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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; On dansait &#224; en mourir &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. Afin de maintenir le contact avec les familles en ces temps de Covid, tout en &#233;vitant au maximum la circulation de personnes ext&#233;rieures dans l'Ehpad, un strict protocole a &#233;t&#233; mis en place. Un droit de visite d'une demi-heure par semaine et par r&#233;sident est accord&#233;, sur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cinqui&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4272 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1500refuserehpad_resultat-2-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH356/1500refuserehpad_resultat-2-2-c5bf5.jpg?1769539759' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Afin de maintenir le contact avec les familles en ces temps de Covid, tout en &#233;vitant au maximum la circulation de personnes ext&#233;rieures dans l'Ehpad, un strict protocole a &#233;t&#233; mis en place. Un droit de visite d'une demi-heure par semaine et par r&#233;sident est accord&#233;, sur rendez-vous. Les rencontres ont lieu au rez-de-chauss&#233;e, dans une chambre lib&#233;r&#233;e &#224; cet effet et dans un espace du salon s&#233;par&#233; par des paravents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je suis pr&#233;pos&#233; aux visites. J'achemine les r&#233;sident&#183;es, accueille les visiteurs, v&#233;rifie qu'ils inscrivent leurs nom et coordonn&#233;es sur le cahier, que les consignes sanitaires sont respect&#233;es (visiteurs et visit&#233;s sont s&#233;par&#233;s par une table) et, au terme du temps chichement imparti, je sonne la fin de la visite. Le week-end il n'y en a pas, faute de personnel pour les g&#233;rer. Certain&#183;es r&#233;sident&#183;es ont droit &#224; des visites en chambre, lorsque leur &#233;tat physique ou mental le requiert. Beaucoup ont renonc&#233; &#224; passer les f&#234;tes de fin d'ann&#233;e en famille, pour ne pas &#234;tre confin&#233;s une semaine en chambre au retour. Ainsi le r&#244;le des proches est consid&#233;rablement amoindri et le moral de nos r&#233;sident&#183;es s'en ressent. Dans ces conditions, comment ne pas voir l'Ehpad comme un lieu de privation de libert&#233;s ? Et le pr&#233;pos&#233; aux visites comme un maton ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour nous, le travail en soi n'est pas d&#233;sagr&#233;able : on circule, on voit des gens, on discute. On met un visage sur des pr&#233;noms maintes fois r&#233;p&#233;t&#233;s, on rassure, on &#233;coute des anecdotes. J'apprends par la fille de M. Lacaze que celui-ci fabriquait et vendait des v&#233;los et qu'il a construit le tandem avec lequel sa femme et lui ont franchi les cols des Alpes et des Pyr&#233;n&#233;es en guise de voyage de noces. &#171; &lt;i&gt;Hein papa ?&lt;/i&gt; &#187;, lui hurle sa fille &#224; l'oreille. Avachi dans son fauteuil roulant, M. Lacaze hoche la t&#234;te avec un sourire satisfait ; il est dans son monde. Stimul&#233;s par les enfants, qui sont bien souvent des personnes d&#233;j&#224; &#226;g&#233;es, les souvenirs reviennent parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; C'&#233;tait une passionn&#233;e de danse, me confie la fille de la charmante Mme Cad&#232;ne.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh &#231;a oui ! confirme celle-ci. Je faisais des concours : tango, paso, cha-cha-cha, des choses comme &#231;a. Vous avez connu le Ramier ? Non, vous &#234;tes trop jeune ! Un tr&#232;s beau dancing. On allait danser &#224; en mourir, &#224; en crever comme on dit maintenant et puis apr&#232;s on rentrait &#224; la maison. Ma m&#232;re ne me disait rien, elle me laissait danser. C'&#233;tait vital pour moi, vous savez, c'&#233;tait mon oxyg&#232;ne.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu avais quel &#226;ge maman ? J'&#233;tais d&#233;j&#224; n&#233;e ?
&lt;br /&gt;&#8212; &#199;a, je ne sais plus ! Oui, un tr&#232;s tr&#232;s beau dancing, fait-elle, perdue dans ses souvenirs.
Puis elle l&#226;che : &#171; &lt;i&gt;Les jeunes, comme ils dansent aujourd'hui, &#231;a me fait piti&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compenser l'absence de visites le week-end et d'animations, nous tentons d'apporter un peu de distraction. Un go&#251;ter en musique, des cr&#234;pes, de petits moments de causette. Morgane, une aide-soignante, a mis la main sur une grille de mots fl&#233;ch&#233;s et essaye de stimuler Mme Simonetti pour la remplir : _ &#171; &lt;i&gt; Allez Paulette, faites un effort ! &#187;&lt;/i&gt; Mais il faut bien avouer que celle-ci n'en fait pas beaucoup. M. Puech passe par l&#224; en tra&#238;nant ses chaussons :
&lt;br /&gt;&#8212; C'est bient&#244;t le go&#251;ter ?
&lt;br /&gt;&#8212; Pas encore G&#233;rard ! Ah tiens : dessous f&#233;minin en cinq lettres ?
&lt;br /&gt;&#8212; String ! lance une autre AS. Paulette, elle, ne voit pas.
&lt;br /&gt;&#8212; Jupon ! lance G&#233;rard. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#199;a colle.
&lt;br /&gt;&#8212; Bravo, on voit le connaisseur !&lt;br class='manualbr' /&gt;Morgane encha&#238;ne :
&lt;br /&gt;&#8212; Ah Paulette, il est pour vous celui-l&#224; : &#171; &lt;i&gt;vieille ?&lt;/i&gt; &#187; en quatre lettres ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Denis L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Alors-tu-vas-torcher-les-vieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Tu-commences-a-avoir-la-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Oh-la-barbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Oh la barbe ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Feu Ubi</title>
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		<dc:date>2021-03-30T04:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
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		<dc:subject>Ubi</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bordel de fuck, la tristesse : Ubi a pris la tangente en ce moche f&#233;vrier, aval&#233; par un crabe &#224; 42 ans. Beaucoup le connaissaient sous le nom de Joseph Ponthus, pseudo ornant la couverture de son roman &#192; la ligne &#8211; feuillets d'usine. Perso je pr&#233;f&#232;re Ubi, ou Ubifaciunt, le blase qu'il d&#233;gainait dans Article11, canard cousin de CQFD ayant s&#233;vi quelques ann&#233;es en kiosque et sur la toile. Retour sur sa com&#232;te. &#171; Ah mais merde ! Il a pas fait &#231;a, quand m&#234;me ? Roh l'empaff&#233; ! &#187; Je me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-etait" rel="tag"&gt;C'&#233;tait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Limoges" rel="tag"&gt;Limoges&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Flunch" rel="tag"&gt;Flunch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cendrars" rel="tag"&gt;Cendrars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/truc" rel="tag"&gt;truc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/cas" rel="tag"&gt;cas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ubi" rel="tag"&gt;Ubi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bordel de &lt;i&gt;fuck&lt;/i&gt;, la tristesse : Ubi a pris la tangente en ce moche f&#233;vrier, aval&#233; par un crabe &#224; 42 ans. Beaucoup le connaissaient sous le nom de Joseph Ponthus, pseudo ornant la couverture de son roman &lt;i&gt;&#192; la ligne &#8211; feuillets d'usine&lt;/i&gt;. Perso je pr&#233;f&#232;re Ubi, ou Ubifaciunt, le blase qu'il d&#233;gainait dans &lt;i&gt;Article11&lt;/i&gt;, canard cousin de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; ayant s&#233;vi quelques ann&#233;es en kiosque et sur la toile. Retour sur sa com&#232;te.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ah mais merde&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Il a pas fait &#231;a, quand m&#234;me&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Roh l'empaff&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens. Je me souviens tr&#232;s bien. Et notamment &#224; quel point on avait les boules contre toi, Ubi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On revenait de Limoges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du piteux Flunch de Limoges, plus exactement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En route pour aller interviewer le roi de la BD underground Robert Crumb, on avait appris apr&#232;s cinq heures de bagnole que le dessinateur am&#233;ricain, install&#233; vers N&#238;mes, d&#233;clinait finalement la proposition d'entretien mollement accept&#233;e le soir d'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'arr&#234;t &#224; Limoges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le Flunch sa reum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le morose retour vers Paname.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la Clio pourrave, on &#233;tait tous lest&#233;s d'une solide gueule de bois. Et habit&#233;s d'une furieuse&lt;i&gt; &lt;/i&gt;d&#233;confiture&lt;i&gt; &lt;/i&gt;existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; que tu avais appel&#233;, mon salaud, pour nous dire, guilleret, que tu avais mis en ligne sur &lt;i&gt;Article11&lt;/i&gt;, alors seulement un site, un petit r&#233;cit&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; O&#249; L&#233;mi &amp; Jbb partent en vadrouille... &#187; (20/01/2010).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; contant ces d&#233;convenues qu'on venait de te raconter par bigophone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bordel de merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait 2010, un autre si&#232;cle. On &#233;tait jeunes, on &#233;tait frais, on allait niquer le monde &#231;a faisait pas un pli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on avait notre pudeur, mec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toi : &lt;i&gt;bim&lt;/i&gt;, tu d&#233;voilais notre piteuse &#233;pop&#233;e &#224; la face du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout l'amour d'alors et la tristesse d'aujourd'hui, et vice-versa, je te le dis tout net : on &#233;tait v&#233;n&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a bramait sec dans la Clio, avec noms d'oiseaux en pagaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire, c'est que je viens de le relire et que...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est chouette ce petit bout d'&#233;pop&#233;e routi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plut&#244;t rondement &#233;crit, synth&#233;tique et joyeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Honn&#234;te en tout cas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Que je r&#233;sume. &#192; cette heure, nos valeureux se p&#232;lent sur une aire d'autoroute &#224; cent bornes de Limoges. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Ils ont des bouteilles dans la bagnole et peuvent donc aller au bout du monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conqu&#233;rir le &lt;i&gt;bout du monde&lt;/i&gt; au Flunch de Limoges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi pas, apr&#232;s tout ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu as bien chant&#233; la beaut&#233; des barres de Nanterre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#199;a fait ronflant, s&#251;r, mais je crois que c'est par l'&#233;criture qu'on s'est rencontr&#233;s. Ou plut&#244;t : par l'amour des mots qui cr&#233;pitent, de celles et ceux qui les font danser. Ce truc qui me rend tout penaud devant mon clavier, &#224; t'imaginer r&#233;agir &#224; ce que j'&#233;cris, depuis le paradis anarcho-litt&#233;raire qui t'abrite d&#233;sormais, souriant quand j'abuse du tr&#233;molo, toi la plume des plumes, que m&#234;me des fois tu en faisais trop, ton p&#233;ch&#233; mignon. Il y avait la politique, bien s&#251;r, les totos de Montreuil et les anars de la rue Amelot, les manifs et les batailles th&#233;oriques absconses, mais notre vraie came &#233;tait ailleurs : le souffle, les envol&#233;es, les galopades textuelles. Modestement, hein, mais avec une certaine passion de l'ornement. Et l'impression que c'&#233;tait politique, et pas qu'un peu, de bien chiader ses textes, de les polir jusqu'&#224; plus soif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et toi, tu ne l'as jamais l&#226;ch&#233;, ce truc dans les tripes qui te disait que l'&#233;criture c'est la lutte, point barre. Bien au contraire. Au point que les vivats ont jailli de toutes parts quand en 2019 a &#233;clat&#233; la d&#233;tonation de ton unique roman, &lt;i&gt;&#192;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;la ligne&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions La Table ronde, r&#233;edit&#233; en poche, Folio, 2020).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire que c'&#233;tait m&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi un peu &#233;trange.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux dire, on le savait, bordel, que tu avais du talent, truc de maboul m&#234;me, mais on n'imaginait pas qu'un jour on lirait des titres comme &#171; Joseph Ponthus, auteur fauch&#233; en pleine gr&#226;ce &#187; (&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;), que ton roman serait traduit en serbe aux &#233;ditions &#1051;&#1086;&#1084; et qu'on verrait les hy&#232;nes de CNews consacrer un article &#224; ta personne.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3572 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH704/-1717-f451b.jpg?1768650781' width='400' height='704' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Par Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je sais plus trop comment t'as atterri &#224; &lt;i&gt;Article11&lt;/i&gt;. Un mail, je crois, pour dire que tu kiffais ce qu'on faisait, que tu voulais participer. Nous on &#233;tait preneurs, hein, vu qu'on &#233;tait deux pel&#233;es et trois tondus, que tu d&#233;gageais une &#233;nergie de d&#233;ment, que t'aimais le vin, que t'avais un blog chelou qui s'appelait &#171; Danse bordel ! &#187; avec en banni&#232;re une r&#233;f&#233;rence &#224; la Commune (&#171; &lt;i&gt;Leur r&#233;ponse &#224; nos envies est au mur des F&#233;d&#233;r&#233;s&lt;/i&gt; &#187;), que sur tes hautes &#233;paules nichait une t&#234;te barbue de gentil ahuri et que ton id&#233;e premi&#232;re, raconter ton quotidien d'&#233;ducateur de rue en banlieue parisienne, avait de la gueule&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tellement qu'au final c'est devenu un livre co&#233;crit avec quatre m&#244;mes, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Malgr&#233; quelques engueulades &#233;piques, vu que t'&#233;tais aussi relou que nous et parfois encore plus, avec l'ego maousse, &#231;a avait coll&#233;. Grandement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Normal : tes textes l&#233;vitaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je viens de relire ta premi&#232;re chronique &#171; S&#233;vice social &#187;, publi&#233;e le 7 mai 2009, et dont le titre annon&#231;ait la couleur et l'odeur de poudre : &#171; &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Antisocial-ta-mere-ton-sang-froid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Antisocial, ta m&#232;re, ton sang-froid&lt;/a&gt; &#187;. Et pas &#224; dire : elle claque toujours. Avec ces quelques lignes o&#249; jaillit ton empathie grosse comme un diplodocus, doubl&#233;e d'un style cousu main :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Lui, m&#234;me si ce n'est que le beau-p&#232;re, on sent qu'il s'en soucie de ce m&#244;me, qu'il accompagne de tout son possible cette femme qu'il aime et qui tremble pour son enfant. Qui appelle r&#233;guli&#232;rement le vrai p&#232;re l&#224;-bas vers B&#233;thune pour lui donner des nouvelles du petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle, qui se force dans sa dignit&#233; &#224; ne pas pleurer, pas tout de suite. Qui se force &#224; expliquer. Ses douleurs de m&#232;re qui dut se r&#233;soudre &#224; d&#233;poser une main courante apr&#232;s les menaces de son enfant. La gal&#232;re &#224; l'&#233;cole. Les engueulades &#224; n'en plus pouvoir. Ses fugues &#224; r&#233;p&#233;tition, tous les week-ends. Les retours le dimanche apr&#232;me o&#249; il comate dans le canap&#233; jusqu'au lundi. M&#234;me qu'une fois, elle a trouv&#233; une &#8220;boulette de tabac&#8221; dans une poche du blouson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des petites gens, vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des vies minuscules.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiens, &#231;a me fait marrer, je crois qu'&#224; l'&#233;poque j'avais pas remarqu&#233; la r&#233;f&#233;rence &#224; Pierre Michon et ses &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Typique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car oui, tu enrobais tes &#233;crits et paroles de tes h&#233;ros litt&#233;raires, qu'ils aient chant&#233;, &#233;crit ou dynamit&#233;. Barbara. Brel. Duras. Cendrars. Apollinaire. Pasolini. Anne Sylvestre. Le &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt; P&#232;re Duchesne. Et aussi de vieux types chiants &#224; la Tacite, avec citations absconses en latin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, relisant les derniers mails que tu m'as envoy&#233;s, je retrouve ton amour inconditionnel des tricoteurs de mots, parfois jusqu'&#224; l'outrance. Tu m'as ainsi fait fi&#232;rement parvenir ton papier sur Duras et l'affaire Gr&#233;gory pour &lt;i&gt;Lib&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Quand Marguerite Duras sublime l'affaire Gr&#233;gory &#187; (4/08/2020).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, un truc bien torch&#233; mais chou&#239;a pontifiant, presque pire que Marguerite en roue libre dans les Vosges pour c&#233;l&#233;brer la &#171; &lt;i&gt;sublime Christine V.&lt;/i&gt; &#187;, m&#234;me que j'ai d&#251; me b&#226;illonner pour pas te vanner. Un autre jour, c'&#233;tait un article sur Cendrars et sa &lt;i&gt;Prose du Transsib&#233;rien&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;Nouvelle Revue fran&#231;aise&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Un livre de po&#233;sie est plus utile qu'un chemin de fer &#187; (mars 2020).&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, que l&#224; j'ai pas envie de rigoler, parce que c'est tr&#232;s beau, et aussi parce que tu m'avais dit que, sans Cendrars et ce po&#232;me com&#232;te de 1913 qu'on aimait tous les deux tant, sans le train qui &#171; &lt;i&gt;retombe toujours sur toutes ses roues&lt;/i&gt; &#187;, sans &#171; &lt;i&gt;le grand Christ rouge de la r&#233;volution russe&lt;/i&gt; &#187;, sans Jehanne murmurant &#171; &lt;i&gt;Dis Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, il n'y aurait pas eu &lt;i&gt;&#192; la ligne&lt;/i&gt;, en tout cas pas sous cette forme bizarro&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, oui, bizarre, il l'&#233;tait assur&#233;ment ton bouquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tellement que pour &#234;tre franc j'y croyais pas du tout au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ubi qui &#233;crit en vers libres sur les abattoirs bretons&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? C'est une blague&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa lecture, une claque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bataillant pour d&#233;crire ton quotidien de mec d&#233;gringol&#233; dans une pr&#233;carit&#233; aussi banale que duraille, tu as aux forceps atteint l'objectif qui t'habitait : &#233;crire l'humain avec beaut&#233; et fraternit&#233;, m&#234;me dans la laideur d'une usine macul&#233;e de sang et de cadavres froids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et personne ne pourra te l'enlever. Tu l'as grav&#233; dans le b&#233;ton. &#199;a restera. Pour cette honn&#234;tet&#233;, ce regard qui ne se planque pas, cette obsession de ne pas trahir, ni les hommes ni les Lettres, et surtout pas tes camarades ouvriers. Pour ce que tu me disais dans l'entretien accord&#233; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; en septembre dernier&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit &#187;, n&#176; 190, en ligne sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, parlant de ces compagnons de gal&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s en avoir chi&#233; tout ce temps &#224; leurs c&#244;t&#233;s, &#231;a m'a particuli&#232;rement touch&#233; de voir qu'ils insistaient pour que je mette leurs vrais noms et disent se reconna&#238;tre dans les passages qu'ils d&#233;couvraient. Ce sont les premiers &#224; qui je l'ai fait lire, comme &#231;a avait &#233;t&#233; le cas avec les gamins de Nanterre, pour &lt;/i&gt;Nous... la cit&#233;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ouais, mec, franchement t'as d&#233;conn&#233; &#224; nous afficher sur &lt;i&gt;Article11 &lt;/i&gt;pour l'&lt;i&gt;affaire&lt;/i&gt; du Flunch de Limoges. