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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Voler du temps au patron &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Bertoyas</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De 2005 &#224; 2015, le camarade Jean-Pierre Levaray a tenu une chronique intitul&#233;e Je vous &#233;cris de l'usine dans CQFD, instantan&#233;s vol&#233;s &#224; la turne chimique rouennaise o&#249; il bossait. Il y contait les combats des salari&#233;s, les vilenies patronales, les amiti&#233;s tiss&#233;es dans le dos des machines... &#192; la retraite apr&#232;s 42 ans au turbin, il revient sur les combines et astuces pour grappiller quelques heures &#224; ce vampire qu'est le patronat. Voler du temps au patron. Ce devrait &#234;tre le leitmotiv de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bertoyas" rel="tag"&gt;Bertoyas&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De 2005 &#224; 2015, le camarade Jean-Pierre Levaray a tenu une chronique intitul&#233;e &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/i&gt; dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, instantan&#233;s vol&#233;s &#224; la turne chimique rouennaise o&#249; il bossait&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il en est n&#233; un livre tr&#232;s conseill&#233;, Je vous &#233;cris de l'usine (Libertalia, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il y contait les combats des salari&#233;s, les vilenies patronales, les amiti&#233;s tiss&#233;es dans le dos des machines... &#192; la retraite apr&#232;s 42 ans au turbin, il revient sur les combines et astuces pour grappiller quelques heures &#224; ce vampire qu'est le patronat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5730 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_20_bertoyas_patron_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH381/web_232_ds_20_bertoyas_patron_1200px-6b8cd.jpg?1768730514' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Bertoyas
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;V&lt;/span&gt;oler du temps au patron. Ce devrait &#234;tre le leitmotiv de tous et toutes les salari&#233;&#183;es. Parce que, comme disait Vaneigem : &#171; &lt;i&gt;Le temps pay&#233; ne revient plus.&lt;/i&gt; &#187; C'est quand m&#234;me une grave humiliation de devoir vendre son temps, sa t&#234;te et son corps &#224; un patron, pour un salaire qui nous permet uniquement de consommer &#8211; dans le meilleur des cas. C'est comme penser &#224; s'&#233;vader quand on est en prison. C'est un devoir, une fa&#231;on de tenir. &lt;span style=&#034;position: absolute;left: -43123px;&#034;&gt;&lt;a href = &#034;https://slots-online-canada.ca/review/moonwin-casino/&#034;&gt;MoonWin Casino&lt;/a&gt; - your key to the exciting world of games and huge wins.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; toute ma vie de salari&#233; &#224; essayer de voler du temps au patron. Et je n'&#233;tais pas le seul. Nous avions tou&#183;tes nos recettes. Je ne parle pas des moments de luttes, de gr&#232;ves et de manifs qui &#233;taient une fa&#231;on d'essayer de reprendre nos affaires en main, mais des moments marginaux, conviviaux ou solitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai sans doute eu une certaine &#171; chance &#187; de travailler dans l'industrie chimique, pour une bo&#238;te qui a appartenu, entre autres, &#224; Elf puis &#224; Total. C'est-&#224;-dire une usine o&#249; le travail est tr&#232;s technique et n&#233;cessite pas mal de connaissances, o&#249; il faut &#234;tre pr&#234;ts &#224; intervenir &#224; n'importe quel moment, mais qui laisse des plages de veilles, notamment lorsqu'on travaille la nuit ou les week-ends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imagine que c'est beaucoup plus difficile si tu travailles chez Amazon, dans un centre d'appel t&#233;l&#233;phonique, chez Lidl ou Action, en EHPAD, &#224; la cha&#238;ne, dans le nettoyage ou m&#234;me dans l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que je suis rentr&#233; &#224; l'usine, la premi&#232;re &#233;quipe dans laquelle on m'a coll&#233; m'a mis au diapason. Elle &#233;tait compos&#233;e de syndiqu&#233;s CGT qui faisaient gr&#232;ve &#224; tout propos. Parfois m&#234;me uniquement pour emmerder la hi&#233;rarchie. La gr&#232;ve, c'&#233;tait surtout un moyen de nous procurer du temps libre. Un pr&#233;texte pour ne pas bosser. On n'&#233;tait pas si loin de Mai 68 et je laissais tra&#238;ner &lt;i&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/i&gt; dans le r&#233;fectoire.
Il y avait un meneur, G&#233;rard, prolo tendance stalinien mais plut&#244;t bon vivant et marrant. Sauf quand, la nuit, il nous infligeait sur son magn&#233;to les discours de Georges Marchais ou les premiers disques de Johnny. En boucle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;quipe, lorsqu'on travaillait de nuit, c'&#233;tait couscous. On faisait le tour de l'atelier en d&#233;but de poste, on v&#233;rifiait le bon fonctionnement des turbines, pompes et autres machines, puis on retournait en salle de contr&#244;le, dans le coin r&#233;fectoire, pour la pr&#233;paration du repas. &#201;pluchage en groupe, tandis que Baaba brassait la semoule et veillait aux marmites pour laisser mijoter les l&#233;gumes et les morceaux de moutons. G&#233;rard s'occupait des merguez dans la salle des machines, tranquille. &#199;a nous occupait toute la nuit. Le couscous de Baaba &#233;tait renomm&#233; et on en parlait dans les autres ateliers. Ce qui fait qu'au moment du repas, des coll&#232;gues d'autres unit&#233;s rappliquaient fr&#233;quemment. D'autres fois, le chef pompier amenait le dessert. Il &#233;tait sp&#233;cialiste en trop&#233;zienne. L'ambiance &#233;tait &#224; la f&#234;te malgr&#233; les machines et les sales odeurs acides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas toutes les nuits, bien s&#251;r, mais &#231;a revenait souvent. Les autres nuits, on jouait aux fl&#233;chettes, on lisait, G&#233;rard faisait de la gym derri&#232;re les tableaux de contr&#244;le, je dormais un peu&#8230; Du banal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de casser les pieds de nos chefs, au bout de trois ans, le &lt;i&gt;pool&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; cass&#233; et remodel&#233;. Je me suis retrouv&#233; mut&#233; dans une &#233;quipe beaucoup plus calme. Du coup, j'ai demand&#233; &#224; changer d'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voyag&#233; dans d'autres coins de l'usine. Et partout, les coll&#232;gues, comme moi-m&#234;me, on cherchait des &#233;chappatoires, que ce soit de la perruque1 pour les uns, les jeux de cartes, une sieste malgr&#233; les n&#233;ons pour les autres, ou tout b&#234;tement l'ap&#233;ro : qui devient un grand moment, lorsque vers 18 heures, les cadres sont partis et qu'on peut s'attabler autour d'une table, pour go&#251;ter cet instant de libert&#233; sans chef, au go&#251;t d'anis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai m&#234;me vu un bar clandestin se monter. C'&#233;tait au fin fond de l'usine, l&#224; o&#249; personne n'allait. Du moins, o&#249; les cadres ne s'aventuraient pas. Ce n'&#233;tait pas rien puisque c'&#233;tait au pied du plus gros stockage d'ammoniac d'Europe (22 000 tonnes). Une &#233;quipe tenait le comptoir ouvert et des habitu&#233;s, venus en v&#233;los ou voiture de service, y &#233;clusaient quelques bi&#232;res. Cela n'a dur&#233; qu'un temps, mais &#231;a a exist&#233;. Il parait m&#234;me qu'il y avait d'autres bistros clandos dans d'autres coins de l'usine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je viens de narrer se passait dans les ann&#233;es 1975-1985 &#8211; un bail. Apr&#232;s, les choses ont un peu chang&#233;. Les vieux prolos, qui avaient connu la guerre, sont partis en retraite ou ont &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;s par l'alcool. Il y a eu un changement dans les mentalit&#233;s et de nouveaux ateliers ont &#233;t&#233; construits. &#192; l'&#233;poque ils &#233;taient modernes, aujourd'hui ils tombent presque en ruine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis retrouv&#233; dans un nouvel atelier de fabrication d'ammoniac tout neuf et encore en rodage. Les &#233;quipes &#233;taient compos&#233;es majoritairement de trentenaires. La direction pensait sans doute que ces jeunes seraient plus mall&#233;ables. Dans un premier temps, elle a eu raison : tout le monde se d&#233;menait pour mettre en route l'atelier, car les d&#233;marrages de nouvelles unit&#233;s sont toujours probl&#233;matiques. Mais au bout de quelques mois intenses, les moments de rel&#226;chement sont arriv&#233;s. Les nuits ont commenc&#233; &#224; ressembler &#224; celles que j'avais connues ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but c'&#233;tait du basique, genre jeux de cartes &#8211; tarot, belote, r&#233;ussites &#8211; et puis, &#231;a a commenc&#233; &#224; monter en gamme. Un copain amenait la t&#233;l&#233; et le magn&#233;toscope et on a parfait notre culture cin&#233;matographique &#224; coup de VHS, de DVD et de CD-Rom. Il y avait Manu qui voulait perfectionner son jeu de guitare et de basse et qui ramenait ses instruments pour jouer du Metallica. Il y avait ce chef d'&#233;quipe qui amenait des pi&#232;ces de son bateau pour les r&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu des moments limites, par exemple ce dimanche apr&#232;s-midi o&#249; des coll&#232;gues chasseurs ont fait une descente chez les pigeons qui commen&#231;aient &#224; envahir la salle des machines et les portiques de l'atelier. Ou bien cet autre exalt&#233; qui, un soir, a amen&#233; son mat&#233;riel de paintball et d&#233;cid&#233; que le terrain de jeu se situerait entre les turbines en marche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, je n'&#233;tais pas en reste. De 1985 &#224; 2000, j'ai anim&#233; une association anarchopunk-alternative (&lt;i&gt;On A Faim !&lt;/i&gt;). Les nuits &#224; l'usine, je d&#233;cryptais les interviews de groupes, j'&#233;crivais des articles&#8230; Plusieurs fois les coll&#232;gues m'ont aid&#233; &#224; r&#233;aliser l'assemblage et l'agrafage du fanzine. Marrant de nous voir installer les ramettes de papier et tous (ou presque) faire le tour de la table &#224; amasser les feuilles.
