et prot&#233;g&#233;es. Pour multiplier les conqu&#234;tes, il faudrait rompre avec les id&#233;es f&#233;ministes qui entrent insidieusement en nous, et assumer sa virilit&#233; profonde. L'id&#233;ologie fasciste rencontre ici celle du d&#233;veloppement personnel : pour &#234;tre heureux, il ne faut pas changer la soci&#233;t&#233; mais devenir la &#8220;meilleure version de soi-m&#234;me&#8221;, un mantra que l'on retrouve souvent sur les r&#233;seaux sociaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tha&#239;s d'Escufon s'adresse surtout aux hommes mais le mouvement identitaire, autrefois tr&#232;s masculin, tente aujourd'hui de toucher un public plus f&#233;minin en pr&#244;nant un f&#233;minisme identitaire. C'est notamment le r&#244;le du collectif N&#233;m&#233;sis, cr&#233;&#233; en 2019. Quel r&#244;le jouent des collectifs comme celui-ci, dans les actuelles recompositions au sein de la mouvance identitaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'ai commenc&#233; &#224; enqu&#234;ter, les femmes &#233;taient marginales sur le plan num&#233;rique et elles acceptaient tr&#232;s peu de t&#226;ches d'encadrement. Mais d&#233;sormais, les identitaires tentent de s'imposer &#224; un public plus large. Pendant la Manif pour Tous, des groupes exclusivement f&#233;minins ont &#233;merg&#233;, comme les Antigones, n&#233;es en 2013 en opposition aux Femen, connues pour leurs protestations publiques avec la poitrine d&#233;nud&#233;e sur laquelle sont &#233;crits des slogans. Plus tard, des jeunes femmes dipl&#244;m&#233;es de l'enseignement sup&#233;rieur cr&#233;ent le collectif N&#233;m&#233;sis. Ses militantes estiment aussi que les hommes et les femmes n'ont pas la m&#234;me essence, mais d&#233;fendent une &#233;galit&#233; en droit. En effet, ces groupuscules sont contraints de s'adapter aux avanc&#233;es f&#233;ministes conquises par les luttes sociales de ces derni&#232;res ann&#233;es.
Elles rejoignent les obsessions identitaires concernant les musulmans et les personnes non blanches qu'elles per&#231;oivent elles aussi comme des ennemis. Le viol, par exemple, serait selon elles principalement commis par des &#233;trangers. La professeure en sociologie Sarah Farris qualifie de &#8220;f&#233;monationaliste&#8221; ce type de f&#233;minisme structur&#233; par un cadrage nationaliste &#224; des fins racistes. Ces militantes sont le vernis de modernit&#233; des discours identitaires. Aujourd'hui, on voit m&#234;me de nombreux partis d'extr&#234;me droite europ&#233;ens dirig&#233;s par des femmes. Les f&#233;monationalistes b&#233;n&#233;ficient d'un &#233;cho m&#233;diatique en trouvant des relais au sein des &#233;lites politiques : Bruno Retailleau a notamment affirm&#233; r&#233;cemment qu'il partageait le &#8220;combat&#8221; de N&#233;m&#233;sis.
N&#233;anmoins, le f&#233;minisme identitaire ne s'&#233;tend pas vraiment dans la population et la jeunesse. Les id&#233;es f&#233;ministes gagnent plus de terrain que celles des identitaires ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zo&#233; Picard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La culture incel (&lt;i&gt;involutary celibate&lt;/i&gt;) d&#233;signe celle des communaut&#233;s en ligne d'hommes se d&#233;finissant comme des c&#233;libataires involontaires. Ils cultivent la violence et le ressentiment envers les femmes qui seraient responsables de leur mis&#232;re affective et sexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Biffins : la traque sans fin</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Biffins-la-traque-sans-fin</link>
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		<dc:date>2025-05-18T00:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos</dc:creator>


		<dc:subject>Triton</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#192; Marseille, dans le quartier de G&#232;ze (15e) en pleine gentrification, la mairie socialo et ses flics harc&#232;lent les vendeurs &#224; la sauvette qui tentent de r&#233;sister, encore et toujours, &#224; l'envahisseur. Ce dimanche d'avril, dans le quartier de G&#232;ze (15e), le march&#233; aux biffins est r&#233;duit comme peau de chagrin. Dans les couloirs &#233;troits dessin&#233;s par les grilles des chantiers qui ceinturent les puces et le march&#233; des forains, de tous petits &#233;tals sont timidement install&#233;s &#224; m&#234;me le sol, pr&#234;ts &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Triton" rel="tag"&gt;Triton&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd-a7b97.png?1779626792' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, dans le quartier de G&#232;ze (15&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;) en pleine gentrification, la mairie socialo et ses flics harc&#232;lent les vendeurs &#224; la sauvette qui tentent de r&#233;sister, encore et toujours, &#224; l'envahisseur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6113 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_06_triton_biffins.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH384/241_06_triton_biffins-86f0a.jpg?1779626793' width='500' height='384' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e dimanche d'avril, dans le quartier de G&#232;ze (15&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;), le march&#233; aux biffins est r&#233;duit comme peau de chagrin. Dans les couloirs &#233;troits dessin&#233;s par les grilles des chantiers qui ceinturent les puces et le march&#233; des forains, de tous petits &#233;tals sont timidement install&#233;s &#224; m&#234;me le sol, pr&#234;ts &#224; &#234;tre remball&#233;s au moindre signal. Il y a encore quelques mois pourtant, les biffins de G&#232;ze formaient le plus grand march&#233; informel de France : la semaine, entre 300 et 800 vendeurs s'&#233;talaient sur les boulevards attenants, le week-end, plus de 1 000. H&#233;ritiers des chiffonniers du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, ces marchands de &#171; biffes &#187; &#8211; vieilles &#233;toffes sans valeur, en vieux fran&#231;ais &#8211; offrent &#224; une client&#232;le souvent pr&#233;caire tout ce dont elle a besoin &#224; petits prix. Linge, livres, cahiers, chaussures, &#233;couteurs, bijoux, chargeurs, radiateurs d'appoint, v&#234;tements, denr&#233;es alimentaires emball&#233;es&#8230; De la r&#233;cup', du tri, de la restauration, du recyclage. Mais le 17 octobre dernier, la mairie de Marseille a sign&#233; un arr&#234;t&#233; interdisant la vente &#224; la sauvette dans ce quartier o&#249; est en train de pousser un grand projet urbain : Eurom&#233;diterran&#233;e 2.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le march&#233; aux biffins fait partie int&#233;grante d'un &#233;cosyst&#232;me qui va des quartiers Nord au centre-ville&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Depuis, la police harc&#232;le quotidiennement les vendeurs en distribuant amendes, coups et menaces. Reportage.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une &#233;conomie de d&#233;brouille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; On parle toujours d'&#233;cologie et d'&#233;conomie circulaire, mais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;les biffins qu'on r&#233;prime sont les premiers maillons de cette cha&#238;ne ! &lt;/i&gt; &#187; peste St&#233;phanie Fern&#224;ndez-Recatal&#224;, pr&#233;sidente de l'association Indicible qui aide les vendeurs &#224; se structurer. Elle rappelle que les brocanteurs, les fripiers et tous les &#171; &lt;i&gt;Vinted &lt;/i&gt; &#187; de Marseille, viennent chiner &#224; G&#232;ze ce qu'ils revendent &#171; &lt;i&gt;la peau des fesses &lt;/i&gt; &#187; dans leurs boutiques du centre-ville. Hamid*, Kader* et celui qui se fait appeler le Vieux*, tous trois membres du r&#233;cent syndicat des biffins, hochent la t&#234;te et confirment : &#171; &lt;i&gt;La client&#232;le est tr&#232;s diverse, on voit de tout. &lt;/i&gt; &#187; Selon eux, le march&#233; aux biffins fait partie int&#233;grante d'un &#233;cosyst&#232;me qui va des quartiers Nord au centre-ville.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Historiquement les puces ont toujours &#233;t&#233; refoul&#233;es par les grands projets urbains &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; Pour autant, il n'y a pas de concurrence entre les puciers, install&#233;s dans les anciens ateliers Alstom, les forains devant sur le parvis, et les biffins le long de l'avenue du Cap-Pin&#232;de et de la rue de Lyon. D'apr&#232;s St&#233;phanie, &#171; &lt;i&gt;les gens circulent parmi les strates du march&#233; sans faire de diff&#233;rence. Mais pour les plus pr&#233;caires, les biffins offrent la possibilit&#233; de s'&#233;quiper, s'habiller, m&#234;me manger correctement &#224; des prix vraiment accessibles &lt;/i&gt; &#187;. Et la vente &#224; la sauvette est aussi un moyen de vivre, voire de survivre pour ceux qui la pratiquent : &#171; &lt;i&gt;Avant j'&#233;tais boucher, j'ai aussi travaill&#233; dans la s&#233;curit&#233;, mais je me suis bless&#233; au dos &lt;/i&gt; &#187;, raconte Hamid. Avec quatre enfants et une petite pension d'invalidit&#233;, ses ventes lui permettent de boucler les fins de mois. Pour le Vieux et Kader, c'est leur petite retraite de l'arm&#233;e et d'ancien marin qu'ils compl&#232;tent en venant &#224; G&#232;ze.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Euromed le bulldozer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Historiquement les puces ont toujours &#233;t&#233; refoul&#233;es par les grands projets urbains&#8230; &lt;/i&gt; &#187; raconte C&#233;cile, qui fait une th&#232;se d'histoire sur le quartier. Et celles de G&#232;ze ne d&#233;rogent pas : apr&#232;s Eurom&#233;diterran&#233;e dans les ann&#233;es 1990, sorte de quartier des affaires &#233;rig&#233; au nord et &#224; l'ouest du centre-ville, Euromed 2 pousse plus loin ses fa&#231;ades vitr&#233;es et ses tours grises en direction des quartiers Nord. D&#233;marr&#233; dans les ann&#233;es 2000, le projet prend aujourd'hui les puces en &#233;tau : tout autour, des &#233;coquartiers, des si&#232;ges d'entreprises, des bureaux et l'extension du tramway. Sur place, la valse des grues et le rythme soutenu du &lt;i&gt;poc poc poc&lt;/i&gt; des marteaux piqueurs. &#171; &lt;i&gt;La M&#233;tropole pr&#233;voit de b&#226;tir le nouveau quartier des Fabriques pile-poil &#224; l'endroit des puces. Le proprio, Andr&#233; Coudert, a beau dire qu'il ne vendra pas, dans les faits c'est beaucoup plus flou&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le site du projet, on peut lire que le march&#233; demeurera &#171; tant dans sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. D'autant qu'il laisse le march&#233; se d&#233;grader &#224; petit feu&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2021, l'association des commer&#231;ants du march&#233; aux puces assignait Andr&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt; &#187; Des puciers et commer&#231;ants mettent d&#233;j&#224; la cl&#233; sous la porte, d&#233;pit&#233;s devant l'impossibilit&#233; de vendre leur fonds de commerce dans un lieu devenu insalubre&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2019, Marsactu comptait d&#233;j&#224; 69 stands ferm&#233;s. Le journal racontait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;J'imagine que &#231;a arrange bien Coudert : en cas de vente, il aura moins d'indemnisations &#224; payer &lt;/i&gt; &#187;, souffle C&#233;cile.