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, &#224; y repenser, j'en suis presque fier. Un peu comme si j'avais en stock une anecdote compl&#232;tement naze se d&#233;roulant au McDo de Melun, mais cont&#233;e par Cendrars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dis, Ubi, sommes-nous bien loin de Montmartre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t, oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le voyage avait une sacr&#233;e gueule, on peut pas le nier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas racont&#233; par toi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Ou-JBB-et-Lemi-partent-en&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;O&#249; L&#233;mi &amp; Jbb partent en vadrouille...&lt;/a&gt; &#187; (20/01/2010).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions La Table ronde, r&#233;edit&#233; en poche, Folio, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tellement qu'au final c'est devenu un livre co&#233;crit avec quatre m&#244;mes, &lt;i&gt;Nous... la cit&#233;&lt;/i&gt;, Zones, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/debats/2020/08/04/quand-marguerite-duras-sublime-l-affaire-gregory_1796042/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quand Marguerite Duras sublime l'affaire Gr&#233;gory&lt;/a&gt; &#187; (4/08/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Un livre de po&#233;sie est plus utile qu'un chemin de fer &#187; (mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Joseph-Ponthus-L-usine-te-bouffe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit &#187;, n&#176; 190, en ligne sur notre site.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Olivier Tesquet : &#171; Dans la rue comme sur Facebook, notre visage ne nous appartient plus &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Olivier-Tesquet-Dans-la-rue-comme</link>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;&#201;tat d'urgence technologique. Voil&#224; le titre aussi parlant qu'alarmant du dernier ouvrage du journaliste Olivier Tesquet. Il y d&#233;crit comment la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e a &#233;tendu son emprise &#224; la faveur de la pand&#233;mie, avec d'&#233;tranges acteurs aux manettes. Zoom, en sa compagnie, sur cinq entreprises m&#233;connues du grand public qui propagent le germe du flicage technologique &#224; vitesse grand V(irus). En janvier 2020, au temps d'avant donc, le journaliste Olivier Tesquet publiait &#192; la trace. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/-20100-" rel="tag"&gt;20100&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/surveillance" rel="tag"&gt;surveillance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/donnees" rel="tag"&gt;donn&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Palantir" rel="tag"&gt;Palantir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/reconnaissance-faciale" rel="tag"&gt;reconnaissance faciale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Olivier-Tesquet" rel="tag"&gt;Olivier Tesquet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/notamment" rel="tag"&gt;notamment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-elle" rel="tag"&gt;qu'elle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faciale" rel="tag"&gt;faciale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/emotions" rel="tag"&gt;&#233;motions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;tat d'urgence technologique&lt;/i&gt;. Voil&#224; le titre aussi parlant qu'alarmant du dernier ouvrage du journaliste Olivier Tesquet. Il y d&#233;crit comment la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e a &#233;tendu son emprise &#224; la faveur de la pand&#233;mie, avec d'&#233;tranges acteurs aux manettes. Zoom, en sa compagnie, sur cinq entreprises m&#233;connues du grand public qui propagent le germe du flicage technologique &#224; vitesse grand V(irus).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3592 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1735-1d217.jpg?1768731692' width='500' height='707' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Collage de 20100
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2020, au temps d'avant donc, le journaliste Olivier Tesquet publiait &lt;i&gt;&#192; la trace. Enqu&#234;te sur les nouveaux territoires de la surveillance &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Premier parall&#232;le, comme le deuxi&#232;me ouvrage cit&#233;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un livre qui d&#233;j&#224; faisait office de sonnette d'alarme, volume au max. Ce sp&#233;cialiste des nouvelles technologies, qui bosse notamment pour &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, y diss&#233;quait la pr&#233;dation de nos donn&#233;es par de multiples biais, des cam&#233;ras de surveillance aux assistants vocaux en passant par les r&#233;seaux sociaux, nos achats en ligne ou nos brosses &#224; dents connect&#233;es. Il y a le feu au lac dystopique, disait-il en substance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire que la situation ne s'est pas am&#233;lior&#233;e depuis l'irruption plan&#233;taire du Covid. Le constat est simple : s'il y avait fuite en avant, il y a d&#233;sormais grande ru&#233;e. Car la pand&#233;mie a encore acc&#233;l&#233;r&#233; le mouvement qui voit nos espaces publics et priv&#233;s &#234;tre envahis par des cohortes de pr&#233;dateurs assoiff&#233;s de &lt;i&gt;big data&lt;/i&gt;, ce nouvel or noir. Olivier Tesquet a donc planch&#233; sur un nouvel opus, publi&#233; en f&#233;vrier : &lt;i&gt;&#201;tat d'urgence technologique. Comment l'&#233;conomie de la surveillance tire parti de la pand&#233;mie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se compl&#233;tant parfaitement, les deux ouvrages laissent une impression de grande foire d'empoigne &#8211; presque de m&#234;l&#233;e furieuse. D'un c&#244;t&#233;, vuln&#233;rables et esseul&#233;es, nos donn&#233;es personnelles &#8211; ce qu'on consomme, ce qu'on aime, ce qu'on voit, mais aussi nos visages, nos d&#233;marches, nos maladies, nos &#233;motions. Et de l'autre, pr&#234;te &#224; tout pour nous les piquer afin de les monnayer : une meute de charognards, excit&#233;s par la crise et les opportunit&#233;s qu'elle offre. Il y a les acteurs habituels bien s&#251;r, au premier rang desquels les &#201;tats, ravis de donner un &#233;ni&#232;me tour de vis s&#233;curitaire, notamment en mati&#232;re de flicage des rues. Les GAFAM&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ne sont pas en reste, eux qui ont fait sauter tous les verrous, op&#233;rant de grandes razzias sur les informations de leurs utilisateurs. Et il y a les autres, qu'on ne conna&#238;t pas, ou si peu, start-up aux crocs aiguis&#233;s, bataillant pour chiper une part du g&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Semblant droit sorties de la s&#233;rie &lt;i&gt;Black Mirror&lt;/i&gt;, ces entreprises portent des noms barbares tels que Hikvision, Humanyze ou Clearview AI. Pour les besoins de cet entretien, j'en ai s&#233;lectionn&#233; cinq, dont j'ai soumis le nom &#224; Olivier Tesquet. Voil&#224; ce qu'il m'en a dit.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Palantir : le loup dans l'h&#244;pital&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Palantir est une entreprise positionn&#233;e sur le traitement des donn&#233;es. Tir&#233; du &lt;i&gt;Seigneur des Anneaux&lt;/i&gt;, son nom dit bien sa raison d'&#234;tre, puisqu'il renvoie &#224; des &#8220;&lt;i&gt;pierres de vision&lt;/i&gt;&#8221; qui, dans l'univers de la saga, permettent de voir partout et tout le temps. Il s'agit bien de &#231;a : que rien ne lui &#233;chappe... Depuis sa cr&#233;ation, Palantir vend sa capacit&#233; &#224; compiler de gigantesques quantit&#233;s de donn&#233;es pour les concasser et en extraire du sens, avec des vis&#233;es pr&#233;dictives et de d&#233;tection des menaces. C'est ainsi qu'elle a beaucoup travaill&#233; avec la police et les services de renseignement de nombreux pays. En France, elle est depuis 2015 sous contrat avec la DGSI (Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure), sa mission &#233;tant de travailler sur les signaux faibles de terrorisme. Pendant le mandat de Trump, elle a aussi &#233;t&#233; le bras arm&#233; de la politique migratoire extr&#234;mement dure de l'administration am&#233;ricaine, aidant &#224; identifier, traquer et expulser les clandestins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partie gr&#226;ce au Covid, Palantir a v&#233;cu une ann&#233;e 2020 exceptionnelle, avec une hausse de 35 % de son chiffre d'affaires, une introduction en bourse r&#233;ussie et des contrats importants d&#233;croch&#233;s. Contrairement &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s abord&#233;es dans cet entretien, elle est l&#224; depuis longtemps, puisqu'elle a &#233;t&#233; fond&#233;e en 2004, en pleine Am&#233;rique post-11 Septembre, dans une optique s&#233;curitaire et gr&#226;ce notamment au fonds d'investissement de la CIA, In-Q-Tel. Elle est aujourd'hui consid&#233;r&#233;e comme une des &lt;i&gt;licornes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Start-up valoris&#233;es &#224; plus d'un milliard de dollars.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; de la Silicon Valley &#8211; une valeur s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie, son champ d'action s'est &#233;largi, &#224; tel point qu'elle s'est impos&#233;e comme partenaire cl&#233; de certains &#201;tats dans la gestion de la crise sanitaire et &#233;conomique. C'est en quelque sorte un McKinsey&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cabinet de conseil &#233;tasunien, mastodonte de son secteur. En France, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; relook&#233; comme un m&#233;chant de James Bond : la p&#233;riode lui a permis de consolider sa place aux c&#244;t&#233;s d'institutions publiques qui lui d&#233;l&#232;guent de plus en plus de fonctions r&#233;galiennes. Le meilleur exemple est sans doute le National Health Service [&lt;i&gt;NHS, le service public britannique de sant&#233;&lt;/i&gt;], lequel lui a ouvert son r&#233;servoir de donn&#233;es sanitaires. Alors qu'elle vient du renseignement, Palantir est d&#233;sormais en charge de pans entiers du syst&#232;me de sant&#233; outre-Manche. Ce n'est pas anodin comme mutation : une fois que l'on a commenc&#233; &#224; d&#233;l&#233;guer &#224; ce type d'entreprise, que ce soit pour lutter contre le terrorisme ou contre un virus, il est difficile de se d&#233;sengager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce genre de n&#233;gociations avec des acteurs &#233;tatiques, Palantir sait ne pas brusquer les choses. En fait, l'entreprise commence par &#8220;offrir&#8221; ses services avec des produits d'appel, avant de finalement proposer des contrats sonnants et tr&#233;buchants. C'est exactement ce qui s'est pass&#233; avec le NHS. Au d&#233;part, Palantir devait toucher une livre symbolique. Puis un million. D&#233;sormais il est question de 23 millions de livres pour la fourniture de toute une infrastructure d'analyse. Alors m&#234;me que la compagnie est d&#233;sormais solidement install&#233;e au c&#339;ur de l'appareil d'&#201;tat, avec ses donn&#233;es &#224; disposition. Un pouvoir immense. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clearview AI : trois milliards de visage en solde&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si on n'a jamais autant gouvern&#233; par les donn&#233;es, les acteurs de cette gouvernance sont souvent dissimul&#233;s. Clearview AI repr&#233;sente parfaitement cette partie longtemps invisible et clandestine de la surveillance. Mais l'entreprise a &#233;t&#233; plac&#233;e sous les projecteurs en janvier 2020, quand un article du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; The Secretive Company That Might End Privacy as We Know It &#187;, 18/01/2020.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; qu'elle avait aspir&#233; 3 milliards de visages sur les r&#233;seaux sociaux, afin de construire la plus grosse base de donn&#233;es de reconnaissance faciale de la plan&#232;te &#8211; 7,5 fois plus importante que celle du FBI. Et elle a op&#233;r&#233; ce vol avec des bouts de ficelles, quelques millions de dollars, dont certains investis par Peter Thiel, personnalit&#233; pour le moins sulfureuse : cofondateur de PayPal et de Palantir, si&#233;geant au conseil d'administration de Facebook, Thiel est par ailleurs libertarien revendiqu&#233; et ne voit pas vraiment la d&#233;mocratie comme un horizon ind&#233;passable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Clearview AI a revendu ces donn&#233;es &#224; des forces de police souhaitant s'appuyer sur ces visages pour identifier les contrevenants, aux &#201;tats-Unis d'abord, mais aussi dans d'autres pays, notamment le Canada et la Su&#232;de&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ces deux pays, l'utilisation du logiciel par la police a d'ailleurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Une catastrophe : cela a permis de l&#233;gitimer ce gigantesque rapt, sans que l'entreprise ne soit traduite en justice. Le pire ? Dans le m&#234;me temps, elle continue &#224; prospecter de nouveaux clients sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'elle r&#233;pond &#224; une demande, accrue depuis la crise sanitaire : contr&#244;ler la circulation des corps possiblement malades dans l'espace public. On aurait pu croire qu'au niveau mondial, l'essor de la reconnaissance faciale serait ralenti par le port syst&#233;matique du masque. Ce n'est pas le cas : les algorithmes ont simplement &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;s et la capacit&#233; de traitement renforc&#233;e. Au sein de ce petit monde et dans cette guerre qui se joue autour de l'intelligence artificielle, la Chine a souvent un coup d'avance, ajoutant sans cesse de nouvelles fonctionnalit&#233;s : on l'a vu notamment avec une entreprise nomm&#233;e Hanwang Technology, qui annon&#231;ait d&#232;s mars 2020 &#234;tre en mesure de faire fonctionner son logiciel sur des personnes masqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la France, je suis assez pessimiste, avec notamment la perspective des Jeux olympiques de 2024 &#224; Paris, &#233;v&#233;nement annonc&#233; comme un eldorado s&#233;curitaire. C'est &#233;crit noir sur blanc dans le &lt;i&gt;Livre blanc de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure&lt;/i&gt;, r&#233;cemment publi&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur : &#8220;&lt;i&gt;La reconnaissance faciale en temps r&#233;el dans l'espace public devra avoir &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;e&lt;/i&gt;&#8221; d'ici les JO, notamment &#224; l'occasion de la Coupe du monde de rugby en 2023. Sachant qu'industriels et politiques tiennent toujours le m&#234;me discours : il faudrait exp&#233;rimenter, car la technologie existe et ne pourrait &#234;tre &#8220;d&#233;sinvent&#233;e&#8221;, puis seulement ensuite &#233;laborer un cadre l&#233;gal. C'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas avec les drones : les usages ont pr&#233;c&#233;d&#233; le droit. Une mani&#232;re d'assurer l'in&#233;luctabilit&#233; de cette fuite en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons dans une soci&#233;t&#233; jamais rassasi&#233;e de donn&#233;es. Et ceux qui se concentrent exclusivement sur l'&#233;ventuelle &lt;i&gt;efficacit&#233; &lt;/i&gt;de ces dispositifs d&#233;politisent la question, car on ne d&#233;bat alors plus de leur l&#233;gitimit&#233;. Il faut pourtant regarder les choses en face : la reconnaissance faciale est d'abord &#8220;&lt;i&gt;un contr&#244;le d'identit&#233; permanent et g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;&#8221;, ainsi que l'a r&#233;cemment formul&#233; un colonel de gendarmerie dans une note exploratoire. Je ne peux pas le formuler plus clairement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hubstaff : ton patron sur ton canap&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Concernant l'invasion de l'intime par le travail, on est l&#224; aussi dans une logique d'acc&#233;l&#233;ration assez impressionnante. D&#232;s le d&#233;but de la pand&#233;mie, il y a eu une v&#233;ritable explosion de l'utilisation de logiciels &#8220;mouchards&#8221;, qui d&#233;comptent le temps de travail des employ&#233;s, voire installent des &lt;i&gt;keyloggers &lt;/i&gt;enregistrant tout ce qui est &#233;crit sur le clavier. On parle d'une croissance de 400 voire 500 %. Hubstaff, l'un des leaders en la mati&#232;re, incarne bien ce retour de la pointeuse, mais &#224; domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que le t&#233;l&#233;travail est devenu la norme, ce nouveau r&#233;gime de surveillance s'est r&#233;pandu comme une vague, avec un envahissement du foyer par ces technologies. Que l'espace urbain soit d&#233;sormais fa&#231;onn&#233; en &lt;i&gt;safe city&lt;/i&gt;, ville s&#251;re, lieu o&#249; tout est rationalis&#233; avec cam&#233;ras et capteurs, sans angles morts, est d&#233;j&#224; probl&#233;matique. Mais l&#224;, il y a d&#233;sormais une certaine continuit&#233; entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, dans une forme de &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; carc&#233;ral, pour reprendre une terminologie foucaldienne. En pleine rue comme &#224; la maison, on n'est plus jamais vraiment chez soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les logiciels espions de type Hubstaff se pr&#233;sentent en outre comme des solutions conviviales. On dit aux salari&#233;s que &#231;a va fluidifier les &#233;changes. Cette psychologisation des rapports hi&#233;rarchiques me fait penser &#224; une entreprise que j'&#233;tudiais dans &lt;i&gt;&#192; la trace&lt;/i&gt; : Humanyze. L'un de ses produits phares est une sorte de badge que l'employ&#233; porte autour du cou et qui enregistre des donn&#233;es pour son &#8220;bien-&#234;tre&#8221;. Cela va tr&#232;s loin, car il peut rep&#233;rer des variations de la voix ou de la vitesse de d&#233;placement. La victoire du t&#233;l&#233;travail accentue le ph&#233;nom&#232;ne, dans la mesure o&#249; nos vies sont essentiellement m&#233;di&#233;es par les machines depuis un an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, le virus a accentu&#233; des dynamiques. On peut croire qu'elles dispara&#238;tront quand il sera vaincu. Sauf qu'il faut consid&#233;rer l'effet &#8220;cliquet&#8221;. Une fois un m&#233;canisme enclench&#233;, il n'y a pas de retour en arri&#232;re possible. L'histoire r&#233;cente des dispositifs s&#233;curitaires et antiterroristes le prouve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hikvision : la Chine, repoussoir ou aimant ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Florissante entreprise chinoise de vid&#233;osurveillance, Hikvision a particip&#233; &#224; l'&#233;laboration de cam&#233;ras et logiciels permettant de reconna&#238;tre les Ou&#239;ghours dans la rue, mat&#233;rialisation technologique d'un g&#233;nocide culturel. Dans le m&#234;me temps, elle vend des cam&#233;ras &#224; la France, notamment les cam&#233;ras-pi&#233;tons &#233;quipant les policiers. C'est d'autant plus hypocrite que, sous nos cieux, la Chine est pos&#233;e &#8211; &#224; raison &#8211; comme l'arch&#233;type d'une dictature technologique et l'avatar des dystopies d&#233;crites dans la s&#233;rie &lt;i&gt;Black Mirror&lt;/i&gt;. Mais s'il y a bien une diff&#233;rence fondamentale de r&#233;gime politique, nous ne sommes pas si loin de suivre la m&#234;me voie, surtout avec l'acc&#233;l&#233;ration due &#224; la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de reconnaissance faciale, par exemple, on ne peut pas postuler une neutralit&#233; d'usage. Ce n'est pas un marteau, que l'on peut employer de diverses mani&#232;res, mais une technologie &lt;i&gt;m&#233;caniquement&lt;/i&gt; autoritaire. Et qu'il faut absolument rattacher aux logiques &#233;conomiques pr&#233;datrices et mondialis&#233;es des grandes plateformes, d&#233;crites par Shoshana Zuboff dans son ouvrage &lt;i&gt;L'&#194;ge du capitalisme de surveillance&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Zulma, 2020.