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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Le rem&#232;de est pire que le mal &#187;</title>
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		<dc:date>2022-10-07T12:35:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'Envol&#233;e, Thierry Chatbi</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une enfance &#224; l'ombre. Celle d'un adolescent des ann&#233;es 1960-70, d'abord plac&#233; chez les cur&#233;s, puis ballot&#233; d'&#233;tablissements &#171; &#233;ducatifs &#187; en centres pour jeunes d&#233;tenus. Avant de conna&#238;tre pendant vingt-cinq ans la prison, celle des grands. En 2006, Thierry Chatbi confiait au journal anticarc&#233;ral L'Envol&#233;e le r&#233;cit de ses jeunes ann&#233;es. Nous en republions ici une partie. &#171; &#192; chasser les enfants de leurs plus beaux r&#234;ves d'enfance, nous les h&#233;bergeons dans nos pires (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une enfance &#224; l'ombre. Celle d'un adolescent des ann&#233;es 1960-70, d'abord plac&#233; chez les cur&#233;s, puis ballot&#233; d'&#233;tablissements &#171; &#233;ducatifs &#187; en centres pour jeunes d&#233;tenus. Avant de conna&#238;tre pendant vingt-cinq ans la prison, celle des grands. En 2006, Thierry Chatbi confiait au journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; le r&#233;cit de ses jeunes ann&#233;es. Nous en republions ici une partie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; chasser les enfants de leurs plus beaux r&#234;ves d'enfance, nous les h&#233;bergeons dans nos pires cauchemars d'adultes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;(Hafed Benotman)&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#199;a ne valait pas la peine, mais &#231;a valait le coup, &#201;ditions du bout de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La jeunesse continue d'inqui&#233;ter et la soci&#233;t&#233; renforce son arsenal l&#233;gislatif et coercitif pour enrayer tout d&#233;bordement&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sumait &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; dans l'&#233;dito de son n&#176; 16. Nous &#233;tions alors en f&#233;vrier 2006, &#224; l'aube du mouvement anti-CPE (Contrat premi&#232;re embauche), un an apr&#232;s le printemps des lyc&#233;ens contre la loi Fillon sur l'&#233;ducation et quelques mois apr&#232;s l'explosion, fin 2005, des quartiers populaires. C'est certain : les &lt;i&gt;gremlins &lt;/i&gt;(comme les vieux voyous ont appel&#233; leurs cadets &#224; l'apparition de la capuche), c'est turbulent : &#231;a bloque les lyc&#233;es, &#231;a br&#251;le les voitures, &#231;a occupe les facs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le deuxi&#232;me mandat Chirac, on assiste &#224; la construction des premiers EPM (&#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs), des prisons pour enfants de 13 &#224; 18 ans, qui s'ajoutent aux quartiers pour mineurs qui existaient d&#233;j&#224; dans certaines prisons pour adultes. Malgr&#233; de courageuses r&#233;sistances pour &#233;viter que ces projets voient le jour, les six EPM pr&#233;vus sont achev&#233;s en 2007-2008 : Meyzieu (pr&#232;s de Lyon), Lavaur (&#224; c&#244;t&#233; de Toulouse), Qui&#233;vrechain (dans le Nord), Orvault (non loin de Nantes), Porcheville (r&#233;gion pari&#8202;sienne) et la Valentine, &#224; Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;poque est (d&#233;j&#224;) au tout s&#233;curitaire, &#224; l'extension du domaine du p&#233;nal et &#224; l'explosion carc&#233;rale. Alors que les contr&#244;les d'identit&#233; sont constants dans les quartiers populaires et que se multiplient les partenariats &#233;cole-police-justice, une loi est vot&#233;e en 2003 pour interdire les rassemblements dans les halls d'immeuble. Dans les colonnes de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, un dialogue s'engage entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur des ge&#244;les pour comprendre et combattre les outils r&#233;pressifs destin&#233;s &#224; mettre au pas cette belle jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Infatigable &lt;i&gt;warrior&lt;/i&gt; des luttes de prisonniers des ann&#233;es 1980 &#224; 2000 et correspondant r&#233;gulier du journal, Thierry Chatbi envoie &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; un long t&#233;moignage sur son parcours dans les institutions pour mineurs des ann&#233;es 1960 et 1970 (il &#233;tait n&#233; en 1955). Sa lettre est donc publi&#233;e dans le n&#176; 16, en f&#233;vrier 2006, quelques mois apr&#232;s sa sortie de vingt-cinq ans de prison et quelques mois &#224; peine avant sa disparition brutale. Nous n'en livrons ici que des morceaux choisis : le texte complet est consultable sur le site du journal, &lt;i&gt;lenvolee.net&lt;/i&gt;. Un livre collectif sur la vie de Thierry et ses combats est paru en 2009 aux &#233;ditions de L'Insomniaque : &lt;i&gt;&#192; ceux qui se croient libres&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'Envol&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &#194;&lt;/span&gt; l'&#226;ge de 10 ans, j'ai &#233;pous&#233; la religion &#224; coups de matraque. J'ai &#233;t&#233; plac&#233; par les services sociaux dans les Pyr&#233;n&#233;es, chez les cur&#233;s, pour des raisons &#233;conomiques, sociales, fami&#8202;liales. C'est dissip&#233; par le temps, mais je me souviens que ma m&#232;re m'a appris &#224; voler pour nourrir ma famille. En fait, quand on parle d'enfance malheureuse, maltrait&#233;e, aujourd'hui je me souviens qu'avec mon fr&#232;re, en qu&#234;te d'amour que nous &#233;tions, c'&#233;tait celui qui volait le mieux qui obtenait un peu d'affection de notre m&#232;re. Mon p&#232;re, d'origine kabyle, &#233;tait ouvrier. J'ai appris tout petit &#224; avoir honte de mes origines, ni&#233; en tant qu'individu jusque dans mes racines, donc il m'&#233;tait dur de me construire.