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Sur la question des march&#233;s de rue, il y a souvent deux &#233;cueils : soit la criminalisation, qui donne lieu &#224; de la r&#233;pression, soit le mis&#233;rabilisme, qui verse dans l'humanitaire &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt; &#192; la question de savoir si l'interdiction des biffins a un lien avec ce processus, l'historienne h&#233;site : &#171; &lt;i&gt;C'est un peu tout : Euromed, certains habitants, les &#233;lus avec l'&#233;ch&#233;ance municipale qui arrive&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Elle pointe surtout &#171; &lt;i&gt;une politique de l'attente comme dans la plupart des grands projets de r&#233;novation urbaine&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;On fait des annonces en grande pompe, et puis finalement &#231;a prend du retard. Il y a des pressions, des n&#233;gociations opaques. Tout &#231;a se fait sur un temps tr&#232;s long, un temps qui n'est pas celui des gens et qui les emp&#234;che de s'organiser.&lt;/i&gt; &#187; En octobre, St&#233;phanie et elle ont tent&#233; de faire casser l'arr&#234;t&#233; d'interdiction de vente &#224; la sauvette, mais &#171; &lt;i&gt;peine perdue : c'est consid&#233;r&#233; comme un d&#233;lit de toute fa&#231;on&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les cow-boys attisent la tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Sur la question des march&#233;s de rue, il y a souvent deux &#233;cueils : soit la criminalisation, qui donne lieu &#224; de la r&#233;pression, soit le mis&#233;rabilisme, qui verse dans l'humanitaire&lt;/i&gt; &#187;, explique C&#233;cile. &#192; G&#232;ze, il semble que la mairie se soit vautr&#233;e dans le premier. Nombreux sont les biffins qui t&#233;moignent du harc&#232;lement de la police, municipale comme nationale. &#171; &lt;i&gt;Elle vient tous les jours, plusieurs fois par jour !&lt;/i&gt; &#187; d&#233;sesp&#232;re le Vieux. &#171; &lt;i&gt;Elle distribue des amendes de 135 euros, 300 pour les v&#233;hicules, voire la fourri&#232;re ! &lt;/i&gt; &#187; rench&#233;rit Hamid. Il raconte qu'un jeune Albanais s'est fait enlever sa voiture avec tous ses papiers administratifs &#224; l'int&#233;rieur, mais qu'insolvable, il n'a rien pu r&#233;cup&#233;rer. Kader ajoute : &#171; &lt;i&gt;Nos marchandises sont confisqu&#233;es et jet&#233;es&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Pour couronner le tout, les clients, qui ne savent plus sur quel pied danser, viennent de moins en moins. &#171; &lt;i&gt;Dans cette ambiance de r&#233;pression, avec une client&#232;le al&#233;atoire, sans s&#233;curit&#233;, la tension monte entre biffins&lt;/i&gt;, explique C&#233;cile. &lt;i&gt;Avant, il y avait quelques embrouilles, mais le march&#233;, tr&#232;s divers, s'autor&#233;gulait, et les conflits &#233;taient vite absorb&#233;s. Aujourd'hui, ceux qui reviennent sont ceux qui n'ont que &#231;a pour survivre. L'atmosph&#232;re est lourde et les gens sont tendus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ils sont des travailleurs comme les autres &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C&#233;cile raconte une intervention de la police municipale, un apr&#232;s-midi de mars : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait pendant le ramadan, tout le monde &#233;tait un peu stone. Les flics ont d&#233;barqu&#233; en fanfare et un des biffins, qui rangeait son mat&#233;riel, s'est violemment fait attraper par le col. &lt;/i&gt; &#187; Elle sort son t&#233;l&#233;phone pour filmer la sc&#232;ne. &#171; &lt;i&gt;L&#224; ils me tombent dessus et menacent de m'embarquer si je n'efface pas la vid&#233;o. &lt;/i&gt; &#187; Des ouvriers du chantier du tram, &#224; proximit&#233;, s'interposent : &#171; &lt;i&gt;Les flics se mettent &#224; les invectiver et les menacer avec leurs tasers. &lt;/i&gt; &#187; La tension monte et un ouvrier est plaqu&#233;, la gorge contre une barri&#232;re de s&#233;curit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Le chef de chantier a r&#233;ussi &#224; calmer le jeu. De mon c&#244;t&#233;, j'ai c&#233;d&#233; et effac&#233; la vid&#233;o. &lt;/i&gt; &#187; Plus tard, quand St&#233;phanie et C&#233;cile repasseront devant les agents, ils leur d&#233;cocheront un : &#171; &lt;i&gt;C'est &#224; cause de vous que la France est dans cet &#233;tat ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face &#224; cette violence et essayer de trouver une solution, les biffins ont mont&#233; leur propre syndicat. &#171; &lt;i&gt;Fa&#231;on de montrer qu'ils sont des travailleurs comme les autres &lt;/i&gt; &#187;, explique St&#233;phanie. Leur revendication ? Une r&#233;installation un peu plus loin, boulevard Fr&#233;d&#233;ric Sauvage, le week-end, dans un premier temps. &#171; &lt;i&gt;Les biffins se sont mis d'accord sur un prix de cinq euros l'emplacement. Cela servira &#224; payer des placiers, une s&#233;curit&#233; et le nettoyage. &lt;/i&gt; &#187; Dans un second temps : la mise &#224; disposition d'un terrain en plein air avec convention de la mairie, d'un minimum de trois ans renouvelables, et l'obligation d'&#234;tre relog&#233;s si le terrain venait &#224; &#234;tre vendu. Pour g&#233;rer un tel march&#233;, Hamid est confiant : &#171; &lt;i&gt;On saura faire ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ga&#235;lle Desnos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;*Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur le site du projet, on peut lire que le march&#233; demeurera &#171; &lt;i&gt;tant dans sa localisation que dans son usage&lt;/i&gt; &#187;, mais qu'Euromed et le propri&#233;taire &#171; &lt;i&gt;&#233;tudient actuellement un projet de r&#233;novation&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2021, l'association des commer&#231;ants du march&#233; aux puces assignait Andr&#233; Coudert en justice. L'ordonnance rendue par le tribunal pointait des locaux dans un &#171; &lt;i&gt;&#233;tat &#233;difiant de salet&#233;, le sol &#233;tant d&#233;fonc&#233; et recouvert de d&#233;tritus de toutes origine, alors m&#234;me que les charges sollicit&#233;es par le bailleur englobent des frais d'entretien. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2019, &lt;i&gt;Marsactu&lt;/i&gt; comptait d&#233;j&#224; 69 stands ferm&#233;s. Le journal racontait &#233;galement comment l'historique boucherie Slimani, sp&#233;cialiste de viande halal, avait baiss&#233; son rideau. Lire sur leur site &#171; March&#233; aux puces : radiographie d'une puissance &#233;conomique informelle &#187; (26/04/2019) et &#171; Le march&#233; aux puces perd son boucher et une tranche de son histoire &#187; (01/11/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Immersion en salle de conso</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Immersion-en-salle-de-conso</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Immersion-en-salle-de-conso</guid>
		<dc:date>2025-05-10T00:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonas Schnyder</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avec la BD &#192; Moindres risques, Mat Let s'immerge dans le quotidien d'une salle de consommation de drogues &#224; Paris. Il nous raconte un lieu d'accueil et de soin bien loin des clich&#233;s sensationnalistes et des pr&#233;jug&#233;s moralistes. Alors que les l&#226;chet&#233;s politiques ont eu raison de la pourtant n&#233;cessaire Salle de consommation &#224; moindres risques (SCMR) &#224; Marseille, le dessinateur Mat Let apporte sa pierre &#224; l'&#233;difice d'un d&#233;bat o&#249; peurs et morales de tous bords d&#233;fient les faits. Dans la BD &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec la BD &lt;i&gt;&#192; Moindres risques&lt;/i&gt;, Mat Let s'immerge dans le quotidien d'une salle de consommation de drogues &#224; Paris. Il nous raconte un lieu d'accueil et de soin bien loin des clich&#233;s sensationnalistes et des pr&#233;jug&#233;s moralistes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_14_salleshoot.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH212/241_14_salleshoot-9c741.jpg?1779606024' width='500' height='212' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;lors que les l&#226;chet&#233;s politiques ont eu raison de la pourtant n&#233;cessaire Salle de consommation &#224; moindres risques (SCMR)&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aussi appel&#233;es &#171; Halte soins addictions &#187; (HSA) &#8211; et non &#171; salle de shoot &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#224; Marseille, le dessinateur Mat Let apporte sa pierre &#224; l'&#233;difice d'un d&#233;bat o&#249; peurs et morales de tous bords d&#233;fient les faits. Dans la BD &lt;i&gt;&#192; Moindres risques&lt;/i&gt; (La Bo&#238;te &#224; Bulles, 2024), il raconte en images son immersion dans le quotidien d'une SCMR g&#233;r&#233;e par l'association Ga&#239;a et soutenue par M&#233;decin du Monde (MDM), situ&#233;e dans le X&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris. En cherchant &#224; &#171; &lt;i&gt;comprendre et donner &#224; comprendre la r&#233;alit&#233; de ce lieu qui d&#233;clenche les passions&lt;/i&gt; &#187;, il se confronte &#224; ses propres pr&#233;jug&#233;s et d&#233;crit tout un &#233;cosyst&#232;me complexe et humain d&#233;passant le seul acte de consommation. Sans ang&#233;lisme ou na&#239;vet&#233; sur les potentielles tensions ou violences inh&#233;rentes &#224; la pr&#233;carit&#233;, il d&#233;peint un lieu o&#249; prime le souci du soin, de l'&#233;coute et du respect de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;L'enfer est aussi administratif, et certain&#183;es viennent simplement pour avoir leur num&#233;ro de S&#233;cu&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y rencontre Bader, m&#233;diateur qui g&#232;re la file d'attente en jonglant entre l'&#233;coute empathique et le posage de limites fermes ; se lie avec Banban, qui lui raconte ses gal&#232;res d'emploi, de famille, de sant&#233;, comme un engrenage infernal dont il n'arrive pas &#224; sortir ; &#233;coute un usager qui mime &#224; la fa&#231;on d'un clown son arrestation brutale et la fouille ill&#233;gale de la police &#8211; un humour qui choque le dessinateur et lui illustre la banalit&#233; quotidienne de ces violences ; accompagne un usager qui lui raconte comment se d&#233;roule une injection. L'enfer est aussi administratif, et certain&#183;es viennent simplement pour avoir leur num&#233;ro de S&#233;cu apr&#232;s s'&#234;tre fait voler leur carte vitale ou avoir perdu leurs papiers d'identit&#233;.