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Car, dans la rue comme sur Facebook, notre visage ne nous appartient plus. On peut donc gloser sur certaines pratiques autoritaires chinoises, &#224; l'image de la g&#233;n&#233;ralisation l&#224;-bas du &#8220;cr&#233;dit social&#8221;, rien ne dit que nous n'adapterons pas ces pratiques dans nos d&#233;mocraties lib&#233;rales aux institutions encore &#224; peu pr&#232;s fonctionnelles. Aux &#201;tats-Unis, par exemple, o&#249; chaque citoyen est affect&#233; d'un score de solvabilit&#233; depuis les ann&#233;es 1960, des assureurs travaillent en &#233;troite relation avec les grandes entreprises technologiques et des courtiers en donn&#233;es, afin de dresser des profils sanitaires &#233;largis des clients &#8211; une situation qui a des effets tr&#232;s concrets sur la population. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Two-I : tes &#233;motions dans le viseur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Two-I est une start-up cr&#233;&#233;e &#224; Metz et active dans le secteur &#233;mergent de la d&#233;tection des &#233;motions. Elle a par exemple d&#233;march&#233; la mairie de Nice pour installer des dispositifs de ce type dans le tramway. Elle souhaite &#233;galement s'implanter dans les stades et y proposer des outils de gestion des foules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces projets n'ont pas encore abouti, ils ne rencontrent pas de r&#233;sistances politiques ou institutionnelles, alors que la d&#233;tection des &#233;motions pose &#233;norm&#233;ment de questions. Sa promesse marketing : deviner ce que ressent une personne. La singularit&#233; d'un individu est alors concass&#233;e en une s&#233;rie d'expressions &#233;l&#233;mentaires et darwiniennes : col&#232;re, joie, peur&#8230; Ce n'est pas au point mais &#231;a progresse, sachant bien qu'on demande l&#224; &#224; une technologie de faire ce qu'elle est incapable de &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; faire : interpr&#233;ter des &#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;el probl&#232;me est ailleurs. Cette technologie s'inscrit dans une longue tradition de pseudosciences racistes du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : physiognomonie, phr&#233;nologie&#8230; Il s'agissait alors d'interpr&#233;ter la personnalit&#233; de quelqu'un en fonction des traits de son visage, afin d'&#233;laborer par exemple un morphotype du criminel r&#233;cidiviste. D&#233;consid&#233;r&#233;es, ces disciplines dangereuses sont remises au go&#251;t du jour par la biom&#233;trie, comme en Chine avec la surveillance faciale appliqu&#233;e aux Ou&#239;ghours. Chez nous, cela passe par des itin&#233;raires plus subtils mais tout aussi contestables. Ainsi, un r&#233;cent article du site de CNN&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; In Hong-Kong, This AI Reads Childrens Emotions as They Learn &#187;, Cnn.com (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; s'enthousiasmait pour une intelligence artificielle qui permettrait &#224; un professeur d'analyser le visage de ses &#233;l&#232;ves afin notamment de d&#233;tecter les d&#233;crocheurs dans un contexte d'enseignement &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Two-I, elle travaille sur une technologie &#233;mergente, encore faillible. Mais en la mati&#232;re, les promesses marketing suffisent d&#233;j&#224; &#224; s&#233;duire les &#201;tats, les collectivit&#233;s ou certains acteurs du monde du football, qui ont fait part de leur int&#233;r&#234;t. Et cela semble ent&#233;riner le changement de paradigme : nous entrons dans une nouvelle phase du bio pouvoir &#224; l'&#232;re technologique. Il ne s'agit plus seulement de collecter des traces num&#233;riques et de reconstituer des doubles math&#233;matiques qui ne nous appartiennent plus, mais d'analyser le moindre de nos faits et gestes. Dans cette optique, des &#233;l&#233;ments comme la d&#233;marche, le visage ou les &#233;motions doivent forc&#233;ment se traduire en signaux informatiques exploitables ou mon&#233;tisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de P&#233;kin ou de Nice, de la reconnaissance faciale ou de la d&#233;tection des &#233;motions, le fond de l'air est donc clairement dystopique. Face &#224; cela, &#224; cette mont&#233;e annonc&#233;e comme in&#233;luctable de la surveillance et de ses avatars, il est n&#233;cessaire de trouver des lignes de fuite, de repli. Ce n'est pas par hasard que l'&#233;crivain Alain Damasio soit dans ce contexte une voix qui porte : ses fictions dessinent un futur tr&#232;s proche et inqui&#233;tant, tout en cherchant des voies de d&#233;gagement. &#192; ce niveau, la science-fiction est une pr&#233;cieuse alli&#233;e, sachant que l'on vit un pr&#233;sent dilat&#233;, pesant, o&#249; l'imagination peut servir de rempart. C'est pour cela que je conclus &lt;i&gt;&#201;tat d'urgence technologique&lt;/i&gt; en convoquant la figure du dessinateur G&#233;b&#233; et de son &lt;i&gt;An&lt;/i&gt; &lt;i&gt;01&lt;/i&gt;, ou bien la pens&#233;e du philosophe G&#252;nther Anders, l'un des p&#232;res de la technocritique contemporaine, qui nous enjoint &#224; devenir des &#8220;semeurs de panique&#8221;. Nous avons besoin d'autres horizons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Premier parall&#232;le, comme le deuxi&#232;me ouvrage cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Start-up valoris&#233;es &#224; plus d'un milliard de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cabinet de conseil &#233;tasunien, mastodonte de son secteur. En France, le gouvernement a eu recours &#224; ses services pour &#233;laborer sa strat&#233;gie vaccinale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/2020/01/18/technology/clearview-privacy-facial-recognition.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Secretive Company That Might End Privacy as We Know It&lt;/a&gt; &#187;, 18/01/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans ces deux pays, l'utilisation du logiciel par la police a d'ailleurs suscit&#233; de vives controverses et d&#233;clench&#233; des poursuites judiciaires, mais aucune contre l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Zulma, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://edition.cnn.com/2021/02/16/tech/emotion-recognition-ai-education-spc-intl-hnk/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;In Hong-Kong, This AI Reads Childrens Emotions as They Learn&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cnn.com &lt;/i&gt;(17/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Thiers : &#171; Ce spectacle affreux servira de le&#231;on&#8230; &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Le dimanche 28 mai 1871, la derni&#232;re barricade de la Commune c&#232;de &#224; 13 heures dans le bas de Belleville, au terme de ce qui restera pour l'histoire la Semaine sanglante. &#201;tonnamment, ce bain de sang abominable n'a &#233;t&#233; que peu &#233;tudi&#233; avec m&#233;thode. Mich&#232;le Audin revient sur cette lacune. Depuis une dizaine d'ann&#233;es, les travaux de l'historien anglais Robert Tombs ont eu tendance &#224; revoir consid&#233;rablement &#224; la baisse le bilan humain de la r&#233;pression, ouvrant le champ &#224; une nouvelle bataille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Semaine" rel="tag"&gt;Semaine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dimanche 28 mai 1871, la derni&#232;re barricade de la Commune c&#232;de &#224; 13 heures dans le bas de Belleville, au terme de ce qui restera pour l'histoire la Semaine sanglante. &#201;tonnamment, ce bain de sang abominable n'a &#233;t&#233; que peu &#233;tudi&#233; avec m&#233;thode. Mich&#232;le Audin revient sur cette lacune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;epuis une dizaine d'ann&#233;es, les travaux de l'historien anglais Robert Tombs&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; cela, sa synth&#232;se sur la Commune reste un ouvrage de r&#233;f&#233;rence : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ont eu tendance &#224; revoir consid&#233;rablement &#224; la baisse le bilan humain de la r&#233;pression, ouvrant le champ &#224; une nouvelle bataille de chiffres. Dans un petit ouvrage intitul&#233;&lt;i&gt; La Semaine sanglante. mai 1871. L&#233;gendes et comptes&lt;/i&gt; (Libertalia, 2021), l'&#233;crivaine Mich&#232;le Audin&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre le site in&#233;puisable MaCommuneDeParis.com qu'elle anime, elle est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; revient sur cet &#233;pisode et quelques l&#233;gendes qui l'ont accompagn&#233;. Abordant la question du d&#233;compte des victimes, elle conclut que les &#171; &lt;i&gt;&#233;valuations plus hautes, autour de 15 000 ou 20 000 morts, ne sont pas exag&#233;r&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Aussi, rappelle-t-elle, &#171; &lt;i&gt;il ne s'agit pas de se jeter des crimes et des cadavres &#224; la t&#234;te, mais de consid&#233;rer les &#234;tres humains qu'ont &#233;t&#233; ces cadavres avec respect, de ne pas les laisser dispara&#238;tre encore une fois&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; 40 000 fusill&#233;s &#187;, &#171; 30 000 &#187;, &#171; 25 000 &#187;, &#171; 17 000 &#187;, &#171; 12 000 &#187;, &#171; entre 5 700 et 7 400 &#187;, etc. &#192; quoi correspondent les diff&#233;rents bilans de la Semaine sanglante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a eu que deux &#171; compteurs &#187;, Maxime Du Camp et Camille Pelletan, &#224; la fin des ann&#233;es 1870, pendant le d&#233;bat sur l'amnistie des communards. Le premier, &#233;crivain et historien r&#233;actionnaire, inform&#233; par la direction des cimeti&#232;res, compte 6 500 morts. Le deuxi&#232;me, journaliste radical, &#224; la suite d'une longue enqu&#234;te, arrive &#224; environ 30 000. De retour de d&#233;portation ou d'exil, les communards adoptent ce nombre. Puis plus personne ne compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2010, Robert Tombs produit de nouvelles &#233;valuations basses. Comme le dit un encadr&#233; d'un de ses articles dans un hors-s&#233;rie r&#233;cent du magazine &lt;i&gt;L'Histoire,&lt;/i&gt; il a compt&#233; les morts dans les registres d'inhumation des 17 cimeti&#232;res parisiens, du 20 au 30 mai. Maxime Du Camp aussi s'&#233;tait limit&#233; &#224; ces dates. M&#234;me m&#233;thode, m&#234;me r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a ne suffit pas. Je ne donne qu'un exemple : le 31 mai, le registre du cimeti&#232;re Montmartre montre 492 cadavres d'inconnus&#8230; et voil&#224; 500 morts de moins pour ces &#171; compteurs &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle m&#233;thodologie et quelles sources in&#233;dites avez-vous utilis&#233;es pour vos estimations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai consult&#233; les registres d'inhumation, mis en ligne par les archives de Paris. Mais, s'il y a bien 17 cimeti&#232;res parisiens, il n'y a pas 17 registres. Par exemple, au petit cimeti&#232;re de Bercy, d'apr&#232;s le t&#233;moignage d'&#233;poque d'un adjoint au maire du 12&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, au moins 400 corps d'inconnus sans actes de d&#233;c&#232;s ont &#233;t&#233; inhum&#233;s, mais aucun registre n'a &#233;t&#233; conserv&#233;. D'autre part, la fa&#231;on d'inscrire &#8212; ou pas &#8212; les corps d'inconnus variait selon les cimeti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ouvert, aux archives de Paris, des cartons de la direction des cimeti&#232;res et du service de la voirie. L&#224; j'ai appris beaucoup, notamment sur la question des exhumations-r&#233;inhumations. Dans l'urgence, beaucoup de corps avaient &#233;t&#233; inhum&#233;s sur les berges de la Seine, dans les squares, les chantiers, les casemates des fortifications, le bois de Boulogne&#8230; La th&#233;orie des compteurs &#171; minimisants &#187; est que tous ces corps ont &#233;t&#233; imm&#233;diatement exhum&#233;s et emport&#233;s dans les cimeti&#232;res. Pourtant, une lettre de l'inspecteur g&#233;n&#233;ral des cimeti&#232;res d&#233;crit, le 16 juillet, ces cadavres de personnes tu&#233;es en mai dans la chaleur de l'&#233;t&#233;&#8230; Il est forc&#233; d'arr&#234;ter les exhumations &#8212; ce n'&#233;tait donc pas termin&#233;. J'ai retrouv&#233; aussi des factures pour les grandes quantit&#233;s d'eau-de-vie qu'il a fallu donner aux ouvriers qui faisaient ce travail&#8230; Les archives confirment donc que tous les corps ne sont pas arriv&#233;s tout de suite dans les cimeti&#232;res. Et n'ont donc pas &#233;t&#233; d&#233;compt&#233;s. D'ailleurs, on a trouv&#233; des ossements de f&#233;d&#233;r&#233;s dans le sous-sol parisien jusque vers 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais confin&#233;e &#224; Strasbourg une partie du temps pendant lequel j'ai &#233;crit ce livre. C'est gr&#226;ce &#224; l'aide de [&lt;i&gt;l'historien&lt;/i&gt;] Maxime Jourdan &#224; Paris que j'ai pu utiliser un document du service historique de la D&#233;fense, dans lequel l'arm&#233;e avait recens&#233; un certain nombre de personnes recherch&#233;es, qui en fait avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;es. L'arm&#233;e y reconnaissait elle-m&#234;me des ex&#233;cutions dans les ambulances, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; des chiffres, vous &#233;voquez les &#171; l&#233;gendes &#187; de la Semaine sanglante. Comment travaille-t-on sur l'arch&#233;ologie d'une l&#233;gende ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une l&#233;gende est un fait imaginaire, ou d&#233;form&#233;, que l'on croit (ou que certains croient) r&#233;el. Par exemple, l'existence, en bas de Montmartre le 23 mai, d'une barricade tenue par des femmes, est ni&#233;e par Tombs qui parle des &#171; &lt;i&gt;narrations romanc&#233;es faites par Lissagaray&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acteur et t&#233;moin de l'insurrection, le journaliste publie en 1876 la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Et il y a une telle &#171; l&#233;gende dor&#233;e&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; de la Commune, notamment autour des femmes, que cette n&#233;gation pouvait para&#238;tre plausible. Mais le plus simple est de rechercher la premi&#232;re apparition de ce fait. Il se trouve que j'ai beaucoup lu le &lt;i&gt;Journal officiel &lt;/i&gt;publi&#233; par la Commune, et en particulier un article paru&#8230; dans le tout dernier num&#233;ro de ce journal, le 24 mai. Un journaliste raconte avoir &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; &#224; cette fameuse barricade. C'est imm&#233;diat ! Il n'a pas eu le temps d'inventer. D'ailleurs la &#171; narration romanc&#233;e&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; de Lissagaray, m&#234;me si elle est publi&#233;e plus tard, reprend cet article mot pour mot. Apr&#232;s, je n'ai pas eu de mal &#224; trouver d'autres confirmations. Oui, il y a eu une barricade tenue par des femmes&#8230; et il y a eu aussi des femmes sur bien d'autres barricades !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement des faits omis, oubli&#233;s, voire ni&#233;s. C'est le cas des viols. Le contexte des perquisitions, ratissages et massacres en toute impunit&#233; de la Semaine sanglante s'y pr&#234;tait particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La difficult&#233; &#224; dresser un bilan macabre pour la Commune renvoie aux massacres coloniaux (S&#233;tif et Guelma en 1945 ou Madagascar en 1947-48). On pense aux controverses autour des chiffres des morts de la r&#233;pression du 17 octobre 1961. Ce parall&#232;le a-t-il r&#233;sonn&#233; en vous lors de vos recherches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, si je pense d'abord, &#224; cause du r&#244;le de police jou&#233; par l'arm&#233;e, &#224; la bataille d'Alger en 1957, j'ai pens&#233; aussi au 17 octobre 1961. J'y ai &#233;t&#233; aid&#233;e par l'apparition inattendue, dans ma recherche, de Brigitte Lain&#233;, qui est l'auteure d'un article sur les morts de la Semaine sanglante dans les registres d'&#233;tat civil du 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement. Mais elle est surtout l'archiviste qui a t&#233;moign&#233; au proc&#232;s en diffamation intent&#233; par Papon &#224; Jean-Luc Einaudi&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;c&#233;d&#233; en 2014, Jean-Luc Einaudi est l'auteur de La Bataille de Paris. 17 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#224; propos du 17 octobre. Elle et son coll&#232;gue Philippe Grand ont appuy&#233; Einaudi &#224; l'aide de ce qu'ils avaient observ&#233; dans les archives auxquelles il n'avait pas eu acc&#232;s. L'historien a gagn&#233; son proc&#232;s, mais les archivistes ont &#233;t&#233; sanctionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois deux &#233;tapes dans ces massacres. D'abord le terrorisme de l'&#201;tat. Il faut faire peur. Comme l'a dit Thiers pendant la Semaine sanglante : &lt;i&gt;&#171; Le sol de Paris est jonch&#233; de leurs cadavres. Ce spectacle affreux servira de le&#231;on, il faut l'esp&#233;rer, aux insurg&#233;s qui osaient se d&#233;clarer partisans de la Commune. &#187;&lt;/i&gt; Massacre de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le d&#233;ni. Il ne faut pas que les vaincus deviennent des martyrs. Le sol de Paris &#233;tait jonch&#233; de leurs cadavres, mais ils n'&#233;taient que 6 500. Les ordres de grandeur sont diff&#233;rents, mais les 38 morts officiels contre les 200 probables&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Note de la r&#233;daction] La derni&#232;re &#233;tude de 2006, r&#233;alis&#233;e par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; du 17 octobre sont dans le m&#234;me rapport que les 6 500/30 000 de la Semaine sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance dans le temps facilite l'acc&#232;s aux archives et permet de voir comment celles-ci ont pu &#234;tre, d&#232;s l'origine, manipul&#233;es, voire falsifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par M. L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Marquis aux talons rouges&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La sinistre figure du g&#233;n&#233;ral Galliffet reste associ&#233;e &#224; la Semaine sanglante. Louise Michel raconte comment il fait tirer sur une foule de prisonniers sans d&#233;fense : &#171; &lt;i&gt;C'est moi qui suis Galliffet ! Vous me croyez bien cruel, gens de Montmartre, je le suis plus encore que vous ne pensez.