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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Quand y a que des n&#233;nettes... &#187;</title>
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		<dc:date>2022-03-18T11:08:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Treizi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois des fragments de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. &#171; Oh mais y a que des mecs, ici ! &#187; s'&#233;crie Val&#233;rie, une coll&#232;gue cantini&#232;re, en entrant &#224; l'office du 4e &#233;tage. Effectivement, &#231;a ne m'avait pas frapp&#233;, nous sommes cinq gar&#231;ons. Dans ce milieu essentiellement f&#233;minin (sauf la cuisine o&#249; c'est tr&#232;s masculin), c'est tout &#224; fait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Treizi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois des fragments de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4438 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH356/1500refuserehpad_resultat-2-2-0095b-2cf8f-d8a17-db57f-53142.jpg?1782888293' width='500' height='356' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oh mais y a que des mecs, ici&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; s'&#233;crie Val&#233;rie, une coll&#232;gue cantini&#232;re, en entrant &#224; l'office du 4e &#233;tage. Effectivement, &#231;a ne m'avait pas frapp&#233;, nous sommes cinq gar&#231;ons. Dans ce milieu essentiellement f&#233;minin (sauf la cuisine o&#249; c'est tr&#232;s masculin), c'est tout &#224; fait inhabituel. Val&#233;rie est ravie : &#171; &lt;i&gt;Quand y a que des n&#233;nettes, &#231;a se tire dans les pattes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; C'est elle qui le dit. Moi, je n'ai pas &#224; me plaindre de mes coll&#232;gues. Des bin&#244;mes tournent mieux que d'autres, certaines&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des hommes travaillent en Ehpad, mais puisqu'ils sont tr&#232;s minoritaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ont l'esprit d'&#233;quipe, d'autres pas franchement ; il y en a qui sont aux petits soins avec les r&#233;sident&#183;es, d'autres pour qui ce boulot est purement alimentaire mais, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, je dirais que l'ambiance est plut&#244;t bonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons un moment de c&#244;t&#233; l'abandon dans lequel se trouvent certain&#183;es r&#233;sident&#183;es, le manque de moyens, les absences non remplac&#233;es qui nous &#233;puisent et nous emp&#234;chent de bien faire le job, les pannes d'ascenseur ou de chauffe-eau qui nous empoisonnent la vie, mettons tout cela de c&#244;t&#233; et regardons qui travaille dans cet Ehpad.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de jeunes, tout d'abord. Des stagiaires aide-soignantes (AS) ou infirmi&#232;res, mais aussi des &#233;tudiantes en sociologie, m&#233;decine ou commerce international, qui financent ainsi leurs &#233;tudes. Il y a celles qui bossaient d&#233;j&#224; dans le milieu, pour Korian&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe fran&#231;ais, num&#233;ro un europ&#233;en des maisons de retraite, qui g&#232;re pr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et compagnie ou comme aides &#224; domicile. D'autres sont pass&#233;es par McDonald's, Accor ou Disneyland avant d'atterrir chez nous. On voit aussi d&#233;barquer des &#233;l&#232;ves de ST2S&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sciences et technologies de la sant&#233; et du social.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, avec leurs discussions de lyc&#233;ennes : &#171; &lt;i&gt;T'as combien de pages &#224; faire, toi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, nous avons une ling&#232;re qui, apr&#232;s vingt ans pass&#233;s &#224; laver et plier le linge des r&#233;sident&#183;es et les tenues du personnel, dans une atmosph&#232;re bruyante et surchauff&#233;e, a maintenant l'&#226;ge d'&#234;tre admise en tant que r&#233;sidente. Cruel constat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hormis la France m&#233;tropolitaine, on vient de Martinique, de Guadeloupe, de la R&#233;union, de Guyane fran&#231;aise, du Surinam, de Nouvelle-Cal&#233;donie, de Saint-Martin, de Mayotte, et aussi d'Alg&#233;rie, du Maroc, du S&#233;n&#233;gal, de la C&#244;te d'Ivoire, du Cameroun, du Mali, de Guin&#233;e, de Centrafrique, de Madagascar, du B&#233;nin et certainement d'ailleurs. &#171; &lt;i&gt;D'o&#249; tu viens&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; ne fait pas vraiment partie des questions que l'on pose ; on l'apprend au d&#233;tour d'une conversation, ou pas. Ainsi, il semblerait que le personnel de l'Ehpad dessine une carte des DOM-TOM et anciennes colonies fran&#231;aises. Autant de territoires o&#249;, culturellement, on ne place pas les a&#238;n&#233;&#183;es en maisons de retraite. &#199;a donne &#224; r&#233;fl&#233;chir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce petit milieu clos, il se cr&#233;e des liens entre le personnel et les r&#233;sident&#183;es. Quand M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Lopez en a gros sur le c&#339;ur, elle va voir A&#239;cha qui la prend dans ses bras et la c&#226;line. Un jour, je trouve Oph&#233;lie la t&#234;te pos&#233;e sur les genoux de M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Simonetti, qui lui masse le cr&#226;ne en souriant. Comme elle pourrait le faire &#224; son arri&#232;re-petite-fille, si celle-ci venait la visiter. Pendant deux semaines, Val&#233;rie monte chaque jour &#224; notre &#233;tage pour accompagner une r&#233;sidente agonisante qu'elle aime beaucoup. Elle lui lit des passages de la Bible alors qu'elle-m&#234;me est ath&#233;e. Gr&#226;ce &#224; elle, cette dame part en paix et accompagn&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Elle est morte dans mes bras. C'est mon plus beau souvenir en 25 ans d'Ehpad&lt;/i&gt; &#187;, confie Val&#233;rie quelques jours plus tard, encore &#233;mue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'imagine que pour une AS qui attaque le lundi &#224; 6 h 30, fatigu&#233;e de son week-end travaill&#233; (dont une journ&#233;e de douze heures), ce n'est pas forc&#233;ment ce qui ressort de l'Ehpad. Elle pestera sans doute contre celle qui, par facilit&#233;, fait une toilette au lit au lieu de la douche pr&#233;vue ou contre celles qui prennent des pauses &#224; rallonge. Mais pour moi qui ai plus de recul parce que j'y suis moins et uniquement le soir, c'est-&#224;-dire pas pendant le rush du matin, c'est ce dr&#244;le de m&#233;lange que je vois, et qui contribue grandement, selon moi, &#224; l'int&#233;r&#234;t de ce boulot.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Denis L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Alors-tu-vas-torcher-les-vieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Tu-commences-a-avoir-la-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Oh-la-barbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Oh la barbe ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/On-dansait-a-en-mourir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On dansait &#224; en mourir &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Je-t-aime-comme-un-frere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je t'aime comme un fr&#232;re ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Ca-va-Denis-tranquille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va Denis, tranquille ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Elle-a-pas-fini-de-vous-emmerder' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Elle a pas fini de vous emmerder, celle-l&#224; ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Une-vie-sociale-un-peu-terne' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Une vie sociale un peu terne &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Ca-va-encore-faire-des-trucs-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va encore faire des trucs &#224; histoire&#8230; &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/On-va-nous-prendre-pour-des-Gitans' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On va nous prendre pour des Gitans ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Les-pigeons-ils-valent-mieux-que' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les pigeons, ils valent mieux que vous ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Des hommes travaillent en Ehpad, mais puisqu'ils sont tr&#232;s minoritaires l'auteur ne tient pas &#224; masculiniser les formulations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Groupe fran&#231;ais, num&#233;ro un europ&#233;en des maisons de retraite, qui g&#232;re pr&#232;s de 300 Ehpad en France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sciences et technologies de la sant&#233; et du social.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Sale pute &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Sale-pute</link>
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		<dc:date>2022-02-25T11:07:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yz&#233; Volupt&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>Nijelle Botainne </dc:subject>
		<dc:subject>Putain de chronique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Elle est &#224; la fois escort, camgirl, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe. Elle chronique dans CQFD son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique. Deuxi&#232;me opus de sa chronique mensuelle. Lundi, 14h45. Mon psychiatre m'indique que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nijelle-Botainne" rel="tag"&gt;Nijelle Botainne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Putain-de-chronique" rel="tag"&gt;Putain de chronique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Elle est &#224; la fois escort, camgirl, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe. Elle chronique dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique. Deuxi&#232;me opus de sa chronique mensuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200tds_resultat-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH717/1200tds_resultat-3-6ee14.jpg?1782888293' width='500' height='717' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Nijelle Botainne