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; plac&#233; au moins deux ans chez ces cur&#233;s o&#249; j'ai tout appris, la messe en basque et tout. J'ai m&#234;me fait enfant de ch&#339;ur. J'&#233;tais avec mon fr&#232;re. Lui, il dormait dans une baraque, on appelait &#231;a &#8220;le palace&#8221; : un taudis. La &#64258;otte coulait de partout, &#231;a passait par les tuiles, par le plafond. Le frangin pissait au lit, moi aussi d'ailleurs ; depuis, j'ai appris que c'&#233;tait d&#251; aux carences affectives&#8230; On a piss&#233; tard au lit. Du coup, mon fr&#232;re emboucanait tout le monde, et pour le punir, ils le mettaient sur le palier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, il y avait des lattes de plancher qui donnaient sur la chambre de l'abb&#233;, une ordure int&#233;griste qui faisait rentrer les m&#244;mes dans sa chambre. Il avait une petite &#64258;agelle &#224; la main, il les fouettait, il les tripotait, et nous, on voyait tout. Quand il essayait de nous approcher, on se cassait. Voil&#224; l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais 10 ans, les journ&#233;es &#233;taient occup&#233;es aux &#233;tudes et &#224; la messe. Le week-end, comme sortie, on allait aux enterrements de cur&#233;s des paroisses voisines et de vieilles du coin. Si on n'avait pas le chapelet dans la main &#224; l'&#233;glise apr&#232;s l'&#233;tude, au hasard, &lt;i&gt;[on]&lt;/i&gt; nous appelait, on devait se mettre &#224; genoux et &lt;i&gt;[on]&lt;/i&gt; nous d&#233;fon&#231;ait &#224; coups de b&#226;ton dans la maison de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui &#231;a me para&#238;t dingue, et pourtant c'&#233;tait normal. On pensait que c'&#233;tait &#231;a, l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, je suis remont&#233; &#224; Paris, dans ma famille ; pendant un an, &#231;a a &#233;t&#233; l'horreur. Mes parents ne se parlaient plus, ils hurlaient, ils ne s'entendaient pas, ils me frappaient. &#192; l'&#233;cole, il n'y avait pas le m&#234;me programme que dans les Pyr&#233;n&#233;es. J'ai &#233;t&#233; mis dans une voie de garage et j'ai &#233;t&#233; en apprentissage, nourri, log&#233;. J'ai &#233;t&#233; plac&#233; &#224; droite &#224; gauche, j'ai fait apprenti boulanger, p&#226;tissier, tapissier, en&#64257;n trois mille m&#233;tiers. &#199;a n'allait jamais, puisque psychologiquement &#231;a n'allait pas. Je partais en vrille et paradoxalement, &#231;a a &#233;t&#233; en m&#234;me temps une des meilleures p&#233;riodes de ma vie,&lt;i&gt; [avec] un &lt;/i&gt;r&#233;el sentiment de libert&#233;. Aucune attache, aucun bien. On vivait en bande, insouciants, sans aucune notion du danger ni conscience des r&#233;percussions de nos actes. Avec enfin l'apprentissage de l'amour, de l'amiti&#233;, du partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On zonait, on dormait dans les voitures, sous les porches, on se nourrissait chez l'habitant on va dire. Avec mon fr&#232;re on a agress&#233; un lascar pour lui prendre son oseille pour manger et on s'est fait attraper. J'avais quatorze, quinze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voil&#224; plac&#233; &#224; Savigny&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au Centre d'observation public de l'&#233;ducation surveill&#233;e.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Deux &#233;ducateurs viennent me chercher au tribunal de Cr&#233;teil. &#8220;&lt;i&gt;On va t'apprendre les bonnes mani&#232;res,&lt;/i&gt; qu'ils me disent,&lt;i&gt; on va te placer en observation quinze jours.&lt;/i&gt;&#8221; Isol&#233; du groupe, tout seul, tu arrives ; il y a des cellules sans barreaux aux fen&#234;tres, sauf au mitard. Les cellules, c'&#233;taient des petites chambres ferm&#233;es &#224; cl&#233; le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vigiles, enfin les gardiens de nuit, faisaient des rondes pour voir si tu &#233;tais bien l&#224;. N'emp&#234;che que nous, on d&#233;montait les portes, on passait par les fen&#234;tres et on revenait le matin. Plus le r&#233;gime est s&#233;v&#232;re, plus tu d&#233;ploies d'imagination pour le contourner. On mettait des mannequins dans les lits ; une fois, le vigile s'en est rendu compte. Le lendemain, l'&#233;ducateur m'a attrap&#233;, m'a fracass&#233; et m'a mis au mitard. J'avais d&#233;j&#224; connu les cellules de garde &#224; vue, mais l&#224;, c'&#233;tait le vrai mitard avec la paillasse, et j'y suis rest&#233; une semaine. Des potes venaient me &#64257;ler des clopes &#224; travers la grosse serrure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis sorti, j'avais la haine, et pour me venger du vigile, j'ai d&#233;mont&#233; la vitre de la porte et quand il est arriv&#233;, je suis sorti et je l'ai frapp&#233;. &lt;i&gt;[Puis]&lt;/i&gt; je me suis sauv&#233; et mis en cavale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait j'&#233;tais toujours en cavale, je rentrais, je sortais&#8230; Re-mitard, et &#224; chaque fois on me disait : &#8220;&lt;i&gt;Attention, la prochaine fois, c'est Fleury.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le week-end on avait des permissions, sauf si on faisait des conneries : les trois quarts du temps, je n'avais pas de permission. Et de toute mani&#232;re, pour aller o&#249;, chez mes parents ? Donc, les permissions on se les accordait. Des permissions sauvages, quoi. C'est l&#224; qu'un mec m'a appris &#224; voler des voitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Puis un jour, &#231;a a &#233;t&#233; la cavale, la vraie.]&lt;/i&gt; Je suis parti avec un pote et ma petite copine de l'&#233;poque en voiture vol&#233;e. On a &lt;i&gt;[fait un cambriolage]&lt;/i&gt;, on a achet&#233; une tente canadienne et on s'est fait un kif d'une semaine. On a eu un accident de voiture, et l&#224; le cycle prison a commenc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois, j'avais 17 ans. &#192; l'&#233;poque, tu allais au &lt;i&gt;[b&#226;timent]&lt;/i&gt; D2 &#224; Fleury, parce que le CJD &lt;i&gt;[Centre des jeunes d&#233;tenus]&lt;/i&gt; n'&#233;tait pas encore construit. 