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Post&#233;rit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Pour se prendre pour Jules Vall&#232;s, il faut avoir son Galliffet&lt;/i&gt; &#187;, aurait d&#233;clar&#233; le pr&#233;fet Didier Lallement par provocation lors de sa nomination par Macron en pleine crise des Gilets jaunes. L'histoire est peupl&#233;e de dangereux b&#233;gayeurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3594 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L445xH720/-1737-7080c.jpg?1768651268' width='445' height='720' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien fait partie du dossier &#171; La commune is not dead &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 196 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Malgr&#233; cela, sa synth&#232;se sur la Commune reste un ouvrage de r&#233;f&#233;rence : &lt;i&gt;Paris, bivouac des r&#233;volutions, &lt;/i&gt;Libertalia, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Outre le site in&#233;puisable &lt;i&gt;MaCommuneDeParis.com &lt;/i&gt;qu'elle anime, elle est l'auteure de plusieurs r&#233;cits aux &#233;ditions Gallimard : &lt;i&gt;Comme une rivi&#232;re bleue&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; une vie br&#232;ve&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Oublier Cl&#233;mence&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;Jos&#233;e Meunier. 19, rue des Juifs &lt;/i&gt;(&#224; para&#238;tre le 11 mars).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acteur et t&#233;moin de l'insurrection, le journaliste publie en 1876 la premi&#232;re &#233;dition de sa fameuse &lt;i&gt;Histoire de la Commune de 1871,&lt;/i&gt; consid&#233;r&#233;e comme le classique de chez classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;c&#233;d&#233; en 2014, Jean-Luc Einaudi est l'auteur de &lt;i&gt;La Bataille de Paris. 17 octobre 1961 &lt;/i&gt;(Seuil, 1991). Brigitte Lain&#233; est morte en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;[&lt;i&gt;Note de la r&#233;daction&lt;/i&gt;] La derni&#232;re &#233;tude de 2006, r&#233;alis&#233;e par les historiens britanniques Jim House et Neil MacMaster, se refuse &#224; arr&#234;ter un chiffre pr&#233;cis sur le 17 octobre, qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un pic d'une r&#233;pression &#233;tendue sur deux mois pendant lesquels &lt;i&gt;&#171; bien plus de 120 Alg&#233;riens furent assassin&#233;s par la police en r&#233;gion parisienne &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les fronti&#232;res contre-attaquent</title>
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		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;Au pr&#233;texte de la &#171; menace terroriste &#187; et de &#171; l'immigration clandestine &#187;, le gouvernement a ferm&#233; plusieurs points de passage entre la France et l'Espagne. Alors que l'extr&#234;me droite joue la surench&#232;re, des habitants protestent. La vision est improbable : &#224; quelques kilom&#232;tres de la M&#233;diterran&#233;e, des blocs de b&#233;ton arm&#233; barrent totalement la route qui m&#232;ne au col de Banyuls et ses 357 m&#232;tres d'altitude. Une fermeture embl&#233;matique, car c'est par l&#224; qu'avaient fui des milliers de r&#233;fugi&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-Aran" rel="tag"&gt;d'Aran&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au pr&#233;texte de la &#171; menace terroriste &#187; et de &#171; l'immigration clandestine &#187;, le gouvernement a ferm&#233; plusieurs points de passage entre la France et l'Espagne. Alors que l'extr&#234;me droite joue la surench&#232;re, des habitants protestent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3595 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/-1738-91c36.jpg?1768675652' width='500' height='709' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La vision est improbable : &#224; quelques kilom&#232;tres de la M&#233;diterran&#233;e, des blocs de b&#233;ton arm&#233; barrent totalement la route qui m&#232;ne au col de Banyuls et ses 357 m&#232;tres d'altitude. Une fermeture embl&#233;matique, car c'est par l&#224; qu'avaient fui des milliers de r&#233;fugi&#233;s espagnols et catalans lors de la Retirada, en 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur toute la cha&#238;ne pyr&#233;n&#233;enne, plusieurs axes secondaires et chemins de montagne sont boucl&#233;s depuis le 11 janvier &#8211; et ce, &#171; &lt;i&gt;jusqu'&#224; nouvel ordre&lt;/i&gt; &#187;. La mesure, cens&#233;e lutter contre la &#171; &lt;i&gt;menace terroriste&lt;/i&gt; &#187;, les &#171; &lt;i&gt;trafics&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;l'immigration clandestine&lt;/i&gt; &#187;, avait &#233;t&#233; annonc&#233;e en novembre par Emmanuel Macron, &#224; l'occasion d'une visite surprise au Perthus (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe que les flux migratoires en direction de l'Union europ&#233;enne soient &#224; leur plus bas niveau depuis le d&#233;but de la &#171; &lt;i&gt;crise des r&#233;fugi&#233;s&lt;/i&gt; &#187; d&#233;clench&#233;e par la guerre en Syrie en 2011 : conforme &#224; la maxime jupit&#233;rienne &#171; &lt;i&gt;Nous sommes en guerre&lt;/i&gt; &#187;, l'&#201;tat fran&#231;ais n'a pas l&#233;sin&#233; sur les moyens, cultivant l'illusion d'une ma&#238;trise absolue de son territoire. &#192; Cerb&#232;re et au Perthus, o&#249; la fronti&#232;re reste ouverte mais sous conditions et haute surveillance, on ne compte plus les renforts : une compagnie de CRS, un escadron de gendarmes mobiles, des unit&#233;s de la police aux fronti&#232;res (PAF) et m&#234;me des militaires de l'op&#233;ration Sentinelle... La PAF, omnipr&#233;sente &#224; la gare ferroviaire de Cerb&#232;re pour scruter les trains en provenance de Barcelone, dispose m&#234;me d'un avion qui survole le massif pyr&#233;n&#233;en trois &#224; quatre fois par semaine&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#192; la fronti&#232;re entre la France et l'Espagne, points de passage ferm&#233;s et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. J&#249;lia, militante catalaniste rencontr&#233;e dans cette m&#234;me gare, analyse ce tour de vis s&#233;curitaire &#224; la lumi&#232;re d'un plus large contexte : &#171; &lt;i&gt;La fermeture des fronti&#232;res est &#224; relier avec l'&#233;tat d'urgence permanent, avec l'absence totale de contre-pouvoir face &#224; un ex&#233;cutif extr&#234;mement centralis&#233; et qui a toute-puissance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La fronti&#232;re fantasm&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En verrouillant les fronti&#232;res &#8211; et les fermetures justifi&#233;es par la crise sanitaire participent du m&#234;me processus&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fin janvier, le Premier ministre Jean Castex a annonc&#233; l'interdiction, sauf (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; le gouvernement normalise les th&#232;ses de l'extr&#234;me droite, notamment celles de G&#233;n&#233;ration identitaire qui a fait de la d&#233;marcation un enjeu de propagande r&#233;current, que ce soit dans les Hautes-Alpes en avril 2018 ou, plus r&#233;cemment, dans les Pyr&#233;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 19 janvier, le groupe a ainsi lanc&#233; une op&#233;ration &#171; anti-migrants &#187; au col du Portillon (Haute-Garonne), porte d'entr&#233;e du Val d'Aran, en Espagne. Un choix absurde : du fait de son isolement g&#233;ographique, cette vall&#233;e des Pyr&#233;n&#233;es centrales n'a jamais &#233;t&#233; un lieu de passage de migrants ou de r&#233;fugi&#233;s. Pour les identitaires, ce bout de fronti&#232;re avait peut-&#234;tre l'avantage d'&#234;tre parmi les plus proches de Toulouse en voiture...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, la r&#233;alit&#233; est que la limite &#233;tatique importe peu aux habitants. Bien que situ&#233; en Espagne, le val d'Aran est une vall&#233;e qui regarde la France. C'est d'ailleurs ici, hors de l'Hexagone, que la Garonne prend sa source. Les Aranais, quasiment tous trilingues (fran&#231;ais, espagnol et aranais), descendent r&#233;guli&#232;rement la vall&#233;e form&#233;e par le fleuve pour se faire soigner c&#244;t&#233; fran&#231;ais, parfois m&#234;me jusqu'au CHU de Toulouse, ou pour remplir leur caddie &#224; l'immense et affreux centre commercial d'Estancarbon. Dans le val d'Aran, la fronti&#232;re n'a rien de naturel : si la population aranaise (environ 10 000 personnes) est administr&#233;e depuis Madrid, c'est simplement parce qu'au terme de dizaines de guerres et de hasardeux mariages princiers, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; soumise tant&#244;t &#224; l'autorit&#233; des seigneurs catalans, tant&#244;t &#224; celle des monarques fran&#231;ais et aragonais, elle a fini par tomber dans l'escarcelle de la couronne d'Espagne. Le val d'Aran ? Un cas d'&#233;cole pour les nombreux universitaires qui ont mis en &#233;vidence que la fronti&#232;re, en tant que trait plein sur une carte, n'est qu'une repr&#233;sentation visuelle partiale d'une r&#233;alit&#233; complexe et vari&#233;e.&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'ailleurs, les obsessions de l'extr&#234;me droite &#171; fronti&#232;rol&#226;tre &#187; incarnent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;
Mais revenons aux identitaires du col du Portillon, pour signaler que les gendarmes eux-m&#234;mes les ont d&#233;crits comme peu pr&#233;par&#233;s et sous-&#233;quip&#233;s, avec &#171; &lt;i&gt;des petites baskets&lt;/i&gt; &#187; dans la neige, frigorifi&#233;s et oblig&#233;s de r&#233;duire leur &#171; &lt;i&gt;contr&#244;le&lt;/i&gt; &#187; de la fronti&#232;re &#224; une pauvre op&#233;ration de communication furtive, termin&#233;e quelques heures seulement apr&#232;s avoir d&#233;marr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des Basques &#224; nouveau s&#233;par&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques centaines de kilom&#232;tres &#224; l'ouest, au Pays basque, une quinzaine de points de passage sont aussi ferm&#233;s &#224; la circulation depuis la mi-janvier, &#224; l'exception des poids lourds et des travailleurs transfrontaliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin des feux m&#233;diatiques hexagonaux, des centaines de manifestants d&#233;termin&#233;s se sont &#224; plusieurs reprises rassembl&#233;s&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Manifestation &#224; Baigorri pour la r&#233;ouverture totale de la fronti&#232;re et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; de part et d'autre de la fronti&#232;re pour d&#233;noncer ces mesures jug&#233;es centralistes et autoritaires. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s le G7 de Biarritz, ils nous imposent encore une ambiance s&#233;curitaire pesante. En tout, ce seraient 4 800 policiers, gendarmes et militaires qui sont mobilis&#233;s. Combien d'argent jet&#233; par les fen&#234;tres alors que des m&#233;decins et des infirmi&#232;res auraient &#233;t&#233; beaucoup plus utiles en cette p&#233;riode&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, commente Maitena, une trentenaire crois&#233;e dans un cort&#232;ge &#224; Baigorri, le 6 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cause ici, la fermeture du col d'Izpegi, culminant &#224; 672 m&#232;tres, qui ne permet plus de rejoindre la vall&#233;e espagnole du Baztan, situ&#233;e &#224; quelques kilom&#232;tres seulement. Une mesure difficile &#224; supporter : depuis longtemps, et tout particuli&#232;rement pendant la p&#233;riode franquiste, la population basque a &#233;t&#233; s&#233;par&#233;e dans deux &#201;tats distincts mais, depuis les ann&#233;es 1990 et la libre circulation dans l'espace Schengen, les locaux &#233;taient parvenus &#224; contourner l'arbitraire &#233;tatique de la fronti&#232;re, qui morcelle p&#233;niblement des bassins de vie comme la vall&#233;e de la Bidassoa.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quand les frontistes pro-fermeture fuient par l'Espagne&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste que les plus fervents nationalistes fran&#231;ais demeurent obs&#233;d&#233;s par le trac&#233; hexagonal. Le 16 f&#233;vrier, sous le slogan &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re, symbole d'une immigration massive&lt;/i&gt; &#187;, le Rassemblement national (RN) lan&#231;ait sa campagne des r&#233;gionales pour la Nouvelle-Aquitaine &#224; B&#233;hobie, point de passage entre les &#201;tats fran&#231;ais et espagnol, pr&#232;s d'Hendaye. Dans les Pyr&#233;n&#233;es-Atlantiques, un d&#233;partement o&#249; le vote lep&#233;niste reste contenu&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;13,74 % des voix au premier tour de la pr&#233;sidentielle de 2017, contre 21,30 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, la visite de l'extr&#234;me droite &#233;tait attendue de pied ferme : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;tranger ici c'est le RN&lt;/i&gt; &#187;, pouvait-on lire sur une des banderoles des opposants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un contre-rassemblement improvis&#233;, r&#233;unissant des antifascistes, des militants basques et le collectif d'accueil &#171; Etorkinekin Solidarit&#233; Migrants &#187;, a m&#234;me contraint par la force la poign&#233;e de frontistes &#224; s'enfuir sous la protection de la police fran&#231;aise. Et ce, non sans ironie, par le territoire espagnol via le m&#234;me pont de B&#233;hobie que le RN voudrait voir d&#233;finitivement barr&#233;. Une transgression opportuniste ou la fin d'une fascination pour la fronti&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/01/20/a-la-frontiere-franco-espagnole-points-de-passage-fermes-et-controles-accrus_6066864_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#192; la fronti&#232;re entre la France et l'Espagne, points de passage ferm&#233;s et contr&#244;les accrus&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (20/01/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fin janvier, le Premier ministre Jean Castex a annonc&#233; l'interdiction, sauf motif imp&#233;rieux, de toute entr&#233;e ou sortie du territoire &#224; destination ou en provenance d'un pays ext&#233;rieur &#224; l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'ailleurs, les obsessions de l'extr&#234;me droite &#171; fronti&#232;rol&#226;tre &#187; incarnent &#224; merveille toutes les croyances erron&#233;es et anachroniques sur l'histoire de la construction des &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.francebleu.fr/infos/societe/manifestation-a-baigorry-pour-la-reouverture-totale-de-la-frontiere-et-contre-la-presence-des-1612640834&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Manifestation &#224; Baigorri pour la r&#233;ouverture totale de la fronti&#232;re et contre la pr&#233;sence des militaires&lt;/a&gt; &#187;, site de France Bleu (6/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;13,74 % des voix au premier tour de la pr&#233;sidentielle de 2017, contre 21,30 % au niveau hexagonal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Il y a 100 ans : Cronstadt</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Il-y-a-100-ans-Cronstadt</link>
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		<dc:date>2021-03-17T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Nuits rouges</dc:subject>
		<dc:subject>Cronstadt</dc:subject>
		<dc:subject>Ida Mett</dc:subject>
		<dc:subject>Emma Goldman</dc:subject>
		<dc:subject>Alexandre Berkman</dc:subject>
		<dc:subject>Anton Ciliga</dc:subject>
		<dc:subject>Stepan Petritchenko</dc:subject>
		<dc:subject>marins</dc:subject>
		<dc:subject>rouge Trotski</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 17 mars 1921, veille de la comm&#233;moration des cinquante ans de la Commune de Paris, la dictature bolch&#233;vique r&#233;glait le sort des marins de Cronstadt &#224; coups de canon. C'est cette histoire que raconte le tout r&#233;cent livre Cronstadt 1921, Chronique &#224; plusieurs voix de la r&#233;volte de marins et de sa r&#233;pression. Avec Cronstadt 1921, les &#233;ditions Les Nuits rouges proposent une compilation de t&#233;moignages et d'analyses &#224; propos de la r&#233;volte de Cronstadt, avant-port de Petrograd (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Revolution" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nuits-rouges" rel="tag"&gt;Nuits rouges&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cronstadt" rel="tag"&gt;Cronstadt&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ida-Mett" rel="tag"&gt;Ida Mett&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emma-Goldman" rel="tag"&gt;Emma Goldman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alexandre-Berkman" rel="tag"&gt;Alexandre Berkman&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Anton-Ciliga" rel="tag"&gt;Anton Ciliga&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Stepan-Petritchenko" rel="tag"&gt;Stepan Petritchenko&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/marins" rel="tag"&gt;marins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/rouge-Trotski" rel="tag"&gt;rouge Trotski&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 17 mars 1921, veille de la comm&#233;moration des cinquante ans de la Commune de Paris, la dictature bolch&#233;vique r&#233;glait le sort des marins de Cronstadt &#224; coups de canon. C'est cette histoire que raconte le tout r&#233;cent livre &lt;i&gt;Cronstadt 1921, Chronique &#224; plusieurs voix de la r&#233;volte de marins et de sa r&#233;pression&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3596 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1739.