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lundi, 14h45. Mon psychiatre m'indique que ma carte vitale ne passe plus. J'ai oubli&#233; de renouveler ma CMU&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui appel&#233;e Protection universelle maladie, elle est cens&#233;e garantir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le c&#339;ur au bord des l&#232;vres, je rentre chez moi en faisant mentalement l'addition de mes frais de sant&#233;. Psychiatre, r&#233;gulateurs d'humeur, anxiolytiques, PreP&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traitement pr&#233;ventif du VIH. Un cachet toutes les 24 h, efficace &#224; partir de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, tout &#231;a, plus rembours&#233;. Je sais m&#234;me pas combien &#231;a fait. Dans un acc&#232;s de panique, je me vois repasser par l'HP, en ayant peut-&#234;tre m&#234;me chop&#233; le VIH au passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, je passe &#224; la CPAM&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Caisse primaire d'assurance maladie.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; d&#233;poser mon dossier pour &#233;viter un retard suppl&#233;mentaire. J'ai oubli&#233; mon masque dans la voiture, je tente malgr&#233; tout de faire venir quelqu'un jusqu'au sas pour avoir une id&#233;e des d&#233;lais de traitement de ma demande. Les vigiles me bloquent, mais mes larmes de rage d&#233;sesp&#233;r&#233;e finissent par avoir raison de leur indiff&#233;rence. La r&#233;ponse tombe comme un couperet : trois semaines, minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appelle le CHU. J'explique &#224; la secr&#233;taire du centre de d&#233;pistage que j'arrive au bout de ma plaquette de PreP, esp&#233;rant qu'ils acceptent de me fournir en attendant le renouvellement de ma CMU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'a peut-&#234;tre jamais eu de gal&#232;re de thunes. Elle ne sait probablement pas ce que c'est que de ne pas avoir droit &#224; l'erreur en mati&#232;re de sant&#233; sexuelle. De savoir que, m&#234;me en mettant syst&#233;matiquement des capotes, m&#234;me en me faisant d&#233;pister tous les trois mois, m&#234;me en mettant des gants, le risque 0 n'existe pas et que, si par malheur je chope une merde, on me consid&#233;rera toujours comme responsable. Tomber malade quand on est pute, c'est la double peine : je l'aurai bien cherch&#233;. Elle ne sait pas que c'est moi que les gros cons traitent de sale pute, quand je leur refuse une fellation sans pr&#233;servatif ou leur explique qu'avaler mon urine augmente les risques d'&#234;tre contamin&#233; par un truc qui n'aurait pas encore &#233;t&#233; d&#233;tect&#233;. Elle ne sait pas toutes les heures pass&#233;es &#224; accumuler du savoir en mati&#232;re de r&#233;duction des risques (RDR), tout &#231;a pour &#233;viter que Jean-Mi refile une crasse &#224; son &#233;pouse parce que lui-m&#234;me n'est pas foutu d'aller consulter. Elle ne sait pas que je suis bipolaire, que je suis m&#232;re, que je me d&#233;m&#232;ne chaque putain de jour pour assurer le mieux possible ; que c'est un miracle que je sois debout et qu'il en faut de la t&#233;nacit&#233; pour avoir un suivi m&#233;dical permettant de limiter au maximum les risques li&#233;s &#224; mon activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, la secr&#233;taire ne sait pas tout &#231;a. Alors, m&#234;me quand elle me balance d'un ton blas&#233; qu'en plus, &#171; &lt;i&gt;la PreP, c'est pas donn&#233;&lt;/i&gt; &#187;, 160 euros par mois quand on la paie plein pot, je ravale toute ma col&#232;re accumul&#233;e par des ann&#233;es de violence m&#233;dicale, et me contente de dire : &#187; &lt;i&gt;Je suis travailleuse du sexe (TDS). Il est indispensable que je n'ai pas &#224; interrompre mon traitement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de d&#233;pistage de l'hosto, le mot &#171; pute &#187; est un s&#233;same qui peut acc&#233;l&#233;rer bien des choses. Je suis consid&#233;r&#233;e comme &#171; population &#224; haut risque &#187; et donc prioritaire. Normal, quand on sait que &#171; l'activit&#233; prostitutionnelle &#187; se combine pour beaucoup avec pauvret&#233;, difficult&#233;s d'acc&#232;s aux soins (m&#234;me quand on parle fran&#231;ais), &#224; des titres de s&#233;jour, &#224; un domicile fixe. Normal, quand on a compris qu'exercer une activit&#233; autant stigmatis&#233;e signifie pour beaucoup devoir se d&#233;merder seul&#183;e pour trouver les infos plut&#244;t que de se r&#233;soudre &#224; affronter le jugement de son g&#233;n&#233;raliste. Il faut bien qu'il y ait au moins un endroit o&#249; c'est possible de dire : &#171; &lt;i&gt;Bonjour, j'ai eu un accident de capote hier, le client sortait de prison. Filez-moi le traitement post-exposition&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antir&#233;troviraux &#224; prendre pendant 30 jours dans les 48 h max apr&#232;s une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;i&gt; et une ordonnance pour un test de grossesse, please.&lt;/i&gt; &#187; O&#249; on me rappelle les sympt&#244;mes de l'h&#233;patite B et me donne rendez-vous pour des analyses anticip&#233;es. Et o&#249;, accessoirement, on me d&#233;panne en cachetons pour m'&#233;viter de prendre des traitements bien plus lourds, et chers, tout le reste de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de RDR, ils sont pas trop mauvais, &#224; l'hosto. Ils ont bien compris, avec moi en tout cas, que c'&#233;tait pas la peine de me faire la morale. Que leur taf, c'est de me donner les moyens de faire le mien, et qu'&#224; trop me faire chier, ils vont juste me perdre. Alors j'en profite pour leur faire un peu de p&#233;dagogie. Comment &#234;tre plus &#171; TDS-friendly &#187; ? Commencez par traduire votre questionnaire anonyme en plusieurs langues. Et, par piti&#233;, enlevez cette question : &#171; &lt;i&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; eu recours aux services d'une prostitu&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Arr&#234;tez d'entretenir ce mythe selon lequel les putes seraient forc&#233;ment plus &#171; sales &#187; que les &#171; &lt;i&gt;3, 6 ou 10 partenaires au cours des 6 mois pr&#233;c&#233;dents&lt;/i&gt; &#187;, quand vous &#234;tes les premiers &#224; reconna&#238;tre qu'une majorit&#233; de la population sexuellement active n'est pas foutue de choisir correctement une capote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas plus &lt;i&gt;irresponsables&lt;/i&gt; que les autres. Et que le rapport soit tarif&#233; n'y change rien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;c&#233;dentes &#034;Putain de chroniques&#034; : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Je-ne-suis-pas-la-pute-que-vous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je ne suis pas la pute que vous croyez &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aujourd'hui appel&#233;e Protection universelle maladie, elle est cens&#233;e garantir l'acc&#232;s aux soins aux plus pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Traitement pr&#233;ventif du VIH. Un cachet toutes les 24 h, efficace &#224; partir de 7 jours de prise cons&#233;cutive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Caisse primaire d'assurance maladie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Antir&#233;troviraux &#224; prendre pendant 30 jours dans les 48 h max apr&#232;s une potentielle exposition au VIH pour limiter les risques de contamination.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des livres qui font bang bang !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Des-livres-qui-font-bang-bang</link>
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		<dc:date>2022-01-06T22:29:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quelques suggestions de livres-cadeaux de fin d'ann&#233;e au fulminate de mercure. La Nature du combat &#8211;Pour une r&#233;volution &#233;cologique de Bernard Charbonneau (1910-1996) et Jacques Ellul (1912-1994) (L'&#201;chapp&#233;e, octobre 2021). Une mise en cause f&#233;roce de la civilisation &#171; d&#233;croissante &#187; par deux pr&#233;curseurs cinglants, tous les deux bordelais, de l'&#233;cologie offensive, ayant notamment anim&#233; dans les ann&#233;es 1970 le pugnace Comit&#233; de d&#233;fense de la c&#244;te aquitaine contre les projets (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quelques suggestions de livres-cadeaux de fin d'ann&#233;e au fulminate de mercure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4244 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/png/la-nature-du-combat.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L495xH800/la-nature-du-combat-89267.png?1782637825' width='495' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;La Nature du combat &#8211;Pour une r&#233;volution &#233;cologique&lt;/i&gt; de Bernard Charbonneau (1910-1996) et Jacques Ellul (1912-1994) (L'&#201;chapp&#233;e, octobre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mise en cause f&#233;roce de la civilisation &#171; d&#233;croissante &#187; par deux pr&#233;curseurs cinglants, tous les deux bordelais, de l'&#233;cologie offensive, ayant notamment anim&#233; dans les ann&#233;es 1970 le pugnace Comit&#233; de d&#233;fense de la c&#244;te aquitaine contre les projets technocratiques de d&#233;veloppement du tourisme de masse. Vitaux aussi pour les deux r&#233;fractaires : l'appel &#224; la refonte imm&#233;diate de nos modes de vie et le soutien concret aux objecteurs et aux insoumis &#224; qui on fait des mis&#232;res. Ajoutons que les deux comp&#232;res auront beaucoup d'emb&#234;tements parce qu'ils critiquent ludditement la technique et la politique en soi (et pas seulement leurs retomb&#233;es) et qu'ils flasquent &#233;galement sur le marxisme et le totalitarisme scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;La Semaine sanglante &#8211; mai 1871, l&#233;gendes et comptes&lt;/i&gt; de Mich&#232;le Audin (Libertalia, mars 2021).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne disposait jusqu'ici que de rares documents viables, datant de la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, sur les massacres versaillais du 21 au 28 mai 1871. La fute-fute historienne Audin&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet l'entretien qu'elle avait accord&#233; en mars dernier &#224; CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a mis la main sur de nouvelles sources provenant des archives de l'arm&#233;e, de la police, des pompes fun&#232;bres, sur lesquelles elle se base pour d&#233;montrer que c'est plus de 10 000 inconnus qui furent inhum&#233;s dans les cimeti&#232;res de Paris. Sans compter les macchabs ensevelis en banlieue ou on ne sait o&#249;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; compl&#233;ter par la ragaillardissante &#233;tude collective &lt;i&gt;Toujours debout&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; (co&#233;dit&#233;e par les &#201;ditions du Monde libertaire et les &#201;ditions CNT-RP) qui nous plonge dans une Commune autog&#233;r&#233;e vivante en diable, saisie dans toute son &#233;lectrisante h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; pour le plus grand effroi d'un Alphonse Daudet : &#171; &lt;i&gt;Paris au pouvoir des n&#232;gres&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; ou d'un Flaubert : &#171; &lt;i&gt;On aurait d&#251; condamner aux gal&#232;res toute la Commune&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;L'Assiette au Beurre croque les bigots &#8211; Dessins anticl&#233;ricaux d'une revue satirique&lt;/i&gt; de Ludivine P&#233;choux (&#201;ditions de la Lanterne, octobre 2021)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une anthologie d&#233;sopilante des dessins effront&#233;ment anticalotins qui constell&#232;rent la c&#233;l&#232;bre revue satirique entre 1901 et 1912. Et dans ce floril&#232;ge volcanique, l'on retrouve comme il se doit les meilleurs caricaturistes anarchisants de la Belle &#201;poque : Grandjouan, Willette, Delannoy, Vallotton, Jossot, Ibels, Steinlen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Tu ne tueras plus ! &#201;mile Derr&#233;, anarchiste, pacifiste, sculpteur&lt;/i&gt; de Thierry Guilabert (Editions Libertaires, mai 2021)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un hommage enjou&#233; &#224; un sculpteur statuaire diablement couillu : &#201;mile Derr&#233; (1867-1938), connu surtout pour deux provocations historiques. En 1899, &#224; Paris, boulevard de Clichy, sa statue de bronze de quatre m&#232;tres de Charles Fourier, le g&#233;nial dynamiteur du vieux monde cagot, choque. Durant l'occupation, ladite statue sera jet&#233;e bas par les nazis avant d'&#234;tre remplac&#233;e sur son pi&#233;destal pendant quelques jours par une r&#233;plique en pl&#226;tre, &#233;rig&#233;e fac&#233;tieusement par les situs en 1969.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, en 1924, son monument &#171; R&#233;conciliation &#187; repr&#233;sentant deux soldats casqu&#233;s &#224; poilpuche, l'un Fran&#231;ais, l'autre Allemand, enlac&#233;s voluptueusement sur les genoux d'une d&#233;esse les c&#226;linant sur son sein. Sur le socle du groupe sculpt&#233; scandaleux, l'inscription : &#171; &lt;i&gt;Tu ne tueras plus !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;No&#235;l Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet l'entretien qu'elle avait accord&#233; en mars dernier &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (n&#176;196) : &#171; Thiers : &#8220;Ce spectacle affreux servira de le&#231;on&#8230;&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cauchemar calamar</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Cauchemar-calamar</link>
