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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; On ne vit pas que pour soi &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Garte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La l&#233;gende dit que le jour de sa naissance elle a d&#233;barqu&#233; le poing lev&#233;, chantant &#171; La Semaine sanglante &#187; avec dans l'autre main un drapeau anarchiste. Intox ? Dur &#224; dire. Ce qui est s&#251;r, par contre, c'est que l'amie Fran&#231;oise, bient&#244;t 63 printemps, est un joyeux pilier du Marseille militant. Elle est de toutes les luttes, des Gilets jaunes aux collectifs aidant les jeunes migrants en gal&#232;re. Et quand la flicaille la malm&#232;ne, elle ne se laisse pas faire, quitte &#224; rameuter l'IGPN. Portrait. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Garte" rel="tag"&gt;Garte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_7_-6-e2b44.png?1780142405' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La l&#233;gende dit que le jour de sa naissance elle a d&#233;barqu&#233; le poing lev&#233;, chantant &#171; La Semaine sanglante &#187; avec dans l'autre main un drapeau anarchiste. Intox ? Dur &#224; dire. Ce qui est s&#251;r, par contre, c'est que l'amie Fran&#231;oise, bient&#244;t 63 printemps, est un joyeux pilier du Marseille militant. Elle est de toutes les luttes, des Gilets jaunes aux collectifs aidant les jeunes migrants en gal&#232;re. Et quand la flicaille la malm&#232;ne, elle ne se laisse pas faire, quitte &#224; rameuter l'IGPN. Portrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6548 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/web_232_09_hirak_garte_1200px-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH791/web_232_09_hirak_garte_1200px-3-e4c83.jpg?1780142406' width='500' height='791' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Fran&#231;oise est d&#233;c&#233;d&#233;e en ce mois de mai 2026, une pens&#233;e rouge et noire &#224; sa m&#233;moire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un dossier aussi mal foutu que mastoc. Po&#233;tiquement intitul&#233; &#171; 18330000927.pdf &#187;, il fait la bagatelle de 364 pages. La premi&#232;re donne le ton : on y lit que l'Inspection g&#233;n&#233;rale de la police nationale (IGPN) a &#233;t&#233; saisie le 16 novembre 2018 suite &#224; la plainte d'une d&#233;nomm&#233; P**** Fran&#231;oise pour &#171; violences par personne d&#233;positaire de l'autorit&#233; publique &#187;. Le reste est un fatras de photocopies plus ou moins bien class&#233;es, retra&#231;ant un &#233;pisode s'&#233;tant d&#233;roul&#233; le 16 octobre 2018 &#224; Marseille, vers 15 h 30, sur la place Jean-Jaur&#232;s (aka la Plaine), quand ladite Fran&#231;oise s'est retrouv&#233;e propuls&#233;e au sol suite &#224; une charge polici&#232;re. R&#233;sultat : une &#171; fracture de la t&#234;te hum&#233;rale &#187;, soit grosso modo une &#233;paule m&#233;chamment esquint&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 16 octobre-l&#224;, la situation &#233;tait un chou&#239;a tendue sur la Plaine. Les travaux de &#171; requalification &#187; de la place venaient de commencer et les opposants exprimaient leur col&#232;re avec vigueur. Il y avait notamment des militants perch&#233;s dans les arbres, pour &#233;viter qu'on ne les tron&#231;onne. Et puis des bleus un peu chauds d&#233;gainant les gaz lacrymos et jouant aux cow-boys.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxe : au moment o&#249; les flics ont violemment bouscul&#233; Fran&#231;oise et ses six d&#233;cennies, la situation s'&#233;tait plut&#244;t d&#233;tendue. Ce que montrent bien les vid&#233;os vers&#233;es au dossier. On y voit une rang&#233;e de CRS jaillir en direction des manifestants, man&#339;uvre baptis&#233;e &#171; bond offensif &#187; dans leur terminologie de pr&#233;dateurs. Fran&#231;oise est visible, qui recule prudemment vers un arbre pour se mettre &#224; l'abri, facilement reconnaissable &#224; sa silhouette longiligne et &#224; ses longs cheveux blancs tir&#233;s en queue de cheval. La suite est confuse, car film&#233;e de loin et de mauvaise qualit&#233;, mais deux CRS semblent la malmener en passant &#224; sa hauteur. Quelques instants plus tard, on retrouve Fran&#231;oise &#224; terre, visiblement mal en point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'avais crois&#233;e peu de temps apr&#232;s l'agression, furibarde, le bras en &#233;charpe, d&#233;j&#224; clairement d&#233;termin&#233;e &#224; porter plainte : &#171; Le type m'a projet&#233;e &#224; terre&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une affirmation confirm&#233;e par un t&#233;moin cit&#233; dans le dossier : &#171; Un CRS de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ! Pas question de laisser passer &#231;a ! &#187; Deux ans plus tard, elle n'en d&#233;mord pas : &#171; M&#234;me si &#231;a me co&#251;te du temps et de l'argent, je tiens &#224; ce que les responsables soient condamn&#233;s ! &#187; Ses d&#233;marches aupr&#232;s de l'IGPN n'ayant pas port&#233; leurs fruits, Fran&#231;oise a d&#233;cid&#233; de d&#233;poser une plainte avec constitution de partie civile. Une mani&#232;re de contraindre un juge d'instruction &#224; examiner son histoire. Oui, pas du genre &#224; l&#226;cher l'affaire, Fran&#231;oise, d'autant que sa blessure l'a handicap&#233;e pendant plus de trois mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi l'inciter &#224; rester chez elle ? Loin s'en faut, puisqu'elle n'a pas tard&#233; &#224; revenir en premi&#232;re ligne : &#171; J'avais en t&#234;te ma derni&#232;re chute &#224; v&#233;lo, suite &#224; laquelle je n'en ai plus jamais fait, explique-t-elle. Pas question que &#231;a se reproduise avec les manifs. Du coup j'&#233;tais au rassemblement sur la Plaine d&#232;s le lendemain matin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Portrait de la militante en chanteuse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un nom revient dans son dossier IGPN, celui du commissaire divisionnaire en charge de la compagnie de CRS ce jour-l&#224;. Fran&#231;oise raconte l'avoir crois&#233; plus tard, lors de la tentative d'occupation d'un commissariat d&#233;saffect&#233;, o&#249; le pandore lui aurait lanc&#233; &#171; Oh, c'&#233;tait vous l'&#233;paule ! &#187; Dans le dossier, il admet que Fran&#231;oise n'&#233;tait en rien mena&#231;ante et qu'il la connaissait : &#171; Il l'avait en revanche d&#233;j&#224; vue sur d'autres manifestations o&#249; elle chantait et invectivait les policiers &#187;, est-il mentionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu m'&#233;tonnes : quiconque ici a un tant soit peu l'habitude des manifs et actions politiques la conna&#238;t forc&#233;ment. Elle est TOUJOURS pr&#233;sente, g&#233;n&#233;ralement accompagn&#233;e de son &#233;ternel drapeau de la CNT (elle est tr&#233;sori&#232;re de la section marseillaise du syndicat anarchiste) et de son vibrant organe vocal. Car elle aime chanter, Fran&#231;oise, &#224; tel point qu'elle est un pilier de la chorale r&#233;volutionnaire marseillaise &#171; La Lutte enchant&#233;e &#187;. Cons&#233;quence de quoi : en manif, elle est g&#233;n&#233;ralement bruyante. &#171; Dans le dossier, il y a des flics qui disent que je &#8220;vocif&#233;rais&#8221;, se marre-t-elle. Eh bien oui, je le revendique. &#187; Lors de son audition devant l'IGPN, elle en a remis une couche, indique le dossier susmentionn&#233; : &#171; Je leur ai dit &#8220;Cassez-vous !&#8221; Et je leur ai chant&#233; &#8220;Combien on vous paye pour faire &#231;a ?&#8221; Si &#231;a ne leur pla&#238;t pas, qu'ils changent de m&#233;tier ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi h&#233;risser le poil de la poulaille, rarement m&#233;lomane ? &#171; Je pense que c'&#233;tait une vengeance &#187;, estime-t-elle. Et d'ajouter : &#171; Ils ont pass&#233; leurs nerfs sur moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nombrils, hors de nos luttes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;oise, je la suspecte de se doper. &#192; chaque fois que je la croise, elle est en plein milieu d'un truc urgent. Qu'il s'agisse de filer &#224; la pr&#233;fecture pour aider un jeune Guin&#233;en &#224; d&#233;m&#234;ler sa situation administrative, de faire le guet pour une tentative de squat ou de filer la patte aupr&#232;s d'un collectif soutenant les personnes psychiatris&#233;es en gal&#232;re&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est dans ce cadre que je l'ai rencontr&#233;e. Voir l'article &#171; Marseille, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, elle galope sur tous les fronts. Cela lui vient peut-&#234;tre d'une enfance plut&#244;t heureuse en r&#233;gion parisienne aupr&#232;s de parents encart&#233;s au PC ; elle cantini&#232;re, lui tourneur-fraiseur : &#171; Mon p&#232;re &#233;tait toujours heureux de militer, de tracter, de discuter avec les camarades. Il m'a transmis cette vocation d'engagement festif, avec en point d'orgue le rituel des f&#234;tes de l'Huma et des 1er mai. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, Fran&#231;oise a toujours conserv&#233; cette approche joyeuse de la lutte, cherchant des engagements qui ne riment pas avec ennui &#8211; &#171; Le jour o&#249; je m'emmerde j'arr&#234;te. &#187; Abonn&#233;e aux boulots d'int&#233;rim, notamment en secr&#233;tariat, puis catapult&#233;e dans le Sud-Ouest&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;O&#249; elle a notamment travaill&#233; comme assistante d'un vieil &#233;crivain surr&#233;aliste.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; avec celui qui a &#233;t&#233; son compagnon pendant vingt-cinq ans, elle a finalement atterri &#224; Marseille en 2009 suite &#224; leur rupture. L&#224;, elle s'est vite engag&#233;e dans diverses structures : outre la CNT, il y a notamment le Manba, pr&#233;cieux collectif de soutien aux migrants de passage &#224; Marseille &#8211; tout sauf une sin&#233;cure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle les appelle &#171; les gar&#231;ons &#187;. En ce moment, ils sont deux &#224; vivre chez elle, Seydouba et M'Bamba, originaires de Guin&#233;e-Conakry. Mais auparavant il y en a eu beaucoup d'autres, de passage pour quelques jours ou semaines : Karamba, Maleiny, Herv&#233;&#8230; Des adolescents ou des jeunes hommes qu'elle accompagne au quotidien, leur donnant des cours de fran&#231;ais, les aidant dans les proc&#233;dures administratives, cotisant pour l'achat de v&#233;los, etc. &#199;a a fini par lui prendre tellement d'&#233;nergie qu'elle a d&#233;cid&#233; d'en faire un emploi r&#233;mun&#233;r&#233; par le D&#233;partement, &#171; assistante familiale &#187;. Si &#231;a lui d&#233;pla&#238;t d'&#234;tre pay&#233;e par &#171; la Vassal &#187;, honnie pr&#233;sidente LR du Conseil d&#233;partemental, elle n'a pas vraiment le choix. En tout cas, ce qui la nourrit l&#224;-dedans n'est clairement pas l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre son projet de se rendre en Guin&#233;e pour la r&#233;gularisation d'un des &#171; gar&#231;ons &#187; et ses consid&#233;rations sur l'&#233;ventualit&#233; d'acheter un b&#339;uf pour c&#233;l&#233;brer un &#233;v&#233;nement, Fran&#231;oise a toujours en t&#234;te le bien-&#234;tre de ses prot&#233;g&#233;s. Et celui d'autres proches : qu'elle &#233;voque son ami Ahmed, en gal&#232;re et &#224; qui elle pr&#234;te souvent son appart, ou cette famille originaire de Mongolie dont la fille est autiste, il est &#233;vident qu'elle carbure &#224; la solidarit&#233;. Son antirides ? &#171; Je garde la p&#234;che gr&#226;ce aux gens &#187;, l&#226;che celle qui n'a pas d'enfants mais a lanc&#233; en vain une proc&#233;dure d'adoption pour Seydouba et M'Bamba. Il faut dire que l'entraide n'est pas &#224; sens unique : &#171; Heureusement qu'ils &#233;taient l&#224; pour m'aider quand j'&#233;tais handicap&#233;e par mon bras... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au temps qui passe, ce n'est pas une obsession : &#171; Je veux vieillir en donnant du sens &#224; mon existence. On ne vit pas que pour soi. Vivre c'est participer, &#233;changer, ne pas &#234;tre indiff&#233;rent &#224; ce qu'il y a autour de soi. &#187; Et tant pis pour les nombrils de ce monde, clairement agents de l'ennemi&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une affirmation confirm&#233;e par un t&#233;moin cit&#233; dans le dossier : &#171; Un CRS de la compagnie 3C a pouss&#233; la victime et un autre policier a alors attrap&#233; [son] bras et l'a projet&#233;e au sol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est dans ce cadre que je l'ai rencontr&#233;e. Voir l'article &lt;a href=&#034;https://www.cqfd-journal.org/Marseille-Occupy-la-psychiatrie&#034;&gt;&#171; Marseille, occupy la psychiatrie &#187;, CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;O&#249; elle a notamment travaill&#233; comme assistante d'un vieil &#233;crivain surr&#233;aliste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap</link>
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		<dc:date>2021-12-23T17:30:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. Mme M&#233;rieux est d&#233;c&#233;d&#233;e . C'&#233;tait attendu, mais c'est un rude coup pour Mme Lopez qui perd &#224; la fois sa ch&#232;re amie et la possibilit&#233; de papoter en espagnol, ce qui adoucissait son exil. Elle erre &#224; pr&#233;sent seule dans le couloir, avec son &#233;ternel gilet bleu et son plaid en polaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Troisi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/png/parental_advisory_label.svg.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH317/parental_advisory_label.svg-0947c.png?1779972897' width='500' height='317' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mme M&#233;rieux est d&#233;c&#233;d&#233;e&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le deuxi&#232;me &#233;pisode de cette chronique, &#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'&#233;tait attendu, mais c'est un rude coup pour Mme Lopez qui perd &#224; la fois sa ch&#232;re amie et la possibilit&#233; de papoter en espagnol, ce qui adoucissait son exil. Elle erre &#224; pr&#233;sent seule dans le couloir, avec son &#233;ternel gilet bleu et son plaid en polaire mauve sous le bras. Une semaine apr&#232;s le d&#233;c&#232;s, elle surprend Carine, une auxiliaire de vie, mettre dans un carton les produits de toilette que la famille a laiss&#233;s apr&#232;s avoir vid&#233; la chambre et le d&#233;poser &#224; l'office, pour que les filles qui le veulent se servent. C'est plus que Mme Lopez ne peut supporter : &#224; partir de ce moment-l&#224;, elle lui voue une haine farouche et ne manque pas une occasion de me rapporter, dans son &#171; frespagnol &#187; difficile &#224; saisir, tous les m&#233;faits r&#233;els ou suppos&#233;s de &#171; &lt;i&gt;Carina-la-mierda&lt;/i&gt; &#187;. Les larmes ne sont jamais bien loin. &#171; &lt;i&gt;Comparto tu pena&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je partage ta peine. &#187;&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, lui dis-je en lui prenant les mains. Elle soupire et, pour une fois, ne m'envoie pas balader.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Carine est une des plus anciennes auxiliaires : douze ans de maison. C'est une v&#233;ritable machine ; elle est capable d'encha&#238;ner vingt chambres dans la matin&#233;e, en plus des services du petit-d&#233;jeuner et du midi. &#171; &lt;i&gt;Comment tu fais ?&lt;/i&gt; &#187; je lui demande, admiratif, moi qui suis plut&#244;t fier d'arriver &#224; en faire douze &#224; pr&#233;sent. &#171; &lt;i&gt;Je carbure au L&#233;vothyrox&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hormone de synth&#232;se utilis&#233;e pour traiter l'hypothyro&#239;die.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; m'explique-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis &#224; part Carine, toutes les filles ou presque sont &#233;puis&#233;es, qu'elles soient AS ou ASH&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Aide-soignante &#187; et &#171; agente des services hospitaliers &#187; (auxiliaire de vie).&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Oh my God !, &lt;/i&gt;l&#226;che Aur&#233;lie en s'affalant sur une chaise, &#224; l'office. &lt;i&gt;Hier quand je suis rentr&#233;e chez moi, j'ai m&#234;me pas pu m'allonger tellement j'avais mal au dos !&lt;/i&gt; &#187; Elle n'a pas 20 ans. R&#233;mi, le seul mec aide-soignant de la maison en dehors des stagiaires de passage, en a 27 et ne souhaite &#224; personne de faire son boulot. Qu'il fait consciencieusement n&#233;anmoins. Sarah fulmine, sa fiche de paie &#224; la main : 1 400 et quelques, apr&#232;s retenue &#224; la source. Pourtant, elle a vingt-cinq ans de soins derri&#232;re elle et de sacr&#233;es responsabilit&#233;s : de quoi avoir les nerfs. Une autre dit qu'elle ne veut plus de doublure : &#171; &lt;i&gt;J'en ai form&#233; cinq cet &#233;t&#233;, elles se sont toutes barr&#233;es !