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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'&#201;tat dynamite notre bien commun &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-Etat-dynamite-notre-bien-commun</link>
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		<dc:date>2023-01-12T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Godin, Fr&#233;d&#233;ric Peylet, Jonas Schnyder, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Th&#233;o Bedard</dc:subject>
		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ils sont pompier volontaire, agent forestier, infirmi&#232;re ou encore conseill&#232;re P&#244;le emploi. Toutes et tous subissent de plein fouet les coupes budg&#233;taires, le manque de moyens humains, voire le management violent. En somme, le d&#233;litement du service public pour lequel ils triment. Verbatim. &#192; P&#244;le emploi : &#171; J'ai l'impression de travailler dans une bo&#238;te priv&#233;e &#187; Alice* est conseill&#232;re dans une agence P&#244;le emploi du nord-ouest de la France. Salari&#233;e depuis 2008, elle observe au quotidien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Theo-Bedard" rel="tag"&gt;Th&#233;o Bedard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ils sont pompier volontaire, agent forestier, infirmi&#232;re ou encore conseill&#232;re P&#244;le emploi. Toutes et tous subissent de plein fouet les coupes budg&#233;taires, le manque de moyens humains, voire le management violent. En somme, le d&#233;litement du service public pour lequel ils triment. Verbatim.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_theobed_2_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/web_215_theobed_2_1200px-2-0470e.jpg?1779603066' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; P&#244;le emploi : &#171; J'ai l'impression de travailler dans une bo&#238;te priv&#233;e &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alice* est conseill&#232;re dans une agence P&#244;le emploi du nord-ouest de la France. Salari&#233;e depuis 2008, elle observe au quotidien le d&#233;litement de ce service public qui fait les frais de la politique du chiffre et de la num&#233;risation &#224; marche forc&#233;e.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; P&#244;le emploi, c'est un service qui se d&#233;grade de plus en plus. Notamment du fait de la d&#233;mat&#233;rialisation et de la num&#233;risation qui rendent nos services de moins en moins accessibles &#224; certains usagers. Souvent, ce sont ceux qui ont le plus besoin de nous qui en font les frais. Les usagers qui ne ma&#238;trisent pas les outils num&#233;riques ou qui n'y ont pas acc&#232;s doivent alors se rendre en agence. Sauf que maintenant, les agences sont ferm&#233;es au public les apr&#232;s-midi. Pour pallier les probl&#232;mes engendr&#233;s par la num&#233;risation, on nous dit qu'il existe les maisons France services, cens&#233;es aider les personnes &#224; s'orienter sur le site des imp&#244;ts, sur celui de la CAF, de la S&#233;cu, de P&#244;le emploi... Mais &#231;a devrait &#234;tre une partie de notre travail &#224; nous les conseillers, pas celui de gens form&#233;s &#224; la va-vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des salari&#233;s, la num&#233;risation a des cons&#233;quences directes sur les conditions de travail. Il y a de plus en plus de tentatives d'automatisation des services, que &#231;a soit par l'&#233;laboration d'un syst&#232;me de r&#233;ponse automatique aux mails envoy&#233;s par les usagers ou par le calcul des indemnisations, qui est fait int&#233;gralement par des ordinateurs. Le probl&#232;me, c'est qu'outre le fait que cette num&#233;risation pourrait au final justifier qu'on n'ait plus besoin de nous, ces automatisations ne sont pas toujours efficaces. Au contraire, elles ont tendance &#224; d&#233;sorganiser les services, ce qui a pour cons&#233;quence de nous ajouter une charge de travail suppl&#233;mentaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La maltraitance qu'on subit finit forc&#233;ment par rejaillir sur les usagers &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les usagers font aussi les frais de l'exigence de rendement, qui prime de plus en plus sur la qualit&#233; du service que l'on propose. L'id&#233;e, c'est que les gens retrouvent du travail, et vite. Les priorit&#233;s ont chang&#233; : aujourd'hui, on nous demande de r&#233;pondre aux offres d'emploi sans tenir compte du parcours des usagers. L'&#233;laboration d'un projet professionnel personnel est devenu secondaire. C&#244;t&#233; salari&#233;s, cette politique du chiffre a aussi un vrai impact. Actuellement, quand tu es conseiller P&#244;le emploi, tu es observ&#233; dans ta pratique, et si &#231;a ne colle pas avec ce qu'ils veulent, il y a des conduites harcelantes, des pressions. Certains ne tiennent pas : il y a des cas de suicides &#224; P&#244;le emploi. Pour ma part, aujourd'hui, j'ai l'impression de travailler dans une bo&#238;te priv&#233;e. Derni&#232;rement, on a eu ce qu'ils appellent un &#8220;webinaire&#8221;, avec le directeur g&#233;n&#233;ral et son adjoint, pendant lequel ils nous ont fait comprendre que si on n'&#233;tait pas contents, on n'avait qu'&#224; partir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure actuelle, je suis inqui&#232;te pour P&#244;le emploi, mais aussi pour les autres services publics o&#249; les souffrances au travail sont assez similaires : j'ai l'impression qu'on est tous manag&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on et que la maltraitance qu'on subit finit forc&#233;ment par rejaillir sur les usagers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute la multiplication des plans nationaux. Le fait de multiplier les r&#233;formes &#233;puise tout le monde. On passe notre temps &#224; apprendre pour d&#233;sapprendre, pour ensuite refaire autrement. Et on ne suit plus. La derni&#232;re r&#233;forme ch&#244;mage &lt;i&gt;[celle de 2021]&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; un casse-t&#234;te pour les conseillers indemnisation. Et la prochaine arrive&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La droitisation de la soci&#233;t&#233; se ressent jusque dans l'h&#244;pital &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rebecca* est infirmi&#232;re aux urgences du CHU de Toulouse depuis cinq ans. Elle pointe du doigt la d&#233;gradation de l'acc&#232;s au soin, qui touche de fa&#231;on particuli&#232;rement dure la psychiatrie et impacte les patients les plus pr&#233;caires.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au CHU de Toulouse, j'ai eu de la chance : j'ai assez rapidement d&#233;pass&#233; la case CDD pour devenir stagiaire puis titulaire de la fonction publique. Aujourd'hui, mes nouveaux coll&#232;gues sont essentiellement embauch&#233;s en CDI &lt;i&gt;[contrat de droit priv&#233;]&lt;/i&gt;. La direction avance que c'est moins pr&#233;caire &#8211; ce n'est pas faux, &#233;videmment, mais &#231;a permet surtout d'embaucher moins de nouveaux fonctionnaires. C'est une attaque &#233;vidente contre ce statut qui reste bien plus avantageux, donne droit &#224; la s&#233;curit&#233; de l'emploi et &#224; diff&#233;rentes primes. Ceci dit, dans mon service, les filles semblent encore parvenir &#224; se faire titulariser assez facilement, mais il semble que ce ne soit d&#233;j&#224; plus le cas partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s mon arriv&#233;e, j'ai pu constater le manque de lits, de personnel&#8230; Depuis, l'acc&#232;s au soin s'est encore d&#233;grad&#233;. C'est surprenant pour une agglom&#233;ration de cette importance, mais Toulouse est un d&#233;sert m&#233;dical. Il peut &#234;tre tr&#232;s long d'obtenir un rendez-vous chez le m&#233;decin, et les personnes qui n'en obtiennent pas se rabattent sur les urgences, ce qui aggrave encore un peu plus la situation.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Cette id&#233;e qu'on accepte tout le monde &#224; l'h&#244;pital public est fausse &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On parle du manque chronique de moyens, mais je constate aussi les cons&#233;quences de la droitisation de la soci&#233;t&#233;, qui se ressent jusque dans l'h&#244;pital. Les &#8220;valeurs&#8221; du service public se perdent. J'entends de plus en plus de coll&#232;gues reprendre ce discours m&#233;diatique qui pr&#233;tend que les gens se d&#233;placent pour rien aux urgences. Sauf que ce n'est pas vrai ! L&#224; o&#249; la situation est la plus terrible, c'est pour les personnes en grande pr&#233;carit&#233;. Il y a quelques mois, un SDF d'une cinquantaine d'ann&#233;es est arriv&#233; aux urgences. On lui a d&#233;couvert un cancer du poumon. Habituellement, on envoie le patient au service pneumologie d'un autre h&#244;pital pour une exploration fonctionnelle respiratoire et la mise en place d'un traitement. Mais l&#224;, le service en question l'a tout bonnement refus&#233;. &#201;tant sans logement, ce qui exclut de fait toute hospitalisation &#224; domicile, il aurait occup&#233; un lit trop longtemps &#224; leurs yeux&#8230; C'&#233;tait la premi&#232;re fois que je voyais &#231;a ! Heureusement, on a finalement trouv&#233; une solution de secours, mais tout cela reste au bon vouloir du chef de service. Si on ne s'occupe pas de ces personnes en grande difficult&#233;, qui va le faire ? Ils ne peuvent pas aller en clinique ! Cette id&#233;e qu'on accepte tout le monde &#224; l'h&#244;pital public est fausse, il y a un tri qui est fait et ce sont les plus pauvres qui sont les premiers p&#233;nalis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point noir, c'est vraiment la psychiatrie. Je vois de plus en plus de situations aberrantes o&#249; les soignants des urgences psychiatriques sont oblig&#233;s de refuser des patients qu'on doit accueillir chez nous. Sans compter le nombre de personnes qui devraient &#234;tre hospitalis&#233;es et qu'on renvoie chez elles ou &#224; la rue, faute de place. Une fois, on a gard&#233; un patient en attente d'hospitalisation pendant une semaine pour finalement devoir le laisser sortir. Comme si, d'un coup, il ne pr&#233;sentait plus de risque suicidaire. Une psychiatre m'a r&#233;cemment avou&#233; qu'elle avait vingt patients, des cas graves, attendant pour un &#8220;secteur ferm&#233;&#8221;, c'est-&#224;-dire une hospitalisation sous contrainte. Mais elle n'avait que deux places disponibles. Elle appelait tous les jours l'ARS &lt;i&gt;[l'Agence r&#233;gionale de sant&#233;]&lt;/i&gt; pour qu'ils ouvrent des places, sans que rien ne bouge. L&#224; encore, ceux qui en font les frais, ce sont les grands pr&#233;caires, les sans-papiers, les gens qui n'ont rien pour se d&#233;fendre, pas de famille pour pousser derri&#232;re et exiger une hospitalisation. C'est l'une des grandes raisons pour lesquelles je vais bient&#244;t quitter les urgences pour un autre service. &#199;a me touche trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est tr&#232;s dure alors que nous sommes un des rares services d'urgences en France, si ce n'est le seul, &#224; avoir r&#233;cemment gagn&#233; du personnel : 26 cr&#233;ations de postes en trois ans. Mais on les a arrach&#233;s, ces postes ! Fin 2019 et l'&#233;t&#233; dernier, on a men&#233; des gr&#232;ves dures, entra&#238;nant la fermeture des urgences sur plusieurs journ&#233;es. On n'a pas &#233;t&#233; trop soutenus par les m&#233;decins, mais 100 % du personnel param&#233;dical &#8211; infirmi&#232;res et aides-soignantes &#8211; a suivi le mouvement ! La direction a d&#251; c&#233;der, mais nous le fait payer aujourd'hui. Clairement, elle veut &#233;viter &#224; tout prix qu'il y ait une troisi&#232;me gr&#232;ve : des sanctions disciplinaires ont &#233;t&#233; prononc&#233;es contre dix coll&#232;gues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_theobed_1_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH360/web_215_theobed_1_1200px-2-c0f86.jpg?1779603067' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &#199;a met en danger autant la population que les soldats du feu &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En France, aux c&#244;t&#233;s des pompiers professionnels, fonctionnaires des collectivit&#233;s territoriales, 80 % des pompiers sont volontaires, d&#233;fray&#233;s &#224; la vacation horaire. L&#233;o*, l'un d'eux, nous raconte les cons&#233;quences du manque de moyens mat&#233;riels, humains et financiers.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La s&#233;cheresse est l&#224;, tout le monde en parle depuis le d&#233;but de l'&#233;t&#233;, mais cela fait quelques ann&#233;es d&#233;j&#224; que le probl&#232;me se r&#233;p&#232;te. Seulement voil&#224;, en tant que pompier volontaire, je suis confront&#233; &#224; un probl&#232;me ant&#233;rieur, celui de la s&#233;cheresse financi&#232;re. Les caisses &#233;taient &#224; sec bien avant les nappes phr&#233;atiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ma&#238;tre-mot &#233;grain&#233; partout du &#8220;faire plus avec moins&#8221; existe aussi chez les sapeurs-pompiers. Il faut rogner les budgets. Pour les pompiers, &#231;a signifie : fermeture de casernes, diminution des effectifs de garde, engins vieillissants, primes refus&#233;es, salaires fig&#233;s, recrutement de professionnels au compte-gouttes et suppressions de postes, d&#233;parts en retraite non remplac&#233;s&#8230; Tout &#231;a reste difficile &#224; quantifier. Selon le vice-pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration nationale des sapeurs-pompiers de France, ces vingt derni&#232;res ann&#233;es, on aurait perdu pr&#232;s de 30 000 sapeurs-pompiers volontaires et plus de 1 300 casernes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les gens sont exc&#233;d&#233;s, les pompiers &#233;puis&#233;s, les permanenciers insult&#233;s, tout le monde se tend &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans les trois plus grosses casernes des Bouches-du-Rh&#244;ne en termes d'interventions et d'effectifs &#8211; Aix-en-Provence, Aubagne et Arles &#8211;, il manque chaque jour plusieurs agents de garde. Dans les faits, cela veut dire qu'une ambulance ne partira pas car aucun pompier ne sera disponible, ou qu'un fourgon incendie prendra la route avec quatre intervenants plut&#244;t que six. Les gens sont exc&#233;d&#233;s, les pompiers &#233;puis&#233;s, les permanenciers insult&#233;s, tout le monde se tend. Cela met en danger autant la population que les soldats du feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout est li&#233;. Quand les services d'urgences hospitaliers sont ferm&#233;s, quand les services sociaux sont d&#233;bord&#233;s et que les cabinets m&#233;dicaux sont pleins &#224; craquer, les pompiers ont plus d'interventions consid&#233;r&#233;es comme &#8220;injustifi&#233;es&#8221;, au sens o&#249; ils remplissent alors des missions qui ne sont pas les leurs, avec des d&#233;lais de transit plus longs vers les h&#244;pitaux ouverts, pour une fatigue du personnel plus importante. On en vient &#224; se substituer aux autres services, tout le monde y perd. Et tout cela &#224; cause d'un simple manque de moyens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout en France, des centres de secours prennent l'eau, sont exigus, v&#233;tustes. Si certains d&#233;partements plus riches que d'autres peuvent se payer des camions &#224; 600 000 euros, beaucoup n'ach&#232;tent que du &#8220;seconde main&#8221; ou du polyvalent : un engin pour trois missions diff&#233;rentes plut&#244;t que trois engins sp&#233;cialis&#233;s. Des camions qui vieillissent et ne sont pas remplac&#233;s deviennent dangereux. Je repense &#224; mes trois coll&#232;gues h&#233;raultais&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ao&#251;t 2016, un v&#233;hicule avec quatre pompiers &#224; bord a &#233;t&#233; pris au pi&#232;ge (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un exemple dramatique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fais partie des volontaires, ceux qui repr&#233;sentent pr&#232;s de 80 % des effectifs fran&#231;ais de sapeurs-pompiers. Je tiens &#224; le rester, mais je soutiens aussi l'embauche de professionnels. Pour d&#233;fendre cette cause, nous &#233;tions 10 000 pompiers en 2019 dans les rues de Paris. &#192; d'autres moments, ils &#233;taient des milliers de soignants et membres du personnel hospitalier, de profs, de cheminots, de postiers, etc. La grogne est partout. Combien de temps encore laisserons-nous l'&#201;tat dynamiter notre bien commun ? Les services d'urgence sont en danger, et vous aussi&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'ONF : &#171; On nous impose une logique commerciale &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Philippe Canal est agent forestier dans la Ni&#232;vre depuis 1995. Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral adjoint du SNUPFEN Solidaires, le syndicat majoritaire &#224; l'Office national des for&#234;ts (ONF), il alerte sur le d&#233;ficit de moyens humains, qui met en danger la population comme la plan&#232;te.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ONF, c'est un maillage territorial unique. On prot&#232;ge et met en valeur les for&#234;ts publiques domaniales, soit 10 % du massif forestier fran&#231;ais. &#192; cela s'ajoutent des interventions sur les for&#234;ts communales. On est partout o&#249; il y a de la for&#234;t, de la moindre vall&#233;e inhabit&#233;e de montagne &#224; la &#8220;diagonale du vide&#8221;, cette ligne qui va du Massif central aux Ardennes. Des coins o&#249; l'exode rural a &#233;t&#233; le plus fort. On fait un travail vital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La for&#234;t a de plus en plus besoin de protection avec le bouleversement climatique et les agressions qu'elle subit, surtout les incendies. Sauf que pendant ce temps, on nous enl&#232;ve progressivement tous les moyens d'intervenir, humains et mat&#233;riels. Malgr&#233; notre volont&#233;, on n'arrive plus &#224; &#234;tre sur tous les fronts. Pourtant notre travail b&#233;n&#233;ficie &#224; tout le monde : dans les montagnes, on travaille &#224; fixer les versants et pr&#233;venir les avalanches ; sur le littoral on fixe les dunes c&#244;ti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224;, notre financement est assur&#233; en grande partie par la vente du bois extrait des for&#234;ts, et comme ces recettes &#8220;commerciales&#8221; sont chroniquement insuffisantes, l'&#201;tat contraint l'ONF &#224; r&#233;duire ses effectifs : en vingt ans, on est pass&#233;s de 12 000 salari&#233;s &#224; environ 8 000 aujourd'hui. Tous nos probl&#232;mes viennent de l&#224;. La taille de la for&#234;t n'a pas r&#233;duit, elle. Les arbres continuent de pousser, les missions de protection n'ont pas chang&#233;, les for&#234;ts requi&#232;rent toujours la m&#234;me attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces moyens humains qui font d&#233;faut, c'est une surcharge de travail pour tous. On est toujours sur les routes, &#224; courir en permanence, et &#224; l'instar des soignants avec les malades, on a moins de temps &#224; consacrer au soin des arbres. C'est profond&#233;ment d&#233;moralisant, et on y consacre bien plus d'heures que celles qu'on nous paye&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; On veut faire du &#8220;beau&#8221; travail, dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, pas faire du kiloeuros &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On ne comprend plus : on veut faire du &#8220;beau&#8221; travail, dans l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, pas faire du kiloeuros ou atteindre des objectifs financiers. On nous impose une logique commerciale : &#8220;&lt;i&gt;Faut rentrer de l'argent&lt;/i&gt;&#8221;&#8230; Tous les jours, on cherche &#224; nous mettre dans le cr&#226;ne que le but, c'est &#233;quilibrer le budget, d&#233;gager des marges b&#233;n&#233;ficiaires. C'est une perte de sens totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors cet &#233;t&#233;, oui, il y a eu un &#233;lectrochoc. Des incendies en Provence-Alpes-C&#244;te d'Azur ou en Aquitaine, il y en a toujours eu, mais des villages du Jura, de Bretagne ou de Normandie en alerte incendies, l&#224; ce n'est plus pareil. Tout &#231;a ne fait que confirmer les alertes qu'on lance depuis des ann&#233;es : avec le r&#233;chauffement climatique, le risque incendie concerne d&#233;sormais la moiti&#233; des communes de France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le S&#233;nat, pas vraiment favorable aux services publics, s'est empar&#233; du sujet en demandant que les r&#233;ductions d'effectif pr&#233;vues d'ici 2025 (500 postes concern&#233;s) soient suspendues. Ils sont juste rattrap&#233;s par le r&#233;el : leur credo habituel du &#8220;trop de fonctionnaires&#8221; ne tient plus la route. Les ministres de tutelle ont suivi cette recommandation et annonc&#233; que le contrat &#201;tat/ONF allait &#234;tre ren&#233;goci&#233;. On va voir&#8230; On se m&#233;fie, on sait ce qu'on doit aux gouvernements successifs, de tous bords politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un d&#233;but d'inflexion, mais nous on veut des cr&#233;ations de postes. Pas seulement pour que nos conditions de travail s'am&#233;liorent, mais parce que c'est d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. En Bourgogne, o&#249; j'officie, il faut prendre le risque incendie &#224; bras le corps, tout de suite : surveiller la for&#234;t, fermer des massifs si n&#233;cessaire, pr&#233;venir les citoyens sur le terrain. C'est du boulot, et on n'est juste pas en capacit&#233; de l'assumer. M&#234;me un pr&#233;fet, celui de la zone de d&#233;fense et de s&#233;curit&#233; Sud, a tanc&#233; le ministre de l'Int&#233;rieur sur le mode : &#8220;&lt;i&gt;Non, mais attendez, il y a de moins en moins d'agents forestiers, donc le risque incendie, ce n'est pas une priorit&#233; ?&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le public ne voit pas les emplois perdus : la for&#234;t est l&#224;, on s'y prom&#232;ne, tout va bien. Mais derri&#232;re le d&#233;cor, il y a un travail invisible, d'entretien, de pr&#233;servation de la biodiversit&#233;. La for&#234;t, c'est un amortisseur climatique, qui stocke 20 % de nos &#233;missions de carbone, et un brumisateur g&#233;ant. L'&#233;t&#233;, il y fait entre 5 et 10&#176;C de moins que sur les terres agricoles. Si elle est en mauvaise sant&#233;, si elle br&#251;le, elle ne remplit plus sa fonction. Face &#224; toutes les urgences sociales qu'il y a ailleurs, il n'est pas simple d'alerter &#224; ce sujet, mais c'est une mission primordiale. D'autant que ce n'est m&#234;me plus une question de long terme : l&#224;, on est sur du moyen, voire du court terme&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Beno&#238;t Godin, Tiphaine Gu&#233;ret, Fr&#233;d&#233;ric Peylet et Jonas Schnyder&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4933 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_theobed_3_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH319/web_215_theobed_3_1200px-2-919fa.jpg?1779603067' width='500' height='319' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En ao&#251;t 2016, un v&#233;hicule avec quatre pompiers &#224; bord a &#233;t&#233; pris au pi&#232;ge des flammes. Sur les trois bless&#233;s gri&#232;vement, le plus gravement touch&#233; (br&#251;l&#233; &#224; plus de 90 %) est d&#233;c&#233;d&#233;. L'enqu&#234;te a conclu que le camion, inadapt&#233;, &#233;tait &#224; l'origine du drame. En calant, il a emp&#234;ch&#233; le d&#233;clenchement du syst&#232;me d'autoprotection.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Supplique contre la b&#233;tonisation de S&#232;te</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Supplique-contre-la-betonisation</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Supplique-contre-la-betonisation</guid>
		<dc:date>2023-01-12T22:54:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>F&#233;cile, Kostik, Seb 7 &amp; Vanush</dc:creator>


		<dc:subject>Slevenn</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Situ&#233;e au c&#339;ur de la ville de S&#232;te, la place Aristide-Briand est menac&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es par un projet de parking souterrain. Cr&#233;&#233; en 2021, le collectif Bancs publics est en lutte contre l'imposition d'un r&#233;am&#233;nagement jug&#233; &#233;cocidaire et aberrant. C'&#233;tait dans mon programme &#187; est &#224; peu pr&#232;s le seul argument de Fran&#231;ois Commeinhes, maire divers droite de S&#232;te depuis plus de 21 ans, pour d&#233;fendre son projet de parking sous la place Aristide-Briand. Avec un co&#251;t estim&#233; de dix &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Slevenn" rel="tag"&gt;Slevenn&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Situ&#233;e au c&#339;ur de la ville de S&#232;te, la place Aristide-Briand est menac&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es par un projet de parking souterrain. Cr&#233;&#233; en 2021, le collectif Bancs publics est en lutte contre l'imposition d'un r&#233;am&#233;nagement jug&#233; &#233;cocidaire et aberrant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4962 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_slevenn_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/web_215_slevenn_1200px-65ea2.jpg?1779603069' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;lettriene&gt;C'&lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#233;tait dans mon programme&lt;/i&gt; &#187; est &#224; peu pr&#232;s le seul argument de Fran&#231;ois Commeinhes, maire divers droite de S&#232;te depuis plus de 21 ans, pour d&#233;fendre son projet de parking sous la place Aristide-Briand. Avec un co&#251;t estim&#233; de dix &#224; quatorze millions d'euros pour plus de 300 places sur plusieurs niveaux, celui-ci menace une place embl&#233;matique du centre-ville, un lieu de passage et de brassage populaire, de march&#233;s et de brocantes, ombrag&#233; par plus de 70 tilleuls argent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;e est sortie des tiroirs en 2018 dans le cadre du programme &#171; C&#339;ur de Ville &#187;, c'est le 3 d&#233;cembre 2021 que le maire annonce, lors d'une r&#233;union publique d'information, le d&#233;but des travaux pour janvier 2022. Au menu de cette soir&#233;e : des plans plus que sommaires, des permis de construire en cours d'instruction, et une absence de consultation de la population, l'adjoint au maire affirmant lui-m&#234;me qu'il s'agit non pas &#171; &lt;i&gt;de d&#233;battre s'il faut ou pas le faire, mais de comment on va le faire &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; S&#232;te : r&#233;union houleuse autour de la pr&#233;sentation du parking (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;. C'est en sortant de cette r&#233;union houleuse que Bancs publics, un collectif rapidement constitu&#233; en association, d&#233;cide de lutter activement contre ce projet aberrant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Actions populaires et lutte juridique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette soir&#233;e, l'association d&#233;cide de nourrir le rapport de force avec la mairie en utilisant tous les moyens l&#233;gitimes &#224; sa disposition. Une p&#233;tition circule pour r&#233;colter le plus de signatures possible, la place est occup&#233;e par une permanence d'information quasi quotidienne, une r&#233;union publique hebdomadaire est organis&#233;e les samedis matin, souvent accompagn&#233;e de performances artistiques. D'autres actions sont men&#233;es pour intervenir lors des conseils municipaux et intercommunautaires. Elles se soldent syst&#233;matiquement par une fin de non-recevoir, un accueil s&#233;curitaire disproportionn&#233; et des propos m&#233;prisants du maire (&#171; &lt;i&gt;Avec ce genre de personnages, moi je ne fais pas d'apaisement&lt;/i&gt; &#187;) ou de ses adjoints, parlant &#171; &lt;i&gt;des macaques de Bancs publics&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant l'&#233;t&#233; 2022, la mairie produit une s&#233;rie de permis de d&#233;molir, construire, reconstruire et autres d&#233;clarations pr&#233;alables de travaux et, en septembre, attaque les travaux manu militari. La place est contr&#244;l&#233;e par la police municipale, aid&#233;e de la police nationale, pour faire face aux activistes qui tentent de s'opposer &#224; la pose de palissades tout autour. En vain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs recours et r&#233;f&#233;r&#233;s sont d&#233;pos&#233;s pour stopper le chantier, mais les travaux sont lanc&#233;s sans attendre aucune d&#233;cision de justice. Quand celle-ci tombe, il est trop tard pour le kiosque &#224; musique du xix&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, mais pas pour les arbres, qui ne peuvent &#234;tre enlev&#233;s sans une d&#233;rogation pr&#233;fectorale. Malgr&#233; la d&#233;cision du tribunal administratif de suspendre temporairement la transplantation des arbres, le reste du chantier continue, et la lutte aussi. Le 25 octobre dernier, plus de 400 personnes ont rejoint la r&#233;union publique organis&#233;e par Bancs publics pour discuter du projet, parler urbanisme et mesurer l'ampleur du d&#233;sastre &#233;cologique et social &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Menaces sur l'eau et les arbres&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La place Aristide-Briand se trouve au-dessus d'un aquif&#232;re karstique, une sorte d'&#233;norme &#233;ponge gorg&#233;e d'eau, compos&#233; d'un r&#233;seau complexe d'alv&#233;oles qui communiquent entre elles, et qui repr&#233;sente la principale ressource en eau propre du bassin de Thau. Le fait d'y creuser un trou pour y couler du b&#233;ton risque de mettre en danger ce syst&#232;me en &#233;quilibre. Et r&#233;aliser le fond du niveau bas du parking impliquerait un pompage d'un volume d'eau tel qu'il pourrait d&#233;passer les seuils admis pour obtenir une dispense d'&#233;tude d'impact environnemental.