90 % des mecs que j'avais rencontr&#233;s &#224; Savigny, je les ai retrouv&#233;s en prison ; c'est-&#224;-dire que toute la g&#233;n&#233;ration des vieux voyous avait fait Savigny. C'&#233;tait vraiment l'&#233;cole du crime. Le rem&#232;de est pire que le mal. Il programme les gens &#224; vie, il les casse, il les formate ; puisque c'est la violence, tu apprends la violence. Tu apprends &#224; t'adapter dans un monde dur. On ne t'&#233;coute pas, &lt;i&gt;[mais]&lt;/i&gt; tu sais qu'en &#233;tant violent tu seras entendu, parce que tu fais peur. Si tu n'es pas violent, on te marche dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le CJD de Fleury a ouvert, j'y ai &#233;t&#233;. &#192; l'&#233;poque, il y avait un bricard &lt;i&gt;[surveillant grad&#233;]&lt;/i&gt; qui se baladait la nuit avec un nunchaku : il rentrait dans les cellules et il nous d&#233;fon&#231;ait. C'&#233;tait cr&#233;er et recr&#233;er la peur, et les m&#244;mes marchaient droit, sauf les r&#233;fractaires. Le matin, il fallait nettoyer la cellule, qu'elle soit nickel ; il fallait sortir la poubelle m&#234;me si elle &#233;tait vide. Il y avait la tenue p&#233;nale, on avait le cr&#226;ne ras&#233;. Tous ceux que j'ai vus au CJD, je les ai retrouv&#233;s en centrale. Quand tu sors, il n'y a rien, pas d'aide, tu te retrouves &#224; la case d&#233;part et tu retombes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la violence vis-&#224;-vis des jeunes peut para&#238;tre moins dure&#8230; &#192; mon &#233;poque, il y avait au moins des perspectives de boulot, de &#8220;r&#233;ussite sociale&#8221;. Tu pouvais t'installer. Maintenant, qu'est-ce qu'on propose aux m&#244;mes, quelles sont les perspectives ? Surtout quand tu t'appelles Mohammed ou Mamadou, tu sais tr&#232;s bien au berceau, dans la cit&#233;, que tu n'as pas d'ouverture. La seule ouverture, c'est si tu es capable d'&#234;tre plus violent, plus mariole ou plus salaud que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc la r&#233;ponse, vu l'absence de perspectives, c'est de recr&#233;er les centres ferm&#233;s, de construire des nouvelles prisons, de r&#233;gler les probl&#232;mes sociaux par l'enfermement. Le pouvoir sait que ces m&#244;mes sont une g&#233;n&#233;ration perdue, il n'a rien &#224; leur proposer, donc il doit g&#233;rer le probl&#232;me et quand on sait qu'en plus l'enfermement rapporte&#8230; la boucle est boucl&#233;e, c'est tout b&#233;nef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; confront&#233; &#224; l'autorit&#233;, qu'elle soit parentale ou institutionnelle. C'est toujours l'injustice qui m'a r&#233;volt&#233;. En r&#233;action &#224; la violence exerc&#233;e contre moi, je suis devenu ce que je suis. Je me suis muscl&#233;, je me suis tatou&#233;, je me suis construit une carapace pour affronter &#231;a. C'est dramatique quand tu l'analyses vraiment, parce que le but du jeu, c'est s&#251;rement pas &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Thierry Chatbi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#199;a ne valait pas la peine, mais &#231;a valait le coup&lt;/i&gt;, &#201;ditions du bout de la ville, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au Centre d'observation public de l'&#233;ducation surveill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Anne Steiner : &#171; On ramassait les enfants vagabonds comme des escargots &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Anne-Steiner-On-ramassait-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Anne-Steiner-On-ramassait-les</guid>
		<dc:date>2022-10-07T12:35:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des prisons pour enfants de la &#171; Belle &#187; &#201;poque &#224; la r&#233;bellion des m&#244;mes illustr&#233;e par le film Z&#233;ro de conduite, en passant par les d&#233;boires carc&#233;raux du jeune anarchiste Miguel Almereyda, l'historienne Anne Steiner revient ici sur le sort r&#233;serv&#233; aux mineurs &#171; turbulents &#187; fin XIXe et d&#233;but XXe si&#232;cles. Eug&#232;ne Vigo, dit Miguel Almereyda ? Une com&#232;te de l'anarchisme, militant et journaliste qui a travers&#233; le d&#233;but du XXe si&#232;cle avec panache et fracas, entre pol&#233;miques retentissantes et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des prisons pour enfants de la &#171; Belle &#187; &#201;poque &#224; la r&#233;bellion des m&#244;mes illustr&#233;e par le film &lt;i&gt;Z&#233;ro de conduite,&lt;/i&gt; en passant par les d&#233;boires carc&#233;raux du jeune anarchiste Miguel Almereyda, l'historienne Anne Steiner revient ici sur le sort r&#233;serv&#233; aux mineurs &#171; turbulents &#187; fin XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et d&#233;but XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4756 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/funng3ewyae08-i-reduit.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/funng3ewyae08-i-reduit-568bd.jpg?1781066397' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Image tir&#233;e du film &#034;Z&#233;ro de conduite&#034;
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;DR
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;ug&#232;ne Vigo, dit Miguel Almereyda ? Une com&#232;te de l'anarchisme, militant et journaliste qui a travers&#233; le d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle avec panache et fracas, entre pol&#233;miques retentissantes et &#233;crits explosifs. C'est cette trajectoire heurt&#233;e que conte l'historienne et amie Anne Steiner dans le passionnant &lt;i&gt;R&#233;volutionnaire &amp; dandy, Vigo dit Almereyda&lt;/i&gt;, tout juste sorti &#224; L'&#201;chapp&#233;e&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne Steiner a publi&#233; plusieurs livres consacr&#233;s &#224; l'histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. De ce r&#233;cit, il ressort notamment que ledit Almereyda (1883-1917) a fort bien connu l'univers carc&#233;ral (o&#249; il d&#233;c&#232;dera d'ailleurs) et notamment la prison pour enfants de la Petite Roquette, &#224; Paris, &#233;pisode qui le marqua durablement. Le premier fil d'une pelote qu'Anne Steiner d&#233;vide ici pour &#233;voquer plus largement diverses formes de domination adulte &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le jeune Almereyda se retrouve-t-il &#224; deux occasions incarc&#233;r&#233; &#224; la Petite Roquette, la premi&#232;re fois &#224; seize ans ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le premier d&#233;lit, qualifi&#233; de &#8220;complicit&#233; de vol par recel&#8221; (Miguel a accept&#233; du fils de ses patrons une pi&#232;ce de 20 francs