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		<dc:date>2021-12-30T21:20:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Chien m&#233;chant</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un dessin de Bobika.&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chien-mechant-7" rel="tag"&gt;Chien m&#233;chant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un dessin de Bobika.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4215 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bobika2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/1200bobika2_resultat-d553f.jpg?1782888293' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La virtualisation des soins est une machine &#224; exclusion &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-virtualisation-des-soins-est</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/La-virtualisation-des-soins-est</guid>
		<dc:date>2021-12-30T17:40:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Sant&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>soins</dc:subject>
		<dc:subject>patients</dc:subject>
		<dc:subject>donn&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>psychiatrie</dc:subject>
		<dc:subject>Mathieu Bellahsen</dc:subject>
		<dc:subject>soignants</dc:subject>
		<dc:subject>soin</dc:subject>
		<dc:subject>psychiatrie publique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entre crise du Covid et g&#233;n&#233;ralisation de la logique gestionnaire, la psychiatrie publique perd &#224; vitesse acc&#233;l&#233;r&#233;e toute capacit&#233; &#224; apporter un v&#233;ritable soin, estime le psychiatre Mathieu Bellahsen. Il revient dans cet entretien sur les divers artefacts technologiques mis en avant pour (mal) compenser ces manquements. Cela fait des ann&#233;es que Mathieu Bellahsen tire la sonnette d'alarme en mati&#232;re de psychiatrie publique. Dans La Sant&#233; mentale &#8211; vers un bonheur sous contr&#244;le publi&#233; en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/soins" rel="tag"&gt;soins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/patients" rel="tag"&gt;patients&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/donnees" rel="tag"&gt;donn&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/psychiatrie" rel="tag"&gt;psychiatrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mathieu-Bellahsen" rel="tag"&gt;Mathieu Bellahsen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/soignants" rel="tag"&gt;soignants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/soin" rel="tag"&gt;soin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/psychiatrie-publique" rel="tag"&gt;psychiatrie publique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entre crise du Covid et g&#233;n&#233;ralisation de la logique gestionnaire, la psychiatrie publique perd &#224; vitesse acc&#233;l&#233;r&#233;e toute capacit&#233; &#224; apporter un v&#233;ritable soin, estime le psychiatre Mathieu Bellahsen. Il revient dans cet entretien sur les divers artefacts technologiques mis en avant pour (mal) compenser ces manquements.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bellahsen_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH689/1200bellahsen_resultat-2-d87d4.jpg?1782888294' width='500' height='689' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;ela fait des ann&#233;es que Mathieu Bellahsen tire la sonnette d'alarme en mati&#232;re de psychiatrie publique. Dans &lt;i&gt;La Sant&#233; mentale &#8211; vers un bonheur sous contr&#244;le&lt;/i&gt; publi&#233; en 2014 (La Fabrique), il d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; une forme de glissement g&#233;n&#233;ralis&#233; des structures et soignants vers la logique n&#233;olib&#233;rale. L'objectif : fabriquer de bons petits soldats de l'entreprise et de la vie sociale, en laissant les plus &#171; ab&#238;m&#233;s &#187; sur le bord de la route. &#171; &lt;i&gt;Le soin n'est plus le souci principal, l'objectif de r&#233;gulation sociale prime&lt;/i&gt; &#187;, expliquait-il dans nos colonnes en f&#233;vrier 2020 &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Psychiatrie insurg&#233;e : instituer un autre rapport au temps &#187;, CQFD n&#176; 184.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2014, cette logique gestionnaire, qui s'appuie entre autres sur les neurosciences et l'omnipr&#233;sence des &#233;crans, a largement d&#233;ploy&#233; ses ailes. Elle est notamment port&#233;e par la fondation FondaMental, institut de recherche cr&#233;&#233; en 2007 et li&#233; au tr&#232;s n&#233;olib&#233;ral Institut Montaigne, qui d&#233;ploie dans les CHU des dizaines de &#171; centres experts &#187; en troubles mentaux. La crise du Covid a compl&#233;t&#233; l'offensive gestionnaire, normalisant les t&#233;l&#233;consultations tout en acc&#233;l&#233;rant la d&#233;shumanisation de l'h&#244;pital public. D&#233;fenseur d'une psychiatrie institutionnelle ouverte sur la cit&#233; et les droits des psychiatris&#233;s, Mathieu Bellahsen a d'ailleurs &#233;t&#233; destitu&#233; de son poste de chef de p&#244;le pour avoir refus&#233; l'enfermement syst&#233;matique des patients au sein de son &#233;tablissement pendant le confinement&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; Asni&#232;res-sur-Seine, un service de psychiatrie d&#233;truit pour avoir d&#233;fendu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pire : le service qu'il dirigeait a &#233;t&#233; d&#233;mantel&#233;. Une d&#233;cision que le coauteur du r&#233;cent &lt;i&gt;La R&#233;volte de la psychiatrie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crit avec Lorianne Bellahsen et Rachel Knaebel, La D&#233;couverte, 2020.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; consid&#232;re comme repr&#233;sentative du m&#233;nage men&#233; dans la psychiatrie publique au d&#233;triment des patients et pour le plus grand plaisir des chantres de la technologie &#224; tous crins.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Data-psy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans l'h&#244;pital public, les soignants passent de plus en plus de temps &#224; entrer des donn&#233;es devant des &#233;crans, soi-disant pour am&#233;liorer la &#8220;qualit&#233; des soins&#8221;, mais surtout pour satisfaire les proc&#233;dures de certification de la Haute Autorit&#233; de sant&#233; d'o&#249; d&#233;coulent les financements. Or les indicateurs de qualit&#233; sont construits &#224; partir de l'informatisation. Les soignants sont ainsi devenus des instances de fichage, notamment en psychiatrie. Parmi les donn&#233;es collect&#233;es : les risques (suicidaire, infectieux, de dangerosit&#233;), les diverses &#233;valuations cliniques, le degr&#233; de compliance aux soins, la gravit&#233; de l'expression pathologique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est qu'un d&#233;but. Les tenants d'une gestion algorithmique de la psychiatrie planifient en effet d'articuler des donn&#233;es de sant&#233; avec des prises de sang et l'imagerie c&#233;r&#233;brale. Le Graal affich&#233; de cette fondation FondaMental qui a l'oreille du gouvernement, c'est ainsi de faire du big data articul&#233; &#224; des donn&#233;es biologiques, en s'appuyant sur lesdits &#8220;centres experts&#8221;. Le probl&#232;me : ces centres sont li&#233;s &#224; des entreprises priv&#233;es comme AstraZeneca ou Doctissimo, ce qui pose la question de l'utilisation future de ces donn&#233;es &#8211; sans compter les risques de vol informatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, cette psychiatrie de tubes &#224; essai s'articule &#224; une certaine vision de l'existence. Elle en &#233;vacue la dimension sensible au profit d'une gestion de comportements pr&#233;dictibles par algorithmes et soi-disant cernables par les images du cerveau. C'est l'av&#232;nement de la c&#233;r&#233;brologie, que j'ai analys&#233; dans un triptyque publi&#233; sur &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Opus 1 : &#171; Assises de la psychiatrie couch&#233;e. &#201;pisode 1 : la cons&#233;cration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. On parle plus des lois du cerveau que des soins aux personnes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Start-upisation mentale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224;-dessus est venue se greffer la crise Covid. Le livre &lt;i&gt;R&#233;inventer notre sant&#233; mentale avec la Covid-19&lt;/i&gt;, sorti en octobre et dont deux des trois autrices sont des pontes de FondaMental, explique ainsi &#224; quel point ce moment a permis &#8220;&lt;i&gt;un grand bond en avant&lt;/i&gt;&#8221; des innovations, notamment de la t&#233;l&#233;m&#233;decine. Leur propos assume une forme de piratage n&#233;olib&#233;ral : pour elles, cette &#233;pid&#233;mie a &#233;t&#233; une opportunit&#233; g&#233;niale, permettant le tournant num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de soin, la num&#233;risation est une nouvelle forme de discipline. Soit les patients s'y plient parce qu'ils sont en mesure de le faire, soit ils sont trop malades pour &#231;a et finissent dans les dispositifs de s&#233;curit&#233; qui fleurissent &#224; mesure que la psychiatrie ne soigne plus &#8211; on condamne &#224; l'errance, au suicide, &#224; la rue ou &#224; la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soignants ont d&#233;j&#224; en partie pris ce pli num&#233;rique : beaucoup d'entre eux ne consid&#232;rent comme soin que ce qui est virtuel. Il suffit de voir la mode de la &#8220;rem&#233;diation cognitive&#8221; : des usagers tri&#233;s sur le volet sont plac&#233;s devant des ordinateurs avec pour but de reconfigurer les d&#233;ficits de leurs circuits neuronaux via leur plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale. Et ces pratiques prennent de plus en plus de place, les Agences r&#233;gionales de sant&#233; et le minist&#232;re poussant au d&#233;veloppement de ce type de &#8220;soin&#8221; au d&#233;triment de tous les autres. C'est dans ce cadre que se d&#233;veloppent des exp&#233;riences de r&#233;alit&#233; virtuelle avec des casques. Au CHU de Rennes, pour former des soignants, on leur propose de se mettre dans la peau d'un schizophr&#232;ne, de ressentir les troubles, les hallucinations, via le logiciel Schizolab d&#233;velopp&#233; par le laboratoire Janssen. Comme si le virtuel permettait d'approcher ce r&#233;el tellement complexe&#8230; Il serait plus utile d'appliquer la contention en chambre d'isolement &#224; des soignants et directeurs d'h&#244;pitaux, afin qu'ils comprennent ce que font aux corps ces soi-disant &#8220;soins&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce type d'approche est symptomatique du macronisme et de son obsession pour la start-upisation. C'est une forme de matrice o&#249; patients et soignants doivent sans arr&#234;t s'adapter aux innovations. Les soins &#233;tant ax&#233;s sur l'adaptabilit&#233; des patients, la virtualisation devient une machine &#224; exclusion, parce qu'elle &#8220;fonctionne&#8221; avec les cas les moins graves et les plus identifiables num&#233;riquement. Ainsi, s'il y a une telle croissance de la d&#233;tection des troubles du comportement, c'est parce qu'ils sont facilement rep&#233;rables en remplissant des grilles devant un ordi. On est loin du soin.