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le fait d'y creuser un trou pour y couler du b&#233;ton risque de mettre en danger ce syst&#232;me en &#233;quilibre&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En surface, les tilleuls argent&#233;s profitent de cette eau abondante, qui les rend r&#233;sistants &#224; la s&#233;cheresse, et grandissent sans &#234;tre arros&#233;s. Plant&#233;s il y a seulement cinq ans, ils rafra&#238;chissent un centre-ville de b&#233;ton qui, comme partout ailleurs, subit l'air pollu&#233;, les &#238;lots de chaleur et les canicules extr&#234;mes engendr&#233;es par le d&#233;r&#232;glement climatique. Selon des botanistes pr&#233;sents lors d'une des r&#233;unions, l'action de &#171; d&#233;plantation-replantation &#187; pr&#233;vue pour la construction du parking verrait survivre, &#224; terme, moins de 50 % des arbres. Ces tilleuls &#233;tant qualifi&#233;s d'&#171; alignement d'arbres &#224; pr&#233;server &#187;, la mairie doit modifier le Plan local d'urbanisme (PLU) et pr&#233;senter une mesure compensatoire pour obtenir une d&#233;rogation pr&#233;fectorale. Mais pour elle, c'est une occasion en or de tenter de verdir son projet : en lieu et place des 76 tilleuls &#173;argent&#233;s, ce sont bien 120 arbres qui seront replant&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant la d&#233;cision de justice, la mairie promet une ville &#171; apais&#233;e &#187;, une place restaur&#233;e et arbor&#233;e, tente de faire oublier que son projet de parking va favoriser la voiture en ville et que les arbres ne poussent pas sur des tonnes de b&#233;ton. Selon l'association Bancs publics, c'est aussi l'occasion de faire oublier les infiltrations d'eau dans le deuxi&#232;me sous-sol du parking Victor-Hugo, la destruction de la salle Georges-Brassens pour agrandir le parking des Halles, ou encore l'abatage de 120 cypr&#232;s en juin dernier pour cr&#233;er&#8230; une voie verte !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;M&#233;pris du pouvoir et favoritisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; S&#232;te, malgr&#233; trois parkings payants en centre-ville, rarement pleins (plus d'un millier de places), et plus de 3000 places gratuites aux entr&#233;es de ville, la circulation reste probl&#233;matique, surtout en &#233;t&#233;. En ne d&#233;veloppant pas les transports publics et les mobilit&#233;s douces, au profit d'un &#233;ni&#232;me parking payant, la commune contraint toujours plus les riverain&#183;es &#224; payer leur stationnement. Un budget quotidien qui n'est pas &#224; la port&#233;e de tou&#183;tes dans une ville o&#249;, selon les chiffres 2019 de l'Insee, le taux de pauvret&#233; s'&#233;l&#232;ve &#224; 24 % et le ch&#244;mage &#224; 21 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la mairie, on ne conna&#238;t pas les m&#234;mes soucis d'argent. En octobre 2022, Fran&#231;ois Commeinhes, &#233;galement pr&#233;sident de l'agglom&#233;ration depuis 2014, est soup&#231;onn&#233; de d&#233;tournements de fonds publics suffisamment graves pour que le parquet requi&#232;re une peine de cinq ans d'in&#233;ligibilit&#233;, douze mois de prison avec sursis et une amende de 144 000 euros &#224; son encontre &#8211; verdict le 12 d&#233;cembre 2022&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a finalement &#233;t&#233; relax&#233; par le tribunal de Montpellier &#034;au b&#233;n&#233;fice du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. En d&#233;cembre 2021, il avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; une peine de 10 mois de prison avec sursis et 8 000 euros d'amende pour avoir enfreint les r&#232;gles de proc&#233;dure de march&#233;s publics au profit de proches ou de connaissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre favoritisme et projets impos&#233;s, S&#232;te est aujourd'hui un vaste chantier. Ses habitants&#183;es sont divis&#233;&#183;es par les manipulations client&#233;listes et les tentatives d'intimidation exerc&#233;es par les d&#233;tenteurs du pouvoir local. Au-del&#224; d'un d&#233;bat &#233;colo-citoyen, il s'agit aujourd'hui d'un combat opposant un maire et sa majorit&#233; trempant dans les conflits d'int&#233;r&#234;ts &#224; des habitant&#183;es exasp&#233;r&#233;&#183;es par une b&#233;tonisation syst&#233;matique, une gentrification li&#233;e au tourisme de masse et aux s&#233;ries de l'industrie t&#233;l&#233;visuelle, et une ville pens&#233;e pour la voiture, et non par sa population.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;F&#233;cile, Kostik, Seb 7 &amp; Vanush&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; S&#232;te : r&#233;union houleuse autour de la pr&#233;sentation du parking Aristide-Briand &#187;, &lt;i&gt;Midi Libre&lt;/i&gt; (03/12/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a finalement &#233;t&#233; relax&#233; par le tribunal de Montpellier &#034;au b&#233;n&#233;fice du doute&#034;. Le parquet a fait appel en janvier 2023 (NDLR).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mauvais genre</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Mauvais-genre</link>
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		<dc:date>2023-01-06T12:05:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yz&#233; Volupt&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>Nijelle Botainne </dc:subject>
		<dc:subject>Putain de chronique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Escort, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe, elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique. Rendez-vous confirm&#233;. Le soulagement fait place &#224; une immense flemme, une flemme teint&#233;e de tristesse. Je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nijelle-Botainne" rel="tag"&gt;Nijelle Botainne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Putain-de-chronique" rel="tag"&gt;Putain de chronique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Escort, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe, elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_nijelle_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH715/web_215_nijelle_1200px-a9115.jpg?1779603070' width='500' height='715' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Nijelle B.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;R&lt;/span&gt;endez-vous confirm&#233;. Le soulagement fait place &#224; une immense flemme, une flemme teint&#233;e de tristesse. Je me dirige vers la salle de bain, mon &#233;pilateur sous le bras. C'est l'heure sombre o&#249; je renonce &#224; mes poils pour de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai refus&#233; beaucoup de concessions. Je remballe un client au moindre soup&#231;on de racisme ou de misogynie. Je ne tol&#232;re pas la moindre familiarit&#233; aux premiers contacts. Je n'investis pas le plus petit centime en maquillage, lingerie fine ou accessoires sophistiqu&#233;s, je n'ai pas achet&#233; de sous-v&#234;tements neufs depuis plusieurs ann&#233;es. Je remplace au fur et &#224; mesure, en puisant dans les fripes des squats, les vide-greniers, les Emma&#252;s, les placards des copines, ceux qui sont vraiment trop vieux, trop trou&#233;s pour faire le job. Je ne vends pas du spectacle, &lt;i&gt;je suis le spectacle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je coche suffisamment de cases de la beaut&#233; dite &#171; f&#233;minine &#187; pour me le permettre. &#199;a m'&#233;tonne toujours mais, malgr&#233; mes bras de boxeur, mes mollets de randonneur et mes cuisses aussi &#233;paisses qu'un gourdin, je dois conserver assez de &#171; charme f&#233;minin &#187; pour plaire &#224; des h&#233;t&#233;ros ultra cis-norm&#233;s &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui se retrouvent dans les codes normatifs de la binarit&#233; de genre.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qui veulent &#171; des femmes, des vraies &#187;. Sans doute parce que je sais exactement ce qu'ils entendent par l&#224; : j'ai si longtemps jou&#233; le jeu de la s&#233;duction h&#233;t&#233;rosexuelle que j'en connais toutes les ficelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'heure du rendez-vous approche. Mes poils s'entassent par paquets dans la baignoire, je les ramasse pour les mettre &#224; la poubelle avec fatalisme. J'ai mis plus de vingt ans &#224; les accepter, davantage encore &#224; les aimer. J'ai fini par les promener fi&#232;rement sous mes mini-jupes et mes &lt;i&gt;pum-pum&lt;/i&gt; shorts. &#192; exhiber avec une joie exquise mes aisselles luxuriantes, &#224; caresser amoureusement mes poils pubiens. Plus qu'une mise en accord avec mes convictions f&#233;ministes, ils avaient enfin r&#233;int&#233;gr&#233; leur place dans l'&#233;difice. Mon corps, ma maison. Je m'octroyais enfin la l&#233;gitimit&#233; d'envoyer chier quiconque s'arrogerait le droit de me dire que mes poils ne lui convenaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps, mes poils ont chang&#233; de charge symbolique. &#192; mesure que mon genre se faisait moins tangible, ils sont venus me raconter un autre corps, une autre peau. Je me suis gliss&#233; &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : jusqu'&#224; pr&#233;sent, Yz&#233; Volupt&#233;e se genrait tant&#244;t au f&#233;minin, tant&#244;t au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; dans les interstices de la binarit&#233;, j'ai noirci mes sourcils, me suis dessin&#233; des moustaches, ai attent&#233; &#224; la douceur de mes yeux, jusqu'&#224; ne plus vouloir revenir en arri&#232;re. J'ai pest&#233;, le croyez-vous, contre ce visage imberbe, cette absence de pilosit&#233; visible, ce risible duvet de poussin qu'on ne discerne qu'&#224; contre-jour. J'ai endur&#233; les d&#233;mangeaisons de la colle comme le prix &#224; payer pour obtenir la barbe qui me faisait, enfin, basculer de l'autre c&#244;t&#233; du genre. Dans mon surv&#234;t de comp&#232;te, sous ma casquette, mon &lt;i&gt;packer &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#233;nis factice. Chaussettes, godemich&#233; ou capote remplie de coton, choisis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; dans le cale&#231;on, avec ma souplesse f&#233;line et mes &#233;paules de champion, j'en jette. Lui, c'est moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon &lt;i&gt;drag &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;signe &#224; l'origine la pratique du dragking. Tant&#244;t caricature grotesque de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; n'est pas un personnage de fiction. Il explose &#224; la face du monde un &#171; moi &#187; qui ne peut que rarement s'exprimer au grand jour. Finalement, m&#234;me ma barbe et mes sourcils fournis ne sont que des accessoires. Je suis &lt;i&gt;pass&#233;&lt;/i&gt; de l'autre c&#244;t&#233; du miroir et je regarde s'&#233;tioler jusqu'&#224; dispara&#238;tre ce qui autrefois me rattachait au genre f&#233;minin. Peut-&#234;tre que c'est comme &#231;a que &#231;a commence, une &lt;i&gt;transition&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le taf pourtant, j'exploite &#224; fond les st&#233;r&#233;otypes du genre f&#233;minin. Et, pour le moment en tout cas, &#231;a ne me d&#233;pla&#238;t pas. Dans mon cheminement vers l'&#233;mancipation, j'appr&#233;cie ces va-et-vient permanents qui me permettent, de plus en plus finement, de m'inventer autant que de me d&#233;couvrir. Le jour viendra peut-&#234;tre o&#249; je ne le supporterai plus. &#192; l'heure o&#249; je vous &#233;cris, j'observe du coin de l'&#339;il ce nouveau destin possible scintiller dans le lointain. Il brille d'un &#233;clat sombre, aussi effrayant qu'attrayant. Prendre de la testost&#233;rone. Prendre du muscle, encore plus. Prendre du poil sur les jambes, le torse, les fesses. Dire adieu au duvet de poussin. Le genre de pilosit&#233; difficile &#224; &#233;piler, et que n'ont d&#233;finitivement pas &#171; les femmes, les vraies &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui se retrouvent dans les codes normatifs de la binarit&#233; de genre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;NDLR : jusqu'&#224; pr&#233;sent, Yz&#233; Volupt&#233;e se genrait tant&#244;t au f&#233;minin, tant&#244;t au masculin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;P&#233;nis factice. Chaussettes, godemich&#233; ou capote remplie de coton, choisis ton style b&#233;b&#233; ! Perso, j'ai opt&#233; pour la coquille de protection de boxe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;signe &#224; l'origine la pratique du &lt;i&gt;dragking&lt;/i&gt;. Tant&#244;t caricature grotesque de la virilit&#233;, tant&#244;t expression v&#233;ritable d'une identit&#233; r&#233;prim&#233;e par les normes, c'est dans les milieux LGBTQI+, et notamment dans les ann&#233;es 1950 aux &#201;tats-Unis, que s'est d&#233;velopp&#233;e une culture politique du travestissement, permettant aux lesbiennes, aux gays et aux personnes trans de d&#233;zinguer autant que de se r&#233;approprier les st&#233;r&#233;otypes de genre. Pour leur plus grand plaisir, mais aussi pour se prot&#233;ger des violences quotidiennes en s'exer&#231;ant &#224; avoir un meilleur &lt;i&gt;passing&lt;/i&gt;. Un jour peut-&#234;tre, tu deviendras suffisamment intime avec quelqu'un&#183;e pour qu'il te dise : &#171; &lt;i&gt;Tu sais, je ne suis pas n&#233;&#183;e gar&#231;on/fille.&lt;/i&gt; &#187; Si tu tombes de haut, c'est que cette personne a &lt;i&gt;a very good passing&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Avocado du diable</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-Avocado-du-diable</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/L-Avocado-du-diable</guid>