Ici, rien de glauque ou de cach&#233;, la salle se d&#233;voile comme un lieu d'accueil et de soutien &#224; des populations stigmatis&#233;es, visibles et violent&#233;es, qui ne sont pas repr&#233;sentatives de tous les usager&#183;es de drogues en g&#233;n&#233;ral : celles et ceux &#8211; plus favoris&#233;&#183;es et moins vuln&#233;rables &#8211; qui consomment &#224; la maison, au travail ou de mani&#232;re r&#233;cr&#233;ative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des semaines, son regard change, non seulement sur la salle de conso, mais sur le monde ext&#233;rieur. &#171; &lt;i&gt;Tout le monde conna&#238;t la salle mais personne n'y comprend rien&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;alise-t-il en &#233;coutant les l&#233;gitimes inqui&#233;tudes des riverain&#183;es. Une m&#233;connaissance &#224; laquelle la recherche scientifique et les gens de terrain peuvent r&#233;pondre, pour peu que l'on contre activement les discours moralistes qui nous font croire que nier ou r&#233;primer une r&#233;alit&#233; peut la faire dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jonas Schnyder&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aussi appel&#233;es &#171; Halte soins addictions &#187; (HSA) &#8211; et non &#171; salle de shoot &#187; &#8211; il s'agit d'espaces de r&#233;duction des risques o&#249; les personnes qui souhaitent consommer leur drogue peuvent le faire en &#233;tant encadr&#233;es par du personnel qualifi&#233; et dans des conditions s&#251;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bloqu&#233;s dans les limbes de l'administration</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Bloques-dans-les-limbes-de-l</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Bloques-dans-les-limbes-de-l</guid>
		<dc:date>2025-05-10T00:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Romain K.</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;a Guili</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En France, pour demander ou renouveler leur titre de s&#233;jour, les &#233;trangers doivent r&#233;aliser la plupart de leurs d&#233;marches en ligne, sur le site de l'Anef. Une plateforme dont les nombreux blocages engendrent des cons&#233;quences d&#233;vastatrices sur la vie des usagers. Ao&#251;t 2024, Amir* est soulag&#233; : apr&#232;s plus de trois ans de proc&#233;dure, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le reconna&#238;t comme r&#233;fugi&#233;. Pour ce quadrag&#233;naire afghan, c'est l'aboutissement d'un long calvaire administratif. Il va (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Dea-Guili" rel="tag"&gt;D&#233;a Guili&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En France, pour demander ou renouveler leur titre de s&#233;jour, les &#233;trangers doivent r&#233;aliser la plupart de leurs d&#233;marches en ligne, sur le site de l'Anef. Une plateforme dont les nombreux blocages engendrent des cons&#233;quences d&#233;vastatrices sur la vie des usagers.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_08_deaguili_anef.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH680/241_08_deaguili_anef-50c76.jpg?1779626794' width='500' height='680' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;o&#251;t 2024, Amir* est soulag&#233; : apr&#232;s plus de trois ans de proc&#233;dure, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le reconna&#238;t comme r&#233;fugi&#233;. Pour ce quadrag&#233;naire afghan, c'est l'aboutissement d'un long calvaire administratif. Il va enfin pouvoir se reconstruire une vie ici en France. Du moins, c'est ce qu'il croit. Neuf mois plus tard, il n'a toujours pas le droit de travailler, pas de titre de s&#233;jour, pas de carte vitale, aucune prestation sociale, pas le droit de conduire et surtout pas le droit de demander le regroupement familial pour son unique fils, &#224; peine majeur, rest&#233; seul au pays. La raison de cette situation tient en quatre lettres : Anef (Administration num&#233;rique des &#233;trangers en France).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Depuis que l'utilisation de l'Anef a &#233;t&#233; impos&#233;e, les r&#233;clamations relatives aux droits des &#173;&#233;trangers re&#231;ues par le D&#233;fenseure des droits ont augment&#233; de 400 %&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est par ce site qu'Amir doit passer pour obtenir un titre de s&#233;jour et transformer une d&#233;cision de justice en une vraie carte. Une simple formalit&#233;, en th&#233;orie. Probl&#232;me, lorsqu'il entame les d&#233;marches, un message d'erreur s'affiche sur l'&#233;cran de son ordinateur : &#171; &lt;i&gt;Demande invalide. [...] Vous n'&#234;tes pas reconnu b&#233;n&#233;ficiaire de la protection internationale. &lt;/i&gt; &#187; Tomb&#233; dans les limbes de l'administration, cet ancien chauffeur de taxi qui a fui les pers&#233;cutions en Afghanistan est priv&#233; de tout droit, sans pour autant &#234;tre en situation irr&#233;guli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;mat&#233;rialisation qui fait mal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Introduit progressivement &#224; partir de 2019 dans le cadre d'un vaste plan &#233;tatique de d&#233;mat&#233;rialisation, l'Anef est devenue incontournable pour tout &#233;tranger non europ&#233;en depuis 2021. R&#233;fugi&#233;s, parents d'enfants r&#233;fugi&#233;s, conjoints de Fran&#231;ais, travailleurs saisonniers, &#233;tudiants, titulaires d'un visa long s&#233;jour, d'une carte de s&#233;jour pluriannuelle, d'un passeport talent, d'une carte de s&#233;jour salari&#233;&#8230; la majorit&#233; doivent passer par ce site pour demander ou renouveler leur titre de s&#233;jour. Mais plus de cinq ans apr&#232;s son d&#233;ploiement, on ne peut pas dire que c'est un cadeau pour les millions de personnes confront&#233;es &#224; la plateforme.
Depuis que son utilisation a &#233;t&#233; impos&#233;e, les r&#233;clamations relatives aux droits des &#233;trangers re&#231;ues par le D&#233;fenseure des droits ont augment&#233; de 400 %. Et pour cause, les blocages sur la plateforme sont nombreux. Le D&#233;fenseur des droits en dresse une liste non exhaustive : impossibilit&#233; de renouveler un titre de s&#233;jour au motif qu'une demande serait d&#233;j&#224; en cours ; pi&#232;ces transmises mais jamais re&#231;ues par le service pr&#233;fectoral ; impossibilit&#233; de pouvoir modifier, compl&#233;ter ou annuler une demande une fois d&#233;pos&#233;e ; ou encore des d&#233;lais de traitement tr&#232;s longs, privant les usagers de leurs droits sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Veuillez patienter...&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce genre de situation, l'administration pr&#233;voit deux possibilit&#233;s. La premi&#232;re : &#233;crire au service d'assistance. C'est ce qu'a fait Amir d&#232;s le mois de septembre 2024. S'ensuivent de longs et p&#233;nibles &#233;changes par mails avec des t&#233;l&#233;conseillers dont la froideur et l'incomp&#233;tence concurrenceraient presque celles des robots conversationnels premi&#232;re g&#233;n&#233;ration. Dans un premier message, il envoie une capture d'&#233;cran du blocage qu'il rencontre accompagn&#233; de la d&#233;cision lui reconnaissant le statut de r&#233;fugi&#233;. Deux semaines plus tard, il re&#231;oit une r&#233;ponse par mail l'invitant &#224; &#171; &lt;i&gt;attendre et r&#233;essayer r&#233;guli&#232;rement &lt;/i&gt; &#187;. Un mois plus tard, il les relance. M&#234;me r&#233;ponse : &#171; &lt;i&gt;Patientez et r&#233;essayez r&#233;guli&#232;rement. &#187;&lt;/i&gt; En novembre, il re&#231;oit un nouveau courrier &#233;lectronique : &#171; &lt;i&gt;Votre dossier est toujours en cours de traitement. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Pour les blocages li&#233;s &#224; l'Anef, les &#233;trangers qui pour beaucoup n'ont pas une ma&#238;trise parfaite du fran&#231;ais, doivent venir seuls&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au mois de janvier cette fois, et apr&#232;s une cinqui&#232;me relance, le service &#171; d'assistance &#187; innove et lui demande d'envoyer &#8211; &#224; nouveau &#8211; une copie d'&#233;cran du blocage et son attestation de d&#233;cision d'admission au statut de r&#233;fugi&#233;. Il s'ex&#233;cute. En f&#233;vrier, il re&#231;oit une nouvelle r&#233;ponse &#233;nigmatique : &#171; &lt;i&gt;Les pi&#232;ces fournies sont manquantes. &lt;/i&gt; &#187; Amir renvoie la capture d'&#233;cran et la d&#233;cision de la Cour nationale du droit d'asile. En mars on lui r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Nous constatons que vous faites face &#224; un blocage lors du d&#233;p&#244;t de votre demande de titre de s&#233;jour. Si le probl&#232;me perdure, envoyez-nous par mail votre attestation de d&#233;cision d'admission au statut de r&#233;fugi&#233;. &lt;/i&gt; &#187; De quoi devenir dingue.