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au CHU de Rennes, pour former des soignants, on leur propose de se mettre dans la peau d'un schizophr&#232;ne, de ressentir les troubles, les hallucinations, via le logiciel Schizolab d&#233;velopp&#233; par le laboratoire Janssen&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, il y a la question des applications &lt;i&gt;[de &#8220;soutien psychologique&#8221;]&lt;/i&gt; cens&#233;es te suivre au quotidien, comme Mon sherpa. Elles s'articulent &#224; une logique g&#233;n&#233;ralis&#233;e de p&#233;nurie hospitali&#232;re et de privatisation. De m&#234;me que les montres connect&#233;es reli&#233;es &#224; des plateformes, qui surveillent le sommeil, la fr&#233;quence cardiaque, etc., &#224; la logique proche d'un bracelet de surveillance carc&#233;ral. Ici l'imaginaire disciplinaire se recycle dans l'univers virtuel pseudo-&#233;mancipateur. On le voit aussi avec les pilules Abilify MyCite, utilis&#233;es aux &#201;tats-Unis dans le traitement de la schizophr&#233;nie ou de la bipolarit&#233;, qui envoient un signal au m&#233;decin traitant voire &#224; la famille quand elles sont aval&#233;es. Tout cela rel&#232;ve d'une fascination pour l'innovation : d&#232;s qu'il y a un nouveau m&#233;dicament ou gadget, la norme c'est de l'essayer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Renforcement de la contrainte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous vivons une p&#233;riode clairement difficile pour la psychiatrie publique, qui n'arrive plus &#224; respirer dans un contexte o&#249; la stigmatisation de la maladie est omnipr&#233;sente &#8211; avec comme exemple phare la cr&#233;ation r&#233;cente d'Hopsyweb, fichier des personnes admises en hospitalisation psychiatrique sans consentement&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Instaur&#233; par des d&#233;crets de 2018 et 2019, ce fichier est crois&#233; avec le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. L'approche gestionnaire am&#232;ne un renforcement de la contrainte, avec de plus en plus de contention et d'isolement. Et le d&#233;bat &#224; ce niveau n'est pas vraiment port&#233;, alors m&#234;me qu'il y a une articulation entre contrainte (physique ou chimique) et virtualisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tableau noir, dans lequel il n'y a plus de discussion, de t&#226;tonnement, simplement une approche automatis&#233;e. Mais comme le rappelle l'&#233;crivain Antonin Artaud, les choses laiss&#233;es &#224; l'abandon se vengent : &#8220;&lt;i&gt;Toutes nos id&#233;es sur la vie sont &#224; reprendre &#224; une &#233;poque o&#249; rien n'adh&#232;re plus &#224; la vie.&lt;/i&gt;&#8221; L'&#233;volution en cours sera n&#233;cessairement contest&#233;e par une partie des psychiatris&#233;s, des professionnels et des citoyens. D'o&#249; l'importance d'&#234;tre attentifs aux &#233;mergences &#224; venir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Psychiatrie-insurgee-Instituer-un' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Psychiatrie insurg&#233;e : instituer un autre rapport au temps &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 184.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/280921/asnieres-sur-seine-un-service-de-psychiatrie-detruit-pour-avoir-defendu-les-droits-des-patients?onglet=full&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#192; Asni&#232;res-sur-Seine, un service de psychiatrie d&#233;truit pour avoir d&#233;fendu les droits des patients &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (28/09/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;crit avec Lorianne Bellahsen et Rachel Knaebel, La D&#233;couverte, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Opus 1 &lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/mathieu-bellahsen/blog/290421/assises-de-la-psychiatrie-couchee-episode-1-la-consecration-de-la-cerebrologie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; : &#171; Assises de la psychiatrie couch&#233;e. &#201;pisode 1 : la cons&#233;cration de la c&#233;r&#233;brologie &#187;&lt;/a&gt; (29/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Instaur&#233; par des d&#233;crets de 2018 et 2019, ce fichier est crois&#233; avec le fichier terrorisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bonheur</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Bonheur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Bonheur</guid>
		<dc:date>2021-12-23T17:06:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Chien m&#233;chant</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un dessin de Soulci&#233;.&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chien-mechant-7" rel="tag"&gt;Chien m&#233;chant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH101/zzsoul-ed2ed.jpg?1782888294' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un dessin de Soulci&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4196 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200soulcia_c__resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH674/1200soulcia_c__resultat-db943.jpg?1782888294' width='500' height='674' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le bonheur go&#251;t MentaMur&#174;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-bonheur-gout-MentaMur-R</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Le-bonheur-gout-MentaMur-R</guid>
		<dc:date>2021-12-23T16:50:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chien Noir</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>C'est fou</dc:subject>
		<dc:subject>coll&#232;gues</dc:subject>
		<dc:subject>phase</dc:subject>
		<dc:subject>Louis Soutter</dc:subject>
		<dc:subject>MentaMur</dc:subject>
		<dc:subject>Souplesse</dc:subject>
		<dc:subject>Soutter</dc:subject>
		<dc:subject>Cog&#233;fish</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Inspir&#233; par le th&#232;me de ce dossier, notre fid&#232;le camarade Chien Noir s'est laiss&#233; porter par son c&#233;l&#232;bre optimisme. Il en a tir&#233; cette nouvelle dystopique, o&#249; il est question de cerveaux productivistes, d'affinage mental, de sant&#233; connect&#233;e et de puces &#224; l'oreille. Phase 1 C'est fou : je vais bien. Tr&#232;s bien. Tellement bien. J'aurais jamais cru &#231;a possible. Un tel apaisement. Une telle motivation. Une telle communion avec le monde du travail et mes semblables. Alors certes #C&#233;dric83, mon (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est-fou" rel="tag"&gt;C'est fou&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/collegues" rel="tag"&gt;coll&#232;gues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/phase" rel="tag"&gt;phase&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Louis-Soutter" rel="tag"&gt;Louis Soutter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/MentaMur" rel="tag"&gt;MentaMur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Souplesse" rel="tag"&gt;Souplesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Soutter" rel="tag"&gt;Soutter&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cogefish" rel="tag"&gt;Cog&#233;fish&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Inspir&#233; par le th&#232;me de ce dossier, notre fid&#232;le camarade Chien Noir s'est laiss&#233; porter par son c&#233;l&#232;bre optimisme. Il en a tir&#233; cette nouvelle dystopique, o&#249; il est question de cerveaux productivistes, d'affinage mental, de sant&#233; connect&#233;e et de puces &#224; l'oreille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4194 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/418_soutter_num4000_em-1536x1189.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH387/418_soutter_num4000_em-1536x1189-6684d.jpg?1782888294' width='500' height='387' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Louis Soutter, &#034;Souplesse&#034;, 1939
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Phase 1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est fou : je vais bien. Tr&#232;s bien. Tellement bien. J'aurais jamais cru &#231;a possible. Un tel apaisement. Une telle motivation. Une telle communion avec le monde du travail et mes semblables. Alors certes #C&#233;dric83, mon MentaManageur virtuel, me l'avait garanti lors de ma derni&#232;re &lt;i&gt;consultation&lt;/i&gt;, me promettant des r&#233;sultats incroyables, mais je doutais. On croit toujours &#234;tre particulier. Que nos souffrances nous sont irr&#233;ductiblement propres. Qu'il n'y a pas de solution miracle universelle. En fait, c'est l'ego qui parle, qui r&#233;siste &#224; ce changement pourtant si confortable. Pignouf d'ego.