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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; &#199;a va encore faire des trucs &#224; histoire&#8230; &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ca-va-encore-faire-des-trucs-a</link>
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		<dc:date>2022-02-18T10:03:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dixi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. Suzanne cause du matin au soir. Elle parcourt les couloirs avec son d&#233;ambulateur et raconte, comme &#231;a vient, comme &#231;a peut, en m&#234;lant pass&#233;, triste pr&#233;sent, r&#234;ves et regrets. Ces vieilles personnes qui n'ont plus leur t&#234;te, on ne les &#233;coute pas vraiment. Alors je me suis permis (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dixi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;div class='spip_document_4366 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L426xH600/1500chroniqueehpad_resultat-1b355-2-32433.jpg?1779603889' width='426' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Gautier Ducatez
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;uzanne cause du matin au soir. Elle parcourt les couloirs avec son d&#233;ambulateur et raconte, comme &#231;a vient, comme &#231;a peut, en m&#234;lant pass&#233;, triste pr&#233;sent, r&#234;ves et regrets. Ces vieilles personnes qui n'ont plus leur t&#234;te, on ne les &#233;coute pas vraiment. Alors je me suis permis d'en capter une bribe, avec mon t&#233;l&#233;phone, pour donner &#224; entendre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu te rends compte que j'avais quatre maisons ? J'en ai vendu une et j'en ai gard&#233; trois pour mes enfants. Ma fille a la plus belle, la grande. L'autre je l'ai donn&#233;e &#224; une petite, une petite que j'adorais et puis apr&#232;s j'en ai redonn&#233; une &#224; ma voisine en face et au cur&#233;. Je leur ai donn&#233;es pour qu'ils en profitent, pour les gosses qui &#233;taient malheureux, qui avaient pas d'argent pour manger le soir. Et puis l&#224;, il y a plus rien et c'est pour &#231;a que je veux rentrer. C'est ma maison &#224; moi, je l'avais pr&#234;t&#233;e &#224; ma fille mais c'est &#224; moi, je suis propri&#233;taire de cette maison, j'en pro&#8230;&lt;i&gt; [sanglot dans la voix]&lt;/i&gt; j'en profiterai jamais parce qu'elle veut pas que je m'en aille, ma fille, elle veut pas que je m'en aille, elle me dit : &#8220;&lt;i&gt;Maman, c'est trop fatigant&lt;/i&gt;.&#8221; Je lui dis : &#8220;&lt;i&gt;Mais ici je m'emmerde !&lt;/i&gt;&#8221; Qu'est-ce que j'ai l&#224; ? Y a rien, on se dit &#8220;bonjour&#8221; ou &#8220;&#231;a va&#8221;, j'ai pas de vie, moi, l&#224;. J'ai toujours eu une vie, tu sais. Mon mari, il disait toujours : &#8220;&lt;i&gt;Je crois que j'ai pris la plus emmerdeuse des femmes mais pour tout le monde au monde&lt;/i&gt; [nouveau sanglot]&lt;i&gt;, je pourrais pas la donner.&lt;/i&gt;&#8221; [Silence, larmes.] Et quand il est mort, &#231;a a &#233;t&#233; &#233;pouvantable&#8230; Et apr&#232;s ma fille m'a dit : &#8220;&lt;i&gt;Il faut que tu ailles dans ce... tu es trop fatigu&#233;e, Maman, tu t'occupes de tout le monde, tu fais trop de choses&lt;/i&gt;.&#8221; J'ai dit : &#8220;&lt;i&gt;Moi c'est ma vie d'aimer les enfants, d'aimer les grands, tout le monde, de pas les rendre malheureux&lt;/i&gt;.&#8221; &#199;a c'est une chose que j'ai jamais support&#233;e, qu'on puisse rendre un gosse malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais te dire une chose qu'est arriv&#233;e&#8230; On &#233;tait au restaurant pour manger le midi, le soir, voil&#224;, c'est &#231;a, et il y a deux petits qui sont&#8230; un peu jumeaux, tu sais ? Qui parlent pas toujours tr&#232;s tr&#232;s tr&#232;s&#8230; tr&#232;s fran&#231;ais mais qui sont fran&#231;ais mais qui sa sa sa&#8230; et ils ils&#8230; ils bafouillent, voil&#224; ! Et moi j'&#233;tais &#224; une table l&#224;, une petite table et en face j'avais ce gar&#231;on qu'est pas, qu'est pas&#8230; qu'est anglais ou m&#234;me peut-&#234;tre&#8230; non, fran&#231;ais, et alors il mangeait et il &#233;tait avec quelqu'un d'autre qu'&#233;tait pas gentil avec lui, alors je lui disais : &#8220;&lt;i&gt;Mais pourquoi vous lui parlez comme &#231;a ? Il comprend pas, ne lui parlez pas comme &#231;a !&lt;/i&gt;&#8221; Alors il me disait : &#8220;&lt;i&gt;Occupez-vous de vos...&lt;/i&gt;&#8221; Je lui disais : &#8220;&lt;i&gt;Mais justement, c'est pas de vous que je m'occupe, c'est du petit, parce qu'il comprend pas&lt;/i&gt;.&#8221; Il doit avoir dans les quatre, quatre ans, m&#234;me pas, deux trois ans, gosse, un gosse. Pour moi c'&#233;tait un gosse. Alors l&#224; je le regardais en face et comme j'y vois pas net, je disais rien mais je lui disais : &#8220;&lt;i&gt;Mange !&lt;/i&gt;&#8221; D'abord je lui ai dit &#8220;vous&#8221;, tu sais, parce que des fois &#231;a g&#234;ne, hein, &#8220;tu&#8221;, alors je lui ai dit &#8220;vous&#8221;. Il devait, oh oui, c'est tout ce qu'il devait avoir, trois ans, trois ans, petit, maigre, et alors je lui ai dit : &#8220;&lt;i&gt;Il faut que vous mangiez un petit peu, allez !&lt;/i&gt;&#8221; Et puis l&#224; je vois arriver les infirmi&#232;res&#8230; D'une m&#233;chancet&#233;, tu peux pas savoir. &#8220;&lt;i&gt;Tu vas le manger ton truc, tu vas le manger !&lt;/i&gt;&#8221; Elles l'ont fait pleurer. Je te le jure, d'une m&#233;chancet&#233;, parce qu'il voulait pas finir un truc, mais comme, comme si c'&#233;tait le dernier des derniers des derniers, qu'on aurait dit qu'on les sortait de de de&#8230; d'une maison de cingl&#233;s. Et ils sont partis. Et ils ont emmen&#233; le gosse et je l'ai pas revu. Personne n'a d&#233;clar&#233;. J'ai dit : &#8220;&lt;i&gt;Je suis s&#251;re que demain va y avoir porter plainte contre mauvaise&#8230;&lt;/i&gt;&#8221;, et non, rien. Et l&#224; je sais pas ce qu'il est devenu et ce matin j'ai pas os&#233; et puis je me dis : &#8220;&lt;i&gt;&#199;a va encore faire des trucs &#224; histoires, tu te tais et tu laisses tomber.&lt;/i&gt;&#8221; Parce qu'il y a des infirmi&#232;res, elles sont pas toutes marrantes, hein. Je comprends, c'est un sale m&#233;tier, mais faut pas exag&#233;rer quand m&#234;me. Toute la table &#233;tait pleine, personne ne s'est boug&#233;. Qu'est-ce que tu veux que moi j'aille faire, me lever et dire devant tout le monde ? Je pouvais pas le faire, tu comprends bien. C'est moi qu'aurais tout pris sur le dos, hein, c'est comme &#231;a que &#231;a se passe. J'ai dit : &#8220;&lt;i&gt;Si j'appelle la police et tout &#231;a, &#231;a va encore faire des histoires.&lt;/i&gt;&#8221; Ils l'ont emmen&#233;, je l'ai pas revu et l&#224; c'est un nouveau, qui ressemble mais qu'est plus vieux, qui est gentil alors je lui ai parl&#233;, mais j'ai rien dit. Je m'occupe plus de rien, de rien&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; Suzanne : touchante, dr&#244;le, usante&#8230; Elle m'appelle &#171; ma jolie &#187; ou &#171; mon ch&#233;ri &#187;, selon les moments. Je n'ai pas h&#226;te de reprendre le boulot apr&#232;s cette coupure estivale, mais de la revoir, elle, &#231;a oui !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Denis L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Alors-tu-vas-torcher-les-vieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Tu-commences-a-avoir-la-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Oh-la-barbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Oh la barbe ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/On-dansait-a-en-mourir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On dansait &#224; en mourir &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Je-t-aime-comme-un-frere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je t'aime comme un fr&#232;re ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Ca-va-Denis-tranquille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va Denis, tranquille ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Elle-a-pas-fini-de-vous-emmerder' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Elle a pas fini de vous emmerder, celle-l&#224; ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Une-vie-sociale-un-peu-terne' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Une vie sociale un peu terne &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Transfert de feu</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Transfert-de-feu</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Transfert-de-feu</guid>
		<dc:date>2021-12-23T15:12:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chien Noir</dc:creator>


		<dc:subject>Fiction</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Toujours peu port&#233; sur les r&#233;jouissances, notre jovial camarade Chien Noir a vu cet &#233;t&#233; se t&#233;lescoper deux actualit&#233;s br&#251;lantes : l'Europe en feu des suites du r&#233;chauffement climatique et l'arriv&#233;e surm&#233;diatis&#233;e d'un footballeur-star au PSG. Il en a tir&#233; ce texte. Truc de dingue. Un r&#234;ve &#233;veill&#233;, pur miracle, &#224; pas en croire son bulletin d'information, &#224; d&#233;goupiller de joie dans la rue en montrant ses deux lunes &#224; tout un chacun. Il a sign&#233; chez nous. Le joueur le plus exceptionnel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fiction" rel="tag"&gt;Fiction&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Toujours peu port&#233; sur les r&#233;jouissances, notre jovial camarade Chien Noir a vu cet &#233;t&#233; se t&#233;lescoper deux actualit&#233;s br&#251;lantes : l'Europe en feu des suites du r&#233;chauffement climatique et l'arriv&#233;e surm&#233;diatis&#233;e d'un footballeur-star au PSG. Il en a tir&#233; ce texte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Truc de dingue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un r&#234;ve &#233;veill&#233;, pur miracle, &#224; pas en croire son bulletin d'information, &#224; d&#233;goupiller de joie dans la rue en montrant ses deux lunes &#224; tout un chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Il&lt;/i&gt; a sign&#233; chez &lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le joueur le plus exceptionnel de la plan&#232;te Terre a choisi &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; club.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris la mirifique nouvelle alors que je zappais de cha&#238;ne en cha&#238;ne pour &#233;viter les m&#233;ga-chiantes infos sur le dernier rapport du Giec, cette cohorte de vieux scientifiques croupis qui nous sermonnent en mode papys de l'enfer : &lt;i&gt;si vous continuez, &#231;a va p&#233;ter&lt;/i&gt;. Super les mecs, &#231;a vend du r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'un coup, &lt;i&gt;bim&lt;/i&gt;, sans pr&#233;venir, l'info ultime :&lt;i&gt; il&lt;/i&gt; est des n&#244;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah mais pincez-moi je r&#234;ve, c'est pas croyable, l'extase, l'orgasme, le huiti&#232;me ciel et ses cohortes de vierges peu farouches.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une fois la nouvelle un chou&#239;a dig&#233;r&#233;e et ma danse de la joie achev&#233;e, j'appelle illico mes potes J&#233;r&#244;me et Jessica, les &lt;i&gt;JJ&lt;/i&gt; comme je dis. Forc&#233;ment, ils partagent mon enthousiasme. Et on tombe vite d'accord pour se dire qu'on doit absolument se rendre au stade pour la pr&#233;sentation de notre nouveau fleuron. On raterait &#231;a pour rien au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant &#231;a, un petit tour par le magasin du club s'impose, histoire de choper &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; maillot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En route, on parle de la chance qu'on a, de notre bonheur inou&#239;, de tous ceux qui partout en France et dans le monde commencent d&#233;j&#224; &#224; cracher sur notre club et ce transfert &#8211; soi-disant que le prix serait ind&#233;cent, rapport &#224; cette p&#233;riode&lt;i&gt; un peu compliqu&#233;e&lt;/i&gt; que l'humanit&#233; traverse. Des jaloux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On met un certain temps &#224; trouver notre chemin, la faute &#224; la fum&#233;e tr&#232;s dense qui recouvre le p&#233;riph' et aux quelques accidents qui jalonnent notre avanc&#233;e &#8211; slalomer pour &#233;viter les corps carbonis&#233;s n'est pas si ais&#233;, je voudrais vous y voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on finit par d&#233;bouler sur place, la boutique est litt&#233;ralement prise d'assaut, signe que &lt;i&gt;notre&lt;/i&gt; rayonnement ne cesse de grandir. C'est incroyable de voir un tel enthousiasme et une communion si intense qu'on brame tous en ch&#339;ur le nouveau slogan de nos troupes &#224; destination des rivaux, qu'ils soient marseillais ou lyonnais : &#171; &lt;i&gt;On va pas juste vous battre, on va vous FUMER&lt;/i&gt; &#187;. Et dire que pour certains le foot serait un loisir v&#233;rol&#233; par l'argent et la haine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu casse-ambiance, Jessica me fait remarquer que les maillots ne sont pas donn&#233;s, &lt;i&gt;hein&lt;/i&gt;, 200 boules l'unit&#233;. Je lui r&#233;torque qu'&#224; mon humble avis ils les valent bien. Fabriqu&#233;s au Bangladesh peut-&#234;tre, mais par des m&#244;mes virtuoses de la couture. Et puis porter &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; nom dans le dos, c'est comme avoir un soleil dans la poche, de quoi &#233;clairer le quotidien quand il se fait sombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a malaise cependant. Ce naze de J&#233;r&#244;me clapotant au ch&#244;mage depuis quelques mois, il n'a pas assez de thunes pour s'en payer un. Vu qu'il a d&#233;j&#224; pas de quoi se financer un ravalement des ratiches alors que &#231;a urge salement et que sa bouche on dirait un clavier de piano aqueux, s&#251;r qu'un maillot neuf c'est pas dans son budget... Coup de bol, tandis qu'il nous attend dehors en tirant une tronche de koala cram&#233;, il parvient &#224; chiper un exemplaire tout neuf dans le sac d'un gamin &#233;vanoui &#224; cause de la foule trop dense et des fum&#233;es toxiques, g&#233;nial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sortant de la boutique, ravis comme des m&#244;mes sous k&#233;tamine, on prend bien garde de ne pas enfiler nos tr&#233;sors : les braises br&#251;lantes qui s'abattent du ciel n'en feraient qu'une bouch&#233;e. Par contre, on les enroule devant nos bouches, parce que respirer devient chou&#239;a compliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Direction le stade, je mets la radio. Aux infos, sur toutes les fr&#233;quences, ils ne parlent quasiment que de&lt;i&gt; son&lt;/i&gt; arriv&#233;e, trop la classe. Il para&#238;t aussi, est-il mentionn&#233; en fin de flash, qu'il fait chaud, tr&#232;s chaud, trop chaud, et qu'un peu partout en Europe il y aurait des incendies d&#233;mentiels. Pas de bol les gars, mais nous on s'en fout : &lt;i&gt;ici c'est pas frit&lt;/i&gt;. Enfin, pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un temps, on craint de ne pouvoir rejoindre la porte d'Auteuil et notre destination. De grandes flammes bordent le p&#233;riph', lan&#231;ant des sortes de boules de magma sur la chauss&#233;e. L'autoradio crache &#171; Fire of Love &#187; du Gun Club, &#171; &lt;i&gt;The fire of love is burning deep&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;The fire of love won't let me sleep&lt;/i&gt; &#187;, et on hoche vigoureusement la t&#234;te en pensant &#224; notre chance et &#224; la jalousie des Marseillais qui se mangeraient les doigts d'envie s'ils en avaient encore &#8211; il para&#238;t que leur ville de &lt;i&gt;losers &lt;/i&gt;a int&#233;gralement flamb&#233; hier, &lt;i&gt;cheh&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; deux cents m&#232;tres du stade, on est oblig&#233;s d'abandonner ma Fuego parce qu'il y a un genre de barrage de feu g&#233;ant au milieu de la route, avec notamment un bus qui crame et des enfants grignot&#233;s par les flammes galopant dans tous les sens en chialant leur reum. &#199;a me fait penser &#224; la chanson de Didier Super &#171; Les Enfants faut les br&#251;ler &#187;, alors je commence &#224; la chantonner tandis qu'on contourne l'obstacle &#224; pied, ce qui fait marrer J&#233;r&#244;me. Enfin, son hilarit&#233; ne dure pas, vu qu'il se prend sans pr&#233;avis un genre de mini-ast&#233;ro&#239;de dans la gueule. &#199;a fait &lt;i&gt;sploush &lt;/i&gt;et son cr&#226;ne explose &#224; deux m&#232;tres de nous, vachement impressionnant, comme dans les films. On aimerait bien marquer le coup, genre recouvrir son cadavre d'un drap, mais on est vraiment trop &#224; la bourre. &#171; &lt;i&gt;D&#233;sol&#233; mon pote, y a urgence&lt;/i&gt; &#187; que je gueule alors qu'on d&#233;campe vers le Saint-Graal bip&#232;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;ga-incendie a du bon, parce qu'on n'est pas beaucoup &#224; avoir r&#233;ussi &#224; atteindre le lieu de &lt;i&gt;sa&lt;/i&gt; pr&#233;sentation, une cinquantaine &#224; tout casser. Sourires aux l&#232;vres, on prend place dans une grande salle avec estrade clinquante et clim' &#224; fond les ballons, en attente de &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; arriv&#233;e triomphante. Sur le mur qui nous fait face, un gigantesque &#233;cran, lequel s'anime soudain quand appara&#238;t &#224; l'image l'&#233;mir du p&#233;trole qui poss&#232;de le club et la moiti&#233; du globe. Ni une ni deux, il se lance dans un discours l&#233;nifiant, blablatant sur les valeurs du foot, &#171; &lt;i&gt;langage universel et pourvoyeur de br&#251;lante passion&lt;/i&gt; &#187;. Et d'en rajouter une couche sur l' &#187; &lt;i&gt;importance d'apporter de la joie aux enfants en temps de crise&lt;/i&gt; &#187;. Relou. Le pire, c'est qu'il finit par avouer que lui et le meilleur joueur de l'univers ne seront pas physiquement pr&#233;sents devant nous, de m&#234;me que les 5 000 journalistes couvrant l'&#233;v&#233;nement en mondiovision, pour des &#171; &lt;i&gt;raisons de s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qu'ils vont donc s'adresser &#224; nous en visio depuis les Bermudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la petite salle o&#249; l'on s'est entass&#233;s avec les autres supporters, &#231;a grogne salement. Grosse impression de s'&#234;tre fait arnaquer. D'autant qu'il fait vraiment tr&#232;s chaud, mais alors &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt;. M&#234;me qu'&#224; un moment Jessica s'approche d'une fen&#234;tre, pousse un petit cri, porte la main &#224; ses cheveux et se met &#224; hurler. Normal : ils sont en feu. Je m'appr&#234;te &#224; lui porter secours quand...&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IL EST L&#192;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La clameur provient des quelques supporters d&#233;j&#224; suffocants mais pas encore &#233;vanouis ou tr&#233;pass&#233;s qui s'attroupent devant l'&#233;cran. Abandonnant Jessica &#224; son brasier perso, je me rue vers &lt;i&gt;lui&lt;/i&gt;, enfin vers son image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il est beau ! Qu'il rutile ! Et quelle classe dans notre maillot !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que les fen&#234;tres explosent, je parviens &#224; entendre des bribes de ses premi&#232;res phrases :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je... Tr&#232;s Heureux... Ciudad Lumi&#232;re... Tour Eiffel...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au comble de l'extase &#8211; il parle d&#233;j&#224; fran&#231;ais ! &#8211;, je ne remarque m&#234;me pas les cloques qui recouvrent mes avant-bras, ni mes poils qui r&#244;tissent en d&#233;gageant une dr&#244;le d'odeur de porc sal&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oh bonheur, oh f&#233;licit&#233;, oh ravissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;changerais ce moment pour rien au monde, pas m&#234;me un empire, pas m&#234;me ma propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tout devient rouge rouge rouge tirant sur le noir noir noir et je m'entends crier une derni&#232;re phrase : &#171; &lt;i&gt;Bienvenue chez nous, GRAND HOMME, tu verras, ici c'est le FEU.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que je glisse vers le statut cendres, j'ai la fugitive impression qu'il m'a entendu et l&#232;ve le pouce depuis sa conf&#233;rence de presse aux Bermudes. Et &#231;a ne m'&#233;tonne pas : les joueurs comme lui sont proches des supporters, &#224; la vie &#224; la mort. Et &#231;a, &#231;a ne s'ach&#232;te pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FEU, mon pote.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chien Noir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On peut lire d'autres nouvelles de Chien Noir sur &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/[-&gt;https:/chien-noir.org/'&gt;son site&lt;/a&gt;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4294 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH328/-1033-02295-5a94a.jpg?1779928173' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Dessin de Vincent Croguennec