Apr&#232;s &lt;i&gt;On A Faim !&lt;/i&gt;, j'ai continu&#233; dans l'&#233;criture, puisque &lt;i&gt;Putain d'usin&lt;/i&gt;e, je l'ai &#233;crit volontairement sur mon temps de travail. Et ce n'est pas pour rien que ma chronique pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; s'appelait &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je ne suis plus &#224; l'usine mais je sais que &#231;a continue. M&#234;me si le boulot s'est davantage informatis&#233;, m&#234;me s'il y a beaucoup moins de monde dans les &#233;quipes, que Fifa a remplac&#233; les cartes &#224; jouer, et qu'aux VHS se sont substitu&#233;es le partage des donn&#233;es des smartphones permettant de visualiser Netflix (ou ArteTV).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces petits gestes, ces petits moments piqu&#233;s aux patrons sont rarement de la paresse ou de la flemme, c'est s'octroyer un temps pour se venger de la domination patronale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Jean-Pierre Levaray&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il en est n&#233; un livre tr&#232;s conseill&#233;, &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'usine &lt;/i&gt;&lt;/i&gt;(Libertalia, 2016). Lire &#233;galement ses romans noirs, dont le savoureux &lt;i&gt;Tue ton patron&lt;/i&gt; (Libertalia, 2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les ch&#244;mdus foutaient le oa&#239;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Quand-les-chomdus-foutaient-le-oai</link>
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		<dc:date>2024-08-06T07:09:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos</dc:creator>


		<dc:subject>Alex Less</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Herv&#233;, pilier de CQFD depuis les d&#233;buts du canard, a longtemps &#233;t&#233; militant du collectif AC !. Il revient sur les luttes des ann&#233;es 1990 et 2000, p&#233;riode intense de revendications pour les droits des ch&#244;meurs et pr&#233;caires. Herv&#233;, c'est notre administrateur en chef, notre maestro &#224; nous. Mais avant CQFD, il a eu d'autres vi(c)es. Ancien militant d'AC ! (Agir ensemble contre le ch&#244;mage), il a longtemps fray&#233; avec les ch&#244;meurs et travailleurs pr&#233;caires en lutte. Dans la petite cuisine de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alex-Less" rel="tag"&gt;Alex Less&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Herv&#233;, pilier de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis les d&#233;buts du canard, a longtemps &#233;t&#233; militant du collectif AC !. Il revient sur les luttes des ann&#233;es 1990 et 2000, p&#233;riode intense de revendications pour les droits des ch&#244;meurs et pr&#233;caires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_18_chomdu1_1200px_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/web_232_ds_18_chomdu1_1200px_1_-ff1bf.jpg?1769213642' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;H&lt;/span&gt;erv&#233;, c'est notre administrateur en chef, notre maestro &#224; nous. Mais avant &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, il a eu d'autres vi(c)es. Ancien militant d'AC ! (Agir ensemble contre le ch&#244;mage), il a longtemps fray&#233; avec les ch&#244;meurs et travailleurs pr&#233;caires en lutte. Dans la petite cuisine de la r&#233;dac, il &#233;gr&#232;ne ses souvenirs : marches &#224; travers l'Europe, manifs pour la prime de No&#235;l, occupations d'agences ANPE&#8230; Il nous parle d'un temps o&#249; sans-emplois et pr&#233;caires montraient les crocs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marchons ! &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1992, Herv&#233; s'installe &#224; Marseille et trouve un travail d'animateur dans les centres a&#233;r&#233;s. Le boulot est mal pay&#233;, le contrat pr&#233;caire. Passant r&#233;guli&#232;rement par des p&#233;riodes de ch&#244;mage, il s'engage avec AC !, apr&#232;s sa cr&#233;ation en 1993 : &lt;i&gt;&#171; Il y avait d&#233;j&#224; des organisations qui portaient la d&#233;fense des ch&#244;meurs, mais elles &#233;taient dispers&#233;es, et la particularit&#233; d'AC ! &#233;tait de r&#233;unir travailleurs et sans-emplois. &#187;&lt;/i&gt; L'association d&#233;veloppe rapidement un &#233;ventail d'actions spectaculaires propulsant la cause sur la sc&#232;ne nationale, voire internationale !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Le printemps 1994 a &#233;t&#233; le coup d'envoi de notre premi&#232;re grande marche &#187;&lt;/i&gt;, se souvient Herv&#233;. Durant les mois d'avril et mai, cinq cort&#232;ges, partis de r&#233;gions diff&#233;rentes, sillonnent la France. Tous convergent vers Paris pour une grande manif. Herv&#233; se joint &#224; la colonne du Sud-Est. &lt;i&gt;&#171; Au d&#233;but, &#231;a devait partir de Marseille, mais un collectif de SDF de Toulon voulait se joindre &#224; nous, alors on a d&#233;cid&#233; de partir de l&#224;-bas. &#187;&lt;/i&gt; Le cort&#232;ge est h&#233;t&#233;roclite : ch&#244;meurs, sans-logis, travailleurs, syndicalistes, immigr&#233;s avec ou sans papiers. Ils demandent la revalorisation des allocations, la gratuit&#233; des services de sant&#233;, des transports et des frais li&#233;s &#224; la recherche d'emploi, ou encore la semaine de 32 heures. Soutenue par les syndicats, organisations et associations de gauche, la marche est un succ&#232;s. Forts de cette belle r&#233;ussite, les militants organiseront d'autres marches en Europe : Amsterdam en 1997 et Cologne en 1999. &lt;i&gt;&#171; &#192; chaque fois, on avait notre contingent marseillais. En 1999, ils ont m&#234;me &#233;t&#233; ralli&#233;s &#224; Montpellier par des marcheurs d'Espagne &#187;&lt;/i&gt;, se rappelle Herv&#233;. Alors que 30 000 marcheurs convergent vers Cologne, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; s'enflamme pour ce &lt;i&gt;&#171; grand d&#233;fil&#233; bariol&#233; de ch&#244;meurs fran&#231;ais, anars espagnols, Belges de Renault Vilvorde, communistes italiens, antifascistes allemands, Kurdes au service d'&#214;calan et contestataires de tout le continent&lt;/i&gt;1&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; Cologne, 30 000 marcheurs pour l'emploi en Europe &#187;, Lib&#233;ration, 31/05/1999.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prime de No&#235;l : les marseillais &#224; la man&#339;uvre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La prime de No&#235;l c'&#233;tait une sacr&#233;e bagarre ! &#187;&lt;/i&gt; reprend Herv&#233;. Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, dans les Bouches-du-Rh&#244;ne, les Assedic utilisaient au cas par cas les reliquats de fonds sociaux pour r&#233;pondre aux appels de d&#233;tresse des allocataires. Au d&#233;but, il ne s'agit que d'une centaine de dossiers port&#233;s chaque ann&#233;e par d'anciens militants CGT des chantiers navals de La Ciotat. Mais tr&#232;s vite, le nombre de demandes grossit. Alors, quand fin 1996, la r&#233;forme des fonds sociaux provoque l'arr&#234;t brusque des distributions de No&#235;l, Marseille s'embrase et le reste de la France s'engouffre dans la br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les trois ann&#233;es suivantes, juste avant les f&#234;tes, l'agenda m&#233;diatique et politique est secou&#233; par des contestations massives de ch&#244;meurs. Ces derniers ne se contentent pas seulement de manifester : ils occupent des antennes Assedic, squattent des b&#226;timents d'EDF ou envahissent des locaux administratifs. &#192; Paris, ils s'installent m&#234;me au Louvre et &#224; Normale Sup. Chez AC !, la prime de No&#235;l suscite le d&#233;bat : &lt;i&gt;&#171; Certains y voyaient une revendication trop r&#233;formiste &#187;&lt;/i&gt;, confie Herv&#233;. Mais &#224; Marseille, l'unit&#233; pr&#233;vaut, malgr&#233; une collaboration parfois tendue avec la CGT :&lt;i&gt; &#171; Elle acceptait AC ! dans ses rangs, mais fallait se tenir &#224; carreau ! &#187;&lt;/i&gt;, plaisante-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les ch&#244;meurs n'obtiendront jamais les 3 000 francs de prime de No&#235;l demand&#233;s, les minimas sociaux seront quand m&#234;me revaloris&#233;s et une prime de 1 000 francs sera accord&#233;e aux Rmistes (ex-RSA) et ch&#244;meurs les plus en difficult&#233;. &lt;i&gt;&#171; Jospin venait d'arriver au pouvoir, fallait bien qu'il fasse un truc un peu social ! &#187;&lt;/i&gt; grince Herv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;P&#233;riode de gr&#226;ce&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces ann&#233;es de lutte, notre camarade les traverse avec une certaine joie, participant &#224; toutes sortes d'actions, parfois muscl&#233;es. Parmi les plus m&#233;morables ? Les op&#233;rations &#171; p&#233;ages gratuits &#187; : &lt;i&gt;&#171; Le p&#233;age du Prado-Car&#233;nage, je ne sais pas combien de fois on l'a fait ! &#187;&lt;/i&gt; se souvient-il, malicieux. Ou encore, les actions &#171; chariot de No&#235;l &#187;, consistant &#224; remplir des caddies, bloquer les caisses et distribuer des tracts dans des supermarch&#233;s. &lt;i&gt;&#171; Quand il a ouvert, le carrefour Grand littoral de Marseille est tr&#232;s vite devenu la cible facile : situ&#233; dans les quartiers Nord, la direction flippait que &#231;a donne des id&#233;es aux jeunes et que &#231;a finisse en pillage. Les copains sortaient toujours avec des caddies remplis &#224; ras bord ! &#187;&lt;/i&gt; Herv&#233; raconte m&#234;me que le directeur aurait propos&#233; aux militants d'AC ! de le pr&#233;venir pour qu'il leur mette un ou deux chariots de c&#244;t&#233;. &lt;i&gt;&#171; On a refus&#233; bien s&#251;r ! Le but &#233;tait d'&#234;tre visibles et d'alerter sur la question de la pr&#233;carit&#233; ! &#187;&lt;/i&gt; Chaque fois, les victuailles &#233;taient redistribu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Des ann&#233;es 1990 jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 2000, on a vraiment r&#233;ussi &#224; mettre le ch&#244;mage au centre du d&#233;bat &#187;&lt;/i&gt;, se rem&#233;more Herv&#233;. Un sondage de l'&#233;poque&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sondage CSA-Opinion r&#233;alis&#233; les 3 et 4 d&#233;cembre 1997 pour L'Humanit&#233; sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; estime m&#234;me &#224; 65 % le pourcentage de Fran&#231;ais d&#233;clarant &#233;prouver de la sympathie pour le mouvement des ch&#244;meurs. Mais d&#233;but 2000, la dynamique change. &lt;i&gt;&#171; Il y a toujours des cycles de lutte ! &#187;&lt;/i&gt; temp&#232;re Herv&#233;. &lt;i&gt;&#171; En 2002-2003, l'attention s'est tourn&#233;e vers les OGM et des figures comme Jos&#233; Bov&#233;. D'autres sujets ont pris le dessus et nos organisations n'&#233;taient pas assez solides pour tenir dans le temps. D'autant que mobiliser les ch&#244;meurs n'a rien d'&#233;vident : &#224; part les files dans les agences ANPE, il n'y a pas vraiment de point de ralliement, et on a aussi p&#226;ti de la d&#233;mat&#233;rialisation des d&#233;marches. &#187;&lt;/i&gt; Vingt ans plus tard, les r&#233;formes s'encha&#238;nent et la traque des ch&#244;meurs devient vraiment tendue. &#199;a serait pas mal que le cycle des luttes refasse un tour sur lui-m&#234;me, qu'on reprenne le flambeau et qu'on s'organise &#224; nouveau. France Travail, c'est quand qu'on y fout le feu ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Ga&#235;lle Desnos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_18_chomdu_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH180/web_232_ds_18_chomdu_1200px-25e1a.jpg?1769213642' width='500' height='180' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &#192; Cologne, 30 000 marcheurs pour l'emploi en Europe &#187;, &lt;strong&gt;Lib&#233;ration&lt;/strong&gt;, 31/05/1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sondage CSA-Opinion r&#233;alis&#233; les 3 et 4 d&#233;cembre 1997 pour &lt;strong&gt;L'Humanit&#233;&lt;/strong&gt; sur le th&#232;me &#171; Les Fran&#231;ais et le mouvement des ch&#244;meurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Phoque, Marseille</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Phoque-Marseille</link>
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		<dc:date>2024-08-06T07:09:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Thomas Azu&#233;los</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans Walter Benjamin et le r&#233;bus de Marseille, J&#233;r&#244;me Delclos et Thomas Azuelos cartographient la rencontre entre le philosophe et la cit&#233; phoc&#233;enne &#224; la fin des ann&#233;es 1920. Une ivresse et un r&#233;bus d&#233;sormais d&#233;cod&#233;s ? &#171; Cette ville a du poil aux dents&#8230; En tirer une phrase est plus difficile que d'&#233;crire tout un livre sur Rome&#8230; Gueule de phoque qui avale des prolos jet&#233;s en p&#226;ture &#224; heure fixe par les compagnies maritimes&#8230; &#187; Walter Benjamin et le r&#233;bus de Marseillesert aux lecteurs et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Thomas-Azuelos" rel="tag"&gt;Thomas Azu&#233;los&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Walter Benjamin et le r&#233;bus de Marseille&lt;/i&gt;, J&#233;r&#244;me Delclos et Thomas Azuelos cartographient la rencontre entre le philosophe et la cit&#233; phoc&#233;enne &#224; la fin des ann&#233;es 1920. Une ivresse et un r&#233;bus d&#233;sormais d&#233;cod&#233;s ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; C&lt;i&gt;e&lt;/span&gt;tte ville a du poil aux dents&#8230; En tirer une phrase est plus difficile que d'&#233;crire tout un livre sur Rome&#8230; Gueule de phoque qui avale des prolos jet&#233;s en p&#226;ture &#224; heure fixe par les compagnies maritimes&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Walter Benjamin et le r&#233;bus de Marseille&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quiero, 2024.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;sert aux lecteurs et lectrices aventureuses des &lt;i&gt;punchlines &lt;/i&gt;bien senties. Et beaucoup plus que &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_5722 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_12_azuelos_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH219/web_232_12_azuelos_1200px-da116.jpg?1768672602' width='500' height='219' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Thomas Azuelos