d&#233;rob&#233;e aux parents), une peccadille, lui vaut deux mois de d&#233;tention &#224; la Petite Roquette, &#224; Paris. Son casier judiciaire &#233;tant vierge, il aurait pourtant pu b&#233;n&#233;&#8202;ficier de la loi sur le sursis vot&#233;e en 1891. La s&#233;v&#233;rit&#233; de la peine r&#233;sulte de l'enqu&#234;te de police, ayant mis en &#233;vidence sa fr&#233;quentation des r&#233;unions anarchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire qui aurait pu lui arriver, paradoxalement, c'est &#234;tre acquitt&#233; pour avoir agi sans discernement. Car, faute de pouvoir &#234;tre remis &#224; sa famille, cet orphelin, isol&#233; &#224; Paris, aurait certainement &#233;t&#233; envoy&#233; en maison de correction jusqu'&#224; ses 21 ans. Or, ces &#233;tablissements, &#224; vocation &#233;ducative, m&#233;ritaient, tout autant que la Petite Roquette, le qualificatif d'&#8220;enfer des gosses&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son second d&#233;lit, l'ann&#233;e d'apr&#232;s, est d'avoir fabriqu&#233;, en vue de se venger du juge qui l'avait condamn&#233;, une bombe artisanale, finalement abandonn&#233;e dans une vespasienne de la place Voltaire. Cet &#8220;engin bouffon&#8221;, comme il le qualifie lui-m&#234;me, n'explose m&#234;me pas, mais lui vaut un an d'emprisonnement. Les autorit&#233;s craignent alors l'&#233;mergence d'une seconde vague de propagande par le fait. La pr&#233;c&#233;dente s'est achev&#233;e moins de dix ans auparavant et les indicateurs de police rapportent que de plus en plus de jeunes gens r&#234;vent de mettre leurs pas dans ceux de Ravachol et d'&#201;mile Henry. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les conditions d'enfermement sont terribles, avec une forme de raffinement dans la torture psychologique. Tu &#233;cris d'ailleurs qu'apr&#232;s son deuxi&#232;me s&#233;jour, Almereyda n'est plus capable de parler...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'origine, la prison de la Petite Roquette, construite entre 1825 et 1832, &#233;tait destin&#233;e aux femmes et devait d&#233;sengorger la prison de Saint-Lazare. C'est un curieux m&#233;lange de modernit&#233; &#8211; avec des plans inspir&#233;s du Panoptique de Bentham&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Type d'architecture carc&#233;rale permettant &#224; un gardien seul de surveiller (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; et d'archa&#239;sme, avec ses tours rondes &#233;voquant une forteresse m&#233;di&#233;vale. C'est pour mettre fin au scandale, de plus en plus d&#233;nonc&#233; par l'opinion publique, de la promiscuit&#233; entre adultes et enfants dans les lieux de d&#233;tention, que la Petite Roquette a &#233;t&#233; affect&#233;e &#224; la d&#233;tention des mineurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque o&#249; Almereyda y est incarc&#233;r&#233;, elle abrite des jeunes de 16 &#224; 21 ans condamn&#233;s &#224; des peines inf&#233;rieures &#224; un an, des moins de 16 ans en attente de transfert vers une maison de correction et, enfin, des enfants enferm&#233;s sur demande de leur famille au titre de la correction paternelle : un mois maximum pour les enfants de 7 &#224; 16 ans, six mois maximum pour les plus de 16 ans. On y applique alors le r&#233;gime philadelphien (en r&#233;f&#233;rence &#224; la prison de Philadelphie), c'est-&#224;-dire l'isolement en cellule 24 heures sur 24, avec interdiction absolue de communiquer avec les autres d&#233;tenus. L'enfant dort, mange et travaille dans sa cellule de 6 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; et effectue seul sa promenade. Ceci afin de lui &#233;viter toute promiscuit&#233; avec de plus endurcis que lui. Ce n'est pas la cruaut&#233; qui dicte &#224; l'administration de tels r&#232;glements mais l'obsession de la contamination. Cependant, d&#232;s les ann&#233;es 1860, de nombreuses voix d&#233;noncent l'inhumanit&#233; de ce r&#233;gime et ses effets d&#233;l&#233;t&#232;res sur la sant&#233; mentale et physique des jeunes condamn&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce plongeon dans les archives de la Petite Roquette t'a lanc&#233;e dans un nouveau projet, en cours, celui d'un livre traitant du sort r&#233;serv&#233; aux enfants fugueurs et vagabonds sous la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui m'int&#233;resse surtout, c'est la fugue en elle-m&#234;me : l'imaginaire qui la sous-tend, sa pr&#233;paration, son d&#233;roulement. J'ai d&#233;couvert la fr&#233;quence des fugues enfantines, aussi bien en milieu urbain qu'en milieu rural. Des enfants prennent la route, gagnent des villes qui les font r&#234;ver ou tentent de s'embarquer sur des navires &#224; destination d'autres continents. Parmi eux, quelques jeunes bourgeois. Des enfants, m&#234;me tr&#232;s jeunes, peuvent parcourir de longues distances sans &#234;tre signal&#233;s, nourris en chemin par des paysans, passant la nuit dans les &#233;curies, parfois en &#233;change de menus travaux. C'est surtout en ville qu'ils se font rep&#233;rer par la mar&#233;chauss&#233;e, le plus souvent parce qu'ils mendient ou chapardent. Apr&#232;s enqu&#234;te, ils sont soit rendus &#224; leurs familles si celles- ci les r&#233;clament et qu'elles sont consid&#233;r&#233;es comme honorables, soit confi&#233;s &#224; une famille d'accueil ou envoy&#233;s dans une maison de redressement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e de l'Exposition universelle (1889), plusieurs centaines d'enfants, venant de province et m&#234;me de pays proches, ont converg&#233; vers Paris, curieux de voir la tour Eiffel. Les plus jeunes n'avaient pas 7 ans. On les ramassait comme des escargots lors de rafles au quartier des Halles o&#249; ils cherchaient pitance et refuge. Un avocat qui n'a cess&#233; de plaider leur cause d&#233;clarait alors : &#8220;&lt;i&gt;Mettez de l'argent dans la poche d'un vagabond et vous en faites un touriste.