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le retour de l'&#171; Abr&#233;g&#233; du Capital de Karl Marx &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-retour-de-l-Abrege-du-Capital</link>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;cile K.</dc:subject>
		<dc:subject>Karl Marx</dc:subject>
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		<dc:subject>Chien Rouge</dc:subject>
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		<dc:subject>capital</dc:subject>
		<dc:subject>Carlo Cafiero</dc:subject>
		<dc:subject>Cafiero</dc:subject>
		<dc:subject>Abr&#233;g&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>nouvelle &#233;dition</dc:subject>
		<dc:subject>lire Karl</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extension de CQFD dans le monde du livre, les &#233;ditions du Chien rouge ont la joie de vous annoncer qu'elles ont publi&#233; le 24 septembre une nouvelle &#233;dition de l'Abr&#233;g&#233; du Capital, ouvrage que Marx lui-m&#234;me consid&#233;rait comme &#171; un tr&#232;s bon r&#233;sum&#233; populaire &#187; de sa th&#233;orie de la plus-value. On peut vouloir lire Karl Marx mais craindre son &#233;criture complexe. D&#232;s 1878, depuis une cellule de prison, l'anarchiste italien Carlo Cafiero avait rem&#233;di&#233; &#224; ce probl&#232;me, en r&#233;digeant dans un style simple (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cecile-K" rel="tag"&gt;C&#233;cile K.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Karl-Marx" rel="tag"&gt;Karl Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chien-Rouge" rel="tag"&gt;Chien Rouge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marx" rel="tag"&gt;Marx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/capital" rel="tag"&gt;capital&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Carlo-Cafiero" rel="tag"&gt;Carlo Cafiero&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cafiero" rel="tag"&gt;Cafiero&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Abrege" rel="tag"&gt;Abr&#233;g&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nouvelle-edition" rel="tag"&gt;nouvelle &#233;dition&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/lire-Karl" rel="tag"&gt;lire Karl&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/zz_couvabrege-c7ac7.jpg?1779706293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extension de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; dans le monde du livre, les &#233;ditions du Chien rouge ont la joie de vous annoncer qu'elles ont publi&#233; le 24 septembre une nouvelle &#233;dition de l'&lt;i&gt;Abr&#233;g&#233; du Capital&lt;/i&gt;, ouvrage que Marx lui-m&#234;me consid&#233;rait comme &#171; &lt;i&gt;un tr&#232;s bon r&#233;sum&#233; populaire&lt;/i&gt; &#187; de sa th&#233;orie de la plus-value.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4062 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;86&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/600px_couvabrege.jpg' width='500' height='324' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;La couverture de la nouvelle &#233;dition de l'&#171; Abr&#233;g&#233; du Capital &#187;.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;C&#233;cile K.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On peut vouloir lire Karl Marx mais craindre son &#233;criture complexe. D&#232;s 1878, depuis une cellule de prison, l'anarchiste italien Carlo Cafiero avait rem&#233;di&#233; &#224; ce probl&#232;me, en r&#233;digeant dans un style simple et accessible un condens&#233; du livre I du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; &#8211; critique radicale du syst&#232;me capitaliste, &#171; &lt;i&gt;o&#249; ce ne sont pas les moyens de production qui sont au service du travailleur, mais bien le travailleur qui se trouve au service des moyens de production&lt;/i&gt; &#187;. Destin&#233; &#224; un large public, ce petit livre, d&#233;barrass&#233; des d&#233;veloppements scientifiques qui rendent l'&#339;uvre originale parfois ardue, va droit au but. Marx lui-m&#234;me ne s'y trompa pas, consid&#233;rant cet &lt;i&gt;Abr&#233;g&#233; du Capital &lt;/i&gt;comme &#171; &lt;i&gt;un tr&#232;s bon r&#233;sum&#233; populaire&lt;/i&gt; &#187; de sa th&#233;orie de la plus-value.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extension de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; dans le monde du livre, les &#233;ditions du Chien rouge ont la joie de vous annoncer qu'elles ont publi&#233; le 24 septembre une nouvelle &#233;dition de cet &lt;i&gt;Abr&#233;g&#233;&lt;/i&gt;, avec une couverture et une approche graphique renouvel&#233;es. En avant-propos, un texte de l'&lt;i&gt;amigo&lt;/i&gt; Mathieu L&#233;onard situe l'&#339;uvre et son auteur dans leur contexte historique : un moment charni&#232;re de l'histoire du mouvement ouvrier, o&#249; s'&#233;labore le socle d'une critique commune du monde capitaliste, alors m&#234;me que s'op&#232;re une fracture sur la question de l'organisation de la lutte. En annexe, des lettres &#233;chang&#233;es par Marx et Cafiero. Dans toutes les bonnes librairies, 10 euros.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;Sur cette &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Editions-du-Chien-rouge' class=&#034;spip_in&#034;&gt;page&lt;/a&gt; vous pouvez voir et commander les livres publi&#233;s par les &#233;ditions du Chien Rouge.&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Pour les commander en ligne sur notre boutique HelloAsso, c'est &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/cqfd/evenements/abonnements-et-micro-boutique-de-cqfd&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. &lt;/strong&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Castel fait picoler l'Afrique, puis exfiltre un max' de fric</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Castel-fait-picoler-l-Afrique-puis</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Cl&#233;ment Bu&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>Groupe</dc:subject>
		<dc:subject>groupe Castel</dc:subject>
		<dc:subject>Castel</dc:subject>
		<dc:subject>Castel Beer</dc:subject>
		<dc:subject>Roche Mazet</dc:subject>
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		<dc:subject>Sucaf RCA</dc:subject>
		<dc:subject>L'empire Castel</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre Castel</dc:subject>
		<dc:subject>sucre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Leader fran&#231;ais du n&#233;goce de vin, le groupe Castel r&#233;alise l'essentiel de ses b&#233;n&#233;fices en Afrique, o&#249; il s'est sp&#233;cialis&#233; dans la bi&#232;re, les sodas, le sucre et... l'&#233;vasion fiscale. Un scandale diss&#233;qu&#233; dans un accablant rapport de l'association Survie. L'empire Castel ? Depuis l'Hexagone, on en conna&#238;t surtout les cavistes Nicolas et quelques pinards grand public : La Villageoise, Roche Mazet, Baron de Lestac, Vieux Papes... Premier n&#233;gociant de vin en France, Castel se classe troisi&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Clement-Buee" rel="tag"&gt;Cl&#233;ment Bu&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Groupe" rel="tag"&gt;Groupe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/groupe-Castel" rel="tag"&gt;groupe Castel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Castel" rel="tag"&gt;Castel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Castel-Beer" rel="tag"&gt;Castel Beer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Roche-Mazet" rel="tag"&gt;Roche Mazet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Vieux-Papes" rel="tag"&gt;Vieux Papes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sucaf-RCA" rel="tag"&gt;Sucaf RCA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/L-empire-Castel" rel="tag"&gt;L'empire Castel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Pierre-Castel" rel="tag"&gt;Pierre Castel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sucre" rel="tag"&gt;sucre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Leader fran&#231;ais du n&#233;goce de vin, le groupe Castel r&#233;alise l'essentiel de ses b&#233;n&#233;fices en Afrique, o&#249; il s'est sp&#233;cialis&#233; dans la bi&#232;re, les sodas, le sucre et... l'&#233;vasion fiscale. Un scandale diss&#233;qu&#233; dans un accablant rapport de l'association Survie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4065 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH540/1200px_castel-7de5f.jpg?1780119052' width='500' height='540' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Cl&#233;ment Bu&#233;e
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L'&lt;/span&gt;empire Castel ? Depuis l'Hexagone, on en conna&#238;t surtout les cavistes Nicolas et quelques pinards grand public : La Villageoise, Roche Mazet, Baron de Lestac, Vieux Papes... Premier n&#233;gociant de vin en France, Castel se classe troisi&#232;me au niveau mondial. Mais le groupe, n&#233; dans le Bordelais, ne donne pas que dans le jaja. Au Portugal par exemple, il produit les jus de fruits Compal. Et en Afrique, ses filiales font surtout dans la bi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Castel Beer, Skol, Flag&#8230; autant de marques populaires produites, dans bien des pays du continent, de mani&#232;re quasi monopolistique : le r&#233;sultat de d&#233;cennies de business aiguis&#233;, de rachats d'entreprises publiques privatis&#233;es, d'absorptions de concurrents et d'amiti&#233;s avec des dirigeants politiques locaux &#8211; dont pas mal de dictateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me plus grand brasseur d'Afrique, Castel y est aujourd'hui pr&#233;sent dans une grosse vingtaine de pays, du Maroc au Cameroun en passant par le Burkina Faso et l'Angola. Embouteillant une partie des sodas de la compagnie Coca-Cola sur le continent, il produit aussi ses propres boissons non alcoolis&#233;es, ainsi que du sucre et des huiles v&#233;g&#233;tales. Ces activit&#233;s africaines repr&#233;sentent les quatre cinqui&#232;mes du colossal chiffre d'affaires mondial du groupe, qui avoisine les six milliards d'euros chaque ann&#233;e, pour un b&#233;n&#233;fice d&#233;passant largement les 500 millions&#8230; dont une bonne partie &#233;chappe &#224; l'imp&#244;t. Autrement dit : Castel gagne un pognon de dingue en vendant de la bi&#232;re en Afrique, sans contribuer comme il le devrait aux rentr&#233;es fiscales d'&#201;tats qui auraient pourtant bien besoin de cet argent pour d&#233;velopper leurs services publics.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Exil&#233; fiscal depuis Mitterand&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt; qui le dit. Les donn&#233;es expos&#233;es dans le pr&#233;sent article proviennent d'un solide rapport de l'association Survie, sp&#233;cialis&#233;e dans la d&#233;nonciation du syst&#232;me &#171; Fran&#231;afrique &#187;. Publi&#233;e fin juin, cette enqu&#234;te intitul&#233;e &#171; De l'Afrique aux places offshore, l'empire Castel brasse de l'or &#187; l&#232;ve le voile sur une partie des montages fiscaux employ&#233;s par le clan Castel pour maximiser ses profits. Des combines qui ont sans doute aid&#233; la famille du patriarche Pierre Castel, 94 ans (fils d'un ouvrier viticole immigr&#233; espagnol et&#8230; exil&#233; fiscal en Suisse depuis la premi&#232;re &#233;lection de Fran&#231;ois Mitterrand en 1981), &#224; atteindre le top 10 des fortunes fran&#231;aises, &#233;tabli par le magazine&lt;i&gt; Challenges&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'organigramme du groupe Castel ? Un &#233;cheveau opaque et complexe de dizaines de filiales et holdings bas&#233;es pour certaines dans des paradis fiscaux tels que Gibraltar, l'&#238;le Maurice ou Singapour. Les magouilles ? Elles reposent essentiellement sur un concept : r&#233;duire les b&#233;n&#233;fices des brasseries (et donc leur imposition dans les pays de production) en leur faisant payer des fortunes &#224; d'autres filiales du groupe bas&#233;es dans des paradis fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, il suffit, par exemple, de facturer les &#171; droits intellectuels &#187; de la marque. En clair : pour avoir l'autorisation de brasser, disons, de la &#171; Castel Beer &#187;, une brasserie africaine du groupe Castel doit payer d'importantes redevances &#224; la soci&#233;t&#233; qui poss&#232;de ladite marque. Appel&#233;e Beverage Trade Mark Company Ltd, cette entreprise (appartenant &#233;galement au groupe Castel) est bas&#233;e au Luxembourg apr&#232;s avoir longtemps &#233;t&#233; enregistr&#233;e aux &#238;les Vierges britanniques, o&#249; ses revenus &#233;taient &#171; &lt;i&gt;totalement exon&#233;r&#233;s d'imp&#244;ts&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre combine : les centrales d'achats. Propri&#233;t&#233; du groupe Castel, bas&#233;e &#224; Gibraltar, la soci&#233;t&#233; Globe Export Ltd ach&#232;te ainsi en gros du malt, du houblon et des bouteilles qu'elle revend ensuite &#224; prix d'or &#224; diverses usines du m&#234;me groupe Castel. Ces brasseries voient donc leurs b&#233;n&#233;fices imposables fondre en proportion des montants envoy&#233;s &#224; Gibraltar, o&#249; ces revenus, r&#233;sultant d'une activit&#233; ext&#233;rieure au Rocher, sont l&#224; encore &#171; &lt;i&gt;totalement exon&#233;r&#233;s&lt;/i&gt; &#187; de taxes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Financement d'un groupe arm&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t, un autre rapport est venu rajouter de l'amertume dans les breuvages du groupe Castel. R&#233;alis&#233;e par The Sentry, centre de recherche sur les droits humains financ&#233; notamment par la Fondation (George) Clooney pour la justice (CFJ), cette enqu&#234;te accuse une usine de sucre contr&#244;l&#233;e par Castel en Centrafrique, la Sucaf RCA, d'avoir financ&#233;, de 2014 &#224; au moins mars dernier, en pleine guerre civile, un groupe arm&#233; responsable de massacres, l'UPC (Unit&#233; pour la paix en Centrafrique)&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;publique centrafricaine conna&#238;t depuis 2013 une situation d'instabilit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon The Sentry, l'usine a proc&#233;d&#233; &#224; des paiements en esp&#232;ces, tout en offrant &#171; &lt;i&gt;un soutien en nature sous forme d'entretien des v&#233;hicules et de fourniture de carburant&lt;/i&gt; &#187;. En &#233;change, les leaders de l'UPC, qui contr&#244;lait la r&#233;gion, &#171; &lt;i&gt;se sont engag&#233;s &#224; s&#233;curiser l'usine et les champs de canne &#224; sucre de la Sucaf RCA et &#224; garantir la libre circulation sur les axes routiers cl&#233;s n&#233;cessaires &#224; l'approvisionnement de l'usine sucri&#232;re. La Sucaf RCA a &#233;galement obtenu le soutien de l'UPC pour tenter de prot&#233;ger le monopole de la soci&#233;t&#233; sur la distribution du sucre dans plusieurs pr&#233;fectures du pays, notamment par la saisie forc&#233;e du sucre de contrebande, en particulier celui en provenance du Soudan.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;Business is business&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La R&#233;publique centrafricaine conna&#238;t depuis 2013 une situation d'instabilit&#233; politique et de violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e, o&#249; le gouvernement ne contr&#244;le plus qu'une petite partie du territoire. L'essentiel du pays est aux mains de groupes arm&#233;s qui se disputent les ressources (or, diamant, b&#233;tail&#8230;) et multiplient les exactions contre les civils. Pr&#233;sente au d&#233;but de la crise, l'arm&#233;e fran&#231;aise a fini par quitter la Centrafrique, o&#249; sont depuis arriv&#233;s des paramilitaires envoy&#233;s par la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Brest : la gentrification se pare de vert</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Brest-la-gentrification-se-pare-de</link>