		<dc:date>2023-01-06T12:05:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>A&#239;e Tech</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mois apr&#232;s mois, A&#239;e Tech d&#233;fonce la technologie et ses vains mirages. Troisi&#232;me &#233;pisode sur le capitalisme num&#233;rique et la sordide d&#233;ch&#233;ance d'un youtubeur accro &#224; l'attention : Nikocado Avocado. S'il fallait personnifier les pires d&#233;rives d'internet versant contenu junk food (au sens propre et figur&#233;), un homme s'imposerait fastoche dans le peloton de t&#234;te : un certain Nikocado Avocado (Nicholas Perry dans le civil). En gros, c'est un type qui a fait fortune via ses cha&#238;nes YouTube en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Aie-Tech" rel="tag"&gt;A&#239;e Tech&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/aie-tech-logo-98639.jpg?1779603071' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mois apr&#232;s mois, &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Aie-Tech' class=&#034;spip_in&#034;&gt;A&#239;e Tech&lt;/a&gt; d&#233;fonce la technologie et ses vains mirages. Troisi&#232;me &#233;pisode sur le capitalisme num&#233;rique et la sordide d&#233;ch&#233;ance d'un youtubeur accro &#224; l'attention : Nikocado Avocado.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH625/p08_numerique_cqfd108-29615.jpg?1779603071' width='400' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;'il fallait personnifier les pires d&#233;rives d'internet versant contenu &lt;i&gt;junk food&lt;/i&gt; (au sens propre et figur&#233;), un homme s'imposerait fastoche dans le peloton de t&#234;te : un certain Nikocado Avocado (Nicholas Perry dans le civil). En &lt;i&gt;gros&lt;/i&gt;, c'est un type qui a fait fortune via ses cha&#238;nes YouTube en affichant une image de lui sordide, maladivement ob&#232;se et boulimique, poussant le bouchon jusqu'&#224; s'amuser de ses incontinences f&#233;cales au moment de c&#233;l&#233;brer l'achat (fictif ?) de son nouvel appartement &#224; Las Vegas. Dans la vid&#233;o en question, &#171; My New House Tour &#8211; I bought a $2,300,000 penthouse &#187;, post&#233;e en avril 2021, il ne se contente pas de se faire dessus, mais se met aussi en sc&#232;ne observant l'agitation de la ville depuis sa tour d'ivoire, l&#226;chant quelques remarques cyniques qui pourraient r&#233;sumer en n&#233;gatif sa carri&#232;re de pauvre bougre ayant sacrifi&#233; vie et sant&#233; pour des vues et des dollars : &#171; &lt;i&gt;J'adore regarder les pauvres. Ils luttent. Je veux du pop-corn ! Je pourrais regarder les pauvres lutter pour leur survie toute la journ&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Ensuite, il &#233;voque sa solitude. Puis il pleure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nikocado Avocado, au d&#233;part, c'est un petit gars v&#233;gan sympa install&#233; &#224; New York pour devenir violoniste, qui tient une cha&#238;ne YouTube o&#249; il parle de tofu et de cause animale. Il a l'air plut&#244;t sain, normal, si ce n'est qu'il semble avoir besoin de &lt;i&gt;beaucoup&lt;/i&gt; d'attention. La d&#233;gringolade est rapide. Critiqu&#233; par sa communaut&#233; parce qu'il s'affiche avec un perroquet sur les r&#233;seaux, il commence par rompre avec son v&#233;ganisme, affichant une certaine virulence, notamment dans sa vid&#233;o &#171; Why veganism is wrong and make people crazy &#187; (janvier 2017). Basculant dans la sph&#232;re &#171; mukbang &#187;, cette triste tendance venue de Cor&#233;e du Sud o&#249; l'on se filme en train de manger pour compenser le vide existentiel des d&#238;neurs solitaires les regardant, il ne tarde pas &#224; narguer ses anciens condisciples avec des vid&#233;os o&#249; il b&#226;fre des montagnes de viande, fr&#233;n&#233;sie de KFC et de McDo. Puis il passe aux &#171; 10 000 calories challenges &#187;, orgies alimentaires aussi d&#233;rangeantes que populaires sur internet. Cons&#233;quence, il grossit, grossit, comme la grenouille de la fable. Mais la seule chose qui explose, ce sont les commentaires sur ses six cha&#238;nes YouTube, le traitant peu ou prou de gros tas morbide. Lui y r&#233;pond par le d&#233;ni et la moquerie, notamment via plusieurs vid&#233;os titr&#233;es &#171; I'm getting fat and I don't know why &#187;. Ironie ? Manipulation ? Peut-&#234;tre. Reste cette r&#233;alit&#233; : il p&#232;se pr&#232;s de deux cents kilos, se d&#233;place difficilement, filme ses incontinences et a r&#233;cemment d&#233;clar&#233; s'&#234;tre cass&#233; des c&#244;tes en &#233;ternuant. Mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une vid&#233;o analysant son cas, issue de sa tr&#232;s conseill&#233;e s&#233;rie d'&#233;missions &#171; Infernet &#187;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nikocado Avocado : l'argent ne fait pas le malheur mais il y contribue &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, l'essayiste Pac&#244;me Thiellement &#233;voque &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie du malheur g&#233;n&#233;r&#233;e par le capitalisme num&#233;rique&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Ce que les spectateurs de Nikocado Avocado attendent, c'est, litt&#233;ralement, de le voir crever&lt;/i&gt; &#187;, estime-t-il au sujet des six millions d'abonn&#233;s &#224; ses cha&#238;nes YouTube et des centaines qui le payent sur OnlyFans (r&#233;seau pornographique mon&#233;tis&#233;) pour le voir se masturber. Et de conclure : &#171; &lt;i&gt;L'addiction dont souffre Nikocado Avocado, c'est l'attention, et c'est, &#224; variables degr&#233;s d'intensit&#233;, celle dont tout le monde souffre aujourd'hui, parce que c'est celle &#224; laquelle les r&#233;seaux sociaux nous accoutument quotidiennement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, le monde glauque de Nikocado Avocado est une forme d'hypertrophie v&#233;rol&#233;e de la victoire des &#233;crans. C'est aussi la continuation, par le pire, des biais voyeuristes auxquels nous a accoutum&#233;s la t&#233;l&#233;-r&#233;alit&#233;, d&#233;multipli&#233;s par les r&#233;seaux asociaux. Du pain et des jeux vues, avec des &#171; gladiateurs &#187; utilisant les armes du cynisme n&#233;olib&#233;ral &#8211; tant que &#231;a vend, c'est OK. Et le jour o&#249; Avocado explosera dans un grand geyser de visc&#232;res, nul doute que les charognards d&#233;bouleront pour exploiter le potentiel mercantile de sa mort. Une &#233;poque formidable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Nikocado Avocado : l'argent ne fait pas le malheur mais il y contribue &#187;, &lt;i&gt;Blast&lt;/i&gt; (02/04/2022)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Femmes, luttes et violences politiques</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Femmes-luttes-et-violences</link>
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		<dc:date>2023-01-06T12:05:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Robin Bouctot</dc:creator>


		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans On ne va pas y aller avec des fleurs, Caroline Guibet Lafaye et Alexandra Fr&#233;nod ont compil&#233; des t&#233;moignages de femmes ayant particip&#233; &#224; des luttes politiques violentes. De la France au Kurdistan, en passant par la Colombie, les deux chercheuses donnent &#224; comprendre des engagements bien peu pens&#233;s au f&#233;minin. C'est un petit bouquin rouge, r&#233;cemment publi&#233; aux &#233;ditions Hors d'atteinte. On ne va pas y aller avec des fleurs r&#233;unit les t&#233;moignages de neuf femmes engag&#233;es dans des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;On ne va pas y aller avec des fleurs&lt;/i&gt;, Caroline Guibet Lafaye et Alexandra Fr&#233;nod ont compil&#233; des t&#233;moignages de femmes ayant particip&#233; &#224; des luttes politiques violentes. De la France au Kurdistan, en passant par la Colombie, les deux chercheuses donnent &#224; comprendre des engagements bien peu pens&#233;s au f&#233;minin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4952 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_audreyhesnau_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH1043/web_215_audreyhesnau_1200px-05aa4.jpg?1779603073' width='500' height='1043' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Audrey Esnault
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;'est un petit bouquin rouge, r&#233;cemment publi&#233; aux &#233;ditions Hors d'atteinte. &lt;i&gt;On ne va pas y aller avec des fleurs&lt;/i&gt; r&#233;unit les t&#233;moignages de neuf femmes engag&#233;es dans des organisations politiques diverses. D'Action directe en France aux Farc de Colombie, de l'ETA basque &#224; la RAF allemande, toutes ont, &#224; un moment ou &#224; un autre, jug&#233; l&#233;gitime de s'engager dans une lutte violente. Des choix et des trajectoires de vie bien particuli&#232;res dans un monde patriarcal qui refuse toujours de penser la violence politique des femmes. On a &#233;chang&#233; avec Caroline Guibet Lafaye, philosophe politique, sociologue sp&#233;cialiste du terrorisme et de la violence politique, et coautrice de l'ouvrage aux c&#244;t&#233;s d'Alexandra Fr&#233;nod. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ces femmes ont fait le choix de la violence politique, qu'elles pr&#233;sentent comme un outil quand on a &#233;puis&#233; tous les autres &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui relie ces neuf femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le point commun, c'est l'ill&#233;galit&#233;. &#192; un moment donn&#233;, ces femmes ont fait le choix de la violence politique, qu'elles pr&#233;sentent comme un outil quand on a &#233;puis&#233; tous les autres. Leurs parcours de militantes commencent dans les voies politiques l&#233;gales, avec des groupes qui distribuaient des tracts, faisaient des manifs... Et un jour, elles se sont dit que &#231;a ne servait &#224; rien, que ce n'&#233;tait plus adapt&#233; &#224; la situation, et qu'il fallait essayer autre chose. Bien s&#251;r, il y a des sp&#233;cificit&#233;s selon les zones g&#233;ographiques et les &#233;poques, et des degr&#233;s d'engagement et de violence diff&#233;rents. Les actions des Brigades rouges sont sans commune mesure avec ce que fait la militante qui prend part aux black blocs en France, par exemple. Mais ces femmes partagent une trajectoire et un raisonnement commun : la politique par les voies l&#233;gales n'aboutit pas &#224; grand-chose et elles ne pouvaient pas rester les bras ballants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dirigez un programme de recherche international sur le terrorisme et la violence politique. Pourquoi consacrer un ouvrage sp&#233;cifique aux femmes engag&#233;es dans des luttes politiques violentes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce qu'on ne les entend jamais. Dans les m&#233;dias et sur la sc&#232;ne publique, quand il est question de violence ou de terrorisme, on ne voit que des hommes. Idem quand ces organisations s'expriment : ce sont le plus souvent des hommes qui prennent la parole. Les femmes ne sont pas l&#224;. Or, dans des groupes clandestins et des organisations de type militaire non conventionnelles, notamment dans des groupes d'extr&#234;me gauche et dans certaines luttes de lib&#233;ration nationale, on compte entre 30 et 40 % de femmes &#8211; m&#234;me si les donn&#233;es doivent, pour des raisons &#233;videntes, &#234;tre prises avec des pincettes. Ce n'est pas n&#233;gligeable comme proportion. Pourtant, elles sont tr&#232;s souvent invisibilis&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et quand on parle d'elles, c'est souvent pour &#234;tre pr&#233;sent&#233;es comme des &#171; &lt;i&gt;victimes &#187;, des &#171; compagnes de&lt;/i&gt; &#187;, ou des femmes sous influence&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans la p&#233;riode que j'&#233;tudie, qui commence dans les ann&#233;es 1960, on a presque toujours expliqu&#233; la pr&#233;sence de femmes dans ces organisations par le fait qu'elles &#233;taient amoureuses d'untel, sous influence, manipul&#233;es. C'est comme cela que la presse les pr&#233;sente et que la soci&#233;t&#233; les per&#231;oit. Ou alors, dans certains cas, elles deviennent des femmes fatales, sur&#233;rotis&#233;es. Et &#231;a n'a pas vraiment chang&#233;. On repr&#233;sente d'abord les femmes qui participent &#224; des mouvements politiques violents comme des victimes, et non pas comme des individus avec une trajectoire qui leur est propre, un cheminement politique. Comme si elles n'auraient jamais eu assez de cervelle pour faire ces choix elles-m&#234;mes. Pourtant, il n'y a aucune raison de penser que le rapport des femmes &#224; la politique, &#224; des contestations sociales ou au maniement des armes est diff&#233;rent de celui des hommes. La question est : qu'est-ce que vous &#234;tes d&#233;termin&#233;e &#224; faire ? &#199;a n'a rien &#224; voir avec les chromosomes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au proc&#232;s des membres d'Action directe pour l'assassinat de Georges Besse, l'avocat g&#233;n&#233;ral a dit &#171; &lt;i&gt;le plus horrible, le plus choquant, c'est que les tueurs soient des tueuses &lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est exactement &#231;a. C'est pareil pour l'alcool et la cigarette finalement. C'est l'expression d'un pr&#233;jug&#233; et d'une repr&#233;sentation st&#233;r&#233;otyp&#233;e. Une femme est cens&#233;e &#234;tre gentille, douce, docile, alors que les hommes sont virils et courageux... C'est ce qu'on vous fout dans le cr&#226;ne d&#232;s tout-petit dans une soci&#233;t&#233; patriarcale. &lt;i&gt;A contrario&lt;/i&gt;, c'est parfois retourn&#233; comme un atout tactique pour tromper l'ennemi. En Alg&#233;rie, par exemple, les femmes transportaient des armes, car il &#233;tait inconcevable qu'une femme touche des armes. Pareil dans &#173;l'Espagne franquiste. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Les femmes doivent faire davantage que n'importe quel homme pour &#234;tre reconnues &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On retrouve aussi ces sch&#233;mas patriarcaux dans les luttes qui pr&#244;nent l'&#233;mancipation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme le dit une militante basque, on retrouvait des attitudes machistes au sein d'ETA comme il y en avait au sein de la soci&#233;t&#233; espagnole. Au PKK, dans les ann&#233;es 1990, c'&#233;tait la croix et la banni&#232;re pour les femmes pour se faire accepter par les hommes. Par exemple, quand la gu&#233;rilla se d&#233;pla&#231;ait, les femmes kurdes portaient des charges beaucoup plus lourdes que leurs camarades, et il a fallu &#233;norm&#233;ment de p&#233;dagogie pour qu'on accepte qu'elles utilisent des armes. C'est quelque chose d'universel, dans les mouvements arm&#233;s non conventionnels comme dans toutes les arm&#233;es et forces de s&#233;curit&#233; : les femmes doivent faire davantage que n'importe quel homme pour &#234;tre reconnues. Dans les groupes politiques d'extr&#234;me gauche, il y a des st&#233;r&#233;otypes qui demeurent, des attitudes du c&#244;t&#233; des hommes comme du c&#244;t&#233; des femmes dont on a beaucoup de mal &#224; se d&#233;prendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Presque toutes les femmes qui t&#233;moignent dans ce livre font partie de groupes qualifi&#233;s, &#224; un moment ou un autre, de terroristes. S'autoqualifie-t-on de terroriste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est rare, pour ne pas dire que &#231;a n'arrive jamais. Ceux qu'on appelle les r&#233;sistants pendant la Seconde Guerre mondiale ne se sont pas qualifi&#233;s de terroristes, m&#234;me si le gouvernement de Vichy les consid&#233;rait comme tels. Les choses s'&#233;crivent d'une fa&#231;on diff&#233;rente selon la tournure que prend l'histoire, selon qui gagne et qui perd. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a deux semaines, G&#233;rald Darmanin a trait&#233; d'&#171; &#233;coterroristes &#187; les militants contre les m&#233;gabassines dans les Deux-S&#232;vres. Que signifie l'usage d'un tel terme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Selon Noam Chomsky, le terme &#8220;terroriste&#8221; a toujours servi &#224; d&#233;signer un ennemi d'&#201;tat, qu'il soit int&#233;rieur ou ext&#233;rieur. La question n'est pas ce que la personne a fait, mais quelle repr&#233;sentation politique vous en avez et voulez en donner. Le terme de terrorisme ne d&#233;signe pas des actes en particulier, c'est un signifiant politique. Dans ce cas-l&#224;, le message est tr&#232;s clair. Les militants &#233;colos sont pr&#233;sent&#233;s comme des ennemis de l'&#201;tat. Alors qu'on a des personnes qui essaient d'alerter sur le fait qu'il faudrait prendre des mesures pour pr&#233;server les conditions de vie humaine sur Terre &#8211; ce que l'&#201;tat, de son c&#244;t&#233;, ne fait pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le regard sur la violence a-t-il &#233;volu&#233; depuis les ann&#233;es 1960 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Europe occidentale, c'est un fait que la violence a fortement d&#233;cru de la part des groupes d'extr&#234;me gauche. Et la tol&#233;rance &#224; la violence &#8211; dont je ne suis pas en train de faire l'apologie &#8211; a fortement diminu&#233; au fil des ann&#233;es. Les protestataires des ann&#233;es 1970 n'avaient strictement rien &#224; voir avec ce qu'ont fait les Gilets jaunes ou ce que font les black blocs. On a oubli&#233;, mais il n'&#233;tait pas question d'abribus bris&#233;s ou de tags, mais d'usage massif de cocktails Molotov, et des bless&#233;s en tr&#232;s grand nombre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Robin Bouctot&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; L'effondrement des services publics produit du &#8220;chacun seul&#8221; &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-effondrement-des-services</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/L-effondrement-des-services</guid>