&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fils d'Almereyda, Jean Vigo, a r&#233;alis&#233; en 1933 &lt;i&gt;Z&#233;ro de conduite&lt;/i&gt;, film d&#233;non&#231;ant le caract&#232;re r&#233;pressif de l'&#233;cole &#224; l'&#233;poque. Cette jeunesse, il semble alors falloir l'&#233;craser, surtout quand comme Tabard, un des personnages du film, elle ose dire &#171; &lt;i&gt;merde&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jean Vigo, qui avait 12 ans &#224; la mort de son p&#232;re, a &#233;t&#233; plac&#233; pendant quatre ans comme interne au lyc&#233;e de Millau sous un nom d'emprunt, tant &#233;tait honni celui de &#8220;Vigo&#8221;, le tra&#238;tre&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; sa mort en 1917, il &#233;tait incarc&#233;r&#233; pour une trouble histoire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Et c'est davantage avec l'internat qu'avec l'&#233;cole en tant que telle qu'il r&#232;gle ses comptes. Priv&#233;s ou publics, les internats fonctionnent alors sur le mod&#232;le de la caserne ou du clo&#238;tre. Ils s'apparentent de fait &#224; l'institution totalitaire d&#233;finie plus tard par le sociologue am&#233;ricain Erving Goffman comme &#8220;&lt;i&gt;lieu de r&#233;sidence et de travail regroupant un grand nombre d'individus menant ensemble une vie recluse aux modalit&#233;s explicitement et minutieusement r&#233;gl&#233;es&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Z&#233;ro de Conduite&lt;/i&gt; est le r&#233;cit po&#233;tique et subversif d'une mutinerie enfantine contre ce type d'institution. M&#234;me s'il y a loin de la Petite Roquette &#224; l'internat de Millau, Jean Vigo attribue aux surveillants certains comportements que son p&#232;re pr&#234;tait aux &#8220;gaffes&#8221; [&lt;i&gt;matons&lt;/i&gt;] dans le num&#233;ro du journal &lt;i&gt;L'Assiette au beurre &lt;/i&gt;consacr&#233; &#224; la Petite Roquette, comme faire semblant de s'&#233;loigner pour surprendre les bavards. Il op&#232;re une sorte de superposition entre les deux univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand au &#8220;&lt;i&gt;Merde&lt;/i&gt;&#8221; de l'&#233;l&#232;ve Tabard, il fait &#233;cho &#224; une c&#233;l&#232;bre manchette du canard &lt;i&gt;La Guerre sociale&lt;/i&gt;, &#8220;&lt;i&gt;Et je vous dis merde&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221;, par laquelle Miguel saluait la gr&#226;ce consentie au militant (alors) socialiste Gustave Herv&#233;, en juillet 1912 par le pr&#233;sident Armand Falli&#232;res sur proposition du ministre de la Justice Aristide Briand. L'alternance de la r&#233;compense et de la punition, de la carotte et du b&#226;ton, est au fondement de la politique disciplinaire. La seule fa&#231;on d'y r&#233;pondre, c'est ce &#8220;&lt;i&gt;Merde&lt;/i&gt;&#8221; retentissant que Miguel pr&#234;te &#224; Herv&#233; graci&#233; apr&#232;s 26 mois de d&#233;tention pour un d&#233;lit de presse, et que Jean met dans la bouche de Tabard qui, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; admonest&#233; par le proviseur, est confront&#233; aux mani&#232;res doucereuses du professeur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Anne Steiner a publi&#233; plusieurs livres consacr&#233;s &#224; l'histoire de l'anarchisme &#224; la Belle &#201;poque, notamment les chaudement recommand&#233;s &lt;i&gt;Le Temps des r&#233;voltes&lt;/i&gt; (2015) et &lt;i&gt;Les En-Dehors&lt;/i&gt; (2008), tous les deux &#224; l'&#201;chapp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Type d'architecture carc&#233;rale permettant &#224; un gardien seul de surveiller l'ensemble des prisonniers sans qu'ils sachent &#224; quel moment ils sont &#233;pi&#233;s ou non.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; sa mort en 1917, il &#233;tait incarc&#233;r&#233; pour une trouble histoire de financement de son journal &lt;i&gt;Le Bonnet rouge&lt;/i&gt;, qui lui valut d'&#234;tre tax&#233; de tra&#238;tre et espion par une partie de l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Njinga, m&#232;re de la nation angolaise</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Njinga-mere-de-la-nation-angolaise</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Njinga-mere-de-la-nation-angolaise</guid>
		<dc:date>2022-10-07T11:40:30Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle en Afrique centrale, une femme s'est soulev&#233;e contre l'invasion des colons portugais. La reine Njinga, cheffe d'&#201;tat et cheffe de guerre, dut ses succ&#232;s autant &#224; sa vision politique qu'&#224; son habilet&#233; militaire. Tout a commenc&#233; au Ndongo, petit royaume occupant le nord de l'An&#8202;gola actuelle. Fond&#233; au d&#233;but du XVIe si&#232;cle, cet &#201;tat centralis&#233; et dot&#233; d'une arm&#233;e permanente conna&#238;t un d&#233;ve&#8202;loppe&#8202;ment rapide gr&#226;ce &#224; la multiplication des guerres de conqu&#234;te et &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au d&#233;but du XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en Afrique centrale, une femme s'est soulev&#233;e contre l'invasion des colons portugais. La reine Njinga, cheffe d'&#201;tat et cheffe de guerre, dut ses succ&#232;s autant &#224; sa vision politique qu'&#224; son habilet&#233; militaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;out a commenc&#233; au Ndongo, petit royaume occupant le nord de l'An&#8202;gola actuelle. Fond&#233; au d&#233;but du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, cet &#201;tat centralis&#233; et dot&#233; d'une arm&#233;e permanente conna&#238;t un d&#233;ve&#8202;loppe&#8202;ment rapide gr&#226;ce &#224; la multiplication des guerres de conqu&#234;te et &#224; l'intensification du commerce des esclaves &#8211; en particulier avec les Portugais &#233;tablis dans un comptoir c&#244;tier &#224; Luanda. L'influence lusitanienne se diffuse aussi &#224; travers une activit&#233; missionnaire acharn&#233;e et la forma&#8202;tion des &#233;lites locales sur le mod&#232;le europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Profitant de cette implantation pr&#233;coce et de leur alliance avec les rois du Ndongo face aux pr&#233;ten&#8202;tions territoriales du puissant voisin kongolais, les Portugais vont mettre le pays en coupe r&#233;gl&#233;e &#224; partir de 1575 en menant une campagne de terreur contre la population : mutila&#8202;tions syst&#233;matiques, destruction des r&#233;coltes, r&#233;duction en esclavage et d&#233;portation massives des habitants vers les plantations et mines du Br&#233;sil. Non contents de leur h&#233;g&#233;monie politique et militaire, les gouverneurs envoy&#233;s par Lisbonne pour exploiter le pays veulent obtenir la soumission totale des dirigeants du Ndongo en leur faisant pr&#234;ter un serment de vassalit&#233; au roi du Portugal. C'&#233;tait sans compter sur Njinga.