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		<dc:date>2021-11-08T16:42:25Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Damien Le Bruchec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Suite aux &#233;lections municipales de 2020, l'alliance ren&#233;goci&#233;e entre le Parti socialiste et Europe &#201;cologie-Les Verts devait permettre d'accorder une place plus importante &#224; l'environnement dans les politiques municipales et m&#233;tropolitaines brestoises. R&#233;sultat : on assiste plut&#244;t &#224; un vague verdissement des projets urbains. Mais des collectifs d&#233;fendent d'autres mani&#232;res d'inventer la ville. Ce jeudi 1er juillet, une trentaine de personnes sont r&#233;unies dans la salle du Patronage la&#239;que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/projet" rel="tag"&gt;projet&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/immobilier" rel="tag"&gt;immobilier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Suite aux &#233;lections municipales de 2020, l'alliance ren&#233;goci&#233;e entre le Parti socialiste et Europe &#201;cologie-Les Verts devait permettre d'accorder une place plus importante &#224; l'environnement dans les politiques municipales et m&#233;tropolitaines brestoises. R&#233;sultat : on assiste plut&#244;t &#224; un vague verdissement des projets urbains. Mais des collectifs d&#233;fendent d'autres mani&#232;res d'inventer la ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4058 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH399/400px_brest-02845.jpg?1779628653' width='500' height='399' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Marine Summercity
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce jeudi 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juillet, une trentaine de personnes sont r&#233;unies dans la salle du Patronage la&#239;que Gu&#233;rin, dans le quartier de Saint-Martin, au centre-ville de Brest. La poign&#233;e de riverains &#224; l'initiative de la soir&#233;e vient d'apprendre qu'un nouveau projet immobilier devrait radicalement changer le visage d'un pan du quartier. Bouygues Immobilier pr&#233;voit de b&#226;tir une on&#233;reuse &#171; r&#233;sidence senior &#187; &#224; la place de l'actuel Ehpad (&#201;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes). La majeure partie des 2 300 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de son jardin est amen&#233;e &#224; dispara&#238;tre. Pour les participants &#224; la r&#233;union, le projet est inqui&#233;tant &#224; double titre : un espace vert doit &#234;tre b&#233;tonn&#233; dans une ville d&#233;j&#224; tr&#232;s min&#233;rale, tout en rel&#233;guant les anciens les plus modestes vers la p&#233;riph&#233;rie. Ils demandent &#233;galement que le jardin devienne un &#171; bien commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fringant directeur de l'agence Bouygues Immobilier qui porte le projet a fait le d&#233;placement pour d&#233;fendre son gagne-pain. S'il admet que sa bo&#238;te a &#171; &lt;i&gt;beaucoup de progr&#232;s &#224; faire&lt;/i&gt; &#187; en termes d'impacts environnementaux, il se dit pr&#234;t &#224; conc&#233;der une parcelle de terrain pour un jardin partag&#233;. Peine perdue : la r&#233;union aboutit &#224; la cr&#233;ation d'un collectif, dernier n&#233; de la contestation des projets urbains dans la m&#233;tropole brestoise.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Verdissement municipal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une ancienne conseill&#232;re municipale, militante EELV (Europe &#201;cologie-Les Verts), est &#233;galement pr&#233;sente &#224; la r&#233;union. Elle se contente de pinailler au sujet des mat&#233;riaux de construction. Son parti a pourtant gagn&#233; en poids ces derni&#232;res ann&#233;es en portant un discours de rupture &#233;cologique avec les mandats pr&#233;c&#233;dents. Alli&#233;s de longue date au PS (Parti socialiste), les Verts ont en effet tent&#233; de voler de leurs propres ailes lors des &#233;lections municipales du printemps 2020. Apr&#232;s une campagne plut&#244;t rugueuse, ils arrivent finalement en troisi&#232;me position au premier tour. Fran&#231;ois Cuillandre, maire socialiste et pr&#233;sident de la M&#233;tropole, conserve son si&#232;ge. EELV retourne dans le giron de la majorit&#233;, non sans avoir obtenu quelques postes cl&#233;s. L'implantation des &#233;cologistes se confirme lors des &#233;lections d&#233;partementales suivantes, en juin dernier. Cette fois, un bin&#244;me EELV - Nouvelle Donne arrache le canton Brest-Centre au PS. Mais cette position nouvellement acquise par les Verts n'annonce pas pour autant de changements majeurs dans les politiques locales, notamment en mati&#232;re d'urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Densification, gentrification, artificialisation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jouant le jeu lib&#233;ral de la concurrence entre les territoires, les &#233;diles brestois s'&#233;chinent depuis plusieurs mandats &#224; transformer l'image, la morphologie et la sociologie d'une ville rest&#233;e ouvri&#232;re. Non sans obtenir quelques r&#233;sultats : le prix du m&#232;tre carr&#233; augmente de 6 % par an&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Brest : un march&#233; immobilier ultra tendu ! &#187;, SeLoger.com (25/11/2020).&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, tandis qu'entre 2020 et 2021, les loyers ont bondi de pr&#232;s de 8 %&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouest-France (02/06/2021).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et les projets immobiliers pharaoniques se multiplient. Les &#233;lus les pr&#233;sentent comme n&#233;cessaires pour densifier le tissu urbain. Mais l'objectif est &#233;galement de modifier la composition sociale des quartiers vis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Alors que le secteur nourrit un sentiment d'ins&#233;curit&#233; dont la presse et la droite locale se r&#233;galent, sa restructuration doit donc permettre d'&#233;loigner une population jug&#233;e ind&#233;sirable.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un exemple parmi d'autres, le haut de la rue Jean-Jaur&#232;s, art&#232;re centrale et commer&#231;ante de la ville, aujourd'hui ass&#233;ch&#233;e par les zones commerciales p&#233;riph&#233;riques. Le sentiment de d&#233;clin ressenti par certains riverains constitue une opportunit&#233; pour raser plusieurs immeubles anciens. Des logements neufs doivent, selon la municipalit&#233;, encourager le retour &#171; &lt;i&gt;de familles&lt;/i&gt; &#187;. Alors que le secteur nourrit un sentiment d'ins&#233;curit&#233; dont la presse et la droite locale se r&#233;galent, sa restructuration doit donc permettre d'&#233;loigner une population jug&#233;e ind&#233;sirable&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le T&#233;l&#233;gramme (15/05/2020).&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin de l&#224;, l'embl&#233;matique salle de sport Marcel-Cerdan doit laisser place &#224; un nouvel ensemble immobilier. Annonc&#233; comme un mod&#232;le de &#171; &lt;i&gt;mixit&#233; sociale&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;d'excellence&lt;/i&gt; &#187; &#233;cologique, le projet est appuy&#233; par un discours de lutte contre l'&#233;talement urbain&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Soci&#233;t&#233; vivante f&#234;te la friche, &#201;ditions de Renart, 2020.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.
Pour autant, pas de quoi annoncer une politique volontariste visant &#224; freiner le processus. Quartiers pavillonnaires et zones commerciales continuent de grignoter la campagne alentour, dans une r&#233;gion qui d&#233;tient la troisi&#232;me place en termes de taux d'artificialisation des sols&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Site de l'Observatoire de l'environnement en Bretagne (30/09/2018).&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. C'est ainsi qu'au cours du mandat pr&#233;c&#233;dent, la ferme bio de Traon Bihan, implant&#233;e sur la commune de Brest, a &#233;t&#233; amput&#233;e d'une partie de ses terres au profit d'un quartier certifi&#233; d&#233;veloppement durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors qu'un ersatz de ville envahit la campagne, les citadins pourront bient&#244;t profiter du spectacle de l'agriculture du futur. Plusieurs projets de &#171; fermes urbaines &#187; sont en cours. Dans le cadre de la restructuration de la cit&#233; de Kerbernier, une barre d&#233;molie devra laisser place &#224; une &#171; &lt;i&gt;serre bioclimatique et verticale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le T&#233;l&#233;gramme (23/04/2021).&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;. L'urbanisme brutal se veut d&#233;sormais &#233;cofuturiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La majorit&#233; entend &#233;galement d&#233;velopper les &#171; mobilit&#233;s douces &#187;, mais certainement pas pour rompre avec la civilisation de la bagnole. Il s'agit plut&#244;t de fa&#231;onner la ville aux go&#251;ts suppos&#233;s des classes sup'. C'est ainsi qu'une partie des rues autour de la turbulente place Gu&#233;rin, bastion populaire et militant du quartier de Saint-Martin, ont &#233;t&#233; pi&#233;tonnis&#233;es. Pour Yohann N&#233;d&#233;lec, adjoint au centre-ville, le but est de &#171; &lt;i&gt;permettre aux familles de s'approprier l'espace et d'en faire un lieu plus convivial&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le T&#233;l&#233;gramme (22/04/2021).&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;. Sous-titre : pr&#233;caires et zonards sont pri&#233;s d'aller voir ailleurs. Plut&#244;t que de mettre en &#339;uvre de v&#233;ritables politiques en faveur de l'environnement, il s'agit donc de changer l'image de la ville dans un souci d' &#187; attractivit&#233; territoriale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contester la ville telle qu'elle se fait&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, le collectif oppos&#233; &#224; la r&#233;sidence Bouygues est loin d'&#234;tre isol&#233;. Lutte pour une salle de quartier place Gu&#233;rin ou contre la construction d'immeubles &#224; proximit&#233; du Jardin botanique de Brest, les collectifs se multiplient ces derni&#232;res ann&#233;es pour contester l'am&#233;nagement tel qu'il se m&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la r&#233;union du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juillet, un &#171; amoureux de la rade de Brest &#187;, qui lutte contre la privatisation d'une friche sur la commune voisine du Relecq-Kerhuon, est venu partager son exp&#233;rience. Le site, &#224; deux pas du rivage, doit accueillir un ensemble d'immeubles et de commerces cossus. Ses opposants d&#233;noncent un projet qui &#171; &lt;i&gt;revient &#224; r&#233;server &#224; quelques privil&#233;gi&#233;s un bien commun qui appartient &#224; ce jour &#224; Brest M&#233;tropole Am&#233;nagement&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;BMA, compos&#233; de deux entreprises publiques locales, en charge des grands (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Il faut stopper le b&#233;tonnage du littoral. Pr&#233;server nos bords de mer et un cadre de vie agr&#233;able, accessible &#224; tous, et non pas r&#233;serv&#233; &#224; quelques privil&#233;gi&#233;s&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouest-France, (26/03/2021).&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre participant &#224; la soir&#233;e a &#233;voqu&#233; la mobilisation pour la sauvegarde de la vall&#233;e du Restic, menac&#233;e par un projet de contournement routier. Cette lutte historique d&#233;bute fin 2008, avec le lancement d'une enqu&#234;te publique portant sur un contournement routier de Brest par le nord-ouest. Selon l'option retenue, 13 hectares de bois et de prairies et un ruisseau doivent &#234;tre engloutis sous le bitume. Apr&#232;s une dizaine d'ann&#233;es de mobilisation du collectif de d&#233;fense de la vall&#233;e, Brest M&#233;tropole doit faire machine arri&#232;re suite &#224; une d&#233;cision du Conseil d'&#201;tat&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouest-France (22/10/2018)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Il en aurait fallu plus : exit la &#171; mobilit&#233; douce &#187;, la M&#233;tropole relance aujourd'hui le projet&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le T&#233;l&#233;gramme (26/04/2021)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin du &#171; &lt;i&gt;renouveau sur le fond et dans les m&#233;thodes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouest-France (01/10/2019).&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &#187; promis par EELV lors de sa campagne, les Verts semblent ici davantage adeptes d'une &#233;cologie anecdotique contribuant au verdissement de la gentrification en cours. Mais les collectifs d'habitants veillent. Ce 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juillet, la r&#233;union au Patronage la&#239;que Gu&#233;rin s'ach&#232;ve sur un espoir : lutter ensemble pour un v&#233;ritable droit &#224; la ville, dans lequel la diversit&#233; du vivant aurait toute sa place. Comme le r&#233;sume un graffiti aper&#231;u dans le centre : &#171; &lt;i&gt;Moins de bourgeois, plus de bourgeons&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Damien Le Bruchec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://edito.seloger.com/actualites/barometre-lpi-seloger/brest-un-marche-immobilier-ultra-tendu-article-40360.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Brest : un march&#233; immobilier ultra tendu ! &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;SeLoger.com&lt;/i&gt; (25/11/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/bretagne/brest-29200/brest-la-ville-de-france-ou-les-loyers-ont-le-plus-augmente-en-un-an-27271674-c3bc-11eb-b322-dcd0256dd6a7&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (02/06/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.letelegramme.fr/finistere/brest/a-brest-le-haut-jaures-va-changer-de-morphologie-15-05-2020-12552820.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;gramme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (15/05/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Soci&#233;t&#233; vivante f&#234;te la friche&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Renart, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Site de l'&lt;a href=&#034;https://bretagne-environnement.fr/donnees-artificialisation-sol-bretagne&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Observatoire de l'environnement en Bretagne&lt;/a&gt; (30/09/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.letelegramme.fr/finistere/brest/a-brest-l-agriculture-urbaine-va-pouvoir-gagner-du-terrain-dans-les-cites-23-04-2021-12739349.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;gramme&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; (23/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pressreader.com/france/le-telegramme-brest/20210422/282325387812213&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;gramme &lt;/i&gt;&lt;/a&gt;(22/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;BMA, compos&#233; de deux entreprises publiques locales, en charge des grands projets d'am&#233;nagement urbains sur Brest M&#233;tropole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/bretagne/le-relecq-kerhuon-29480/le-relecq-kerhuon-mobilisation-citoyenne-contre-le-projet-immobilier-a-la-cantine-1ff25c64-8e34-11eb-990e-52e848de4bb3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, (26/03/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; (22/10/2018)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le T&#233;l&#233;gramme&lt;/i&gt; (26/04/2021)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/bretagne/brest-29200/entretien-brest-les-ecologistes-iront-jusqu-au-bout-avec-leur-liste-pour-la-municipale-6545317&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ouest-France&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (01/10/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le variant asiatique du fado portugais</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-variant-asiatique-du-fado</link>