		<dc:date>2022-12-22T18:40:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Th&#233;o Bedard</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Qui veut la peau du service public ? Dans leur livre La Valeur du service public, deux chercheuses et un chercheur en sciences sociales diss&#232;quent des d&#233;cennies de &#171; modernisations &#187; n&#233;olib&#233;rales ayant mis de gros coups de canifs dans le contrat social. Tous trois pointent la responsabilit&#233; d'une cat&#233;gorie sociale bien sp&#233;cifique : la &#171; noblesse manag&#233;riale publique-priv&#233;e &#187;. Entretien. Les conservateurs &#233;tats-uniens appellent cette technique &#171; starve the beast &#187; &#8211; affamer la b&#234;te. Pour se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Theo-Bedard" rel="tag"&gt;Th&#233;o Bedard&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qui veut la peau du service public ? Dans leur livre &lt;i&gt;La Valeur du service public&lt;/i&gt;, deux chercheuses et un chercheur en sciences sociales diss&#232;quent des d&#233;cennies de &#171; modernisations &#187; n&#233;olib&#233;rales ayant mis de gros coups de canifs dans le contrat social. Tous trois pointent la responsabilit&#233; d'une cat&#233;gorie sociale bien sp&#233;cifique : la &#171; noblesse manag&#233;riale publique-priv&#233;e &#187;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_theobed_2_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/web_215_theobed_2_1200px-2-0470e.jpg?1779603066' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es conservateurs &#233;tats-uniens appellent cette technique &#171; &lt;i&gt;starve the beast&lt;/i&gt; &#187; &#8211; affamer la b&#234;te. Pour se d&#233;barrasser d'un service public dont on ne veut plus, il faut le sous-financer. Une fois emp&#234;ch&#233; de remplir sa mission, il pourra &#234;tre mis en pi&#232;ces et confi&#233; &#224; de grandes soci&#233;t&#233;s priv&#233;es, qui trouveront les moyens de faire du profit l&#224; o&#249; auparavant, il &#233;tait surtout question d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Et tant pis pour la casse : d'une part, les conditions de travail impossibles et l'&#233;puisement des agents ; d'autre part, l'abandon des usagers les plus pauvres et les plus fragiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Valeur du service public&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2021), la politiste Julie Gervais, l'historienne Claire Lemercier et le sociologue Willy Pelletier d&#233;cortiquent le lent d&#233;tricotage n&#233;olib&#233;ral des services publics. Privatisations, fermetures de services, s&#233;paration des activit&#233;s rentables et non rentables, renforcement des hi&#233;rarchies, affaiblissement du statut des fonctionnaires qui leur garantissait une s&#233;curit&#233; permettant de r&#233;sister &#224; des injonctions injustes&#8230; Les m&#233;canismes sont divers. Mais &#224; chaque fois, pointent l'auteur et les deux autrices du livre, on retrouve aux manettes une cat&#233;gorie sociale bien particuli&#232;re : la &#171; &lt;i&gt;noblesse manag&#233;riale publique-priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Form&#233;s &#224; l'imp&#233;ratif gestionnaire issu du priv&#233; dans de grandes &#233;coles pourtant publiques, ces enfants des classes privil&#233;gi&#233;es n'ont jamais &#224; conna&#238;tre le tort que leurs r&#233;formes d&#233;connect&#233;es de la r&#233;alit&#233; causent au commun des mortels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en parle avec Julie Gervais et Willy Pelletier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;La Valeur du service public&lt;/i&gt;, vous &#233;crivez que les &#171; modernisations &#187; n&#233;olib&#233;rales subies par les services publics au cours des derni&#232;res d&#233;cennies ont &#233;t&#233; et sont toujours &#171; &lt;i&gt;des massacres&lt;/i&gt; &#187;. Le mot est fort&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Willy Pelletier :&lt;/strong&gt; &#171; Il s'agit de violences de masse qui percutent &#224; la fois les agents et les usagers. En premi&#232;re ligne, les agents n'en peuvent plus : les r&#233;organisations d&#233;sorganisent tellement leur travail que leurs missions deviennent impossibles. Et cela a des effets &#233;pouvantables sur les usagers, nous toutes et tous qui nous servons continuellement des services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple : la fermeture de la maternit&#233; de proximit&#233; du Blanc, une commune du sud de l'Indre, a eu un impact sur pr&#232;s de 80 000 personnes. Concr&#232;tement, ce sont des mamans qui, quand la douleur leur vrille le ventre, doivent faire largement plus d'une heure de transport sur des routes d&#233;partementales avec, de nuit, des chevreuils et, de jour, des engins agricoles limit&#233;s &#224; 30 km/h&#8230; De sorte que des accouchements se d&#233;roulent d&#233;sormais souvent sur le bas-c&#244;t&#233; des routes, &#224; la maison ou encore aux urgences. Avec, &#224; la cl&#233;, une mortalit&#233; infantile qui n'existait plus depuis longtemps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; &#233;conomies &#187; faites dans les budgets ont donc des co&#251;ts sociaux &#233;normes&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;W. P. &lt;/strong&gt; : &#171; La pens&#233;e unique qui habite et d&#233;termine l'action des managers n&#233;olib&#233;raux, c'est la rentabilit&#233; financi&#232;re imm&#233;diate. Mais cet objectif de court terme oblige &#224; une traque des co&#251;ts qui d&#233;traque tout. Or, l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, c'est penser le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Des accouchements se d&#233;roulent &#173;d&#233;sormais souvent sur le bas-c&#244;t&#233; des routes, &#224; la maison ou encore aux urgences. Avec, &#224; la cl&#233;, une mortalit&#233; infantile qui n'existait plus depuis longtemps &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de l'am&#233;nagement du territoire. Fermer un bureau de poste, &#224; court terme, &#231;a peut rapporter de l'argent. Le probl&#232;me, c'est que &#231;a a tendance &#224; provoquer la fermeture en cascade d'autres services publics : qui dit maternit&#233; de proximit&#233; ferm&#233;e dit aussi bien souvent classes de primaire ferm&#233;es, caisse d'allocations familiales ou centre des imp&#244;ts ferm&#233;s, services hospitaliers restreints, gares supprim&#233;es, agences P&#244;le emploi mettant la cl&#233; sous la porte, services de bus qui disparaissent, etc. Au total, nous avons l&#224; un &#8220;d&#233;sam&#233;nagement&#8221; du territoire, qui a des effets &#233;conomiques de moyen et long terme. Les entreprises ne s'y installent plus, les m&#233;decins non plus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis cet effondrement des services publics produit du &#8220;chacun seul&#8221;. Dans les territoires ruraux pauvres, ses effets ont un nom : le vote Le Pen. L&#224; o&#249; j'habite, dans l'Aisne, il y a des villages o&#249; l'extr&#234;me droite a atteint pr&#232;s de 80 % des voix au second tour de la pr&#233;sidentielle. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel lien faites-vous entre ces diff&#233;rents ph&#233;nom&#232;nes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;W. P. :&lt;/strong&gt; &#171; Il y a plusieurs facteurs explicatifs &#224; ce genre de vote Le Pen, &#224; commencer par la disparition d'espaces de sociabilit&#233; qui, auparavant, donnaient &#224; ces &#233;lecteurs et &#233;lectrices une forme d'identit&#233; et d'estime d'eux-m&#234;mes. Ces ancrages se constituaient par exemple autour d'&#233;glises, de communaut&#233;s de croyants, ou encore par des soci&#233;t&#233;s de majorettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces pertes s'est ajout&#233;e la fermeture d'&#224; peu pr&#232;s tous les services publics, dont les centres des imp&#244;ts. Les imp&#244;ts, ce n'est &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; pas sexy, mais si on ne remplit pas correctement sa d&#233;claration, on risque de ne plus avoir acc&#232;s &#224; des prestations sociales fondamentales qui aident bien &#224; boucler le budget mensuel. Or, que voit-on maintenant dans les campagnes ? La g&#233;n&#233;ralisation des maisons France Services, cens&#233;es regrouper l'acc&#232;s &#224; plusieurs services publics en un seul lieu. Il faut donc d&#233;sormais effectuer 25 ou 30 kilom&#232;tres pour avoir acc&#232;s &#224; des personnes qui ne sont que des agents de &lt;i&gt;front-office &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette expression anglo-saxonne d&#233;signe les personnes qui traitent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ils ne peuvent pas traiter le fond des demandes et renvoient donc vers du &lt;i&gt;back-office&lt;/i&gt;. Mais le &lt;i&gt;back-office&lt;/i&gt; traite non pas des soucis de personnes en gal&#232;re, mais des dossiers &#8211; g&#233;n&#233;ralement en disant &#8220;non&#8221;. Il n'y a plus aucune relation interpersonnelle alors qu'auparavant, la m&#233;diation humaine pouvait permettre de r&#233;gler ou de comprendre des emp&#234;chements, des difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#232;gne de la d&#233;shumanisation o&#249; chacun et chacune devient des dossiers, conjugu&#233; au r&#232;gne des algorithmes (qui d&#233;sorganisent tout, comme on l'a vu avec Parcoursup), fait que dans ces territoires o&#249; les gens sont de plus en plus isol&#233;s les uns des autres, il ne reste plus rien. Sauf le fantasme que les autres auraient un peu plus que soi, et une ins&#233;curit&#233; g&#233;n&#233;rale. Une ins&#233;curit&#233; &#224; comprendre non pas dans son acception polici&#232;re, mais au sens d'une ins&#233;curit&#233; sociale diffuse. Et tout cela produit un sauve-qui-peut g&#233;n&#233;ral dont la &#8220;g&#233;n&#233;rale&#8221; se nomme Le Pen. Aujourd'hui, une course contre la montre est engag&#233;e entre la civilisation des services publics et une civilisation du &#8220;chacun seul&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;tat d&#233;grad&#233; de nombreux services publics semble &#234;tre la r&#233;sultante d'un processus historique. Peut-on en dater les d&#233;buts ? Quelles en sont les grandes &#233;tapes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Julie Gervais &lt;/strong&gt; : &#171; Il n'y a pas un moment &#8220;top d&#233;part&#8221; en particulier, mais il est certain que la &#8220;modernisation&#8221; est un credo qui accompagne le n&#233;olib&#233;ralisme. C'est dans ce cadre que des r&#233;formes se d&#233;ploient au sein des diff&#233;rents services publics, selon des principes identiques, m&#234;me si elles suivent des modalit&#233;s particuli&#232;res. Par exemple &#224; France T&#233;l&#233;com, &#231;a a &#233;t&#233; une forme de privatisation int&#233;grale, avec des dommages humains tr&#232;s importants, dont une s&#233;rie de suicides. &#192; La Poste ou &#224; la SNCF, on a aussi des transferts d'activit&#233;s vers le priv&#233;, mais ils se font petit &#224; petit, par morcellement. &#192; l'h&#244;pital et &#224; l'universit&#233;, on ne parle pas de privatisation franche, mais on importe insidieusement des crit&#232;res de rentabilit&#233;, de performance, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la p&#233;riode r&#233;cente, les grandes dates qui marquent les &#8220;modernisations&#8221; sont, en 2001, la Lolf (Loi organique relative aux lois de finances), en 2007 la RGPP (R&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques), en 2012 la loi de modernisation de l'action publique et en 2019 la loi de transformation de la fonction publique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4931 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_theobed_1_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH360/web_215_theobed_1_1200px-2-c0f86.jpg?1779603067' width='500' height='360' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2001, 2007, 2012, 2019 : les dirigeants en place ces ann&#233;es-l&#224; &#233;taient de diff&#233;rents bords politiques. Jacques Chirac et Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy, Fran&#231;ois Hollande et Emmanuel Macron, m&#234;me combat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. G. :&lt;/strong&gt; &#171; Au-del&#224; des &#233;tiquettes partisanes, il y a en effet consensus sur la r&#233;duction des d&#233;penses publiques et l'imp&#233;ratif de rentabilit&#233;. Et ce qui est pernicieux, c'est que cette id&#233;ologie nous est toujours pr&#233;sent&#233;e comme un fait technique qui s'impose &#224; nous. Autrement dit, elle prend toutes les apparences de la neutralit&#233;, une neutralit&#233; qui serait garantie par la science &#233;conomique n&#233;oclassique, la fameuse &#8220;&lt;i&gt;science de l'in&#233;luctable&lt;/i&gt;&#8221; dont parlaient les sociologues Luc Boltanski et Pierre Bourdieu. On nous laisse croire que ce n'est pas du tout politique ni id&#233;ologique, mais objectif&#8230; C'est l&#224; une posture tr&#232;s infantilisante et dangereuse, puisqu'elle revient &#224; dire qu'on n'a plus le choix. Que, comme le pr&#233;tendait Margaret Thatcher, &#8220;&lt;i&gt;There is no alternative&lt;/i&gt;&#8221;. S'il n'y a pas d'alternative, &#231;a veut dire qu'il n'y a plus de place pour les d&#233;bats, pour la politique et donc pour la d&#233;mocratie&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment r&#233;sumer cette id&#233;ologie manag&#233;riale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. G. &lt;/strong&gt; : &#171; C'est une forme d'obsession pour la rentabilit&#233; qui est partag&#233;e par les &#233;lus de droite et de gauche, mais aussi par les plus hauts fonctionnaires, ceux qui sont aux manettes des r&#233;formes, avec un f&#233;tichisme du chiffre et une foi absolue dans les vertus du priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Si on applique au service public un imp&#233;ratif de rentabilit&#233;, on le sape dans ses fondements m&#234;mes &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le souci, c'est que l'imp&#233;ratif gestionnaire appliqu&#233; au service public va &#224; l'encontre de la nature des missions de ce dernier et finit donc par le d&#233;truire. Un h&#244;pital, ce n'est pas une clinique ! Les palmar&#232;s qui comparent leurs performances sont une absurdit&#233;, parce que l'h&#244;pital doit accepter tout le monde. Contrairement aux cliniques, il ne peut pas faire de tri entre les actes m&#233;dicaux dits rentables et ceux qui ne le seraient pas, les patients qui &#8220;co&#251;tent cher&#8221; et ceux qui rapportent des profits. Dans une clinique ou un h&#244;pital, les soignants ne font tout