&lt;/i&gt; &#187; Le cycle &#171; usure &#8211; absent&#233;isme - sous-effectif - usure &#187; est difficile &#224; enrayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la pause sur la terrasse, on se f&#233;licite d'un jour de repos &#224; venir, on maudit le planning et celle qui l'a con&#231;u, on m&#233;dit de l'&#233;quipe de la veille qui a laiss&#233; des merdes derri&#232;re elle. On cause permis de conduire, d&#233;marches pour la nationalit&#233;, mod&#232;les de perruques, &#233;tudes de marketing ou de m&#233;decine, bonnes adresses pour les ongles ou les cils, prix des billets pour rentrer au bled. Et des r&#233;sident&#183;es bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un matin &#224; 8 h, c'est la fiesta chez Mme Bordes : &#171; &lt;i&gt;Nique ta m&#232;re sur la Canebi&#232;re / Nique tes morts sur le Vieux-Port ! &#187;&lt;/i&gt;, braille la t&#233;l&#233;. &#171; &lt;i&gt;Bonjour Claudie, vous aimez le rap ?&lt;/i&gt; &#187;, je crie. &#171; &lt;i&gt;Non, &#231;a me met une t&#234;te comme &#231;a ! Regarde voir si tu trouves la t&#233;l&#233;commande sous le lit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mme Bordes a 63 ans, elle est ob&#232;se et a la jambe droite compl&#232;tement rong&#233;e par un staphylocoque dor&#233;. Elle semble irr&#233;m&#233;diablement &#233;chou&#233;e sur son lit, dont on ne peut la sortir qu'&#224; l'aide du treuil et de deux voire trois personnes. Elle ne quitte sa chambre que pour le repas du midi, quand les forces en pr&#233;sence sont suffisantes pour la lever. Pour cette occasion, elle ne manque pas de se maquiller, ce qui occupe une bonne partie de sa matin&#233;e. Elle garde le moral, adore plaisanter mais sait &#233;galement pousser la voix quand on tarde trop &#224; r&#233;pondre &#224; ses appels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur l'&#233;tag&#232;re de Mme Simonetti, de trente ans son a&#238;n&#233;e, je d&#233;couvre en passant la lavette une belle collection de romans d'amour. Elle peine &#224; les lire : les yeux, la tremblote ; mais heureusement l'amour se chante aussi. Une fois install&#233;e dans son fauteuil devant la porte de sa chambre, si on ne l'a pas contrari&#233;e pendant la toilette, elle aime &#224; chanter Dalida, Tino Rossi ou Petula Clark, d'une voix forte et encore bien assur&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Il m'a dit &#8220;c'&#233;tait pas si mal&#8221; avec la candeur infernale de sa jeuneeeesse !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dalida, &#171; Il venait d'avoir 18 ans &#187;.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;, clame-t-elle dans le couloir. Un bravo et des applaudissements retentissent ; Mme Simonetti remercie modestement, ravie de son petit succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour M. Nadal, les occasions de se distraire sont rares. Il n'a plus l'usage de la parole mais il comprend certaines choses, on le devine &#224; son regard. Il bat la cadence des deux jambes ou de la main pour passer le temps en attendant qu'on le nourrisse, qu'on le change ou qu'on le d&#233;place. Il a de grosses paluches d'ouvrier, il aime serrer fort la main, le poignet, le bras, tout en fixant son &#171; interlocuteur &#187; bien dans les yeux. C'est assez impressionnant au d&#233;but, on se demande si la grosse main ne va pas finir par vous saisir &#224; la gorge. Mais M. Nadal est un homme affectueux : alors que je lui fais manger sa Bl&#233;dine &#224; la petite cuill&#232;re, un matin, il me caresse le bras du bout des doigts, du coude jusqu'&#224; la main. Il fait partie des chouchous : Carine caresse son cr&#226;ne chauve et lui fait un gros c&#226;lin ; une autre coll&#232;gue lui tend sa main, qu'il porte avec lenteur &#224; sa bouche pour y poser un bisou humide. &#199;a la fait rire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Denis L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le deuxi&#232;me &#233;pisode de cette chronique, &#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles ! &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 193 (novembre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Je partage ta peine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Hormone de synth&#232;se utilis&#233;e pour traiter l'hypothyro&#239;die.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Aide-soignante &#187; et &#171; agente des services hospitaliers &#187; (auxiliaire de vie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dalida, &#171; Il venait d'avoir 18 ans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Autant ne pas bosser... &#187; </title>
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&lt;p&gt;&#171; Bon, c'est bien sympa les balades, tout &#231;a, mais le secret pour ne pas replonger dans le travail, c'est d'avoir une activit&#233;. &#187; Celle de David Snug , de son vrai nom Guillaume Cardin, c'est la musique avec son groupe Trotski nautique &#8211; synth&#233;, fl&#251;te &#224; bec et paroles poilantes &#8211; et surtout la BD. La derni&#232;re en date, D&#233;p&#244;t de bilan de comp&#233;tences (Nada, 2020), d&#233;nonce avec un humour aussi d&#233;capant que lib&#233;rateur le monde merveilleux du salariat, de l'usine au secteur associatif. Il nous a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/David-Snug" rel="tag"&gt;David Snug&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Trotski-nautique" rel="tag"&gt;Trotski nautique&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bon, c'est bien sympa les balades, tout &#231;a, mais le secret pour ne pas replonger dans le travail, c'est d'avoir une activit&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Celle de David Snug&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a eu plusieurs de groupe de musique, dont un pr&#233;nomm&#233; Dr Snuggle et MC (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, de son vrai nom Guillaume Cardin, c'est la musique avec son groupe Trotski nautique&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but 2021, sortira leur nouvel album, Boucherie. Comme d'habitude, leur CD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; synth&#233;, fl&#251;te &#224; bec et paroles poilantes &#8211; et surtout la BD. La derni&#232;re en date, &lt;i&gt;D&#233;p&#244;t de bilan de comp&#233;tences&lt;/i&gt; (Nada, 2020), d&#233;nonce avec un humour aussi d&#233;capant que lib&#233;rateur le monde merveilleux du salariat, de l'usine au secteur associatif. Il nous a racont&#233; comment il a tout arr&#234;t&#233;, par t&#233;l&#233;phone, en se baladant justement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1704.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH705/-1704-f0907.jpg?1779972898' width='500' height='705' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Planche sign&#233;e David Snug
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est le d&#233;terminisme social, au mieux tu finiras prof&lt;/i&gt; &#187; (Trotski nautique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#192; bas l'humanit&#233;, &#224; l'unanimit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (Idem)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quel moment as-tu d&#233;cid&#233; que le travail c'&#233;tait fini pour toi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vers 2008. J'&#233;tais animateur multim&#233;dia depuis dix ans, j'encha&#238;nais les emplois pr&#233;caires et je me suis retrouv&#233; &#224; la fin d'un contrat aid&#233;, qui ne menait encore une fois nulle part. Je les ai tous connus ces contrats : emploi jeune, CUI, CAE... L&#224;, j'&#233;tais &#224; mi-temps et je me suis dit qu'avec le RSA et les APL, je gagnerais presque autant si je ne travaillais pas. Alors, j'ai arr&#234;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le turbin semble ne t'avoir jamais fait r&#234;ver, mais en m&#234;me temps ton alter ego de BD d&#233;clare ceci : &#171; &lt;i&gt;Quand j'avais ton &#226;ge, je croyais que si on ne travaillait pas, on pouvait mourir&lt;/i&gt;... &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour mes parents ouvriers, c'&#233;tait un &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; : il &lt;i&gt;faut&lt;/i&gt; travailler. Mais peut-&#234;tre qu'inconsciemment, j'&#233;tais d&#233;j&#224; r&#233;ticent. J'ai le souvenir d'avoir &#233;t&#233; sermonn&#233; au lyc&#233;e parce que je n'avais aucun objectif professionnel. Je disais : &#8220;&lt;i&gt;Je m'en fous de ce que je veux faire, je vais aller en fac d'arts plastiques.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une question de classe sociale aussi. Quand tu es fils de m&#233;decin ou d'avocat, tu fais plus facilement des &#233;tudes de m&#233;decin ou d'avocat et tu as plus facilement des boulots int&#233;ressants. Par exemple, j'aurais bien aim&#233; aller aux Gobelins&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;cole publique post-bac, tr&#232;s r&#233;put&#233;e pour le cin&#233;ma d'animation, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; apprendre le dessin anim&#233; mais, comme c'est &#224; Paris, mes parents n'auraient pas pu me le payer. Je me disais : de toute fa&#231;on, s'il faut travailler, &#234;tre ex&#233;cutant dans un truc artistique c'est peut-&#234;tre moins pire. Mais si tu es condamn&#233; &#224; faire des boulots qui servent &#224; rien, alors autant ne pas bosser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as quand m&#234;me une dizaine de BD &#224; ton actif... On ne peut pas parler d'un travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non, le but n'est pas du tout d'en vivre. C'est une forme d'expression : depuis aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours dessin&#233;. &#192; un moment, il y a eu un fort mouvement de revendication dans la BD ; les gens disaient : &#8220;&lt;i&gt;On peut plus vivre de la BD, on arr&#234;te.&lt;/i&gt;&#8221; Moi je ne comprenais pas. Ce n'est pas une question d'en vivre ou non. Tu peux imprimer des fanzines, tu n'es pas forc&#233; de publier chez Delcourt. Et tu n'es pas non plus oblig&#233; d'en tirer un salaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est quoi ta pire exp&#233;rience de travail ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'ai fait &#8220;virage&#8221; dans une usine de camembert. Je rempla&#231;ais litt&#233;ralement un tron&#231;on de la cha&#238;ne qui servait de tournant car il y avait une panne. Je devais juste passer les cartons d'une machine &#224; l'autre. Pendant 8 heures. Tu as le temps de penser &#224; ce que tu fous l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, j'ai &#233;t&#233; animateur multim&#233;dia, donc en gros j'apprenais &#224; des retrait&#233;s &#224; se servir d'Internet et de Gmail. C'est s&#251;r que c'est moins fatigant moralement que l'usine, mais, sous couvert de bosser dans le social, tu travailles en r&#233;alit&#233; pour Google. En plus de &#231;a, il y a ce truc des boulots associatifs : on te dit &#8220;&lt;i&gt;Tu es mal pay&#233; mais tu sers &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&#8221;, donc tu n'h&#233;sites pas &#224; multiplier les heures sup'. Cette culpabilit&#233; n'existe pas &#224; l'usine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans&lt;i&gt; D&#233;p&#244;t de bilan de comp&#233;tences&lt;/i&gt;, tu dis que tu ne bois pas et ne te drogues pas. Tu as tout arr&#234;t&#233; en m&#234;me temps ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une fois, j'&#233;tais avec un copain qui se tapait des plans de merde d'intermittent, du genre : d&#233;placer des plantes dans un centre d'expo. Il m'a dit : &#8220;&lt;i&gt;Imagine si on ne buvait pas et si on ne fumait pas, le RSA suffirait.&lt;/i&gt;&#8221; Et c'est vrai. J'ai arr&#234;t&#233; un peu avant de stopper le travail. J'&#233;tais int&#233;ress&#233; par la pens&#233;e &lt;i&gt;straight edge&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-culture punk qui ne consomme aucune drogue r&#233;cr&#233;ative.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, la bouffe vegan... &#199;a m'a aid&#233; dans ma r&#233;flexion quand je me demandais comment vivre sans travailler. Parfois, j'aimerais d'ailleurs bien faire des BD sur le v&#233;ganisme ou l'antisp&#233;cisme, mais c'est souvent moralisant, et les trucs moralisants me font chier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu cites pas mal de r&#233;f&#233;rences politiques, notamment l'anarchiste am&#233;ricain Bob Black qui a &#233;crit un livre en 1985 : &lt;i&gt;L'Abolition du travail&lt;/i&gt;... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re fois que j'ai lu Bob Black, je pensais que c'&#233;tait une blague. J'avais 18 ou 19 ans, un pote m'avait fil&#233; son bouquin en photocopies. &#192; l'&#233;poque, pour moi, la question ne se posait pas : on na&#238;t, on travaille, on meurt. J'ai mis du temps &#224; comprendre qu'il y avait autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, j'ai vite &#233;t&#233; attir&#233; par tout ce qui &#233;tait libertaire. En musique, plus jeune, j'&#233;coutais du punk genre Joy Division. Je me souviens avoir lu quelque part une interview de Peter Hook, le bassiste du groupe. Il racontait que, quand il &#233;tait gamin, il avait &#233;t&#233; &#224; un concert de Deep Purple. Certes, &#231;a lui avait plu, mais il s'&#233;tait dit que ce n'&#233;tait pas pour lui. Par contre, apr&#232;s voir vu les Sex Pistols, il a achet&#233; une basse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En BD c'est pareil, parmi celles que tu aimes, il n'y en a que certaines qui te donnent envie de passer &#224; la pratique. Moi, d&#232;s qu'il y a un c&#244;t&#233; &#8220;On sait pas en faire mais on s'en fout on fait&#8221;, j'aime bien. Dans les ann&#233;es 1990, l'Association&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maison d'&#233;dition associative de bandes dessin&#233;es alternatives.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; est arriv&#233;e : je ne vais pas dire qu'ils ne savaient pas faire de BD, mais le niveau de dessin n'&#233;tait pas hyper chiad&#233; : c'&#233;tait en noir et blanc, presque &#224; l'arrache. &#199;a m'a int&#233;ress&#233; alors qu'au lyc&#233;e je d&#233;testais la BD. Tout le monde en lisait : des trucs d'heroic fantasy, de super-h&#233;ros. Je ne comprenais pas. C'est quand j'ai d&#233;couvert Robert Crumb ou Joe Matt, des &#339;uvres autobiographiques, que je me suis dit : &#8220;Ah ouais, tu peux raconter ta vie en BD, tu n'es pas oblig&#233; de dessiner des gens qui se battent &#224; chaque page.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as longtemps publi&#233; plusieurs planches par semaine sur Facebook et sur ton blog... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#202;tre sur Facebook ou Instagram me bouffait tout mon temps. En plus de &#231;a, ce qui est horrible, c'est que tu t'adaptes &#224; ce que tu sais qui va marcher ou pas. Par exemple, je voulais dessiner sur le groupe de musique Songs : Ohia&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui s'est form&#233; autour du musicien Jason Molina.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, puis au final je me retrouvais &#224; faire quelque chose sur Bruno Le Maire, parce que c'&#233;tait dans l'air du temps. C'est s&#251;r, j'aimais bien l'id&#233;e que tout le monde puisse lire gratuitement mes cr&#233;ations, mais les b&#233;nef' vont au final aux GAFAM. Du coup, j'ai arr&#234;t&#233; Google le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; septembre et &#231;a va. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu arr&#234;tes vraiment plein de choses...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est mon truc. &#192; la fin, je serai super chiant. Et je ne suis pas loin de la fin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a eu plusieurs de groupe de musique, dont un pr&#233;nomm&#233; Dr Snuggle et MC Jacqueline. De Snuggle, il est pass&#233; &#224; &#8220;Snug&#8221;. Puis il a d&#233;couvert que &lt;i&gt;snug&lt;/i&gt; voulait dire &#8220;douillet&#8221; en anglais. Donc il a rajout&#233; David. &#171; &lt;i&gt;Quatorze ans que &#231;a dure, c'est le probl&#232;me des pseudos.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but 2021, sortira leur nouvel album, &lt;i&gt;Boucherie&lt;/i&gt;. Comme d'habitude, leur CD sera vendu un euro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;cole publique post-bac, tr&#232;s r&#233;put&#233;e pour le cin&#233;ma d'animation, la photographie, les industries graphiques...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-culture punk qui ne consomme aucune drogue r&#233;cr&#233;ative.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maison d'&#233;dition associative de bandes dessin&#233;es alternatives.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui s'est form&#233; autour du musicien Jason Molina.