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais bien, donc. Si bien. Sortir de mon appartement un jour gris n'est plus un probl&#232;me. Aller d&#233;jeuner au resto ou discuter des r&#233;sultats du foutu foot avec les coll&#232;gues &#224; la machine &#224; caf&#233; non plus. M&#234;me les foules ne me font plus flipper, alors qu'auparavant un simple march&#233; de No&#235;l pouvait d&#233;clencher en moi d'intol&#233;rables crispations assorties de sueurs froides et d'oreilles sifflant comme des locomotives. Oui, les crises ont pris le chemin de l'exil, loin, tr&#232;s loin, l&#224; o&#249; les nuages sont d'affables compagnons de route, des bonshommes ronds sympas comme tout &#8211; Madame Bonheur, Monsieur Nigaud, ce genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la Cog&#233;fish, leader mondial de la nourriture pour poissons d'aquariums, j'&#233;tais le dernier des &#171; &lt;i&gt;productifs++&lt;/i&gt; &#187; du secteur ventes &#224; n'avoir pas franchi le pas de la r&#233;volution MentaMur&#174;. Ce qui me conf&#233;rait une &#233;tiquette de mouton noir peu seyante. Pour mes coll&#232;gues, je n'existais plus. Ils ne me saluaient plus, des gla&#231;ons dans les yeux quand je les d&#233;visageais. Et moi qui d&#233;j&#224; n'&#233;tais pas vraiment un pro du&lt;i&gt; game&lt;/i&gt; social, je me retrouvais &#224; d&#233;vorer les salsifis bio de la cantoche avec ces nuls d'agents de nettoyage et de r&#233;ceptionnistes, class&#233;s seulement &#171; &lt;i&gt;productifs+&lt;/i&gt; &#187;, donc pas concern&#233;s par la &#171; &lt;i&gt;phase d'exp&#233;rimentation&lt;/i&gt; MentaMur&#174; &lt;i&gt;en milieu professionnel&lt;/i&gt; &#187; lanc&#233;e par le gouvernement, en concertation avec la fondation &#233;ponyme. Ma place, alors ? Avec les invisibles, les rat&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que j'ai d&#233;cid&#233; d'op&#233;rer ma mue mentale, tout est rentr&#233; dans l'ordre. Ou plut&#244;t : dans un &lt;i&gt;meilleur&lt;/i&gt; ordre que le pr&#233;c&#233;dent. Je fais d&#233;sormais partie de la famille royale Cog&#233;fish. Mes coll&#232;gues : des semblables. Via l'appli MentaMur&#174;, ils savent que j'ai rejoint leur caste. Ils me voient. Ils me &lt;i&gt;consid&#232;rent&lt;/i&gt;. Ils connaissent ma note de disponibilit&#233; sociale. Et &#231;a change tout. On oublie parfois &#224; quel point un petit &#171; &lt;i&gt;Salut Georges&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! C'&#233;tait bien ton week-end&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; peut changer la vie. Surtout quand votre r&#233;ponse n'est pas un marmonnement embarrass&#233; sous-entendant un dimanche de d&#233;prime &#224; base de vodkas-Tranxenes devant &lt;i&gt;Jos&#233;phine, ange gardien&lt;/i&gt;, mais bien le r&#233;cit de r&#233;jouissances bucoliques &lt;i&gt;normales&lt;/i&gt; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Super, Sylvette&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! J'ai fait du VTT virtuel &#224; Fontainebleau avec des passionn&#233;s d'&#233;cureuils hyper sympas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MentaMur&#174;, c'est &#231;a : le bonheur productif &lt;i&gt;et&lt;/i&gt; l'insertion parmi ses pairs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre franc, je me souviens avoir &#233;t&#233; vaguement oppos&#233; &#224; ce qui d&#233;sormais structure ma vie mentale et sociale. Il me semble m&#234;me avoir ass&#233;n&#233; en priv&#233; des discours presque v&#233;h&#233;ments contre la premi&#232;re directive MentaMur&#174; qui lan&#231;ait l'exp&#233;rimentation dans quelques entreprises tri&#233;es sur le volet. Le ministre de la e-sant&#233; l'avait pourtant garanti : &#171; &lt;i&gt;On a mis en place tous les garde-fous n&#233;cessaires.&lt;/i&gt; &#187; N'emp&#234;che : j'&#233;tais m&#233;fiant, supputais qu'on allait faire de nous des petits soldats de l'entreprise. J'allais jusqu'&#224; parler de &#171; zombies &#187; pour &#233;voquer mes coll&#232;gues MentaMuris&#233;s, si pimpants de vie et d'enthousiasme, mais lointains. Un effet secondaire de ma d&#233;pression &#224; n'en pas douter, qui me poussait &#224; la parano g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Voire : &#224; la jalousie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; a mis du temps &#224; &#233;merger. Mes premiers entretiens d'affinage mental, l'op&#233;ration chirurgicale b&#233;nigne mais symbolique, l'acceptation de cette puce incrust&#233;e &#224; proximit&#233; de ma tempe droite, tout cela je l'ai fait en conservant au fond de moi une forme de d&#233;fiance. Si je suivais ce chemin, c'&#233;tait avant tout pour ne pas perdre mon boulot et ne pas me retrouver &#224; la rue, parmi les &#171; &lt;i&gt;productifs&#8212;&lt;/i&gt; &#187;. Mais une fois ce processus travers&#233; et mes barri&#232;res synaptiques r&#233;tablies par le cocktail neuronal personnalis&#233; diffus&#233;, les choses ont &#233;t&#233; tr&#232;s simples. Le bonheur est bien chimique, au fond. Une question de perception aussi, de regard sur le monde et ses nuages.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Phase 2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me fais parfois l'effet d'une caricature de nouveau converti. De ceux qui apr&#232;s avoir affich&#233; leur r&#233;ticence basculent dans l'enthousiasme effr&#233;n&#233;. Mon ancien moi aurait sans doute un tantinet moqu&#233; cette volte-face. Mais je m'en fiche, je ne vois plus que l'horizon d&#233;tendu et les &#233;tendues de r&#233;ussite professionnelle qui s'offrent &#224; moi. Et c'est pour &#231;a que j'ai d&#233;cid&#233; d'acc&#233;l&#233;rer le processus en me portant volontaire pour la phase 2 d'exp&#233;rimentation MentaMur&#174;. &#171; &lt;i&gt;Je peux vous garantir que ce mur d'&#233;panouissement sera largement b&#233;n&#233;fique &#224; votre productivit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, m'a f&#233;licit&#233; #C&#233;dric83 en fin de consultation, joignant &#224; son message un gif de f&#233;licitation repr&#233;sentant un PDG en smoking sabrant le champagne. Sympa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela restant exp&#233;rimental, voire un tantinet &lt;i&gt;sensible&lt;/i&gt;, il me faut encha&#238;ner les rendez-vous, les vrais, en chair et en os. &#171; &lt;i&gt;La phase 2, c'est l'application de notre principe de dissociation mentale socialo-affinitaire &#224; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, m'explique doctement l'expert moustachu aux faux airs de Philippe Martinez rencontr&#233; au si&#232;ge de la fondation, dans une immense tour de La D&#233;fense. En clair : ce qui se joue n'est plus seulement cantonn&#233; &#224; l'&#233;chelle du boulot, mais se d&#233;ploie dans tous les espaces publics certifi&#233;s MentaMur&#174; que je suis possiblement amen&#233; &#224; fr&#233;quenter &#8211; les rues, les transports, les magasins. Concr&#232;tement, en zone MM&#174;, topologie gagnant vitesse grand V du terrain dans la capitale, je ne serai plus confront&#233; au spectacle de personnes ne gravitant pas dans le m&#234;me champ socialo-mental que moi. Exit les clodos crasseux, les balayeurs, les punks &#224; chien, les ch&#244;meurs mous, tous ceux dont la vue insuffle au fier travailleur-winneur un sentiment d'angoisse. Par la magie de MentaMur&#174;, je ne verrai plus que mes semblables &#224; vocation &#171; ++ &#187; voire plus, tandis que les minables d&#233;nu&#233;s de puce s'estomperont dans un l&#233;ger brouillard &#8211; magie de la reconstruction optique virtuelle. La mis&#232;re des autres ? &#201;vapor&#233;e. Il n'y aura plus que moi, Georges Choupot le Conqu&#233;rant, grimpant gaillardement les &#233;chelons de l'industrie de la nourriture pour poissons.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Phase 3&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est fou fou fou comme je vais bien. Je triomphe de tout. Je suis au top. J'ai conquis mon troisi&#232;me &#171; + &#187;, d&#233;crochant le Graal &#171; &lt;i&gt;Productivit&#233; +++&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;cern&#233; par #C&#233;dric83 via l'appli TopTopToday. Je ne fr&#233;quente plus mes coll&#232;gues, trop insipides. Je vais bien, tellement bien. Je voudrais que cette course vers les sommets ne s'arr&#234;te jamais. J'ai rompu avec ma famille et mes anciens amis qui me freinaient. Je suis seul, tr&#232;s seul. Je vais tellement bien, dingue. J'adore croiser les petits brouillards dans la rue. Je pense &#224; Patrick Bateman dans &lt;i&gt;American Psycho&lt;/i&gt;, &#224; sa mani&#232;re de latter &#224; mort les clodos &#8211; je l'envie un peu. Quand je songe &#224; ma p&#233;riode d&#233;pressive et non productive, j'ai tellement honte que je voudrais me lac&#233;rer jusqu'&#224; l'os. Mais je vais bien, tellement bien &#8211; la flamme absolue. Je l'ai dit &#224; mon boss : &#171; &lt;i&gt;Emmanuel, je pense que vous ne serez pas d&#233;&#231;u par mon travail cette ann&#233;e, je vais carr&#233;ment foutre le feu aux tableaux Excel.&lt;/i&gt; &#187; Il m'a regard&#233; bizarrement. J'ai m&#234;me cru voir de la peur dans son regard &#8211; le loup dominant sentant qu'un autre loup dominant est dans la place.
Phase 4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est fou : je vais bien je. Tellement bien je. Tout rutile. La Cog&#233;fish grimpe vers les sommets sous ma cravache de motivation. Les femmes s'arrachent mon profil sur les applis de drague parce que je suis beau moi aussi, un tombeur, un &lt;i&gt;lover&lt;/i&gt;. J'ai une confiance absolument totale en moi je, en l'avenir, en mon destin je. Et alors que je d&#233;guste un d&#233;licieux gratin dauphinois &#224; la pause d&#233;jeuner, j'ai comme envie de le proclamer &#224; la face du r&#233;fectoire, d'enfin tomber le voile de ma grandeur, je, que le monde me d&#233;couvre, je.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Savourant l'effet, enfin d&#233;livr&#233; de mes peurs, je monte sur une chaise et entame mon discours : &#171; &lt;i&gt;Mes chers administr&#233;s, moi Georges 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt;, je vous garantis que la grande Cog&#233;fish n'aura pas &#224; se plaindre de moi pour l'ann&#233;e &#224; venir. Et quand je songe &#224; ces milliards de poissons que nous allons nourrir dans notre croissance exponentielle...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste se perd dans une sorte de smog, de cri flou, avec trois coll&#232;gues me maintenant &#224; terre et ces deux phrases saisies au vol, en provenance des petits brouillards install&#233;s &#224; la table des rat&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; &lt;i&gt;Encore un qui a d&#233;goupill&#233; &#8211; il est carr&#233;ment tout cass&#233; le +++.&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&#8212; &lt;i&gt;M'en parle pas, ils me font tellement piti&#233;, ces zombies.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis c'est l'irruption de blouses blanches et des reflets de gyrophares bleus tambourinant &#224; la porte de mon cerveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Krschhhhhhhhh&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adieu l'aquarium.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chien Noir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut lire d'autres nouvelles du camarade Chien Noir sur &lt;a href=&#034;https://chien-noir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ce site&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>O&#249; sont les femmes migrantes ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ou-sont-les-femmes-migrantes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Ou-sont-les-femmes-migrantes</guid>
		<dc:date>2021-12-23T15:26:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>