Une erreur isol&#233;e ? A priori, non. Dans son rapport, le D&#233;fenseure des droits constate que les t&#233;l&#233;conseillers proc&#232;dent &#224; &#171; &lt;i&gt;de nombreuses reformulations sans para&#238;tre comprendre r&#233;ellement quel type de probl&#232;me rencontre l'usager &lt;/i&gt; &#187;. On serait presque tent&#233; de croire que cela fait partie des consignes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;fec-dure&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La seconde option pr&#233;vue par l'administration en cas de probl&#232;me avec l'Anef, c'est de prendre un rendez-vous en pr&#233;fecture. Parler directement avec un humain, un vrai cette fois. Enfin, pour ceux qui arrivent &#224; obtenir un rendez-vous en ligne. &#192; Marseille, les cr&#233;neaux sont post&#233;s le vendredi. Mais jamais &#224; la m&#234;me heure. Alors pour &#234;tre s&#251;r d'&#234;tre connect&#233; au bon moment, il faut actualiser la page toute la journ&#233;e. En cinq minutes, les quelques dizaines d'horaires disponibles sont complets. Amir a d&#251; s'y prendre &#224; trois fois avant d'obtenir un rendez-vous. &#192; chaque fois, c'est une nouvelle semaine qui s'&#233;coule &#224; vivre sans ressources.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les personnes &#233;trang&#232;res apparaissent comme les usagers les plus durement mis &#224; l'&#233;preuve par la d&#233;mat&#233;rialisation des proc&#233;dures administratives &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le 4 avril, v&#234;tu de son habituel blazer et d'une chemise rentr&#233;e dans son pantalon, il arrive avec 30 minutes d'avance devant les grilles de l'administration rue Saint-S&#233;bastien. Il esp&#232;re en ressortir avec un r&#233;c&#233;piss&#233; de titre de s&#233;jour, qui l'autoriserait &#224; travailler et &#224; entamer les d&#233;marches pour retrouver son fils. Mais, nouveau stop : l'agent de s&#233;curit&#233; ne laisse pas entrer le traducteur qui accompagne Amir. Pour les blocages li&#233;s &#224; l'Anef, les &#233;trangers, qui pour beaucoup n'ont pas une ma&#238;trise parfaite du fran&#231;ais, doivent venir seuls.
Une fois arriv&#233; dans la grande salle bond&#233;e de monde au premier &#233;tage de la pr&#233;fecture, Amir s'installe devant un petit guichet. Derri&#232;re la vitre, une agente charg&#233;e de traiter sp&#233;cifiquement ces types de probl&#232;mes. Au bout de cinq minutes, elle lui annonce qu'il s'agit d'une erreur technique que son service n'a pas la comp&#233;tence de r&#233;soudre. Son conseil : envoyer un mail&#8230; au service d'assistance. En huit mois, la situation d'Amir n'a pas avanc&#233; d'un pouce.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sans carte de s&#233;jour, tout s'arr&#234;te &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les personnes &#233;trang&#232;res apparaissent comme les usagers les plus durement mis &#224; l'&#233;preuve par la d&#233;mat&#233;rialisation des proc&#233;dures administratives&lt;/i&gt; &#187;, pointe le D&#233;fenseur des droits. Pertes d'emplois, de formations, de logements, arr&#234;ts d'&#233;tudes : pour eux, les cons&#233;quences sont lourdes. Ibrahim S., lui, s'est vu suspendre les versements du RSA et des allocations familiales durant trois mois. Arriv&#233; du Soudan avec sa femme et son fils, il obtient l'asile en 2014. Dix ans plus tard, il habite un HLM dans les quartiers Nord de Marseille. Entre-temps il a eu trois autres enfants, le plus vieux n'a pas neuf ans. Toute la famille vit du boulot d'int&#233;rimaire d'Ibrahim, quand sa sant&#233; lui permet de travailler. Le reste du temps, ils s'en sortent gr&#226;ce au RSA et &#224; la CAF. En f&#233;vrier 2024, alors qu'il souhaite renouveler sa carte de s&#233;jour arriv&#233;e &#224; expiration, il se retrouve bloqu&#233;. L'Anef ne peut pas r&#233;cup&#233;rer ses donn&#233;es suite &#224; un changement de syst&#232;me informatique.
Au mois d'avril, m&#234;me si la pr&#233;fecture soutient que le probl&#232;me est r&#233;gl&#233;, il n'a toujours pas de titre de s&#233;jour. Toutes ses prestations sociales sont suspendues. M&#233;caniquement, il perd aussi l'autorisation de travailler. Seuls les ch&#232;ques alimentaires, 80 euros pour six personnes toutes les trois semaines, et la solidarit&#233; de leurs proches, leur permettent de survivre &#224; cette p&#233;riode. Gr&#226;ce &#224; l'intervention d'une avocate et d'une d&#233;cision du tribunal administratif, il a finalement pu reprendre sa vie en novembre dernier. &#171; &lt;i&gt; Pour nous, la vie ne d&#233;pend que d'une seule chose, la carte de s&#233;jour, alors, quand on ne peut pas la renouveler, tout s'arr&#234;te &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Ibrahim.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Roman K.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;*Les pr&#233;noms, nationalit&#233;s et dates ont &#233;t&#233; l&#233;g&#232;rement modifi&#233;s &#224; la demande des personnes, craignant des r&#233;percussions sur leur situation administrative.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ralentir la saign&#233;e</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ralentir-la-saignee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Ralentir-la-saignee</guid>
		<dc:date>2025-05-10T00:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lo&#239;c</dc:creator>


		<dc:subject>Mona Lobert</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;chec scolaire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lo&#239;c est prof d'histoire et de fran&#231;ais, contractuel, dans un lyc&#233;e pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute p&#233;t&#233;e. Entre sa classe et la salle des profs, face &#224; sa hi&#233;rarchie ou devant ses &#233;l&#232;ves, il se demande : o&#249; est-ce qu'on s'est plant&#233; ? &#171; Bon, on a eu la r&#233;u avec le chef d'&#233;tablissement, la DHG [Dotation heure globale] est pourrie ! &#187; amorce la coll&#232;gue de la CGT qui pr&#233;side l'heure d'info syndicale &#224; laquelle se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mona-Lobert" rel="tag"&gt;Mona Lobert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Echec-scolaire" rel="tag"&gt;&#201;chec scolaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lo&#239;c est prof d'histoire et de fran&#231;ais, contractuel, dans un lyc&#233;e pro des quartiers Nord de Marseille. Chaque mois, il raconte ses tribulations au sein d'une institution toute p&#233;t&#233;e. Entre sa classe et la salle des profs, face &#224; sa hi&#233;rarchie ou devant ses &#233;l&#232;ves, il se demande : o&#249; est-ce qu'on s'est plant&#233; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6108 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_13_mona_echec.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH508/241_13_mona_echec-67c70.jpg?1779626794' width='500' height='508' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; B&lt;/span&gt;&lt;i&gt;on, on a eu la r&#233;u avec le chef d'&#233;tablissement, la DHG [Dotation heure globale] est pourrie ! &lt;/i&gt; &#187; amorce la coll&#232;gue de la CGT qui pr&#233;side l'heure d'info syndicale &#224; laquelle se pointe une cinquantaine de profs une fois par mois. C'est l&#224; qu'on discute des couacs du lyc&#233;e, des relations avec la direction, les parents d'&#233;l&#232;ves... et qu'on analyse les effets foireux des r&#233;formes en cours pour tenter, comme on peut, d'y r&#233;sister. &#171; &lt;i&gt;La DHG c'est l'enveloppe d'heures globale que nous file la Dasen [Direction acad&#233;mique des services de l'&#201;ducation nationale] pour qu'on assure les cours chaque ann&#233;e dans chaque mati&#232;re. L'an prochain, ils font sauter des heures pour les classes de langue. &lt;/i&gt; &#187; R&#233;sultats : des postes de contractuel&#183;les en suspend et des classes de langue plus charg&#233;es. On n'arr&#234;te pas les saign&#233;es. Du coin de la salle, la coll&#232;gue d'histoire explique : &#171; &lt;i&gt;C'est pour les filer &#224; la cit&#233; &#233;ducative &lt;/i&gt;[un programme national gazeux cens&#233; assurer la continuit&#233; &#233;ducative extrascolaire, ndlr]&lt;i&gt; ils en ouvrent une &#224; la rentr&#233;e dans un quartier privil&#233;gi&#233; du centre. Ils piquent des heures de langues aux gamins des quartiers pour les filer aux gosses de riches ! &lt;/i&gt; &#187; &#192; l'unanimit&#233; on vote contre &#8211; la Dasen en sera inform&#233;e via le proviseur, esp&#233;rant que les d&#233;cideurs en tiennent compte.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;En premi&#232;re ligne, &#224; charge des profs et personnels d'essuyer les pl&#226;tres de choix &#233;ducatifs anxiog&#232;nes de la start-up nation.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Hop&lt;/i&gt;, autre sujet : les intrusions dans le lyc&#233;e, toujours plus fr&#233;quentes. Des jeunes qui r&#244;dent pour vendre du shit dans les couloirs ? Nope, un parent d'&#233;l&#232;ve qui aurait r&#233;ussi &#224; entrer dans l'&#233;tablissement pour protester contre un 0/20 re&#231;u par son fils. Les flics l'ont &#233;vacu&#233;. &#171; &lt;i&gt;&#199;a arrive de plus en plus les coups de pression des parents. C'est pas normal ! &lt;/i&gt; &#187; s'insurge un coll&#232;gue. Un autre r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;C'est surtout qu'avec leur Parcoursup &#224; la con et le contr&#244;le continu, les parents et les &#233;l&#232;ves p&#232;tent les plombs ! &lt;/i&gt; &#187; En premi&#232;re ligne, &#224; charge des profs et personnels d'essuyer les pl&#226;tres de choix &#233;ducatifs anxiog&#232;nes de la start-up nation. Wissam Xelka, youtubeur d&#233;colonial, cal&#233; sur les questions scolaires, r&#233;sumait : &#171; &lt;i&gt;Plus le climat social se tend, plus les relations profs-&#233;l&#232;ves se tendent. On n'am&#233;liore l'&#233;cole qu'en luttant contre les in&#233;galit&#233;s. En changeant la soci&#233;t&#233; ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Responsables de la d&#233;gradation de l'&#201;duc' nat', les profs ? Nombre d'entre elleux passent leur temps &#224; colmater les br&#232;ches. Avant que la r&#233;u se termine, la syndicaliste ajoute : &#171; &lt;i&gt;J'oubliais ! &#192; la rentr&#233;e prochaine, la R&#233;gion veut supprimer le remboursement des EPI [&#201;quipement de protection individuelle] aux &#233;l&#232;ves non boursiers &#8211; les chaussures de s&#233;cu, casques, bleus de travail &#8211;, faudra qu'on se mobilise l&#224;-dessus avant la fin de l'ann&#233;e. &lt;/i&gt; &#187; Qu'on ne se trompe pas d'ennemi&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lo&#207;c&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; D&#233;coloniser nos organisations militantes &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Decoloniser-nos-organisations</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Decoloniser-nos-organisations</guid>
		<dc:date>2025-05-10T00:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>In&#232;s Atek, Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Manon Raupp</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les militants de gauche se d&#233;sesp&#232;rent, &#224; coups de discours incantatoires, de parvenir un jour &#224; &#171; unifier &#187; la classe ouvri&#232;re sous une m&#234;me banni&#232;re. Le sociologue Sa&#239;d Bouamama leur donne un tips : commencer par s'int&#233;resser aux dynamiques qui hi&#233;rarchisent notre camp avant d'appeler &#224; le f&#233;d&#233;rer. Ces mois-ci, &#224; l'Assembl&#233;e nationale et au S&#233;nat, les dingueries l&#233;gislatives vont bon train. Restriction de l'acc&#232;s &#224; la nationalit&#233; fran&#231;aise par le droit du sol &#224; Mayotte, interdiction de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Manon-Raupp" rel="tag"&gt;Manon Raupp&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/design_sans_titre_1_-5f7d2.png?1779622256' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les militants de gauche se d&#233;sesp&#232;rent, &#224; coups de discours incantatoires, de parvenir un jour &#224; &#171; unifier &#187; la classe ouvri&#232;re sous une m&#234;me banni&#232;re. Le sociologue Sa&#239;d Bouamama leur donne un tips : commencer par s'int&#233;resser aux dynamiques qui hi&#233;rarchisent notre camp avant d'appeler &#224; le f&#233;d&#233;rer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6105 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_05_manonraupp_union.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH394/241_05_manonraupp_union-2db89.jpg?1779622257' width='500' height='394' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;es mois-ci, &#224; l'Assembl&#233;e nationale et au S&#233;nat, les dingueries l&#233;gislatives vont bon train. Restriction de l'acc&#232;s &#224; la nationalit&#233; fran&#231;aise par le droit du sol &#224; Mayotte, interdiction de mariage aux personnes sans titre de s&#233;jour valide, interdiction de signes religieux (mais surtout du foulard) dans le sport&#8230; &#192; gauche, peu de r&#233;actions, encore moins d'organisation. Dans les milieux militants, on appelle r&#233;guli&#232;rement &#224; la convergence des luttes avec les providentiels &#171; habitants des quartiers &#187;, comme une formule magique qui, &#224; force d'&#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;e, ferait un jour effet.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La gauche homog&#233;n&#233;ise la classe ouvri&#232;re, ce qui l'am&#232;ne &#224; fermer les yeux sur toutes les contradictions internes qui s'y exercent &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les discours d&#233;coloniaux viennent bousculer le d&#233;bat en rappelant l'impact encore tr&#232;s actuel et destructeur de l'histoire de l'Empire colonial fran&#231;ais. Au centre de leurs analyses : la racialisation de notre soci&#233;t&#233; qui hi&#233;rarchise les travailleurs entre eux, quitte &#224; mettre parfois de c&#244;t&#233; la notion de classe sociale, ch&#232;re aux militants de gauche. C'est que la m&#233;fiance envers eux reste vive parmi les d&#233;coloniaux. Et comment le leur reprocher ? Les cadres de luttes traditionnels de gauche ont r&#233;guli&#232;rement tendance &#224; rel&#233;guer la question coloniale dans le placard du d&#233;ni.