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Refuser l'Ehpad</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Refuser-l-Ehpad</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Nombre de r&#233;sidents de maisons de retraite n'ont pas choisi d'y entrer : cette d&#233;cision fut surtout celle de leurs proches ou des professionnels de sant&#233;. Rencontr&#233;s dans le P&#233;rigord, Jean et Esther r&#233;sistent encore &#224; la pression sociale. Un refus qui se con&#231;oit : entre libert&#233;s restreintes &#224; cause du Covid et recours massif aux psychotropes, ces &#233;tablissements prennent parfois l'allure d'institutions totales. &#194;g&#233; de 92 ans, Jean est d'un autre temps. Paysan dans le P&#233;rigord noir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alex-Less" rel="tag"&gt;Alex Less&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/residents-d-Ehpad" rel="tag"&gt;r&#233;sidents d'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nombre de r&#233;sidents de maisons de retraite n'ont pas choisi d'y entrer : cette d&#233;cision fut surtout celle de leurs proches ou des professionnels de sant&#233;. Rencontr&#233;s dans le P&#233;rigord, Jean et Esther r&#233;sistent encore &#224; la pression sociale. Un refus qui se con&#231;oit : entre libert&#233;s restreintes &#224; cause du Covid et recours massif aux psychotropes, ces &#233;tablissements prennent parfois l'allure d'institutions totales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3547 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1700-d67b0.jpg?1779811801' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#194;g&#233; de 92 ans, Jean est d'un autre temps. Paysan dans le P&#233;rigord noir (Dordogne), il a toute sa vie &#233;t&#233; confront&#233; aux privations, aux coups de sang des b&#234;tes et aux durs travaux de b&#251;cheronnage. Aujourd'hui encore, il fait face : c'est avec vigueur qu'il refuse la maison de retraite. &#171; &lt;i&gt;Je suis bien chez moi &#224; la ferme. Quoi qu'il arrive, je pr&#233;f&#232;re mourir ici&lt;/i&gt; &#187;, commente-t-il, regard bleu et d&#233;termin&#233;. Aux Eyzies, en lisi&#232;re d'une grande ch&#234;naie, le vieillard sort encore pour faucher l'all&#233;e, rentrer quelques b&#251;ches ou ramasser des truffes avec son border collie. C'est dans la sobri&#233;t&#233; de sa cuisine, pr&#232;s du po&#234;le, qu'il re&#231;oit ses repas livr&#233;s &#224; domicile, l'aide m&#233;nag&#232;re, son m&#233;decin traitant et ses visiteurs. Afin de s'&#233;viter un voyage sans retour, Jean a d&#233;cid&#233; de ne plus jamais monter dans le moindre v&#233;hicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que sa fille s'inqui&#232;te, elle qui vit &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224; : &#171; &lt;i&gt;Je suis en permanence dans la crainte qu'il ait un accident et que l'on ne soit pas l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Sc&#233;nario classique : dans l'esprit des proches, la solution de l'Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) s'impose souvent peu &#224; peu, &#224; mesure que les t&#226;ches quotidiennes ou l'&#233;tat psychique du parent deviennent trop lourds &#224; g&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution elle-m&#234;me n'est pourtant pas sans danger. Le sujet restant tabou, le m&#233;decin de Jean pr&#233;f&#232;re rester anonyme : &#171; &lt;i&gt;En entrant en Ehpad, certains anciens se d&#233;gradent tr&#232;s vite, physiquement et psychologiquement. Nous appelons &#231;a le syndrome de glissement.&lt;/i&gt; &#187; Il ajoute : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que la vie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Le fait d'assurer la p&#233;rennit&#233; du corps ou bien une situation o&#249; la dignit&#233;, la sant&#233; mentale et la libert&#233; demeurent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Selon moi, on devrait respecter le refus de Jean, accepter la perspective d'un accident. Sauf que formuler les choses en ces termes est devenu compliqu&#233;. L'&#233;poque est au contr&#244;le et au risque z&#233;ro.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Placement impos&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La campagne p&#233;rigourdine regorge de r&#233;sistances ordinaires &#224; la maison de retraite. Sur les hauteurs du Bugue, un village de 2 500 habitants, Esther est encore autonome, &#224; 96 ans. Du haut de son m&#232;tre cinquante, cette vieille canaille joue th&#233;&#226;tralement l'incompr&#233;hension quand on &#233;voque l'Ehpad et minimise les cons&#233;quences de ses pertes de m&#233;moire. Un num&#233;ro suffisant, pour l'instant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, lorsque les familles h&#233;sitent, certains professionnels de la g&#233;riatrie tentent de les rassurer afin de rendre le passage en institution plus acceptable pour tout le monde : ici on promet un repas d'accueil avec toute la famille, l&#224; la possibilit&#233; pour le r&#233;sident d'avoir des objets personnels dans les chambres. Parfois, face &#224; la r&#233;sistance des anciens, les proches, souvent en d&#233;tresse, en viennent &#224; inventer des arguments fallacieux : &#171; &lt;i&gt;Ce ne sera que pour quelques jours&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Tu as besoin de faire des examens&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, l'entr&#233;e en institution est fr&#233;quemment ressentie comme impos&#233;e, ainsi que l'a montr&#233; une enqu&#234;te effectu&#233;e par la Drees&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Direction de la recherche, des &#233;tudes, de l'&#233;valuation et des statistiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en l'an 2000 aupr&#232;s de plusieurs milliers de r&#233;sidents. Pour la plupart, c'est la famille (37 %) et les professionnels de sant&#233; (21 %) qui avaient d&#233;cid&#233; qu'ils ne pouvaient plus rester chez eux. Pass&#233;s de &#171; sujets &#187; &#224; &#171; objets &#187; de placement, certains anciens supportent alors tr&#232;s mal les espaces priv&#233;s r&#233;duits, l'impossibilit&#233; de sortir ou encore les contraintes horaires impos&#233;es pour les repas ou la toilette.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serrage de vis covidien&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si la perspective du placement en institution n'a jamais fait r&#234;ver Esther et Jean, il y a peu de chances que la crise sanitaire les fasse changer d'avis : ind&#233;niablement, la gestion de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 a accru la restriction des libert&#233;s pour les r&#233;sidents d'Ehpad, priv&#233;s d'espaces communs pour &#233;viter les contaminations. &#171; &lt;i&gt;Le droit &#224; la vie, &#224; la sant&#233; morale et le principe de sauvegarde de la dignit&#233; humaine ont &#233;t&#233; oubli&#233;s au profit relatif d'un sommaire droit &#224; la sant&#233;&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tait indign&#233; le collectif Alliance R&#233;sidents Proches, dans une tribune publi&#233;e par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; en juin dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps, quand elles n'&#233;taient pas carr&#233;ment interdites, les visites des familles se sont souvent faites sans aucun contact physique, &#224; travers une vitre de Plexiglas ; surveill&#233;es et limit&#233;es un peu comme un rendez-vous au parloir d'une prison. Et pour les f&#234;tes de No&#235;l 2020, de nombreux anciens n'ont pas pu passer le r&#233;veillon avec leurs proches en raison de protocoles sanitaires des plus stricts (parfois plusieurs tests PCR et une mise en quarantaine au moment du retour en institution).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Soins b&#226;cl&#233;s et cachets&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Manque de moyens oblige, l'Ehpad est trop souvent un lieu de perte de sens o&#249; le personnel, confront&#233; &#224; des exigences de rentabilit&#233; et de productivit&#233;, est contraint de b&#226;cler les soins. Les t&#233;moignages des ravages du taylorisme qui s'y applique ne manquent d'ailleurs pas : 15 minutes pour s'occuper de la toilette, de l'habillement, du petit-d&#233;jeuner et des m&#233;dicaments d'un r&#233;sident r&#233;veill&#233; aux aurores ; une aide-soignante et une auxiliaire de vie seulement pour assurer la garde de nuit dans une structure accueillant 100 personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de restriction permanente o&#249; le personnel n'a pas le temps de prendre correctement &lt;i&gt;soin&lt;/i&gt; des r&#233;sidents, parfois d&#233;ments, angoiss&#233;s ou d&#233;pressifs, le recours &#224; la chimie est devenu une facilit&#233;. En avril 2015, &lt;i&gt;La Revue de g&#233;riatrie&lt;/i&gt; publiait les r&#233;sultats d'une large enqu&#234;te men&#233;e sur le sujet : sur plus de 35 000 r&#233;sidents d'Ehpad interrog&#233;s, environ 16 % consommaient des neuroleptiques, pr&#232;s de 48 % &#233;taient sous antid&#233;presseurs et 41,8 % &#233;taient depuis des ann&#233;es sous benzodiaz&#233;pines (Xanax et Lexomil par exemple). Et ce, en d&#233;pit des recommandations qui limitent l'usage de ces derniers &#224; 12 semaines en raison de leur toxicit&#233; et des probl&#232;mes de d&#233;pendance qu'ils occasionnent. Enfin, 16,4 % des ordonnances chroniques contenaient au moins trois psychotropes, alors que les personnes &#226;g&#233;es sont tr&#232;s expos&#233;es aux effets secondaires et aux risques des interactions m&#233;dicamenteuses. Un argument de plus pour Jean et Esther ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les employ&#233;s aussi r&#233;sistent&lt;/h3&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale des grands m&#233;dias, &#224; Artix, en B&#233;arn, le 18 d&#233;cembre 2020, les salari&#233;s de l'Ehpad &lt;i&gt;Les Jardins d'Iroise&lt;/i&gt; ont entam&#233; une gr&#232;ve. Quelques jours auparavant, les personnels d'&#233;tablissements situ&#233;s &#224; Boll&#232;ne (Vaucluse) et Veynes (Hautes-Alpes) avaient eux aussi engag&#233; un bras de fer avec leur direction. Les applaudissements aux fen&#234;tres ne sont plus qu'un vague souvenir et les promesses institutionnelles ont un go&#251;t amer : pr&#233;sent&#233; en 2006, le plan gouvernemental &#171; Solidarit&#233; grand &#226;ge &#187; avait promis une augmentation importante du personnel des Ehpad. Depuis, les ARH (Agences r&#233;gionales de l'hospitalisation), suivies des ARS (Agences r&#233;gionales de sant&#233;, cr&#233;&#233;es en 2010), ont surtout trac&#233; les jalons de la marchandisation du soin, notamment via le d&#233;veloppement significatif du secteur priv&#233; et des m&#233;canismes de concurrence. D&#233;sormais, cinq grands groupes (Korian, Orpea, DomusVi, Colis&#233;e et Domidep) poss&#232;dent &#224; eux seuls pr&#232;s de 900 &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Direction de la recherche, des &#233;tudes, de l'&#233;valuation et des statistiques (il s'agit de l'enqu&#234;te &#171; EHPA 2000 &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une Longwy de luttes</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Bonetti</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un petit gars de Nanterre qui a connu les barricades de Mai 68 et la lutte antifranquiste avant de jeter l'ancre en Lorraine. D&#232;s 1979, il &#233;tait aux c&#244;t&#233;s des sid&#233;rurgistes qui ferraillaient contre la fermeture des hauts fourneaux. Deux d&#233;cennies plus tard, il se battait encore contre les d&#233;localisations. Aujourd'hui, G&#233;rard Lagorce reste un des piliers de la CGT du bassin de Longwy. Portrait. D&#232;s que ses actuels soucis de sant&#233; le laisseront en paix, s&#251;r que G&#233;rard (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Placid" rel="tag"&gt;Placid&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/systeme-capitaliste" rel="tag"&gt;syst&#232;me capitaliste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un petit gars de Nanterre qui a connu les barricades de Mai 68 et la lutte antifranquiste avant de jeter l'ancre en Lorraine. D&#232;s 1979, il &#233;tait aux c&#244;t&#233;s des sid&#233;rurgistes qui ferraillaient contre la fermeture des hauts fourneaux. Deux d&#233;cennies plus tard, il se battait encore contre les d&#233;localisations. Aujourd'hui, G&#233;rard Lagorce reste un des piliers de la CGT du bassin de Longwy. Portrait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3546 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH582/-1699-ea6e4.jpg?1779619250' width='500' height='582' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Placid
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s que ses actuels soucis de sant&#233; le laisseront en paix, s&#251;r que G&#233;rard Lagorce retournera au combat. &#192; 73 ans, il le dit tout net : &#171; &lt;i&gt;Je ne con&#231;ois pas ma vie autrement que dans la lutte. Je me sens vivant quand je me bagarre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je me souviens de ce jour d'avril 2019 o&#249; G&#233;rard accompagnait un cort&#232;ge protestant contre la loi Blanquer et &#171; &lt;i&gt;l'inadmissible devoir d'exemplarit&#233;&lt;/i&gt; &#187; qu'elle exigeait des profs. Apr&#232;s un d&#233;fil&#233; &#171; plan-plan &#187;, les manifestants s'&#233;taient symboliquement b&#226;illonn&#233;s devant la permanence du d&#233;put&#233; macroniste de la troisi&#232;me circonscription de Meurthe-et-Moselle &#8211; celle de Longwy. Sous l'&#339;il agac&#233; des flics, le vieux bonhomme, appuy&#233; sur sa canne, entreprit de d&#233;corer l'entr&#233;e du local avec des autocollants d&#233;non&#231;ant les violences polici&#232;res et l'impunit&#233; des forces de l'ordre, &#171; &lt;i&gt;rarement exemplaires, elles&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois de plus, G&#233;rard avait tent&#233; d'&#233;lever le niveau de radicalit&#233; du rassemblement. Une habitude : dans les d&#233;fil&#233;s syndicaux comme avec les Gilets jaunes, je l'ai souvent vu faire des doigts d'honneur aux CRS en t&#234;te de cort&#232;ge. Puis esquiver, en d&#233;pit de sa d&#233;marche claudicante, quantit&#233; de lacrymog&#232;nes et autres grenades de d&#233;sencerclement. Je l'ai aussi aper&#231;u bloquer un centre des imp&#244;ts avec ses potes &#171; vieux fourneaux &#187;, emmurer la permanence d'un autre d&#233;put&#233; (socialiste, celui-l&#224;), diriger une manifestation vers une autoroute et la rendre pi&#233;tonne le temps d'un apr&#232;s-midi... Et puis, tiens : rire aux &#233;clats en entrant dans le tribunal qui devait le juger pour cette derni&#232;re affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais G&#233;rard Lagorce, c'est surtout l'une des chevilles ouvri&#232;res de la CGT de Longwy. Toujours au four et au moulin, tractant &#224; l'entr&#233;e des derni&#232;res usines du coin comme sur les march&#233;s, essayant de convaincre, organisant ce qu'il peut. Un type tout en d&#233;termination, au milieu d'une &#233;quipe de joyeuses t&#234;tes blanches. &#171; &lt;i&gt;Mais merde, ils sont o&#249; les jeunes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore-t-il parfois. Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;Je me sens quand m&#234;me vachement plus anarchiste que les autres...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sur les barricades du Quartier latin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1968. G&#233;rard Lagorce est &#233;tudiant en psychologie &#224; la facult&#233; de Nanterre &#8211; la ville o&#249; il est n&#233;, la banlieue o&#249; il vit. Et il se souvient : &#171; &lt;i&gt;Les &#8220;grands penseurs&#8221; disaient : &#8220;La France s'ennuie.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; La France peut-&#234;tre, mais certainement pas lui, cofondateur du Groupe anarchiste de Nanterre : &#171; &lt;i&gt;Il y avait des manifestations r&#233;guli&#232;res contre la guerre au Vietnam, de nombreux mouvements ouvriers. Et, d&#233;but 1968, une vitrine d'une enseigne am&#233;ricaine a vol&#233; en &#233;clats ; un camarade a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. Ceci, coupl&#233; &#224; nos revendications contre la non-mixit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; la cit&#233; universitaire de Nanterre, gar&#231;ons et filles dormaient dans des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;les mati&#232;res enseign&#233;es qui nous formaient en bons petits soldats du syst&#232;me capitaliste ou sur la pauvret&#233; des &#233;tudiants, nous a pouss&#233;s le 22 mars &#224; occuper la tour centrale de la fac. Tous les groupes gauchistes &#233;taient repr&#233;sent&#233;s : les maos, les Enrag&#233;s, les anars, etc.