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH304/-1739-1d513.jpg?1768907728' width='500' height='304' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Cronstadt 1921&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cronstadt 1921, Chronique &#224; plusieurs voix de la r&#233;volte de marins et de sa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les &#233;ditions Les Nuits rouges proposent une compilation de t&#233;moignages et d'analyses &#224; propos de la r&#233;volte de Cronstadt, avant-port de Petrograd (Saint-P&#233;tersbourg) consid&#233;r&#233; comme &#171; &lt;i&gt;le nid de la R&#233;volution&lt;/i&gt; &#187; de 1917 et 1918. Sous la forme d'une chronique &#171; &lt;i&gt;&#224; plusieurs voix&lt;/i&gt; &#187; qui permet de suivre la chronologie et les d&#233;bats autour de l'&#233;v&#233;nement, l'ouvrage m&#234;le aussi bien les r&#233;cits des acteurs et partisans de la r&#233;pression &#8211; en premier le chef de l'Arm&#233;e rouge Trotski, L&#233;nine ou Zinoviev qui avait promis aux insurg&#233;s de &lt;i&gt;&#171; les tirer comme des perdrix &#187;&lt;/i&gt; &#8211; que ceux des d&#233;fenseurs des marins, principalement anarchistes : Emma Goldman et Alexandre Berkman (pr&#233;sents en Russie sovi&#233;tique &#224; l'&#233;poque), Ida Mett, Voline, le communiste dissident Anton Ciliga, ou encore le marin Stepan Petritchenko. &#192; noter &#233;galement : des extraits des &lt;i&gt;Isvestia&lt;/i&gt;, les journaux des &#171; &lt;i&gt;mutins&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tout le pouvoir aux soviets&#8230; pas au Parti ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volte des marins de Cronstadt contre le pouvoir bolch&#233;vique arrivait comme l'aboutissement d'une longue s&#233;rie d'agitations prol&#233;tariennes et paysannes r&#233;prim&#233;es dans le sang. Au sein d'un comit&#233; r&#233;volutionnaire, les &#233;quipages de la flotte de la Baltique pr&#244;naient une &#171; &lt;i&gt;troisi&#232;me r&#233;volution&lt;/i&gt; &#187; qui mettrait fin &#224; la fois au communisme de guerre qui &#233;tranglait le pays et &#224; la bureaucratie rouge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est &#171; &lt;i&gt;favorable aux insurg&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, le parti pris &#233;ditorial du livre expose les diff&#233;rents points de vue, ce qui permet de repousser d&#233;finitivement le mythe conspirationniste justifiant l'&#233;crasement des marins par une &#171; &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; tragique&lt;/i&gt; &#187; avanc&#233;e par Trotski. &#192; l'&#233;cole du mensonge d&#233;concertant, les bolch&#233;viques ont cherch&#233; &#224; tout prix &#224; disqualifier les matelots : &#171; &lt;i&gt;imb&#233;ciles politiques&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;&#339;uvre de la bourgeoisie mondiale et des gardes blancs de l'&#233;tranger&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; ennemis de la r&#233;volution&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;bandits&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;petits-bourgeois anarchistes&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;mencheviks&lt;/i&gt; &#187;, etc. Mais Trotski eut beau pr&#233;tendre que les marins de 1921 n'&#233;taient pas les m&#234;mes que les h&#233;ros de la r&#233;volution de 1917-1918, 93,3 % d'entre-eux avaient &#233;t&#233; recrut&#233;s avant et pendant la r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenant sur l'&#233;crasement brutal de cette r&#233;volte pacifique, l'&#233;crivain communiste libertaire Daniel Gu&#233;rin explique que les &#171; &lt;i&gt;communards de Kronstadt n'ont pas pu croire qu'on oserait les r&#233;duire par la force [et que] comme les communards parisiens de 1871, ils n'ont pas voulu d&#233;gainer les premiers. [&#8230;] En bref, les matelots ont eu trop confiance dans la justesse de leur cause et dans le prestige d&#251; au glorieux pass&#233; de Kronstadt.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cronstadt incarnait bien ce que le r&#233;volutionnaire Victor Serge &#8211; qui s'aligna pourtant avec une &#171; &lt;i&gt;angoisse inexprimable&lt;/i&gt; &#187; sur les consignes du parti &#8211; d&#233;signa comme &#171; &lt;i&gt;une nouvelle r&#233;volution lib&#233;ratrice, celle de la d&#233;mocratie populaire&lt;/i&gt; &#187;, qui aurait &#233;t&#233; fatale pour le pouvoir bolch&#233;vique. Un espoir assassin&#233; par un parti &#201;tat qui a renvoy&#233; le prol&#233;tariat russe au stade d'apathie unique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;M. L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette chronique in&#233;dite prolonge le dossier &#171; La commune is not dead &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 196 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cronstadt 1921, Chronique &#224; plusieurs voix de la r&#233;volte de marins et de sa r&#233;pression&lt;/i&gt;, Textes assembl&#233;s par &#201;tienne Lesourd, Les Nuits rouges, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3598 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1741.jpg' width=&#034;350&#034; height=&#034;576&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avenue Ibrahim-Ali : le poing final</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Avenue-Ibrahim-Ali-le-poing-final</link>
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		<dc:date>2021-03-15T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Enzo Serna</dc:creator>


		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
		<dc:subject>Ibrahim Ali</dc:subject>
		<dc:subject>combat continue</dc:subject>
		<dc:subject>Ali</dc:subject>
		<dc:subject>Front national</dc:subject>
		<dc:subject>d'Ibrahim Ali</dc:subject>
		<dc:subject>parterre d'&#233;lus</dc:subject>
		<dc:subject>Soly Mba&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>petite sc&#232;ne</dc:subject>
		<dc:subject>sc&#232;ne mont&#233;e</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vingt-six ans apr&#232;s le meurtre raciste et l&#226;che d'un jeune Marseillais de 17 ans par des colleurs d'affiches du Front national, une avenue porte enfin le nom de la victime, rappelant l'id&#233;ologie criminelle de ce parti et les complicit&#233;s dont il ne cesse de b&#233;n&#233;ficier. &#171; Le combat continue, le combat continue, le combat continue&#8230; &#187; Le micro dress&#233; au bout du poing, sur la petite sc&#232;ne mont&#233;e &#224; la h&#226;te au bord de ce qui s'appelait hier encore l'avenue des Aygalades, Soly Mba&#233; termine son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Yohanne-Lamoulere-56" rel="tag"&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ibrahim-Ali" rel="tag"&gt;Ibrahim Ali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/combat-continue" rel="tag"&gt;combat continue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ali" rel="tag"&gt;Ali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Front-national" rel="tag"&gt;Front national&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-Ibrahim-Ali" rel="tag"&gt;d'Ibrahim Ali&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/parterre-d-elus" rel="tag"&gt;parterre d'&#233;lus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Soly-Mbae" rel="tag"&gt;Soly Mba&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/petite-scene" rel="tag"&gt;petite sc&#232;ne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/scene-montee" rel="tag"&gt;sc&#232;ne mont&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vingt-six ans apr&#232;s le meurtre raciste et l&#226;che d'un jeune Marseillais de 17 ans par des colleurs d'affiches du Front national, une avenue porte enfin le nom de la victime, rappelant l'id&#233;ologie criminelle de ce parti et les complicit&#233;s dont il ne cesse de b&#233;n&#233;ficier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3593 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;68&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1736-2f9d4.jpg?1768908226' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Rassemblement pour Ibrahim Ali, Marseille, 2015.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Le combat continue, le combat continue, le combat continue&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le micro dress&#233; au bout du poing, sur la petite sc&#232;ne mont&#233;e &#224; la h&#226;te au bord de ce qui s'appelait hier encore l'avenue des Aygalades, Soly Mba&#233; termine son discours devant quelques centaines de personnes et un parterre d'&#233;lus. Dans ce coin des quartiers nord de Marseille, jamais ils n'avaient &#233;t&#233; aussi nombreux &#224; assister &#224; la comm&#233;moration annuelle du meurtre d'Ibrahim Ali, tomb&#233; ici m&#234;me d'une balle dans le dos le 21 f&#233;vrier 1995. Mais cette ann&#233;e, micros et cam&#233;ras sont l&#224; pour rendre compte d'une c&#233;r&#233;monie au doux parfum de victoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier rang, on trouve le nouveau maire de Marseille, Beno&#238;t Payan (PS), venu r&#233;parer un d&#233;ni historique en inaugurant &#171; &lt;i&gt;l'avenue Ibrahim-Ali&lt;/i&gt; &#187; et s'offrir &#224; bon compte une l&#233;gitimit&#233; dans ces quartiers oubli&#233;s par ses pr&#233;d&#233;cesseurs et parfois ex-camarades socialistes. &#171; &lt;i&gt;Ibrahim Ali est mort du racisme. Ce crime n'est pas le fruit du hasard, il est la cons&#233;quence d'une construction politique. Le racisme tue, il a tu&#233; Ibrahim Ali comme il a tu&#233; Brahim Bouarram, jet&#233; dans la Seine la m&#234;me ann&#233;e en marge d'un rassemblement du Front national&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Payan, qui reconna&#238;t volontiers que la pose de cette plaque, promesse de campagne de son &#233;curie multipartiste, le Printemps marseillais, relevait d'une &#171; &lt;i&gt;responsabilit&#233; politique et d'un devoir moral&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a vingt-six ans, Soly Mba&#233; &#233;tait membre du m&#234;me groupe de rap qu'Ibrahim Ali, B.Vice. En ce dimanche ensoleill&#233; de f&#233;vrier 2021, il en appelle une nouvelle fois &#224; la vigilance face &#224; l'extr&#234;me droite qui monte, qui monte, et aux cha&#238;nes d'infos &#8211; particuli&#232;rement &#171; &lt;i&gt;T&#233;l&#233; Bollor&#233;&lt;/i&gt; &#187; (CNews) &#8211; qui l'alimentent, qui l'alimentent... &#171; &lt;i&gt;Les mots fascisme, racisme, haine, FN, RN sont toujours d'actualit&#233; et il est de notre devoir d'attirer l'attention de nos enfants sur cette r&#233;alit&#233;, de leur donner les moyens et les mots pour l'affronter. Qu'on les sorte de notre ville d&#233;finitivement, qu'ils n'aient plus voix au chapitre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Quand vous allumez vos t&#233;l&#233;s, il n'y a plus que &#231;a, leurs id&#233;es. Il faut qu'on se ressaisisse&lt;/i&gt; &#187;, implore ce grand fr&#232;re fatigu&#233; de se r&#233;p&#233;ter. Avant d'appeler, t&#234;te rentr&#233;e dans les &#233;paules, &#224; la mani&#232;re d'un sprinter afro-am&#233;ricain aux JO de Mexico, &#224; s'attaquer de front au s&#233;paratisme social qui mine le versant nord de la ville. Et avale en rafales ses enfants les plus pauvres. &#192; la diff&#233;rence que ce n'est pas un sprint qu'a remport&#233;, &#224; bout de souffle, &#233;puis&#233;, ce combattant de la m&#233;moire. Mais un marathon entam&#233; vingt-six ans plus t&#244;t au m&#234;me endroit...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir fatal du 21 f&#233;vrier 1995, les jeunes rappeurs de B.Vice rentraient d'une r&#233;p&#233;tition. Pour ne pas rater le (rare) bus qui devait les ramener &#224; leur lointaine cit&#233; de la Savine, les minots s'&#233;taient mis &#224; courir. Las, leur route allait croiser celle de trois militants du Front national, habitu&#233;s du collage d'affiches sinistres : &#171; &lt;i&gt;Avec Le Pen, trois millions d'immigr&#233;s rapatri&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, placardaient-ils en cette p&#233;riode de campagne pr&#233;sidentielle. Sur les trois hommes, deux &#233;taient arm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nostalgique de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise, Robert Lagier pratiquait le tir en club. Au proc&#232;s, sa petite-fille, d&#233;crivant par le menu un grand-p&#232;re obs&#233;d&#233; par l'id&#233;ologie frontiste, racontera qu'il l'emmenait r&#233;guli&#232;rement au stand de tir pour lui apprendre &#224; viser les &#171; melons &#187; : &#171; &lt;i&gt;&#192; plusieurs reprises je lui ai demand&#233; ce qu'il entendait par &#8220;melons&#8221;, il m'a r&#233;pondu que c'&#233;taient des Arabes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le t&#233;moignage de sa petite-fille accable le principal accus&#233; du meurtre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187; Ce soir-l&#224;, le sexag&#233;naire fit cracher trois fois son pistolet, ciblant les adolescents comme on tire des lapins. Atteint dans le dos par une balle de .22 long rifle, Ibrahim Ali, fils unique d'une famille d'immigr&#233;s comoriens, ne se releva jamais. Apr&#232;s le crime, Jean-Marie Le Pen eut ces mots cyniques : &#171; &lt;i&gt;Au moins, ce malheureux incident a attir&#233; l'attention g&#233;n&#233;rale sur la pr&#233;sence &#224; Marseille de 50 000 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Comoriens. Que font-ils l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit-l&#224;, Marseille aurait pu br&#251;ler. &#171; &lt;i&gt;Certains &#233;taient partisans de prendre les armes et d'aller attaquer des permanences du FN. Mais le sujet a &#233;t&#233; tranch&#233; quand la famille, et particuli&#232;rement la m&#232;re d'Ibrahim, a fait dire par Soly qu'elle ne voulait pas qu'on salisse la m&#233;moire de son fils&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 26 ans apr&#232;s son meurtre, Ibrahim Ali a enfin une avenue &#224; son nom &#187;, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, se souvient un militant de l'&#233;poque. Un groupe d'antifascistes, les Francs-tireurs partisans (FTP), fit toutefois sauter des permanences du FN tenues par des complices non jug&#233;s dans les ann&#233;es suivantes &#8211; sans faire de bless&#233;s. Les plastiqueurs mang&#232;rent tout de m&#234;me plusieurs ann&#233;es de prison ferme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1998, le tueur et ses deux acolytes seront eux aussi condamn&#233;s : quinze ans pour Robert Lagier (qui mourra en d&#233;tention), dix ans pour Mario d'Ambrosio (qui avait &#233;galement fait feu ce soir-l&#224;), deux ans pour Pierre Giglio. Sur son lit de mort, Lagier continuera &#224; revendiquer son crime devant un personnel hospitalier sid&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cit&#233; &#224; compara&#238;tre, Jean-Marie Le Pen n'avait pas r&#233;pondu &#224; la convocation du tribunal : une &#171; &lt;i&gt;l&#226;chet&#233;&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;non&#231;ait l'avocat Gilbert Collard, qui n'avait pas encore vir&#233; de bord et repr&#233;sentait alors les parties civiles. Son confr&#232;re Alain Lhote se souvient encore du t&#233;moignage de Bruno M&#233;gret, &#224; l'&#233;poque n&#176; 2 du Front national, &#171; &lt;i&gt;venu aux assises saluer dans le box ceux qu'il appelait &#8220;des patriotes&#8221;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Vingt-six ans apr&#232;s la mort d'Ibrahim Ali, Marseille &#8220;rend justice &#224; un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Dans l'attendu de son verdict, le jury d'Aix-en-Provence ne s'y trompa pas, d&#233;non&#231;ant la responsabilit&#233; morale du Front national : &#171; &lt;i&gt;Ce comportement criminel a &#233;t&#233; confort&#233; par l'id&#233;ologie s&#233;curitaire, raciste et x&#233;nophobe &#224; laquelle adh&#233;raient les accus&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Le parti n'abandonna d'ailleurs jamais ses trois colleurs d'affiches, les soutenant par les mots et le portefeuille avant comme apr&#232;s leur condamnation &#8211; entre autres, un grand loto de soutien fut organis&#233; en 1997 et Mario d'Ambrosio fut embauch&#233; &#224; sa sortie de prison par la mairie frontiste de Vitrolles. Pour justifier le crime, certains &#233;lus du parti parl&#232;rent m&#234;me de &#171; &lt;i&gt;l&#233;gitime d&#233;fense&lt;/i&gt; &#187;, pour un tir dans le dos &#224; plusieurs dizaines de m&#232;tres de distance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2014, le frontiste St&#233;phane Ravier fut &#233;lu maire des 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et 14&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissements de Marseille, situ&#233;s &#224; quelques encablures du lieu du crime (15&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;). Un coup dur pour les proches d'Ibrahim Ali, qui ne cess&#232;rent, chaque 21 f&#233;vrier, de se rassembler pour honorer sa m&#233;moire et demander &#224; la mairie de rebaptiser une rue &#224; son nom. Une modeste reconnaissance symbolique que l'ancien maire Jean-Claude Gaudin (LR) leur refusa cat&#233;goriquement pendant ses vingt-cinq ans de mandat, au pr&#233;texte de &#171; &lt;i&gt;ne pas diviser la ville&lt;/i&gt; &#187;. En r&#233;alit&#233; : pour caresser l'&#233;lectorat du parti frontiste, avec lequel il avait honteusement dirig&#233; la r&#233;gion dans les ann&#233;es 1980. Certes, l'&#233;quipe de Gaudin avait bien fait poser une plaque au nom du jeune rappeur en 2001, mais dans un lieu d&#233;nu&#233; de toute symbolique, et en catimini sans inauguration ni invitation &#224; la famille&#8230; Comble du m&#233;pris : sur le panneau, la date de naissance du jeune homme &#233;tait erron&#233;e (1978 au lieu de 1977)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il aura donc fallu un changement de majorit&#233; pour que le conseil municipal de Marseille accorde enfin cette maigre consolation aux proches d'Ibrahim Ali. Les &#233;lus Rassemblement national (RN, ex-FN), le s&#233;nateur St&#233;phane Ravier en t&#234;te, ont vomi leur opposition en s&#233;ance et provoqu&#233; un incident. Comme s'ils signaient plus de deux d&#233;cennies plus tard la revendication du meurtre d'un adolescent qui avait pour seul &#171; d&#233;faut &#187; aux yeux de ses tueurs d'avoir la peau noire. &#171; &lt;i&gt;Le combat continue, le combat continue, le combat continue&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enzo Serna&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/archives/article/1998/06/17/le-temoignage-de-sa-petite-fille-accable-le-principal-accuse-du-meurtre-d-ibrahim-ali_3670610_1819218.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le t&#233;moignage de sa petite-fille accable le principal accus&#233; du meurtre d'Ibrahim Ali&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (17/06/1998).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/6271827/marseille-26-ans-apres-lavenue-des-aygalades-va-prendre-le-nom-dibrahim-ali-ce-matin.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;26 ans apr&#232;s son meurtre, Ibrahim Ali a enfin une avenue &#224; son nom&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; (21/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/politique/article/2021/02/21/vingt-six-ans-apres-la-mort-d-ibrahim-ali-marseille-rend-justice-a-un-de-ses-enfants_6070735_823448.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Vingt-six ans apr&#232;s la mort d'Ibrahim Ali, Marseille &#8220;rend justice &#224; un de ses enfants&#8221; &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (21/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les cond&#233;s de la Commune</title>
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		<dc:date>2021-03-10T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#171; Pendant la nuit du 18 au 19 mars, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, la police, tout ce qui p&#232;se sur les vies humaines du dehors et d'en haut, tout s'est dissous, &#233;vanoui, &#233;vapor&#233;. Ce matin-l&#224;, tout est possible &#187;, note Henri Lefebvre dans son livre La Proclamation de la Commune (1965, r&#233;&#233;d. La Fabrique, 2018). Mais comment, apr&#232;s avoir rompu avec l'ordre ancien, &#233;tablir un ordre r&#233;volutionnaire ? &#171; La guerre et la police sont les deux bras de la Commune ; il faut de l'&#233;nergie &#187;, d&#233;clarait le blanquiste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Paris" rel="tag"&gt;Paris&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une-police" rel="tag"&gt;d'une police&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pendant la nuit du 18 au 19 mars, l'&#201;tat, l'arm&#233;e, la police, tout ce qui p&#232;se sur les vies humaines du dehors et d'en haut, tout s'est dissous, &#233;vanoui, &#233;vapor&#233;. Ce matin-l&#224;, tout est possible&lt;/i&gt; &#187;, note Henri Lefebvre dans son livre &lt;i&gt;La Proclamation de la Commune&lt;/i&gt; (1965, r&#233;&#233;d. La Fabrique, 2018). Mais comment, apr&#232;s avoir rompu avec l'ordre ancien, &#233;tablir un ordre r&#233;volutionnaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La guerre et la police sont les deux bras de la Commune ; il faut de l'&#233;nergie&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarait le blanquiste &#201;douard Vaillant le 19 avril au Conseil de la Commune.