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;W&lt;/span&gt;alter Benjamin, philosophe juif allemand mort en 1940, alors qu'il fuyait le nazisme, pratiqua la d&#233;rive urbaine que th&#233;oriseront plus tard les situationnistes. Apr&#232;s Berlin, Paris ou Naples, il tenta de d&#233;chiffrer l'&#233;nigme de Marseille en se perdant dans ses rues. &#171; &lt;i&gt;Mais de quoi ont-ils eu si peur ? &#187;&lt;/i&gt;, s'interrogeaient d&#233;j&#224; Christine Breton et Sylvain Maestraggi &#224; propos des errances de Benjamin et de ses amis Ernst Bloch et Siegfried Kracauer, lorsqu'ils d&#233;couvrent la ville en 1926&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mais de quoi ont-ils eu si peur ? Walter Benjamin, Ernst Bloch et Siegfried (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. L'ouvrage pr&#233;sent poursuit leur qu&#234;te, sur la piste du fl&#226;neur saisi par l'inqui&#233;tante &#171; modernit&#233; &#187; qui vient de raser le quartier de derri&#232;re la bourse. Benjamin ne le sait pas, mais cet hygi&#233;nisme belliqueux faisant table rase des vieux quartiers annonce les rafles et le dynamitage barbares du quartier Sant-Joan par la Wehrmacht et la police de Vichy en f&#233;vrier 1943. Les mots de Delclos t&#226;tonnent presque autant que l'homme intuitif et fragile dont il dresse le portrait, et les dessins d'Azu&#233;los font bien plus que les illustrer. Ensemble, ils rendent hommage &#224; celui qui se risque, ivre de haschich et de craintes brav&#233;es, dans les bas quartiers o&#249; la po&#233;sie crue des ruelles embarque la litt&#233;rature et les id&#233;es d'&#233;mancipation dans une m&#234;me gal&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Benjamin d&#233;marrait toujours l'exploration d'une ville par sa p&#233;riph&#233;rie. Sa m&#233;taphore du phoque, peut-&#234;tre lui est-elle venue en parcourant, pr&#232;s de la Timone, la traverse du Cheval marin jusqu'&#224; la taverne &#233;ponyme dont l'enseigne m&#233;tallique repr&#233;sentait une otarie&#8230; En tout cas, Benjamin va &#224; l'os, au c&#339;ur, au ventre de la vieille cit&#233; &#8211; &#224; l'oppos&#233; d'un Marcel Pagnol qui, &#224; la m&#234;me &#233;poque et sur le quai d'en face, met en bo&#238;te un folklore destin&#233; &#224; amuser les galeries de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si par moment l'expos&#233; de Delclos se fait r&#233;it&#233;ratif, on tire son chapeau aux auteurs tout comme les prostitu&#233;es chapardaient leur couvre-chef aux bourgeois &#233;gar&#233;s dans le quartier rouge&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Taquinerie rapport&#233;e par plusieurs chroniqueurs et que l'auteur &#233;lucide au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Il donne envie d'aller &#224; la source des textes &#233;parpill&#233;s de Benjamin, certains retrouv&#233;s dans une valise apr&#232;s son suicide sur la route de l'exil. Les rares passages &#224; vide jouent leur r&#244;le : celui de passage, justement, vers l'&#339;uvre d'un visionnaire parlant au pr&#233;sent. Tel ce conseil posthume : plut&#244;t que caresser le poil trop luisant de l'histoire officielle, tirons de l'oubli celle des vaincus pour rouvrir des pistes trop vite abandonn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quiero, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mais de quoi ont-ils eu si peur ? Walter Benjamin, Ernst Bloch et Siegfried Kracauer &#224; Marseille le 8 septembre 1926&lt;/i&gt;, &#233;d. Commune, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Taquinerie rapport&#233;e par plusieurs chroniqueurs et que l'auteur &#233;lucide au fil des pages.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;border les &#233;curies &#233;lectorales</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Deborder-les-ecuries-electorales</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Deborder-les-ecuries-electorales</guid>
		<dc:date>2024-08-06T07:09:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leila Chaix</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage, De l'&#233;meute &#224; la d&#233;mocratie, Alain Bertho revient sur les r&#233;voltes r&#233;centes, signes de la r&#233;sistance des peuples. Face &#224; une succession de d&#233;faites, il s'agit de sortir de notre impuissance politique&#8230; en soufflant sur les braises ! Avec sa vision transversale des luttes, ce livre d'Alain Bertho, De l'&#233;meute &#224; la d&#233;mocratie (La dispute, avril 2024), rend leur dignit&#233; aux &#233;motions populaires. Au-del&#224; de l'impasse strat&#233;gique appara&#238;t une foi intense envers la col&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son dernier ouvrage, &lt;i&gt;De l'&#233;meute &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt;, Alain Bertho revient sur les r&#233;voltes r&#233;centes, signes de la r&#233;sistance des peuples. Face &#224; une succession de d&#233;faites, il s'agit de sortir de notre impuissance politique&#8230; en soufflant sur les braises !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5719 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L248xH400/couverture-bertho-248x400-fd508.jpg?1768650758' width='248' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La Dispute
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;vec sa vision transversale des luttes, ce livre d'Alain Bertho, &lt;i&gt;De l'&#233;meute &#224; la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; (La dispute, avril 2024), rend leur dignit&#233; aux &#233;motions populaires. Au-del&#224; de l'impasse strat&#233;gique appara&#238;t une foi intense envers la col&#232;re collective qui nous active. Sorte de &lt;i&gt;street&lt;/i&gt;-anthropologie des insurrections ordinaires qui d&#233;forment le quotidien et tentent de fabriquer des mondes, on y revoit les forums sociaux mondiaux du mouvement altermondialiste (2001-2018), les barricades des Gilets jaunes (2018) ; on revit aussi les &#233;meutes de l'&#233;t&#233; dernier suite &#224; l'assassinat de Nahel, elles-m&#234;mes pr&#233;c&#233;d&#233;es de l'&#233;norme mobilisation contre la r&#233;forme des retraites et des actions &#224; Sainte-Soline. On retrouve enfin les contestations populaires des printemps arabes (2011), les manifestations chiliennes (2019) &#8211; et tristement, &#233;videmment : la Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anthropologue r&#233;introduit du lien entre ces divers mouvements de r&#233;volte, l&#224; o&#249;, souvent, la gauche ne sait pas le faire. Le point commun entre ces luttes ? La violence d'&#201;tat &#224; laquelle elles font face et la surdit&#233; assassine qui s'abat sur elles &#8211; sous des formes judiciaires, polici&#232;res, constitutionnelles. Il pose le constat ac&#233;r&#233; d'un &#201;tat radicalis&#233; qui organise la p&#233;nurie et favorise les extr&#234;mes droites via un &#171; &lt;i&gt;n&#233;olib&#233;ralisme violent et autocratique [&#8230;] compatible avec les formes les plus dictatoriales de gouvernement&lt;/i&gt; &#187;. Un syst&#232;me qui exalte la haine et la police. Mais on entrevoit qu'&#224; la mont&#233;e des extr&#234;mes droites s'oppose une vague exponentielle : celle des soul&#232;vements populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son diagnostic n'&#233;pargne pas les &#171; &lt;i&gt;&#233;curies &#233;lectorales &lt;/i&gt; &#187; de la gauche institutionnelle, et sa lucidit&#233; d&#233;cape : &#171; &lt;i&gt;Les partis de gauche, prisonniers des logiques &#233;lectorales et de l'agenda parlementaire, y perdent plus ou moins vite leurs racines populaires. [La critique qui leur est adress&#233;e du] &#8220;tous les m&#234;mes&#8221; s'appuie sur l'exp&#233;rience populaire internationale des trahisons sociales-d&#233;mocrates. Candidats du pouvoir, ils sont contamin&#233;s par sa surdit&#233; sociale et politique. En mal de respectabilit&#233;, ils sont soumis &#224; la pression du nouveau consensus &#8220;r&#233;publicain&#8221;. Certains s'obstinent &#224; r&#233;sister au pouvoir, &#224; d&#233;construire ses r&#233;cits et ses mensonges [mais] les peuples se lassent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aper&#231;oit entre les lignes un futur &lt;i&gt;trash&lt;/i&gt; (d&#233;j&#224; pr&#233;sent) o&#249; le n&#233;cro-lib&#233;ralisme associ&#233; aux nouveaux fascismes continuerait de d&#233;gommer voire d'interdire l'acte de penser ; o&#249; le monde, tel un isoloir, ach&#232;verait de nous reclure dans une commune mal&#233;diction. Il faut donc que nous en sortions, et qu'aussi nous en d&#233;bordions, car comme nous dit l'ami Bertho : &#171; &lt;i&gt;Sans une organisation d&#233;mocratique de l'unit&#233; populaire qui d&#233;borde et contraigne les organisations existantes, sans cette d&#233;mocratie r&#233;elle des corps et des paroles confront&#233;es, sans une d&#233;lib&#233;ration permanente d'assembl&#233;es, de forums et d'agoras, aucun barrage ne nous prot&#233;gera de la tourmente qui ne fait que commencer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Le&#207;la Chaix&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nicolas Framont : &#171; La lutte des classes au boulot n'est pas morte &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Nicolas-Framont-La-lutte-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Nicolas-Framont-La-lutte-des</guid>
		<dc:date>2024-07-23T10:41:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Quentin Dugay</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sociologue, essayiste, r&#233;dacteur en chef de la d&#233;tonante revue Frustration, Nicolas Framont a connu le monde bourgeois de l'int&#233;rieur, notamment via ses nombreuses missions d'expertise en sant&#233; et conditions du travail pour les comit&#233;s sociaux et &#233;conomiques de grandes entreprises. Il nous parle ici du m&#233;pris de cette caste, mais aussi des strat&#233;gies de r&#233;sistance au grand rouleau compresseur n&#233;olib&#233;ral dans le monde du travail. D&#233;fini en ses termes comme un &#171; ouvrage de d&#233;veloppement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Quentin-Dugay" rel="tag"&gt;Quentin Dugay&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sociologue, essayiste, r&#233;dacteur en chef de la d&#233;tonante revue &lt;i&gt;Frustration&lt;/i&gt;, Nicolas Framont a connu le monde bourgeois de l'int&#233;rieur, notamment via ses nombreuses missions d'expertise en sant&#233; et conditions du travail pour les comit&#233;s sociaux et &#233;conomiques de grandes entreprises. Il nous parle ici du m&#233;pris de cette caste, mais aussi des strat&#233;gies de r&#233;sistance au grand rouleau compresseur n&#233;olib&#233;ral dans le monde du travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_15_dugay_framont_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH591/web_232_ds_15_dugay_framont_1200px-ebc46.jpg?1768731560' width='500' height='591' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Quentin Dugay
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;&#233;fini en ses termes comme un &#171; &lt;i&gt;ouvrage de d&#233;veloppement collectif&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;Parasites&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;2023, Les Liens qui lib&#232;rent.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, publi&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re par Nicolas Framont, est un essai combatif qui ne m&#226;che pas ses &lt;i&gt;maux&lt;/i&gt;. Aux premiers rangs desquels, la bourgeoisie, &#171; &lt;i&gt;qui se nourrit de notre travail, de nos imp&#244;ts, de notre vie politique, de nos besoins et de nos r&#234;ves&lt;/i&gt; &#187;. Autre cible, parall&#232;le, le patronat, &#171; &lt;i&gt;pire assist&#233; de France&lt;/i&gt; &#187;. Quant aux garde-chiourmes des m&#233;dias de masse, ils en prennent &#233;galement pour leur grade, eux qui perp&#233;tuent un bruit de fond n&#233;olib&#233;ral att&#233;nuant toute id&#233;e de r&#233;sistance &#224; l'ordre de choses. Niveau boulot, Nicolas Framont pose ce constat : &#171; &lt;i&gt;Ce que le capitalisme veut annihiler chez l'ouvrier, c'est son d&#233;sir de donner un sens &#224; ce qu'il fait et d'exercer son intelligence dans son travail.&lt;/i&gt; &#187; Processus d'ali&#233;nation qui continue heureusement &#224; rencontrer quelques obstacles&#8230; Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La p&#233;riode qu'on traverse donne l'impression d'un gouffre entre la souffrance au travail, end&#233;mique, et l'absence de revendications port&#233;es par la rue&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On sous-estime souvent le niveau de r&#233;sistance individuelle. Toute une partie de la lutte contre le capitalisme passe sous les radars du militantisme classique. On reste trop focalis&#233;s sur les grands indicateurs, comme par exemple le taux de syndicalisation. Alors qu'en r&#233;alit&#233; on note une mobilit&#233; toujours plus marqu&#233;e de la main-d'&#339;uvre, avec des vagues de d&#233;mission depuis 2020. Il y a eu, notamment en France et aux &#201;tats-Unis, des ph&#233;nom&#232;nes de d&#233;sertions de masse, pas mal m&#233;diatis&#233;s. C'&#233;tait du jamais vu en la mati&#232;re. En France, des milliers de personnes d&#233;missionnent chaque mois. Pour certains, &#231;a augmente la pr&#233;carit&#233; : rester dans un boulot, m&#234;me horrible, c'est acqu&#233;rir de l'anciennet&#233;, pouvoir grimper dans la hi&#233;rarchie, avoir un meilleur salaire. Mais ils sont nombreux &#224; penser qu'il vaut mieux partir que rester. C'est un bon signe. R&#233;sultat : beaucoup d'entreprises priv&#233;es d&#233;plorent ne plus disposer d'un r&#233;servoir de salari&#233;s stable. Il faut aussi noter que toutes les formes de d&#233;sengagement au travail comme la d&#233;mission silencieuse, qui consiste &#224; en faire le moins possible, semblent se d&#233;velopper, pas seulement chez les jeunes g&#233;n&#233;rations, et &#231;a produit des effets. Depuis deux ans, les chiffres montrent une baisse de la productivit&#233; en France. Il y a aussi la hausse des arr&#234;ts de travail, mais qui eux sont &#233;galement li&#233;s &#224; l'&#233;puisement et &#224; la souffrance psychique, c'est-&#224;-dire souvent subis. En tout cas je rencontre beaucoup de gens qui essayent d'en faire le moins possible. Il y a donc une r&#233;sistance forte au travail mais qui ne passe plus vraiment par les canaux habituels, les partis de gauche et les syndicats, et qui op&#232;re de mani&#232;re plus individuelle (ce qui ne veut pas dire individualiste). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi des modalit&#233;s d'actions moins &lt;i&gt;passives&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, bien s&#251;r. L'autre solution pour aller mieux dans son travail, c'est la lutte collective qui s'adapte aux cas de figure. Par exemple se liguer contre un chef inapte, en se passant de lui. J'ai eu des t&#233;moignages d'ouvriers qui, pendant des mois, ont fait la d&#233;monstration qu'on travaille mieux sans chef qu'avec un chef incomp&#233;tent. Autre forme de r&#233;sistance dont on parle peu, le sabotage au quotidien, qu'on &#233;voque dans le dernier num&#233;ro de &lt;i&gt;Frustration&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Num&#233;ro de 2024, titr&#233; &#171; Et maintenant on fait quoi ? &#187;.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Nombre de salari&#233;s expliquent qu'ils occupent leur temps &#224; lire ou &#224; mettre &#224; jour des pages Wikip&#233;dia. Il y a aussi un grand nombre de salari&#233;s du public qui expliquent essayer de &#8220;faire le bien&#8221; : proposer la gratuit&#233; dans les biblioth&#232;ques &#224; des gens qui ne sont pas &#233;ligibles, rappeler leurs droits &#224; des allocations &#224; des gens qui sinon passeraient &#224; c&#244;t&#233;&#8230; Enfin, les derni&#232;res enqu&#234;tes du minist&#232;re du Travail montrent que le nombre de gr&#232;ves a augment&#233; en France ces deux derni&#232;res ann&#233;es. Sachant que cela reste le mode d'action le plus efficace. Elles passent inaper&#231;ues dans les m&#233;dias, mais ont des effets. Il faut y ajouter les menaces de gr&#232;ve, un outil qui permet aussi d'obtenir des r&#233;sultats. Bref, la conflictualit&#233; au travail se porte mieux qu'on ne le pense et contrecarre les d&#233;sirs des capitalistes. La lutte des classes au boulot n'est pas morte : des coups sont rendus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; cette &#171; &lt;i&gt;organisation patronale de type super parasitaire&lt;/i&gt; &#187; que tu d&#233;nonces, vient s'ajouter le m&#233;pris toujours plus marqu&#233; des &#233;lites envers les &#171; assist&#233;s &#187;, les &#171; feignasses &#187;&#8230; Pourquoi si peu d'explosions sociales en retour ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rappelons d&#233;j&#224; que le mouvement des Gilets jaunes en 2018 et 2019 a &#233;t&#233; une v&#233;ritable d&#233;tonation, qui d&#233;non&#231;ait notamment ce m&#233;pris et l'exploitation de classe. Pour le reste, il faut avoir en t&#234;te que les organisations militantes ne veulent pas endosser de v&#233;ritables conflictualit&#233;s. Les conf&#233;d&#233;rations syndicales, CGT incluse, n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; ce que la rue explose. C'est li&#233; en partie &#224; la dimension bureaucratique de ces organisations. La bureaucratie cherche juste &#224; survivre, si bien qu'elle d&#233;teste l'inconnu.