&lt;/i&gt; &#187; Membre de la commission &#171; Travailleurs-&#233;tudiants &#187;, G&#233;rard Lagorce est dans son &#233;l&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 10 mai, c'est la fameuse Nuit des barricades. G&#233;rard en est. Les pav&#233;s sont d&#233;chauss&#233;s, des voitures renvers&#233;es. On passe des soir&#233;es enti&#232;res &#224; refaire le monde et &#224; &#233;chafauder des plans pour &#233;jecter De Gaulle &#171; &lt;i&gt;et son monde&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations s'encha&#238;nent, massives, jusqu'&#224; ce que la r&#233;cup&#233;ration par les partis politiques et &#171; &lt;i&gt;l'entr&#233;e en n&#233;gociation de la CGT&lt;/i&gt; &#187; conduisent &#224; l'essoufflement du mouvement. Beaucoup de protestataires rentrent dans le rang. Certains deviendront &#171; &lt;i&gt;des intellos, des cadres du syst&#232;me capitaliste, comme Daniel Cohn-Bendit, un copain &#224; l'&#233;poque&lt;/i&gt; &#187;. G&#233;rard Lagorce, lui, ne retournera jamais sa veste.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La lutte arm&#233;e a son int&#233;r&#234;t &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand vient le moment d'&#233;voquer sa participation &#224; la lutte antifranquiste, le moustachu &#224; l'&#339;il rieur se fait plus vague : &#171; &lt;i&gt;Ce qui est dans la clandestinit&#233; doit le rester. Je te fais confiance, &lt;/i&gt;me dit ce papa divorc&#233;,&lt;i&gt; mais m&#234;me &#224; mes enfants je n'ai pas donn&#233; de d&#233;tails.&lt;/i&gt; &#187; Je saurai juste qu'apr&#232;s un an &#224; travailler pour la revue &lt;i&gt;Noir et Rouge&lt;/i&gt;, il se rapproche d'une organisation de libertaires espagnols. &#171; &lt;i&gt;On a fait quelques trucs violents, mais on n'a jamais assassin&#233;. Avec mon petit groupe, quand on agissait avec des armes, celles-ci n'&#233;taient pas charg&#233;es. On ne voulait pas &#234;tre des meurtriers.&lt;/i&gt; &#187; Auraient-ils fait des braquages pour r&#233;colter de l'argent destin&#233; aux antifranquistes en Espagne ? Myst&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces ann&#233;es-l&#224;, G&#233;rard Lagorce me confie uniquement ses r&#233;flexions : &#171; &lt;i&gt;La lutte arm&#233;e a son int&#233;r&#234;t, en fonction de l'&#233;poque et des circonstances. Action directe ou la Fraction arm&#233;e rouge avaient raison. Mais ils ont fait l'erreur de penser qu'on pouvait mener des actions ultraviolentes sans qu'il y ait un contexte de soutien populaire, ce qui les a amen&#233;s &#224; se faire d&#233;foncer politiquement et polici&#232;rement. Et ce, m&#234;me si les gens qu'ils ont tu&#233;s &#233;taient responsables de beaucoup d'horreurs. La violence premi&#232;re est celle du syst&#232;me capitaliste, avec sa colonisation, son exploitation, ses morts au travail, etc.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Longwy n'est pas un long fleuve tranquille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1979, on retrouve G&#233;rard Lagorce &#224; un point chaud de l'Hexagone : Longwy. Il est devenu psychologue au centre m&#233;dico-psycho-p&#233;dagogique de la ville. Son objectif : offrir des soins avec l'enfant et ses parents. &#171; &lt;i&gt;Le &#8220;avec&#8221; est important. On n'&#233;tait pas l&#224; pour voir dans la t&#234;te des gens, &lt;/i&gt;explique-t-il,&lt;i&gt; mais pour essayer de construire ensemble des choses pour les rendre autonomes et capables de dominer leurs troubles.&lt;/i&gt; &#187; Dans la ligne antipsychiatrique du Sud-Africain David Cooper, prenant en compte l'impact de la soci&#233;t&#233;, l'asservissement inculqu&#233; &#224; l'&#233;cole, &#224; l'arm&#233;e ou &#224; l'&#233;glise, G&#233;rard n'oublie pas ce qui l'entoure : Longwy est l'un des bastions sid&#233;rurgiques les plus importants d'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militant a adh&#233;r&#233; &#224; la CFDT, attir&#233; par la ligne autogestionnaire qu'elle d&#233;fend alors. Quand &#171; &lt;i&gt;Giscard et sa clique&lt;/i&gt; &#187; pondent leur plan de restructuration de la sid&#233;rurgie, qui pr&#233;voit la suppression de milliers d'emplois dans les usines du bassin de Longwy, son syndicat entre tout de suite en action. D&#233;bordant la CGT toute puissante par la gauche, il va mener d'innombrables op&#233;rations coup de poing : attaques du commissariat de police, kidnapping de Johnny Hallyday (le 8 mars 1979 apr&#232;s un concert &#224; Metz), vol de la Coupe de France de football (dans une vitrine du FC Nantes), etc. La CFDT de Longwy distribue aussi son journal &#224; tendance anarchiste et &#233;crit par des ouvriers, &lt;i&gt;L'Insurg&#233; du crassier&lt;/i&gt;. Quelques mois durant, le pouvoir s'inqui&#232;te de voir une r&#233;volution partir de Longwy. Puis vient le temps des n&#233;gociations syndicales pour les primes de licenciement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rard quitte alors la CFDT devenue r&#233;formiste pour rejoindre le groupe autonome Longwy 79-84, au sein duquel il m&#232;nera des actions radicales nourries par la trahison des socialistes et communistes : au pouvoir &#224; partir de 1981, ce sont eux qui liquideront la sid&#233;rurgie de Longwy.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Daewoo et des bas&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la dissolution de son groupe, G&#233;rard Lagorce rejoint la CGT. &#192; la fin des ann&#233;es 1990, il est d&#233;j&#224; l'un des piliers de l'union locale lorsque les &#171; usines-tournevis&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Usine d'assemblage de produits fabriqu&#233;s &#224; partir de pi&#232;ces import&#233;es : une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, gav&#233;es d'argent public, d&#233;cident de d&#233;localiser. JVC, Panasonic ou Daewoo vont mettre sur la paille des milliers d'employ&#233;s. Vingt ans apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de 1979, le bassin de Longwy entre de nouveau en &#233;bullition. G&#233;rard Lagorce en est, comme toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, quand il n'est pas au local de la CGT &#224; r&#226;ler contre son syndicat &#171; &lt;i&gt;trop mou&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;referm&#233; sur lui-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;, on peut le croiser &#224; Bure (Meuse), mobilis&#233; contre le projet d'enfouissement de d&#233;chets nucl&#233;aires. Parfois, c'est dans un camping anarchiste qu'on tombe sur lui. Et bien s&#251;r, on le voit en manifestation, le micro &#224; la main... Quand il a les jambes, il rejoint la t&#234;te du cort&#232;ge, &#233;quip&#233; d'un masque, de lunettes de fortune et de son fameux maillot de rugby des All Blacks : &#171; &lt;i&gt;Tout noir, parce qu'elle me va bien, cette couleur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;S&#233;bastien Bonetti&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; la cit&#233; universitaire de Nanterre, gar&#231;ons et filles dormaient dans des b&#226;timents distincts et n'avaient pas le droit de s'y rendre visite.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Usine d'assemblage de produits fabriqu&#233;s &#224; partir de pi&#232;ces import&#233;es : une entourloupe pour p&#233;n&#233;trer un march&#233; prot&#233;g&#233; en faisant passer des biens d'importation pour de la production locale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>De plastique et d'os</title>
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		<dc:creator>Beno&#238;t Godin</dc:creator>


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		<dc:subject>Filipe Nunes</dc:subject>
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		<dc:subject>parc</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bon &#233;l&#232;ve autoproclam&#233; de la transition verte, le Portugal a autoris&#233; en octobre 2019 l'extension de monocultures intensives sous plastique en plein milieu d'un parc naturel. La surface des sols occup&#233;s par d'interminables serre-tunnels pourrait bient&#244;t y tripler. Encore une fois, la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts financiers ouvre le champ, en toute connaissance de cause, &#224; un d&#233;sastre &#233;cologique. Tout autant qu'humain : suivant le sinistre mod&#232;le andalou, cette agro-industrie pr&#233;datrice a massivement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/parc" rel="tag"&gt;parc&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bon &#233;l&#232;ve autoproclam&#233; de la transition verte, le Portugal a autoris&#233; en octobre 2019 l'extension de monocultures intensives sous plastique en plein milieu d'un parc naturel. La surface des sols occup&#233;s par d'interminables serre-tunnels pourrait bient&#244;t y tripler. Encore une fois, la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts financiers ouvre le champ, en toute connaissance de cause, &#224; un d&#233;sastre &#233;cologique. Tout autant qu'humain : suivant le sinistre mod&#232;le andalou, cette agro-industrie pr&#233;datrice a massivement recours &#224; une main-d'&#339;uvre immigr&#233;e amen&#233;e &#224; travailler et vivre dans des conditions r&#233;voltantes. Ici comme ailleurs, l'espoir vient des populations qui, localement, organisent la lutte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3545 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH474/-1698-5411a.jpg?1779680169' width='500' height='474' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Collage 6Col
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette r&#233;gion a d'abord &#233;t&#233; class&#233;e comme aire de paysage prot&#233;g&#233;. Et c'est vrai qu'ici le paysage a en soi une valeur exceptionnelle qu'il faut pr&#233;server.&lt;/i&gt; &#187; Nous avons retrouv&#233; Nuno Carvalho &#224; la terrasse d'un caf&#233; d'Odeceixe, joli village situ&#233; &#224; la limite entre Algarve et Alentejo. Nous sommes au centre du &#171; Parque Natural do Sudoeste Alentejano e Costa Vicentina &#187;, une zone class&#233;e Natura 2000 qui s'&#233;tend sur quelque 110 kilom&#232;tres le long de la magnifique c&#244;te sud-ouest du Portugal. Pourtant, &#224; une poign&#233;e de kilom&#232;tres de l&#224;, d'immenses serres saturent l'horizon&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuno, ing&#233;nieur en environnement, est l'un des membres fondateurs de Juntos pelo Sudoeste (&#171; Ensemble pour le Sud-Ouest &#187;), collectif cr&#233;&#233; en r&#233;action &#224; l'autorisation d'extension de ces champs de plastique. Il d&#233;roule l'historique : &#171; &lt;i&gt;Il y avait d&#233;j&#224;, avant la cr&#233;ation du parc en 1995, un p&#233;rim&#232;tre d'irrigation d&#233;pendant de la rivi&#232;re Mira et du barrage de Santa Clara, mais essentiellement &#224; destination des habitants et d'une agriculture extensive. Il y a vingt ans, des multinationales se sont rendu compte qu'il y avait ici le climat parfait pour produire des fruits rouges &#8211; framboises, fraises, myrtilles... Une production tr&#232;s lucrative, notamment gr&#226;ce au boum de la demande dans les pays du nord de l'Europe, mais extr&#234;mement gourmande en eau. Or l'eau est ici particuli&#232;rement bon march&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le niveau du lac de barrage &#233;tait au plus bas en 2020 : l'eau habituellement pr&#233;lev&#233;e par gravit&#233; doit maintenant &#234;tre pomp&#233;e m&#233;caniquement&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Berry Boom in the Wild Southwest &#187;, Eco 123 n&#176; 29 (&#233;t&#233; 2020).&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Et ce, alors m&#234;me que les monocultures sous serre n'occupent encore &#171; que &#187; 1 500 hectares du parc naturel sur les 4 800 programm&#233;s. Certains voudraient y voir l'effet de la seule baisse de la pluviom&#233;trie, mais l'explication para&#238;t insuffisante au vu des courbes d'&#233;volution du volume d'eau disponible et de la surface des serres, parfaitement invers&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'approvisionnement en eau repr&#233;sente le probl&#232;me le plus urgent, les d&#233;g&#226;ts caus&#233;s par cette invasion de monocultures intensives &#8211; appauvrissement et artificialisation des sols, pollution&#8230; &#8211; sont innombrables et mettent &#224; mal tout l'&#233;cosyst&#232;me de la r&#233;gion. &#171; &lt;i&gt;Une des sp&#233;cificit&#233;s du parc, &lt;/i&gt;note ainsi Nuno,&lt;i&gt; ce sont ses mares &#233;ph&#233;m&#232;res, des foyers de biodiversit&#233; qui accueillent des esp&#232;ces rares et menac&#233;es. Plus de la moiti&#233; ont &#233;t&#233; d&#233;truites ces derni&#232;res ann&#233;es&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Greenwashing d'&#201;tat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les compagnies agro-industrielles, qui produisent &#233;galement des fleurs ornementales et du gazon, n'ont pas &#233;t&#233; attir&#233;es ici que par les conditions naturelles favorables : elles appr&#233;cient &#233;galement l'accueil plus que conciliant des autorit&#233;s politiques. &#171; &lt;i&gt;Au Portugal, il n'y pas besoin d'autorisation pour installer une exploitation agricole,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Nuno. Une &lt;i&gt;&#233;tude d'impact n'est exig&#233;e qu'&#224; partir de 50 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;hectares. Les entreprises ach&#232;tent donc des parcelles plus petites et &#224; la fin, on obtient des exploitations de centaines d'hectares&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! La loi prend en compte cet impact cumulatif, mais rien n'a jamais &#233;t&#233; mis en place pour le contr&#244;ler.&lt;/i&gt; &#187; Plus encore qu'une r&#233;glementation trop permissive, le manque de contr&#244;le est en effet le souci majeur. &#171; &lt;i&gt;L'Institut pour la conservation de la nature et des for&#234;ts, en charge des v&#233;rifications, est d&#233;pass&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : pour toute la r&#233;gion, ils n'ont que deux ou trois techniciens ! Le gouvernement vote des lois sans chercher &#224; les appliquer. En v&#233;rit&#233;, il ne veut pas agir. &#192; l'international, le Portugal signe tous les trait&#233;s de protection de l'environnement, mais c'est une totale hypocrisie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maravilha Farms, entreprise dont une grande partie des serres s'&#233;tend du c&#244;t&#233; de Zambujeira do Mar, appartient &#224; l'un des leaders mondiaux de la production de fruits rouges, le groupe am&#233;ricain Driscoll's. Elle est en passe de doubler sa surface de production, passant de 150 &#224; 300 hectares : le projet et son plan d'investissement ont &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233;s en mai 2017 lors d'une c&#233;r&#233;monie pr&#233;sid&#233;e par le Premier ministre socialiste Ant&#243;nio Costa en personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le journal d'information critique &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; de ceux qui ont relat&#233; cet &#233;pisode. L'auteur de l'article&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Os olhares de Catarina &#187;, Mapa n&#176; 23 (avril-juin 2019). Disponible en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Filipe Nunes, suit depuis longtemps l'&#233;volution des territoires du sud du Portugal, dans une perspective &#224; la fois &#233;cologique et sociale. R&#233;pondant &#224; nos questions, lui aussi d&#233;nonce un &lt;i&gt;greenwashing&lt;/i&gt; d'&#201;tat au service des multinationales. Mais, au-del&#224; des crimes, environnementaux, il pointe le drame humain qui est en train de se jouer : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, lorsque nous nous battons pour la protection de la nature, nous parlons aussi conditions de vie humaine. Il ne peut pas seulement s'agir de la vie de celles et ceux qui vivent traditionnellement l&#224;, mais aussi de celle des ouvriers immigr&#233;s en qu&#234;te de papiers qui alimentent cette machine d&#233;vastatrice, ce mod&#232;le agro-industriel dont il est question ici mais qui existe ailleurs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une machine pr&#233;datrice&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les travailleurs immigr&#233;s sont bien les premi&#232;res victimes de ce syst&#232;me &#171; &lt;i&gt;qui refl&#232;te la constante de l'&#226;me capitaliste : des profits astronomiques garantis par une main-d'&#339;uvre nombreuse, bon march&#233;, exploit&#233;e dans des conditions parfois proches de l'esclavage&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;dixit &lt;/i&gt;Filipe. Nuno abonde : &#171; &lt;i&gt;Ils sont livr&#233;s &#224; des mafias, qui souvent leur prennent leurs passeports. On loue des logements insalubres &#224; dix ou quinze personnes avec seulement deux ou trois lits. Beaucoup, aussi, vivent dans des conteneurs, directement sur l'exploitation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, les travailleurs sont principalement originaires d'Asie : Inde, N&#233;pal, Pakistan&#8230; &#171; &lt;i&gt;Dans la commune de S&#227;o Teot&#243;nio, l'immigration a fait plus que doubler la population en un temps record, &lt;/i&gt;reprend Nuno. &lt;i&gt;Ce qui ne va pas sans conflits. Les entreprises font venir ces personnes sans r&#233;fl&#233;chir ni aux conditions d'accueil, ni &#224; aucune cons&#233;quence ! Les services publics ne suivent pas, que ce soit au niveau de leur prise en charge sanitaire, de l'assainissement, de la gestion des d&#233;chets&#8230; C'est un grand foutoir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Filipe Nunes rel&#232;ve la m&#233;diocrit&#233; des plans mis en place &#224; la h&#226;te par les municipalit&#233;s et les producteurs agricoles pour int&#233;grer ces nouveaux arrivants. Et s'interroge : &#171; &lt;i&gt;Comment pouvons-nous aider r&#233;ellement ces personnes &#224; s'installer ici, &#224; y vivre, y &#233;lever des familles&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Car nous, Portugais, avons besoin d'immigration, notamment pour revitaliser nos territoires ruraux vieillissants. Mais bien s&#251;r pas avec ce syst&#232;me d&#233;pr&#233;dateur, qui ouvre &#224; la fois une fracture entre les populations et une voie royale au discours raciste et fasciste de Chega.