Comment la Commune a-t-elle g&#233;r&#233; son &#171; volet s&#233;curitaire &#187; ? Explications avec les historiens Quentin Deluermoz&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quentin Deluermoz est l'auteur au Seuil du Cr&#233;puscule des r&#233;volutions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et Maxime Jourdan&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maxime Jourdan a &#233;tabli l'&#233;dition de Phil&#233;mon, Vieux de la Vieille (Roman de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3589 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L407xH720/-1732-96afc.jpg?1768651268' width='407' height='720' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la veille de la Commune, le sentiment d'hostilit&#233; des classes populaires vis-&#224;-vis de la police est manifeste &#8211; et ne se d&#233;mentira pas par la suite. &#171; &lt;i&gt;Le sergot est un trouble-f&#234;te&lt;/i&gt; &#187;, rapporte dans ses notes&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 2010 aux &#233;ditions Horay, sous le titre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; le commissaire Adolphe Gronfier, en fonction &#224; la pr&#233;fecture de police de Paris de 1866 &#224; 1893 (sauf durant la Commune). Il y dresse, non sans ironie, le constat sans appel du foss&#233; entre les agents de la paix et le peuple parisien, peu sensible &#224; la n&#233;cessit&#233; d'une force publique : &#171; &lt;i&gt;Cette haine du sergent de ville est particuli&#232;re &#224; la populace de Paris&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; celle-ci la pousse m&#234;me jusqu'&#224; un tel degr&#233; d'exag&#233;ration qu'elle ne perd pour ainsi dire pas une occasion de prendre parti pour le filou arr&#234;t&#233;, contre les agents qui l'arr&#234;tent. Cette mani&#232;re de voir et d'agir fait partie du cat&#233;chisme nouveau, et, dans peu d'ann&#233;es, nul ne sera certainement parfait citoyen, s'il ne r&#233;clame l'abolition de la police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quentin Deluermoz, dont la th&#232;se de doctorat est consacr&#233;e aux &lt;i&gt;&#171; policiers en tenue dans l'espace parisien entre 1854 et 1913 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;dit&#233;e sous le titre Policiers dans la ville. La Construction d'un ordre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, explique que &lt;i&gt;&#171; le Second Empire avait mis en place une r&#233;forme de la police municipale, fond&#233;e sur l'exemple londonien (le fameux &#8220;Bobby&#8221;), qui visait &#224; faire davantage appr&#233;cier la police &#224; la population&lt;/i&gt; &#187;. Il ajoute que, si &lt;i&gt;&#171; les situations dans les quartiers sont tr&#232;s diverses, les tensions &#233;taient &#233;videmment plus dures dans les quartiers ouvriers. Mais la pr&#233;sence polici&#232;re finit par s'implanter peu &#224; peu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, pr&#233;cise-t-il, &#171; &lt;i&gt;l'image &#8220;noire&#8221; de la police parisienne (brutale, proche des malfaiteurs), n&#233;e de la figure de Vidocq, n'a jamais vraiment disparu. La r&#233;pression polici&#232;re lors des grandes manifestations de la fin des ann&#233;es 1860 a rallum&#233; la logique de confrontation. Et avec la Commune tout se pr&#233;cipite : les sergents de ville &#8211; renomm&#233;s &#8220;gardiens de la paix&#8221; depuis l'av&#232;nement de la R&#233;publique en septembre 1870 &#8211; deviennent les symboles du &#8220;monde d'avant&#8221;, du r&#233;gime imp&#233;rial despotique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La police politique imp&#233;riale concentre en effet toute la d&#233;testation de l'extr&#234;me gauche de l'&#233;poque qui d&#233;nonce ses mouchards, sa brigade des m&#339;urs, ses fameuses &#171; blouses blanches &#187; (provocateurs d&#233;guis&#233;s en ouvriers et infiltr&#233;s dans les manifestations &#8211; leur importance r&#233;elle est sujette &#224; caution), sa censure, les complots de son cabinet noir, etc. L'historien Maxime Jourdan souligne quant &#224; lui le &#171; &lt;i&gt;pouvoir consid&#233;rable&lt;/i&gt; &#187; dont elle dispose alors : &#171; &lt;i&gt;Sous la f&#233;rule du pr&#233;fet Joseph Pietri et &#224; l'instigation du &#8220;commissaire sp&#233;cial&#8221; Michel Lagrange, redoutable chef de la police politique, une pluie de condamnations s'abat sur les r&#233;publicains socialistes, au premier rang desquels se trouvent les pugnaces blanquistes. Aussi ces derniers adoptent-ils une attitude ambivalente &#224; l'endroit de l'institution polici&#232;re : s'ils font chorus avec les r&#233;publicains r&#233;clamant son abolition, ils identifient &#8211; &#224; raison &#8211; la pr&#233;fecture de police comme le centre n&#233;vralgique du pouvoir dont ils subissent les foudres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourchass&#233;s sous l'Empire, les blanquistes ne cachent pas leur volont&#233; de revanche, &#224; l'instar de Th&#233;ophile Ferr&#233; qui, jug&#233; &#224; Blois durant l'&#233;t&#233; 1870, invective la cour en des termes peu &#233;quivoques : &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes aujourd'hui la force, usez-en ! Mais quand je l'aurai, gare &#224; vous !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aussi, il n'est pas &#233;tonnant que lorsque l'insurrection &#233;clate le 18 mars, la plupart des agents de police quittent Paris par crainte de repr&#233;sailles. Dans ce moment de vacance du pouvoir et de d&#233;sorganisation, les revendications communalistes s'expriment le 23 mars dans la bouche de l'internationaliste Eug&#232;ne Varlin au sein du Comit&#233; central r&#233;publicain des vingt arrondissements : &#171; &lt;i&gt;Nous voulons un conseil municipal &#233;lu. Nous voulons des franchises municipales s&#233;rieuses pour Paris, la suppression de la pr&#233;fecture de police, le droit pour la Garde nationale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, les bataillons de gardes nationaux sont une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;i&gt;de nommer tous les officiers y compris le commandant en chef, la remise enti&#232;re des loyers &#233;chus au-dessous de 500 francs, une loi &#233;quitable sur les &#233;ch&#233;ances&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; enfin nous demandons que l'arm&#233;e se retire &#224; vingt lieues de Paris.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre t&#233;moignage direct de la mentalit&#233; ouvri&#232;re, dans une lettre adress&#233;e &#224; sa s&#339;ur en province, D&#233;sir&#233; Lapie, menuisier insurg&#233; du 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, explique : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons ni le pillage ni le vol, ni grandeurs. Voil&#224; ce que nous voulons, rien de plus : R&#233;publique une et indivisible ; s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ; instruction gratuite et obligatoire pour les instituteurs la&#239;ques ; suppression enti&#232;re des arm&#233;es permanentes, que tout citoyen soit soldat, mais dans son pays, c'est-&#224;-dire garde national. Suppression des sergents de ville et tout argoussin&lt;/i&gt; [sic] &lt;i&gt;ainsi que des gendarmes.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Voil&#224; notre programme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une page de l'histoire du blanquisme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais dans un contexte r&#233;volutionnaire, la police est d'&#233;vidence un enjeu politique majeur. Le 20 mars, un des chefs du courant blanquiste, Raoul Rigault, devient d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la S&#251;ret&#233; &#224; 25 ans seulement et prend le pouvoir de ce qui est d&#233;sormais appel&#233; &#171; l'ex-pr&#233;fecture &#187;. Dans ses m&#233;moires, intitul&#233;es &lt;i&gt;La Commune v&#233;cue,&lt;/i&gt; son secr&#233;taire Gaston Da Costa affirme que la &#171; &lt;i&gt;faute irr&#233;parable&lt;/i&gt; &#187; de Rigault a &#233;t&#233; de couler l'organisation polici&#232;re de la Commune dans le &#171; &lt;i&gt;moule malpropre&lt;/i&gt; &#187; de celle de l'Empire &#8211;, un moule qui, n&#233;anmoins, &#171; &lt;i&gt;avait l'avantage d'&#234;tre tout fait&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#201;crire l'histoire de la police sous la Commune revient peu ou prou &#224; &#233;crire une page de l'histoire du blanquisme &#187;, &lt;/i&gt;pr&#233;cise Maxime Jourdan. Les blanquistes semblaient avoir quelque app&#233;tence pour ces fonctions. Pour l'historien, ils &#171; &lt;i&gt;sont &#233;pris d'ordre, imbus d'autorit&#233; et de centralisme ; ils ne ren&#226;clent pas devant la coercition et sont m&#234;me adeptes de la Terreur, de la dictature d'une minorit&#233; d'avant-garde. Tous ces traits ne les pr&#233;disposent pas &#224; la suppression de la pr&#233;fecture de police ni &#224; sa &#8220;d&#233;mocratisation&#8221;. D'autant que Raoul Rigault, dont Blanqui dit qu'il &#8220;est n&#233; pr&#233;fet de police&#8221;, s'est fait une sp&#233;cialit&#233; du contre-espionnage politique ; il conna&#238;t la rue de J&#233;rusalem (si&#232;ge de la pr&#233;fecture sur l'&#238;le de la Cit&#233;) comme sa poche. Il attend son heure&#8230; Au lendemain de l'insurrection communaliste, c'est tout naturellement qu'il s'installe &#224; la pr&#233;fecture de police. Ses camarades r&#233;tablissent les 80 commissariats de Paris qu'ils s'efforcent de confier &#224; des amis de leur sensibilit&#233; politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, le volet s&#233;curitaire sous la Commune englobe plusieurs r&#233;alit&#233;s. Selon Maxime Jourdan, il va s'op&#233;rer &lt;i&gt;&#171; une dichotomie qui se voulait stricte &#8211; et qui fut moins nette et plus poreuse qu'envisag&#233; &#8211; entre maintien de l'ordre public (droit commun) et r&#233;pression des opposants au nouveau r&#233;gime (police politique)&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on voir s'esquisser dans la confusion l'&#233;mergence d'une &#171; police citoyenne &#187; ? Quentin Deluermoz dresse un tableau qui varie selon les quartiers : &#171; [Les postes de commissaires vacants] &lt;i&gt;sont occup&#233;s par des militants &#224; l'instigation de &#8220;l'ex-pr&#233;fecture de police&#8221; ou des municipalit&#233;s qui peuvent se trouver alors en conflit. D'autres le sont par des habitants ou des figures de confiance du quartier. Aussi y a-t-il beaucoup &#8220;d'ordres&#8221; en vigueur dans le Paris insurg&#233;. Dans le 17 &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, le commissaire du quartier des &#201;pinettes applique le &#8220;bon droit&#8221; des ouvriers fond&#233; sur la n&#233;gociation et la conciliation. Celui du quartier de l'Od&#233;on&lt;/i&gt; [6&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;] &lt;i&gt;en revanche peine &#224; faire respecter les r&#232;glements par les populations de la rue&#8230; Enfin il ne faut pas oublier que les gardes nationales sont un autre acteur de l'ordre essentiel, ni que, dans cette p&#233;riode qui affirme rendre le pouvoir aux citoyens, les interventions de ces derniers sont plus nombreuses et fr&#233;quentes. Le rapport &#224; l'ordre et &#224; la loi est ainsi compl&#232;tement chamboul&#233; pendant la Commune.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Maxime Jourdan d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Tel commissaire va se montrer humain, voire magnanime, dans l'application des ordres ; tel autre va abuser de son autorit&#233;, multipliant les perquisitions, les brimades, les arrestations, se comportant en v&#233;ritable terreur de quartier. La t&#226;che des commissaires est d'autant plus malais&#233;e que, g&#233;n&#233;ralement, la population regimbe &#224; collaborer avec la police, f&#251;t-elle r&#233;volutionnaire. Le peuple de Paris a conserv&#233; une m&#233;fiance instinctive envers les forces de l'ordre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En outre, les communards n'ont pas &#233;t&#233; laxistes avec les d&#233;linquants et se sont voulus vertueux sur le plan des m&#339;urs. Maxime Jourdan nous explique qu'ils &#171; &lt;i&gt;vont faire preuve d'un rigorisme, d'un moralisme et d'une pudibonderie r&#233;volutionnaires&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ainsi s'expliquent le respect affich&#233;, proclam&#233;, assum&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#8211; on leur reprochera bien suffisamment, par la suite, de n'avoir pas fait main basse sur la &#8220;forteresse capitaliste&#8221; qu'&#233;tait la Banque de France &#8211;, et les d&#233;crets r&#233;primant les jeux de hasard, la mendicit&#233;, la prostitution, le vagabondage, etc.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il faut rappeler qu'&#224; la fin de l'Empire, &#171; &lt;i&gt;les r&#233;volutionnaires toutes tendances confondues n'ont cess&#233; de vitup&#233;rer &#8220;la f&#234;te imp&#233;riale&#8221; &lt;/i&gt;[et] &lt;i&gt;la d&#233;cadence morale du r&#233;gime qui a transform&#233; Paris en un &#8220;vaste lupanar international&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&#8230; Non sans une certaine hypocrisie d'ailleurs, car certains jeunes blanquistes, Rigault en t&#234;te, ont eux-m&#234;mes une r&#233;putation de noceurs et de &#171; coureurs de grisettes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une certaine mesure, il n'y a pas de discontinuit&#233; majeure en ce qui concerne les missions de s&#233;curit&#233; publique. Dans ses m&#233;moires&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;moires in&#233;dits du chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune, Paris, F&#233;lix Juven, 1900.&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, Philippe Cattelain, chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune qui se voit charg&#233; des affaires de droit commun, rappelle que Th&#233;ophile Ferr&#233; estimait que &#171; &lt;i&gt;les lois r&#233;volutionnaires ne seront jamais trop dures pour les voleurs de profession&lt;/i&gt; &#187;. D'ailleurs, &lt;i&gt;&#171; les observateurs louent la s&#251;ret&#233; des rues de Paris, &lt;/i&gt;rappelle Maxime Jourdan&lt;i&gt;. &#201;lie Reclus, t&#233;moin critique envers la Commune&lt;/i&gt; [qui l'a nomm&#233; directeur de la Biblioth&#232;que nationale]&lt;i&gt;, note &#224; la date du dimanche 14 mai que &#8220;jamais ville ne fut plus rang&#233;e, plus paisible &#224; l'int&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Commune de Paris au jour le jour, 1908.&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une police politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cattelain, fonctionnaire atypique peu politis&#233; au c&#339;ur de la machine r&#233;pressive, souligne les contradictions du nouvel ordre r&#233;volutionnaire avec un peu d'amertume : &#171; &lt;i&gt;Il faut constater une chose, c'est que les gens au pouvoir, tout en critiquant ce qui a pu exister avant eux, finissent par trouver utile ce qu'ils ont mis tant d'acharnement &#224; d&#233;molir, et se contentent de mettre un nom d'ami &#224; la place d'un nom d'adversaire, pour continuer d'administrer avec les m&#234;mes habitudes, et souvent les m&#234;mes abus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La possibilit&#233; d'une &#171; autre police &#187;, communale et d&#233;mocratique, se heurte &#224; la bri&#232;vet&#233; de l'&#233;v&#233;nement et au contexte de guerre civile, contamin&#233; par l'espionnite et la &#171; fi&#232;vre obsidionale &#187;. Toutefois des protestations ne manquent pas de s'&#233;lever au sein de la Commune face aux tendances dictatoriales de Rigault &#8211; quand on lui reprochait ses m&#233;thodes ill&#233;gales, il s'exclamait : &#171; &lt;i&gt;Nous ne faisons pas de la l&#233;galit&#233;, nous faisons la r&#233;volution.&lt;/i&gt; &#187; Par exemple, il pr&#233;pare, d&#232;s le lendemain de l'adoption du Comit&#233; de salut public&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 1er mai, pour faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes versaillaises, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, les mandats d'arr&#234;t destin&#233;s aux minoritaires qui avaient vot&#233; contre. Mais, dans les rangs des n&#233;o-jacobins et des blanquistes m&#234;me, on s'insurge contre cette &#171; folie &#187;. Pour contrebalancer certains effets de l'arbitraire en vigueur, le d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la Justice Protot (un blanquiste) et des &#233;lus du Conseil communal (Arnould et Vermorel) tentent d'obtenir l'interdiction des perquisitions sans mandat, le droit de visite aux d&#233;tenus par les membres de la Commune et la lev&#233;e du secret auquel &#233;taient soumis les prisonniers jug&#233;s dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, Rigault, moins aust&#232;re que sa l&#233;gende noire le laisse entendre, est d&#233;crit par Cattelain comme &#171; &lt;i&gt;un r&#233;volutionnaire ardent, quelques fois brutal, mais toujours accessible aux sentiments d'humanit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, qui mettait un point d'honneur &#224; offrir un bon traitement &#224; ses ennemis incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maxime Jourdan avance quelques circonstances att&#233;nuantes : &#171; &lt;i&gt;S'ils &#233;taient nombreux &#224; r&#233;criminer contre Rigault, force est de constater que sa t&#226;che &#233;tait si rude, si complexe, si ingrate, qu'il y avait peu de candidats &#224; sa succession &#8211; et c'est un doux euph&#233;misme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'historien, &#171; &lt;i&gt;le probl&#232;me ne r&#233;side pas tant dans le nombre d'arrestations (entre 1 000 et 4 000, selon les sources), qui peuvent se justifier dans un &#233;tat de guerre, que dans leur nature, dans la qualit&#233; des personnes incarc&#233;r&#233;es. En la mati&#232;re, le manque de discernement fut patent : on frappait &#8220;&#224; tort et &#224; travers&#8221;, reconna&#238;t Da Costa. Cependant que les eccl&#233;siastiques et les policiers du r&#233;gime d&#233;chu polarisaient l'attention de Rigault et de Ferr&#233; et subissaient leur vindicte, des espions et des tra&#238;tres av&#233;r&#233;s s&#233;vissaient, sans qu'on les inqui&#233;t&#226;t, dans les minist&#232;res, les &#233;tats-majors et les bataillons de la Garde nationale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on alors parler d'une tentative de mise en place d'une police politique ? Maxime Jourdan r&#233;pond par l'affirmative tout en mettant en garde vis-&#224;-vis des comparaisons anachroniques avec les r&#233;gimes totalitaires et policiers du xx&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &#171; &lt;i&gt;En raison de la polycratie &#224; l'&#339;uvre sous la Commune, des nombreuses autorit&#233;s rivales ou concurrentes, du caract&#232;re &#8220;anarchique&#8221; du mouvement communaliste, il me semble excessif de parler de &#8220;pouvoir policier&#8221;. Cette police politique, redoutable en th&#233;orie, il ne faut en exag&#233;rer ni la capacit&#233; ni l'importance.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des lendemains qui saignent&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai, en pleine Semaine sanglante, on pouvait lire dans le journal r&#233;publicain mod&#233;r&#233; &lt;i&gt;Le Si&#232;cle&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;La terreur blanche succ&#232;de d&#233;j&#224; dans Paris &#224; la terreur rouge ; il n'y a l&#224; rien de surprenant.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;La police des rues pacifi&#233;es est remise depuis hier aux agents de ville, lesquels sont charg&#233;s d'arr&#234;ter les gens suspects, pourvu qu'ils n'abusent pas de ce droit, comme au temps de l'Empire !&lt;/i&gt; &#187; Vaine pr&#233;caution de journaliste : les pav&#233;s sont tout sanglants.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3590 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;84&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L499xH720/-1733-a4002.jpg?1768654765' width='499' height='720' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#034;&#201;change de plaisanteries devant le cadavre d'un communard&#034;, tableau anonyme, 1871