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&lt;p&gt;La s&#233;rie documentaire sonore &#171; Femmes et fronti&#232;res &#187; se penche sur un pan majeur, mais tr&#232;s peu visible, des mouvements migratoires. &#171; Si on montrait des femmes et des enfants qui d&#233;barquent sur une plage, l'id&#233;e ferait beaucoup moins peur que de montrer ce qu'on montre : des hommes qui d&#233;barquent &#8211; alors c'est s&#251;r qu'ils viennent vous voler, vous violer, tout &#231;a&#8230; &#187; Impliqu&#233;e au quotidien aupr&#232;s de femmes exil&#233;es, la militante associative ni&#231;oise Nicole Scheck s'agace : &#171; Mais en fait, o&#249; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La s&#233;rie documentaire sonore &#171; Femmes et fronti&#232;res &#187; se penche sur un pan majeur, mais tr&#232;s peu visible, des mouvements migratoires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4191 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/artworks-du2oucnfzydbrmvy-q21q2w-t500x500-522e6.jpg?1782647260' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si on montrait des femmes et des enfants qui d&#233;barquent sur une plage, l'id&#233;e ferait beaucoup moins peur que de montrer ce qu'on montre : des hommes qui d&#233;barquent &#8211; alors c'est s&#251;r qu'ils viennent vous voler, vous violer, tout &#231;a&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Impliqu&#233;e au quotidien aupr&#232;s de femmes exil&#233;es, la militante associative ni&#231;oise Nicole Scheck s'agace : &#171; &lt;i&gt;Mais en fait, o&#249; sont les femmes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? C'est le cas de le dire. O&#249; sont les enfants&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Y en a autant. Mais donner cette image que le migrant est un homme jeune, fort, &#231;a fait peur. Et on veut faire peur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au commencement de leur s&#233;rie sonore &#171; Femmes et fronti&#232;res &#187; (six &#233;pisodes d'environ un quart d'heure chacun), les journalistes Romane Frachon et Maud Calv&#232;s posent un constat chiffr&#233;. &#192; l'&#233;chelle mondiale, d'apr&#232;s les donn&#233;es de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les migrantes repr&#233;sentent quasiment la moiti&#233; des migrants&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le terme est &#224; entendre ici au sens large : l'OIM d&#233;finit comme migrant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. En Europe, elles seraient m&#234;me un peu plus nombreuses que les hommes. &#171; &lt;i&gt;Et pourtant,&lt;/i&gt; remarquent les autrices du podcast, &lt;i&gt;on ne les voit pas.&lt;/i&gt; &#187; Ou si peu. Le premier &#233;pisode se demande pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;f&#232;re &#171; &lt;i&gt;montrer des hommes [...] qui ont l'air dangereux pour pouvoir se justifier de politiques migratoires &#233;minemment violentes&lt;/i&gt; &#187;, estime la sociologue Elsa Tyszler. Autre hypoth&#232;se : l'auto-invisibilisation. Les femmes migrantes fuiraient les campements o&#249; se regroupent les hommes exil&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Parce que c'est un moyen de protection&lt;/i&gt; &#187;, nombre d'entre elles chercheraient plut&#244;t &#224; passer inaper&#231;ues dans la foule des villes, &#224; se fondre dans la masse en &#233;tant &#171; &lt;i&gt;plut&#244;t bien habill&#233;es, avec une valise&lt;/i&gt; &#187;, comme l'explique Nad&#232;ge Passereau, de l'association Agir pour la sant&#233; des femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autrices le r&#233;p&#232;tent : il y a autant d'histoires de migrations f&#233;minines que de femmes ayant quitt&#233; leur pays. Les cinq autres volets de &#171; Femmes et fronti&#232;res &#187; donnent largement la parole aux premi&#232;res concern&#233;es, mais aussi &#224; des chercheuses, des travailleuses sociales et des militantes (les interview&#233;&#183;es sont soit des femmes, soit des personnes transgenres). Au fil des &#233;pisodes, diff&#233;rents aspects du sujet sont abord&#233;s (les motivations de l'exil, les agressions sexuelles subies en chemin, le v&#233;cu sp&#233;cifique des migrant&#183;es trans&#8230;), avec un zoom sur le cas particulier du franchissement de la fronti&#232;re franco-italienne. Rare et instructif.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;&#171; Femmes et fronti&#232;res &#187; est notamment disponible &#224; l'&#233;coute &lt;a href=&#034;https://www.europod.eu/player/101/femmes-et-frontieres/118/fr/episode-1-pourquoi-les-femmes-migrantes-sont-elles-invisibilisees-ij&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sur la plateforme Europod&lt;/a&gt; (europod.eu).&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le terme est &#224; entendre ici au sens large : l'OIM d&#233;finit comme migrant international &#171; &lt;i&gt;toute personne qui quitte son lieu de r&#233;sidence habituelle pour s'&#233;tablir &#224; titre temporaire ou permanent&lt;/i&gt; &#187; dans un autre pays. Ce qui renvoie &#224; des situations extr&#234;mement diverses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le m&#233;gaphone des Balkans</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-megaphone-des-Balkans</link>
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		<dc:date>2021-12-23T15:22:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>M&#233;dias</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis 1998, Le Courrier des Balkans d&#233;crypte l'actualit&#233; de la r&#233;gion la plus pauvre d'Europe et donne voix &#224; ses luttes &#8211; urgentes et nombreuses. Sur la carte de l'Europe, une &#233;nigme. En proie &#224; la pauvret&#233; et la r&#233;pression, apr&#232;s la pire guerre qu'ait connue le continent depuis 1945, les pays des Balkans restent opaques aux yeux de nombreux Europ&#233;ens de l'Ouest. N&#233; au Mont&#233;n&#233;gro en 1998 dans la foul&#233;e du mouvement anti-guerre (et depuis &#233;dit&#233; de France), le site Le Courrier des Balkans, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Medias-8" rel="tag"&gt;M&#233;dias&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 1998, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; d&#233;crypte l'actualit&#233; de la r&#233;gion la plus pauvre d'Europe et donne voix &#224; ses luttes &#8211; urgentes et nombreuses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4190 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/courrier.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/courrier-2a894.jpg?1782645855' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur la carte de l'Europe, une &#233;nigme. En proie &#224; la pauvret&#233; et la r&#233;pression, apr&#232;s la pire guerre qu'ait connue le continent depuis 1945, les pays des Balkans restent opaques aux yeux de nombreux Europ&#233;ens de l'Ouest. N&#233; au Mont&#233;n&#233;gro en 1998 dans la foul&#233;e du mouvement anti-guerre (et depuis &#233;dit&#233; de France), le site&lt;i&gt; Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt;, pionnier des&lt;i&gt; pure players &lt;/i&gt;francophones, d&#233;code les luttes politiques, sociales et environnementales de la r&#233;gion &#8211; de la Gr&#232;ce &#224; la Moldavie en passant par la Slov&#233;nie et l'Albanie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le boulot est d'autant plus n&#233;cessaire qu'aujourd'hui, la &#171; communaut&#233; internationale &#187; demande surtout aux Balkans de se faire oublier &#8211; quitte &#224; soutenir les r&#233;gimes autoritaires d'Aleksandar Vu&#269;i&#263; en Serbie et d'Edi Rama en Albanie, ou l'archipel ethno-kleptocratique qui se partage la Bosnie-Herz&#233;govine. Mis&#232;re, ch&#244;mage, saccage de la nature, pollution, discriminations envers les Roms et les minorit&#233;s sexuelles, urbanisme autoritaire, corruption, crise des r&#233;fugi&#233;s&#8230; Les raisons de se mobiliser ne manquent pourtant pas. Exemple en Bosnie, qui a derni&#232;rement connu plusieurs mouvements sociaux : en 2014, le mouvement des pl&#233;nums se l&#232;ve contre le ch&#244;mage et la pauvret&#233; ; depuis 2018, des mobilisations, par-del&#224; les fronti&#232;res ethniques, demandent justice pour David et D&#382;enan, un jeune Serbe et un jeune Bosniaque, tous deux tu&#233;s dans des circonstances troubles mettant en cause la police. Ou en Serbie, o&#249; l'opposition a r&#233;uni des manifestations monstres en 2019 et 2020. Mais &#224; chaque fois, les Occidentaux regardent ailleurs. La r&#233;pression s'abat, les jeunes se d&#233;couragent et &#233;migrent en masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, la tension (re)monte. Le r&#233;gime mafieux de Milo &#272;ukanovi&#263; au Mont&#233;n&#233;gro est tomb&#233;, comme celui du PDK, h&#233;ritier de la gu&#233;rilla albanaise, au Kosovo. Mais leurs successeurs se d&#233;brouillent maladroitement des tensions attis&#233;es par la Serbie. En Bosnie, le dirigeant serbe Milorad Dodik n'a jamais &#233;t&#233; aussi pr&#232;s de mettre &#224; ex&#233;cution ses menaces de s&#233;cession, tandis que les mineurs viennent d'entamer une gr&#232;ve massive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce paysage, les m&#233;dias locaux ind&#233;pendants, tr&#232;s actifs dans les ann&#233;es 1990-2000, ont vu se tarir les financements internationaux. Ceux qui n'ont pas mis la cl&#233; sous la porte subissent proc&#232;s et cassages de gueule de la part de nervis &#224; la solde des partis au pouvoir. &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; n'&#233;chappe pas &#224; ces tentatives d'intimidation. D&#233;but 2018, son correspondant &#224; Belgrade est menac&#233; d'expulsion ; l'ann&#233;e suivante, sa voiture prend bizarrement feu apr&#232;s &#234;tre rest&#233;e gar&#233;e &#224; Mitrovica, chef-lieu serbe du nord du Kosovo. La ran&#231;on, sinistre, d'un engagement sans faille du c&#244;t&#233; des populations des Balkans.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Se r&#233;approprier le terme de &#8220;libert&#233;&#8221; &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Se-reapproprier-le-terme-de</link>
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		<dc:date>2021-12-23T15:04:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des murs de nos rues aux affiches &#233;lectorales, nombre de slogans rythm&#233;s par l'id&#233;e de libert&#233; ont fleuri ces derniers temps. Mais entre Bakounine, Tocqueville et les fascistes, le terme se pr&#234;te &#224; tous les usages. Il nous a donc sembl&#233; important de faire le point. C'est chose faite avec Aur&#233;lien Berlan, philosophe-jardinier, qui vient de publier Terre et libert&#233; aux &#233;ditions La Lenteur. Un bouquin qui invite &#224; repenser le concept de libert&#233; contre le fantasme de d&#233;livrance mat&#233;rielle et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no204-decembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;204 (d&#233;cembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des murs de nos rues aux affiches &#233;lectorales, nombre de slogans rythm&#233;s par l'id&#233;e de libert&#233; ont fleuri ces derniers temps. Mais entre Bakounine, Tocqueville et les fascistes, le terme se pr&#234;te &#224; tous les usages. Il nous a donc sembl&#233; important de faire le point. C'est chose faite avec Aur&#233;lien Berlan, philosophe-jardinier, qui vient de publier &lt;i&gt;Terre et libert&#233;&lt;/i&gt; aux &#233;ditions La Lenteur. Un bouquin qui invite &#224; repenser le concept de libert&#233; contre le fantasme de d&#233;livrance mat&#233;rielle et politique, qui nous a conduits droit dans l'impasse sociale et &#233;cologique actuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4189 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200terreetliberta_c__resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH314/1200terreetliberta_c__resultat-250f2.jpg?1782662508' width='500' height='314' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Ma&#239;da Chavak