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La cheffe politique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Son fr&#232;re &#233;lu roi, elle est envoy&#233;e en 1622 comme ambassadrice pl&#233;ni&#8202;potentiaire aupr&#232;s du gouverneur Correia de Sousa. Aucun si&#232;ge n'&#233;tant pr&#233;vu pour qu'elle soit face &#224; lui, elle fait s'agenouiller une de ses servantes et s'assoit sur son dos. Au-del&#224; de l'anecdote, l'&#233;pisode r&#233;v&#232;le la clairvoyance de la future reine quant aux rapports de force diplomatiques avec le colonisateur et sa d&#233;termination &#224; ne rien c&#233;der sur la souverainet&#233; de son royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mort de son fr&#232;re dans des circonstances troubles en 1624, elle acc&#232;de au tr&#244;ne. Mais le d&#233;but de son r&#232;gne est catastrophique. Apr&#232;s avoir livr&#233; des batailles titanesques pour d&#233;fendre sa capitale, Njinga est contrainte &#224; l'exil en 1626. Transformant son apparente d&#233;b&#226;cle en repli strat&#233;gique, elle recrute de nouveaux partisans dans l'Est du royaume gr&#226;ce &#224; une alliance avec le peuple nomade des Imbangalas, redout&#233;s pour leurs m&#339;urs r&#233;put&#233;es sanguinaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenir leur cheffe incontest&#233;e a conduit Njinga &#224; embrasser certains rituels d'invincibilit&#233; notamment celui consistant &#224; s'enduire le corps d'un onguent fabriqu&#233; &#224; partir du corps d'un nouveau-n&#233; pil&#233; dans un mortier. Lors de la d&#233;route de 1626, elle avait d&#233;j&#224; proc&#233;d&#233; au sacrifice de quatorze vierges pour conjurer le mauvais sort conform&#233;ment aux traditions politiques et cultu&#8202;relles des Mbundu, majoritaires au Ndongo. Mais il s'agissait l&#224; d'une c&#233;r&#233;monie exceptionnelle et elle abandonnera les rites les plus effroyables pour attirer &#224; elle les membres d'autres ethnies. Ou pour se conci&#8202;lier les bonnes gr&#226;ces du pape quand elle lui enverra des ambassadeurs et s'affichera comme une reine chr&#233;tienne, jetant encore un peu plus le trouble parmi tous ses adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son coup le plus spectaculaire cependant demeure sa transformation en homme ainsi que le relate l'historienne Linda M. Heywood dans la biographie&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Njinga, histoire d'une reine guerri&#232;re, La D&#233;couverte, 2018.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qu'elle a consa&#8202;cr&#233;e &#224; Njinga. &#171; &lt;i&gt;Elle commen&#231;a par &#233;pouser un homme &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;qu'elle obligea &#224; s'habiller en femme. Elle en parlait comme d'une femme et lui demanda de s'adresser &#224; elle comme &#224; un roi et non &#224; une reine. Au moment de se marier, elle recruta de nouveaux concubins et ordonna qu'ils s'ha&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;billent comme ses femmes gardes du corps. Elle exigeait qu'ils dorment tous ensemble dans la m&#234;me pi&#232;ce tout en restant chastes. Si par malheur l'un de ses concubins ou l'une de ses femmes gardes du corps &lt;/i&gt;[se] &lt;i&gt;touchaient, ne serait-ce qu'accidentellement dans leur sommeil, ils &#233;taient tu&#233;s, st&#233;rilis&#233;s ou rendus impuissants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La cheffe de guerre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dirigeante politique capable d'ob&#8202;tenir des victoires sur sa seule r&#233;putation, Njinga a &#233;galement d&#233;montr&#233; des qualit&#233;s guerri&#232;res exceptionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la t&#234;te de son &lt;i&gt;kilombo&lt;/i&gt; (formation militaire pouvant regrouper plusieurs dizaines de milliers de soldats), Njinga &#233;labore la strat&#233;gie la mieux adapt&#233;e &#224; la situation (si&#232;ges de forteresses, batailles rang&#233;es, gu&#233;rilla), dirige les op&#233;rations sur le terrain et, parfois, combat au milieu de ses troupes quand leur ardeur vient &#224; flancher. En face, les Portugais, peu nombreux et sans soutien d'artil&#8202;lerie ou de cavalerie, se retrouvent &#224; la merci de forces suppl&#233;tives &#224; la loyaut&#233; changeante. &#192; la diff&#233;rence de ce qui a fait le succ&#232;s des &lt;i&gt;conquistadores&lt;/i&gt; aux Am&#233;riques, ils ne peuvent s'appuyer sur les dissensions au sein d'empires d&#233;j&#224; &#224; bout de souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, le maintien des circuits de la traite n&#233;gri&#232;re &#233;tant le nerf de la guerre, Njinga organise des raids &#233;clairs pour couper pistes et rivi&#232;res, lib&#233;rer les esclaves servant de porteurs aux colons et terro&#8202;riser les &lt;i&gt;sobas&lt;/i&gt;, chefs locaux, vendus &#224; l'ennemi. Mais, son alliance de circonstance avec les Hollandais qui conqui&#232;rent Luanda en 1641 se r&#233;v&#232;le fort d&#233;cevante. Lisbonne exp&#233;die sur place des renforts massifs qui d&#233;truisent successivement les forces bataves et mbundu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#194;g&#233;e de 70 ans, la reine combattante est lass&#233;e de la guerre. Pourtant, elle m&#232;ne encore de nombreux raids au Ndongo et dirige personnel&#8202;lement des exercices militaires. Elle r&#233;alise aussi qu'elle devra se contenter d'une sorte de match nul contre les envahisseurs : incapables de pacifier le pays, les Portugais ne peuvent pas non plus &#234;tre rejet&#233;s &#224; la mer. Njinga signe la paix avec eux en 1656 et continue de r&#233;gner sur les territoires &#224; l'Est de son royaume pendant encore sept ans. Apr&#232;s sa mort, la r&#233;gion est en proie &#224; la division &#8211; ce qui favorisera son exploitation coloniale par Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La post&#233;rit&#233; de Njinga&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Femme au pouvoir et femme de pouvoir, Njinga a suscit&#233; de nombreuses tentatives de r&#233;cup&#233;ration. Cavazzi, son confesseur, la rapproche de figures mythologiques comme la sorci&#232;re M&#233;d&#233;e pour sa ruse et sa cruaut&#233; ou en fait une Amazone