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t le sort de Rigault abattu sans jugement par les Versaillais le 24 mai aux abords du jardin du Luxembourg et celui de Th&#233;ophile Ferr&#233;, bravache devant la sentence du 3&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; conseil de guerre et fusill&#233; le 28 novembre. Cons&#233;quence des fusillades, des d&#233;nonciations massives (400 000 lettres de d&#233;lation), des emprisonnements, de l'exil et la proscription : &#224; l'automne 1871, l'industrie parisienne enregistre une perte de 100 000 ouvriers par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Maxime Jourdan souligne que Versailles, qui traitait les communards comme &#171; &lt;i&gt;un ramassis de voleurs et d'assassins&lt;/i&gt; &#187;, avait la volont&#233; &#171; &lt;i&gt;de d&#233;nier tout caract&#232;re politique aux actes de la Commune, en les criminalisant &#187;&lt;/i&gt;. Cela vaudra &#233;galement pour les fonctionnaires qui auront servi la Commune, m&#234;me en effectuant des t&#226;ches administratives subalternes : ils seront jug&#233;s pour usurpation de fonctions publiques. &lt;i&gt;&#171; Quant &#224; ceux qui auront montr&#233; dans l'exercice de leurs fonctions une adh&#233;sion politique au r&#233;gime nouveau, ils seront jug&#233;s par un conseil de guerre et encourront la d&#233;portation ou les travaux forc&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels changements s'op&#232;rent dans l'organisation de la police au lendemain de la Commune ? La cons&#233;quence imm&#233;diate est la dissolution de la Garde nationale afin d'&#233;viter un prochain &#233;pisode de peuple en armes. &lt;i&gt;&#171; Surtout, &lt;/i&gt;observe Quentin Deluermoz, &lt;i&gt;Thiers fait passer l'effectif de la police municipale de 5 700 &#224; 6 800 agents. Cette augmentation correspond &#224; une tentative de militarisation des forces de police. Cette orientation est cependant vite abandonn&#233;e. La presse r&#233;publicaine et lib&#233;rale a vivement r&#233;agi au nom de l'id&#233;e, croissante depuis les ann&#233;es 1860, d'une police proche du public. Surtout, le Conseil municipal de Paris, situ&#233; &#224; gauche de l'&#233;chiquier politique, a men&#233; au m&#234;me moment une tentative de municipalisation. L'opposition avec la pr&#233;fecture de police dure quatre ans, de 1874 &#224; 1878. La remise en cause de l'&#233;tatisation de la police municipale parisienne ne va pas plus loin : les pr&#233;fets de police et les gouvernements refusent de se priver du contr&#244;le d'une telle force de police dans la capitale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pr&#233;fecture de police devenue le laboratoire du maintien de l'ordre en France et dont on conna&#238;t le r&#244;le lors de la rafle du V&#233;l'd'Hiv' et du 17 octobre 1961 &#8211; son pouvoir semble aujourd'hui intouchable.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quentin Deluermoz est l'auteur au Seuil du &lt;i&gt;Cr&#233;puscule des r&#233;volutions (1848-1871),&lt;/i&gt; 2012 et de &lt;i&gt;Commune(s) 1870-1871. Une travers&#233;e des mondes au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maxime Jourdan a &#233;tabli l'&#233;dition de &lt;i&gt;Phil&#233;mon, Vieux de la Vieille (Roman de la Commune, de l'exil et du retour)&lt;/i&gt; de Lucien Descaves, La D&#233;couverte, 2019. Il est l'auteur des articles &#171; La police sous la Commune &#187; et &#171; Les blanquistes sous la Commune &#187; dans le dictionnaire coordonn&#233; par Michel Cordillot, &lt;i&gt;La Commune de Paris 1871 : Les Acteurs, l'&#233;v&#233;nement, les lieux,&lt;/i&gt; L'atelier, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 2010 aux &#233;ditions Horay, sous le titre &lt;i&gt;Dictionnaire de la racaille. Manuscrit secret d'un commissaire de police parisien au XIX &lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;dit&#233;e sous le titre &lt;i&gt;Policiers dans la ville. La Construction d'un ordre public &#224; Paris (1854-1914),&lt;/i&gt; Publications de la Sorbonne, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis la R&#233;volution fran&#231;aise, les bataillons de gardes nationaux sont une arm&#233;e de r&#233;serve de citoyens. La guerre contre la Prusse de 1870 a vu leurs rangs gonfler jusqu'&#224; 590 000 hommes. La F&#233;d&#233;ration de la Garde nationale parisienne a constitu&#233; le bras arm&#233; de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;M&#233;moires in&#233;dits du chef de la S&#251;ret&#233; sous la Commune,&lt;/i&gt; Paris, F&#233;lix Juven, 1900.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Commune de Paris au jour le jour,&lt;/i&gt; 1908.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; mai, pour faire face &#224; l'avanc&#233;e des troupes versaillaises, le Conseil de Commune vote les pleins pouvoirs &#224; un ex&#233;cutif restreint sur le mod&#232;le du Comit&#233; de salut public de 1793. Une minorit&#233;, compos&#233;e de socialistes anti-autoritaires, d&#233;plore que la Commune ait &lt;i&gt;&#171; abdiqu&#233; son pouvoir entre les mains d'une dictature&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Je ne regrette pas d'avoir invent&#233; le 8 mars &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Je-ne-regrette-pas-d-avoir-invente</link>
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		<dc:creator>Marie Hermann, Simone Sittwe</dc:creator>


		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;D&#233;c&#233;d&#233;e en 1933, Clara Zetkin &#233;tait une militante socialiste, d&#233;put&#233;e et journaliste allemande. M&#233;connue, elle est pourtant &#224; l'origine de la Journ&#233;e internationale des droits des femmes. Interview fictive. Fid&#232;le amie de Rosa Luxemburg, avec qui elle a fond&#233; la Ligue spartakiste, anc&#234;tre du Parti communiste d'Allemagne (KPD), Clara Zetkin a &#233;t&#233; d&#233;put&#233;e au Parlement allemand de 1920 &#224; 1933, avant de mourir en exil &#224; Moscou. Fervente d&#233;fenseure de l'acc&#232;s des femmes au march&#233; du travail, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est-vrai" rel="tag"&gt;C'est vrai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Die-Gleichheit" rel="tag"&gt;Die Gleichheit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Rosa-Luxemburg" rel="tag"&gt;Rosa Luxemburg&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mars" rel="tag"&gt;mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vrai" rel="tag"&gt;vrai&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;c&#233;d&#233;e en 1933, Clara Zetkin &#233;tait une militante socialiste, d&#233;put&#233;e et journaliste allemande. M&#233;connue, elle est pourtant &#224; l'origine de la Journ&#233;e internationale des droits des femmes. Interview fictive.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3591 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH360/-1734-32be8.jpg?1768948236' width='500' height='360' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fid&#232;le amie de Rosa Luxemburg, avec qui elle a fond&#233; la Ligue spartakiste, anc&#234;tre du Parti communiste d'Allemagne (KPD), Clara Zetkin a &#233;t&#233; d&#233;put&#233;e au Parlement allemand de 1920 &#224; 1933, avant de mourir en exil &#224; Moscou. Fervente d&#233;fenseure de l'acc&#232;s des femmes au march&#233; du travail, elle a &#233;galement dirig&#233; pendant vingt-cinq ans le journal &lt;i&gt;Die Gleichheit &lt;/i&gt;(&#171; L'&#201;galit&#233; &#187;), un outil d'&#233;ducation populaire destin&#233; aux ouvri&#232;res. En 1910, elle propose de lancer une Journ&#233;e internationale des femmes en faveur du droit de vote, de l'&#233;galit&#233; entre les sexes et du socialisme. La premi&#232;re est organis&#233;e le 19 mars 1911 ; elle sera ensuite fix&#233;e au 8 mars. Clara Zetkin a &#233;galement contribu&#233; &#224; la cr&#233;ation de l'Internationale socialiste des femmes et a particip&#233;, en d&#233;cembre 1920, au congr&#232;s de Tours, o&#249; elle a jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans la fondation du futur Parti communiste fran&#231;ais. Quatre-vingt-huit ans apr&#232;s son d&#233;c&#232;s, elle r&#233;pond &#224; nos questions.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pardon de vous importuner jusque l&#224; o&#249; vous &#234;tes... Pour commencer, comment allez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois d'abord vous dire, avec tout l'&#233;go&#239;sme dont les morts sont capables, que je ne suis pas m&#233;contente de ne pas vivre &#224; votre &#233;poque. Je n'aurais pas du tout aim&#233; qu'on m'enfonce des b&#226;tonnets dans le nez pour un test PCR.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le reste, vous avez sans conteste v&#233;cu quelques avanc&#233;es par rapport &#224; mon temps. Par exemple, les femmes accomplissent moins de t&#226;ches m&#233;nag&#232;res gr&#226;ce &#224; l'&#233;lectrom&#233;nager (et &#224; quelques hommes). Mais il y a encore beaucoup de choses qui laissent franchement &#224; d&#233;sirer. Quand on voit par exemple l'&#233;tat dans lequel sont vos syndicats... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est vrai. Mais, parmi les rares &#233;l&#233;ments positifs, on constate que de plus en plus de gens combattent les dominations dans des luttes &#224; la fois sp&#233;cifiques et convergentes, un peu dans la lign&#233;e de ce que vous &#233;criviez... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vous allez me dire que j'ai th&#233;oris&#233; l'intersectionnalit&#233; avant tout le monde ? &#187; [&lt;i&gt;Rires.&lt;/i&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas sous ce terme, &#233;videmment, mais quelques-uns de vos textes y font vraiment penser... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certes, m&#234;me si je n'ai rien dit de fulgurant &#224; ce sujet. Simplement que les oppressions s'additionnent, que les victimes de chaque type sp&#233;cifique de domination doivent organiser sp&#233;cifiquement leur lutte, de fa&#231;on parall&#232;le et compl&#233;mentaire &#224; la lutte des classes, qui est bien s&#251;r importante, mais ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme prioritaire... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout &#231;a n'est d&#233;cid&#233;ment pas tr&#232;s &#233;loign&#233; du discours de ceux qu'on qualifie aujourd'hui d'&#171; intersectionnels &#187; ou, plus traditionnellement, d'&#171; ennemis de la luttes des classes &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est vrai. C'est vrai aussi qu'en lisant et en &#233;coutant vos contemporains, on peine &#224; croire que ces choses-l&#224; avancent aussi lentement, alors qu'on en parlait d&#233;j&#224; deux si&#232;cles avant vous... Pourtant, ces combats ne sont en aucun cas antagonistes et, pour ma part, me dresser au c&#244;t&#233; des femmes ne m'a jamais d&#233;tourn&#233;e du combat anticapitaliste. La preuve, dans mon discours au congr&#232;s de fondation de la Deuxi&#232;me Internationale &#224; Paris, en juillet 1889, j'avais tenu &#224; rappeler que, quand bien m&#234;me les femmes se lib&#233;raient de leur d&#233;pendance &#233;conomique envers leur mari en travaillant, rien n'&#233;tait acquis : d'esclaves de leur homme, elles devenaient celles de leur employeur, ne changeant finalement que de ma&#238;tre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a une autre chose qui date de votre &#233;poque et qui reste d'une actualit&#233; br&#251;lante, c'est la Journ&#233;e internationale des droits des femmes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a, honn&#234;tement, je ne l'aurais pas cru. M&#234;me si, bien s&#251;r, les revendications port&#233;es par cette journ&#233;e internationale ont &#233;volu&#233; au fil du temps. En revanche, je me suis retourn&#233;e dans ma tombe quand j'ai vu ce que vous en aviez fait &#224; Marseille : vous souvenez-vous que le 8 mars 2016, Jean-Marie Bigard y avait &#233;t&#233; invit&#233; pour inaugurer un &#8220;festival d'art et d'humour au f&#233;minin&#8221; ? &#192; peine un an et demi avant le mouvement #MeToo... Mais je vous taquine, je sais qu'entre-temps le 8 mars a repris ses lettres de noblesse et je ne regrette pas de l'avoir invent&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, est-ce qu'il y a des choses que vous regrettez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ne pas avoir &#233;t&#233; pr&#232;s de Rosa Luxemburg quand elle est morte. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais elle avait particip&#233; &#224; l'insurrection de 1919, qu'elle jugeait pourtant pr&#233;matur&#233;e, par fid&#233;lit&#233; au mouvement r&#233;volutionnaire. Elle a &#233;t&#233; tu&#233;e d'une balle dans le cr&#226;ne par un militaire, sur le chemin de la prison o&#249; on l'emmenait, juste apr&#232;s avoir publi&#233; un article titr&#233; &#8220;L'Ordre r&#232;gne &#224; Berlin&#8221;, &#224; propos de la r&#233;pression. Ses assassins ont ensuite essay&#233; de r&#233;pandre la rumeur selon laquelle elle aurait &#233;t&#233; tu&#233;e par une foule en col&#232;re. Quel enfer ! C'&#233;tait vraiment une grande dame, une amie sinc&#232;re, avec qui nous partagions le m&#234;me genre de convictions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez toutes les deux men&#233; des vies tr&#232;s libres...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#233;tait d'accord sur le fait que la r&#233;volution, la libert&#233;, l'&#233;galit&#233;, la solidarit&#233;, c'&#233;tait partout, tout le temps, et surtout d&#232;s maintenant. On avait une grande soif de vivre, on voulait &#234;tre &#233;mancip&#233;es dans tous les aspects de notre vie, et que ce soit le cas de tous et toutes nos camarades de lutte. Je ne m'&#233;tendrai pas sur ma vie intime, mais il est vrai que je ne me suis jamais mari&#233;e avec le p&#232;re de mes deux enfants. J'ai tout de m&#234;me fini par &#233;pouser un autre homme, de 18 ans mon cadet. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu des moments o&#249; vous avez eu peur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'ai prononc&#233; mon fameux discours d'ouverture en tant que doyenne du Reichstag, une diatribe contre le fascisme, en ao&#251;t 1932 au Parlement allemand, devant un parterre de nazis, je n'en menais pas large. On a d&#251; me faire sortir par une porte d&#233;rob&#233;e pour me prot&#233;ger des nazillons, tellement ils &#233;taient furieux contre moi. Je suis retourn&#233;e fissa en URSS o&#249; j'ai encore pu continuer &#224; m'opposer &#224; Staline pendant mes derniers mois de vie terrestre... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La ligne de cr&#234;te sur laquelle vous &#234;tes rest&#233;e toute votre vie, communiste mais antistalinienne, f&#233;ministe mais du c&#244;t&#233; des ouvri&#232;res, est admirable...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'en ai pas moins &#233;t&#233; balay&#233;e par l'histoire, probablement pour les raisons que vous citez, et aussi, &#233;videmment, parce que je suis une femme. Mais je sais que mes id&#233;es continuent &#224; infuser m&#234;me sans mon nom et c'est le plus important. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, vous auriez un message &#224; nous faire passer ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne voudrais pas avoir l'air d'une vieille bique, mais je voudrais vous dire de ne rien l&#226;cher. Les choses avancent tr&#232;s lentement, c'est s&#251;r, mais tout de m&#234;me, un certain nombre d'entre elles bougent vrai ment. Si l'on consid&#232;re que la gauche telle qu'on la conna&#238;t a &#233;merg&#233; en 1789, &#231;a ne fait que deux-cent-trente-deux ans, &#224; l'&#233;chelle de l'humanit&#233;, c'est une broutille ! Et est-ce que vous vous rendez compte des si&#232;cles de barbarie, de violence qui la pr&#233;c&#232;dent et auxquelles elle doit faire face ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous imagine d&#233;sesp&#233;r&#233;s par le contexte actuel. Mais, tant que les choses n'ont pas pris un chemin totalement irr&#233;versible, on ne sait pas ce qui peut se passer. Alors &#231;a vaut le coup de continuer &#224; se battre et &#224; diffuser des id&#233;es comme je l'ai fait, parce que c'est aussi cette permanence, cette continuit&#233;, cette transmission qui permettent aux g&#233;n&#233;rations qui nous suivent de se dire qu'elles ont raison d'y croire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous restez sur cette note solennelle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je terminerai sur une citation de L&#233;nine : &#8220;&lt;i&gt;Patience et ironie sont des vertus r&#233;volutionnaires.&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Simone Sittwe &amp; Marie Hermann&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marie Hermann est cofondatrice des &#233;ditions Hors d'atteinte qui viennent de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Marie Hermann est cofondatrice des &#233;ditions Hors d'atteinte qui viennent de publier &lt;i&gt;Je veux me battre partout o&#249; il y a de la vie&lt;/i&gt;, recueil de textes, discours et lettres de Clara Zetkin, assortis d'une autobiographie et d'un texte d'Angela Davis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Loi &#171; S&#233;paratisme &#187; : les associations dans le viseur</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Loi-Separatisme-les-associations</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Loi-Separatisme-les-associations</guid>