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chega est le principal parti d'extr&#234;me droite portugais. &#192; (re)lire sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte autour du parc naturel de la c&#244;te sud-ouest n'est pas la seule en cours au Portugal aujourd'hui. Nuno et Filipe &#233;voquent tous deux un combat similaire tout proche : celui contre la production intensive d'olives en Alentejo, autour de Beja. Moins de plastique mais, l&#224; encore, des milliers de travailleurs immigr&#233;s exploit&#233;s au service d'une &#171; &lt;i&gt;monoculture qui a d&#233;vast&#233; le centre de l'Espagne et qui arrive chez nous, maintenant que tout est devenu st&#233;rile l&#224;-bas&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole Nuno.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Filipe de conclure : &#171; &lt;i&gt;De nouvelles perspectives s'ouvrent avec ces mouvements non partisans, non hi&#233;rarchiques, construits par les habitants eux-m&#234;mes, comme r&#233;cemment cette lutte victorieuse contre l'extraction de gaz et de p&#233;trole en Algarve, ou actuellement contre les mines de lithium dans les r&#233;gions montagneuses du nord et du centre du pays. Il me semble cependant que ces mouvements de contestation, y compris autour du parc naturel, font encore trop confiance aux institutions. Ce sont toujours les populations elles-m&#234;mes qui, par leur engagement radical, feront la diff&#233;rence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Berry Boom in the Wild Southwest &#187;, &lt;i&gt;Eco 123 &lt;/i&gt;n&#176; 29 (&#233;t&#233; 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Os olhares de Catarina &#187;, &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; n&#176; 23 (avril-juin 2019). Disponible en ligne sur &lt;i&gt;jornalmapa.pt&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chega est le principal parti d'extr&#234;me droite portugais. &#192; (re)lire sur le sujet : &#171; Le Portugal face &#224; son pass&#233; colonial &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 191 (octobre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Brigitte Fontaine : &#171; Du temps o&#249; j'&#233;tais vieille &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Brigitte-Fontaine-Du-temps-ou-j</link>
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		<dc:date>2021-01-23T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Emilien Bernard</dc:subject>
		<dc:subject>Brigitte Fontaine</dc:subject>
		<dc:subject>ch&#226;teaux d'oubli</dc:subject>
		<dc:subject>vieille</dc:subject>
		<dc:subject>cr&#233;ation</dc:subject>
		<dc:subject>Brigitte</dc:subject>
		<dc:subject>Fontaine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1960, elle n'a cess&#233; de multiplier les flamboyantes capes et incarnations : chanteuse, actrice, po&#233;tesse, reine du Mardi gras, imp&#233;ratrice des zazous, br&#251;leuse de Dieu, romanci&#232;re azimut&#233;e, poudre &#224; canon m&#233;diatique&#8230; Sans &#226;ge, sans barri&#232;re, sans pincettes, Brigitte Fontaine continue d'entrechoquer ses fantaisies contre les murs du pr&#233;sent. Rencontre t&#233;l&#233;phonique avec une dame riant &#224; la gueule du temps. &#171; Les vieux sont jet&#233;s aux orties / &#192; l'asile aux ch&#226;teaux d'oubli / (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emilien-Bernard-245" rel="tag"&gt;Emilien Bernard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Brigitte-Fontaine" rel="tag"&gt;Brigitte Fontaine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/chateaux-d-oubli" rel="tag"&gt;ch&#226;teaux d'oubli&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vieille" rel="tag"&gt;vieille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/creation" rel="tag"&gt;cr&#233;ation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Brigitte" rel="tag"&gt;Brigitte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fontaine" rel="tag"&gt;Fontaine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1960, elle n'a cess&#233; de multiplier les flamboyantes capes et incarnations : chanteuse, actrice, po&#233;tesse, reine du Mardi gras, imp&#233;ratrice des zazous, br&#251;leuse de Dieu, romanci&#232;re azimut&#233;e, poudre &#224; canon m&#233;diatique&#8230; Sans &#226;ge, sans barri&#232;re, sans pincettes, Brigitte Fontaine continue d'entrechoquer ses fantaisies contre les murs du pr&#233;sent. Rencontre t&#233;l&#233;phonique avec une dame riant &#224; la gueule du temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3542 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH316/-1695-416c5.jpg?1779867413' width='500' height='316' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les vieux sont jet&#233;s aux orties / &#192; l'asile aux ch&#226;teaux d'oubli / Voici ce qui m'attend demain / Si jamais je perds mon chemin / J'ai d'autres projets vous voyez / Je vais baiser, boire et fumer / Je vais m'inventer d'autres cieux / Toujours plus vastes et pr&#233;cieux / Je suis vieille et je vous encule / Avec mon look de libellule / Je suis vieille sans foi ni loi / Si je meurs / &#199;a sera de joie. &lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;(&#171; Prohibition &#187;, 2009)&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'abord, rapport &#224; ce dossier, je lui pose la question de l'&#226;ge, de son ressenti en la mati&#232;re, des recettes pour rester &lt;i&gt;libellule&lt;/i&gt; virevoltante plut&#244;t que pesant &lt;i&gt;nougat&lt;/i&gt;. Mais ce n'est pas si simple. Rien ne l'est d'ailleurs, avec elle, qui rebondit toujours l&#224; o&#249; je ne l'attends pas, ricanant de mon tournis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'en crois tatie Wikip&#233;dia, Brigitte Fontaine est n&#233;e le 24 juin 1939 &#224; Morlaix dans le Finist&#232;re, ce qui lui ferait la bagatelle de 81 ans et des brouettes. Or, elle est infiniment plus jeune que cela. Et largement plus vieille. C'est d'ailleurs ce qu'elle chantait dans &#171; Delta &#187; (2013) : &#171; &lt;i&gt;Mes jambes de cavale / Font tomber tous les m&#226;les / Eh oui je me la p&#232;te / Je suis une nymphette / De plus de 20 000 ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion lanc&#233;e, elle opte en premier lieu pour le constat sans fard : &#171; &lt;i&gt;Je me sens vieille, tr&#232;s tr&#232;s vieille, assign&#233;e &#224; r&#233;sidence de mon &#226;ge&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-elle, alternant toux rocailleuse de fumeuse inv&#233;t&#233;r&#233;e et soupirs las. Avant de proclamer l'inverse dix minutes plus tard en &#233;voquant son tube anti-&#226;gisme &#171; Prohibition &#187;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morceau posant le beau slogan intemporel &#171; Je suis vieille et je vous encule &#187;.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; (2009) : &#171; &lt;i&gt;Oh, &#231;a c'&#233;tait avant, du temps o&#249; j'&#233;tais tr&#232;s &#226;g&#233;e. D&#233;sormais j'ai rajeuni, je ne suis plus du tout la m&#234;me.&lt;/i&gt; &#187; Et de rire, emport&#233;e par une quinte joyeuse. Presque enfantine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; toute l'essence de Brigitte Fontaine et de son rapport au temps. Vieille, jeune, &#231;a ne veut pas dire grand-chose pour elle, tant ce qui lui importe est ailleurs, dans le flux de la cr&#233;ation et de la po&#233;sie. On peut se lever avec mille ans d'&#226;ge, les genoux cagneux comme des charni&#232;res rouill&#233;es, puis, dans la minute qui suit, gambader comme un Rimbaud adolescent. Il suffit pour cela d'invoquer l'immortel po&#232;te, comme elle le faisait dans ces vers, tir&#233;s de son livre &lt;i&gt;Chute et ravissement&lt;/i&gt; (2017, Actes Sud) : &#171; &lt;i&gt; Arthur / Peux-tu nous aider &#224; traverser la rue ? / Nous sommes des vieilles dames vaincues / Des vieillards surgel&#233;s / Des b&#233;b&#233;s mort-n&#233;s&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Explorer, toujours explorer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sorti d&#233;but 2020, son dernier album s'appelle &lt;i&gt;Terre Neuve&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#201;lectrique, nerveux, bourr&#233; d'impr&#233;cations et d'envol&#233;es, il se d&#233;roule comme l'exploration d'un continent mythique, t&#226;tant ces r&#234;ves et horizons qu'&#233;num&#232;re le titre &#233;ponyme : &#171; &lt;i&gt;Rires mordants / Petit Satan / Chants de mourants / Lever du jour / Crimes hilarants / Chansons d'amour / Terre neuve.&lt;/i&gt; &#187; Et c'est bien de cela qu'il s'agit : face &#224; la vie, gambader en exploratrice, sagaie cr&#233;atrice &#224; la main. C'est ce qu'elle me confie apr&#232;s avoir malicieusement feint de ne plus se souvenir du titre de l'album : &#171; &lt;i&gt;Ah oui, c'est vrai, j'arrive jamais &#224; me rappeler comment il s'appelle. Mais&lt;/i&gt; Terre Neuve &lt;i&gt;&#231;a lui va bien. Parce que c'est exactement comme &#231;a que je fonctionne : je parcours un nouveau territoire. Je vais voir. Je d&#233;couvre. Et c'est pas fini, j'ai plein de trucs &#224; faire. Soyez pr&#233;venu : je l&#226;cherai jamais.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attendant que reprennent la promotion de l'album et les concerts aff&#233;rents, elle occupe la pr&#233;sente p&#233;riode &#224; &#233;crire des po&#232;mes chez elle, sur la parisienne &#238;le Saint-Louis. &#171; &lt;i&gt;Ils ne veulent pas me l&#226;cher&lt;/i&gt; &#187;, dit-elle, &#233;voquant les tyranniques d&#233;mons de la cr&#233;ation. &#171; &lt;i&gt;Je ne peux pas m'emp&#234;cher d'&#233;crire de la po&#233;sie. Je suis oblig&#233;e. On croit toujours que je suis libre, mais non, je n'ai pas l'honneur et la joie d'&#234;tre libre. Mais j'ai l'honneur d'&#234;tre&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;f&#233;rence &#224; l'un de ses r&#233;cents albums : J'ai l'honneur d'&#234;tre (2013).&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#187; Puis elle bifurque : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas musicienne&lt;/i&gt; &#187;, confie-t-elle, se revendiquant comme &#171; &lt;i&gt;po&#233;tesse&lt;/i&gt; &#187;. C'est alors qu'elle me pr&#233;vient : pas question de la d&#233;signer du terme d' &#171; &lt;i&gt;&#233;crivaine&lt;/i&gt; &#187;, si laid &#224; ses yeux, sous peine de terrible col&#232;re &#8211; &#171; &lt;i&gt;Si vous me traitez d'&#233;crivaine, je vous tue.&lt;/i&gt; &#187; Je ne m'y hasarde pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de &#231;a, on rebondit sur la question de sa jeunesse. Serait-ce sa cr&#233;ativit&#233; d&#233;brid&#233;e qui la placerait au-dessus des contingences temporelles ? &#171; &lt;i&gt;Je ne sais pas. Je suis une vieille prodige. Je fais des trucs que des petites de vingt ans ne feraient pas. Mais c'est vrai que l'&#226;ge fausse tout. Par&lt;/i&gt; &lt;i&gt;exemple je suis s&#251;re que vous m'imaginez avec un chignon gris et une cafeti&#232;re rouge &#224; pois blancs. Alors que non. L&#224;, je suis allong&#233;e. J'ai un pied lev&#233; vers le plafond, les cheveux tr&#232;s longs et une grande chemise qui descend jusqu'aux pieds. Je porte aussi un legging en vinyle.&lt;/i&gt; &#187; Et d'embrayer sur son &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Bouger bouger bouger, le plus loin possible. C'est tout ce qui m'int&#233;resse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des envies d'affriolants tropiques ou de p&#244;les mythiques ? Pas vraiment, tant la notion d'exploration est avant tout int&#233;rieure chez Brigitte Fontaine, surtout en cette p&#233;riode de Covid. Il s'agit de faire de chaque instant et chaque mot un hame&#231;on tendu vers une forme de gr&#226;ce d&#233;braill&#233;e, toujours en mouvement, oscillant entre gros &lt;i&gt;fuck&lt;/i&gt;, proclamation magique et convocation de l'absurde. &#171; &lt;i&gt;Si j'avais du fric, vous savez ce que je ferais&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Je d&#233;penserais tout dans des habits. Je r&#234;ve d'une longue robe, avec des fibres et des nouilles qui d&#233;passent un peu partout. Pas des diamants, parce que les diamants &#231;a fait mal.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ruer, toujours ruer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le coup de fil que je lui passe n'est pas tr&#232;s long, une quarantaine de minutes, mais elle trouve le temps de me lancer quelques amabilit&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Vous n'avez pas l'air tr&#232;s cultiv&#233;&lt;/i&gt; &#187;, juge-t-elle peu apr&#232;s le d&#233;but de notre conversation,&lt;i&gt; bim&lt;/i&gt;. Et ensuite, confront&#233;e &#224; une interrogation b&#233;nigne sur son dernier album : &#171; &lt;i&gt;Je ne r&#233;ponds pas &#224; &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; Quant &#224; mes questions, elle y voit &#171; &lt;i&gt;un interrogatoire&lt;/i&gt; &#187;. Pas grave, au fond. Car dans le m&#234;me temps elle rit, joue, s'envole dans ses pens&#233;es, d&#233;sosse la gravit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je suis autoritaire, vous voyez. Pourtant je suis aussi tr&#232;s gentille, tr&#232;s docile et tr&#232;s mignonne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on peut y voir une forme de l&#233;g&#232;ret&#233; impos&#233;e, je pr&#233;f&#232;re y d&#233;celer sa libert&#233;, non n&#233;gociable. D'autant que sur certains points elle se r&#233;v&#232;le soudain habit&#233;e. C'est le cas quand elle parle du morceau &#171; Vendetta &#187;, sur lequel elle l&#226;che toute sa rage contre le &#171; sexe fort &#187; : &#171; &lt;i&gt;Assez parlement&#233; / Vive la lutte arm&#233;e / Qu'on empale tous les m&#226;les / Et qu'on ch&#226;tre les psychiatres.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;voquant, elle commence par s'amuser : &#171; &lt;i&gt;Oui, j'y suis all&#233;e fort.&lt;/i&gt; &#187; Puis elle se fait s&#233;rieuse : &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait partie de mon &#339;uvre depuis toujours. D&#232;s le d&#233;but, je luttais pour les femmes. Avant le f&#233;minisme, m&#234;me, quand j'&#233;tais tr&#232;s vieille. Si je travaillais, si je luttais, si je trimballais mon art, c'&#233;tait avant tout pour elles. Pour apporter une pierre &#224; l'&#233;difice et faire en sorte que les femmes soient reconnues comme cr&#233;atrices. J'ai pu ouvrir certaines portes, je crois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s&#233;rieux quand il s'agit d'&#233;voquer les impasses de la cr&#233;ation actuelle : &#171; &lt;i&gt;On traverse une p&#233;riode de d&#233;cadence artistique. La cr&#233;ation est en baisse : en peinture, musique, litt&#233;rature, po&#233;sie, la st&#233;rilit&#233; s'impose. Les artistes ne font que copier ou recopier les copains, d&#233;funts ou pas. Les instruments ont beau diff&#233;rer, c'est la m&#234;me chose. On n'a plus rien &#224; dire, &#224; peindre ou &#224; jouer.&lt;/i&gt; &#187; Et &#231;a, elle n'en veut pas, m&#234;me pour tout l'or du P&#233;rou : &#171; &lt;i&gt;Je veux inventer, toujours toujours, et tant pis si &#231;a ne rapporte pas.&lt;/i&gt; &#187; Le moment pour elle d'&#233;voquer les camarades de cr&#233;ation de jadis, notamment les r&#233;cemment emport&#233;s Christophe et Jacques Higelin : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;taient &lt;/i&gt;les&lt;i&gt; fervents. Je les aime. Avec Jacques, j'ai perdu le fr&#232;re de toute une vie. Mais elle n'est pas finie, cette vie, et c'est pas demain la veille qu'elle prendra fin.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle m'annonce que l'entretien touche &#224; sa fin, je lui cite son morceau &#171; Parlons d'autre chose &#187;, l'invitant &#224; terminer sur la note qu'elle d&#233;sire. Ni une ni deux, elle convoque la pythie Duras&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, en point d'orgue :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D&#233;truire, dit-elle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et sur ces ruines, elle reb&#226;tira son empire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et illustration &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Morceau posant le beau slogan intemporel &#171; &lt;i&gt;Je suis vieille et je vous encule&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3543 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1696.jpg' width=&#034;500&#034; height=&#034;500&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;R&#233;f&#233;rence &#224; l'un de ses r&#233;cents albums : &lt;i&gt;J'ai l'honneur d'&#234;tre&lt;/i&gt; (2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3544 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1697.jpg' width=&#034;312&#034; height=&#034;512&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Comme si la r&#233;volution ne pouvait venir que de la jeunesse... &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Comme-si-la-revolution-ne-pouvait</link>