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		<dc:date>2021-11-08T15:37:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Reeve</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape d'un retour* r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on constate que les immigrants asiatiques, par leurs salaires extr&#234;mement bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal, alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re. Il est aussi question de corruption et de cuisine chic &#224; succ&#232;s. I. Un village sur la route qui va de la c&#244;te atlantique vers Beja, traverse la grande plaine s&#232;che de l'Alentejo (sud du Portugal), &#233;cras&#233;e de chaleur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/societe" rel="tag"&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Portugal" rel="tag"&gt;Portugal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/population" rel="tag"&gt;population&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Aujourd-hui" rel="tag"&gt;Aujourd'hui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pauvres" rel="tag"&gt;pauvres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/plaine-seche" rel="tag"&gt;plaine s&#232;che&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape d'un retour* r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on constate que les immigrants asiatiques, par leurs salaires extr&#234;mement bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal, alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re. Il est aussi question de corruption et de cuisine chic &#224; succ&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L404xH400/400px_portugal-92cee.jpg?1779604615' width='404' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L.L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un village sur la route qui va de la c&#244;te atlantique vers Beja, traverse la grande plaine s&#232;che de l'Alentejo (sud du Portugal), &#233;cras&#233;e de chaleur d&#232;s le mois de mai, l'horizon &#224; perte de vue qui se confond avec un ciel sans nuages, le fin fond du pays profond au sud du Tage, vide de gens, d'arbres, comme une steppe &#8211; &#171; &lt;i&gt;notre Sahara&lt;/i&gt; &#187;, dit une amie &#8211; jalonn&#233;e de petits bourgs, perch&#233;s sur des collines. Le village s'appelle &lt;i&gt;Entradas&lt;/i&gt;, &#171; Les Entr&#233;es &#187;. Entr&#233;e vers quoi ? Vers o&#249; ? Tout semble vide, sans vie, ou avec une vie qui s'est arr&#234;t&#233;e dans un pass&#233; lointain. Un pr&#233;sent immobile o&#249; seul un retour au pass&#233; semble plausible. Des maisons basses align&#233;es bordent la rue principale ; au fond, l'&#233;glise. Dans le jardin public, entre quelques arbres qui d&#233;tonnent dans la s&#233;cheresse, deux ou trois m&#226;ts avec des drapeaux frapp&#233;s de la faucille et du marteau signalent la pr&#233;sence municipale toujours incontournable du Parti communiste portugais dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le rouge br&#251;l&#233; par le soleil a vir&#233; au rose, signe de la mutation id&#233;ologique en cours de la vie politique locale&#8230; Derri&#232;re les vitres des fen&#234;tres ferm&#233;es, des visages rid&#233;s &#233;pient les &#233;trangers de passage. Les rues sont vides, les deux caf&#233;s ferm&#233;s, Covid-19 oblige ; on croise un travailleur de la voirie occup&#233; &#224; balayer les trottoirs du jardin. Le &#171; bonjour &#187; est rapide et sans empathie. Au voisinage de l'&#233;glise, un panneau indique le mus&#233;e local o&#249; sont rassembl&#233;s, pr&#233;sent&#233;s aux rares visiteurs de passage, les derniers vestiges de l'agriculture traditionnelle ou ce qu'on a catalogu&#233; comme tel. Ledit mus&#233;e est ferm&#233; ! Il fait d&#233;j&#224; 33&#176;C au soleil de midi en cette journ&#233;e aux temp&#233;ratures extr&#234;mes, mais nous sommes pris par un sentiment gla&#231;ant, celui d'une soci&#233;t&#233; paralys&#233;e par son d&#233;clin. &#192; l'exception de quelques &#238;lots comme la ville de Castro Verde, toute proche qui vit de l'activit&#233; mini&#232;re, toute la r&#233;gion de l'Alentejo profond, nagu&#232;re un grenier &#224; bl&#233; des latifundiaires et le territoire de quelques-unes des pages les plus radicales de l'histoire sociale du Portugal avec les luttes des salari&#233;s agricoles, vit aujourd'hui la transition vers le monde de la catastrophe annonc&#233;e, celui de la grande agro-industrie. Dans un des pays les plus vieillissants du Vieux Continent et o&#249; la natalit&#233; est la plus faible, la r&#233;gion du bas Alentejo est class&#233;e parmi les plus pauvres de l'Europe communautaire ; et la sociologie de sa population est en train d'&#234;tre boulevers&#233;e par des mouvements contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ces prol&#233;taires sont exploit&#233;s &#224; l'extr&#234;me, vivent de fa&#231;on concentrationnaire dans des taudis et des ruines, travaillent 10 heures par jour &#224; un taux horaire de 3 euros et les interm&#233;diaires exploiteurs retiennent souvent 50 % de leurs payes, pr&#233;textant remboursements divers et al&#233;atoires.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, une nouvelle soci&#233;t&#233; s'y installe. C'est le nouveau prol&#233;tariat associ&#233; &#224; la nouvelle agriculture industrielle, aux cultures en serres de fruits rouges pouss&#233;es chimiquement hors sol pour &#234;tre vendues tout au long de l'ann&#233;e dans les rayons des supermarch&#233;s europ&#233;ens ; celle des &#233;tendues d'oliviers et d'amandiers trait&#233;s, plant&#233;s et exploit&#233;s par les multinationales &#224; capitaux financiers sans loi ni patrie. Une population asiatique, des Bengalis, des N&#233;palais, des Vietnamiens, des Tha&#239;landais, des Pakistanais, amen&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la plan&#232;te par des marchands de chair fra&#238;che, des r&#233;seaux puissants et intouchables. Dans certains villages, ils repr&#233;sentent d&#233;sormais jusqu'&#224; 60 % de la population. Comme si, par un renversement ironique de l'histoire, le projet lusitanien du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle de la d&#233;couverte du chemin maritime vers l'Asie s'&#233;tait finalement concr&#233;tis&#233; par ce peuplement asiatique dans la p&#233;ninsule, effet de la globalisation moderne du march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces prol&#233;taires sont exploit&#233;s &#224; l'extr&#234;me, vivent de fa&#231;on concentrationnaire dans des taudis et des ruines, travaillent 10 heures par jour &#224; un taux horaire de 3 euros et les interm&#233;diaires exploiteurs retiennent souvent 50 % de leurs payes, pr&#233;textant remboursements divers et al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange est d&#233;j&#224; assez &#233;tonnant, mais la globalisation est &#224; l'&#339;uvre et ne s'arr&#234;te pas. On s'attarde devant la vitrine d'une des agences immobili&#232;res locales &#8211; eh oui, cela existe ici aussi &#8211; et l'on est surpris par le prix des ruines &#224; vendre. Explication : une immigration d'un autre type s'installe aussi dans la r&#233;gion ; des alternatifs de toutes sortes et toutes origines, allant des &#171; auto-entrepreneurs de start-ups &#187; europ&#233;ens aux jeunes couples ais&#233;s &#224; la recherche d'une vie tranquille et d'air pur. Bizarrerie pour bizarrerie, aux Anglais, Hollandais et Allemands du d&#233;but viennent s'ajouter depuis quelques ann&#233;es de nombreuses jeunes familles isra&#233;liennes qui, sans doute, cherchent un apaisement &#224; la folie de l'endroit du monde o&#249; elles sont n&#233;es et o&#249; elles ne veulent plus vivre. On les comprend ! Dans cette petite bande de terre du sud-ouest de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, se croisent aujourd'hui diff&#233;rentes mis&#232;res du monde capitaliste globalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une &#171; r&#233;v&#233;lation &#187; &#224; mettre sur le compte du Covid-19 : la d&#233;couverte de la condition terrible dans laquelle travaillent et vivent des dizaines de milliers d'immigr&#233;s asiatiques dans la soci&#233;t&#233; portugaise. Le nombre important des contaminations parmi ces travailleurs exploit&#233;s, d&#233;poss&#233;d&#233;s de leurs documents et de leurs droits, a fini par menacer les r&#233;gions o&#249; ils vivent. Une contradiction de plus au sein de la classe capitaliste : le choc entre les int&#233;r&#234;ts de l'agro-industrie et ceux du tourisme. M&#234;me si la contamination des immigr&#233;s asiatiques est rest&#233;e localis&#233;e, elle est venue s'ajouter &#224; la contamination g&#233;n&#233;rale, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans les r&#233;gions touristiques du sud o&#249; l'agro-industrie s'&#233;tend &#8211; le d&#233;veloppement de l'&#233;pid&#233;mie ayant forc&#233; le gouvernement &#224; prendre des mesures de confinement qui ont touch&#233; durement l'industrie touristique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les immigrants asiatiques, par leurs salaires encore plus bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce n'est pas une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation, car la situation de cette immigration surexploit&#233;e &#233;tait connue depuis le d&#233;but par tous ceux qui voulaient la conna&#238;tre. L'excellent journal de contre-information &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; en parlait depuis au moins six ans&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire en particulier l'article &#171; Os olhares de Catarina &#187;, Mapa n&#176; 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Mais le d&#233;ni et le silence servaient des int&#233;r&#234;ts capitalistes importants et le gouvernement socialiste portugais venait d'ailleurs, en 2018, d'autoriser l'&#233;largissement de la zone d'implantation des serres sur la c&#244;te ouest de l'Alentejo, avec une augmentation cons&#233;quente de la main-d'&#339;uvre immigr&#233;e. L'&#233;pid&#233;mie a d&#233;clench&#233; un cort&#232;ge de j&#233;r&#233;miades et de larmes de crocodile, des cris d'indignation hypocrite. Les m&#233;dias se sont pench&#233;s sur le sujet pendant des semaines, on a convoqu&#233; des &#171; sp&#233;cialistes &#187; de toute sorte : &#233;conomistes, sociologues, ethnologues, etc. &#192; telle enseigne que le citoyen lambda finit par &#234;tre d&#233;gout&#233; de cet exercice de masochisme des &#233;lites &#8211; exercice charg&#233; d'hypocrisie, car, au-del&#224; des constatations r&#233;p&#233;t&#233;es, des t&#233;moignages, des descriptions glauques, il faut bien constater qu'il y a un terrain qui n'est jamais abord&#233; : celui des responsabilit&#233;s en amont. Avant, &#171; personne n'&#233;tait au courant &#187;, nous dit-on ; aujourd'hui, &#171; personne n'est cens&#233; l'ignorer &#187;, mais, dans le concret, rien ne change. Encore un principe de fonctionnement d&#233;mocratique. On apprend tout de m&#234;me que c'est toute l'agro-industrie, du porto aux fruits rouges des multinationales Driscoll's et cie, qui a recours &#224; cette main d'&#339;uvre exploit&#233;e dans des conditions quasi esclavagistes, du nord au sud du pays. Le cas portugais ne diff&#232;re en rien de la tendance &#224; l'&#339;uvre partout en Europe. Particulier ici est le fait que cette restructuration du march&#233; du travail s'applique dans un des pays les plus pauvres d'Europe, avec les salaires parmi les plus bas. Un pays qui continue &#224; exporter de la main d'&#339;uvre partout ailleurs, du personnel de sant&#233; et des services en Grande-Bretagne, des travailleurs du b&#226;timent et de l'agriculture (tiens, tiens !) en Suisse et en France, des p&#234;cheurs en Allemagne du nord et en Norv&#232;ge. Les immigrants asiatiques, par leurs salaires encore plus bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;cent rapport de la Commission europ&#233;enne, qui n'est pas &#224; proprement parler une institution au-dessus de tout soup&#231;on, consid&#232;re le Portugal comme l'un des pays les plus gangr&#233;n&#233;s par la corruption en Europe. D'apr&#232;s l'&#233;tude, la population portugaise estime que la corruption est g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans le pays et qu'elle affecte sa vie quotidienne. Sentiment qui serait deux fois plus fort au Portugal que la moyenne europ&#233;enne&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Um pa&#237;s corrupto &#187;, Publico (16/04/2021).&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les affaires de corruption s'&#233;talent jour apr&#232;s jour dans les m&#233;dias, m&#234;lant le syst&#232;me bancaire, les hommes politiques, les puissances du foot, les agences immobili&#232;res, sp&#233;culatives et mafieuses. Pour ceux qui croient en la vieille rengaine de la s&#233;paration des pouvoirs, pilier de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, le rapport d&#233;nonce aussi le fait qu'au Portugal, seule une petite minorit&#233; des proc&#232;s pour corruption (autour de 10 %) sont men&#233;s jusqu'&#224; leur terme. L'appareil judiciaire est aussi compromis dans ce processus et subit le discr&#233;dit g&#233;n&#233;ralis&#233; des institutions. L'&#233;tat des &#233;lites, de la classe politique dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; &#8211; avec quelques rares et honorables exceptions &#8211; prouve que le champ du politique est plus qu'en crise : il est d&#233;cadent et irr&#233;cup&#233;rable. La machine du Parti socialiste portugais, accroch&#233;e telle une sangsue au pouvoir central et surtout local, verrouille d'une main de fer cette &#233;volution d&#233;cadente, en distillant peurs et chantages. Pour reprendre la formule d'un ami qui se d&#233;bat localement pour &#233;veiller les esprits, c'est comme le &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me Poutine, mais men&#233; avec le sourire b&#233;at du Premier ministre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se met &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ce qui a bien pu se passer dans cette soci&#233;t&#233; depuis cinquante ans, depuis que la chute de l'ancien r&#233;gime autoritaire de nature fasciste a c&#233;d&#233; la place &#224; une d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Le Portugal est devenu aujourd'hui en Europe une vitrine &#233;clair&#233;e de la fausset&#233; de cette d&#233;mocratie, un exemple concret de sa nature. Un cas exemplaire de l'&#233;volution de ce syst&#232;me, qui cherche &#224; masquer par un discours mensonger l'in&#233;galit&#233; et l'injustice croissante du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;g&#226;t collat&#233;ral de la corruption des &#233;lites politiques et &#233;conomiques qui gangr&#232;ne toute la soci&#233;t&#233; portugaise, le discours anticorruption constitue d&#233;sormais un des socles de la nouvelle extr&#234;me droite en plein essor. Mais celles et ceux qui colportent ce discours adoptent ces m&#234;mes comportements. La d&#233;cadence s'&#233;tend du haut vers le bas, contamine aussi de larges pans du peuple qui, par exemple, participent directement et retirent de maigres b&#233;n&#233;fices de cette restructuration du march&#233; du travail, louant des taudis aux travailleurs asiatiques, exploitant leurs faiblesses et leurs fragilit&#233;s &#8211; autre signal de la d&#233;composition des solidarit&#233;s de classe, du sens du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus est particuli&#232;rement criant dans les r&#233;gions du sud, lieux o&#249; des traditions de luttes radicales ont marqu&#233; les g&#233;n&#233;rations, et o&#249; sont aujourd'hui exploit&#233;s les nouveaux immigr&#233;s. Il y a, bien entendu, et il ne faut surtout pas l'oublier, des attitudes minoritaires de solidarit&#233; et d'entraide parmi quelques noyaux de jeunes, liant les immigr&#233;s et la population ancienne. Ces noyaux voient dans la situation actuelle une richesse, une &#233;nergie et une vitalit&#233; n&#233;cessaires &#224; faire survivre une soci&#233;t&#233; vieillissante. Mais le mouvement du capitalisme moderne efface le pass&#233; de r&#233;volte. &#171; &lt;i&gt;Si 150 ans de batailles pour la propri&#233;t&#233; collective de la terre et pour la dignit&#233; du travail rural ont conduit [&#8230;] &#224; la r&#233;forme agraire de 1976, son d&#233;mant&#232;lement accompagn&#233; par la globalisation n&#233;olib&#233;rale a permis au capitalisme le plus obsc&#232;ne de retourner dans les champs du sud&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Agrocapitalismo de estufa &#187;, Publico (11/05/2021).&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Les d&#233;faites de classe sont toujours ch&#232;rement pay&#233;es. Et les paroles des chansons de Jos&#233; Afonso, devenues le symbole du mouvement r&#233;volutionnaire du 25 avril 1974, ont aujourd'hui un go&#251;t amer, et cherchent &#224; prendre une forme concr&#232;te dans des forces nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, c'est l'av&#232;nement d'un autre monde, celui du capitalisme victorieux et en d&#233;clin. En Alentejo comme ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Madame a trouv&#233; un bon plan : une entr&#233;e avec sortie. La flamboyante bourgeoise br&#233;silienne, mari&#233;e &#224; un grand bourgeois fran&#231;ais avec nom &#224; particule, vit d&#233;sormais &#224; Lisbonne dans un beau palace avec leurs deux filles et le chien ; l'heureux toutou s'appelle &#171; Bonaparte &#187; ! C'est aussi bien que l'avenue Henri-Martin et beaucoup moins cher. Encore une autre immigration. On croise (de loin) aujourd'hui au Portugal, outre les retrait&#233;s s&#233;duits par le soleil bon march&#233; et la quasi-absence d'imp&#244;ts, des riches, des tr&#232;s riches, des gangsters modernes (pl&#233;onasme ?!), des notables, des joueurs de foot, des artistes et des &#233;crivains de renom et au prix Goncourt encore frais. C'est dire que le monde m&#233;diocre, arrogant et m&#233;prisant de Madame et de Bonaparte fait main basse sur les riches demeures restaur&#233;es de la vieille Lisbonne et du vieux Porto, pendant qu'on pousse vers les p&#233;riph&#233;ries, gueux, mis&#233;reux, pauvres et &#233;clop&#233;s qui font d&#233;sordre dans le paysage recherch&#233; par Madame et ses semblables. Le capitalisme &#233;tant un syst&#232;me aux &#233;volutions improbables et inattendues, la pand&#233;mie, le d&#233;veloppement du t&#233;l&#233;travail pour des milliers de cadres branch&#233;s et d&#233;branch&#233;s, a relanc&#233; l'immobilier qui, malgr&#233; l'&#233;pid&#233;mie, se porte mieux que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Depuis la chute du pr&#233;c&#233;dent r&#233;gime autoritaire et l'av&#232;nement du r&#233;gime d&#233;mocratique parlementaire, la productivit&#233; par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par cinq alors que le salaire r&#233;el continue de baisser, que les in&#233;galit&#233;s sociales ne cessent de se creuser.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#199;a flambe aussi dans le secteur sp&#233;culatif du luxe. Les ventes de Porsche &#224; 230 000 euros explosent, le niveau de ventes le plus &#233;lev&#233; depuis toujours dans le petit pays se retrouve aussi dans les bijoux et les v&#234;tements de marques, dans les cosm&#233;tiques, le commerce &#233;lectronique ; tout va pour le mieux dans un des pays les plus pauvres d'Europe. Normal, nous le savons, la tendance est g&#233;n&#233;rale : plus il y a de pauvres et plus les riches sont riches. C'est le &#171; d&#233;veloppement &#187; ou la &#171; reprise &#187;, expliquent certains &#233;conomistes. Seulement, ici aussi, les contrastes sont vertigineux. Alors que de larges secteurs de la population, y compris des petites classes moyennes employ&#233;es dans l'enseignement, la sant&#233;, les services, ne trouvent pas &#224; se loger, tout ce beau monde se partage en coupes r&#233;gl&#233;es des immeubles et des palais d&#233;labr&#233;s bient&#244;t r&#233;nov&#233;s. Madame et son Bonaparte d&#233;pensent dans le &#171; take-away &#187; quotidien de chefs &#233;toil&#233;s autant que ce que touche par mois un immigr&#233; vietnamien ou n&#233;palais travaillant dix heures par jour dans les serres de fruits rouges empoisonn&#233;s de la c&#244;te alentejana. Enfin, &#171; take-away &#187;, c'est une expression r&#233;fut&#233;e par ce beau monde : &#171; &lt;i&gt;Nous ne vendons pas de la nourriture, nous vendons une exp&#233;rience de socialisation&lt;/i&gt; &#187;, explique un comique patron d'une de ces start-up de cuisine chic &#224; succ&#232;s&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Luxo, o virus n&#227;o passa por aqui &#187;, Expresso (28/05/2021).