guerri&#232;re. L'&#201;glise catholique insiste sur la pa&#239;enne idol&#226;tre qu'il a fallu transformer en une chr&#233;tienne d&#233;vote. Aux XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, la plupart des auteurs europ&#233;ens l'ont repr&#233;sent&#233;e comme la figure embl&#233;&#8202;matique de l'Autre africain en fantasmant sur sa dimension &#233;rotique. Pour Sade, elle renvoie &#224; ces femmes qui commettent des horreurs sous l'empire de la sexualit&#233;. Hegel voit en elle la preuve (d&#233;j&#224; !) que l'Afrique n'est pas entr&#233;e dans l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, deux discours vont s'affronter. D'un c&#244;t&#233;, la litt&#233;rature de propagande colonialiste carica&#8202;ture une reine cannibale, virile et dou&#233;e d'une intelligence &#171; &lt;i&gt;indig&#232;ne&lt;/i&gt; &#187; sup&#233;&#8202;rieure pour mieux valo&#8202;riser les victoires de la puissance militaire portugaise. De l'autre, les mouvements de lib&#233;ration nationale vont reprendre la tradition orale mbundu v&#233;hiculant l'image d'une cheffe fi&#232;re et victorieuse. La d&#233;colonisation en Angola la porte au statut d'h&#233;ro&#239;ne r&#233;volutionnaire au centre d'un nouveau r&#233;cit national avec des chapitres entiers dans les manuels scolaires et une statue monumentale sur la place centrale de Luanda, l&#224; o&#249; se tenait le march&#233; aux esclaves. Aujourd'hui, cette dimension est encore bien pr&#233;sente, comme l'atteste le film angolais sorti en 2013 pour le 350e juinanniversaire de sa mort&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Njinga, Rainha de Angola, de S&#233;rgio Graciano.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : Njinga y appara&#238;t sous les traits d'une &lt;i&gt;guerillera&lt;/i&gt; avec v&#234;tement traditionnel imitant une cartouchi&#232;re et coiffure &#171; afro &#187; type ann&#233;es 1970. Au Br&#233;sil, elle est une reine de carnaval c&#233;l&#233;brant la m&#233;moire des esclaves africains d&#233;port&#233;s dans les plantations du pays. Figure politique majeure et complexe dans l'histoire de l'Afrique, &#224; l'instar d'une Elizabeth I&lt;sup&gt;&#232;&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; en Angleterre ou d'une Catherine II en Russie, son r&#244;le historique est reconnu dans diverses communaut&#233;s afro-am&#233;ricaines aussi bien &#224; Cuba, &#224; la Jama&#239;que, aux &#201;tats-&#8202;Unis que par des institutions telles que l'Unesco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Symbole de r&#233;sistance &#224; la colonisation, Njinga se situait aussi de l'autre c&#244;t&#233; de l'oppression : le Ndongo fut un &#201;tat esclavagiste asseyant une partie de sa prosp&#233;rit&#233; sur le commerce d'&#234;tres humains. Njinga &#233;changea une partie de ses prison&#8202;niers y compris mbundu contre des armes ou d'autres ressources. Mais focaliser l'attention sur cette seule perspective, comme pour faire des Africains les uniques artisans de leur propre malheur &#8211; discours qui nous a &#233;t&#233; resservi fin ao&#251;t dans les colonnes d'un torchon de la droite extr&#234;me&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Valeurs actuelles (27/08/2020).&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; aux d&#233;pens de la d&#233;put&#233;e Dani&#232;le Obono &#8211; est aussi une vieille rengaine raciste. L'universitaire Fran&#231;oise Verg&#232;s la d&#233;non&#231;ait d&#233;j&#224; dans sa pr&#233;face &#224; la biographie de Njinga : &#171; &lt;i&gt;Le danger est de minimiser les responsabilit&#233;s europ&#233;ennes, de reprendre trop facilement l'argument &#8220;les Africains ont vendu les Africains&#8221; pour mettre sur le m&#234;me plan les formes d'esclavage en Afrique et l'&#233;conomie des plantations europ&#233;ennes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Njinga, histoire d'une reine guerri&#232;re&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Njinga, Rainha de Angola&lt;/i&gt;, de S&#233;rgio Graciano.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; (27/08/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'autogestion des plus jeunes au service des id&#233;aux des adultes</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-autogestion-des-plus-jeunes-au</link>
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		<dc:creator>Martine Ruchat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la Seconde Guerre mondiale, des millions de minots sont s&#233;par&#233;s de leurs parents. &#192; travers l'Europe, des communaut&#233;s se forment pour les accueillir. Appel&#233;es &#171; r&#233;publiques d'enfants &#187;, certaines doublent leur vocation humanitaire d'une utopie p&#233;dagogique. On y d&#233;fend l'autonomie et l'autogestion des m&#244;mes, qui &#233;lisent leur propre maire, &#233;laborent leur propre syst&#232;me de justice&#8230; Mais l'enfant, cens&#233; &#234;tre plac&#233; au centre du dispositif, n'est-il pas finalement l'instrument d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Yohanne-Lamoulere-56" rel="tag"&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/guerre" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-enfants" rel="tag"&gt;d'enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/republiques-d-enfants" rel="tag"&gt;r&#233;publiques d'enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Trogen" rel="tag"&gt;Trogen&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/republiques" rel="tag"&gt;r&#233;publiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/communautes-d-enfants" rel="tag"&gt;communaut&#233;s d'enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/communautes" rel="tag"&gt;communaut&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/village-Pestalozzi" rel="tag"&gt;village Pestalozzi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/autant" rel="tag"&gt;autant&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s le d&#233;but de la Seconde Guerre mondiale, des millions de minots sont s&#233;par&#233;s de leurs parents. &#192; travers l'Europe, des communaut&#233;s se forment pour les accueillir. Appel&#233;es &#171; r&#233;publiques d'enfants &#187;, certaines doublent leur vocation humanitaire d'une utopie p&#233;dagogique. On y d&#233;fend l'autonomie et l'autogestion des m&#244;mes, qui &#233;lisent leur propre maire, &#233;laborent leur propre syst&#232;me de justice&#8230; Mais l'enfant, cens&#233; &#234;tre plac&#233; au centre du dispositif, n'est-il pas finalement l'instrument d'un projet de soci&#233;t&#233; pens&#233; par et pour les adultes ? Co-autrice du livre &lt;i&gt;L'Internationale des r&#233;publiques d'enfants&lt;/i&gt; &lt;i&gt;(1939-1955)&lt;/i&gt;, l'historienne de l'&#233;ducation Martine Ruchat dresse ici un tableau contrast&#233; de cet &#233;pisode m&#233;connu de l'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3599 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1742-57644.jpg?1779604592' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Yohanne Lamoul&#232;re