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		<dc:date>2021-01-22T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Canicule</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
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		<dc:subject>Robert Butler</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sur le front des luttes sociales, l'engagement des personnes &#226;g&#233;es ne date pas d'hier. Dans l'Am&#233;rique des ann&#233;es 1970 d&#233;j&#224;, le mouvement des Gray Panthers s'opposait autant aux discriminations li&#233;es &#224; l'&#226;ge qu'&#224; la guerre du Vietnam. Au fil de cet entretien, la sociologue Juliette Rennes revient sur leur riche histoire. Avant d'&#233;voquer plus largement la participation des retrait&#233;&#183;es fran&#231;ais&#183;es aux mobilisations sociales, qu'elles aient pour objet de d&#233;fendre leurs propres int&#233;r&#234;ts ou de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Canicule" rel="tag"&gt;Canicule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Age" rel="tag"&gt;&#194;g&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gray-Panthers" rel="tag"&gt;Gray Panthers&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vieillesse" rel="tag"&gt;vieillesse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/agees" rel="tag"&gt;&#226;g&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Robert-Butler" rel="tag"&gt;Robert Butler&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur le front des luttes sociales, l'engagement des personnes &#226;g&#233;es ne date pas d'hier. Dans l'Am&#233;rique des ann&#233;es 1970 d&#233;j&#224;, le mouvement des Gray Panthers s'opposait autant aux discriminations li&#233;es &#224; l'&#226;ge qu'&#224; la guerre du Vietnam. Au fil de cet entretien, la sociologue Juliette Rennes revient sur leur riche histoire. Avant d'&#233;voquer plus largement la participation des retrait&#233;&#183;es fran&#231;ais&#183;es aux mobilisations sociales, qu'elles aient pour objet de d&#233;fendre leurs propres int&#233;r&#234;ts ou de renverser la vapeur d'un monde en vrille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH336/-1694-e4d5d.jpg?1779607811' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photomontage sign&#233; Canicule
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&lt;i&gt;Encyclop&#233;die critique du genre&lt;/i&gt;, un ouvrage publi&#233; sous la houlette de Juliette Rennes&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui vient de publier un article dans la Revue fran&#231;aise de science politique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et paru en 2016 aux &#233;ditions La D&#233;couverte, la sociologue propose une d&#233;finition tout en pr&#233;cision de l'&#226;gisme, un &#171; &lt;i&gt;terme forg&#233; par analogie avec le racisme et le sexisme par&lt;/i&gt; [le g&#233;rontologue] &lt;i&gt;Robert Butler pour d&#233;signer l'ensemble des attitudes, st&#233;r&#233;otypes et pratiques discriminatoires envers les personnes cat&#233;goris&#233;es comme vieilles&lt;/i&gt; &#187;. Peu mobilis&#233;e en France, cette notion a pourtant &#233;t&#233; investie d&#232;s les ann&#233;es 1970 aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle y fut d'ailleurs largement popularis&#233;e par les Gray Panthers, un &#171; gang &#187; de retrait&#233;&#183;es am&#233;ricain&#183;es se battant contre le joug paternaliste et oppressif que la soci&#233;t&#233; fait peser sur les personnes &#226;g&#233;es. Ces activistes, dont les m&#233;thodes d&#233;frayaient la chronique, s'opposaient &#233;galement tant aux conditions carc&#233;rales aux &#201;tats-Unis qu'&#224; la guerre au Vietnam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologue sp&#233;cialiste des mobilisations pour l'&#233;galit&#233;, des questions de genre, d'&#226;ge et des discriminations qui y sont associ&#233;es, Juliette Rennes ne nous parle pas seulement des Gray Panthers mais revient aussi sur l'histoire des mouvements anti-&#226;gistes en France (auxquels elle consacre actuellement une enqu&#234;te). Elle invite au passage &#224; questionner plus globalement la fa&#231;on dont les anciens et les anciennes constituent aujourd'hui une maille essentielle du tissu des luttes sociales.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#233;connues en France, les Gray Panthers sont pourtant une figure de proue des mobilisations anti- &#226;gistes. Comment sont-elles n&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un collectif int&#233;ressant qui n'a pas vraiment d'&#233;quivalent dans les mouvements fran&#231;ais des ann&#233;es 1970 sur lesquels je travaille. &#192; l'origine des Gray Panthers, il y a quelques femmes retrait&#233;es qui r&#233;clament l'abolition de l'&#226;ge obligatoire de d&#233;part &#224; la retraite. C'est une r&#233;clamation qui, vue de France, peut &#233;tonner pour un mouvement de gauche ; mais il faut la comprendre dans une logique de d&#233;fense des libert&#233;s individuelles et savoir qu'elle &#233;tait articul&#233;e &#224; une revendication de droits sociaux : pour les Gray Panthers, il s'agissait de permettre &#224; ceux et celles qui souhaitent continuer &#224; travailler de le faire, tout en luttant pour le droit au repos de ceux et celles qui souhaitent arr&#234;ter. Les Gray Panthers d&#233;fendaient aussi le principe d'une s&#233;curit&#233; sociale universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs revendications &#233;taient assez polyvalentes. Elles ont par exemple men&#233; des actions pour protester contre les coupes budg&#233;taires dans les transports publics &#224; Philadelphie, en bloquant les voies de bus avec leurs fauteuils roulants et leurs cannes. De m&#234;me, elles se sont associ&#233;es &#224; un groupe militant d'Africains-Am&#233;ricains pour d&#233;noncer la pauvret&#233; et les discriminations subies dans le syst&#232;me de sant&#233; par les Noir&#183;es &#226;g&#233;&#183;es. En d&#233;cembre 1971, elles ont aussi coorganis&#233; un contre-congr&#232;s sur ce th&#232;me, au moment o&#249; avait lieu la tr&#232;s officielle &lt;i&gt;White House Conference on Aging&lt;/i&gt; qui ignorait ces enjeux. C'est d'ailleurs &#224; la suite de cette action qu'elles ont d&#233;cid&#233; de s'appeler les Gray Panthers, en r&#233;f&#233;rence au mouvement r&#233;volutionnaire africain-am&#233;ricain des Black Panthers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles luttaient &#233;galement sur le front des repr&#233;sentations, obtenant une loi contre les st&#233;r&#233;otypes v&#233;hicul&#233;s par la t&#233;l&#233;vision sur les vieux et les vieilles, par analogie avec ceux qui existaient sur le sexe et la race. Le mouvement a rapidement pris de l'ampleur : au milieu des ann&#233;es 1970, des comit&#233;s locaux, en g&#233;n&#233;ral mixtes, &#233;taient pr&#233;sents dans la plupart des grandes villes des &#201;tats-Unis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Gray Panthers ne se battaient donc pas uniquement pour leurs int&#233;r&#234;ts propres...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait, disons, un mouvement qui a repris l'agenda des revendications des gauches critiques de l'&#233;poque : les questions du pacifisme, du f&#233;minisme, des droits sociaux... Les Gray Panthers d&#233;fendaient aussi l'id&#233;e qu'il fallait repenser l'organisation des &#226;ges dans son ensemble, que les jeunes &#233;taient &#233;galement discrimin&#233;s dans l'acc&#232;s &#224; l'emploi et que finalement l'un des enjeux de leurs luttes &#233;tait la critique de la domination des adultes non vieux dans l'organisation sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leur mouvement &#233;tait d'ailleurs interg&#233;n&#233;rationnel...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est aussi ce que d&#233;crit une Fran&#231;aise, Chantal Latour, qui militait en 1975 dans le comit&#233; local de San Diego alors qu'elle avait, elle, moins de 30 ans. C'est en partie ce qui a fait que les Gray Panthers utilisaient les modes d'action collective de l'&#233;poque : l'humour, la d&#233;rision, le happening&#8230; Malgr&#233; l'&#233;cart g&#233;n&#233;rationnel avec la jeunesse en lutte, elles &#233;taient compl&#232;tement en phase avec leur temps dans leur fa&#231;on de protester. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le visage que l'on retient de ce mouvement, c'est d'abord celui de Maggie Kuhn, sa fondatrice...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maggie Kuhn a en effet fascin&#233; les m&#233;dias, non seulement parce qu'elle s'exprimait avec beaucoup de clart&#233; et de charisme, mais aussi parce qu'elle prenait &#224; contre-pied certaines attentes sur les personnes de sa tranche d'&#226;ge (elle est n&#233;e en 1905) : elle avait l'apparence rassurante d'une bonne mamie bien sage, mais elle contrebalan&#231;ait ces attentes par un discours radical sur l'ordre des &#226;ges et sur bien d'autres sujets. Elle disait que la vieillesse est un &#226;ge excellent pour la provocation et le scandale : il s'agissait de casser l'id&#233;e que les vieux et les vieilles ne pourraient &#234;tre valoris&#233;s que comme garants de l'ordre social et de sa reproduction. L'objectif : ne pas donner prise aux attentes selon lesquelles la &#8220;sagesse&#8221; du grand &#226;ge permettrait de temp&#233;rer la fougue de la jeunesse. Au contraire, ce que d&#233;fendait Maggie Kuhn, c'est que la vieillesse peut &#234;tre le moment de se positionner de mani&#232;re plus contestataire, parce qu'&#224; cet &#226;ge-l&#224; on est justement un peu en marge des enjeux de reproduction de l'ordre social. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; ce moment-l&#224;, o&#249; en &#233;taient les luttes anti-&#226;gistes dans son pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Aux &#201;tats-Unis, les ann&#233;es 1970 sont une p&#233;riode charni&#232;re dans le processus de politisation des pr&#233;judices li&#233;s &#224; l'&#226;ge. Au d&#233;but des ann&#233;es 1960, le droit antidiscriminatoire se constitue, avec la reconnaissance des discriminations li&#233;es au sexe et &#224; la race. Dans le sillage de ce cadre juridique, les discriminations fond&#233;es sur l'&#226;ge sont &#233;galement reconnues en 1967, notamment gr&#226;ce &#224; des enqu&#234;tes qui montraient la difficult&#233; des travailleurs de plus de 40 ans &#224; trouver ou retrouver un emploi. Dans les ann&#233;es 1970, l'anti-&#226;gisme se construit donc &#233;galement en articulation et en analogie avec les luttes f&#233;ministes et antiracistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est aussi alors dans un contexte o&#249; se d&#233;veloppe la g&#233;rontologie sociale : une approche pluridisciplinaire de la vieillesse, qui articule sciences m&#233;dicales et sciences sociales. Une id&#233;e simple mais f&#233;conde qui se d&#233;veloppe alors, c'est celle selon laquelle l'exp&#233;rience de la vieillesse ne doit pas &#234;tre pens&#233;e comme le reflet d'un d&#233;clin biologique qui serait in&#233;luctable, mais qu'elle peut &#234;tre radicalement modifi&#233;e par de nouvelles formes d'organisation sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#234;mes questions se posaient-elles en France &#224; cette &#233;poque ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pas tout &#224; fait, mais on retrouve certains &#233;l&#233;ments communs. En France, dans les ann&#233;es 1970, se d&#233;veloppent les politiques du &#8220;troisi&#232;me &#226;ge&#8221;, avec un vaste r&#233;seau de maisons de retraite, des clubs et universit&#233;s du troisi&#232;me &#226;ge... donc toute une politique qui comporte &#224; la fois des aspects positifs, puisqu'elle implique plus de moyens publics pour la partie la plus &#226;g&#233;e de la population ; mais en m&#234;me temps avec une logique assez paternaliste et diff&#233;rentialiste, puisqu'il s'agit de cr&#233;er des espaces r&#233;serv&#233;s &#224; une certaine tranche d'&#226;ge et g&#233;r&#233;s par des experts du troisi&#232;me &#226;ge plut&#244;t que par les int&#233;ress&#233;&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parall&#232;lement &#224; ces initiatives, on assiste &#224; la naissance de mouvements contestataires plut&#244;t marginaux qui politisent autrement la question de la vieillesse. Des mouvements ancr&#233;s dans la critique de la fronti&#232;re entre personnes productives et non productives ainsi que dans la d&#233;nonciation de l'appropriation par les experts des discours sur le troisi&#232;me &#226;ge. Autant d'&#233;l&#233;ments id&#233;ologiques des ann&#233;es 1968 qui sont mobilis&#233;s par des travailleurs sociaux, des psys, etc. pour imaginer une autre vieillesse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment se mat&#233;rialisent alors ces critiques en France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles sont assez dispers&#233;es. J'enqu&#234;te en ce moment sur un centre social des ann&#233;es 1970, le Tournesol, qui a fonctionn&#233; pendant six ans rue Saint-Maur, &#224; Paris, dans le 11e arrondissement. Un lieu d'accueil interg&#233;n&#233;rationnel prioritairement destin&#233; &#224; la population retrait&#233;e et pauvre du quartier. Le centre &#233;tait alors financ&#233; par les Petits Fr&#232;res des Pauvres, mais ses b&#233;n&#233;voles, essentiellement des femmes, &#233;taient assez &#233;loign&#233;es de cette association : c'&#233;taient des psys et travailleuses sociales qui reprenaient &#224; leur compte les discours de l'antipsychiatrie de l'&#233;poque pour mettre en question l'enfermement des vieilles personnes... Ce lieu proposait des activit&#233;s interg&#233;n&#233;rationnelles, notamment artistiques. On y aidait aussi les femmes &#224; monter leur dossier de retraite. Il y avait &#233;galement des groupes de parole et des activit&#233;s de soutien aux r&#233;fugi&#233;s politiques. Un peu comme les Gray Panthers, les membres de ce centre ont organis&#233; un contre-congr&#232;s de g&#233;rontologie o&#249; l'on donnait la parole aux personnes &#226;g&#233;es sur leur situation plut&#244;t qu'&#224; des cadres et hauts fonctionnaires sp&#233;cialistes des politiques de la vieillesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les membres de Tournesol ont aussi contribu&#233; &#224; initier un journal humoristique dans lequel dessinaient certains de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Mathusalem, le journal qui n'a pas peur des vieux&lt;/i&gt;, qui a dur&#233; deux ans. Cette publication voulait parler sans tabou de l'exp&#233;rience du vieillissement et donner la parole aux int&#233;ress&#233;.es. Mais, si certains se sont empar&#233;s de ces questions, il y a finalement peu d'exemples similaires : les ann&#233;es 1970 en France sont surtout l'&#226;ge d'or des mouvements de jeunesse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est d'ailleurs plus sous l'impulsion de jeunes militants que des personnes &#226;g&#233;es elles-m&#234;mes que ces initiatives sont n&#233;es...