&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tat des lieux qui enrage. Qui est aussi un rappel du fait que nous ne devons pas prendre pour le r&#233;el ce qui n'est que l'apparence, la surface des choses, et non l'essence de son mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle d'un des pays les plus pauvres d'Europe, on se r&#233;f&#232;re bien &#233;videmment au pays des pauvres, laissant de c&#244;t&#233; le pays des riches. Une voix avertie soulignait r&#233;cemment des aspects significatifs de cette in&#233;galit&#233; sociale criante et violente qui, au Portugal comme partout ailleurs, ne cesse d'augmenter&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Somos um pa&#237;s pobre ? &#187;, Publico (22/05/2021).&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Depuis deux d&#233;cennies, le nombre de travailleurs qui per&#231;oivent le salaire minimum (environ 740 euros brut par mois contre 1 050 euros en Espagne) a &#233;t&#233; multipli&#233; par trois alors que le taux d'imposition d'un travailleur portugais est de 27,4 % au-dessus de la moyenne europ&#233;enne. Ceci, alors que la part sociale du salaire, re&#231;ue sous la forme de services publics, diminue continuellement. L'effondrement des services publics de sant&#233; lors de l'&#233;pid&#233;mie de Covid &#8211; effondrement dont les pires cons&#233;quences sont encore &#224; venir au vu de la d&#233;programmation des interventions chirurgicales, du report des rendez-vous m&#233;dicaux et de l'interruption des traitements &#8211; est l'exemple le plus r&#233;cent et le plus tragique de cette tendance. Dans son bref et r&#233;cent parcours de construction d&#233;mocratique, le Portugal se pose comme un cas exemplaire de plus dans la nature in&#233;galitaire de l'&#233;galit&#233; formelle. Depuis la chute du pr&#233;c&#233;dent r&#233;gime autoritaire et l'av&#232;nement du r&#233;gime d&#233;mocratique parlementaire, la productivit&#233; par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par cinq alors que le salaire r&#233;el continue de baisser, que les in&#233;galit&#233;s sociales ne cessent de se creuser. Les esprits critiques ne manqueront pas de conclure que ce passage entre deux syst&#232;mes de pouvoir a surtout profit&#233; &#224; ceux qui ont gard&#233; le pouvoir, c'est-&#224;-dire &#224; la classe capitaliste. Certes, tout cela, on peut le dire et l'&#233;crire aujourd'hui, alors que toute remarque semblable &#233;tait autrefois passable de poursuites, voire d'emprisonnement. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique se caract&#233;rise-t-elle simplement par le &#171; droit &#187; &#224; reconna&#238;tre ouvertement que l'in&#233;galit&#233; sociale est immuable ? C'est avoir bien peu d'exigences, il faut le reconna&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[&#192; suivre&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charles Reeve *&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* Charles Reeve, pseudonyme de Jorge Valadas, a &#233;crit plusieurs ouvrages sur la soci&#233;t&#233; portugaise, dont &lt;i&gt;La M&#233;moire et le Feu - Portugal, l'envers du d&#233;cor de l'Euroland&lt;/i&gt;, paru aux &#233;ditions L'Insomniaque en 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire en particulier l'article &lt;a href=&#034;https://www.jornalmapa.pt/2020/01/20/os-olhares-de-catarina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Os olhares de Catarina &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; n&#176; 23 (avril-juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/04/16/opiniao/noticia/pais-corrupto-socrates-ivo-rosa-1958761&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Um pa&#237;s corrupto &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico&lt;/i&gt; (16/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/11/opiniao/opiniao/agrocapitalismo-estufa-1961983&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Agrocapitalismo de estufa &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico &lt;/i&gt;(11/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://expresso.pt/sociedade/lifestyle/2021-05-29-Luxo.-O-virus-nao-passa-por-aqui-fa473405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Luxo, o virus n&#227;o passa por aqui &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Expresso&lt;/i&gt; (28/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/22/opiniao/opiniao/pais-pobre-resposta-jose-miguel-judice-susana-peralta-1963480&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Somos um pa&#237;s pobre ? &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico &lt;/i&gt;(22/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ateliers drag-king : des performances de genre</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Popularis&#233;es par des films grand public comme Priscilla, folle du d&#233;sert, les drag-queens sont depuis longtemps sorties de l'ombre. Moins connu, leur pendant masculin, le &#171; drag-king &#187;, se d&#233;mocratise peu &#224; peu &#224; la faveur de l'int&#233;r&#234;t grandissant pour les questions queer. Prenant sa source dans les bars lesbiens underground des ann&#233;es 1990, la pratique rev&#234;t une dimension &#233;mancipatrice pour qui s'y adonne loin des strass et paillettes. Plong&#233;e dans un univers qui ambitionne de faire des &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Lickie-McGuire" rel="tag"&gt;Lickie McGuire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Popularis&#233;es par des films grand public comme &lt;i&gt;Priscilla, folle du d&#233;sert&lt;/i&gt;, les drag-queens sont depuis longtemps sorties de l'ombre. Moins connu, leur pendant masculin, le &#171; drag-king &#187;, se d&#233;mocratise peu &#224; peu &#224; la faveur de l'int&#233;r&#234;t grandissant pour les questions queer. Prenant sa source dans les bars lesbiens underground des ann&#233;es 1990, la pratique rev&#234;t une dimension &#233;mancipatrice pour qui s'y adonne loin des strass et paillettes. Plong&#233;e dans un univers qui ambitionne de faire des &#171; fringues d'hommes &#187; port&#233;es par des femmes des armes de destruction massive des st&#233;r&#233;otypes de genre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3736 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1870-6b71b.jpg?1780119054' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Yann Levy
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Barbe de trois jours et bonnet vert viss&#233; sur les oreilles, Joe porte fi&#232;rement sa salopette de bleu de travail. L'homme est docker sur le port de Marseille. Mari&#233;, trois enfants, chez lui rien ne d&#233;passe si ce n'est quelques poils s'&#233;chappant de son marcel. Rien, ou presque : il lui arrive parfois de passer la nuit avec un homme. On n'en saura pas beaucoup plus sur Joe. Et pour cause : il n'existe pas. Du moins pas vraiment. Le personnage a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; de toutes pi&#232;ces par Marie * lors d'un atelier drag-king. Un temps pendant lequel un groupe de femmes (ou de personnes assign&#233;es femmes &#224; la naissance) &#233;laborent une performance dont le but est de parvenir, pour une poign&#233;e d'heures, &#224; incarner &#171; un homme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Explications avec Julia *, instigatrice de l'atelier auquel a particip&#233; Marie : &#171; &lt;i&gt;On commence par gommer les signes apparents de f&#233;minit&#233; en se plaquant les seins &#224; l'aide de bandages, puis on se fabrique un sexe masculin avec un pr&#233;servatif bourr&#233; de coton. Ensuite on s'habille avec des v&#234;tements connot&#233;s masculins.&lt;/i&gt; &#187; Le moment du choix des sapes est alors d&#233;cisif : &#171; &lt;i&gt;Il y a un truc extraordinaire qui se passe &#224; cet instant puisque la personnalit&#233; de notre king va d&#233;couler de ce que l'on porte,&lt;/i&gt; s'&#233;merveille encore Julia. &lt;i&gt;Si l'on enfile un jogging de &#8220;racaille&#8221; ou un baggy de skateur, on ne jouera pas du tout la m&#234;me chose. C'est &#224; partir de &#231;a qu'on invente l'identit&#233; de notre king, son pr&#233;nom et quelques &#233;l&#233;ments de son histoire fictive.&lt;/i&gt; &#187; Derni&#232;re &#233;tape : &#171; &lt;i&gt;Le temps du make-up qui permet d'appuyer les traits de masculinit&#233;. On se fabrique par exemple une pilosit&#233; avec du maquillage ou des petits morceaux de cheveux que l'on se colle sur le corps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Psychologue de profession, Julia est lesbienne et c'est &#224; Lille, aupr&#232;s de militantes des luttes LGBTQIA+&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour lesbiennes, gays, bisexuel&#183;les, trans, queer, intersexes et asexuel&#183;les.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qu'elle a d&#233;couvert le king, avant d'organiser elle-m&#234;me un atelier &#224; Marseille dans le cadre d'un groupe de travail entre soignantes. &#171; &lt;i&gt;Cela collait compl&#232;tement avec le sujet de notre &#233;change du jour qui devait s'articuler autour d'un texte&lt;/i&gt; [du philosophe trans espagnol] &lt;i&gt;Paul B. Preciado : &lt;/i&gt;Testo junkie&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; &#171; Sexe, drogue et biopolitique &#187;, cet essai a paru en version (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Pour lui, le king est une th&#233;rapie politique. Il y a donc une dimension de soin dans cette pratique qui est pour moi une mani&#232;re d'explorer et d'enrichir les questions que posent les th&#233;ories queer &#224; la psychanalyse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Corps politiques&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les ateliers drag-king ont &#233;galement une charge hautement politique : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e est d'exp&#233;rimenter d'une mani&#232;re diff&#233;rente &#224; quel point la masculinit&#233; comme la f&#233;minit&#233; sont des concepts socialement construits, &lt;/i&gt;poursuit Julia. &lt;i&gt;Le principe est d'&#233;prouver dans le corps ces r&#233;flexions th&#233;oriques.&lt;/i&gt; &#187; Des propos qui font &#233;cho &#224; ceux de Luca Greco, sociolinguiste et auteur du livre &lt;i&gt;Dans les coulisses du genre : la fabrique de soi chez les Drag Kings &lt;/i&gt;(Lambert-Lucas, 2018), dans lequel cette pratique est d&#233;finie comme une fa&#231;on de &#171; &lt;i&gt;mettre &#224; mal la dimension ontologique de la masculinit&#233; et du genre, [de montrer] son caract&#232;re construit, fictionnel, performatif&lt;/i&gt; &#187;. Pour Greco, le king repr&#233;sente donc un vrai &#171; &lt;i&gt;travail de r&#233;sistance de l'int&#233;rieur, visant une d&#233;stabilisation de l'ordre binaire des genres&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alice *, m&#233;decin g&#233;n&#233;raliste, &#233;tait elle aussi pr&#233;sente lors de l'atelier organis&#233; par Julia. Ce jour-l&#224;, elle s'est mu&#233;e en Hugo. Surv&#234;t' large, chemise de b&#251;cheron r&#233;chauff&#233;e d'un sweat Adidas rouge, casquette sur la t&#234;te, baskets aux pieds, Alice s'est improvis&#233;e des talents de graffeur. Pour elle, l'exp&#233;rience a &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;bouleversante&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je voulais incarner une masculinit&#233; tranquille, un mec bien, tendance pro-f&#233;ministe, mais je n'ai pas r&#233;ussi. J'ai trouv&#233; &#231;a vertigineux de me transformer en quelqu'un de dominant et je me suis rendu compte que j'avais finalement peut-&#234;tre une vision tr&#232;s n&#233;gative de la masculinit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Julia, l'organisatrice de l'atelier, ne s'en &#233;tonne pas : &#171; &lt;i&gt;On performe souvent des aspects violents de la masculinit&#233;. C'est une mani&#232;re de travailler autour des exp&#233;riences que l'on a pu en faire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Alice, cet atelier a aussi &#233;t&#233; l'occasion d'une autre prise de conscience : &#171; &lt;i&gt;Me sentant d&#233;j&#224; fragilis&#233;e par le harc&#232;lement de rue, je n'ai pas voulu sortir habill&#233;e comme &#231;a par peur de subir ce qui pourrait s'apparenter &#224; de la transphobie. &#202;tre face &#224; cette situation m'a permis de percevoir un instant ce que &#231;a pouvait repr&#233;senter pour les personnes concern&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Identit&#233;s en chantier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez les unes comme chez les autres, le fait de &#171; &lt;i&gt;se kinguer&lt;/i&gt; &#187; a aussi permis de faire vaciller certains pans de leur identit&#233;. Julia, qui n'en est pas &#224; son premier coup d'essai, a l'habitude de se changer en Enzo. Homo, s&#233;ducteur et adepte du BDSM, il porte les tenues qui collent avec ses pratiques sexuelles et ne quitte jamais ses bottes noires &#224; talon compens&#233;. &#171; &lt;i&gt;Enzo a quelque chose de tr&#232;s f&#233;minin et gr&#226;ce &#224; lui, je me suis d&#233;couvert une part de f&#233;minit&#233; que je ne me connaissais pas,&lt;/i&gt; s'&#233;tonne encore Julia.&lt;i&gt; J'ai toujours &#233;t&#233; gouine et me suis sentie parfois enferm&#233;e dans les carcans d'une &#8220;f&#233;minit&#233; impos&#233;e&#8221;. Mais depuis ma d&#233;couverte du king, je me balade avec davantage de fluidit&#233; entre les genres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Marie, se muer en homme a &#233;t&#233; l'opportunit&#233; de donner du grain &#224; moudre &#224; ses &#171; &lt;i&gt;questionnements foisonnants sur le genre, sur [sa] sexualit&#233;, [son] d&#233;sir&lt;/i&gt; &#187;. Elle a aussi pu repenser le rapport qu'elle entretient avec sa garde-robe : &#171; &lt;i&gt;Mon mec m'a fait chier pendant tr&#232;s longtemps au sujet de mes v&#234;tements. Il fallait rentrer dans un cadre h&#233;t&#233;ronormatif correct : en gros, mettre des robes quand il fallait mettre des robes. Pour moi, cet atelier &#233;tait donc aussi une fa&#231;on de reprendre du pouvoir l&#224;-dessus et d'&#233;largir mes horizons.&lt;/i&gt; &#187; Sans compter que cette exp&#233;rience aura infl&#233;chi le regard qu'elle porte sur son corps et particuli&#232;rement ses bras, avec lesquels elle n'a pas toujours &#233;t&#233; tr&#232;s &#224; l'aise : &#171; &lt;i&gt;Ils ont &#233;t&#233; hyper valoris&#233;s dans le contexte de cet atelier drag-king parce qu'ils correspondent bien plus &#224; une norme esth&#233;tique masculine. &#199;a m'a permis de me r&#233;approprier cette partie de mon corps, de la voir autrement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une &#171; culture de subalternes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si Marie, Julia et Alice se sont chang&#233;es en kings dans l'intimit&#233; d'un appartement, des performances ont aussi lieu sur sc&#232;ne, comme &#224; la Mutinerie, bar parisien f&#233;ministe embl&#233;matique qui organise r&#233;guli&#232;rement des soir&#233;es d&#233;di&#233;es. Un retour aux origines ? La question se pose, tant l'histoire du king est li&#233;e &#224; une &#171; &lt;i&gt;culture de club&lt;/i&gt; &#187; comme l'explique Lickie McGuire, lesbienne, cr&#233;atrice de fanzines et &#171; &lt;i&gt;sp&#233;cialiste autoproclam&#233;e&lt;/i&gt; &#187; de la pratique : &#171; &lt;i&gt;Cette derni&#232;re a pris racine dans les ann&#233;es 1990 dans les bars lesbiens de San Francisco, New York ou encore Los Angeles, &lt;/i&gt;d&#233;taille Lickie. &lt;i&gt;L'id&#233;e &#233;tait de mesurer entre lesbiennes&lt;/i&gt; butch [c'est-&#224;-dire &#171; masculines &#187;] &lt;i&gt;son degr&#233; de masculinit&#233;. Celle qui passait le plus facilement pour un homme recevait alors un prix.&lt;/i&gt; &#187; Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait alors pour elles un continuum, une fa&#231;on de cr&#233;er un espace pour exprimer quelque chose qui &#233;tait en elles et qu'on leur refusait d'exprimer ailleurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lickie McGuire a vu na&#238;tre la sc&#232;ne fran&#231;aise : &#171; &lt;i&gt;C'est Preciado qui, d&#233;but 2000, l'importe en France en rentrant de New York o&#249; il a d&#233;couvert la sc&#232;ne &lt;/i&gt;queer&lt;i&gt; qui s'y d&#233;veloppe alors depuis la fin des ann&#233;es 1990.&lt;/i&gt; &#187; Lickie se rem&#233;more les d&#233;buts : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, on pratiquait &#224; quinze dans une cave du Marais. Puis, &#224; la fin des ann&#233;es 2000, une sc&#232;ne reconnue s'est mont&#233;e. Depuis, la sc&#232;ne king a explos&#233;. Derni&#232;rement, la pratique a &#233;t&#233; propuls&#233;e, notamment par&lt;/i&gt; The Boulet Brothers Dragula, un &lt;i&gt;concours drag-queen t&#233;l&#233;vis&#233; rachet&#233; par Netflix dans lequel c'est un king qui a gagn&#233; la troisi&#232;me saison.&lt;/i&gt; &#187; Une starification &#224; l'&#339;uvre qui laisse &#224; Lickie McGuire un go&#251;t amer : &#171; &lt;i&gt;Pour moi, on est en train de r&#233;utiliser un pan d'une culture de subalternes pour en faire quelque chose de capitalisable, de bankable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* Les pr&#233;noms suivis d'un ast&#233;risque ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour lesbiennes, gays, bisexuel&#183;les, trans, queer, intersexes et asexuel&#183;les.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &#171; Sexe, drogue et biopolitique &#187;, cet essai a paru en version fran&#231;aise en 2008 chez Grasset.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>En Birmanie, des pagnes contre les tanks</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/En-Birmanie-des-pagnes-contre-les</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Suu Kyi</dc:subject>