Quant aux partis &#233;lectoralistes, ils ne voient le progr&#232;s que par le biais de la voie &#233;lectorale. Mettre en valeur ces formes de r&#233;sistances n'est pas dans leur logique d'accession au pouvoir. R&#233;sultat : il n'existe aucune organisation nationale ou internationale visant &#224; mettre en place un dispositif de r&#233;sistance aux brutalit&#233;s du monde du travail. Avec &lt;i&gt;Frustration&lt;/i&gt;, on cherche &#224; concilier le meilleur des syndicats et des gilets jaunes. On pense que le syndicalisme actuel a perdu une grande partie de sa capacit&#233; de subversion, notamment parce qu'il est happ&#233; par du &#8220;dialogue social&#8221; compl&#232;tement vain et parce qu'il ne porte plus de projet de transformation du travail, mais il peut encore &#234;tre sauv&#233;. De leur c&#244;t&#233;, les Gilets jaunes ont apport&#233; une grande le&#231;on : il existe toute une population pr&#234;te &#224; adh&#233;rer &#224; des actions radicales tant qu'elles ne sont pas r&#233;cup&#233;r&#233;es par des instances ou des porte-paroles int&#233;ress&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parlons des vrais &lt;i&gt;parasites&lt;/i&gt;, les bourgeois et les politiques &#224; leur service. Est-ce que cette id&#233;e des ch&#244;meurs et marginaux comme profiteurs, assist&#233;s est une constante chez eux ? &lt;/strong&gt;
&#171; J'en ai crois&#233; beaucoup dans mon boulot, et je peux te dire que le m&#233;pris de classe des macronistes est une pure &#233;vidence. Le reste de l'humanit&#233; n'existe pas &#224; leurs yeux. Ils pensent &#224; leurs coll&#232;gues, leur cousin-patron, leur oncle-avocat d'affaires. Ils ont conscience de la classe &#224; laquelle ils appartiennent et conservent leurs int&#233;r&#234;ts. C'est pour &#231;a que &#231;a ne les d&#233;range pas de faire passer toutes les r&#233;formes en force : ils &#339;uvrent pour leurs semblables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour finir, renversons la perspective, en parlant glandouille c&#244;t&#233; patrons et Cie. Ce sont vraiment des bourreaux de travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont surtout des gens qui brassent &#233;norm&#233;ment de vent. J'ai fait plein d'entretiens avec des chefs de grandes entreprises qui ne connaissaient rien &#224; leur bo&#238;te, pas m&#234;me son processus op&#233;rationnel. Leur sp&#233;cialit&#233; : les grands discours, notamment pour vendre de la confiance aux actionnaires. &#192; c&#244;t&#233; de &#231;a, ils ne sont pas tr&#232;s intelligents ni tr&#232;s productifs, voire souvent carr&#233;ment nuls. Quant &#224; leur r&#233;mun&#233;ration ind&#233;cente, elle n'est pas corr&#233;l&#233;e &#224; leurs performances. Il y a plein de patrons qui ont fait couler leur bo&#238;te sans aucune incidence, comme le Bernard Tapie des ann&#233;es 1980 et d'apr&#232;s, vu comme un bosseur dynamique alors qu'il a fait couler toutes ses bo&#238;tes. Citons aussi, entre mille, Thierry Breton, un temps ministre de l'&#201;conomie, ancien dirigeant de Thomson et Atos, qu'il a laiss&#233; en grande difficult&#233;, ce qui ne l'a pas emp&#234;ch&#233; de devenir commissaire europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d&#233;construire le mythe du travail acharn&#233; des patrons. Outre qu'ils ne payent jamais le prix de leurs erreurs et de leur incomp&#233;tence, ces gens ont des tas de collaborateurs qui leur pr&#233;m&#226;chent le travail, leur &#233;crivent discours et notes&#8230; Les chefs adorent mettre en sc&#232;ne leur travail &#233;reintant, &#224; l'image d'un Attal se d&#233;crivant comme insomniaque laborieux, alors que personne ne peut v&#233;rifier la r&#233;alit&#233; de leur labeur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;2023, Les Liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Num&#233;ro de 2024, titr&#233; &#171; Et maintenant on fait quoi ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maltraitance &#224; P&#244;le emploi, r&#233;cit de l'int&#233;rieur</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Maltraitance-a-Pole-emploi-recit</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Maltraitance-a-Pole-emploi-recit</guid>
		<dc:date>2024-07-23T10:41:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Ga&#235;lle Desnos</dc:creator>


		<dc:subject>Alex Less</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s quatorze ans de bons et loyaux services en tant que conseiller &#224; l'agence P&#244;le emploi de Rennes, Yann Gaudin a &#233;t&#233; licenci&#233; pour avoir commis l'irr&#233;parable : aider des usagers &#224; obtenir leurs droits ! &#192; P&#244;le emploi (ou France Travail, on perd le fil&#8230;), Yann Gaudin s'est taill&#233; une petite r&#233;putation. La raison ? Il est celui qui a &#171; trop aid&#233; les ch&#244;meurs &#187;, notamment en leur permettant de r&#233;cup&#233;rer des allocations non vers&#233;es auxquelles ils avaient droit. &#171; C'est l&#224; que vous avez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alex-Less" rel="tag"&gt;Alex Less&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s quatorze ans de bons et loyaux services en tant que conseiller &#224; l'agence P&#244;le emploi de Rennes, Yann Gaudin a &#233;t&#233; licenci&#233; pour avoir commis l'irr&#233;parable : aider des usagers &#224; obtenir leurs droits !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_18_chomdu1_1200px_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/web_232_ds_18_chomdu1_1200px_1_-ff1bf.jpg?1769213642' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#192;&lt;/span&gt; P&#244;le emploi (ou France Travail, on perd le fil&#8230;), Yann Gaudin s'est taill&#233; une petite r&#233;putation. La raison ? Il est celui qui a &#171; trop aid&#233; les ch&#244;meurs &#187;, notamment en leur permettant de r&#233;cup&#233;rer des allocations non vers&#233;es auxquelles ils avaient droit. &lt;i&gt;&#171; C'est l&#224; que vous avez merd&#233; ! &#187;&lt;/i&gt; ironisait Guillaume Meurice dans l'une de ses chroniques sur France Inter en 2020&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le moment Meurice : Le conseiller P&#244;le emploi qui aidait les ch&#244;meurs &#187;, Par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; alors qu'il interrogeait Yann sur les motifs de sa convocation &#224; un entretien disciplinaire avec sa hi&#233;rarchie. Rire (un peu nerveux) de l'int&#233;ress&#233; qui, une semaine apr&#232;s, se faisait carr&#233;ment virer de l'agence sous pr&#233;texte qu'il aurait outrepass&#233; son r&#244;le. Lui reprochait-on d'avoir trop bien fait son job ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le visage du service au public&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2006, quand Yann d&#233;croche son poste de conseiller emploi &#224; l'ANPE (ex-P&#244;le emploi), tout semble pourtant bien engag&#233;. Assis &#224; la table d'un kebab dans un quartier populaire de Rennes, il raconte : &lt;i&gt;&#171; J'&#233;tais fier d'entrer dans le service public et confiant dans ma hi&#233;rarchie. &#187;&lt;/i&gt; Ses ann&#233;es de commercial chez un sous-traitant de &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, &#224; Pierre&amp;Vacances ou encore &#224; Maison du Caf&#233;, l'avaient essor&#233; : &lt;i&gt;&#171; Je visitais des ateliers o&#249; je croisais des personnes qui avaient le double de mon &#226;ge et travaillaient dans le bruit et la poussi&#232;re, pour un salaire deux fois inf&#233;rieur au mien &#187;&lt;/i&gt;, se rem&#233;more-t-il en tirant sur sa cigarette. Face &#224; cette r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;&#171; d&#233;gueulasse &#187;&lt;/i&gt;, difficile de tenir ; il tente un moment &lt;i&gt;&#171; de jouer les rebelles &#187;&lt;/i&gt;, avant de claquer la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En poussant celle de l'ANPE, Yann a davantage le sentiment de se mettre au service de l'int&#233;r&#234;t collectif. Et sans mauvais jeu de mots, il a la t&#234;te de l'emploi : moustache soign&#233;e, sourire accueillant, il r&#233;pond avec s&#233;rieux aux questions pos&#233;es. De ses premi&#232;res ann&#233;es au sein de l'institution, il garde un bon souvenir : &lt;i&gt;&#171; On faisait vraiment le job : coordonner, accompagner, mettre en relation, rendre les choses plus fluides&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La loi des chiffres&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis d&#233;boule 2008, le grand chambardement. Partie des &#201;tats-Unis, la crise &#233;conomique se propage en Europe. En France, les licenciements en cascade propulsent le nombre de ch&#244;meurs au-del&#224; des deux millions. La m&#234;me ann&#233;e, le gouvernement Fillon-Sarkozy met en place la fusion de l'ANPE avec les Ass&#233;dic. C'est la naissance de P&#244;le emploi, fameux &#171; guichet unique &#187; inspir&#233; des &lt;i&gt;job centers&lt;/i&gt; britanniques.