		<dc:date>2021-03-06T07:38:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ettore Fontana</dc:creator>


		<dc:subject>Ruoyi Jin</dc:subject>
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		<dc:subject>S&#233;paratisme</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;V&#233;ritable fourre-tout r&#233;pressif, la loi &#171; confortant les principes de la R&#233;publique &#187; s'en prend particuli&#232;rement au secteur associatif. Entre chantage aux subventions et possibilit&#233; accrue de dissolution des associations frondeuses, ce texte est une arme de musellement massif. D&#233;cryptage. Mise au pas des r&#233;seaux sociaux, r&#233;forme de la r&#233;glementation encadrant les cultes, interdiction des certificats de virginit&#233; et de l'instruction &#224; domicile&#8230; Derri&#232;re son racolage islamophobe de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no196-mars-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;196 (mars 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Republique" rel="tag"&gt;R&#233;publique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-association" rel="tag"&gt;l'association&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Separatisme" rel="tag"&gt;S&#233;paratisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/droits" rel="tag"&gt;droits&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/associations-dites" rel="tag"&gt;associations dites&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;V&#233;ritable fourre-tout r&#233;pressif, la loi &#171; confortant les principes de la R&#233;publique &#187; s'en prend particuli&#232;rement au secteur associatif. Entre chantage aux subventions et possibilit&#233; accrue de dissolution des associations frondeuses, ce texte est une arme de musellement massif. D&#233;cryptage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3588 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1731.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH657/-1731-767f4.jpg?1768816147' width='500' height='657' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Ruoyi Jin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ise au pas des r&#233;seaux sociaux, r&#233;forme de la r&#233;glementation encadrant les cultes, interdiction des certificats de virginit&#233; et de l'instruction &#224; domicile&#8230; Derri&#232;re son racolage islamophobe de l'&#233;lectorat RN, la loi &#171; &lt;i&gt;confortant le respect des principes de la R&#233;publique&lt;/i&gt; &#187;, dite loi &#171; S&#233;paratisme &#187;, modifie en profondeur des piliers l&#233;gislatifs plus que centenaires : loi de 1882 sur l'instruction, loi 1901 sur les associations, loi 1905 sur la s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat. Du Conseil d'&#201;tat &#224; la D&#233;fenseure des droits, de la Commission nationale consultative des droits de l'homme &#224; Amnesty International : le texte inqui&#232;te bien au-del&#224; des militants les plus &#233;nerv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour cause, le d&#233;calage entre le discours gouvernemental et la loi est orwellien : pr&#233;sent&#233;e comme un texte de libert&#233;s et de protections, la loi &#171; S&#233;paratisme &#187; ne parle que d'encadrement, de contr&#244;le et de sanction. Elle a &#233;t&#233; adopt&#233;e en premi&#232;re lecture par l'Assembl&#233;e nationale le 16 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;publique des ma&#238;tres chanteurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pas un euro d'argent public aux ennemis de la R&#233;publique !&lt;/i&gt; &#187;, proclament Marl&#232;ne Schiappa et Sarah El Ha&#239;ry&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Respectivement ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; la Citoyennet&#233; et secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; dans une tribune publi&#233;e par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le contrat d'engagement r&#233;publicain nous prot&#232;ge &#187; (25/01/2021).&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le slogan des deux membres du gouvernement en charge du volet associatif du projet de loi doit s'entendre comme un v&#233;ritable chantage &#224; la subvention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'article 6 du texte conditionne tous les financements des associations &#224; la signature d'un &#233;ni&#232;me &#171; contrat d'engagement r&#233;publicain &#187; aussi inutile que dangereux. Comme le dit Benjamin Sourice, animateur de la Coalition pour les libert&#233;s associatives, &#171; &lt;i&gt;ce contrat n'est pas n&#233;cessaire. Sa seule fonction est de conforter le pouvoir discr&#233;tionnaire des financeurs publics sur la base de prin&#8202;cipes apparemment consensuels mais en fait tr&#232;s flous et disput&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment, en effet, interpr&#233;ter l'expression &#171; &lt;i&gt;pros&#233;lytisme abusif&lt;/i&gt; &#187; dont les associations subventionn&#233;es seront tenues de &#171; &lt;i&gt;s'abstenir&lt;/i&gt; &#187; ? Comment ne pas imaginer les d&#233;rives possibles derri&#232;re l'obligation &#224; &#171; &lt;i&gt;ne pas causer de trouble &#224; l'ordre public&lt;/i&gt; &#187; ? Comment comprendre l'injonction faite aux associations de &#171; &lt;i&gt;respecter l'embl&#232;me national, l'hymne national et la devise de la R&#233;publique&lt;/i&gt; &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;B&#226;illonner les associations&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Coup d'&#339;il dans le r&#233;troviseur. D&#233;but juin 2018, la direction de la CAF (Caisse d'allocations familiales) de la Dordogne suspend l'&#233;quivalent de 300 000 &#8364; de subventions &#224; deux maisons de quartier de Bergerac pour avoir ouvert leurs portes tardi&#8202;vement en p&#233;riode de ramadan : une atteinte &#224; la la&#239;cit&#233; selon l'institution. Il a fallu l'intervention du maire &#8211; et des justifications d'ordre purement logistiques &#8211; pour que la CAF revienne sur sa d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore en 2018, la F&#233;d&#233;ration des associations de solidarit&#233; avec tou&#183;tes les immigr&#233;&#183;es (Fasti) voit le vote de sa subvention au conseil municipal de Paris suspendu. Pierre Liscia, &#233;lu (de droite) du 18e, reproche &#224; l'association de d&#233;noncer un &#171; &lt;i&gt;racisme d'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;une politique coloniale&lt;/i&gt; &#187; dans les DOM-TOM. Un an plus tard, en 2019, c'est un d&#233;put&#233; LR de l'Essonne, Robin Reda, qui accuse la Fasti de &#171; &lt;i&gt;justifi[er] les attentats de 2015&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment encore, l'association Action droits des musulmans (ADM), qui &#171; &lt;i&gt;d&#233;fend les victimes de discriminations en leur apportant un soutien juridique et pratique&lt;/i&gt; &#187;, se fait fermer son compte par la BNP et se trouve emp&#234;ch&#233;e d'en rouvrir un dans plusieurs autres banques sans aucun motif. Soutenue par sept organisations &#8211; dont la Ligue des droits de l'homme et Amnesty International &#8211; la fondatrice d'ADM soup&#231;onne une intervention de &#171; &lt;i&gt;services de l'administration hostiles&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Une association de d&#233;fense des droits des musulmans d&#233;nonce la fermeture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187; &#224; son association.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas besoin de r&#233;fl&#233;chir longtemps pour deviner le sort de toutes ces organisations une fois la nouvelle loi en vigueur : le 2 f&#233;vrier dernier, apr&#232;s avoir d&#233;nigr&#233; &#171; &lt;i&gt;des associations de d&#233;fense des droits de l'homme [qui] s'inqui&#232;tent [...] sans aucune raison&lt;/i&gt; &#187;, Gilles Clavreul, haut fonctionnaire et membre du Printemps r&#233;publicain, renfor&#231;ait la l&#233;gitimit&#233; de leurs craintes. &#192; la question d'un journaliste de &lt;i&gt;Marianne&lt;/i&gt;, &#171; &lt;i&gt;Une association qui d&#233;fend l'id&#233;e qu'il y a un racisme d'&#201;tat ne devrait pas b&#233;n&#233;ficier de subventions ?&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le titre de l'entretien (02/02/2021), que l'on peut lire ici.&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;, il r&#233;pondait sans h&#233;siter : &#171; &lt;i&gt;Oui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bercy sur le dos des assos&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'ils l'aient probablement &#233;crite avec le seul &#171; &lt;i&gt;s&#233;paratisme islamiste&lt;/i&gt; &#187; en t&#234;te, les r&#233;dacteurs de la loi ne pouvaient pas cibler ostensiblement les musulmans, au risque de se faire retoquer une loi d&#233;j&#224; largement contest&#233;e. R&#233;sultat : les termes sont larges, englobants, et concernent, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, toutes les associations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exemple : en plus de conditionner les subventions, le &#171; &lt;i&gt;contrat d'engagement r&#233;publicain&lt;/i&gt; &#187; s'applique &#233;galement aux associations qui demandent un agr&#233;ment pour agir en justice. Sur cette question, la situation actuelle est d&#233;j&#224; tr&#232;s tendue. On se rappelle les m&#233;saventures de l'association Sherpa, l'une des rares &#224; &#234;tre habilit&#233;e &#224; se porter partie civile dans des affaires de corruption. En 2018, Nicole Belloubet, alors garde des Sceaux, bloquait sans justification son renouvellement d'agr&#233;ment, emp&#234;chant l'association de faire son travail. Il fallut attendre plusieurs mois et une mobilisation&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Qui veut emp&#234;cher Sherpa d'agir contre la corruption ? &#187;, Blogs.mediapart.fr&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; pour que sans aucune justification, l'association r&#233;cup&#232;re son agr&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple : dans un &#233;change entre le Premier ministre et la Cour des comptes&lt;a href=&#034;#nb9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre du 10 f&#233;vrier, accessible ici.&#034; id=&#034;nh9-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; au sujet de l'article 10, Jean Castex annonce clairement qu'il s'agit de permettre &#224; Bercy (le fisc) de contr&#244;ler plus &#233;troitement les associations dites &#171; &lt;i&gt;d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt; &#187; qui permettent &#224; leurs donateurs de b&#233;n&#233;ficier de remises d'imp&#244;t. Comment, dans ce cas, ne pas faire le lien avec les r&#233;centes pressions contre l'association Anticor qui se fait, elle aussi, une sp&#233;cialit&#233; de signaler des faits au parquet et de relancer des affaires de corruption enterr&#233;es ? Depuis ao&#251;t 2020, elle se voit bloquer son renouvellement d'agr&#233;ment et est somm&#233;e par le Premier ministre de r&#233;v&#233;ler l'identit&#233; de son plus gros donateur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bazooka l&#233;gislatif&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais le projet de loi ne se contente pas de fragiliser les assos en les frappant au portefeuille ou en les emp&#234;chant de faire leur travail. Il vient jouer dangereusement avec la mesure la plus liberticide en mati&#232;re de contr&#244;le du secteur associatif par l'&#201;tat : l'arme lourde de la dissolution. L'article 8 du texte &#233;largit les possibilit&#233;s de recours &#224; cette mesure administrative, utilis&#233;e r&#233;cemment contre le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF). Le motif d'organisation de &#171; &lt;i&gt;manifestations arm&#233;es dans la rue&lt;/i&gt; &#187; se retrouve ainsi compl&#233;t&#233; par un beaucoup plus mall&#233;able &#171; &lt;i&gt;agissements violents contre les personnes et les biens&lt;/i&gt; &#187;. Qu'en sera-&#8202;t-il des associations qui m&#232;nent des actions coup-de-poing pour faire entendre leurs revendications ? On pense aux activistes &#233;cologistes de Youth for Climate qui, en f&#233;vrier 2020, avaient red&#233;cor&#233; les locaux du gestionnaire d'actifs BlackRock. On pense aussi &#224; Act Up qui ciblait les entreprises pharmaceutiques ou encore aux actions de d&#233;sob&#233;issance civile de Greenpeace...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre modification majeure : d&#233;sormais, pourront &#234;tre imputables aux associations des actes &#171; &lt;i&gt;commis par un ou plusieurs de leurs membres agissant en cette qualit&#233;, ou directement li&#233;s [&#224; leurs] activit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La violence de l'attaque envers le monde associatif est du m&#234;me niveau que celle qu'on a connue au moment de la suppression des emplois aid&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, jauge Jean-Baptiste Jobard, du Collectif des associations citoyennes (CAC). Restreindre et encadrer les financements publics, contr&#244;ler et surveiller les financements priv&#233;s, faire peser une &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s au-dessus de la t&#234;te de chaque asso qui l'ouvrirait un peu trop. Mises bout &#224; bout, ces diff&#233;rentes mesures dressent un tableau g&#233;n&#233;ral coh&#233;rent : l'accroissement du musellement des associations.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ettore Fontana&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Respectivement ministre d&#233;l&#233;gu&#233;e &#224; la Citoyennet&#233; et secr&#233;taire d'&#201;tat &#224; la Jeunesse et &#224; l'Engagement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/debats/2021/01/25/marlene-schiappa-et-sarah-el-hairy-le-contrat-d-engagement-republicain-nous-protege_1818405/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le contrat d'engagement r&#233;publicain nous prot&#232;ge&lt;/a&gt; &#187; (25/01/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/02/une-association-de-defense-des-droits-des-musulmans-denonce-la-fermeture-de-son-compte_5505448_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Une association de d&#233;fense des droits des musulmans d&#233;nonce la fermeture de son compte chez BNP Paribas&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (02/09/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est le titre de l'entretien (02/02/2021), que l'on peut lire &lt;a href=&#034;https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/une-association-qui-defend-lidee-quil-y-a-un-racisme-detat-ne-devrait-pas-beneficier-de-subventions&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.asso-sherpa.org/veut-empecher-sherpa-dagir-contre-corruption&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qui veut emp&#234;cher Sherpa d'agir contre la corruption ?&lt;/a&gt; &#187;, Blogs.mediapart.fr (21/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lettre du 10 f&#233;vrier, accessible &lt;a href=&#034;http://Tinyurl.com/CourrierCastexCDC&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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