Pour expliquer cette fracture et peut-&#234;tre trouver &#224; l'enjamber, on a discut&#233; avec Sa&#239;d Bouamama, sociologue des dominations, qui a travaill&#233; sur la place des personnes issues de l'immigration des quartiers populaires et ouvriers dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Pour lui, la clef de l'unification des travailleurs, toutes origines confondues, r&#233;side dans la capacit&#233; de la gauche &#224; comprendre l'impact que le colonialisme a eu sur nos imaginaires, nos traditions communautaires et dans nos organisations politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face aux attaques racistes et islamophobes de la majorit&#233; gouvernementale, les forces de gauche, politiques et syndicales, peinent &#224; lui opposer un discours clair et uni. Elles se divisaient d&#233;j&#224; sur la question de la la&#239;cit&#233; lors de l'affaire du foulard et la loi l'interdisant &#224; l'&#233;cole en 2004. Qu'en est-il aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, &#224; cette &#233;poque d&#233;j&#224;, de fa&#231;on tr&#232;s intelligente, l'extr&#234;me droite et le pouvoir en place avaient agit&#233; la question du voile pour produire du clivage dans la soci&#233;t&#233;, en r&#233;activant le vieux combat entre d&#233;fense de la la&#239;cit&#233; et religion, y compris &#224; gauche. Dans nos cadres syndicaux et politiques, on parlait encore peu d'islamophobie et certains niaient m&#234;me son existence. Au mieux, la question &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme secondaire par rapport &#224; la lutte des classes. De m&#234;me, il &#233;tait difficile de parler de violences polici&#232;res syst&#233;miques dans les quartiers populaires : on nous disait qu'on exag&#233;rait.
Aujourd'hui, c'est diff&#233;rent. Ces attaques, que l'&#201;tat r&#233;servait aux personnes racis&#233;es, se sont &#233;largies &#224; d'autres cat&#233;gories sociales. Les violences polici&#232;res se sont exerc&#233;es sur les Gilets jaunes, sur les manifestants contre la r&#233;forme des retraites, sur les mouvements &#233;colos. Les &#8220;menaces &#224; notre civilisation, notre culture, notre mod&#232;le social&#8221; sont maintenant aussi attribu&#233;es aux &#8220;wokistes&#8221;. Des leaders politiques et syndicaux qui prennent position pour la Palestine sont tax&#233;s d'antis&#233;mites. Cette g&#233;n&#233;ralisation de la r&#233;pression, qui touche d&#233;sormais aussi la gauche, a permis une prise de conscience chez les militants &#8220;blancs&#8221; : il existe aujourd'hui un terrain commun pour en d&#233;battre. On a fait un grand pas en avant.
Mais nous ne sommes qu'&#224; mi-chemin. Le racisme et l'islamophobie sont encore consid&#233;r&#233;s comme des questions soci&#233;tales, li&#233;es aux individus, d&#233;corr&#233;l&#233;es de la lutte des classes, qui reste la priorit&#233; des militants de gauche. Comme s'il y avait la lutte des classes d'un c&#244;t&#233;, et les luttes contre les oppressions sp&#233;cifiques de l'autre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au contraire, vous dites que les oppressions sp&#233;cifiques, comme le racisme ou le sexisme, structurent et hi&#233;rarchisent les travailleurs entre eux et qu'elles ne peuvent pas &#234;tre &#233;cart&#233;es de l'analyse de classe&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La classe ouvri&#232;re est quasiment une &#8220;classe immigr&#233;e&#8221; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, malgr&#233; un certain nombre de pr&#233;cautions orales, de nombreux militants partent du postulat que la classe ouvri&#232;re est &#8220;homog&#232;ne&#8221;. Ce faisant, ils produisent des discours politiques hors-sol, abstraits pour toute une partie des gens qui vivent le racisme dans leur vie et au travail, o&#249; leur origine suppos&#233;e les assigne &#224; des postes moins reconnus, moins bien pay&#233;s. Si les cadres de lutte de gauche sous-estiment cette surexploitation, pourquoi voudriez-vous qu'ils les rejoignent ?
Pour f&#233;d&#233;rer notre classe, il faut comprendre les dynamiques qui la traversent. Et l'&#8220;ethnicisation&#8221; de la soci&#233;t&#233;, qui hi&#233;rarchise les travailleurs entre eux, en fait partie. L'unit&#233; de la classe ouvri&#232;re, toutes tendances confondues, toutes origines et confessions confondues, n'est pas un point de d&#233;part. C'est un objectif. Il faut que la gauche arr&#234;te de se m&#233;fier des mouvements qui d&#233;noncent ces oppressions sp&#233;cifiques, de les voir comme concurrentiels et dangereux pour l'unit&#233; de notre camp. Au contraire, elle doit aller vers eux. Pour comprendre le racisme en France, il faut poser la question de la place des populations issues de l'immigration &lt;i&gt;&#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt; de la classe ouvri&#232;re fran&#231;aise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans une table ronde &#224; laquelle vous avez particip&#233; &#171; L'antiracisme politique et la classe &#187;, vous dites que &#171; &lt;i&gt;pour comprendre la classe, il faut passer par la race&lt;/i&gt; &#187;. Quelle est cette analyse, notamment d&#233;fendue par certains mouvements dits &#171; d&#233;coloniaux &#187;, que les militants de gauche peinent &#224; comprendre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; De mani&#232;re provocante, je dirais que la classe ouvri&#232;re est quasiment une &#8220;classe immigr&#233;e&#8221;. Il faut comprendre comment le capitalisme se met en place et selon quelle logique. La loi de la concurrence le pousse &#224; s'&#233;tendre constamment pour conqu&#233;rir de nouveaux march&#233;s, et rester comp&#233;titif. Le colonialisme est ainsi &lt;i&gt;consubstantiel&lt;/i&gt; au capitalisme industriel, parce qu'il lui permet de s'exercer sur de nouveaux territoires et d'en extraire les capitaux n&#233;cessaires. Pour s'imposer, le mode de production capitaliste doit remplacer les modes de subsistance communautaire qui y existent (famille, village, tribu&#8230;) Il ne s'agit pas seulement de remplacer un mode de production &#233;conomique par un autre. Pour les d&#233;truire, le capitalisme doit n&#233;cessairement s'attaquer aux &#8220;modes d'&#234;tre communautaires&#8221;, aux liens de solidarit&#233; entre les individus, aux cultures populaires, aux traditions r&#233;gionales, au rapport &#224; la terre, &#224; quelque chose qui est de l'ordre de l'intime, jusque dans leur psych&#233; (ainsi que l'analysait Franz Fanon). Il doit &lt;i&gt;d&#233;raciner&lt;/i&gt; l'individu, jusqu'&#224; cr&#233;er une impossibilit&#233; de vivre au pays, qui se traduit notamment par l'&#233;migration. Le co&#251;t est &#233;norme. Le plus visible et le plus important est celui mis en &#233;vidence par les peuples colonis&#233;s qui ont montr&#233; l'ampleur de l'horreur coloniale.