simplement pas le m&#234;me m&#233;tier. Alors si on applique au service public un imp&#233;ratif de rentabilit&#233;, on le sape dans ses fondements m&#234;mes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les techniques de management du personnel issues du priv&#233; nuisent aussi gravement &#224; l'efficience des services&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. G. &lt;/strong&gt; : &#171; C'est flagrant chez les infirmi&#232;res par exemple, un m&#233;tier o&#249;, comme dans d'autres, on accumule du savoir et de l'exp&#233;rience avec le temps. Et c'est fondamental : &#231;a permet des transferts de comp&#233;tences, de savoir-faire, y compris de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration, entre diff&#233;rentes &#233;quipes. &#192; l'h&#244;pital, &#231;a se passait ainsi. Or, dans ce cas, la logique du priv&#233; fait dysfonctionner le public. Car cette id&#233;e d'accumulation de l'expertise, du point de vue des consultants priv&#233;s, &#231;a s'appelle &#8220;s'asseoir sur ses lauriers&#8221;, &#8220;s'encro&#251;ter&#8221;. Ce qu'il faut faire, selon eux, c'est &#234;tre mobile, flexible, bouger, faire preuve d'agilit&#233;, etc. On a des &lt;i&gt;turnovers&lt;/i&gt; incroyables, une mobilit&#233; forc&#233;e des agents publics qui cr&#233;e ainsi des carences, des manques de comp&#233;tences. Le fonctionnement du service public s'en retrouve donc compl&#232;tement d&#233;traqu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;crivez que la &#171; modernisation &#187; forc&#233;e passe aussi par une caporalisation, c'est-&#224;-dire un renforcement des hi&#233;rarchies, un affaiblissement des organes de d&#233;mocratie interne au sein des administrations et une fragilisation de la capacit&#233; des agents &#224; r&#233;sister aux injonctions de leurs sup&#233;rieurs&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;W. P. &lt;/strong&gt; : &#171; Oui, il y a deux choses qui jouent simultan&#233;ment. D'une part, l'organisation, par la pr&#233;carisation, d'une docilit&#233; forc&#233;e &#8211; on en est aujourd'hui &#224; environ 20 % de contractuels dans la fonction publique. D'autre part, une caporalisation &#224; l'int&#233;rieur des services, c'est-&#224;-dire un resserrement des cha&#238;nes de commandement. Il y a &#224; la fois un accroissement du pouvoir des chefs et un affaiblissement des contrepoids, les instances coll&#233;giales o&#249; les salari&#233;s pouvaient s'exprimer. Maintenant, c'est un peu le r&#232;gne du bon plaisir du manager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans oublier que l'individualisation des carri&#232;res permet aux chefs de jouer du b&#226;ton et de la carotte pour faire appliquer leurs r&#233;organisations : ils peuvent offrir &#224; discr&#233;tion des avancements ou des micro-avantages, par exemple en termes d'emploi du temps, mais aussi en termes de mobilit&#233;. Ou alors imposer des mobilit&#233;s forc&#233;es, pour entretenir la peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'autonomie des universit&#233;s, des pr&#233;sidents d'universit&#233; peuvent recruter des enseignants du priv&#233;, supprimer des fili&#232;res ou sous-doter des formations, contre l'avis de la communaut&#233; &#233;ducative. Dans les instances coll&#233;giales de gestion de la magistrature, les magistrats ne sont plus majoritaires : ce sont d&#233;sormais les repr&#233;sentants du pouvoir politique qui le sont. Cette caporalisation est &#224; l'&#339;uvre un peu partout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre livre, vous imputez ces &#171; modernisations &#187; d&#233;vastatrices &#224; un groupe social &#224; part, qui tient les r&#234;nes de l'administration et que vous appelez la &#171; noblesse manag&#233;riale publique-priv&#233;e &#187;. Qui est-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. G. &lt;/strong&gt; : &#171; En 1989, Pierre Bourdieu parlait de la noblesse d'&#201;tat. D&#233;sormais, nous avons affaire &#224; un nouveau type de noblesse, form&#233;e de tr&#232;s hauts fonctionnaires qui n'ont pas du tout &#224; c&#339;ur l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Ou alors un int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral qu'ils ont retraduit &#224; la sauce manag&#233;riale, avec l'id&#233;e que m&#234;me dans le priv&#233; on poursuivrait cet id&#233;al. Ce sont des gens qui ne d&#233;roulent pas les m&#234;mes carri&#232;res que celles de la noblesse d'&#201;tat, dans le sens o&#249; pour eux, la condition d'une carri&#232;re r&#233;ussie dans la haute fonction publique, c'est le passage syst&#233;matique par le priv&#233; &#8211; une exp&#233;rience qui influence forc&#233;ment leur vision du public quand ils y reviennent. Form&#233;s &#224; l'obsession gestionnaire dans les grandes &#233;coles publiques (Polytechnique par exemple) qui se sont peu &#224; peu transform&#233;es en &lt;i&gt;business schools&lt;/i&gt;, ils pantouflent et r&#233;tropantouflent, c'est-&#224;-dire qu'ils font des va-et-vient permanents entre le priv&#233; et le public. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est le cas d'Emmanuel Macron, dipl&#244;m&#233; de l'&#201;cole nationale d'administration (ENA), qui commence sa carri&#232;re &#224; l'Inspection des Finances puis passe par la banque Rothschild avant de revenir au public&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. G. &lt;/strong&gt; : &#171; Emmanuel Macron en est un cas typique effectivement. Mais au sein de cette noblesse manag&#233;riale publique-priv&#233;e, il y a aussi des gens issus du priv&#233; qui, &#224; un moment donn&#233;, sont de passage dans l'&#201;tat. Prenez &#201;ric Woerth : il n'est pas haut fonctionnaire. Il a fait Sciences Po puis HEC avant de travailler comme gestionnaire de fortune chez Arthur Andersen, o&#249; il g&#233;rait les patrimoines de gens comme Elton John. G&#233;rer ce genre de clients, &#231;a veut dire faire de l'optimisation fiscale, trouver des niches qui permettent de payer moins d'imp&#244;ts. Eh bien quelques ann&#233;es plus tard, &#201;ric Woerth est devenu ministre du Budget de Nicolas Sarkozy&#8230; Et il a ramen&#233; avec lui des banquiers au sein de son cabinet, tout en pla&#231;ant ses relations parmi les consultants au sein de la Direction g&#233;n&#233;rale de la modernisation de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sommet de l'administration, on trouve donc un petit groupe qui rassemble &#224; la fois de tr&#232;s hauts fonctionnaires (qui ne se confondent ni dans leur carri&#232;re ni dans leur profil sociologique avec l'ensemble des hauts fonctionnaires) et des gens du priv&#233;, tels que des consultants de chez McKinsey ou du Boston Consulting Group, qui font des passages dans l'&#201;tat avant de revenir encore plus haut dans le priv&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;W. P. :&lt;/strong&gt; &#171; Ces membres de la noblesse manag&#233;riale publique-priv&#233;e sont en concurrence permanente entre eux. Ils doivent absolument donner l'impression de r&#233;sultats, que ce soit en privatisant des bouts de services publics ou en op&#233;rant des fusions de services. Et surtout, ils sont incit&#233;s &#224; le faire tr&#232;s vite, parce qu'aujourd'hui, une carri&#232;re r&#233;ussie, c'est &#8220;pas plus de trois ans dans le m&#234;me poste&#8221; ou bien vous &#234;tes un &lt;i&gt;has been&lt;/i&gt;. Vous devez bouger. Mais, en trois ans, vous ne connaissez ni les services dont vous avez la charge et que vous &#8220;r&#233;organisez&#8221;, ni les populations qui vont &#234;tre ensuite percut&#233;es par vos d&#233;sorganisations n&#233;olib&#233;rales&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &#192; l'aune manag&#233;riale, l'int&#233;r&#234;t &#173;g&#233;n&#233;ral consiste &#224; couper dans les budgets &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. G. &lt;/strong&gt; : &#171; En outre, &#224; ce niveau de la haute fonction publique, l'avancement ne s'obtient plus du tout selon les r&#232;gles du statut, &#224; l'anciennet&#233;. Si on veut devenir directeur g&#233;n&#233;ral ou sous-directrice d'un minist&#232;re, on doit &#234;tre nomm&#233; par son sup&#233;rieur hi&#233;rarchique et valid&#233; par le cabinet du ministre. Il faut donc toujours plaire &#224; son chef et &#224; l'autorit&#233; politique. En fait, c'est l'ob&#233;issance qui est r&#233;compens&#233;e. Alors, plus on r&#233;forme dans le sens modernisateur des r&#233;formes n&#233;olib&#233;rales, plus on monte dans la hi&#233;rarchie, plus on monte et plus on est docile, plus on est docile et moins on voit les gens que ces r&#233;formes affectent... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral est bien loin&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J. G. &lt;/strong&gt; : &#171; &#192; l'aune manag&#233;riale, l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral consiste &#224; couper dans les budgets. C'est &#231;a qui est valoris&#233;. Un ancien du minist&#232;re des Finances racontait r&#233;cemment qu'il devait proc&#233;der &#224; des coupes franches dans le budget du minist&#232;re de la Justice. Dans ce cadre-l&#224;, il fallait &#233;viter tout &#233;tat d'&#226;me et donc mettre &#224; distance les gens concern&#233;s par ces coupes budg&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois, il avait &#233;t&#233; invit&#233; par un directeur de prison &#224; visiter l'&#233;tablissement, pour se rendre compte de l'&#233;tat du b&#226;timent : les murs qui suintent, la v&#233;tust&#233;, les conditions d&#233;plorables de d&#233;tention. Et l&#224;&#8230; mise en garde absolue de ses coll&#232;gues : &#8220;&lt;i&gt;Tu vas te faire stockholmiser&lt;/i&gt;.&#8221; Une r&#233;f&#233;rence au syndrome de Stockholm, qui d&#233;signe la propension de certains otages &#224; sympathiser avec leurs ge&#244;liers et &#224; prendre leur parti. Au minist&#232;re des Finances, il s'agit vraiment de cela : ne jamais &#234;tre dans l'empathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'ailleurs aussi pour &#231;a que la noblesse manag&#233;riale publique-priv&#233;e change de poste tous les trois ans : au bout d'un moment, ses membres commenceraient peut-&#234;tre &#224; s'identifier, &#224; s'int&#233;resser aux effets de leurs r&#233;formes. &#192; &#234;tre un petit peu humains, finalement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4932 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_theobed_2_1200px-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/web_215_theobed_2_1200px-2-0470e.jpg?1779603066' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Th&#233;o B&#233;dard
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette expression anglo-saxonne d&#233;signe les personnes qui traitent directement avec le public. &#192; l'inverse du back-office charg&#233; de t&#226;ches plus administratives n'impliquant pas de contact direct avec les usagers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Regarder des bourgeois juger des pauvres et les envoyer en prison &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Regarder-des-bourgeois-juger-des</link>
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		<dc:date>2022-12-22T18:28:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claire Feasson</dc:creator>


		<dc:subject>Amandine Uruty</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cela fait plusieurs ann&#233;es que deux camarades toulousains suivent les comparutions imm&#233;diates de leur ville pour raconter l'institution judiciaire dans ce qu'elle a de violent envers les plus pr&#233;caires. Ces comptes rendus sont d&#233;sormais disponibles dans un ouvrage intitul&#233; Sur la sellette. La Sellette est d'abord un blog toulousain aliment&#233; depuis 2020 par Jonathan Delisle et Marie Laigle. Ils ont r&#233;cemment publi&#233; aux &#201;ditions du bout de la ville une s&#233;lection de r&#233;cits de comparutions (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Amandine-Uruty" rel="tag"&gt;Amandine Uruty&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cela fait plusieurs ann&#233;es que deux camarades toulousains suivent les comparutions imm&#233;diates de leur ville pour raconter l'institution judiciaire dans ce qu'elle a de violent envers les plus pr&#233;caires. Ces comptes rendus sont d&#233;sormais disponibles dans un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Sur la sellette&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4935 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_basse-qualite-fantome-sellette_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH746/web_basse-qualite-fantome-sellette_1200px-92845.jpg?1779603076' width='500' height='746' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Amandine Uruty
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;&lt;i&gt;a Sellette&lt;/i&gt; est d'abord un blog toulousain aliment&#233; depuis 2020 par Jonathan Delisle et Marie Laigle. Ils ont r&#233;cemment publi&#233; aux &#201;ditions du bout de la ville une s&#233;lection de r&#233;cits de comparutions imm&#233;diates, accompagn&#233;es d'encarts explicatifs et d'un retour historique sur la proc&#233;dure elle-m&#234;me. Au fil des pages, ces chroniques hebdomadaires t&#233;moignent du c&#244;t&#233; syst&#233;mique de la violence judiciaire &#224; l'&#339;uvre dans la chambre des comparutions imm&#233;diates. Les auteurs y d&#233;crivent une justice de classe exp&#233;ditive et punitive, un simulacre grotesque o&#249; chacun joue sommairement son r&#244;le, o&#249; l'issue pour le pr&#233;venu est presque invariablement la m&#234;me : finir la journ&#233;e en prison.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Vingt minutes suffisent &#224; priver un homme de sa libert&#233;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La comparution imm&#233;diate est une proc&#233;dure acc&#233;l&#233;r&#233;e qui permet de faire juger quelqu'un juste apr&#232;s sa garde &#224; vue. Depuis plusieurs d&#233;cennies, le recours &#224; ce dispositif p&#233;nal s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;. Les gouvernements fran&#231;ais s'en servent pour gonfler les chiffres de leurs politiques s&#233;curitaires. &#192; la base cantonn&#233;e &#224; la cat&#233;gorie restrictive du flagrant d&#233;lit, on peut d&#233;sormais &#234;tre jug&#233; en comparution imm&#233;diate pour la plupart des d&#233;lits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proc&#233;dure s'est aussi r&#233;v&#233;l&#233;e une vraie arme de r&#233;pression massive lors des mouvements sociaux de ces derni&#232;res ann&#233;es. En 2005, lors des &#233;meutes dites &#171; de banlieue &#187; qui ont fait suite &#224; la mort de Zyed Benna et Bouna Traor&#233;, plus de 400 personnes ont &#233;t&#233; condamn&#233;es par ce biais en moins d'un mois. Du c&#244;t&#233; du mouvement des Gilets jaunes, ils sont plus de 3 000 &#224; &#234;tre condamn&#233;s entre 2018 et 2019, dont un tiers &#224; des peines de prison ferme. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, la proc&#233;dure de &#171; compa &#187; augmente la probabilit&#233; d'&#234;tre incarc&#233;r&#233;, participant &#224; l'augmentation de la surpopulation carc&#233;rale. En France, le nombre de prisonniers a doubl&#233; depuis les ann&#233;es 1980.