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		<dc:subject>Kyi</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les Birmanes se sont massivement mobilis&#233;es contre le coup d'&#201;tat militaire de f&#233;vrier dernier. Se saisissant du mythe patriarcal selon lequel passer sous les v&#234;tements d'une femme peut faire perdre la puissance virile &#224; un homme, les manifestantes ont accroch&#233; leurs jupes sur du fil &#224; linge au milieu de la rue pour ralentir l'avanc&#233;e des tanks. Le 1er f&#233;vrier dernier, la Tatmadaw, toute-puissante arm&#233;e birmane, invalidait les &#233;lections l&#233;gislatives de novembre 2020 o&#249; ses partisans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Suu-Kyi" rel="tag"&gt;Suu Kyi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/San-Suu" rel="tag"&gt;San Suu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/htamein" rel="tag"&gt;htamein&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Aung-San" rel="tag"&gt;Aung San&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/birmane" rel="tag"&gt;birmane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/minorites" rel="tag"&gt;minorit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Kyi" rel="tag"&gt;Kyi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Birmanes se sont massivement mobilis&#233;es contre le coup d'&#201;tat militaire de f&#233;vrier dernier. Se saisissant du mythe patriarcal selon lequel passer sous les v&#234;tements d'une femme peut faire perdre la puissance virile &#224; un homme, les manifestantes ont accroch&#233; leurs jupes sur du fil &#224; linge au milieu de la rue pour ralentir l'avanc&#233;e des tanks.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;262&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1867-a74fa.jpg?1780119055' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le 8 mars 2021, dans le quartier kachin de San Chaung, &#224; Rangoun, les manifestantes et manifestants des &#171; lignes de d&#233;fense &#187; (casqu&#233;s de jaune et de blanc) se prot&#232;gent derri&#232;re des &lt;i&gt;htamein&lt;/i&gt; suspendus. On distingue, au fond, des camions de la police.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; f&#233;vrier dernier, la Tatmadaw, toute-puissante arm&#233;e birmane, invalidait les &#233;lections l&#233;gislatives de novembre 2020 o&#249; ses partisans venaient de prendre une sacr&#233;e d&#233;rouill&#233;e. En parall&#232;le, elle arr&#234;tait les leaders du mouvement d&#233;mocratique &#8211; dont &#171; la Dame &#187;, Aung San Suu Kyi, Premi&#232;re ministre &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; depuis 2016 &#8211; et d&#233;clarait l'&#233;tat d'urgence. Un putsch surprenant : la guerre civile permanente qui oppose l'&#201;tat central &#224; plusieurs minorit&#233;s ethniques depuis l'ind&#233;pendance du pays en 1948 garantissait de toute fa&#231;on aux militaires de rester au centre du pouvoir malgr&#233; la relative d&#233;mocratisation des dix derni&#232;res ann&#233;es. La Constitution de 2008 leur r&#233;servait d'ailleurs un quart des si&#232;ges au Parlement. Qu'importe : probablement s&#251;re de sa l&#233;gitimit&#233;, l'arm&#233;e, colonne vert&#233;brale historique de l'&#201;tat birman&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Renaud Egreteau, Histoire de la Birmanie contemporaine &#8211; Le Pays des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, a pr&#233;f&#233;r&#233; le coup d'&#201;tat au trucage d'&#233;lections. Outre l'envie d'en finir un bon coup avec la minorit&#233; musulmane des Rohingyas, all&#232;grement pers&#233;cut&#233;e avec le soutien tacite d'Aung San Suu Kyi, des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques colossaux sont en jeu, du trafic de jade&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En Birmanie, les profits meurtriers du jade &#187;, Mediapart (29/06/2021).&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; aux projets d'infrastructures men&#233;s par de grands groupes occidentaux ou chinois, sur lesquels les galonn&#233;s per&#231;oivent all&#232;grement leur d&#238;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c&#244;t&#233; rue, comme &#224; l'&#233;poque du mouvement pro-d&#233;mocratie de 1988, la jeunesse birmane a dit merde, rejoignant &#8211; et &#231;a, c'est nouveau &#8211; les minorit&#233;s en lutte. Tr&#232;s vite, au c&#339;ur de l'hiver, la contestation s'arme du v&#234;tement embl&#233;matique de la Birmanie : le &lt;i&gt;longyi&lt;/i&gt;. Import&#233; d'Inde &#224; l'&#233;poque de la colonisation anglaise, encourag&#233; par les juntes successives contre le port du pantalon (symbole de l'Occident honni), le &lt;i&gt;longyi&lt;/i&gt; est une sorte de jupe nou&#233;e &#224; la taille, qui se porte aussi parfois en turban. Il se d&#233;cline en version f&#233;minine (&lt;i&gt;htamein&lt;/i&gt;) et masculine (&lt;i&gt;paso&lt;/i&gt;). Son motif et ses couleurs permettent g&#233;n&#233;ralement de reconna&#238;tre &#224; quelle ethnie appartient celui ou celle qui le porte. Aussi, quand, en f&#233;vrier dernier, les manifestantes et manifestants commencent &#224; brandir leurs &lt;i&gt;longyi&lt;/i&gt; en &#233;tendard face &#224; l'arm&#233;e dans les rues de Rangoun, le message est clair : les minorit&#233;s sont l&#224;. Les Kachins avec leurs motifs &#224; losanges, les M&#244;ns avec leurs tissus unis, les Karens avec leur bande de couleur sur fond uni. Comme souvent dans l'histoire birmane &#8211; par exemple pendant la lutte contre le colonisateur britannique &#8211;, les femmes sont tr&#232;s actives dans la contestation, et leurs &lt;i&gt;htamein&lt;/i&gt; deviennent des instruments de choix pour faire ralentir les tanks.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la ran&#231;on du patriarcat, explique Claude Delachet-Guillon, sp&#233;cialiste de la Birmanie. La tradition locale suppose les femmes d&#233;pourvues de la qualit&#233; du &lt;i&gt;ph&#242;n&lt;/i&gt;, m&#233;lange d'&#233;nergie, de respectabilit&#233; et de valeur morale, et les d&#233;crit comme faibles, fourbes et lubriques &#8211; et donc inaptes &#224; exercer des charges publiques. Mais leur sexe, &#171; &lt;i&gt;consid&#233;r&#233; comme impur&lt;/i&gt; &#187;, peut aussi devenir une arme : en passant sous une femme ou un v&#234;tement de femme, un homme risquerait de perdre son &lt;i&gt;ph&#242;n&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La Birmanie c&#244;t&#233; femme &#187;, issu de l'ouvrage Birmanie contemporaine, publi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arr&#234;ter les chars de l'arm&#233;e, rien de plus simple, donc, que de tendre des &lt;i&gt;htamein&lt;/i&gt; sur des cordes &#224; linge en travers des avenues. La combine, diffus&#233;e sur les r&#233;seaux sociaux, se r&#233;pand rapidement dans tout le pays, avec le coup de main d'artistes militant&#183;es et des mouvements f&#233;ministes en plein essor depuis dix ans&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La R&#233;volution des femmes : que signifie le coup d'&#201;tat pour l'&#233;galit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Partout, la m&#234;me sc&#232;ne se reproduit : les soldats h&#233;sitent, marronnent, finissent par descendre de leur tourelle pour d&#233;crocher, tr&#232;s prudemment, les &lt;i&gt;htamein&lt;/i&gt; &#8211; laissant aux insurg&#233;&#183;es le temps de se carapater. La sauce prend. Apr&#232;s la &#171; r&#233;volution safran &#187; des moines en 2007, le mouvement de 2021 sera la &#171; r&#233;volution du &lt;i&gt;htamein&lt;/i&gt; &#187;. Les femmes en rajoutent une couche, en suspendant des serviettes hygi&#233;niques dans les rues ; le 8 mars, certains hommes enfoncent la porte et adoptent le &lt;i&gt;htamein&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Birmanie : les jupes traditionnelles des femmes, nouvel &#233;tendard du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Six mois plus tard, apr&#232;s plus de mille morts et des milliers de manifestantes et manifestants arr&#234;t&#233;s, tortur&#233;s, viol&#233;s ou disparus, la terreur r&#232;gne &#8211; mais le combat continue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_3735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L424xH600/-1869-34d96.jpg?1779605173' width='424' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Document militant anonyme. En haut est &#233;crit : &#171; Ligne de d&#233;fense anti-chiens &#187;. &#171; Chien &#187; (&lt;i&gt;khwei&lt;/i&gt;) est apparu ce printemps dans l'argot des manifestations afin de d&#233;signer les policiers et les militaires,par analogie avec les nuisances caus&#233;es par les chiens errants et malgr&#233; les protestations des rares animalistes birmans. L'inscription en bas &#224; gauche se traduit par &#171; R&#233;volution du printemps 2021 &#187;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L375xH600/-1868-2ee9c.jpg?1779629693' width='375' height='600' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Document militant anonyme. En &#171; premi&#232;re ligne &#187;, de gauche &#224; droite, on reconna&#238;t des &lt;i&gt;htamein&lt;/i&gt; chin, bamar (ethnie birmane majoritaire), commun &#224; toutes les ethnies, arakanais et, de nouveau, bamar. En &#171; deuxi&#232;me ligne &#187;, une ribambelle de serviettes hygi&#233;niques.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Renaud Egreteau, &lt;i&gt;Histoire de la Birmanie contemporaine &#8211; Le Pays des pr&#233;toriens&lt;/i&gt;, Fayard, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/international/290621/en-birmanie-les-profits-meurtriers-du-jade&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; En Birmanie, les profits meurtriers du jade &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; (29/06/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; La Birmanie c&#244;t&#233; femme &#187;, issu de l'ouvrage &lt;i&gt;Birmanie contemporaine&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2008 par l'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/&#171; ~La R&#233;volution des femmes : que signifie le coup d'&#201;tat pour l'&#233;galit&#233; hommes-femmes en Birmanie ?~ &#187;'&gt;&#171; La R&#233;volution des femmes : que signifie le coup d'&#201;tat pour l'&#233;galit&#233; hommes-femmes en Birmanie ? &#187;&lt;/a&gt;,&lt;i&gt; Equal Times&lt;/i&gt; (7/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://observers.france24.com/fr/asie-pacifique/20210324-birmanie-les-jupes-traditionnelles-des-femmes-nouvel-%C3%A9tendard-du-mouvement-anti-junte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Birmanie : les jupes traditionnelles des femmes, nouvel &#233;tendard du mouvement antijunte &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;France 24 / Les Observateurs&lt;/i&gt; (24/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Grenoble, une &#233;cologie sauce tartuffe</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/A-Grenoble-une-ecologie-sauce</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/A-Grenoble-une-ecologie-sauce</guid>
		<dc:date>2021-09-15T08:29:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Nardo</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Piolle</dc:subject>
		<dc:subject>pouvoir</dc:subject>
		<dc:subject>Grenoble</dc:subject>
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		<dc:subject>moiti&#233; vert</dc:subject>
		<dc:subject>Vide</dc:subject>
		<dc:subject>vert</dc:subject>
		<dc:subject>bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;colos</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Du 16 au 28 septembre aura lieu la primaire &#233;cologiste, charg&#233;e de d&#233;signer le candidat &#171; vert &#187; &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielles 2022. Parmi les cinq aspirants d&#233;clar&#233;s, un certain &#201;ric Piolle, maire de Grenoble depuis 2014, ancien ing&#233;nieur informatique ayant le vent m&#233;diatique en poupe et se r&#234;vant un destin national. Et tant pis si son bilan &#233;cologique municipal est proche du n&#233;ant, comme le d&#233;taille un journaliste du canard local farouchement ind&#233;pendant Le Postillon dans son livre Le Vide (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nardo-59" rel="tag"&gt;Nardo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Piolle" rel="tag"&gt;Piolle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pouvoir" rel="tag"&gt;pouvoir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Grenoble" rel="tag"&gt;Grenoble&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/moitie-vert" rel="tag"&gt;moiti&#233; vert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Vide" rel="tag"&gt;Vide&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vert" rel="tag"&gt;vert&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/bouquin-419" rel="tag"&gt;bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ecolos" rel="tag"&gt;&#233;colos&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du 16 au 28 septembre aura lieu la primaire &#233;cologiste, charg&#233;e de d&#233;signer le candidat &#171; vert &#187; &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielles 2022. Parmi les cinq aspirants d&#233;clar&#233;s, un certain &#201;ric Piolle, maire de Grenoble depuis 2014, ancien ing&#233;nieur informatique ayant le vent m&#233;diatique en poupe et se r&#234;vant un destin national. Et tant pis si son bilan &#233;cologique municipal est proche du n&#233;ant, comme le d&#233;taille un journaliste du canard local farouchement ind&#233;pendant &lt;i&gt;Le Postillon&lt;/i&gt; dans son livre &lt;i&gt;Le Vide &#224; moiti&#233; vert &#8211; La gauche rouge-verte au pouvoir : le cas de Grenoble&lt;/i&gt;. On lui a pos&#233; quelques questions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3728 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH373/-1862-387b2.jpg?1779678139' width='500' height='373' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dessin de Nardo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Certains les traitent de &#171; briseurs d'espoir &#187;. Et c'est logique en un sens. Car les r&#233;dacteurs du tr&#232;s conseill&#233; canard de combat grenoblois&lt;i&gt; Le Postillon&lt;/i&gt; ne m&#226;chent ni leurs mots ni leurs arguments quand il s'agit de pointer les tartufferies de la municipalit&#233; grenobloise &#171; rouge-verte &#187; aux commandes. Pire, l'un des contributeurs principaux de ce journal bimestriel vient de sortir &lt;i&gt;Le Vide &#224; moiti&#233; vert&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;cision : les dessins de Nardo illustrant cet article sont issus du livre.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, enqu&#234;te habit&#233;e dans laquelle il &#233;gratigne encore plus s&#233;rieusement l'espoir de ceux qui croient (toujours) en une &#233;cologie de pouvoir, r&#233;formatrice dans les rails. Sa cible ? Le fort m&#233;diatique &#201;ric Piolle, maire de Grenoble depuis 2014 et aspirant &#224; la pr&#233;sidentielle 2022, parfois pr&#233;sent&#233; comme l'homme incarnant l'&#233;cologie du futur, ambitieuse et moderne. N'a-t-il d'ailleurs pas twitt&#233; en ao&#251;t 2019 qu'il &#233;tait temps de &#171; &lt;i&gt;d&#233;cr&#233;ter l'&#233;tat d'urgence climatique &#187;&lt;/i&gt;. Bal&#232;ze. Mais il y a un os, et un gros, assure l'auteur : tout &#231;a, c'est du vent &#8211; &#187; &lt;i&gt;D&#232;s qu'on gratte la couche de vernis, on se rend compte de l'imposture. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ancien cadre haut plac&#233; chez Hewlett-Packard et cofondateur dans sa jeunesse d'une start-up sp&#233;cialis&#233;e dans l'optimisation fiscale (Raise Partner), Piolle n'a en aucun cas chang&#233; le visage de Grenoble, ville high-tech par excellence et nid d'ing&#233;nieurs abritant notamment Minatec, &#171; &lt;i&gt;campus d'innovation en micro et nanotechnologies&lt;/i&gt; &#187;. Incarnation du capitalisme vert et du &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt;, le maire de la ville s'est surtout attach&#233; &#224; proposer des mesures passe-partout, telles que l'implantation de jardins collectifs ou l'allongement des pistes cyclables. Dans le m&#234;me temps, il a men&#233; une politique des plus lib&#233;ralo-compatible allant jusqu'&#224; soutenir l'&#233;largissement d'une autoroute, faire fermer trois biblioth&#232;ques de quartier lors d'un plan d'aust&#233;rit&#233; d&#233;cr&#233;t&#233; en 2016 ou avaliser le passage de la gestion de l'&#233;clairage de la ville du public au priv&#233;, avec pour heureuse &#233;lue la soci&#233;t&#233; Citeos, filiale de Vinci, alli&#233;e &#224; Bouygues. Sacr&#233; palmar&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que montre le bouquin, surtout, c'est la capacit&#233; de pipeau d'une municipalit&#233; ruant soi-disant dans les brancards, mais revendiquant la &#171; &lt;i&gt;culture du pouvoir&lt;/i&gt; &#187; et communiquant via l'utilisation d'une &#171; &lt;i&gt;&#233;conovlangue de bois&lt;/i&gt; &#187; gratin&#233;e. Un exemple : alors m&#234;me que Piolle se targue &#224; grands cris d'avoir partiellement supprim&#233; la publicit&#233; en ville d&#232;s 2014 (d&#233;montage de plus de 300 panneaux), le maire et ses repr&#233;sentants au sein du syndicat mixte des transports ont renouvel&#233;, en 2019, un contrat sur les abribus et stations de tram avec le g&#233;ant du secteur JC Decaux, autoris&#233; entre autres &#224; installer des panneaux num&#233;riques aussi &#233;nergivores que visuellement envahissants. Symbole de reniement si patent que le pr&#233;sident de l'association Paysages de France, qui lutte notamment contre la pollution visuelle publicitaire, a d&#233;sign&#233; Piolle comme &#171; &lt;i&gt;l'homme sandwich (et num&#233;rique) du n&#176; 1 mondial de l'affichage publicitaire&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet l'&#233;difiant communiqu&#233; ainsi titr&#233;.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ? M&#233;chant, l'auteur du &lt;i&gt;Vide &#224; moiti&#233; vert &lt;/i&gt; ? Cynique ? Nope. Simplement r&#233;aliste et franc du collier. Sa conviction : &#171; &lt;i&gt;Les faux espoirs bas&#233;s sur du vide font beaucoup plus de mal aux partisans d'une vie libre et &#233;mancip&#233;e que l'esprit critique. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1866.