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet&#8230; Il a certes exist&#233; un groupe de parole f&#233;ministe &#233;ph&#233;m&#232;re de femmes &#8220;&#226;g&#233;es&#8221; &#8211; Les M&#251;res prennent la parole (en 1979) &#8211; et des Panth&#232;res grises en France dans les ann&#233;es 1980, mais rien &#224; voir avec l'ampleur des Gray Panthers. Aujourd'hui, ces combats sont surtout port&#233;s par des personnes qui &#233;taient jeunes dans les ann&#233;es 1970, qui ont eu une socialisation militante &#224; l'&#233;poque, qui se sont ensuite politis&#233;es sur la vieillesse au cours de la derni&#232;re d&#233;cennie, au moment o&#249; elles-m&#234;mes commen&#231;aient &#224; &#234;tre per&#231;ues comme &#226;g&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, comment s'organisent aujourd'hui en France les mobilisations contre les discriminations li&#233;es &#224; l'&#226;ge ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On vit dans une soci&#233;t&#233; qui continue &#224; alt&#233;riser les personnes les plus &#226;g&#233;es, en parlant en leur nom, en construisant un &#8220;nous&#8221; qui les exclut et qui reconduit des fronti&#232;res d'&#226;ge assez rigides : &#8220;nous&#8221; (sous-entendu : les non-vieux) devrions prendre soin de &#8220;nos a&#238;n&#233;s&#8221;. Mais les initiatives militantes qui contrecarrent cette tendance restent tr&#232;s localis&#233;es et dispers&#233;es. Il y a des initiatives sur les questions d'habitat interg&#233;n&#233;rationnel, des projets autour du d&#233;veloppement de maisons de retraite plus ou moins autog&#233;r&#233;es (&#224; l'image de la maison des Babayagas de Montreuil) ou celui des r&#233;seaux pour l'habitat partag&#233;. D'autres sont plus focalis&#233;es sur la lutte contre les st&#233;r&#233;otypes sur la vieillesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de ces initiatives sont le fait de femmes. Non seulement pour des raisons d&#233;mographiques, parce qu'elles sont plus nombreuses parmi la population &#226;g&#233;e ; mais aussi parce qu'elles sont confront&#233;es d'une mani&#232;re plus vive et pr&#233;coce au stigmate de la vieillesse. Plus largement, les femmes sont renvoy&#233;es &#224; leur &#226;ge tout au long de leur vie, &#224; travers l'id&#233;ologie du bon &#226;ge de la procr&#233;ation, les questions de l'horloge biologique et de la m&#233;nopause, qui structurent leurs temporalit&#233;s biographiques. Les femmes sont plus incit&#233;es et du coup plus enclines &#224; avoir une r&#233;flexivit&#233; sur l'exp&#233;rience de l'avanc&#233;e en &#226;ge, et peut-&#234;tre &#224; la politiser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si les luttes anti-&#226;gistes ne semblent pas soulever des foules en France aujourd'hui, d'autres causes rassemblent &#224; l'inverse de nombreux militants et militantes d'un certain &#226;ge...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui est s&#251;r, c'est qu'une partie importante des personnes aujourd'hui retrait&#233;es en France a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une socialisation militante et politique depuis sa jeunesse. On caricature souvent en disant que la &#8220;g&#233;n&#233;ration 68&#8221; a trahi en faisant le jeu du capitalisme, en polluant la plan&#232;te, etc. Mais il y a aussi tout un pan de cette g&#233;n&#233;ration qui n'a jamais cess&#233; d'&#234;tre militant et politis&#233; &#8211; ou qui s'est repolitis&#233;e au fil des d&#233;cennies &#8211; que ce soit en mati&#232;re de critique du consum&#233;risme, de d&#233;fense des droits des travailleurs et des conqu&#234;tes sociales de l'apr&#232;s-guerre, de f&#233;minisme, de soutien aux migrant&#183;es ou encore de lutte contre le nucl&#233;aire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela ne colle donc pas avec l'id&#233;e souvent v&#233;hicul&#233;e selon laquelle les personnes &#226;g&#233;es se d&#233;sengageraient de la vie publique...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au-del&#224; des &#8220;effets de g&#233;n&#233;ration&#8221;, il y a aussi des &#8220;effets d'&#226;ge&#8221; qui expliquent une forte pr&#233;sence des personnes retrait&#233;es dans les mobilisations, le tissu associatif, les activit&#233;s de lien social. On parle d'une g&#233;n&#233;ration qui, &#224; 65 ans, est en moyenne en tr&#232;s bonne sant&#233; et avec du temps lib&#233;r&#233; des contraintes professionnelles et parentales. Cela contribue grandement &#224; l'investissement dans des activit&#233;s &#8220;non productives&#8221;, qu'elles soient militantes, caritatives ou sociales. On sait que les personnes retrait&#233;es constituent une part cruciale du secteur du b&#233;n&#233;volat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans les manifestations, les cort&#232;ges syndicaux sont souvent investis par des personnes &#226;g&#233;es ou vieillissantes. Une r&#233;alit&#233; qui fait parfois na&#238;tre chez certains jeunes des r&#233;flexions du type : &#171; Il n'y a encore que des vieux... &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela peut &#234;tre l&#233;gitime de s'inqui&#233;ter que dans une lutte il n'y ait pas de rel&#232;ve parmi les g&#233;n&#233;rations plus jeunes. Cela pose la question de l'avenir et de la perp&#233;tuation d'une cause militante, d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre. Par contre, remettre en question la pr&#233;sence m&#234;me des personnes que l'on per&#231;oit comme vieilles, c'est ignorer ces enjeux de transmission, se priver d'alli&#233;s, et surtout c'est reprendre &#224; son compte des st&#233;r&#233;otypes et pr&#233;jug&#233;s &#233;cul&#233;s selon lesquels la r&#233;volution ne pourrait venir que de la jeunesse, qu'il y aurait forc&#233;ment une homologie entre jeunesse et transformations sociales ainsi qu'entre vieillesse et conservatisme. Or, ce type de jugement et les actions de fermeture qui l'accompagnent contribuent &#224; dissuader des personnes plus &#226;g&#233;es de s'engager. Des personnes qui se sentent pourtant l&#233;gitimement concern&#233;es par des luttes et mouvements sociaux qui leur sont contemporains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui vient de publier un article dans la &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de science politique &lt;/i&gt;(vol. 70, 2020) : &#171; Conceptualiser l'&#226;gisme &#224; partir du sexisme et du racisme. Le caract&#232;re heuristique d'un cadre d'analyse commun et ses limites &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les cheveux blancs n'immunisent pas contre la matraque</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Les-cheveux-blancs-n-immunisent</link>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'embl&#233;matique Genevi&#232;ve Legay, les manifestants les plus &#226;g&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;s par la brutale d&#233;rive du maintien de l'ordre qui s'est cristallis&#233;e pendant le mouvement des Gilets jaunes. Cette &#171; strat&#233;gie de la peur &#187; videra-t-elle les rues des vieux protestataires ? Ce 23 mars 2019 &#224; Nice, en se rendant &#224; la manifestation qui a failli lui co&#251;ter la vie, Genevi&#232;ve Legay pensait-elle que son &#226;ge la pr&#233;munissait contre les violences polici&#232;res ? &#171; Non, r&#233;pond la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Legay" rel="tag"&gt;Legay&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'embl&#233;matique Genevi&#232;ve Legay, les manifestants les plus &#226;g&#233;s n'ont pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;s par la brutale d&#233;rive du maintien de l'ordre qui s'est cristallis&#233;e pendant le mouvement des Gilets jaunes. Cette &#171; &lt;i&gt;strat&#233;gie de la peur&lt;/i&gt; &#187; videra-t-elle les rues des vieux protestataires ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-1692-7871c.jpg?1779972902' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Etienne Savoye
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce 23 mars 2019 &#224; Nice, en se rendant &#224; la manifestation qui a failli lui co&#251;ter la vie, &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Des-nouvelles-de-Genevieve-Legay' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Genevi&#232;ve Legay&lt;/a&gt; pensait-elle que son &#226;ge la pr&#233;munissait contre les violences polici&#232;res ? &#171; &lt;i&gt;Non, r&#233;pond la septuag&#233;naire. Mais je croyais que si je ne faisais rien [de violent], on ne me taperait pas. J'&#233;tais na&#239;ve.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une foule d'articles de presse et de vid&#233;os publi&#233;es sur les r&#233;seaux sociaux l'ont prouv&#233; &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt; : ces derni&#232;res ann&#233;es, l'accroissement de la brutalit&#233; du maintien de l'ordre n'a &#233;pargn&#233; ni les manifestants les plus pacifiques, ni les chevelures blanches. Le 1er d&#233;cembre 2018 &#224; Marseille, Zineb Redouane, 80 ans, ne d&#233;filait d'ailleurs m&#234;me pas : elle &#233;tait &#224; la fen&#234;tre de son appartement quand un tir de grenade lacrymog&#232;ne l'a atteinte en pleine t&#234;te. Elle est morte &#224; l'h&#244;pital le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt; Pas de traitement diff&#233;renci&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Membre de la Ligue des droits de l'homme (LDH) et de l'Observatoire des droits et libert&#233;s des Alpes-Maritimes&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces derni&#232;res ann&#233;es, des observatoires de ce type ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Henri Busquet ne s'explique toujours pas &#171; &lt;i&gt;quelle mouche a piqu&#233; le commissaire&lt;/i&gt; &#187; qui a ordonn&#233; la charge ayant bless&#233; Genevi&#232;ve Legay. Localement parlant, cet acc&#232;s de violence polici&#232;re a &#233;t&#233; &#224; ses yeux &#171; &lt;i&gt;un &#233;v&#233;nement ponctuel : Nice n'est pas une ville o&#249; &#231;a castagne en manif&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans d'autres m&#233;tropoles de l'Hexagone, le r&#233;cent durcissement du maintien de l'ordre a &#233;t&#233; bien plus intense et syst&#233;matique. Avocat &#224; la retraite, Jean-Jacques Gandini est membre de la LDH, du Syndicat des avocats de France et de l'Observatoire des libert&#233;s publiques de Montpellier&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'observatoire montpelli&#233;rain proposant aussi un soutien juridique aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#192; ce titre, il a assist&#233; &#224; plusieurs dizaines de rassemblements au cours des derni&#232;res ann&#233;es. Il explique que dans la cit&#233; h&#233;raultaise, m&#234;me en se positionnant &#171; &lt;i&gt;le plus souvent &#224; l'arri&#232;re des cort&#232;ges&lt;/i&gt; &#187;, les manifestants &#226;g&#233;s ne sont pas &#224; l'abri : &#171; &lt;i&gt;Les violences ne touchent pas que les manifestants qui sont en premi&#232;re ligne, pas que les personnes qui ont la volont&#233; d'en d&#233;coudre &#8211; quand il y en a &#8211; mais tout le monde. Les grenades, les LBD, n'importe qui peut en &#234;tre victime.&lt;/i&gt; &#187; Peut-on cependant imaginer que certains agents retiennent leurs coups quand ils se retrouvent face &#224; un papy ou une mamie ? &#171; &lt;i&gt;On pourrait le penser. Mais lorsqu'il y a des charges de police, qui que ce soit qu'il y ait devant eux, les policiers y vont. Des personnes &#226;g&#233;es sont donc touch&#233;es, surtout quand elles courent moins vite que les autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Membre de la fondation Copernic&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un cercle de r&#233;flexion s'opposant au n&#233;olib&#233;ralisme.&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et de l'Observatoire des pratiques polici&#232;res de Toulouse, Pascal Gassiot, 65 ans, confirme : &#171; &lt;i&gt;Ici, je n'ai pas constat&#233; de traitement diff&#233;renci&#233;. Je n'ai pas vu les policiers retenir leurs coups quand ils &#233;taient face &#224; une personne &#226;g&#233;e qui manifestait. D'ailleurs, m&#234;me des badauds de passage ont &#233;t&#233; frapp&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Cette violence aveugle n'a pas &#233;pargn&#233; les observateurs eux-m&#234;mes, quel que soit leur &#226;ge : &#171; &lt;i&gt;Sur les quatre d'entre nous ayant &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s aux urgences de Toulouse, deux avaient plus de 60 ans, reprend Pascal Gassiot. Celui qui a pris un tir de LBD dans le ventre en avait 71. Quant &#224; moi&#8230; vous connaissez un peu le rugby ? Eh bien pendant une charge, alors que je filmais, un flic de la Bac [brigade anticriminalit&#233;] m'a fait un &#8220;raffut&#8221;, c'est-&#224;-dire qu'en courant il m'a mis la main sur la figure. Je suis tomb&#233;. J'ai eu deux c&#244;tes fractur&#233;es et un bout de cr&#226;ne compl&#232;tement r&#226;p&#233;. J'ai d&#233;pos&#233; une plainte. J'attends des nouvelles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Trop de peur &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Constat empirique : dans de nombreuses de villes de France, les enfants ont quasiment disparu des manifs. Trop de gaz lacrymog&#232;nes, trop de risques. Pascal Gassiot se souvient qu'&#224; Toulouse pendant les Gilets jaunes, &#171; &lt;i&gt;les premi&#232;res grenades p&#233;taient parfois dix minutes &#224; peine apr&#232;s le d&#233;but de la manifestation&lt;/i&gt; &#187; : il n'y avait donc plus de distinction entre une premi&#232;re phase de d&#233;fil&#233; tranquille (ouverte &#224; tous donc) et un second temps plus agit&#233; (r&#233;serv&#233; aux plus motiv&#233;s). En plus d'avoir fait d&#233;guerpir les poussettes, l'augmentation de la violence du maintien de l'ordre a-t-elle &#233;galement fait fuir les anciens ? Quand on sait que ces derniers forment souvent une bonne partie des troupes revendicatives, l'interrogation n'a rien d'anodin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Auteur de P&#233;age Sud, un roman&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; le 13 novembre dernier aux &#233;ditions du Chien Rouge, l'extension de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; issu de plusieurs mois pass&#233;s sur les ronds-points et dans les manifs des Gilets jaunes des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales, S&#233;bastien Navarro a remarqu&#233; un net reflux dans les moments les plus chauds : &#171; &lt;i&gt;Les mois passant, la r&#233;pression s'amplifiant, beaucoup de personnes &#226;g&#233;es ont peu &#224; peu disparu, parce que &#231;a devenait trop physique. Trop de peur.&lt;/i&gt; &#187; Une trouille qui, &#233;videmment, n'a pas touch&#233; que les seniors. &#171; &lt;i&gt;Les militants les plus chevronn&#233;s continuent de venir, note Jean-Jacques Gandini, de Montpellier. Mais au fur et &#224; mesure des manifs, on a vu des personnes ayant d&#233;pass&#233; un certain &#226;ge ou une certaine condition physique qui, apr&#232;s s'&#234;tre retrouv&#233;es en difficult&#233;, ont pr&#233;f&#233;r&#233; laisser tomber.&lt;/i&gt; &#187; Et l'ancien avocat de critiquer vertement la nouvelle doctrine du maintien de l'ordre, &#171; &lt;i&gt;une technique de confrontation&lt;/i&gt; &#187; qui fait que &#171; &lt;i&gt;les manifestants ne peuvent plus se sentir en s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pascal Gassiot confie qu'il a parfois rempli son r&#244;le d'observateur &#171; &lt;i&gt;avec la boule au ventre&lt;/i&gt; &#187;. Mais cet habitu&#233; du pav&#233; (pas loin d'un demi-si&#232;cle de manifs en tant que militant) n'a pas c&#233;d&#233; &#224; &#171; &lt;i&gt;la strat&#233;gie de la peur&lt;/i&gt; &#187;. Le Toulousain estime d'ailleurs que la vieillesse peut pr&#233;senter un avantage : celui d'avoir &#171; &lt;i&gt;le cuir tann&#233;, l'exp&#233;rience des manifestations violentes&lt;/i&gt; &#187; d'il y a plusieurs d&#233;cennies. D'ailleurs, poursuit-il, &#171; &lt;i&gt;pendant les Gilets jaunes, j'ai vu des vieux en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt; &#187;. Qu'ils fussent de vieux briscards du pav&#233; ou des primomanifestants aux cheveux blancs, c'&#233;taient &#171; &lt;i&gt;des teigneux, qui ne reculaient pas face aux flics. Ils se prenaient des grenades, mais ils revenaient.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Covid les rues &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face au durcissement du maintien de l'ordre, si certains ont opt&#233; pour une prudente retraite, beaucoup d'autres papys et mamies ont donc fait de la r&#233;sistance. Mais depuis le printemps dernier, tous ont un nouvel adversaire : le coronavirus. Combien d'a&#238;n&#233;s dissuade-t-il lui aussi de rejoindre les grandes protestations actuelles ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En rapport, publi&#233; dans le m&#234;me num&#233;ro :&lt;/strong&gt; &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Des-nouvelles-de-Genevieve-Legay' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Des nouvelles de Genevi&#232;ve Legay &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, des observatoires de ce type ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s dans plusieurs grandes villes de France &#224; l'initiative de militants associatifs, pour documenter les exc&#232;s du maintien de l'ordre et les entraves au droit de manifester.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'observatoire montpelli&#233;rain proposant aussi un soutien juridique aux manifestants interpell&#233;s, il est parfois appel&#233; &#171; Legal Team &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un cercle de r&#233;flexion s'opposant au n&#233;olib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; le 13 novembre dernier aux &#233;ditions du Chien Rouge, l'extension de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; dans le monde du livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des nouvelles de Genevi&#232;ve Legay</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Des-nouvelles-de-Genevieve-Legay</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Macron</dc:subject>