Mais ce qu'il faut &#233;galement voir, c'est que ce v&#233;ritable &#8220;rouleau compresseur id&#233;ologique&#8221;, les &#201;tats imp&#233;rialistes l'ont d'abord exerc&#233; &#224; l'int&#233;rieur de leurs propres fronti&#232;res nationales. L'&#201;tat trace les fronti&#232;res des d&#233;partements en scindant les bassins de vie (comme seront ensuite trac&#233;es les fronti&#232;res des colonies africaines), ou diabolise les traditions et les langues maternelles r&#233;gionales en les pr&#233;sentant comme &#8220;contraire &#224; l'unit&#233; nationale&#8221;. Les Bretons devaient &#8220;s'int&#233;grer&#8221; comme plus tard ont d&#251; l'&#234;tre les Alg&#233;riens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce rouleau compresseur &#233;tait-il n&#233;cessaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r. Chaque fois que le capitalisme commence &#224; imposer son mode d'exploitation des travailleurs, il fait face &#224; des r&#233;sistances. Et particuli&#232;rement en France, o&#249; la radicalit&#233; du mouvement ouvrier commence tr&#232;s t&#244;t, et o&#249; les r&#233;volutions sont fr&#233;quentes : celle de 1789, de 1830, de 1848, la Commune de Paris en 1871, le Front populaire de 1936, Mai 68&#8230; La bourgeoisie &#233;merge en ayant imm&#233;diatement peur des conflits de classe. Pour casser ces solidarit&#233;s traditionnelles et r&#233;gionales entre les travailleurs, elle va cr&#233;er un imaginaire concurrent, celui de la &#8220;nation&#8221;, comme seul espace d'appartenance et de solidarit&#233; l&#233;gitime. Pire, la nation devient une sorte d'int&#233;r&#234;t commun entre la bourgeoisie et les travailleurs, qui d&#233;passerait les classes sociales, et justifierait d'&#233;touffer les r&#233;voltes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le colonialisme &#173;universalise le capitalisme, et avec lui les hi&#233;rarchies raciales &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais cette campagne id&#233;ologique va aussi permettre de diviser les travailleurs en les hi&#233;rarchisant selon leur degr&#233; d'int&#233;gration &#224; cette nation. Ainsi, la bourgeoisie va cr&#233;er plusieurs march&#233;s du travail, o&#249; les derniers arriv&#233;s, au pr&#233;texte qu'ils ne sont pas assez &#8220;int&#233;gr&#233;s&#8221;, sont assign&#233;s &#224; des postes de surexploitation. C'est ce qu'ont d'abord v&#233;cu les Bretons et les Auvergnats, puis les Portugais, les Espagnols et les Italiens, et c'est ce que vivent aujourd'hui les Maghr&#233;bins ou les Africains subsahariens. Cette &#8220;ethnicisation&#8221; de la classe ouvri&#232;re permet ainsi &#224; la bourgeoisie de distribuer des miettes aux travailleurs ainsi &#8220;nationalis&#233;s&#8221;, et de justifier la surexploitation des autres.
Tr&#232;s t&#244;t, la race devient donc un &lt;i&gt;mode de gestion de la classe&lt;/i&gt;, pour &#233;viter son unit&#233;. Et ce que la France a fait sur son territoire, elle l'a reproduit dans ses colonies. La premi&#232;re fonction du colonialisme, c'&#233;tait d'universaliser les rapports capitalistes, et avec eux les hi&#233;rarchies raciales. L'imaginaire colonial qui va se mettre en place pour assigner l'indig&#232;ne &#224; des situations de non-droit sera ensuite recycl&#233;, dans les ann&#233;es 1960, pour justifier la surexploitation des travailleurs issus de l'immigration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais pourquoi la gauche rechigne-t-elle &#224; int&#233;grer cette ethnicisation &#224; son analyse de lutte de classes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un sujet qui me travaille depuis 50 ans&#8230; La conclusion &#224; laquelle j'en suis arriv&#233;, c'est que si la gauche entretient encore aujourd'hui cette conception homog&#232;ne &#8211; et erron&#233;e &#8211; de la classe ouvri&#232;re, c'est qu'elle s'est construite en reproduisant l'essentialisation bourgeoise de la &#8220;nation&#8221;, mais pour fa&#231;onner sa propre classe. Ce faisant, la gauche homog&#233;n&#233;ise la classe ouvri&#232;re. Ce qui l'am&#232;ne &#224; fermer les yeux sur toutes les contradictions internes qui s'y exercent, et la hi&#233;rarchise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais il y a aussi une v&#233;ritable trahison de la gauche vis-&#224;-vis des travailleurs immigr&#233;s. Comme en 1981 lorsque George Marchais, alors secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du PCF d&#233;clarait qu'il fallait &#171; &lt;i&gt;stopper l'immigration officielle et clandestine&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; 30 % des classes populaires sont issues des immigrations coloniales : il faut un minimum d'organisation commune &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#171; En r&#233;alit&#233;, le d&#233;bat est ant&#233;rieur &#224; Georges Marchais. De 1921 &#224; 1936, le monde ouvrier se divise en deux camps, notamment sur la question migratoire. D'un c&#244;t&#233;, la CGT et la SFIO revendiquent la protection des travailleurs fran&#231;ais et la fermeture des fronti&#232;res. De l'autre, la CGTU et le PCF d&#233;fendent l'&#233;galit&#233; des droits de tous les travailleurs et la libre circulation. &#192; cette p&#233;riode donc, des g&#233;n&#233;rations d'immigr&#233;s ont vu qu'elles avaient leur place &#224; prendre dans ces organisations dissidentes. Mais en 1981, ce discours de Marchais acte la rupture du PCF avec ces positions que son parti avait pourtant d&#233;fendues.
Cet abandon de la position internationaliste conduit petit &#224; petit &#224; une distanciation entre travailleurs immigr&#233;s et mouvement ouvrier. C'est comme cela que se cr&#233;ent les premi&#232;res organisations autonomes, comme le Mouvement des travailleurs arabes (MTA) en 1972, qui revendique son ancrage dans la classe ouvri&#232;re, mais aussi son oppression sp&#233;cifique. En 1973, il appelle par exemple &#224; une &#8220;&lt;i&gt;gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale des travailleurs arabes&lt;/i&gt;&#8221; dans les usines pour protester contre une vague d'agressions racistes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La situation s'aggrave encore dans la d&#233;cennie 1980, avec par exemple la gr&#232;ve de l'usine automobile Talbot de Poissy en 1983, o&#249; le patronat, les m&#233;dias et le gouvernement socialiste vont d&#233;velopper un discours racialisant des ouvriers en gr&#232;ve&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Exactement. &#192; cette &#233;poque, le patronat veut restructurer et licencier en masse dans le secteur de l'automobile, o&#249; la main-d'&#339;uvre est majoritairement issue de l'immigration. Il y a des gr&#232;ves, soutenues notamment par des militants de gauche de la Marche pour l'&#233;galit&#233; et contre le racisme de 1983. Mais ces derniers se prennent des gros coups de pression du parti socialiste au pouvoir qui les accuse de trahison, pendant que le PCF et la CGT les ignorent. Parall&#232;lement se d&#233;veloppe tout un discours politico-m&#233;diatique, dont le fameux discours du Premier ministre Pierre Mauroy sur &#8220;&lt;i&gt;ces migrants [&#8230;] agit&#233;s par des groupes religieux et politiques qui manipulent la gr&#232;ve&lt;/i&gt;&#8221;. Ou en 1984, quand son successeur Laurent Fabius estime que l'extr&#234;me droite &#8220;&lt;i&gt;donne de mauvaises r&#233;ponses &#224; de bonnes questions&lt;/i&gt;&#8221;. Comme si le racisme venait d'en bas, spontan&#233;ment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'abandon par la gauche des travailleurs immigr&#233;s a fini par les &#233;loigner de ses cadres de lutte et a donn&#233; naissance &#224; de nouveaux mouvements autonomes, comme les d&#233;coloniaux. Que d&#233;fendent-ils ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les d&#233;coloniaux regroupent de nombreuses tendances. Mais il est vrai qu'une bonne partie d'entre elles a d&#233;velopp&#233; une allergie &#224; poser la question de la classe, lui pr&#233;f&#233;rant l'analyse d'une structuration de la soci&#233;t&#233; selon la race. J'&#233;tais de ceux qui militaient pour toujours lier l'analyse de la racialisation &#224; celle de la classe. Parce que si vous ne la reliez pas &#224; la logique &#233;conomique dominante, vous risquez d'avoir un d&#233;bat affreux, fond&#233; sur les oppositions raciales entre les Noirs et les Blancs, &#224; tendance lib&#233;rale. Il y a donc des &#8220;d&#233;coloniaux lib&#233;raux&#8221; et d'autres qui ne le sont pas.
Aujourd'hui, chez les d&#233;coloniaux, la notion de classe progresse, de la m&#234;me mani&#232;re qu'&#224; gauche, la notion de race est de plus en plus d&#233;battue et int&#233;gr&#233;e aux r&#233;flexions. La tendance est au rapprochement, m&#234;me s'il ne faut pas id&#233;aliser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En rejetant la notion d'universalisme, largement d&#233;voy&#233;e par la bourgeoisie, les d&#233;coloniaux rejettent-ils &#233;galement celle d'internationalisme ouvrier, tr&#232;s implant&#233;e dans les milieux de gauche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Universalisme et internationalisme sont absolument &#224; restaurer si l'on veut imaginer une organisation commune de notre camp. Mais d'abord, il nous faut d&#233;noncer l'utilisation de la notion d'&#8220;&lt;i&gt;universalisme&lt;/i&gt;&#8221; par la bourgeoisie qui s'en est servi pour justifier sa fameuse &#8220;&lt;i&gt;mission civilisatrice&lt;/i&gt;&#8221; coloniale et le principe d'&#8220;&lt;i&gt;assimilation culturelle&lt;/i&gt;&#8221; qui va avec. Comme si d&#233;fendre l'universalisme, c'&#233;tait d&#233;fendre une homog&#233;n&#233;isation des cultures et des religions, une standardisation ch&#232;re au capitalisme. Pour Aim&#233; C&#233;saire, cet universalisme imp&#233;rialiste est &#224; opposer &#224; l'universalisme prol&#233;tarien, riche de toutes ses particularit&#233;s culturelles, et qui se concentre sur les int&#233;r&#234;ts communs &#224; tous les peuples. Il nous faut nous r&#233;approprier collectivement cet h&#233;ritage marxiste. Et sa traduction sur le champ politique international, qui est l'internationalisme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette r&#233;unification des travailleurs vous semble-t-elle possible aujourd'hui ? Dans quels cadres ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les diff&#233;rentes fractions de la classe ouvri&#232;re sont in&#233;vitablement li&#233;es : il n'y aura pas d'abolition r&#233;elle des syst&#232;mes de domination dans ce pays s'il n'y a pas un minimum d'organisation commune. Selon les chiffres de l'Insee, j'estime que 30 % des classes populaires (ouvriers, employ&#233;s, etc.) sont issues des immigrations coloniales. Ils ne peuvent pas l'emporter sans la classe ouvri&#232;re blanche, et inversement.