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-1866-7cfcb.jpg?1779678140' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu &#233;cris que les r&#233;alisations &#233;cologiques de Piolle depuis son arriv&#233;e &#224; la t&#234;te de Grenoble en 2014 se r&#233;duisent &#224; quelques gadgets, &#224; tel point qu'il n'est m&#234;me plus question de &#171; &lt;i&gt;vert &#224; moiti&#233; vide&lt;/i&gt; &#187;, mais carr&#233;ment de &#171; &lt;i&gt;vide &#224; moiti&#233; vert&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a sept ans, quand Piolle est devenu maire de Grenoble, j'avais titr&#233; mon premier portrait de lui dans &lt;i&gt;Le Postillon&lt;/i&gt; &#8220;Le Vert &#224; moiti&#233; vide&#8221;, jeu de mots un peu rigolo, un peu facile, qui sous-entendait que si lui ou les autres &#233;lus verts et rouges faisaient juste un peu plus, un peu mieux, un peu diff&#233;remment, le verre commencerait &#224; devenir &#224; moiti&#233; plein, ce qui est le d&#233;but de la satisfaction pour n'importe quel alcoolique ou &#233;lecteur moyen. Qu'en somme, il faudrait juste pousser au cul ce genre d'&#233;lus pour avoir des &#233;volutions politiques int&#233;ressantes. Bon, d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, je n'&#233;tais en fait pas tr&#232;s content de ce titre parce que je pressentais qu'il n'&#233;tait pas tr&#232;s pertinent politiquement. Les sept ann&#233;es de pouvoir exerc&#233;es par Piolle et ses sbires ont plus que confirm&#233; mes doutes : pr&#233;tendre changer les choses en prenant et exer&#231;ant le pouvoir de cette fa&#231;on rel&#232;ve juste de la tartufferie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En replongeant dans les dizaines d'articles ou br&#232;ves &#233;crits dans notre canard sur cette municipalit&#233;, ce qui m'a d'abord saut&#233; aux yeux, c'est le vide de leur politique, qui, au-del&#224; de la com' tr&#232;s arrogante et pr&#233;tentieuse, ne marque aucune rupture avec la marche actuelle du monde. D'o&#249; le titre du bouquin,&lt;i&gt; Le Vide &#224; moiti&#233; vert&lt;/i&gt;, beaucoup plus signifiant sur le r&#233;sultat des politiques men&#233;es par ce genre d'&#233;lus. Pour revenir &#224; des consid&#233;rations alcooliques, je pense que l'arriv&#233;e des Verts au pouvoir, c'est un peu comme si on te faisait de la pub pour un verre de Chartreuse bien cors&#233; et que tu te retrouvais &#224; boire un sirop de menthe un peu fadasse. J'ai beaucoup de respect pour le sirop de menthe, hein, il m'arrive m&#234;me d'en boire, mais je ne pense pas qu'il puisse changer le cours de soir&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#171; Jeunes pour Piolle &#187; estiment dans une tribune publi&#233;e sur &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les &#8220;Jeunes pour Piolle&#8221; d&#233;fendent le bilan du maire de Grenoble &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; que ton livre occulte des avanc&#233;es en mati&#232;re &#233;cologique, allant de la multiplication des jardins collectifs &#224; l'allongement des pistes cyclables. Que t'inspire leur prose ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pourrais r&#233;agir &#224; chaque argument de ce texte de groupie mais franchement &#224; quoi bon ? Les jardins collectifs et les pistes cyclables, je suis pour, hein, moi aussi j'ai avant tout un c&#339;ur de babos mais quand tu vois qu'en m&#234;me temps la municipalit&#233; multiplie des projets immobiliers avec de grands promoteurs, accompagne des travaux titanesques pour faire passer une autoroute de deux &#224; trois voies ou continue les politiques de m&#233;tropolisation, il n'y a pas besoin d'&#234;tre un anarchiste &#8220;f&#233;roce&#8221; pour se dire que les quelques avanc&#233;es ne sont que d&#233;tails cosm&#233;tiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant dans cette affaire, c'est que les Jeunes pour Piolle r&#233;pondaient en fait &#224; une chronique du bouquin parue peu avant sur &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une autopsie f&#233;roce du mandat d'&#201;ric Piolle &#187; (20/07/2021).&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Une chronique pas tr&#232;s enthousiaste, loin de l&#224;, mais qui a quand m&#234;me permis d'atteindre un des buts de ce bouquin : toucher le c&#339;ur de l'&#233;lectorat vert et rouge, &#224; savoir pour moi les lecteurs de &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Bastamag&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Mediapart &lt;/i&gt;ou &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt;, qui perdent toute notion d'esprit critique d&#232;s que des &#233;lus de &#8220;l'autre gauche&#8221; sont au pouvoir. J'ai pour modeste ambition d'essayer de leur apporter de la mati&#232;re &#224; r&#233;flexion avec ce bouquin, m&#234;me si je sais que les groupies ne r&#233;fl&#233;chissent pas mais se contentent de suivre leurs ma&#238;tres. C'est pour &#231;a que je suis bien content de r&#233;pondre &#224; tes questions, parce que mon bouquin a plut&#244;t jusque l&#224; &#233;t&#233; chroniqu&#233; dans des m&#233;dias bien moins sympathiques, de&lt;i&gt; Marianne&lt;/i&gt; &#224; &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt;, malgr&#233; tous mes efforts pour me d&#233;marquer de leurs critiques ineptes et des pol&#233;miques sans int&#233;r&#234;t sur les maires &#233;colos qui seraient &#8220;nuls&#8221; et entra&#238;neraient d&#233;croissance ou d&#233;linquance &#224; tous les coins de rue. En fait les &#233;colos sont plut&#244;t bons gestionnaires, et leurs politiques s'int&#232;grent tr&#232;s bien &#224; la marche du monde lib&#233;ral. Enfin, c'est ce que je vais prochainement essayer d'expliquer &#224; un journaliste du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, qui veut me causer vu que Piolle est un des pr&#233;tendants &#233;colos &#224; la pr&#233;sidentielle. Comme tu vois, j'ai pas une vie facile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3729 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L414xH400/-1863-13150.jpg?1779643044' width='414' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dessin de Nardo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dernier rapport du Giec, Groupe d'experts intergouvernemental sur l'&#233;volution du climat, vient de tomber et il est diablement sal&#233;, au point d'avoir fait couler un peu plus d'encre que d'habitude dans les r&#233;dactions capitol&#226;tres. Est-ce que tu penses que &#231;a pourrait pousser les &#233;colos de parti de type Piolle &#224; modifier leurs discours et pratiques vers plus de radicalit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les &#233;colos de pouvoir sont bien entendus tr&#232;s int&#233;ress&#233;s par ce genre de rapport moins par les conclusions radicales qu'il faudrait en tirer que par les quelques pourcentages de voix qu'ils pourraient leur faire gagner aux prochaines &#233;lections. Ce qui a chang&#233; chez les &#233;colos depuis Ren&#233; Dumont en dehors du rapport au capitalisme, c'est surtout le rapport au pouvoir. Une des grandes th&#232;ses de Piolle, c'est que les &#233;colos doivent acqu&#233;rir la &#8220;culture du pouvoir&#8221;. Quand on voit ce qui se passe &#224; Grenoble depuis sept ans, la culture du pouvoir c'est celle de l'omerta, o&#249; rien n'est dit sur les compromis et n&#233;gociations &#224; huis clos, o&#249; les d&#233;cisions sont impos&#233;es de mani&#232;re autoritaire et o&#249; le but principal des &#233;lus est avant tout de se faire r&#233;&#233;lire. D'o&#249; l'impression de vivre dans une campagne &#233;lectorale permanente, o&#249; le moindre banc install&#233; se transforme en op&#233;ration de communication. Je pense que tant que les gens au pouvoir seront contents d'&#234;tre au pouvoir, tant que leur but principal sera d'&#234;tre r&#233;&#233;lus, tant qu'ils ne prendront jamais le risque de tout envoyer bouler et de renverser des tables, rien de souhaitable ne pourra sortir des conseils municipaux, si ce n'est quelques pistes cyclables ou jardins partag&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;quipe du &lt;i&gt;Postillon&lt;/i&gt; et toi avez eu la possibilit&#233; de voir et d'analyser l'ensemble de la s&#233;quence, entre l'&#233;lection &#171; surprise &#187; de 2014, les premi&#232;res ann&#233;es, les d&#233;ceptions et la r&#233;&#233;lection. Qu'est-ce que tu dirais aux militants &#233;colos sinc&#232;res parfois tent&#233;s de s'embarquer dans des engagements locaux similaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d'abord envie de faire le marchand de tapis et de leur dire de lire mon livre. Ce matin m&#234;me, une amie m'a dit que sa m&#232;re, militante EELV &lt;i&gt;[Europe &#233;cologie-Les Verts]&lt;/i&gt; &#224; qui elle avait fil&#233; le bouquin, venait de le finir et n'en avait pas dormi la nuit d'apr&#232;s &#8211; ou du moins c'est ce qu'elle lui a dit. Bon, mon but n'est pas de cr&#233;er des insomnies, mais de faire r&#233;fl&#233;chir et qu'au moins les &#8220;militants sinc&#232;res&#8221; &#8211; en fait je pense que ces deux mots juxtapos&#233;s sont un peu un oxymore, car &#234;tre militant implique forc&#233;ment de se voiler la face et d'avoir un minimum de mauvaise foi (ce qui par ailleurs n'est pas forc&#233;ment mal et peut m&#234;me &#234;tre utile pour faire avancer les choses) &#8211; bref, que ces militants aspirant &#224; la sinc&#233;rit&#233; cessent de croire que l'arriv&#233;e au pouvoir d'&#233;lus verts-rouges change quoi que ce soit d'important. Je n'aime pas les sentences d&#233;finitives et ne suis pas farouchement anti-&#233;lectoraliste. Le cirque &#233;lectoral est une grande farce, c'est s&#251;r, mais si certains veulent aller y jouer pourquoi pas ? C'est pas forc&#233;ment moins int&#233;ressant que de p&#233;rorer &#224; huis clos dans des cercles radicaux. Mais bien entendu il faut perdre quelques illusions, ce &#224; quoi tente de contribuer le bouquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est s&#251;r, c'est qu'aujourd'hui d&#233;j&#224;, les communes ont perdu beaucoup de pouvoir au profit des communaut&#233;s de communes ou des m&#233;tropoles. Ces m&#233;gastructures favorisent le nivellement des politiques par la technocratie, ce qui a pour principal r&#233;sultat qu'aujourd'hui toutes les m&#233;tropoles se ressemblent. Le spectacle m&#233;diatique fait croire que la vie pourrait &#234;tre radicalement diff&#233;rente dans une m&#233;tropole dirig&#233;e par un &#233;cologiste que dans celle qui a la droite &#224; sa t&#234;te. En fait &#224; Nice, Lille ou Grenoble, il y a les m&#234;mes projets urbains opaques, le m&#234;me genre d'immeubles construits, les m&#234;mes budgets participatifs, les m&#234;mes trottinettes &#233;lectriques en libre service, les m&#234;mes cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance &#8211; m&#234;me s'il y en a un tout petit peu moins &#224; Grenoble qu'ailleurs. Les &#233;lus verts et rouges grenoblois ont en tous cas &#233;t&#233; de bons petits soldats de la m&#233;tropolisation, &#339;uvrant avec z&#232;le aux transferts de comp&#233;tences et &#224; l'&#233;loignement perp&#233;tuel du pouvoir du simple habitant. Grenoble a 160 000 habitants, comment peut-on d&#233;j&#224; pr&#233;tendre &#224; des d&#233;cisions d&#233;mocratiques &#224; cette &#233;chelle ? Et quand on passe &#224; l'&#233;chelle de la m&#233;tropole, soit 440 000 habitants, l&#224;, toute pr&#233;tention participative devient automatiquement juste une bonne blague. Bref, ce que je conseillerais &#224; des militants en voie de &lt;i&gt;sinc&#233;risation&lt;/i&gt; tent&#233;s par la piste &#233;lectorale, c'est d'&#339;uvrer pour qu'&#233;merge le processus exactement inverse de la m&#233;tropolisation, &#224; savoir la relocalisation du pouvoir dans les communes d&#233;j&#224;, et bien entendu dans les quartiers &#224; terme. C'est pas du tout dans le sens du vent, comme &#224; peu pr&#232;s tout ce qui est d&#233;sirable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette &#171; &lt;i&gt;relocalisation &#187;&lt;/i&gt;, qui n'est &#171; &lt;i&gt;pas du tout dans le sens du vent &#187;&lt;/i&gt;, est-ce que c'est ce que vous essayez de faire depuis le d&#233;but avec &lt;i&gt;Le Postillon&lt;/i&gt; au niveau m&#233;diatique ? Voire, &#224; moindre &#233;chelle, avec vos cabines t&#233;l&#233;phoniques au niveau technologique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un des principes de base du &lt;i&gt;Postillon&lt;/i&gt; est effectivement de faire de la presse de proximit&#233;, locale voire ultra-locale. L'id&#233;e c'est qu'au niveau national ou m&#234;me r&#233;gional, il est tr&#232;s difficile actuellement de toucher un lectorat diversifi&#233; quand on est un petit canard sans moyens de promotion &#8211; je ne t'apprends rien. &#192; l'&#233;chelle d'une ville ou d'une agglom&#233;ration, on peut plus facilement &#234;tre lu par des gens tr&#232;s diff&#233;rents, &#224; la fois parce que c'est plus facile de faire de la pub (nous on fait beaucoup d'affichage sauvage et de vente &#224; la cri&#233;e) et &#224; la fois parce que les sujets trait&#233;s sont assez originaux pour int&#233;resser des gens ne partageant pas du tout nos id&#233;es. On fait attention de toujours apporter des informations (c'est-&#224;-dire ne pas se contenter de &#8220;commentaires&#8221;) et, m&#234;me si certains nous reprochent un ton trop &#8220;tranch&#233;&#8221; ou &#8220;f&#233;roce&#8221;, ils nous ach&#232;tent quand m&#234;me parce qu'ils apprennent des trucs sur le quartier d'&#224; c&#244;t&#233; de chez eux ou sur cette personnalit&#233; t&#234;te &#224; claques dont la com' locale ne dresse que des louanges. C'est pas un &lt;i&gt;business plan&lt;/i&gt; qui permet de devenir riche &#233;videmment, mais &#231;a nous assure quand m&#234;me un nombre de ventes pas d&#233;gueulasse &#8211; environ 3 500 exemplaires par num&#233;ro sur notre &#8220;petite&#8221; cuvette. Apr&#232;s, quand on rame contre le sens du vent, impossible de savoir les impacts r&#233;els de ce qu'on fait : si on n'&#233;tait pas l&#224;, le vent soufflerait-il plus fort ? Aide-t-on des gens &#224; tenir malgr&#233; ce terrible vent de face ? Est-ce que nos postures et nos actes donnent envie &#224; d'autres de se dresser &#224; contre-courant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de quelques encouragements, on n'a pas de r&#233;ponses pr&#233;cises &#224; ces questions et quelque part on s'en fout. On fait ce qui nous semble &#234;tre juste, de la fa&#231;on la plus pertinente possible, selon les go&#251;ts et les douleurs du moment. C'est pour &#231;a que pour la premi&#232;re fois, on a quitt&#233; notre posture seulement &#8220;journalistique&#8221; pour lancer un &#8220;combat&#8221;, voil&#224; six mois : la r&#233;installation de vingt-deux cabines t&#233;l&#233;phoniques &#224; Grenoble. C'est une lutte qui peut sembler nostalgique ou d&#233;risoire par rapport &#224; tous les fronts de la plus haute importance ouverts ces temps-ci. Mais pour nous, &#224; l'heure de la num&#233;risation g&#233;n&#233;ralis&#233;e et du passe sanitaire, c'est tr&#232;s s&#233;rieux : &#224; travers le symbole des cabines, on exige le droit de pouvoir vivre sans smartphone ni m&#234;me t&#233;l&#233;phone portable et on entend faire converger les luttes contre l'individualisme, l'extraction des m&#233;taux rares, la fonte de la banquise, l'abrutissement par les &#233;crans, la publicit&#233; cibl&#233;e, la tra&#231;abilit&#233; de tous les faits et gestes, etc. Les nombreux retours enthousiastes re&#231;us suite au lancement de ce &#8220;combat&#8221; nous font croire que tout n'est pas &#8220;foutu&#8221;. Pour tout un tas de causes perdues, il y a encore de la place pour au moins faire de beaux barouds d'honneur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH563/-1865-f0595.jpg?1779643044' width='400' height='563' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Dessin de Nardo
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;cision : les dessins de Nardo illustrant cet article sont issus du livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet &lt;a href=&#034;https://paysagesdefrance.org/actualites/187/piolle-l-homme-sandwich-et-numerique-du-n-1-mondial-de-l-affichage-publicitaire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;l'&#233;difiant communiqu&#233; ainsi titr&#233;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Les-Jeunes-pour-Piolle-defendent-le-bilan-du-maire-de-Grenoble&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les &#8220;Jeunes pour Piolle&#8221; d&#233;fendent le bilan du maire de Grenoble &#187;&lt;/a&gt; (06/08/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Une-autopsie-feroce-du-mandat-d-Eric-Piolle&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Une autopsie f&#233;roce du mandat d'&#201;ric Piolle &#187;&lt;/a&gt; (20/07/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; On veut que ces questions soient prises en compte ! &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/On-veut-que-ces-questions-soient</link>
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		<dc:date>2021-09-13T10:44:09Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandre Hyacinthe</dc:creator>


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		<dc:subject>Maud B&#233;n&#233;zit</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Il est o&#249; le patron ? &#187; Cette question, de nombreuses paysannes l'ont d&#233;j&#224; entendue. Une phrase sexiste r&#233;currente qui illustre bien les probl&#233;matiques auxquelles elles font face. C'est aussi le titre qu'ont choisi les Paysannes en polaire, cinq agricultrices du Sud-Est qui se sont alli&#233;es &#224; la dessinatrice Maud B&#233;n&#233;zit pour mettre en bande dessin&#233;e ces situations, les d&#233;noncer et se donner de la force pour lutter. Environ un quart des exploitant&#183;es agricoles en France sont des femmes. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/paysannes" rel="tag"&gt;paysannes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/temps" rel="tag"&gt;temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/feministes" rel="tag"&gt;f&#233;ministes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Pep" rel="tag"&gt;Pep&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/questions" rel="tag"&gt;questions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Reclaim-The" rel="tag"&gt;Reclaim The&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/The-Fields" rel="tag"&gt;The Fields&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maud-Benezit" rel="tag"&gt;Maud B&#233;n&#233;zit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il est o&#249; le patron ?&lt;/i&gt; &#187; Cette question, de nombreuses paysannes l'ont d&#233;j&#224; entendue. Une phrase sexiste r&#233;currente qui illustre bien les probl&#233;matiques auxquelles elles font face. C'est aussi le titre qu'ont choisi les Paysannes en polaire, cinq agricultrices du Sud-Est qui se sont alli&#233;es &#224; la dessinatrice Maud B&#233;n&#233;zit pour mettre en bande dessin&#233;e ces situations, les d&#233;noncer et se donner de la force pour lutter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH282/-1860-5846e.jpg?1779921190' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Maud B&#233;n&#233;zit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Environ un quart des exploitant&#183;es agricoles en France sont des femmes. Si ces derni&#232;res d&#233;cennies, les agricultrices ont conquis certains droits, comme la cr&#233;ation en 1980 du statut de &#171; co-exploitante &#187; ou encore l'obtention d'un cong&#233; maternit&#233; &#233;quivalent &#224; celui des salari&#233;es en 2008, le tableau est loin d'&#234;tre reluisant&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet le rapport du S&#233;nat intitul&#233; &#171; &#202;tre agricultrice en 2017 &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Par des logiques patriarcales, entre autres, en mati&#232;re d'h&#233;ritage, l'acc&#232;s au foncier, aux ressources en capitaux n&#233;cessaires &#224; l'installation, leur est plus compliqu&#233;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos le rapport du S&#233;nat titr&#233; &#171; Femmes et agriculture : pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Comme dans d'autres secteurs, leurs revenus sont inf&#233;rieurs &#224; ceux des hommes, tant pour les exploitantes que pour les salari&#233;es ou encore les retrait&#233;es. Et dans bien des cas, elles cumulent des t&#226;ches visibles et invisibilis&#233;es, &#224; la fois dans la sph&#232;re priv&#233;e et dans l'activit&#233; agricole &#8211; si tant est qu'il y ait une limite entre les deux. Face &#224; cette situation, des paysannes s'organisent pour rendre visibles leurs r&#233;alit&#233;s et lutter pour les transformer. C'est dans cette dynamique que s'inscrit la bande dessin&#233;e &lt;i&gt;Il est o&#249; le patron ?