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		<dc:subject>commissaire</dc:subject>
		<dc:subject>vieille dame</dc:subject>
		<dc:subject>Emmanuel Macron</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Gri&#232;vement bless&#233;e par un policier lors d'une manifestation &#224; Nice en mars 2019, Genevi&#232;ve Legay va mieux. &#192; 74 ans, la militante d'Attac garde toutefois de lourdes s&#233;quelles de ses blessures. Ce qui ne l'emp&#234;che pas de continuer &#224; manifester. Rencontre t&#233;l&#233;phonique. Lorsqu'Emmanuel Macron a contract&#233; le coronavirus, Attac lui a souhait&#233; &#171; un prompt r&#233;tablissement et peut-&#234;tre une forme de sagesse &#187;. Juste retour &#224; l'envoyeur : c'est exactement en ces termes que le pr&#233;sident s'&#233;tait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Macron" rel="tag"&gt;Macron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Genevieve-Legay" rel="tag"&gt;Genevi&#232;ve Legay&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Legay" rel="tag"&gt;Legay&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emmanuel-Macron" rel="tag"&gt;Emmanuel Macron&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Gri&#232;vement bless&#233;e par un policier lors d'une manifestation &#224; Nice en mars 2019, Genevi&#232;ve Legay va mieux. &#192; 74 ans, la militante d'Attac garde toutefois de lourdes s&#233;quelles de ses blessures. Ce qui ne l'emp&#234;che pas de continuer &#224; manifester. Rencontre t&#233;l&#233;phonique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lorsqu'Emmanuel Macron a contract&#233; le coronavirus, Attac lui a souhait&#233; &#171; &lt;i&gt;un prompt r&#233;tablissement et peut-&#234;tre une forme de sagesse&lt;/i&gt; &#187;. Juste retour &#224; l'envoyeur : c'est exactement en ces termes que le pr&#233;sident s'&#233;tait adress&#233; &#224; Genevi&#232;ve Legay, porte-parole de l'organisation altermondialiste dans les Alpes-Maritimes, apr&#232;s sa grave blessure &#224; la t&#234;te provoqu&#233;e par une charge polici&#232;re. C'&#233;tait &#224; Nice, le 23 mars 2019, lors d'une manifestation. En plein mouvement des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La vieille dame et l'amer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vingt-et-un mois plus tard, &#224; l'heure de la sieste, Genevi&#232;ve Legay tarde un tantinet &#224; d&#233;crocher son t&#233;l&#233;phone. &#171; &lt;i&gt;Je m'&#233;tais endormie&#8230;&lt;/i&gt; &#187; On lui demande des nouvelles de sa sant&#233; : &#171; &lt;i&gt;Elle s'est bien am&#233;lior&#233;e. &#192; l'h&#244;pital, on avait dit &#224; mes filles que, si je ne mourais pas, je serais peut-&#234;tre un l&#233;gume &#224; vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Genevi&#232;ve Legay n'a plus d'odorat. C&#244;t&#233; go&#251;t, elle ne reconna&#238;t plus que le sucr&#233; et le sal&#233; : la vieille dame et l'amer, c'est du pass&#233;. Elle souffre aussi de fantosmie : &#171; &lt;i&gt;C'est une odeur fictive qui tourne dans le nez 24 heures sur 24. En g&#233;n&#233;ral, c'est une mauvaise odeur ; moi j'ai de la chance, c'est une odeur de bergamote.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What else ? &#171; &lt;i&gt;J'ai perdu 35 % d'audition &#224; l'oreille droite. Et quand je marche, je tangue. Je dois aller chez le neurologue, chez l'orthoptiste, chez l'ORL&#8230; Je suis tout le temps chez le docteur, &#231;a me pourrit la vie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle raconte une anecdote : &#171; &lt;i&gt;Une fois, je suis all&#233;e chez un expert de mon assurance ; sans me regarder, il a pass&#233; une heure &#224; lire mon dossier m&#233;dical, qui est assez &#233;pais, et puis il a relev&#233; la t&#234;te et m'a dit : &#8220;Madame, comment se fait-il que vous soyez en vie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&#8221; Mon pronostic vital a &#233;t&#233; engag&#233;. Je suis une miracul&#233;e, m&#234;me si je ne crois en aucun dieu&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Elle rit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, rire en berne, elle &#233;voque les autres victimes de la r&#233;pression polici&#232;re des deux derni&#232;res ann&#233;es : &#171; &lt;i&gt;Tous ceux qui ont perdu un &#339;il, une main&#8230; les pauvres. Et ceux qui sont morts. Zineb qui fermait ses volets, Steve qui dansait. Moi je m'en sors finalement pas si mal.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans la conversation, la vieille militante rappellera que les violences polici&#232;res existent depuis longtemps. Et esquissera une autocritique collective : &#171; &lt;i&gt;Je pense que la gauche n'a pas &#233;t&#233; assez vigilante, que nous n'avons pas assez d&#233;fendu les gens des banlieues. &lt;/i&gt;[Les policiers] &lt;i&gt;se sont fait la main sur les Africains et les Maghr&#233;bins des banlieues&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Triquer du manifestant &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce fameux 23 mars 2019, Nice s'appr&#234;te &#224; recevoir le pr&#233;sident Macron et son homologue chinois. Une partie du centre-ville est interdite &#224; tout rassemblement. Mais la joyeuse militante est quand m&#234;me l&#224;, justement pour d&#233;fendre la libert&#233; de manifester &#8211; &#171; &lt;i&gt;un droit cons-ti-tu-tion-nel&lt;/i&gt; &#187;. Un rassemblement de quelques dizaines de personnes, assez &#226;g&#233;es. Calmes. Genevi&#232;ve avec son drapeau pacifiste arc-en-ciel. Et le commissaire Rabah Souchi qui &#8211; saura-t-on jamais pourquoi ? &#8211; ordonne &#224; ses hommes de charger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un capitaine de gendarmerie refuse d'obtemp&#233;rer : dans son rapport, publi&#233; par &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans un article du 21/09/2020 intitul&#233; &#171; Affaire Legay : l'IGPN conclut &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, il arguera que la charge &#233;tait disproportionn&#233;e et d&#233;crira Souchi comme &#171; &lt;i&gt;un individu qui ne se ma&#238;trise plus et qui devient presque dangereux&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;hurlant&lt;/i&gt; &#187; et parlant de &#171; &lt;i&gt;triquer&lt;/i&gt; &#187; du manifestant. Les gendarmes mobiles ne bougent donc pas, mais des policiers ob&#233;issent au commissaire. &#192; la fin de leur charge, Genevi&#232;ve Legay est &#224; terre, la t&#234;te ensanglant&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Mon dernier souvenir, c'est d'avoir vu derri&#232;re moi les policiers casqu&#233;s, les boucliers, les matraques. Puis je suis tomb&#233;e, inconsciente, et je me suis r&#233;veill&#233;e six heures plus tard &#224; l'h&#244;pital.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'addition est s&#233;v&#232;re. Dans son livre, &lt;i&gt;Celle qui n'&#233;tait pas sage&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Issu d'entretiens avec Bruno Della Sudda, il est paru fin 2019 chez Syllepse.&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Genevi&#232;ve Legay fait le d&#233;tail, en d'obscurs termes m&#233;dicaux, du grave traumatisme cr&#226;nien qui lui a valu pr&#232;s de deux mois d'hospitalisation : &#171; &lt;i&gt;h&#233;morragie m&#233;ning&#233;e frontale gauche, h&#233;matome occipital droit, h&#233;matome c&#233;r&#233;belleux droit, fracture de l'os rocher droit, fracture de l'os pari&#233;tal droit, fracture m&#233;dio-sph&#233;no&#239;dale&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le commissaire mis en examen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis, un policier a reconnu avoir pouss&#233; la militante. Au vu de ses blessures, elle est persuad&#233;e qu'elle a re&#231;u un coup de tonfa sur le cr&#226;ne avant de heurter le sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois apr&#232;s les faits, le commissaire Rabah Souchi a &#233;t&#233; d&#233;cor&#233; de la m&#233;daille de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure &#8211; &#171; &lt;i&gt;une honte&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che sa victime. En novembre dernier, il a finalement &#233;t&#233; mis en examen pour complicit&#233; de violences volontaires. &#171; &lt;i&gt;Je suis tr&#232;s contente que &#231;a avance, &lt;/i&gt;commente la vieille dame.&lt;i&gt; Mais, comme j'ai dit &#224; mes avocats : je veux toute la brochette.&lt;/i&gt; &#187; En d'autres termes, Genevi&#232;ve Legay aimerait voir r&#233;pondre de leurs actes tous les maillons de la cha&#238;ne de commandement : le policier, le commissaire, mais aussi le directeur d&#233;partemental de la s&#233;curit&#233; publique, le pr&#233;fet, le ministre de l'Int&#233;rieur (Christophe Castaner &#224; l'&#233;poque) et Emmanuel Macron. &#171; &lt;i&gt;Reste &#224; savoir comment la justice va terminer les choses.&lt;/i&gt; &#187; Un silence, puis : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai plus du tout confiance dans la justice fran&#231;aise.&lt;/i&gt; &#187; Comment le pourrait-elle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but, l'affaire a &#233;t&#233; marqu&#233;e par de multiples mensonges et aberrations. Embo&#238;tant le pas &#224; Emmanuel Macron, le procureur de Nice a affirm&#233; deux jours apr&#232;s les faits que la militante n'avait pas &#233;t&#233; touch&#233;e par le moindre policier. Il a m&#234;me eu l'audace de confier l'enqu&#234;te &#224; la compagne du commissaire qui avait dirig&#233; les op&#233;rations &#8211; op&#233;rations auxquelles elle avait elle-m&#234;me particip&#233; ! Trop absurde, trop flagrant : les avocats de la militante ont r&#233;ussi &#224; obtenir le d&#233;paysement de l'affaire, d&#233;sormais instruite &#224; Lyon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une famille de &#171; droite extr&#234;me &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Genevi&#232;ve Legay a fait le tour du monde occidental. &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; contact&#233;e par des journaux des &#201;tats-Unis, j'ai re&#231;u des lettres de soutien du Chili, du Portugal, du Canada&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Un vrai choc de notori&#233;t&#233;, pas &#233;vident &#224; dig&#233;rer : &#171; &lt;i&gt;Vous &#233;tiez quelqu'un d'insignifiant, comme tout le monde, et, du jour au lendemain, vous faites la une des journaux, des gens vous reconnaissent, veulent vous toucher. Je comprends ce que vivent les artistes : vous ne vous appartenez plus. J'ai d&#251; aller chez le psy pour apprendre &#224; vivre cette &#8220;gloire&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victime de violences polici&#232;res, gilet jaune, altermondialiste, f&#233;ministe, membre de la CGT, adh&#233;rente au parti Ensemble ! et j'en oublie sans doute : Genevi&#232;ve Legay est une convergence des luttes anticapitalistes &#224; elle toute seule. &#192; gauche, elle a quelque chose du symbole ; son histoire est un point de ralliement, un d&#233;nominateur commun &#224; des sensibilit&#233;s tr&#232;s diverses. Cocasse destin, pour l'a&#238;n&#233;e d'une famille de &#171; &lt;i&gt;droite extr&#234;me&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son bouquin, la septuag&#233;naire raconte que ses parents se sont rencontr&#233;s en 1938 chez les Croix-de-Feu&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou plus exactement au Parti social fran&#231;ais, une organisation nationaliste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Que, dans le village du Tarn o&#249; elle a grandi, sa maison &#233;tait la seule &#224; arborer le drapeau national pour le 14 juillet. Qu'avec le p&#232;re de ses filles, elle forma un temps, &#171; &lt;i&gt;en conformit&#233; avec l'&#233;ducation&lt;/i&gt; [qu'ils avaient] &lt;i&gt;re&#231;ue&lt;/i&gt; &#187;, un couple d' &#187; &lt;i&gt;anticommunistes primaires&lt;/i&gt; &#187;. Et que, quand elle prit sa premi&#232;re carte &#224; la CGT en mai 1968, ce fut sous la pression de ses coll&#232;gues du Prisunic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militantisme de gauche la cueillit plus tard, au mitan des ann&#233;es 1970, quand elle emm&#233;nagea dans un nouveau quartier HLM des environs de Nice o&#249; personne n'avait song&#233; &#224; construire d'&#233;cole. Elle adh&#233;ra &#224; l'association des parents d'&#233;l&#232;ves. Genevi&#232;ve avait franchi Legay : &#224; partir de l&#224;, elle n'arr&#234;ta plus d'adh&#233;rer. Conf&#233;d&#233;ration nationale du logement, Union des femmes fran&#231;aises (aujourd'hui appel&#233;e Femmes solidaires), Parti communiste (qu'elle quitta en 1989)... Devenue &#233;ducatrice sp&#233;cialis&#233;e et c&#233;g&#233;tiste convaincue, elle ferrailla jusqu'&#224; la retraite pour obtenir davantage de moyens pour les foyers de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Vous croyez que &#231;a me fait plaisir ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Forc&#233;ment, on a pos&#233; la question. Et forc&#233;ment, d'autres journalistes la lui avaient d&#233;j&#224; pos&#233;e : ses blessures lui ont-elles coup&#233; l'envie de battre le pav&#233; ? &#171; &lt;i&gt;Quand j'&#233;tais &#224; l'h&#244;pital, je leur ai r&#233;pondu que, d&#232;s que je serais en &#233;tat, je retournerais dans la rue. Ma premi&#232;re manifestation apr&#232;s &#231;a, c'&#233;tait en ao&#251;t 2019, au contre-G7 &#224; Hendaye. Je ne tenais pas encore debout ; j'avais quelqu'un qui m'accompagnait en permanence.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prochaine manif au programme ? &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s-demain&lt;/i&gt; &#187; : un rassemblement devant le tribunal de Nice, le 17 d&#233;cembre, en soutien aux neuf militants jug&#233;s pour avoir red&#233;cor&#233; la fa&#231;ade d'une agence de la Soci&#233;t&#233; G&#233;n&#233;rale avec de la peinture biod&#233;gradable maison (du blanc de Meudon et du charbon)&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 26 octobre 2019, ils entendaient ainsi d&#233;noncer l'&#233;vasion fiscale et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans m&#234;me qu'on ait pos&#233; la question, Genevi&#232;ve Legay &#233;voque la loi &#171; S&#233;paratisme &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ils pondent des lois, ils pondent des lois et on n'arr&#234;te pas de r&#233;gresser&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Et celle sur la &#171; s&#233;curit&#233; globale &#187; : &#171; &lt;i&gt;Elle ne rend service &#224; personne. Les policiers la demandent, mais je pense qu'au final elle les desservira, parce qu'elle leur permet d'&#234;tre dans les instincts primaires, de fracasser du militant. &#199;a va les faire retourner &#224; l'&#233;tat bestial, ce qui n'a jamais &#233;lev&#233; personne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La septuag&#233;naire le r&#233;p&#232;te : tant qu'elle le pourra, elle continuera de manifester, d'essayer de peser dans la balance. &#192; ceux qui lui sugg&#233;reraient de lever le pied, elle r&#233;serve une r&#233;ponse sans &#233;quivoque : &#171; &lt;i&gt;Vous croyez que &#231;a me fait plaisir de laisser cette soci&#233;t&#233;-l&#224; en h&#233;ritage &#224; mes petits-enfants alors que &#231;a fait quarante-cinq ans que je me bats pour que le monde soit meilleur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Dont acte, Madame Legay.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans un article du 21/09/2020 intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/210920/affaire-legay-l-igpn-conclut-la-disproportion-de-la-charge-et-dement-macron&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Affaire Legay : l'IGPN conclut &#224; la disproportion de la charge et d&#233;ment Macron&lt;/a&gt; &#187;. C'est &#224; &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; qu'on doit la plupart des r&#233;v&#233;lations sur cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Issu d'entretiens avec Bruno Della Sudda, il est paru fin 2019 &lt;a href=&#034;https://www.syllepse.net/celle-qui-n-etait-pas-sage-_r_89_i_793.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chez Syllepse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ou plus exactement au Parti social fran&#231;ais, une organisation nationaliste qui avait remplac&#233; les Croix-de-Feu, dissoutes par le gouvernement du Front populaire deux ans plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 26 octobre 2019, ils entendaient ainsi d&#233;noncer l'&#233;vasion fiscale et les investissements de la banque dans les &#233;nergies fossiles. Pour cette action symbolique, ils ont subi 48 heures de garde &#224; vue et, au moins pour certains, des perquisitions. Le 17 d&#233;cembre dernier, les poursuites ont finalement &#233;t&#233; abandonn&#233;es pour vices de proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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