Les usagers l&#224;-dedans ? Des &lt;i&gt;&#171; dossiers &#187;&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;&#171; DE &#187;&lt;/i&gt;, pour &lt;i&gt;&#171; demandeurs d'emplois &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;partis dans des &lt;i&gt;&#171; portefeuilles &#187;&lt;/i&gt;, se d&#233;sole Yann. &lt;i&gt;&#171; &#192; P&#244;le emploi, on aime parler en acronyme, en num&#233;ros d'identifiant ou en tableur Excel. &#187;&lt;/i&gt; T&#233;moin des glissements progressifs de l'institution, il d&#233;crit des managers de plus en plus obnubil&#233;s par les chiffres, poussant les conseillers &#224; &lt;i&gt;&#171; caser &#187;&lt;/i&gt; les usagers dans telle ou telle prestation. Aujourd'hui, la situation n'a pas chang&#233; d'un &lt;i&gt;iota&lt;/i&gt; : avec cinq millions d'inscrits au ch&#244;mage&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En avril 2024, la Direction de l'animation de la recherche, des &#233;tudes et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, les 54 500 agents du service public de l'emploi fran&#231;ais n'ont plus le temps de faire dans la dentelle. &lt;i&gt;&#171; C'est la volum&#233;trie qui prime ! &#187;&lt;/i&gt; d&#233;plore Yann.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au discours sur les &lt;i&gt;&#171; ch&#244;meurs&#173;-parasites &#187;&lt;/i&gt;, il monte crescendo, r&#233;p&#233;t&#233; &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; dans de nombreux m&#233;dias. M&#234;me si, en interne, Yann assure que cette vision ne refl&#232;te pas le discours de ses coll&#232;gues, il admet n&#233;anmoins un manque de remise en question : &lt;i&gt;&#171; Pour le conseiller, c'est toujours le DE qui a tort, qui a mal compris, ou qui a mal rempli son formulaire. &#187;&lt;/i&gt; Voire une culture du soup&#231;on : &lt;i&gt;&#171; En cas de trop-per&#231;u, l'hypoth&#232;se de la fraude est souvent la premi&#232;re envisag&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre conseiller, c'est politique !&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; On recrute les conseillers &#224; la va-vite : tu te pr&#233;sentes, tu poses ton CV et c'est quasiment dans la poche &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;plore Yann. Tr&#232;s peu form&#233;s&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ma vie de conseiller P&#244;le emploi &#187;, Envoy&#233; sp&#233;cial, France 2, 25 mars 2021. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, ces conseillers ont pourtant &lt;i&gt;&#171; la vie des gens entre leurs mains &#187;&lt;/i&gt;, rappelle-t-il. Une responsabilit&#233; qui prend une dimension plus grave encore, au vu des chiffres alarmants : 10 &#224; 14 000 personnes d&#233;c&#232;dent chaque ann&#233;e des cons&#233;quences du ch&#244;mage&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon une &#233;tude de l'Institut national de la sant&#233; et de la recherche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Cette situation &lt;i&gt;&#171; exige une approche fine &#187;&lt;/i&gt;, insiste l'ancien agent, se rem&#233;morant une &#233;poque o&#249; l'ANPE offrait des formations en psychologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Yann, &#234;tre conseiller est intrins&#232;quement politique : &lt;i&gt;&#171; On est &#224; l'intersection de tant de probl&#233;matiques ! On devrait se consid&#233;rer comme des travailleurs sociaux. &#187;&lt;/i&gt; Lorsqu'il &#233;voque ses interactions avec les usagers, Yann d&#233;crit avec &#233;motion leur dignit&#233; : &lt;i&gt;&#171; Souvent, les gens dissimulent leurs peines et leur d&#233;tresse ; lorsqu'ils viennent en entretien, ils sont tout endimanch&#233;s. &#187;&lt;/i&gt; Dans ce qu'il d&#233;crit comme un &lt;i&gt;&#171; jeu de dupe &#187;&lt;/i&gt;, c'est au conseiller de prot&#233;ger l'usager : &lt;i&gt;&#171; Si nous visons une r&#233;insertion durable dans l'emploi, la cruaut&#233; n'a pas sa place. Quand je voyais un demandeur d'emploi bris&#233; par une exp&#233;rience professionnelle &#233;prouvante, il m'arrivait de lui sugg&#233;rer de prendre directement les 35 jours de repos autoris&#233;s par P&#244;le emploi &#187;&lt;/i&gt; confie-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des anomalies vous dites ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le foss&#233; entre la mission de conseiller, telle que Yann la con&#231;oit, et la vision que s'en fait l'institution, n'en finit pas de se creuser. En 2014, l'agent d&#233;couvre une &lt;i&gt;&#171; premi&#232;re anomalie &#187;&lt;/i&gt; touchant les intermittents du spectacle dont il a la responsabilit&#233;. Ces derniers sont priv&#233;s de l'allocation de solidarit&#233; sp&#233;cifique (ASS), initialement pr&#233;vue pour tous les usagers en fin de droits. Une faille que l'&#233;tablissement ne semble pas press&#233; de corriger, malgr&#233; les alertes r&#233;p&#233;t&#233;es de Yann. Commence alors une longue bataille avec sa hi&#233;rarchie, parsem&#233;e de brimades, courriels et autres entretiens inopin&#233;s. Apr&#232;s un avertissement en 2015, l'agent commence &#224; s&#233;rieusement douter : &lt;i&gt;&#171; Des centaines d'intermittents &#233;taient spoli&#233;s et personne ne semblait s'en &#233;mouvoir ! &#187;&lt;/i&gt; D&#232;s lors, il ne se contente plus de suivre aveugl&#233;ment les consignes internes et se met &#224; &#233;plucher les textes de loi, le Code du travail et les r&#233;glementations de la S&#233;curit&#233; sociale. Il rev&#233;rifie tout et son comportement agace la direction. &lt;i&gt;&#171; Quand je d&#233;couvrais d'autres anomalies, on me disait de laisser tomber ou on me reprochait de tenir les usagers au courant. &#187;&lt;/i&gt; De guerre lasse, il cr&#233;e un blog sur Mediapart en 2019 pour alerter sur le sujet et re&#231;oit dans la foul&#233;e des centaines de demandes d'aides d'allocataires en difficult&#233;. La machine m&#233;diatique embo&#238;te le pas : d'abord la presse locale, puis la presse nationale, for&#231;ant l'institution &#224; r&#233;agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ent&#234;tement lui co&#251;te son poste en juillet 2020. &lt;i&gt;&#171; Au final, ils ont admis que c'&#233;tait mes interventions m&#233;diatiques qui les d&#233;rangeaient &#187;&lt;/i&gt; affirme Yann. Alors que son audience aux prud'hommes, pr&#233;vue le 12 septembre prochain, approche &#224; grands pas, il se dit plut&#244;t serein : &lt;i&gt;&#171; J'ai toujours veill&#233; &#224; respecter la loi, notamment celle d&#233;finissant le statut de lanceur d'alerte &#187;&lt;/i&gt;, explique-t-il. On dirait bien que le job (d'int&#233;r&#234;t public) que Yann fait le mieux, c'est celui du &lt;i&gt;&#171; caillou dans la chaussure &#187;&lt;/i&gt;. Et &#224; ce niveau-l&#224;, on regrette carr&#233;ment le plein emploi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Ga&#235;lle Desnos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_5729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_18_chomdu_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH180/web_232_ds_18_chomdu_1200px-25e1a.jpg?1769213642' width='500' height='180' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Le moment Meurice : Le conseiller P&#244;le emploi qui aidait les ch&#244;meurs &#187;, Par Jupiter !, France Inter, 24 juin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En avril 2024, la Direction de l'animation de la recherche, des &#233;tudes et des statistiques (Dares) comptait 5 368 500 demandeurs d'emploi inscrits &#224; France Travail en cat&#233;gorie A, B, C en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Ma vie de conseiller P&#244;le emploi &#187;, Envoy&#233; sp&#233;cial, France 2, 25 mars 2021. Cet &#233;pisode raconte les formations exp&#233;ditives que P&#244;le emploi dispense &#224; ses nouvelles recrues avant de les mettre au contact des usagers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon une &#233;tude de l'Institut national de la sant&#233; et de la recherche m&#233;dicale (Inserm), publi&#233;e en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faire raquer le travail domestique</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Faire-raquer-le-travail-domestique</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Faire-raquer-le-travail-domestique</guid>
		<dc:date>2024-07-23T10:41:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Livia Stahl</dc:creator>


		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand on pense &#171; droit au repos &#187;, on bute direct sur le travail gratuit qui grignote notre temps libre avec, en premi&#232;re ligne, le travail m&#233;nager. Il est temps de faire payer ceux &#224; qui il profite. Mais comment ? Allons faire un petit tour du c&#244;t&#233; des f&#233;ministes marxistes&#8230; 27 f&#233;vrier 2023, jour noir pour les machos. En Espagne, un homme est condamn&#233; &#224; verser 204 624 euros &#224; son ex-&#233;pouse, &#171; au titre de compensation pour le travail domestique non r&#233;mun&#233;r&#233; effectu&#233; &#224; domicile [pendant 20 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand on pense &#171; droit au repos &#187;, on bute direct sur le travail gratuit qui grignote notre temps libre avec, en premi&#232;re ligne, le travail m&#233;nager. Il est temps de faire payer ceux &#224; qui il profite. Mais comment ? Allons faire un petit tour du c&#244;t&#233; des f&#233;ministes marxistes&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_12_alchourroun_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH429/web_232_ds_12_alchourroun_1200px-2ec01.jpg?1768651115' width='500' height='429' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Baptiste Alchouroun
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;2&lt;/span&gt;7 f&#233;vrier 2023, jour noir pour les machos. En Espagne, un homme est condamn&#233; &#224; verser 204 624 euros &#224; son ex-&#233;pouse, &#171; &lt;i&gt;au titre de compensation pour le travail domestique non r&#233;mun&#233;r&#233; effectu&#233; &#224; domicile &lt;/i&gt;[pendant 20 ans]&lt;i&gt;, dans le cadre du r&#233;gime de s&#233;paration des biens&lt;/i&gt; &#187;. En 2019 et 2021, l'Argentine et le Portugal ont connu deux jugements similaires. Le 1er janvier 2021, la Chine a m&#234;me adopt&#233; une loi en ce sens&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La r&#233;mun&#233;ration du travail domestique, un nouveau casse-t&#234;te juridique ? (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Un progr&#232;s ? Pas vraiment. Ces condamnations ont le m&#233;rite de faire sortir de l'invisibilit&#233; le travail domestique non r&#233;mun&#233;r&#233;, mais l'octroi, au cas par cas, d'indemnisations lors de divorces ne permet ni de penser la v&#233;ritable nature de ce travail, ni de le penser politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le droit au repos peut &#234;tre d&#233;fini comme le &#171; &lt;i&gt;temps au cours duquel le salari&#233; [&#8230;] peut vaquer librement &#224; ses occupations&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;finition du &#8220;repos&#8221; en droit du travail, Editions Tissot.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;force est de constater qu'en dehors du travail, on se sent surtout libres de &#171; vaquer &#187; &#224; nos t&#226;ches domestiques. Un imp&#233;ratif s'impose donc : sortir ce travail gratuit de l'invisibilit&#233; et le faire payer &#224; ceux qui en jouissent. Des hommes oui, mais surtout des capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'&#171; autre usine &#187; du capital&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le travail domestique n'est pas une cons&#233;quence malheureuse du contrat de mariage : il en est le ciment. Il est n&#233;cessaire &#224; ce que les marxistes nomment la &#171; reproduction de la force de travail &#187;. La cuisine, le m&#233;nage, les courses, les trajets en voiture, le soin aux enfants, aux personnes &#226;g&#233;es et la myriade de formes de soutien psychologique apport&#233;es aux membres du foyer &#171; &lt;i&gt;consiste[nt] &#224; fournir &#224; la soci&#233;t&#233; des gens qui peuvent fonctionner jour apr&#232;s jour&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le salaire au travail m&#233;nager, 1972-1977 : retour sur un courant f&#233;ministe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;, aller travailler et mettre en valeur le capital. Cette &#171; &lt;i&gt;autre usine&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;,&lt;/i&gt; qui restaure la force de travail des classes laborieuses et soutient l'&#233;conomie en silence, reste pourtant cach&#233;e dans la sph&#232;re priv&#233;e du foyer. Une invisibilisation qui profite largement aux employeurs, leur permettant de b&#233;n&#233;ficier du travail domestique sans en assumer les co&#251;ts : entre 33 % et 77 % du PIB selon l'Insee&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;33 % du PIB si une heure de travail domestique &#233;tait pay&#233;e au Smic avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur du travail domestique est consid&#233;rable : chaque jour, ce sont trois &#224; quatre heures de temps &#171; libre &#187; qui sont consacr&#233;es au travail domestique, soit 27 heures par semaine. Dans les couples h&#233;t&#233;ros avec enfant(s), l'homme en fait 18 heures par semaine&#8230; et la femme 34 : un second temps plein ! &#192; l'&#233;chelle nationale, c'est colossal : le travail m&#233;nager total repr&#233;sente 77 milliards d'heures, contre 38 milliards d'heures de travail r&#233;mun&#233;r&#233;. Comment le faire valoir ? Certain&#183;es plaident pour une reconnaissance par l'octroi d'un salaire. Une revendication essentielle pour r&#233;mun&#233;rer diverses formes de travail gratuit (b&#233;n&#233;volat associatif, formation universitaire, cr&#233;ation intellectuelle et artistique, heures suppl&#233;mentaires informelles), mais qui peut se r&#233;v&#233;ler dangereuse en ce qui concerne le travail domestique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une fausse bonne id&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Entre 1972 et 1977, le collectif F&#233;ministe international, porte une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire prometteuse : faire prendre conscience aux femmes qu'en refusant d'ex&#233;cuter ce travail gratuit, &#171; &lt;i&gt;elles peuvent &#233;branler le pilier qui porte l'actuelle organisation capitaliste du travail, &#224; savoir la famille &lt;/i&gt;[et ainsi]&lt;i&gt; subvertir le processus d'accumulation du capital&lt;/i&gt; &#187;. Leur revendication ? Un &#171; salaire au travail m&#233;nager &#187;, pay&#233; par le capital et revers&#233; par l'&#201;tat. Pour elles, ce salaire serait &#224; la fois &#171; r&#233;v&#233;lateur du travail invisible&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les luttes des CUTE sont filles du mouvement du salaire au travail m&#233;nager (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; et levier de pouvoir pour les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il comporte un angle mort, et de taille : l'in&#233;gale r&#233;partition des t&#226;ches entre les femmes et les hommes. En quoi le salariat serait-il garant d'un meilleur partage ? Permettrait-il r&#233;ellement de d&#233;charger les m&#233;nag&#232;res ? Au contraire, le salaire au travail m&#233;nager risquerait de l&#233;gitimer le travail domestique dans la sph&#232;re priv&#233;e et de clouer &#224; la maison celles qui l'exercent d&#233;j&#224;. Pire : quand on laisse chaque foyer le g&#233;rer &#171; en interne &#187;, on observe que les plus riches embauchent des femmes pauvres, venues de pays pauvres pour prendre en charge le travail de la maison. Cette sous-traitance &#171; &lt;i&gt;coloniale&lt;/i&gt; &#187;, point&#233;e par Silvia Federici, cofondatrice du collectif&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Silvia Federici,&#171; Reproduction et luttes f&#233;ministes dans la nouvelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;permet &#224; des femmes occidentales en qu&#234;te d'&#233;mancipation de s'offrir les services de femmes de m&#233;nage.