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2013, le lanceur d'alerte Edward Snowden levait le voile sur l'existence d'une vaste entreprise de surveillance men&#233;e par les services de renseignements am&#233;ricains. La libert&#233;, telle qu'elle avait &#233;t&#233; con&#231;ue par les lib&#233;raux, est r&#233;volue &#8211; aspir&#233;e par les pipelines de la &#171; r&#233;volution num&#233;rique &#187;. Quel est donc, pour ceux et celles qui se sentent encore libres, le r&#233;gime de libert&#233; actuel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on se penche sur la pens&#233;e lib&#233;rale, cens&#233;e avoir triomph&#233; depuis l'effondrement de l'URSS, on voit que ce qu'elle entendait par libert&#233; n'&#233;tait pas la d&#233;mocratie, m&#234;me pas &#8220;repr&#233;sentative&#8221; (qui ne repr&#233;sente, on le sait, que les int&#233;r&#234;ts d'une mince oligarchie). Mais plut&#244;t l'inviolabilit&#233; de la sph&#232;re priv&#233;e, entendue comme un espace dans lequel ni l'&#201;tat ni la soci&#233;t&#233; ne sont cens&#233;s intervenir. Depuis le XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cet espace s'est toutefois r&#233;duit comme peau de chagrin, pour se limiter aux relations personnelles et &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Avec la surveillance de masse, rendue possible par les outils num&#233;riques, le principe de l'inviolabilit&#233; de la sph&#232;re priv&#233;e est litt&#233;ralement balay&#233; : les grandes organisations, publiques ou priv&#233;es, peuvent p&#233;n&#233;trer incognito dans les aspects les plus &#8220;priv&#233;s&#8221; de nos vies afin d'influencer nos comportements. On peut donc se demander si la &#8220;critique du lib&#233;ralisme&#8221; ne rate pas une donn&#233;e nouvelle et essentielle : le pi&#233;tinement des principes du lib&#233;ralisme est au c&#339;ur m&#234;me du monde pr&#233;tendument lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce paradoxe m'a pouss&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir au sens de la libert&#233; &#224; notre &#233;poque. Peu &#224; peu, j'en suis venu &#224; l'id&#233;e que nous avions abandonn&#233; la conception moderne et lib&#233;rale de la libert&#233; au profit de ce que j'appelle la &#8220;d&#233;livrance&#8221; : ce qui explique notre sentiment persistant de libert&#233;, malgr&#233; la surveillance &#233;lectronique, c'est que nous sommes largement d&#233;livr&#233;s des exigences du quotidien par le techno-capitalisme &lt;i&gt;(voir extrait 1)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En relisant de pr&#232;s les philosophies de la libert&#233; antiques et modernes, lib&#233;rales ou socialistes, je me suis ensuite rendu compte que cette qu&#234;te de d&#233;livrance, notamment sur le plan de la vie mat&#233;rielle, les traversait presque toutes. Pour une raison simple : parce que ces philosophies ont &#233;t&#233; formul&#233;es par des membres des classes dominantes et que celles-ci ont toujours cherch&#233; &#224; &#234;tre d&#233;livr&#233;es des n&#233;cessit&#233;s mat&#233;rielles de la vie, pour se consacrer &#224; des activit&#233;s jug&#233;es plus &#8220;hautes&#8221;. M&#234;me Marx a identifi&#233; la libert&#233; au d&#233;passement du &#8220;r&#232;gne de la n&#233;cessit&#233;&#8221;. La nouveaut&#233;, de nos jours, est que ce fantasme de d&#233;livrance exerce une telle h&#233;g&#233;monie que l'on est pr&#234;ts &#224; sacrifier nos libert&#233;s publiques pour un gain de d&#233;livrance. D'o&#249; notre absence de r&#233;action collective face aux r&#233;v&#233;lations de Snowden. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce &#171; fantasme de d&#233;livrance &#187;, trait distinctif de la libert&#233; au sens des Modernes, met en sc&#232;ne un individu d&#233;charg&#233; &#224; la fois de la politique et de la subsistance. Et c'est &#224; travers cette qu&#234;te de d&#233;livrance que tu retraces l'histoire de la catastrophe socio-&#233;cologique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La qu&#234;te de d&#233;livrance se joue sur deux plans : on veut &#234;tre lib&#233;r&#233; de la n&#233;cessit&#233; de faire avec les autres, avec tout ce que cela implique de conflictualit&#233;, de r&#233;unions chronophages, etc., et on veut &#234;tre d&#233;charg&#233; des activit&#233;s li&#233;es &#224; la subsistance mat&#233;rielle, jug&#233;es p&#233;nibles et ennuyantes (le travail de la terre, les t&#226;ches domestiques, les soins aux personnes d&#233;pendantes, etc.). Ces deux aspirations, qui traversent le monde occidental, s'alimentent r&#233;ciproquement, car on ne peut assurer sa subsistance tout seul. Voil&#224; pourquoi l'av&#232;nement de la grande industrie et de la soci&#233;t&#233; de consommation a &#233;t&#233; accueilli comme une &#8220;lib&#233;ration&#8221; (non pas de la domination sociale, mais des &#8220;n&#233;cessit&#233;s de la vie&#8221;). C'est alors que l'histoire du sens de la libert&#233; se noue avec celle du d&#233;sastre &#233;cologique. Car la qu&#234;te de d&#233;livrance suppose une exploitation croissante des &#234;tres humains et de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ce que les dominants ont toujours cherch&#233; &#224; faire faire aux groupes qu'ils dominaient, qu'il s'agisse des femmes, des esclaves ou des ouvriers, ce sont les t&#226;ches li&#233;es &#224; la subsistance. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si la libert&#233; suppose d'&#234;tre d&#233;livr&#233; de la &#8220;n&#233;cessit&#233;&#8221; (au sens relatif de &#8220;choses &#224; faire&#8221; dont on ne voit pas comment se passer), elle suppose de se d&#233;lester des t&#226;ches qu'on ne veut pas assumer soi-m&#234;me. La d&#233;livrance suppose donc de les &#8220;faire faire&#8221;. Or c'est l&#224; la formule m&#234;me de la domination sociale, qui suppose toujours la s&#233;paration entre des ex&#233;cutants (qui font) et des dirigeants (qui ordonnent). Et ce que les dominants ont toujours cherch&#233; &#224; faire faire aux groupes qu'ils dominaient, qu'il s'agisse des femmes, des esclaves ou des ouvriers, ce sont les t&#226;ches li&#233;es &#224; la subsistance. L'histoire montre qu'il y a plusieurs mani&#232;res de s'y prendre, plus ou moins directes et violentes. Cette histoire crois&#233;e des voies de d&#233;livrance mat&#233;rielle et des formes de domination sociale constitue le c&#339;ur de &lt;i&gt;Terre et libert&#233;&lt;/i&gt;. Au terme de cette histoire, on arrive &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation bas&#233;e sur la g&#233;n&#233;ralisation de la s&#233;paration consommateur / producteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'&#233;cologistes pensent, &#224; juste titre, que le d&#233;sastre &#233;cologique dans lequel nous nous enfon&#231;ons est &#233;troitement li&#233; au gouffre qui s'est creus&#233; entre la production et la consommation, jusqu'&#224; prendre une dimension g&#233;opolitique mondiale &#8211; d'o&#249; la valorisation &#233;cologique des circuits courts, du &#8220;local&#8221;, de l'autonomie, etc. Mais cela ne tient pas seulement &#224; ce que cette distance entra&#238;ne une consommation aberrante de carburants fossiles. Plus fondamentalement, cela tient &#224; ce que seule cette s&#233;paration permet de comprendre la fuite en avant des besoins qui caract&#233;rise notre forme de vie de consommateurs salari&#233;s qui, pour reprendre une formule du philosophe Andr&#233; Gorz, &#8220;&lt;i&gt;ne produisent rien de ce qu'ils consomment et ne consomment rien de ce qu'ils produisent&lt;/i&gt;&#8221;. Quand on fait les choses soi-m&#234;me, le premier besoin est de ne pas perdre sa vie &#224; produire de quoi satisfaire des besoins illimit&#233;s, ce qui pousse &#224; r&#233;fl&#233;chir nos besoins et &#224; les r&#233;duire. &#192; l'inverse, rien ne vient borner les besoins et les d&#233;sirs de celles et ceux qui font tout faire aux autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le fait que le terme &#8220;libert&#233;&#8221; puisse &#234;tre accapar&#233; aujourd'hui par les partis autoritaires est d&#233;sesp&#233;rant. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En ces tristes temps &#233;lectoraux, nous assistons &#224; l'accaparement de la question de la libert&#233; par l'extr&#234;me droite en France et en Allemagne. Que dit cette confiscation sur notre &#233;poque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la sanction du fait que les forces pr&#233;tendument lib&#233;rales ont en fait abandonn&#233; les principes de base du lib&#233;ralisme. Plus profond&#233;ment, cela r&#233;v&#232;le &#224; quel point nous vivons dans un monde &#8220;orwellien&#8221;, o&#249; l'on fait dire aux mots le contraire de ce qu'ils signifient. Dans la c&#233;l&#232;bre dystopie de George Orwell, &lt;i&gt;1984 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une nouvelle traduction (par Celia Izoard) a &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec en 2019 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le r&#233;gime totalitaire de Big Brother ne cesse de marteler : &#8220;&lt;i&gt;La libert&#233;, c'est l'esclavage&lt;/i&gt;&#8221;, &#8220;&lt;i&gt;La guerre, c'est la paix&lt;/i&gt;&#8221;, etc. Rappelons que le mot &#8220;libert&#233;&#8221; a d'abord &#233;t&#233; l'&#233;tendard des luttes contre les diverses formes de domination, politiques ou &#233;conomiques : celui des esclaves pour dettes contre les aristocraties antiques, des paysans contre les propri&#233;taires fonciers lors de la r&#233;volution mexicaine (&#224; laquelle on r&#233;duit souvent le slogan &#8220;&lt;i&gt;Terre et libert&#233;&lt;/i&gt;&#8221;), des r&#233;volutionnaires qui prenaient pour devise &#8220;&lt;i&gt;Vivre libre ou mourir&lt;/i&gt;&#8221;, etc. Le fait que le terme &#8220;libert&#233;&#8221; puisse &#234;tre accapar&#233; aujourd'hui par les partis autoritaires et pire encore, le fait qu'une partie de la gauche capitule devant cette OPA id&#233;ologique et affirme que la libert&#233; est &#8220;&lt;i&gt;une valeur de droite&lt;/i&gt;&#8221;, voire &#8220;&lt;i&gt;une invention du capitalisme&lt;/i&gt;&#8221;, est d&#233;sesp&#233;rant. Car en contr&#244;lant les mots, on d&#233;termine les pens&#233;es. Or dominer les esprits permet d'assujettir les populations &#8211; c'est cela, le message d'Orwell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre ce rapt s&#233;mantique, je propose que l'on se r&#233;approprie le terme &#8220;libert&#233;&#8221;, ce qui implique de le repenser profond&#233;ment, &#224; rebours de la plupart des th&#233;ories de l'&#233;mancipation qui sont tomb&#233;es dans le pi&#232;ge du fantasme de d&#233;livrance. Je l'ai fait en m'inspirant moins des &#8220;grands&#8221; textes de la pens&#233;e politique, qui t&#233;moignent surtout du d&#233;sir de d&#233;livrance, que de la texture m&#234;me des formes de vie des classes populaires et des luttes qu'elles ont men&#233;es, presque partout, pour la d&#233;fense des biens communs. Car ces luttes t&#233;moignent de tout autre chose que d'un d&#233;sir d'&#234;tre d&#233;charg&#233; des n&#233;cessit&#233;s de la vie quotidienne : elles manifestent la volont&#233; d'acc&#233;der aux ressources (la terre d'abord, mais aussi les for&#234;ts, les rivi&#232;res, les outils, les connaissances, etc.) permettant de prendre en charge ces n&#233;cessit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu en dire plus sur cette conception de la libert&#233; comme autonomie, que tu opposes &#224; la libert&#233; des Modernes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand on parle aujourd'hui d'autonomie alimentaire ou &#233;nerg&#233;tique, on prend le mot dans un sens mat&#233;riel qui semble &#233;loign&#233; de sa signification &#233;tymologique : l'autonomie, ce n'est pas &#8220;se donner ses propres lois&#8221;, mais &#8220;subvenir &#224; ses propres besoins&#8221;. Toutefois, ces deux significations sont en fait &#233;troitement imbriqu&#233;es. Car d&#232;s lors que l'on d&#233;pend mat&#233;riellement (pour satisfaire ses besoins) d'une autre instance, on ne peut plus &#234;tre pleinement libre. Comme le rappelle le dicton : &#8220;On ne mord pas la main de celui qui vous nourrit.