Il ne suffit pas cependant de d&#233;cr&#233;ter que d&#233;sormais, nos organisations politiques sont repr&#233;sentatives de tous les int&#233;r&#234;ts sp&#233;cifiques de notre classe, pour qu'elles le soient. Lorsque nous aurons une r&#233;elle diversit&#233; de profils &#224; leurs t&#234;tes, alors les conditions seront peut-&#234;tre r&#233;unies. En attendant, il nous faut le revendiquer. D&#233;coloniser la soci&#233;t&#233;, mais aussi nos organisations qui, en parlant au nom de la classe ouvri&#232;re, ont fait beaucoup de d&#233;g&#226;ts, et insuffl&#233; trop de d&#233;go&#251;t &#224; toute une partie de la population. Admettre qu'on &#233;volue dans une soci&#233;t&#233; marqu&#233;e par cinq si&#232;cles d'histoire de violence et d'id&#233;ologie raciste qu'on a tous int&#233;rioris&#233;e dans nos imaginaires. Travailler nos comportements, et nous en lib&#233;rer collectivement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par In&#232;s Atek et Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;NB : Les positions de Sa&#239;d Bouamama sur Bachar al-Assad ne sont pas partag&#233;es par la r&#233;dac, voir &#171; Le moindre mal pour le pire &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&lt;sup&gt;o&lt;/sup&gt;238 (f&#233;vrier 2025).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;volte portuaire&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, Marseille est ravag&#233;e. &#192; peine lib&#233;r&#233;e, la France s'engage dans la guerre d'Indochine (1945-1954). Alors que l'Empire veut mater la r&#233;bellion d'H&#244; Chi Minh et avec elle ses vell&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance, c'est du port de la cit&#233; phoc&#233;enne que la logistique offensive s'organise. L&#224;, des milliers de dockers se chargent de remplir les bateaux de mat&#233;riel de guerre en partance vers l'Est. Ils sont les principaux t&#233;moins d'une danse macabre : quand les munitions quittent le port, ce sont des cadavres qui reviennent. Une solidarit&#233; spontan&#233;e avec les Vietnamiens na&#238;t de cet effarement. Les premi&#232;res manifestations ont lieu entre 1946 et 1947 sur le Vieux-Port. De l'automne 1949 &#224; l'hiver 1950, les protestations s'intensifient. Les ouvriers du port, encart&#233;s &#224; la CGT et au PCF (majoritaire &#224; l'&#233;poque) se mettent en gr&#232;ve. La flotte de guerre est bloqu&#233;e &#224; quai et lorsqu'elle parvient &#224; partir, c'est avec une cargaison d&#233;fectueuse et des tracts militants &#224; destination de Sa&#239;gon contre la &#8220;sale guerre&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre-expo coloniale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 23 septembre 1931 fut inaugur&#233;e &#224; Paris la contre-exposition anti-imp&#233;rialiste, concoct&#233;e par le PCF, la CGTU et des surr&#233;alistes comme Aragon ou Paul Eluard, en r&#233;action &#224; l'Exposition coloniale internationale &#224; Vincennes, de mai &#224; novembre 1931. L'internationalisme anticolonial est revendiqu&#233;, prenant le contre-pied de la promotion imp&#233;riale. &#192; l'origine de cette campagne de protestation, des militants venus de mouvements de lib&#233;ration nationale et raciale diff&#233;rents : Nguyen Van Tao (communiste vietnamien, membre du comit&#233; central du PCF), Tiemoko Garan Kouyat&#233; (militant au PCF et cofondateur de la Ligue de d&#233;fense de la race n&#232;gre) Abdelkader Hadj Ali (membre du PCF et pr&#233;sident de l'&#201;toile nord-africaine) pour ne citer qu'eux. Si elle ne rencontra pas le succ&#232;s attendu, cette contre-expo a au moins eu le m&#233;rite de pr&#233;senter des photographies et caricatures d&#233;non&#231;ant les conditions de vie des colonis&#233;s. Et pour citer l'historien Alain Ruscio &#224; ce sujet : &#171; &lt;i&gt;L'internationalisme, dans le mouvement ouvrier et d&#233;mocratique fran&#231;ais, ne fut jamais, au grand jamais un acquis, mais un combat permanent, toujours renouvel&#233;, une greffe en &#233;tat de menace de rejet &#224; tout moment.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Ruscio, &#171; Communistes et surr&#233;alistes contre la &#171; grande foire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alain Ruscio, &#171; Communistes et surr&#233;alistes contre la &#171; grande foire coloniale &#187; de 1931 : convergences et initiatives s&#233;par&#233;es &#187;, &lt;i&gt;Cahiers d'histoire, Revue d'histoire critique&lt;/i&gt;, n&#176; 159 (2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Vivian vs Elon : 1-0 pour la Gen Z</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Constance Vilanova</dc:creator>


		<dc:subject>Capture d'&#233;cran</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;leste Maurel</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les bas-fonds des r&#233;seaux sociaux, c'est la jungle, un conglom&#233;rat de zones de non-droit o&#249; r&#232;gnent app&#226;t du gain, d&#233;sinformation et innovations flingu&#233;es. Ce mois-ci, notre reporter plonge dans la guerre ouverte que m&#232;ne Vivian Jenna Wilson contre son p&#232;re toxique Elon Musk. Vivian Jenna Wilson ressemble &#224; n'importe quelle jeune femme am&#233;ricaine de la Gen Z (les m&#244;mes n&#233;s entre 1997 et 2010 environ). Passionn&#233;e du t&#233;l&#233;crochet &#171; Drag Race &#187;, amoureuse de l'idole de la pop Chappell Roan et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Capture-d-ecran-18326" rel="tag"&gt;Capture d'&#233;cran&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Celeste-Maurel" rel="tag"&gt;C&#233;leste Maurel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les bas-fonds des r&#233;seaux sociaux, c'est la jungle, un conglom&#233;rat de zones de non-droit o&#249; r&#232;gnent app&#226;t du gain, d&#233;sinformation et innovations flingu&#233;es. Ce mois-ci, notre reporter plonge dans la guerre ouverte que m&#232;ne Vivian Jenna Wilson contre son p&#232;re toxique Elon Musk.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6102 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_13_celeste.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH386/241_13_celeste-d3f81.jpg?1779612555' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;C&#233;leste Maurel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;V&lt;/span&gt;ivian Jenna Wilson ressemble &#224; n'importe quelle jeune femme am&#233;ricaine de la Gen Z (les m&#244;mes n&#233;s entre 1997 et 2010 environ). Passionn&#233;e du t&#233;l&#233;crochet &#171; Drag Race &#187;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concours de drag queens au cours duquel est s&#233;lectionn&#233;e la &#171; prochaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, amoureuse de l'idole de la pop Chappell Roan et capable d'arriver deux bonnes heures en retard &#224; son entretien pour le m&#233;dia mode &lt;i&gt;Teen Vogue&lt;/i&gt; en mars dernier. Sauf que Vivian n'est pas tout &#224; fait &#171; n'importe qui &#187; : elle est suivie par 1,4 million d'abonn&#233;s sur TikTok et portait jusqu'&#224; peu un nom de famille qui lui colle encore &#224; la peau&#8230; Musk.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivian est la fille de l'homme le plus riche du monde, Elon Musk, devenu en quelques ann&#233;es le visage le plus flippant du technofascime am&#233;ricain. Elle raconte un p&#232;re de quatorze enfants, moqueur et absent. L'&#233;tudiante ne veut pas &#234;tre une &#171; &lt;i&gt;nepo baby&lt;/i&gt; &#187;, &#171; une fille de &#187; de plus. Elle a choisi la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;e en 2004 dans un corps de gar&#231;on, elle entame sa transition de genre &#224; seize ans, avec le soutien de sa m&#232;re, l'actrice Justine Wilson. Deux ans plus tard, elle raye d&#233;finitivement le nom de &#171; Musk &#187; de son &#233;tat civil et chope le patronyme de la daronne. Elle refuse tout ce qui provient du patriarche, notamment sa thune.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Quand Musk radote ses &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt;, Vivian d&#233;monte, ironise, recadre.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis, la guerre est ouverte. Elon Musk multiplie les tweets transphobes sur son r&#233;seau social, X. Il affirme que le &#171; virus woke &#187; a tu&#233; son &#171; fils &#187; et se plaint d'avoir &#233;t&#233; contraint de signer des papiers pour son traitement hormonal. Il relocalise ses entreprises au Texas apr&#232;s que son &#201;tat d'origine, la Californie, a promulgu&#233; une loi prot&#233;geant les droits des &#233;l&#232;ves transgenres, et d&#233;roule tranquillement sa route vers l'extr&#234;me droite, bras dessus bras dessous avec Donald Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Vivian riposte. Sur Threads, Bluesky, TikTok &#8211; bref, sur tous les r&#233;seaux concurrents que son p&#232;re r&#234;ve d'enterrer. Quand Musk radote ses &lt;i&gt;fake news&lt;/i&gt;, Vivian d&#233;monte, ironise, recadre. Dans son interview pour &lt;i&gt;Teen Vogue&lt;/i&gt;, elle explique n'avoir plus aucun contact avec lui depuis 2020 : &#171; &lt;i&gt;Le salut nazi de l'investiture, c'&#233;tait de la folie furieuse, appelons un chat un chat. Cette merde &#233;tait bien un salut nazi.&lt;/i&gt; &#187; Vivian brise &#233;galement le &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; qu'on avait construit autour d'elle. Selon des &#171; experts &#187;, c'est sa transition de genre qui aurait impuls&#233; le virage &#224; droite de son p&#232;re, autrefois d&#233;mocrate. Un narratif absurde. On ne devient pas n&#233;onazi parce que son enfant vit sa v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures apr&#232;s la publication de l'interview, Elon Musk repart &#224; l'assaut, partageant une &#233;ni&#232;me th&#233;orie transphobe sur X. Selon l'oligarque en plein d&#233;lire, la majorit&#233; des incendies volontaires de Tesla qui &#233;maillent les &#201;tats-Unis seraient sign&#233;s de la communaut&#233; LGBT. Vivian, &#224; l'aaaaaaide.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Constance Vilanova&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Concours de drag queens au cours duquel est s&#233;lectionn&#233;e la &#171; prochaine superstar du drag des &#201;tats-Unis &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Orgosolo, les murs f&#233;d&#232;rent</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Orgosolo-les-murs-federent</link>