Pour permettre une r&#233;elle &#233;mancipation des femmes, et pas seulement des blanches et des riches, d'autres militantes marxistes d&#233;fendent tout autre chose : la collectivisation des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fuir la maison&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar d'Alexandra Kollonta&#239;&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Koko la coco &#187;, CQFD, n&#176;229 (avril 2024).&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, ministre de la Sant&#233; dans la Russie r&#233;volutionnaire apr&#232;s 1917, la majorit&#233; des militantes marxistes des ann&#233;es 1970 pensent que l'&#233;mancipation des femmes doit se faire &lt;i&gt;&#224; l'ext&#233;rieur du foyer.&lt;/i&gt; Comment ? Par le travail salari&#233;, qui leur garantit une ind&#233;pendance &#233;conomique vis-&#224;-vis de leurs maris, mais aussi par la prise en charge par la collectivit&#233; de leurs t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, au travers de services publics cons&#233;quents : cantines de quartier, service de m&#233;nage et blanchisseries, garde d'enfants et services &#233;ducatifs &#233;mancipateurs&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;cole &#233;mancip&#233;e est un regroupement de militants syndicaux et p&#233;dagogiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, reconna&#238;tre par un salaire l'existence de leur travail gratuit ne suffit pas. C'est le fait de penser le passage de balai comme une activit&#233; &#171; naturellement f&#233;minine &#187; qu'il faut combattre. Sans cela, les t&#226;ches domestiques seront toujours d&#233;consid&#233;r&#233;es, et ce au foyer comme dans le monde du travail. C'est ce que nous montrent de mani&#232;re tr&#232;s actuelle les travaux de l'&#233;conomiste Emmanuelle Puissant, qui portent sur la non-reconnaissance du travail effectu&#233; par les aides &#224; domicile aujourd'hui : &#171; &lt;i&gt;C'est justement parce que leur travail est d'abord consid&#233;r&#233; comme domestique et donc &#8220;naturellement f&#233;minin&#8221; qu'il est socialement d&#233;valoris&#233; et sous-pay&#233;. Une partie de leur travail n'est pas pay&#233;e du tout &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leurs heures de travail sont fragment&#233;es sur la journ&#233;e, du matin t&#244;t (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;i&gt;. Dans les secteurs dans lesquels les hommes sont majoritaires, la reconnaissance des qualifications, de tous les temps de travail et des salaires est beaucoup moins en retard.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, la lutte pour la reconnaissance du travail m&#233;nager est tout sauf un combat d'arri&#232;re-garde. Comment se m&#232;ne-t-il aujourd'hui ? Hors de la maison. Au travail, dans les secteurs qui emploient en majorit&#233; des femmes, sous-pay&#233;es pour les t&#226;ches qu'elles prennent en charge. &#192; Saint-&#201;tienne, des aides &#224; domicile demandent reconnaissance, &#224; Montpellier, les femmes de m&#233;nage de l'entreprise Onet bataillent pour de meilleures conditions de travail, &#224; Grenoble, ce sont celles du groupe Elior-Derichebourg &lt;i&gt;[voir &lt;i&gt;Lu Dans&lt;/i&gt;du n&#176;232]&lt;/i&gt; et &#224; Marseille, celles de l'h&#244;tel Radisson Blu. Soutenir leurs combats, c'est d&#233;j&#224; une premi&#232;re piste pour sortir de l'exploitation du travail domestique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Livia Stahl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; La r&#233;mun&#233;ration du travail domestique, un nouveau casse-t&#234;te juridique ? &#187;, &lt;i&gt;Slate&lt;/i&gt;, 02/04 2021..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;finition du &#8220;repos&#8221; en droit du travail, Editions Tissot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Le salaire au travail m&#233;nager, 1972-1977 : retour sur un courant f&#233;ministe &#233;vanoui &#187;, &lt;i&gt;Recherche f&#233;ministes&lt;/i&gt; n&#176;1, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;33 % du PIB si une heure de travail domestique &#233;tait pay&#233;e au Smic avec cotisations sociales, et 77 % du PIB si elle &#233;tait pay&#233;e au co&#251;t moyen d'une prestation comparable sur le march&#233;, selon l'Enqu&#234;te &#171; &lt;i&gt;Emploi du temps&lt;/i&gt; &#187;,Insee en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Les luttes des CUTE sont filles du mouvement du salaire au travail m&#233;nager &#187; dans &lt;i&gt;Gr&#232;ve des stages, gr&#232;ve des femmes. Anthologie d'une lutte f&#233;ministe pour un salaire &#233;tudiant (2016-2019)&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions du remue m&#233;nage, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Silvia Federici&lt;i&gt;,&lt;/i&gt;&#171; Reproduction et luttes f&#233;ministes dans la nouvelle division internationale du travail &#187;,&lt;i&gt; Cahiers genre et d&#233;veloppement&lt;/i&gt;, 2002.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; Koko la coco &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, n&#176;229 (avril 2024).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'&#201;cole &#233;mancip&#233;e est un regroupement de militants syndicaux et p&#233;dagogiques qui porte des valeurs anticapitalistes, f&#233;ministes et antimilitaristes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Leurs heures de travail sont fragment&#233;es sur la journ&#233;e, du matin t&#244;t jusqu'au soir, en fonction des interventions. Ainsi, bien que leurs journ&#233;es soient souvent longues, elles sont consid&#233;r&#233;es &#234;tre en temps partiel et pay&#233;es en moyenne 25 heures par semaine.Les interventions annul&#233;es au dernier moment ne sont pas r&#233;mun&#233;r&#233;es. Voir : &lt;i&gt;Aide &#224; domicile, un m&#233;tier en souffrance&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions de l'Atelier, 2023.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Votez Pacha</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Votez-Pacha</link>
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		<dc:date>2024-07-15T14:06:14Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je l'ignorais en le contactant, mais Stanislas Carmont est d&#233;sormais une star. Il a m&#234;me grimp&#233; le tapis rouge &#224; Cannes pour son r&#244;le remarqu&#233; dans le film Un petit quelque chose de plus (2024, pr&#232;s de 8 millions d'entr&#233;es). Perso, je le connais comme membre du groupe Ast&#233;r&#233;otypie, qui m&#234;le quatre musiciens professionnels et quatre personnes autistes aux paroles et au chant. Il y a compos&#233; des textes magnifiques, visc&#233;raux, dont l'un met sa paresse en sc&#232;ne. &#171; Le Pacha &#187; est un morceau que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Je l'ignorais en le contactant, mais Stanislas Carmont est d&#233;sormais une star. Il a m&#234;me grimp&#233; le tapis rouge &#224; Cannes pour son r&#244;le remarqu&#233; dans le film &lt;i&gt;Un petit quelque chose de plus&lt;/i&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;(2024, pr&#232;s de 8 millions d'entr&#233;es). Perso, je le connais comme membre du groupe Ast&#233;r&#233;otypie, qui m&#234;le quatre musiciens professionnels et quatre personnes autistes aux paroles et au chant. Il y a compos&#233; des textes magnifiques, visc&#233;raux, dont l'un met sa paresse en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5746 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_aff_stan2_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH706/web_aff_stan2_1200px-ff6b0.jpg?1769213644' width='500' height='706' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; L&lt;/span&gt;e Pacha &#187; est un morceau que j'ai &#233;cout&#233; compulsivement pendant des semaines enti&#232;res, fascin&#233; par sa fantaisie et sa puissance sonore, mais aussi par le message qu'il porte, &#224; la fois tentateur et politiquement douteux. On pourrait le r&#233;sumer par ce passage : &#171; &lt;i&gt;Je veux &#234;tre consid&#233;r&#233; comme pacha / Je n'aurai plus d'obligations mais des propositions / Plus de contraintes.&lt;/i&gt; &#187; Au d&#233;but de ce tube en puissance, Stanislas Carmont, qui a &#233;crit les paroles et les chante avec poigne, parle de son grand-p&#232;re arm&#233;nien, qui lui aurait l&#233;gu&#233; &#171; &lt;i&gt;un livre sur [sa] famille, qui raconte l'histoire des grandes familles arm&#233;niennes&lt;/i&gt; &#187;, avant de clamer : &#171; &lt;i&gt;Je suis le descendant de princes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, je suis pas fan des &#171; princes &#187;, soyons clairs. Mais ce &#224; quoi &lt;i&gt;joue&lt;/i&gt; Stanislas dans ce morceau, c'est &#224; inverser l'injonction si macroniste &#224; la productivit&#233;. En assumant ce qui en lui crie paresse et en adoptant le costume de d&#233;miurge entour&#233; de serviteurs, il retourne l'image d'assist&#233; que prennent dans les dents toutes celles et ceux qui ne sont pas adapt&#233;s au rythme du march&#233;. Mais il sait bien qu'au fond le devenir &#171; pacha &#187; n'est pas une solution : &#171; &lt;i&gt;Ce serait une vie de r&#234;ve, sans l'&#234;tre vraiment &lt;/i&gt; &#187;, confie-t-il au t&#233;l&#233;phone. &#171; &lt;i&gt;On finirait par s'ennuyer, parce qu'on ne ferait rien. En pacha, je resterais chez moi &#224; gambader, rien d'autre. Ce serait pesant, pour moi comme pour les autres. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son aversion revendiqu&#233;e (en chanson comme en discours) des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et son c&#244;t&#233; feignasse du quotidien, il ne les relie pas &#224; son trouble, d'autant qu'il fait tant de choses dans la vie que &#231;a donne le tournis (musicien, donc, mais aussi com&#233;dien de th&#233;&#226;tre et de cin&#233;ma, et r&#233;dacteur pour le journal &lt;i&gt;Le Papotin&lt;/i&gt;) : &#171; &lt;i&gt;L'autisme n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans. Il y a plein de gens qui ont des manques de volont&#233;. Le truc c'est que j'arrive plus &#224; me bouger pour les choses que j'aime faire. Quand on doit accomplir des t&#226;ches d&#233;plaisantes, il y a quelque chose de n&#233;gatif qui s'impose &#224; vous, ce qu'il faut parfois d&#233;passer. J'ai honte quand je ne participe pas au m&#233;nage avec les autres com&#233;diens du Th&#233;&#226;tre du Cristal&lt;/i&gt;1&lt;i&gt;. Le prix de la r&#233;ussite, c'est aussi apprendre &#224; faire quelque chose qu'on n'aime pas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;crivant comme &#171; &lt;i&gt;un coll&#232;gue de travail&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;un artiste au talent fou&lt;/i&gt; &#187;, son &#171; accompagnateur &#187;, Christophe L'Huillier, d&#233;plore que le succ&#232;s du film &lt;i&gt;Un petit quelque chose en plus &lt;/i&gt;focalise l'attention sur son handicap : &#171; &lt;i&gt;Avec Ast&#233;r&#233;otypie, les gens le voient d'abord comme un musicien, ce qui est moins le cas dans les sollicitations m&#233;diatiques qui pleuvent sur lui en ce moment&lt;/i&gt; &#187;. Le groupe, dont il faut absolument &#233;couter en boucle les deux premiers albums, &lt;i&gt;Personne ne ressemble &#224; Brad Pitt dans la Dr&#244;me &lt;/i&gt;(2022) et &lt;i&gt;L'&#201;nergie positive des Dieux &lt;/i&gt;(2018), est n&#233; il y a treize ans dans un institut m&#233;dico-&#233;ducatif (IME) de Bourg-la-Reine o&#249; Christophe organisait des ateliers musicaux2. Il y a vite d&#233;couvert la cr&#233;ativit&#233; et la pulsation punko-&#233;l&#233;ctrique des pensionnaires du lieu, criant haut et fort dans leurs &#233;crits/cris que &#171; &lt;i&gt;la vie r&#233;elle est aga&#231;ante&lt;/i&gt; &#187;. Depuis, la formation3 fait son petit bonhomme de chemin, commence &#224; conna&#238;tre le succ&#232;s, voire la &lt;i&gt;hype&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Stanislas n'est pas d'accord avec Christophe sur les &#233;ventuels effets n&#233;gatifs de sa m&#233;diatisation : &#171; &lt;i&gt;Oui, parfois &#231;a me g&#234;ne un peu qu'on me parle de handicap en premier lieu, mais apr&#232;s je n'oublie pas qui je suis, mon identit&#233;. Le film &lt;/i&gt;Un petit quelque chose en plus&lt;i&gt; traite de ce sujet. Moi, je me reconnais en tant qu'autiste, et je n'ai pas envie de me d&#233;tacher compl&#232;tement de &#231;a : ce handicap a particip&#233; &#224; mon histoire, &#224; mon art, au combat que mes parents ont men&#233;, au chemin parcouru dans ma vie. C'est vrai que j'ai tr&#232;s souvent envie d'en sortir, que je ne veux pas &#234;tre frein&#233; par rapport aux gens neurotypiques, ordinaires. Mais &#231;a reste une marque importante de ma vie et un combat quotidien pour faire accepter la diff&#233;rence. &lt;/i&gt; &#187;