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Punir les pauvres&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les comptes rendus d'audience sont gla&#231;ants par leur sobri&#233;t&#233;, la rapidit&#233; du d&#233;roul&#233; de la s&#233;ance et la disproportion entre la peine encourue et les faits reproch&#233;s, souvent minimes. Comme l'&#233;crivent les auteurs du livre : &#171; &lt;i&gt;On passe l'apr&#232;s-midi, l&#224;, mal &#224; l'aise, &#224; regarder des bourgeois juger des pauvres et les envoyer en prison.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enqu&#234;te sociale rapide &#8211; dispositif cens&#233; humaniser le pr&#233;venu en informant le juge de sa situation personnelle, familiale et professionnelle &#8211; se borne souvent &#224; dresser un simple portrait-robot dont ressort surtout l'absence criante de garanties de repr&#233;sentation &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les garanties de repr&#233;sentation sont un ensemble de documents qui certifient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : certains pr&#233;venus ont d&#233;j&#224; un casier, et la plupart sont sans emploi, &#224; la rue ou en situation irr&#233;guli&#232;re. L'&#233;vidence de leur d&#233;tresse psychique, de leur pr&#233;carit&#233; extr&#234;me et de leur appartenance aux classes d&#233;favoris&#233;es et racis&#233;es, pire que de ne pas jouer en leur faveur, leur porte pr&#233;judice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que certains &#233;chappent &#224; la case prison parce qu'ils sont blancs, ont un emploi et/ou sont dipl&#244;m&#233;s, les autres ont peu de chances de l'&#233;viter tant la proc&#233;dure est bien rod&#233;e. Beaucoup n'ont bien souvent pas eu le temps d'&#233;changer avec leur avocat et ne savent pas qu'ils peuvent refuser d'&#234;tre jug&#233;s imm&#233;diatement &#8211; m&#234;me si la d&#233;tention provisoire devient quasi syst&#233;matique. Certains ne comprennent pas les questions qui leur sont pos&#233;es, le tribunal n'ayant pas jug&#233; n&#233;cessaire de mobiliser les services d'un interpr&#232;te malgr&#233; leur ma&#238;trise plus ou moins al&#233;atoire de la langue fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En refermant l'ouvrage, on r&#233;alise qu'&#224; peine vingt minutes suffisent &#224; priver un homme de sa libert&#233;. L'absurdit&#233; de l'enfermement, comme r&#233;ponse d'une soci&#233;t&#233; qui se d&#233;barrasse ainsi de ses individus les plus pauvres et plus marginaux, laisse sans voix.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Claire Feasson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les garanties de repr&#233;sentation sont un ensemble de documents qui certifient l'insertion professionnelle et sociale du pr&#233;venu. Ils lui permettent d'&#233;viter la prison en &#171; garantissant &#187; qu'il ne risque pas de se soustraire &#224; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le num&#233;rique, ce n'est plus du service public &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-numerique-ce-n-est-plus-du</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Le-numerique-ce-n-est-plus-du</guid>
		<dc:date>2022-12-22T18:28:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Alex Less</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 6 octobre dernier, le collectif technocritique &#201;cran total investissait les locaux tarnais de l'assurance maladie, pour protester contre la cr&#233;ation forc&#233;e d'un &#171; Espace num&#233;rique de sant&#233; &#187; &#224; chaque usager du syst&#232;me de soins. Des participants nous racontent cette action. Depuis d&#233;but janvier, l'administration ouvre &#224; chaque usager du syst&#232;me de soins un &#171; Espace num&#233;rique de sant&#233; &#187; (ENS), qui centralise sur un m&#234;me serveur ses ordonnances, certificats, r&#233;sultats d'analyses, dossiers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alex-Less" rel="tag"&gt;Alex Less&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 6 octobre dernier, le collectif technocritique &#201;cran total investissait les locaux tarnais de l'assurance maladie, pour protester contre la cr&#233;ation forc&#233;e d'un &#171; Espace num&#233;rique de sant&#233; &#187; &#224; chaque usager du syst&#232;me de soins. Des participants nous racontent cette action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4934 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_alexless_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH713/web_215_alexless_1200px-5204e.jpg?1779603077' width='500' height='713' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;epuis d&#233;but janvier, l'administration ouvre &#224; chaque usager du syst&#232;me de soins un &#171; Espace num&#233;rique de sant&#233; &#187; (ENS), qui centralise sur un m&#234;me serveur ses ordonnances, certificats, r&#233;sultats d'analyses, dossiers d'hospitalisation, historiques de remboursement, etc. Alors que son devancier, le Dossier m&#233;dical partag&#233;, n'&#233;tait fourni qu'aux seuls volontaires, un ENS personnel est cr&#233;&#233; d'office &#224; tout le monde, sauf opposition expresse. D&#233;sormais, c'est donc aux non-consentants qu'il revient de refuser explicitement que les informations les concernant soient ainsi regroup&#233;es sur internet. Pour tous les autres, le consentement est r&#233;put&#233; automatique, quelles que soient leurs potentielles craintes sur le fait que leurs &#171; donn&#233;es &#187; soient, un jour prochain, mises &#224; disposition de compagnies d'assurance, de banques ou encore de start-up de e-sant&#233; qui d&#233;veloppent des &#171; applis mobiles &#187; &#224; partir d'analyses algorithmiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des institutions, il n'y a gu&#232;re que la D&#233;fenseure des droits qui s'alarme de ce basculement, elle qui rappelait en mars dernier que dans ses relations avec les diff&#233;rents services publics, &#171; &lt;i&gt;l'usager devrait pouvoir effectivement disposer d'alternatives &#233;quivalentes, non hi&#233;rarchis&#233;es ou prioris&#233;es, accessibles et qui n'induisent pas d'in&#233;galit&#233; de traitement de la part du service public&lt;/i&gt; &#187;. Elle pr&#233;conisait de laisser &#224; chacun le choix de son mode de communication avec l'administration, sans enfermer d'office tous les usagers dans une relation exclusivement num&#233;rique et sans leur faire supporter les dysfonctionnements de l'administration en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans l'antre de la S&#233;cu&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'autres voix s'&#233;l&#232;vent dans la soci&#233;t&#233; pour appeler de mani&#232;re nette au refus de &#171; Mon espace sant&#233; &#187; par le plus grand nombre &lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour cl&#244;turer son Espace num&#233;rique de sant&#233;, le plus simple (si la CPAM (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le collectif &#201;cran total en fait partie, dans la continuit&#233; de ses actions r&#233;guli&#232;res depuis plusieurs ann&#233;es contre la num&#233;risation des services publics &lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple la manifestation de janvier 2020 contre la suppression des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le 6 octobre dernier, certains d'entre nous se sont rendus &#224; la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) d'Albi (Tarn) pour clamer ce refus, et tenter de le partager avec les employ&#233;s de la S&#233;cu. Qui ont &#233;t&#233; bien &#233;tonn&#233;s, et parfois courrouc&#233;s, de nous voir d&#233;barquer &#224; quarante pour ouvrir une discussion de fond pendant leur temps de travail, non seulement dans le hall public, mais aussi dans les bureaux o&#249; la majorit&#233; travaille.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Au moment o&#249; &#173;l'h&#244;pital public est &#224; terre, la &#173;solution propos&#233;e pour lutter contre les d&#233;serts &#173;m&#233;dicaux est la t&#233;l&#233;m&#233;decine &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une banderole &#233;tait d&#233;ploy&#233;e au milieu des ordinateurs destin&#233;s &#224; l'accueil du public : &#171; Le num&#233;rique, ce n'est plus du service public &#187;. Et dans le m&#234;me temps, notre tract, &#171; Num&#233;rique, pompe &#224; fric &#187;, &#233;tait largement distribu&#233; aux salari&#233;s et usagers pr&#233;sents : &#171; &lt;i&gt;Alors que les services d'urgence ferment les uns apr&#232;s les autres, le gouvernement finance massivement des soci&#233;t&#233;s informatiques pour d&#233;ployer l'Espace num&#233;rique de sant&#233;. Le volet num&#233;rique du &#8220;S&#233;gur de la sant&#233;&#8221; repr&#233;sente une manne de 2 milliards d'euros d'argent public destin&#233;s &#224; ce type d'entreprises. Au moment o&#249; l'h&#244;pital public est &#224; terre, la solution propos&#233;e pour lutter contre les d&#233;serts m&#233;dicaux est la t&#233;l&#233;m&#233;decine, les consultations &#224; distance par internet. Jusqu'o&#249; allons-nous les laisser se moquer de nous ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plupart des usag&#232;res nous firent un accueil chaleureux, ajoutant de nouvelles anecdotes rageantes &#224; celles dont nous &#233;tions porteurs et porteuses, sur la volatilisation-privatisation de l'assurance maladie. Les employ&#233;s, eux, &#233;taient surtout vex&#233;s que nous ayons pu entrer, pacifiquement et sans effraction, dans les couloirs de l'institution. Il fallut du temps pour que la tension retombe et qu'il soit possible de parler de l'essentiel : avaient-ils &#233;t&#233; consult&#233;s &#224; propos de la cr&#233;ation de &#171; Mon espace sant&#233; &#187; ? Avaient-ils conscience qu'il n'existe, dans la soci&#233;t&#233;, aucun espace pr&#233;vu pour parler des enjeux de la num&#233;risation, en mesurer collectivement les cons&#233;quences et pouvoir la refuser ? On apprit finalement que plusieurs repr&#233;sentants syndicaux s'&#233;taient prononc&#233;s contre cette innovation, en 2021, mais qu'il n'avait pas &#233;t&#233; tenu compte de leur opinion.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une confiance aveugle dans la technologie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour pr&#233;cipiter la fin de notre occupation, le directeur par int&#233;rim de la CPAM du Tarn, &#201;milio Quesada, proposa de recevoir prochainement une d&#233;l&#233;gation de notre collectif. Mani&#232;re pour lui de nous apprendre &#224; agir &#171; &lt;i&gt; d&#233;mocratiquement &lt;/i&gt; &#187;, comme le font &#171; &lt;i&gt;les nombreuses associations qui [lui] demandent des rendez-vous&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Tout en affirmant la l&#233;gitimit&#233; de notre manifestation impromptue, dans ce monde verrouill&#233; de toutes parts, nous avons accept&#233; le rendez-vous propos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 20 octobre, trois d'entre nous (une travailleuse sociale, une journaliste et un prof de musique) sont retourn&#233;s &#224; Albi exposer un programme de revendications minimales, pour freiner le d&#233;ferlement num&#233;rique qui liquide le service public de sant&#233; : droit d'acc&#232;s &#224; un parcours de soin sans internet ni smartphone ; mise en place d'une communication largement visible sur le droit d'opposition &#224; la cr&#233;ation de l'ENS, via un affichage dans les antennes de la CPAM, un message pour les usagers qui patientent sur le serveur t&#233;l&#233;phonique ainsi que des courriels adress&#233;s aux assur&#233;s sociaux. Le directeur s'est mollement engag&#233; &#224; prendre en consid&#233;ration ces exigences. Sans surprise, &#224; ce jour nos revendications ne semblent pas avoir &#233;t&#233; satisfaites, ni dans le Tarn ni ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cet entretien, la d&#233;l&#233;gation d'&#201;cran total a pu mesurer combien les cadres de la &lt;i&gt;start-up nation&lt;/i&gt; sont peu conscients de la diff&#233;rence entre un accueil par des humains et la r&#233;ception par un &#233;cran d'ordinateur. Leur confiance dans la technologie semble les rendre totalement aveugles aux risques de fuite et d'appropriation (sauvage ou l&#233;galis&#233;e) des informations qui sont stock&#233;es sur l'ENS. Des informations &#233;minemment personnelles &#8211; sur les maladies contract&#233;es, les vaccins, les IVG pratiqu&#233;es, l'&#233;tat psychologique, donc indirectement sur le mode de vie et la sexualit&#233; &#8211; qu'il est pourtant particuli&#232;rement l&#233;gitime de ne pas vouloir centraliser.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des membres d'&#201;cran total Occitanie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour cl&#244;turer son Espace num&#233;rique de sant&#233;, le plus simple (si la CPAM d&#233;croche !) est de t&#233;l&#233;phoner au 3422 (appel sans surco&#251;t, de 8 h 30 &#224; 17 h 30 du lundi au vendredi) muni de son num&#233;ro de S&#233;curit&#233; sociale et du num&#233;ro de s&#233;rie de sa carte Vitale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par exemple la manifestation de janvier 2020 contre la suppression des guichets de gare SNCF. Lire &#171; Des humains plut&#244;t que des machines : usagers et cheminots contestent la num&#233;risation des gares &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; (03/02/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand Amazon investit les Asturies</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Quand-Amazon-investit-les-Asturies</link>
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		<dc:date>2022-12-22T18:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rom&#233;o Bondon</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;lias</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Autrefois fleuron des luttes ouvri&#232;res et paysannes, la province des Asturies, au nord de l'Espagne, a subi une importante d&#233;sindustrialisation ces derni&#232;res d&#233;cennies. L'arriv&#233;e de la multinationale Amazon, qui a pour habitude d'investir les r&#233;gions fragilis&#233;es, relance l'espoir de quelques-uns et confirme la pr&#233;carit&#233; des autres. Quarante minutes et trois euros. C'est la dur&#233;e et le tarif d'un trajet en bus entre Oviedo et Gij&#243;n. La premi&#232;re est la capitale administrative de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no215-decembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;215 (d&#233;cembre 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Elias-18275" rel="tag"&gt;&#201;lias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autrefois fleuron des luttes ouvri&#232;res et paysannes, la province des Asturies, au nord de l'Espagne, a subi une importante d&#233;sindustrialisation ces derni&#232;res d&#233;cennies. L'arriv&#233;e de la multinationale Amazon, qui a pour habitude d'investir les r&#233;gions fragilis&#233;es, relance l'espoir de quelques-uns et confirme la pr&#233;carit&#233; des autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4937 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_elias_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/web_215_elias_1200px-35b7f.jpg?1779603079' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par &#201;lias