&lt;/i&gt;, parue cette ann&#233;e aux &#233;ditions Marabout, co-&#233;crite par cinq Paysannes en polaire et illustr&#233;e par Maud B&#233;n&#233;zit. Discussion &#224; sept voix.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quelques mots, que raconte votre bande dessin&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Paysannes en polaire (Pep) :&lt;/strong&gt; &#171; On suit trois paysannes au long d'une saison agricole. Jo reprend la ferme d'un chevrier qui part en retraite. Coline fait du fromage de brebis avec son mari sur la ferme de ses parents. Anouk est apicultrice et vit en coloc'. Le r&#233;cit raconte comment ces trois femmes sont confront&#233;es au sexisme ordinaire dans leur vie quotidienne et comment, petit &#224; petit, elles tissent des liens d'amiti&#233; et se donnent de la force les unes aux autres. Si on voulait d&#233;crire des situations &#224; d&#233;noncer, on a aussi eu envie que ce soit une BD qui donne la p&#234;che, l'envie de faire des choses ensemble et des pistes d'&#233;mancipation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les travaux agricoles et leurs techniques sont retranscrits de mani&#232;re tr&#232;s pr&#233;cise. Comment avez-vous proc&#233;d&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Maud :&lt;/strong&gt; &#171; Les paysannes avaient une exigence de v&#233;racit&#233;, que ce soit techniquement cr&#233;dible. J'ai pass&#233; du temps sur les fermes, vu des plans, eu besoin de conceptualiser. Et c'est leur regard qui a permis d'affiner mes croquis. Elles me disaient par exemple : &#8220;&lt;i&gt;Une brebis ne s'allonge pas comme &#231;a.&lt;/i&gt;&#8221; Ou bien : &#8220;&lt;i&gt;Il n'y a pas de pommes &#224; cette p&#233;riode de l'ann&#233;e&lt;/i&gt;.&#8221; Etc. Ces retours m'ont aiguis&#233; l'&#339;il, me permettant d'ensuite ajouter des choses qui venaient de moi. On avait envie de porter des histoires cr&#233;dibles, qui ne soient pas fantasm&#233;es par une vision urbaine, pour que d'autres s'y reconnaissent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si c'est une fiction, toutes les situations d&#233;crites sont issues de vos v&#233;cus et de t&#233;moignages d'autres paysannes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep :&lt;/strong&gt; &#171; On a recueilli des t&#233;moignages autour de nous, dans diff&#233;rents r&#233;seaux : au sein du groupe femmes de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, dans le cadre d'ateliers d'&#233;criture en mixit&#233; choisie avec &lt;i&gt;[le r&#233;seau impliqu&#233; dans les luttes pour la terre]&lt;/i&gt; Reclaim The Fields, dans un groupe au sein des Civam&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et dans le cadre d'un travail de th&#233;&#226;tre-forum&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L&#226;che pas la ferme ! &#187;, th&#233;&#226;tre-forum mis en place avec l'association (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; o&#249; plusieurs d'entre nous s'&#233;taient rencontr&#233;es. Il y a aussi des situations issues de nos propres exp&#233;riences ou de celles qui nous entourent et avec qui on travaille. Ce sont des petites histoires, allant des plus banales aux plus graves, mais qui, mises bout &#224; bout, retranscrivent une soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Au-del&#224; du c&#244;t&#233; l&#233;ger de la BD, on ne voulait pas juste partager des anecdotes qui arrivent &#224; l'une ou l'autre, mais expliquer que tout &#231;a est le fruit d'une soci&#233;t&#233; patriarcale et de la domination masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne partir que de faits r&#233;els est aussi li&#233; &#224; une question de l&#233;gitimit&#233;. En tant que f&#233;ministes, on a toutes v&#233;cu des situations o&#249; l'on nous reprochait d'exag&#233;rer, d'en rajouter. Sauf que non, on n'a pas besoin d'exag&#233;rer : la r&#233;alit&#233; est suffisamment difficile, &#224; tel point qu'on a d'ailleurs plut&#244;t tendance &#224; l'att&#233;nuer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il ne s'agit pas de dire que le monde agricole et rural serait plus sexiste, plus patriarcal qu'ailleurs, mais plut&#244;t d&#233;crire les sp&#233;cificit&#233;s que vous vivez...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep :&lt;/strong&gt; &#171; En effet, le monde agricole n'est pas plus sexiste que le reste de la soci&#233;t&#233;. Il l'est, comme partout. Simplement, nous, on le conna&#238;t bien. On sait quelles en sont les sp&#233;cificit&#233;s : par exemple le peu de fronti&#232;res entre l'activit&#233; professionnelle et la vie priv&#233;e. &#202;tre son propre patron a des avantages, mais les limites peuvent &#234;tre plus floues. C'est d'autant plus vrai quand il s'agit de travail en couple. Une &#233;tude de la MSA &lt;i&gt;[S&#233;curit&#233; sociale agricole]&lt;/i&gt; sur les couples en agriculture a ainsi fait ressortir qu'une femme r&#233;alisait en moyenne douze fois plus de t&#226;ches diff&#233;rentes dans la journ&#233;e qu'un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi prendre en compte un facteur d&#233;terminant : l'isolement g&#233;ographique. On passe la majeure partie de notre temps sur nos fermes, &#233;loign&#233;es des coll&#232;gues. &#199;a peut avoir des cons&#233;quences graves quand il y a besoin de soutien, notamment en cas de violences conjugales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre particularit&#233; : c'est un m&#233;tier physique. Cons&#233;quence de quoi, une question revient tout le temps : &lt;i&gt;&#8220;Comment tu fais physiquement toute seule ?&#8221;&lt;/i&gt; Parce que subsiste encore cet imaginaire du paysan viril, du tracteur, de la m&#233;canique. Dans le m&#234;me temps, il existe peu de repr&#233;sentations positives des paysannes, alors qu'elles ont toujours &#233;t&#233; pr&#233;sentes dans l'agriculture. Elles sont renvoy&#233;es aux t&#226;ches domestiques, aux &#8220;petites mains&#8221; et au statut de &#8220;femme de&#8221;. Soit, en gros : femme de chef d'exploitation. C'est pour cela qu'il est important d'ouvrir l'imaginaire et de montrer que si ! &#199;a existe, c'est possible. Qu'une femme peut &#233;videmment &#234;tre paysanne et qu'il n'y a pas besoin de soulever 200 kilos chaque matin pour faire de l'agriculture. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH282/-1861-20a26.jpg?1779921191' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Maud B&#233;n&#233;zit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On voit dans la BD la mise en place d'actions collectives f&#233;ministes. Vous arrivez &#224; vous organiser autour de ces questions malgr&#233; l'isolement g&#233;ographique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep : &lt;/strong&gt;&#171; Il existe diff&#233;rents groupes f&#233;ministes actifs dans les endroits o&#249; l'on vit, malgr&#233; les contraintes de distance et d'emploi du temps. Car au-del&#224; de l'isolement g&#233;ographique, on doit aussi faire avec un mode de vie atypique. En &#233;levage, par exemple, il est difficile de s'absenter sans s'organiser en amont : si on garde&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Garder &#187; au sens pastoral : soit les brebis p&#226;turent en parc, soit elles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; les brebis, on n'a pas de week-end. Il y a une grosse contrainte de rythme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les groupes f&#233;ministes, il y a aussi des r&#233;seaux plus informels : entre copines paysannes, on essaie de se serrer les coudes et de faire attention les unes aux autres. Le processus d'&#233;criture de ce livre a aussi jou&#233; ce r&#244;le entre nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les r&#233;seaux agricoles en rupture avec l'agriculture conventionnelle, de la Conf' &#224; Reclaim The Fields en passant par les Civam ou les Adear &lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Associations pour le d&#233;veloppement de l'emploi agricole et rural.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;strong&gt;, quel espace existe pour discuter les questions du sexisme et du patriarcat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; :&lt;/strong&gt; &#171; &#199;a a clairement &#233;volu&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es. Les Adear ou les Civam sont maintenant plut&#244;t sensibles &#224; ces questions. Il y a par exemple des groupes techniques en mixit&#233; choisie&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce propos &#171; Contre le sexisme, des agricultrices s'organisent &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. &#192; Reclaim The Fields par exemple, le f&#233;minisme a longtemps &#233;t&#233; vu comme un sujet secondaire et plut&#244;t rel&#233;gu&#233; &#224; des r&#233;unions &#224; la marge. On proclamait qu'il fallait lutter contre le patriarcat, mais ce n'&#233;tait pas vraiment incarn&#233;. Aujourd'hui, par contre, c'est une &#233;vidence, d'autant qu'on voit arriver des personnes pour qui ce sont des bases d&#233;j&#224; acquises. Si, par le pass&#233;, on a vu le cas de r&#233;unions libertaires o&#249; les gars sortaient tous fumer des clopes au moment d'aborder les questions f&#233;ministes, ce n'est plus trop le cas ces derniers temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a huit ans, je me souviens avoir lanc&#233; &lt;i&gt;&#8220;Je suis f&#233;ministe&#8221;&lt;/i&gt; dans un tour de table d'une rencontre entre paysannes et que c'&#233;tait tr&#232;s mal pass&#233;. Ce jour-l&#224;, un formateur mec devait nous apprendre &#224; nous servir d'un enregistreur &#8211; c'est-&#224;-dire, dans ce cas pr&#233;cis, juste appuyer sur le bouton &#8220;Enregistrer&#8221;. Aujourd'hui, on n'aurait plus id&#233;e de faire appel &#224; un homme dans ce type de situation. Des fronti&#232;res bougent et les bases communes sont plus claires. Avec ce constat : il y a des mots qui ne font plus peur. On a l'impression d'&#234;tre pass&#233;es de &#8220;on se retrouve entre femmes&#8221; &#224; &#8220;on se retrouve entre f&#233;ministes&#8221;. Et puis la mixit&#233; choisie est devenue une &#233;vidence, alors que ce n'&#233;tait pas le cas avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, c'est un processus classique, qui commence par des groupes de femmes qui s'organisent en divers endroit avant de lancer des ultimatums : &lt;i&gt;&#8220;On veut que ces questions soient prises en compte !&#8221;&lt;/i&gt; On est oblig&#233;es d'imposer &#231;a parce qu'en face il y a des personnes qui freinent, car elles vont perdre des privil&#232;ges. Il y a aussi toujours le risque de se reposer sur nos acquis, de se dire &#8220;Nous on est cool, on a d&#233;construit&#8221;, alors m&#234;me qu'il reste des r&#233;actions et comportements &lt;i&gt;craignos&lt;/i&gt;, y compris dans ces organisations. On ne doit pas proclamer &#8220;On en est sorti&#8221;, parce que ce n'est pas du tout le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des moments de d&#233;pit, notamment quand on nous sort un discours de type : &#8220;&lt;i&gt;On aimerait aborder &#231;a, mais il n'y a pas de femmes dans nos orgas&lt;/i&gt;&#8221;. Or c'est &#233;videmment l'une des premi&#232;res questions &#224; se poser : pourquoi il n'y a pas de femmes ? Il y a de multiples raisons pour que m&#234;me les plus motiv&#233;es se d&#233;sinvestissent : la mani&#232;re de g&#233;rer les r&#233;unions, les horaires, la fa&#231;on de prendre et couper la parole... En clair, il y a beaucoup de choses &#224; questionner et &#224; travailler, partout. On n'a pas forc&#233;ment les outils, on exp&#233;rimente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur les mobilisations collectives, il y avait aussi l'id&#233;e que cette BD serve de support pour impulser des dynamiques...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep :&lt;/strong&gt; &#171; Il y a d&#233;j&#224; plein de paysannes et de non-paysannes qui s'y sont reconnues, dont des personnes qui ne sont pas proches de r&#233;seaux f&#233;ministes. La BD est un support populaire et facile d'acc&#232;s, qui peut permettre de toucher un public plus large, n'ayant pas forc&#233;ment l'&#233;nergie de se lancer dans un grand bouquin avec plein de concepts, mais qui peut se trouver pris dans la petite histoire et s'attacher aux personnages. D&#233;j&#224;, on esp&#232;re que le fait qu'elle soit lue et qu'elle circule fera son petit effet. Notre envie : casser l'isolement et cr&#233;er de la sororit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'autodidactes et d&#233;butantes, on a montr&#233; que c'&#233;tait possible de mener ce genre de projet, donc si &#231;a peut donner envie &#224; d'autres de s'exprimer autour d'oppressions subies, ce serait &#233;videmment positif. On a envie de dire que ce que l'on vit au quotidien a de l'int&#233;r&#234;t, m&#233;rite d'&#234;tre transmis. Et on commence aussi &#224; avoir des retours de paysannes qui se sont rencontr&#233;es lors de sessions de pr&#233;sentation d'&lt;i&gt;Il est o&#249; le patron&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, et qui se disent qu'elles veulent rester en contact pour se soutenir, s'entraider. &#199;a fait vraiment chaud au c&#339;ur de savoir que cette BD permet aussi cela, qu'elle nous d&#233;passe ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une sc&#232;ne de la BD, o&#249; les paysannes lisent un article de magazine sur les femmes dans l'agriculture, d&#233;crit un processus de r&#233;assignation : en m&#234;me temps que les femmes cessent d'&#234;tre invisibles dans l'agriculture, elles restent cantonn&#233;es &#224; des r&#244;les tr&#232;s sp&#233;cifiques et souvent esth&#233;tis&#233;s comme la transformation et la vente directe...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pep :&lt;/strong&gt; &#171; Ces derni&#232;res ann&#233;es, c'est devenu politiquement correct de reconna&#238;tre que les paysannes existent. Mais d&#232;s qu'on gratte un peu, on voit bien qu'on tient &#224; ce qu'elles restent &#224; une certaine place : soutenir l'homme, &#233;videmment, mais aussi apporter de la diversit&#233; sur les fermes, y amener des pratiques &#233;cologiques ou encore prendre en charge l'accueil. Certes on fait une place aux femmes, mais une place qui ne bouleverse pas le mod&#232;le dominant. Et on ne sort pas des attentes d&#233;testables li&#233;es &#224; notre genre : c'est toujours d'abord sur des crit&#232;res physiques, esth&#233;tiques, que les femmes sont visibles, comme le montre cette sc&#232;ne de la BD sur le magazine. C'est aussi cela qu'on a voulu aborder dans la BD, en montrant des femmes qui sortent des normes de la &#8220;beaut&#233;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les productions agricoles sont tr&#232;s genr&#233;es : en plantes aromatiques et m&#233;dicinales, en &#233;levage de petits ruminants, dans la transformation fermi&#232;re, il y a beaucoup de femmes visibles. Mais elles le sont beaucoup moins d&#232;s qu'on va vers des exploitations avec de plus gros investissements, plus de capital, des grosses machines. En m&#234;me temps, ces grosses structures, nous, ce n'est pas ce qui nous fait r&#234;ver. &#199;a soul&#232;ve des questions d'articulation complexe entre f&#233;minisme et critique des mod&#232;les agricoles actuels. Lorsque des copines s'installent avec des petits troupeaux, peu de mat&#233;riel et en gal&#233;rant parfois financi&#232;rement, on peut se dire qu'elles ont plus de freins, de contraintes, qu'elles n'osent pas investir. Et en m&#234;me temps, c'est chouette de tenter de cr&#233;er un autre rapport &#224; la production et aux animaux ou encore de choisir de ne pas faire que &#231;a. La socialisation diff&#233;renci&#233;e qu'on a eue est peut-&#234;tre aussi une force pour remettre en cause le mod&#232;le agricole dominant. Globalement, on n'a pas envie de hi&#233;rarchiser, entre luttes f&#233;ministes et anticapitalistes : les deux sont &#233;videmment li&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Alexandre Hyacinthe&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet le rapport du S&#233;nat intitul&#233; &lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-579-notice.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; &#202;tre agricultrice en 2017 &#187;&lt;/a&gt; (13/06/2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos le rapport du S&#233;nat titr&#233; &lt;a href=&#034;https://www.senat.fr/notice-rapport/2016/r16-615-notice.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Femmes et agriculture : pour l'&#233;galit&#233; dans les territoires &#187;&lt;/a&gt; (05/07/2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centres d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L&#226;che pas la ferme ! &#187;, th&#233;&#226;tre-forum mis en place avec l'association d'&#233;ducation populaire &#201;bullition.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Garder &#187; au sens pastoral : soit les brebis p&#226;turent en parc, soit elles sont &lt;i&gt;gard&#233;es&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire qu'une personne passe la journ&#233;e avec elles dans les zones de p&#226;ture, non cl&#244;tur&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Associations pour le d&#233;veloppement de l'emploi agricole et rural.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce propos &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Agricultrices-elles-s-organisent-contre-le-sexisme&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Contre le sexisme, des agricultrices s'organisent &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Reporterre &lt;/i&gt;(15/07/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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