Et pour les amoureux transis d'Ast&#233;r&#233;otypie, &#224; l'image de votre serviteur, une bonne nouvelle : le groupe travaille sur un troisi&#232;me album. Fin juin 2024 est sorti un single intitul&#233; &#171; Que la biche soit en nous &#187;. La chanteuse Claire Ottaway y proclame notamment : &#171; &lt;i&gt;Dans les vergers des bois / Telle la chasseresse comme je me consid&#232;re / Je me sens inspir&#233;e d'un portrait / Sans comparaison / C'est la source de silence et de douceur / Si j'ai toujours les yeux de biche / Je me montrerai lucide et charitable / &#192; bramer au clair de lune dans cette lisi&#232;re paisible.&lt;/i&gt; &#187; Et le refrain retentissant de r&#233;p&#233;ter encore et encore, comme un mantra lib&#233;rateur : &#171; &lt;i&gt;Que la biche soit en moi / Avec le vol de chaque fl&#232;che chasseresse. &lt;/i&gt; &#187;
Dans ce temps n&#233;olib&#233;ral forcen&#233; o&#249; l'on clapote &#224; la tra&#238;ne de boussoles &#233;gar&#233;es, cette &#171; &lt;i&gt;fl&#232;che chasseresse &#187;&lt;/i&gt; est comme le r&#234;ve du &#171; &lt;i&gt;Pacha&lt;/i&gt; &#187;, un jet joyeux, une respiration, et un bon uppercut dans ce r&#233;el si d&#233;sastreux quand il se pique de normativit&#233; et s'enferme dans la peur de la diff&#233;rence, quelle qu'elle soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Que la biche soit en vous,&lt;/i&gt; et avec votre esprit.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Parole au &#171; Pacha &#187; &lt;/strong&gt; &lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; J'aimais &#233;norm&#233;ment mon grand-p&#232;re
C'&#233;tait quelqu'un de passionnant
Il connaissait par c&#339;ur l'histoire d'Arm&#233;nie
Je le surnommais Atabaille
Je porte sur moi le livre qu'il a &#233;crit
Un livre sur ma famille
Qui raconte l'histoire des grandes familles arm&#233;niennes.
Je suis le descendant de princes
Mon grand-p&#232;re &#233;tait diplomate
&#192; Johannesburg &#224; S&#227;o Paulo &#224; Alexandrie
Il n'aimait pas trop son p&#232;re
Mais il aimait beaucoup sa grand-m&#232;re
C'est le meilleur des grands-p&#232;res
Dans mes veines coule du sang royal, noble
Je sens l'h&#233;ritage d'Atabaille
Je ne suis pas comme vous
Je ne suis pas comme n'importe qui
Je viens d'une famille exceptionnelle
C'est pour &#231;a que je ne parle pas comme les autres de mon &#226;ge
Mais comme un historien
Je veux &#234;tre consid&#233;r&#233; comme pacha
Je veux &#234;tre consid&#233;r&#233; comme pacha
Je n'aurai plus d'obligations mais des propositions
Plus de contraintes
Je n'aurai pas &#224; faire la vaisselle, &#224; essuyer les assiettes
Je veux &#234;tre servi, je veux qu'on me lave
Que l'on remplisse mon bain
Je veux m&#234;me plus &#233;crire les SMS moi-m&#234;me
Je veux qu'on le fasse &#224; ma place
Qu'on me tienne le t&#233;l&#233;phone sur l'oreille
Je veux &#234;tre port&#233; par plusieurs servants Sans devoir marcher jusqu'&#224; l'avion Jusqu'&#224; la premi&#232;re classe
Je veux qu'on aille au McDo &#224; ma place
Pour me chercher ce que je d&#233;sire
J'aimerais &#234;tre un pacha en mode Pacha
Apportez-moi des g&#226;teaux
Emmenez-moi dans le jardin quand il fait beau
Pr&#233;parez-moi &#224; manger&#8230; tout de suite !
Coiffez-moi !
Habillez-moi !
Laissez-les entrer ce sont des amis
Pr&#233;parez le repas pendant que je discute avec eux
Je veux &#234;tre un pacha assis confortablement
Que l'on soit &#224; mon service, en mode pacha
JE VEUX, JE DOIS, JE VEUX &#202;TRE UN PACHA ! &#187; (x 22)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les for&#231;ats de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Les-forcats-de-la-telerealite</link>
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		<dc:date>2024-07-15T13:51:55Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Constance Vilanova</dc:creator>


		<dc:subject>Killian Pelletier</dc:subject>

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&lt;p&gt;Avec Vivre pour les cam&#233;ras : ce que la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; a fait de nous (JC Latt&#232;s, 2024.), Constance Vilanova signe une enqu&#234;te qui d&#233;monte le pr&#233;suppos&#233; selon lequel les candidats de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; seraient &#171; pay&#233;s &#224; rien foutre &#187;. Elle nous fait ici passer de l'autre c&#244;t&#233; du miroir pour r&#233;aliser que la flemme, mise en sc&#232;ne, est un travail &#233;reintant. Mars 2014. Une quinzaine de vingtenaires, affal&#233;s sur des transats sous un soleil &#233;crasant sud-am&#233;ricain. Certains corps huil&#233;s se rapprochent. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Killian-Pelletier" rel="tag"&gt;Killian Pelletier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Vivre pour les cam&#233;ras : ce que la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; a fait de nous &lt;/i&gt;(JC Latt&#232;s, 2024.), Constance Vilanova signe une enqu&#234;te qui d&#233;monte le pr&#233;suppos&#233; selon lequel les candidats de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; seraient &#171; pay&#233;s &#224; rien foutre &#187;. Elle nous fait ici passer de l'autre c&#244;t&#233; du miroir pour r&#233;aliser que la flemme, mise en sc&#232;ne, est un travail &#233;reintant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_ds_22_kpelletier_tele_1200px_1_.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH434/web_232_ds_22_kpelletier_tele_1200px_1_-199d4.jpg?1768685115' width='500' height='434' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Killian Pelletier
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ars 2014. Une quinzaine de vingtenaires, affal&#233;s sur des transats sous un soleil &#233;crasant sud-am&#233;ricain. Certains corps huil&#233;s se rapprochent. D'un c&#244;t&#233; de la terrasse, les micros bikinis cachent &#224; peine les poitrines boost&#233;es aux implants mammaires, de l'autre les shorts de bain fluo d&#233;voilent des plastiques bodybuild&#233;es et tatou&#233;es. Bienvenue sur NRJ12 dans la sixi&#232;me saison des &lt;i&gt;Anges de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de sayn&#232;te pullule dans des programmes comme &lt;i&gt;Les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Marseillais&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Villa des c&#339;urs bris&#233;s&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;Secret Story.&lt;/i&gt; La trame de ces &#233;missions ? Farniente autour de la piscine ou temps morts vautr&#233;s dans le canap&#233; gigantesque d'une villa luxueuse. Ces sc&#232;nes de paresse sont aux fondements de ce type de programme depuis &lt;i&gt;Loft Story &lt;/i&gt;(2001)&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; La toute premi&#232;re &#233;mission de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; fran&#231;aise nous a d'ailleurs offert LA sc&#232;ne de piscine. Diffus&#233;e en direct, on y voyait Loana en topless, et Jean-Edouard, se frottant ardemment l'un contre l'autre dans des remous chlor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;De l'ennui vint l'audimat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avant de se demander si les candidats sont de grosses feignasses, petite d&#233;finition de ces &#233;missions appartenant autrefois au registre des programmes &#171; d'enfermement &#187; et aujourd'hui &#171; de vie collective &#187;. &#192; l'aube des ann&#233;es 2010, ces t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;s inondent quotidiennement les cha&#238;nes de la TNT. Dans une maison de r&#234;ve, souvent &#224; l'&#233;tranger, des cam&#233;ras suivent une bande de jeunes qui encha&#238;nent des missions caritatives ou professionnelles. Avec&lt;i&gt; Les Anges de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; (2011) qui remet &#224; l'&#233;cran des vedettes vues dans d'autres programmes ou &lt;i&gt;Les Marseillais&lt;/i&gt; (2012) qui font cohabiter les plus gros st&#233;r&#233;otypes de &#171; la cit&#233; phoc&#233;enne &#187;, les personnages passent d'un programme, d'une cha&#238;ne &#224; une autre. Ils se professionnalisent. S'y ajoutent les &#233;missions de &lt;i&gt;dating &lt;/i&gt;comme &lt;i&gt;La Villa des c&#339;urs bris&#233;s, Les Princes et les princesses de l'amour&lt;/i&gt; ou des jeux comme le r&#233;cent &lt;i&gt;The Power. &lt;/i&gt;Les participants doivent remporter une s&#233;rie d'&#233;preuves, r&#233;ussir dans le domaine professionnel, rencontrer l'amour, etc. Mais ils doivent surtout se clasher et coucher entre eux. Et &#231;a cartonne niveau audience (1 million de t&#233;l&#233;spectateurs le 31 mars 2020, en plein confinement, pour &lt;i&gt;Les Marseillais aux Cara&#239;bes&lt;/i&gt;). Selon le CSA, ex-gendarme de l'audiovisuel, en 2021, l'ensemble de la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; de ce type sur une p&#233;riode de 10 ans et sur les sept cha&#238;nes qui les diffusent totalise 17 113 heures d'images&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; a 20 ans : &#233;volution et influence &#187;, Rapport du CSA, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les candidats de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; sont nourris, log&#233;s, blanchis pendant le tournage qui s'&#233;tale de 3 semaines &#224; 3 mois. Et selon leurs d&#233;tracteurs, ils seraient pay&#233;s &#224; rien foutre. &#171; &lt;i&gt;Cette image m&#233;prisante est une construction qui n'a rien &#224; voir avec ce qui se passe sur les tournages en termes de logistique,&lt;/i&gt; me raconte Maureen Lepers, docteure en cin&#233;ma et audiovisuel qui a lanc&#233; il y a deux ans &#224; la Sorbonne-Nouvelle &#224; Paris un cours consacr&#233; &#224; la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;.&lt;i&gt; Ces morceaux de farniente sont des choix des bo&#238;tes de production. Elles construisent une image de vie r&#234;v&#233;e, faite d'oisivet&#233;, pour des candidats issus de milieux populaires, qui se retrouvent dans ces maisons luxueuses &#224; profiter des vacances.&lt;/i&gt; &#187; Mais selon cette sp&#233;cialiste, ces moments o&#249; les participants &#171; &lt;i&gt;ne font rien&lt;/i&gt; &#187; permettent de faire avancer la narration : &#171; &lt;i&gt;Pendant ces temps d'attente, il y a des rapprochements romantiques, des d&#233;briefs. Si on occupe les candidats en permanence, ces r&#233;cits ne peuvent pas se d&#233;ployer.&lt;/i&gt; &#187; Et elle rappelle surtout : &#171; &lt;i&gt;Il y a un boulot monstre de la part des candidates pour trouver la bonne posture, les bons v&#234;tements, le bon maquillage, le bon angle pour rester &#224; l'image sans rien faire. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et oui, s'appr&#234;ter tous les jours, jouer des coudes pour attirer les cam&#233;ras et trouver la petite phrase qui sera reprise sur les r&#233;seaux sociaux, c'est un taf. Or, il a fallu attendre 2009 pour que la Cour de cassation consid&#232;re pour la premi&#232;re fois que des candidats de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; &#8211; &lt;i&gt;L'&#206;le de la tentation&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;poque &#8211; devaient &#234;tre li&#233;s &#224; la bo&#238;te de production qui les emploient par un contrat de travail et non par &#171; &lt;i&gt;un contrat de participation&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Candidat un m&#233;tier comme les autres &#187;, La revue des m&#233;dias, 17/03/ 2021.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;. Ils ont d&#233;sormais droit &#224; une heure de &#171; pause CSA &#187; sans &#234;tre film&#233;s et &#224; un jour &lt;i&gt;off&lt;/i&gt; par semaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S'&#233;puiser dans les temps morts&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Victoria Carayon Dufaye est directrice d'agence de casting. Elle a assist&#233; &#224; de nombreux tournages. Elle insiste sur le contraste entre cette fain&#233;antise aigu&#235; montr&#233;e &#224; l'&#233;cran et la charge de travail des candidats : &#171; &lt;i&gt;Sur un tournage, les rythmes sont tr&#232;s soutenus. Les candidats sont r&#233;veill&#233;s aux environs de 8 heures et les &#233;quipes d&#233;butent le tournage &#224; 9 heures. &#199;a tourne toute la journ&#233;e jusqu'&#224; minuit et il y a des interviews jusqu'&#224; 4 heures du matin.&lt;/i&gt; &#187; Ce sont les fameuses s&#233;quences dites du &#171; confessionnal &#187;, &lt;i&gt;gimmick&lt;/i&gt; face cam&#233;ra pendant lesquels les participants racontent leurs journ&#233;es. Victoria Carayon Dufaye estime que &#171; &lt;i&gt;m&#234;me si les candidats ne sont pas dans toutes les s&#233;quences, ils sont &#224; l'aff&#251;t et doivent &#234;tre disponible &#224; n'importe quel moment pour les sorties, interviews, activit&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur et doivent &#234;tre force de proposition&lt;/i&gt; &#187;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il faut de la mati&#232;re pour la bo&#238;te de production : une journ&#233;e de tournage correspond &#224; deux &#233;pisodes. Endurance donc, et manque de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Antoine Goretti, ex-candidat de t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233;, confirme. Il a particip&#233; &#224; trois programmes du genre : &lt;i&gt;10 couples parfaits, La Villa des c&#339;urs bris&#233;s 5&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Les Marseillais contre le reste du monde&lt;/i&gt;. Trois ans que ce trentenaire &#224; la gueule d'ange a quitt&#233; le milieu et multiplie les coups de gueule depuis son compte Instagram. Il me d&#233;crit des tournages&lt;i&gt; &#171; &#233;prouvant moralement avec une fourchette horaire comprise entre 9 h et minuit voire 2 heures du matin &#187;&lt;/i&gt;. Selon lui, ce qui &#233;puise ce sont &#171; &lt;i&gt;ces temps morts, entre les diff&#233;rentes activit&#233;s et l'installation des techniciens, du mat&#233;riel. Tu te retrouves &#224; attendre en bo&#238;te de nuit, &#224; devoir avoir l'air enjou&#233; en permanence, au max de ta sociabilit&#233;, et &#224; boire du Red Bull pour tenir la longueur.&lt;/i&gt; &#187;
Et &#231;a paye ? Rarement. Une poign&#233;e est parvenue &#224; se b&#226;tir un empire gr&#226;ce &#224; cette industrie. Certains paradent &#224; Duba&#239; o&#249; ils ont fui leurs obligations fiscales. Pour les autres, le cachet des participants s'&#233;tale entre 200 et 1000 euros la journ&#233;e, selon leurs notori&#233;t&#233;s. 200 euros la journ&#233;e de 15 heures minimum sous les cam&#233;ras ? C'est deux euros au-dessus du SMIC horaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Maureen Lepers, &#171; &lt;i&gt;le discours &#8220;ils sont pay&#233;s &#224; rien foutre&#8221; raconte le snobisme de ceux qui ne regardent pas ces programmes. Il traduit aussi un m&#233;pris de classe pour les candidats eux-m&#234;mes, souvent issus de milieux sociaux tr&#232;s pauvres qui incarnent tout un r&#233;seau de valeurs. Rappelons que le temps libre, l'oisivet&#233;, &#233;taient d&#233;fendus par le Front populaire. Dans le r&#233;gime n&#233;olib&#233;ral actuel, ce r&#233;seau de valeur a bascul&#233; dans le n&#233;gatif. D'un autre c&#244;t&#233;, les candidats sont devenus des figures d'auto-entrepreneurs au sens propre du terme : ils se vendent eux-m&#234;mes en tant que produit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici que la t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; marque une &#233;ni&#232;me victoire du n&#233;olib&#233;ralisme m&#233;diatique. Les mod&#232;les de vie ultra-capitalistes pr&#244;n&#233;s sont eux-m&#234;mes encha&#238;n&#233;s &#224; des contraintes professionnelles extr&#234;mes, tout en &#233;tant outrageusement mis en sc&#232;ne comme un m&#233;lange de feignasses ultimes et de grands vainqueurs du &lt;i&gt;game&lt;/i&gt; social. L'ali&#233;nation totale est dans le pr&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Constance Vilanova&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; La t&#233;l&#233;r&#233;alit&#233; a 20 ans : &#233;volution et influence &#187;, Rapport du CSA, janvier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Candidat un m&#233;tier comme les autres &#187;, &lt;i&gt;La revue des m&#233;dias&lt;/i&gt;, 17/03/ 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aux lopettes poil &#224; gratter du monde</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Aux-lopettes-poil-a-gratter-du</link>
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		<dc:date>2024-07-15T13:51:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jonas Schnyder</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#201;crit dans les ann&#233;es 2000 par Herv&#233; Brizon et r&#233;&#233;dit&#233; en 2023 par les &#233;ditions Terrasses, La vie r&#234;v&#233;e de sainte Tapiole est un roman d&#233;jant&#233; et jouissif, o&#249; minorit&#233;s sexuelles et marges d&#233;viantes prennent les armes contre le capitalisme h&#233;t&#233;ropatriarcal. Tout commence par la sc&#232;ne absurde d'un &#233;l&#233;phant qui s'&#233;chappe de son enclos pour d&#233;bouler furieusement sur le terrain de golf voisin et &#233;craser la t&#234;te de Loulette, enceinte de 7 mois et &#224; deux doigts de r&#233;ussir le trou n&#176; 9. L'enfant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no232" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;232 (juillet-ao&#251;t 2024)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;crit dans les ann&#233;es 2000 par Herv&#233; Brizon et r&#233;&#233;dit&#233; en 2023 par les &#233;ditions Terrasses, &lt;i&gt;La vie r&#234;v&#233;e de sainte Tapiole&lt;/i&gt; est un roman d&#233;jant&#233; et jouissif, o&#249; minorit&#233;s sexuelles et marges d&#233;viantes prennent les armes contre le capitalisme h&#233;t&#233;ropatriarcal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L225xH225/sans_titre-6c220.jpg?1768658403' width='225' height='225' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;La Terrasse
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;out commence par la sc&#232;ne absurde d'un &#233;l&#233;phant qui s'&#233;chappe de son enclos pour d&#233;bouler furieusement sur le terrain de golf voisin et &#233;craser la t&#234;te de Loulette, enceinte de 7 mois et &#224; deux doigts de r&#233;ussir le trou n&#176; 9. L'enfant na&#238;t sur place, sauv&#233; par un golfeur ricain qui l'adopte, avant de r&#233;aliser qu'&#233;lever un enfant n'est gu&#232;re compatible avec son envie de &#171; &lt;i&gt;se faire sauter [&#8230;] plusieurs fois par semaine&lt;/i&gt; &#187;. Ruth et Bertha, couple lesbien naturophile, l'emm&#232;nent grandir dans les C&#233;vennes. Ado, notre h&#233;ros, d&#233;j&#224; adepte du sexe &#171; &lt;i&gt;fa&#231;on guerre du feu, que Woody Allen&lt;/i&gt; &#187;, prend la route des marges parisiennes. De l&#224; d&#233;marrent les aventures jubilatoires de &lt;i&gt;La vie r&#234;v&#233;e de sainte Tapiole&lt;/i&gt; (Terrasses, 2023), seul roman d'Herv&#233; Brizon, &#233;dit&#233; une premi&#232;re fois en 2000 au rayon gay des &#233;ditions Balland.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite ? C'est comme si &lt;i&gt;La Cage aux folles&lt;/i&gt; montait une op&#233;ration chaos &#224; la &lt;i&gt;Fight club&lt;/i&gt;. Face aux violences du monde h&#233;t&#233;ro, tout un &#171; &lt;i&gt;ramassis de vieilles tapettes et de folles d&#233;glingu&#233;es&lt;/i&gt; &#187; cr&#233;e le &#171; &lt;i&gt;T.G.P., le Terrorisme Gouine et P&#233;d&#233;&lt;/i&gt; &#187; et pose des bombes dans les lieux de pouvoir ; un atout majeur dans leur manche : notre h&#233;ros d&#233;couvre rapidement qu'il peut voler dans les airs d&#232;s lors qu'il sniffe du &lt;i&gt;poppers&lt;/i&gt; et se fait enculer. Le TGP pi&#232;ge ensuite des ministres qui, honteux que leurs cachotteries sexuelles soient d&#233;voil&#233;es publiquement, se d&#233;noncent entre eux. S'ensuivent d&#233;missions, suicides et sc&#232;nes hilarantes d'un monde h&#233;t&#233;ro en perte de rep&#232;res. Mais l'h&#233;t&#233;ropatriarcat capitaliste r&#233;cup&#232;re la lutte pour en faire un &#171; &lt;i&gt;nouvel ordre moral&lt;/i&gt; &#187;. Il impose une &#171; &lt;i&gt;normalit&#233; officielle de l'homosexualit&#233;&lt;/i&gt; &#187; et lance une chasse aux sorci&#232;res contre nos &#171; &lt;i&gt;folles tordues, petits gros, gouines camionneuses, baiseurs &#233;tranges, tantes hors normes&lt;/i&gt; &#187;&#8230; De cette &#233;pop&#233;e d&#233;lirante, le message est clair : la marge devenue norme du pouvoir sera toujours oppressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est un roman important pour les marges queer gauchistes parce qu'il met en sc&#232;ne la partie la plus shlag et honnie des LGBTQI, celle qui est sale, g&#234;nante, incorrecte, &lt;/i&gt;raconte Antoine, membre des &#233;ditions&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;plus d'infos sur : terrasses.net.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; . &lt;i&gt;Notre objectif, c'est de lutter contre la gentrification &#8211; ou le &#8220;devenir cool&#8221; &#8211; des espaces de litt&#233;rature fragiles, parce que populaires, marginaux, r&#233;volutionnaires.&lt;/i&gt; &#187; Et cela passe par la publication de &#171; &lt;i&gt;r&#233;cits irr&#233;cup&#233;rables, inabsorbables&lt;/i&gt; &#187; qui, &#224; l'image de sainte Tapiole, parlent des minorit&#233;s sexuelles r&#233;volutionnaires en lutte, non pas pour leur communaut&#233;, mais pour tout le monde. Au centre du viseur de cette fiction, on retrouve autant la &#171; normalit&#233; gay &#187; (&#171; &lt;i&gt;D'une main vous graisser la queue qui va vous mettre et [&#8230;] de l'autre vous serrez la main de la police qui nous pourchasse &lt;/i&gt; &#187;) que le monde h&#233;t&#233;ropatriarcal &#8211; aussi fascisant qu'ennuyeux. Une attaque radicale autant qu'un message d'amour : &#171; &lt;i&gt;Notre souhait &#233;tait bel et bien l'instauration d'une quatri&#232;me dimension, celle des tordus en tout genre, des obs&#233;d&#233;s du cul, des folles du silicone, des brouteuses de minou. Un monde d'&#233;lectrons libres et d&#233;glingu&#233;s, sans r&#233;f&#233;rence aucune &#224; quelconque &#233;cole ou id&#233;ologie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Jonas Schnyder&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;plus d'infos sur : &lt;a href=&#034;https://terrasses.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;terrasses.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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