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		<dc:date>2025-05-05T01:39:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;tienne Jallot</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Nich&#233; dans les montagnes de la Barbagia, r&#233;gion centre de la Sardaigne, le village d'Orgosolo est couvert de peintures murales. Elles rendent hommage aux habitant&#183;es et &#224; la lutte victorieuse qu'iels men&#232;rent contre l'implantation d'un camp militaire de l'Otan en 1969. Et d&#233;livrent des messages d'humanit&#233; et de soutien aux peuples en lutte du monde entier. 12 avril 2025. Sur le parvis de l'&#233;glise d'Orgosolo, village de la r&#233;gion de Barbagia, au centre de la Sardaigne, des journalistes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no241-mai-2025" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;241 (mai 2025)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nich&#233; dans les montagnes de la Barbagia, r&#233;gion centre de la Sardaigne, le village d'Orgosolo est couvert de peintures murales. Elles rendent hommage aux habitant&#183;es et &#224; la lutte victorieuse qu'iels men&#232;rent contre l'implantation d'un camp militaire de l'Otan en 1969. Et d&#233;livrent des messages d'humanit&#233; et de soutien aux peuples en lutte du monde entier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/241_16_prato.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH318/241_16_prato-02e9d.jpg?1779603560' width='500' height='318' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;1&lt;/span&gt;2 avril 2025. Sur le parvis de l'&#233;glise d'Orgosolo, village de la r&#233;gion de Barbagia, au centre de la Sardaigne, des journalistes filment de loin le cercueil de Graziano Mesina port&#233; par des croquemorts. Ce c&#233;l&#232;bre bandit sarde, natif du coin et adepte du trafic de drogue international, vient de casser sa pipe &#224; 83 ans. Dans ces montagnes recul&#233;es, les types comme lui sont nombreux &#224; avoir fait courir les &lt;i&gt;carabineros&lt;/i&gt; et effrayer les grands propri&#233;taires terriens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les bandits n'ont jamais &#233;t&#233; les seuls &#224; s'opposer aux puissants&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un jeu du gendarme et du voleur qui dure au moins depuis que les colons espagnols, autrichiens, savoyards ou encore pi&#233;montais ont tour &#224; tour tent&#233; d'imposer leur loi en Barbagia. Mais dans cette r&#233;gion, les bandits n'ont jamais &#233;t&#233; les seuls &#224; s'opposer aux puissants. En 1969, les habitant&#183;es d'Orgosolo ont men&#233; une lutte contre un projet de camp militaire de l'Otan pr&#232;s de leur village qui a laiss&#233; des traces, et pas des moindres. Partout dans la ville, des peintures murales (&lt;i&gt;i murales)&lt;/i&gt; t&#233;moignent de cette histoire. Elles mettent aussi &#224; l'honneur la culture locale, les soul&#232;vements et les r&#233;sistances des peuples face &#224; l'exploitation, au fascisme ou aux guerres&#8230; Un lieu de m&#233;moire, de recueillement et d'espoir r&#233;volutionnaire &#224; l'heure o&#249; les &#201;tats imp&#233;rialistes chargent leurs canons.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dehors l'&#201;tat militaire !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au milieu des klaxons de pick-up de bergers qui traversent le centre-ville d'Orgosolo, des familles de touristes bullent devant les &lt;i&gt;murales&lt;/i&gt; qui recouvrent les maisons et les commerces. &#192; l'angle d'une rue, on tombe sur la premi&#232;re &lt;i&gt;murale&lt;/i&gt; qui repr&#233;sente une femme, all&#233;gorie de la justice. V&#234;tue d'une ceinture tricolore italienne et d'un chapeau aux couleurs du drapeau am&#233;ricain, elle porte une balance penchant du c&#244;t&#233; des capitalistes au d&#233;triment des paysans. Peinte en juillet 1969 par un groupe d'anars milanais &lt;i&gt;Dioniso&lt;/i&gt;, elle est une r&#233;f&#233;rence directe &#224; la lutte contre l'implantation d'une base militaire de l'Otan &#224; Pratobello, une dizaine de kilom&#232;tres au sud d'Orgosolo. &#192; l'&#233;poque, dans l'effervescence soixante-huitarde encore tr&#232;s vibrante, des gauchistes d'ici et d'ailleurs viennent pr&#234;ter main forte aux bergers et paysans du coin pour faire couler ce projet qui menace de les exproprier. Plusieurs jours durant, 3 000 personnes occupent Pratobello. Face &#224; la mobilisation, l'&#201;tat envoie les gendarmes avant de jeter l'&#233;ponge devant la d&#233;termination des occupant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Elles repr&#233;sentent les luttes pour l'&#233;mancipation de l'humanit&#233; tout enti&#232;re&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Partout, des fresques font &#233;chos &#224; cette lutte m&#233;morable. L&#224;, une foule m&#233;contente &#173;d'habitant&#183;es est accompagn&#233;e d'un message de soutien du romancier et homme politique sarde Emilio Lassu &#171; &lt;i&gt;ce qui arrive &#224; Pratobello contre les bergers et agriculteurs c'est de la provocation colonialiste qui nous ram&#232;ne aux p&#233;riodes fascistes !&lt;/i&gt; &#187;. Au-dessus, d'anciennes affiches d'&#233;poque reproduites en peinture o&#249; on peut lire &#171; P&#226;turages libres des canons et des patrons ! &#187;, &#171; Des engrais, pas des balles ! &#187; Plus loin, des grand-m&#232;res sardes tiennent t&#234;te aux militaires italiens en criant &#171; &lt;i&gt;Dehors l'&#201;tat militaire !&lt;/i&gt; &#187;. D'autres &lt;i&gt;murales&lt;/i&gt; font gloire &#224; la culture locale : on croise des bergers jouant de la fl&#251;te et des femmes en train de coudre. Au-dessus de la mairie est reproduite l'affiche du c&#233;l&#232;bre film &lt;i&gt;Banditi a Orgosolo&lt;/i&gt; (1961) qui a consacr&#233; le mythe du bandit sarde dans la culture italienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Peintures r&#233;volutionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La pratique des &lt;i&gt;murales&lt;/i&gt; na&#238;t v&#233;ritablement au milieu des ann&#233;es 1970, quand Francesco Del Casino, le prof de dessin d'Orgosolo, prend l'habitude de peindre des fresques engag&#233;es avec l'aide de ses &#233;l&#232;ves et des habitant&#183;es du coin. La p&#226;te gauchiste est &#233;vidente, et les peintures &#224; la gloire de la culture et de la r&#233;sistance locales se m&#234;lent &#224; celles qui repr&#233;sentent les luttes pour l'&#233;mancipation de l'humanit&#233; tout enti&#232;re. En montant sur les hauteurs du village, une immense fresque inspir&#233;e du c&#233;l&#232;bre tableau de Delacroix &lt;i&gt;La libert&#233; guidant le peuple&lt;/i&gt; repr&#233;sente, &#224; c&#244;t&#233; de la Marianne r&#233;volutionnaire, un jeune palestinien qui s'&#233;lance, pierre &#224; la main. Plus loin, des r&#233;fugi&#233;&#183;es sur un bateau devant une Am&#233;rique fortifi&#233;e sont accompagn&#233;&#183;es du bandeau : &#171; Nous sommes tous des clandestins. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On traverse aussi l'histoire &#224; travers des &#233;v&#232;nements connus et moins connus qui donnent parfois le tournis : l'incendie volontaire d'une entreprise new-yorkaise o&#249; 129 ouvri&#232;res ont perdu la vie en 1908, la Premi&#232;re Guerre mondiale et les vies italiennes fauch&#233;es, les gr&#232;ves et occupations turinoises de 1920 vaincues par les fascistes, un hommage aux partisan&#183;es tomb&#233;&#183;es contre Mussolini, la seconde intifada &#224; Gaza en 2000, la guerre d'Irak en 2003 et m&#234;me les &#233;meutes des banlieues en 2005 en France. Si les peintures appellent &#224; la paix, elles n'oublient jamais de pointer les responsables : un portrait color&#233; d'Allende est sobrement l&#233;gend&#233; &#171; &lt;i&gt;11 septembre 1973 : coup d'&#201;tat des militaires fascistes chiliens avec l'aide de la CIA&lt;/i&gt; &#187;. Non loin de l&#224;, le logo de l'Otan est d&#233;tourn&#233; pour former une croix gamm&#233;e sur fond bleu &#8211; de quoi faire sauter au plafond nos plateaux t&#233;l&#233; et radios nationales.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tourists welcome !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, la pratique des &lt;i&gt;murales&lt;/i&gt; est encourag&#233;e par les locaux et est une &#233;tape obligatoire pour les voyageurs de la r&#233;gion. Quitte &#224; devenir trop touristique ? &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait longtemps que &#231;a l'est &lt;/i&gt; &#187;, raconte le vendeur de la boutique de souvenirs peinte en m&#233;moire de la chute de Franco. &#171; &lt;i&gt;Mon p&#232;re a ouvert cette boutique en 1978. Entre l'attrait myst&#233;rieux pour les bandits sardes et les &lt;/i&gt;murales&lt;i&gt;, il a eu le flair, et &#231;a fait tourner l'&#233;conomie et emp&#234;che le village et ceux des alentours de se vider.&lt;/i&gt; &#187; C'est que dans la r&#233;gion, peu industrialis&#233;e et touch&#233;e par l'exode de sa jeunesse, l'&#233;conomie agricole et pastorale peinent &#224; joindre les deux bouts. &#171; &lt;i&gt;Les peintures sont importantes pour les habitant&#183;es&lt;/i&gt;, poursuit-il, &lt;i&gt;pour en faire, il faut d&#233;poser une demande &#224; l'asso qui g&#232;re pour qu'elle v&#233;rifie si vous respectez bien l'identit&#233; des &lt;/i&gt;murales &#187;. La derni&#232;re &lt;i&gt;murale&lt;/i&gt; date de 2022 et repr&#233;sente Julian Assange, musel&#233; par le drapeau am&#233;ricain. Mais que dire de la police qui, visiblement gagn&#233;e par cet &#233;lan artistique, a aussi peint sa devanture, orn&#233;e d'un odieux &#171; &lt;i&gt;Nous sommes l&#224; pour assurer la paix&lt;/i&gt; &#187; ? !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'on quitte le village, on s'arr&#234;te devant une derni&#232;re &lt;i&gt;murale&lt;/i&gt;. On y voit un vieil homme en premier plan et, derri&#232;re, des soldats bless&#233;s revenant du front. Au-dessus est &#233;crit &#171; Heureux un peuple qui n'a pas besoin de h&#233;ros &#187; &#8211; sagesse murale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;tienne Jallot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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