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uarante minutes et trois euros. C'est la dur&#233;e et le tarif d'un trajet en bus entre Oviedo et Gij&#243;n. La premi&#232;re est la capitale administrative de la communaut&#233; autonome et de la province des Asturies, la seconde est le centre &#233;conomique de la r&#233;gion. De l'une &#224; l'autre, ce sont les mutations du travail du si&#232;cle dernier que l'on aborde &#224; rebours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie d'Oviedo, une bretelle d'autoroute part sur la droite pour rejoindre les zones industrielles de Granda, dans la ville de Meres, et celle de Bobes, &#224; Siero. La premi&#232;re accueille un centre logistique Amazon depuis 2019. Un modeste avant-poste tant ses 3 000 m&#178; paraissent ridicules &#224; c&#244;t&#233; de l'immense site que la multinationale est en passe d'ouvrir &#224; Bobes : pr&#232;s de 200 000 m&#178; et 2 000 emplois annonc&#233;s, pour un investissement total d'environ 100 millions d'euros. L'ouverture du site ne cesse toutefois d'&#234;tre retard&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mi-chemin entre Oviedo et Gij&#243;n, le bus traverse Lugo de Llanera. Une bourgade comme il y en a beaucoup &#8211; quelques milliers d'habitant&#183;es, une gare, un mus&#233;e incongru en l'honneur du pilote automobile Fernando Alonso. Et le si&#232;ge social d'Alimerka, cha&#238;ne de supermarch&#233;s du nord du pays et deuxi&#232;me employeur de la r&#233;gion. Une dizaine de kilom&#232;tres encore et l'on aper&#231;oit Gij&#243;n, son port, et les hauts fourneaux d'ArcelorMittal. Le principal centre sid&#233;rurgique d'Espagne est aussi le premier employeur local, et l'une des derni&#232;res usines h&#233;rit&#233;es du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle encore en fonctionnement &#8211; celles-l&#224; m&#234;mes qui, un si&#232;cle durant, ont contribu&#233; &#224; l'identit&#233; et &#224; la relative prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique des Asturies.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les r&#233;gions d&#233;s&#339;uvr&#233;es, cibles d'Amazon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Asturies. Peut-&#234;tre ce simple nom n'&#233;voque-t-il plus grand-chose. Toutefois, pour nombre d'amateur&#183;ices d'histoire sociale, il fait surgir bien des souvenirs : une r&#233;volution prol&#233;tarienne au c&#339;ur des ann&#233;es 1930, grandiose et d&#233;faite ; des gueules noires surmont&#233;es d'un casque et barr&#233;es d'un foulard ; les paniers que portaient sur leur t&#234;te les &lt;i&gt;carboneras&lt;/i&gt; (charbonni&#232;res), elles dont on ne parle gu&#232;re, mais qui ne travaill&#232;rent et ne lutt&#232;rent pas moins que les hommes ; les drapeaux des centrales syndicales socialistes et anarchistes qui y flott&#232;rent plus souvent que le drapeau national.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment pour &#231;a qu'Amazon s'installe, ils savent qu'il y a un fort taux de ch&#244;mage, un manque d'emplois&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quarante minutes de bus donc, pour remonter l'histoire contemporaine du prol&#233;tariat dans une r&#233;gion qui, un si&#232;cle durant, a &#233;t&#233; d'abord celle de la mine et de la m&#233;tallurgie, avant de n'&#234;tre plus rien ou presque, en attendant une &#233;ventuelle recomposition dans le tertiaire, la logistique ou le tourisme. Entre 1980 et 2000, la moiti&#233; des emplois industriels de la r&#233;gion ont disparu &lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rub&#233;n Vega Garcia, &#171; D&#233;clin industriel et r&#233;sistances ouvri&#232;res dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Avec un taux de natalit&#233; dans les plus bas d'Europe, l'exode des jeunes, une population vieillissante et la d&#233;prise industrielle, l'image ouvri&#232;re des Asturies semble bel et bien perdue. Dans ce contexte, l'arriv&#233;e d'une multinationale telle qu'Amazon est, pour beaucoup, synonyme de renouveau. &#171; &lt;i&gt;&#199;a nous donne de la force et de l'espoir pour continuer &#224; capter les investissements&lt;/i&gt; &#187;, affirme &#193;ngel Garc&#237;a, le maire de Siero &lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Nueva Espa&#241;a (12/07/2022).&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve Daniel Ripa &#224; Gij&#243;n, dans le quartier de Cimavilla, secteur historique des p&#234;cheurs de la ville et endroit cl&#233; durant la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale r&#233;volutionnaire de 1934. Daniel Ripa a &#233;t&#233; secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral pour les Asturies du parti de gauche Podemos et reste la voix principale de l'opposition &#224; l'installation d'Amazon dans la r&#233;gion. Selon lui, si la multinationale cible cette r&#233;gion, ce n'est pas par hasard : &#171; &lt;i&gt;Le mod&#232;le &#233;conomique des Asturies se transforme, et c'est pr&#233;cis&#233;ment pour &#231;a qu'Amazon s'installe, ils savent qu'il y a un fort taux de ch&#244;mage, un manque d'emplois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une installation soutenue par les partis de droite comme ceux de gauche, &#224; l'exception de Podemos. Pour les premiers, Parti populaire en t&#234;te, le couplet est connu : &#171; &lt;i&gt;D'aucuns aimeraient que nous en soyons encore au temps de la locomotive &#224; vapeur, mais les temps changent&lt;/i&gt; &#187;, argue en s&#233;ance parlementaire l'un de ses repr&#233;sentants, heureux d'avoir plac&#233; son clich&#233; &lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;El Salto (12/04/2022).&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Du c&#244;t&#233; d'Izquierda unida, la f&#233;d&#233;ration cr&#233;&#233;e autour du Parti communiste, si on admet qu'il y aura des inconv&#233;nients pour le commerce de proximit&#233; et qu'il faudra rester vigilant quant aux droits des travailleur&#183;euse&#183;s, le soutien est malgr&#233; tout total. Des emplois sont des emplois, qu'importent les conditions. &#171; &lt;i&gt;Quand le gouvernement parle de l'arriv&#233;e d'Amazon, c'est en pensant que ce sera proche de l'industrie qu'il y avait par le pass&#233;&lt;/i&gt; &#187;, nous explique Daniel Ripa. Un pass&#233; marqu&#233;, selon lui, par un vrai rapport de forces favorable &#224; l'obtention et &#224; la d&#233;fense des droits des ouvrier&#183;es. Les pratiques actuelles de la multinationale montrent &#224; quel point la situation a chang&#233; &lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Baptiste Malet, En Amazonie, Fayard, 2019.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chantage aux aides publiques et coups de pression&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelques mois, le m&#233;dia local en ligne &lt;i&gt;Nortes&lt;/i&gt; a d&#233;nonc&#233; un accord de confidentialit&#233; sign&#233; en janvier 2021 entre le vice-pr&#233;sident du gouvernement asturien et la multinationale, garantissant &#224; celle-ci une discr&#233;tion totale dans l'attribution des terrains publics pour son installation &lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nortes (03/06/2022).&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;C'est la premi&#232;re fois que le gouvernement asturien et l'administration f&#233;d&#233;rale travaillent ouvertement pour une multinationale, loin des projecteurs&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;nonce Daniel Ripa. Malgr&#233; les d&#233;n&#233;gations r&#233;currentes du gouvernement local, une enqu&#234;te de la f&#233;d&#233;ration syndicale internationale UNI Global Union portant sur les aides publiques que s'octroie Amazon dans le monde fait bien mention des Asturies &lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Amazon.com's Hidden Worldwide Subsidies &#187;, Good Jobs First and UNI Global (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Celle-ci aurait investi au moins 4,4 millions d'euros pour garantir le &#171; bon accueil &#187; de l'entreprise. La strat&#233;gie d'Amazon est la m&#234;me depuis des ann&#233;es : s'installer partout o&#249; les ch&#244;meurs sont moins regardants et les aides publiques plus g&#233;n&#233;reuses &lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, lire &#171; De quoi Amazon est-il le nom ? &#187;, CQFD, no146, septembre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;La strat&#233;gie d'Amazon est la m&#234;me depuis des ann&#233;es : s'installer partout o&#249; les ch&#244;meurs sont moins regardants et les aides publiques plus g&#233;n&#233;reuses&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et gare &#224; celles et ceux qui &#233;mettent des r&#233;serves ! Amazon ne manque pas d'agressivit&#233; lorsqu'on la conteste, m&#234;me de mani&#232;re discr&#232;te. Alma, professeure de droit &#224; l'universit&#233; d'Oviedo, l'a r&#233;cemment constat&#233;. On se retrouve &#224; La Xusticia, l'un des centres sociaux du bassin minier du Nal&#243;n, &#224; La Felguera, ville qui a perdu la moiti&#233; de ses habitant&#183;es ces trente derni&#232;res ann&#233;es &#224; la suite de la fermeture des mines et des usines associ&#233;es. Elle m'explique qu'elle a propos&#233; &#224; ses &#233;tudiant&#183;es d'analyser les droits des salari&#233;&#183;es, notamment le droit de gr&#232;ve, &#224; l'aune de l'arriv&#233;e de la multinationale dans la r&#233;gion. Selon elle, c'est un cas d'&#233;cole &#224; m&#234;me de faire r&#233;fl&#233;chir sur les mutations que subissent les conditions salariales. Les superviseurs locaux d'Amazon l'ont contact&#233;e par t&#233;l&#233;phone pour lui demander de pouvoir consulter le contenu de ses cours et les documents qu'elle utilise. &#171; &lt;i&gt;C'est de l'ing&#233;rence. Je n'ai jamais vu &#231;a !&lt;/i&gt; &#187; conclut-elle, indign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de coups de pression &#224; Meres, dans l'une des compagnies de livraison &#224; laquelle Amazon sous-traite une partie de son activit&#233;. En avril dernier, trois salari&#233;s ont &#233;t&#233; licenci&#233;s en raison d'un volume de travail jug&#233; insatisfaisant par l'entreprise. En janvier, ils avaient particip&#233; &#224; monter une section syndicale pour protester contre la pr&#233;carit&#233; des conditions de travail, le salaire m&#233;diocre et les termes de la convention pass&#233;e avec la multinationale. En quelques semaines, plus de la moiti&#233; des salari&#233;&#183;es avaient adh&#233;r&#233;. &#192; la suite de ces renvois, qui s'apparentaient &#224; des tentatives d'intimidation, une gr&#232;ve illimit&#233;e a &#233;t&#233; vot&#233;e, la premi&#232;re li&#233;e &#224; Amazon dans les Asturies. Elle n'a cependant dur&#233; que deux mois, sans rien obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; La Xusticia, je fais &#233;galement la rencontre de plusieurs membres de la CNT, le syndicat historique du bourg. Carlos nous raconte que son fr&#232;re a r&#233;cemment obtenu une mission d'int&#233;rimaire comme transporteur pour Amazon, une mission courte qui devra sans cesse &#234;tre reconduite dans les mois &#224; venir. &#171; &lt;i&gt;15 jours de travail, 15 jours de ch&#244;mage, 15 jours de travail&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#233;graine-t-il comme une comptine. &#192; ses c&#244;t&#233;s, Sergio, trentenaire &#224; l'impeccable iroquoise, abonde. Il travaille dans la m&#233;tallurgie &#224; Avil&#233;s, entre Oviedo et Gij&#243;n, un secteur qui emploie aussi beaucoup d'int&#233;rimaires. Pour lui, les pratiques d'Amazon conduisent &#224; normaliser cette fragmentation du temps de travail dans l'ensemble des entreprises. L'un et l'autre se font peu d'illusions sur les b&#233;n&#233;fices de cette installation, et ils entendent bien proposer leur aide aux employ&#233;&#183;es pr&#233;caris&#233;&#183;es lors des permanences syndicales qui se tiendront, ici, &#224; La Xusticia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin du centre social se trouve l'ancienne usine sid&#233;rurgique Duro-La Felguera, fond&#233;e au milieu du xix&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Quelques jours plus t&#244;t, j'arpentais ses hangars envahis par la v&#233;g&#233;tation, o&#249; finissent de pourrir des machines d&#233;j&#224; rouill&#233;es. En 2013, Duro, l'entreprise historique qui la d&#233;tenait, a cess&#233; son activit&#233; malgr&#233; les cinq millions d'euros de fonds publics obtenus au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes &lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Nueva Espa&#241;a (05/05/2013).&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Aujourd'hui, dans un b&#226;timent attenant aux entrep&#244;ts d&#233;fonc&#233;s, des travailleuses passent leurs journ&#233;es au t&#233;l&#233;phone pour un op&#233;rateur mobile. Un chaos de mousse, de verre et de m&#233;tal, un mus&#233;e de l'industrie, un centre d'appel : m&#233;tonymie d'une r&#233;gion coinc&#233;e entre un glorieux pass&#233; industriel et un avenir incertain.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rom&#233;o Bondon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Rub&#233;n Vega Garcia, &#171; D&#233;clin industriel et r&#233;sistances ouvri&#232;res dans les Asturies depuis les ann&#233;es 1970 &#187;, dans &lt;i&gt;Mouvements ouvriers et crise industrielle&lt;/i&gt;, PUR, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Nueva Espa&#241;a &lt;/i&gt;(12/07/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;El Salto&lt;/i&gt; (12/04/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean-Baptiste Malet, &lt;i&gt;En Amazonie&lt;/i&gt;, Fayard, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nortes&lt;/i&gt; (03/06/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Amazon.com's Hidden Worldwide Subsidies &#187;, Good Jobs First and UNI Global Union, janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, lire &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/De-quoi-Amazon-est-il-le-nom' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; De quoi Amazon est-il le nom ? &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, no146, septembre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Nueva Espa&#241;a&lt;/i&gt; (05/05/2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Doux r&#234;ve de No&#235;l</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Doux-reve-de-Noel</link>
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		<dc:date>2022-12-22T18:27:57Z</dc:date>
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		<dc:subject>Tommy</dc:subject>
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&lt;p&gt;Un dessin de Tommy&lt;/p&gt;


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/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Tommy" rel="tag"&gt;Tommy&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chien-mechant-7" rel="tag"&gt;Chien m&#233;chant&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un dessin de Tommy&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_215_tommy_4_1200px.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/web_215_tommy_4_1200px-ee0ef.jpg?1779603080' width='500' height='355' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
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