&#8221; Bref, la libert&#233; est conditionn&#233;e par l'autonomie mat&#233;rielle &#8211; et celle-ci l'est par l'acc&#232;s aux ressources permettant de satisfaire nos besoins. Tel est le sens politique profond de la qu&#234;te d'autonomie mat&#233;rielle. &#192; condition toutefois de ne pas confondre autonomie et ind&#233;pendance : assurer sa subsistance ne se fait jamais seul, mais en lien avec les autres. L'autonomie invite en fait &#224; nous lib&#233;rer des liens de d&#233;pendance asym&#233;triques qui nous ligotent aux grandes organisations anonymes, pour recr&#233;er des interd&#233;pendances personnelles sur lesquelles il est possible d'avoir prise.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; La conception dominante de la libert&#233; reposait sur l'aspiration &#224; &#234;tre d&#233;livr&#233; de la terre et des activit&#233;s paysannes. Il est frappant de voir aujourd'hui que la libert&#233; est de moins en moins associ&#233;e &#224; la ville. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une autre dimension de l'autonomie est sa dimension terrestre, son lien intime &#224; la terre comme base de la subsistance humaine. La conception dominante de la libert&#233; &#224; l'&#233;poque moderne reposait au fond sur l'aspiration &#224; &#234;tre d&#233;livr&#233; de la terre et des activit&#233;s paysannes qui y sont li&#233;es, ce qui a conduit &#224; identifier la libert&#233; avec la vie urbaine (&#8220;l'air de la ville rend libre&#8221;). Contre cette conception extra-terrestre de la libert&#233; &#8211; qui pousse ses ultimes partisans fanatis&#233;s, comme Elon Musk, &#224; vouloir aller vivre sur Mars &#8211;, il est frappant de voir aujourd'hui que la libert&#233; est de moins en moins associ&#233;e &#224; la ville &#8211; sa devise serait plut&#244;t &#8220;prendre la cl&#233; des champs&#8221;. C'est un changement d'esprit frappant, intimement li&#233; au d&#233;sir de renouer avec la libert&#233; comme autonomie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour Sartre, &#171; &lt;i&gt;l'existence pr&#233;c&#232;de l'essence&lt;/i&gt; &#187;. Tu compl&#232;tes : &#171; &lt;i&gt;La subsistance pr&#233;c&#232;de l'existence&lt;/i&gt; &#187;... Est-ce que ton livre serait un manifeste subsistancialiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais &#224; condition de souligner que je n'invente rien : je ne fais que remettre &#224; jour des id&#233;es politiques qui ont &#233;t&#233; jet&#233;es aux oubliettes, m&#234;me par les th&#233;ories pr&#233;tendument radicales. Et je le fais pour rendre justice &#224; toutes celles et ceux qui voient bien qu'il y a quelque chose de probl&#233;matique dans notre mode de vie, o&#249; l'on fait faire &#224; d'autres presque tout ce qui concerne notre subsistance. En fait, je m'inscris dans un tournant subsistancialiste&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment port&#233; par Marie Mies et Veronika Bennholdt-Thomsen dans leur livre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; plus g&#233;n&#233;ral, port&#233; notamment par certaines &#233;cof&#233;ministes qui ont critiqu&#233; la conception de l'&#233;mancipation f&#233;minine qui fut celle de Beauvoir, typique de la volont&#233; extra-terrestre de d&#233;livrance &lt;i&gt;(voir extrait 2)&lt;/i&gt;. Car cette critique a une port&#233;e bien plus g&#233;n&#233;rale, qui permet de repenser une &#233;mancipation compatible avec la Terre &lt;i&gt;(voir extrait 3)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Momo Br&#252;cke&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;strong&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Extrait 1 (tir&#233; du chapitre 1)&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La destruction de la vie priv&#233;e et le triomphe d'une conception apolitique de la libert&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi les outils &#233;lectroniques nous donnent-ils un tel sentiment de libert&#233;, malgr&#233; la surveillance qu'ils permettent et dont nous sommes plus ou moins conscients ? Principalement pour deux raisons, intimement li&#233;es. La premi&#232;re se situe sur un plan tr&#232;s pratico-pratique : pour la plupart, ils nous permettent de gagner du temps en nous d&#233;chargeant de micro-contraintes quotidiennes (se d&#233;placer pour faire ses courses, faire la queue au p&#233;age, noter un itin&#233;raire, etc.). La seconde est plus m&#233;taphysique : ces outils, et tout particuli&#232;rement internet, semblent nous d&#233;livrer de notre corpor&#233;it&#233; qui nous assigne &#224; un espace-temps d&#233;limit&#233; et &#224; une identit&#233; fixe. Dans la vie r&#233;elle, on vit quelque part et il est complexe d'avoir (et d'assumer) plusieurs identit&#233;s. Mais le virtuel donne l'impression de pouvoir &#234;tre ici et ailleurs en m&#234;me temps, et il nous permet de laisser libre cours &#224; tous les aspects de notre vie int&#233;rieure. Les adeptes de la &#8220;cybergnose&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui d&#233;signe ironiquement les id&#233;es de celles et ceux pr&#233;sentant internet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#8221; en viennent m&#234;me &#224; fantasmer une d&#233;livrance absolue, sous la forme d'une existence purement spirituelle o&#249; l'&#226;me serait enfin d&#233;livr&#233;e de la prison du corps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt; &lt;strong&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Extrait 2 (tir&#233; du chapitre 3)&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Autonomie : l'imaginaire r&#233;volutionnaire de la subsistance&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maria Mies a &#233;vit&#233; cet &#233;cueil &lt;i&gt;[l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;assimilation de l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;autonomie &#224; l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;ind&#233;pendance]&lt;/i&gt; gr&#226;ce &#224; une r&#233;flexion sur l'id&#233;al de libert&#233; f&#233;ministe. &#192; ses yeux, repenser la libert&#233; &#8220;&lt;i&gt;&#224; l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;int&#233;rieur du domaine de la n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt;&#8221; suppose de remettre en question la conception dont elle &#233;tait partie comme d'une &#233;vidence, avec la plupart de ses camarades du nord : l'id&#233;al de la &#8220;femme ind&#233;pendante&#8221;, align&#233; sur l'id&#233;al masculin d'ind&#233;pendance h&#233;rit&#233; des Lumi&#232;res, tel que l'a d&#233;fendu Simone de Beauvoir. L'&#233;mancipation des femmes supposerait de &#8220;rattraper&#8221; les hommes. Mais cette &#8220;&#233;mancipation par rattrapage&#8221; pose probl&#232;me, au m&#234;me titre que la perspective de &#8220;d&#233;veloppement par rattrapage&#8221; pour les pays du Sud, cens&#233;s s'&#233;manciper en visant le m&#234;me mod&#232;le industriel que ceux du Nord. Car elle suppose que le concept de libert&#233; incarn&#233; par l'homme moderne serait universel, valable pour &lt;i&gt;toutes et tous&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, cet id&#233;al de libert&#233; est manifestement fallacieux : l'ind&#233;pendance si fi&#232;rement proclam&#233;e par le bourgeois ne repose que sur la dissimulation arrogante de ce qu'il doit, en mati&#232;re de soin, de nourriture, etc., &#224; des femmes et plus g&#233;n&#233;ralement &#224; des subalternes qu'il toise du haut de sa pr&#233;tendue ind&#233;pendance. Au sens mat&#233;riel, l'ind&#233;pendance est un concept vide : personne n'est ind&#233;pendant, tout &#234;tre vivant est pris dans des rapports d'interd&#233;pendance qui le constituent. L'ind&#233;pendance n'existe pas, si ce n'est dans les sp&#233;culations th&#233;ologiques sur Dieu &#8211; ce qui r&#233;v&#232;le que se croire ind&#233;pendant, c'est se prendre pour Dieu, mod&#232;le patriarcal par excellence. Il faut donc d&#233;boulonner l'id&#233;al d'autonomie individuelle des hommes des Lumi&#232;res : en pratique, il se gagne toujours sur le dos des autres, celles et ceux qui sont &#224; la fois exploit&#233;s et invisibilis&#233;s. De m&#234;me que la libert&#233; antique n'allait pas sans esclavage, il suppose d'avoir un certain nombre de gens &#224; son service. Par cons&#233;quent, ce concept de libert&#233; pr&#233;tendument universel n'est pas universalisable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;strong&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;Extrait 3 (tir&#233; de la conclusion)&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Si nous voulons cesser d'aggraver le d&#233;sastre socio-&#233;cologique... &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si nous voulons cesser d'aggraver le d&#233;sastre socio-&#233;cologique, ce n'est donc pas la libert&#233; qu'il faut restreindre, comme y invitent tant d'intellectuels et de &#8220;personnalit&#233;s&#8221; qui multiplient les appels &#224; d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tat d'urgence &#233;cologique, voire &#224; mettre en place une dictature &#233;cologique. Car donner les pleins pouvoirs aux pyromanes qui nous gouvernent ne les transmuera jamais en pompiers : apr&#232;s comme avant, ils resteront obnubil&#233;s par la qu&#234;te de puissance &#8211; la leur et celle des &#201;tats dont ils se disent les serviteurs. C'est avec une certaine conception de la libert&#233; qu'il faut rompre, une conception absurde qui, en identifiant la libert&#233; &#224; la d&#233;livrance et &#224; la puissance qui la conditionne, sonne le glas non seulement de la libert&#233;, mais aussi de l'habitabilit&#233; de notre plan&#232;te. La cause de la Terre et celle de la libert&#233; ne sont pas oppos&#233;es, mais solidaires &#8211; &#224; condition de comprendre qu'un mode de vie libre n'est pas bas&#233; sur le d&#233;passement de la n&#233;cessit&#233;, mais sur la minimisation des d&#233;pendances mat&#233;rielles asym&#233;triques qui constituent le fondement des relations de domination. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une nouvelle traduction (par Celia Izoard) a &#233;t&#233; &#233;dit&#233;e au Qu&#233;bec en 2019 par les &#201;ditions de la rue Dorion, puis en France par Agone, en 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notamment port&#233; par Marie Mies et Veronika Bennholdt-Thomsen dans leur livre &lt;i&gt;La Perspective de subsistance&lt;/i&gt;, publi&#233; en allemand et en anglais &#224; la fin des ann&#233;es 1990 (en cours de traduction aux &#233;ditions La Lenteur), ainsi que par l'ouvrage de Genevi&#232;ve Pruvost, &lt;i&gt;Quotidien politique&lt;/i&gt;, qui vient d'&#234;tre publi&#233; &#224; La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui d&#233;signe ironiquement les id&#233;es de celles et ceux pr&#233;sentant internet comme le lieu d'une existence purement spirituelle o&#249; nous serions enfin d&#233;livr&#233;s des limites que nous impose notre &#171; enveloppe &#187; charnelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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