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des enfants qui se l&#232;vent pour donner leur opinion. Qui votent &#224; mains lev&#233;es ou glissent leurs id&#233;es dans un chapeau ou dans une urne de votation. Qui &#233;crivent et &#233;ditent des articles ou des bandes dessin&#233;es... C'est cela, dans les ann&#233;es 1940, les r&#233;publiques d'enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face aux millions d'enfants orphe&#8202;lins, abandonn&#233;s, meurtris par la Seconde Guerre mondiale, des voix s'&#233;l&#232;vent et des personnes s'engagent partout en Europe pour trouver des solutions d'accueil et de scolarisation. Une multitude de camps et de villages voient alors le jour. Des espaces dans lesquels on pr&#244;ne une autonomie de pens&#233;e, o&#249; l'on envisage les enfants comme des individus libres, se gouvernant par eux-m&#234;mes et construisant le monde de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le qui se d&#233;veloppe alors peut &#234;tre rattach&#233; &#224; d'autres exp&#233;riences libertaires du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, comme l'orphelinat de Cempuis, cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1860 dans l'Oise et qui fut parmi les premi&#232;res &#233;coles mixtes de France. On pense aussi &#224; l'&#201;cole moderne de Francisco Ferrer, fond&#233;e &#224; Barcelone en 1901, elle aussi libertaire et mixte. Ou encore, au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, en Union sovi&#233;tique, aux maisons coop&#233;ratives d'Anton Makarenko pour les orphelins de la guerre civile et aux villages de l'utopie sioniste en Palestine. Quoi qu'il en soit, celles qui ont exist&#233; entre le conflit de 1939-1945 et les premi&#232;res ann&#233;es de la guerre froide sont aujourd'hui largement m&#233;connues.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un engouement &#233;clectique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s les ann&#233;es 1940 pourtant, ces &lt;i&gt;r&#233;publiques&lt;/i&gt; appel&#233;es &#233;galement &#171; communaut&#233;s d'enfants &#187; suscitent l'int&#233;r&#234;t de journalistes et de membres d'organisations humanitaires, philanthropiques ou &#233;tatiques. L'exp&#233;rience enfantine est alors au centre de la publicit&#233; faite &#224; ces communaut&#233;s. Ce sont les visages d'enfants souriants et les regards qui s'illuminent que les adultes veulent mettre en sc&#232;ne. Les enfants des r&#233;publiques dessinent, chantent, dansent en ronde, travaillent aux champs...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;publiques int&#233;ressent aussi des militants rattach&#233;s &#224; divers groupes culturels, religieux ou politiques, comme les &lt;i&gt;quakers&lt;/i&gt;, le Service civil inter&#8202;national&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Regroupement de volontaires pacifiques et militants pour la paix en 1920 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le mouvement de l'&#233;ducation nouvelle, les pacifistes... Les id&#233;ologies d'origine vont du lib&#233;ralisme au communisme, en passant par diverses religions : parmi les personnes engag&#233;es dans ces communaut&#233;s, on trouve par exemple un instituteur pacifiste, une journaliste juive, un pr&#234;tre p&#233;dagogue, une f&#233;ministe&lt;i&gt; quaker &lt;/i&gt;ou encore un philosophe ath&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'amorce progressivement un v&#233;ritable mouvement autour de ce mod&#232;le f&#233;d&#233;rateur teint&#233; d'un internationalisme cens&#233; assurer une paix d&#233;finitive et un avenir meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une difficile unit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1948, la toute r&#233;cente Unesco, qui veut soutenir ces initiatives, organise une rencontre des directeurs de communaut&#233;s d'enfants. Elle choisit le village Pestalozzi de Trogen, en Suisse. Ceux qui font le d&#233;placement ont un objectif commun : faire cohabiter des enfants de nationalit&#233;s diff&#233;rentes, victimes, atteints dans leurs corps et leurs psychismes, &#171; n&#233;vros&#233;s de guerre &#187;, souffrants. Reste une difficult&#233; majeure : se mettre d'accord autour d'une conception &#233;duca&#8202;tive pour ces enfants et les former (autant que leurs &#233;ducatrices et &#233;ducateurs) &#224; cette p&#233;dagogie de la r&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Trogen, on discute donc d'une approche qui promeut des jeunes autonomes et capables de se gouverner eux-m&#234;mes. Mais comment se passer d'adultes qui influencent, dirigent et mettent en sc&#232;ne cette r&#233;publique ? L'autonomie est, certes, un des concepts phares de cette &#171; nouvelle p&#233;dagogie &#187;, mais qu'est-ce que l'autonomie ? Celle qu'&#233;voque l'&#233;ducation nouvelle avec l'id&#233;e que l'enfant n'est pas un adulte en miniature, mais un monde en lui-m&#234;me ? &#192; moins qu'elle ne d&#233;finisse l'espace clos de la communaut&#233;, o&#249; s'exerce l'apprentissage de la solidarit&#233; autant que l'ind&#233;pendance de l'enfant, l'esprit critique autant que celui communautaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second concept fortement mis en avant &#224; Trogen est le &lt;i&gt;selfgovernment&lt;/i&gt; : une assembl&#233;e d'enfants citoyens dirig&#233;e par l'un d'entre eux (capitaine, maire ou syndic), fond&#233;e par une constitution avec des statuts, des charges et des comptes rendus de r&#233;unions. La vie s'apprend ausssi &#224; travers l'exercice de la justice et des punitions, inflig&#233;es apr&#232;s d&#233;lib&#233;ration par un enfant &#233;lu juge : lier les membres, obliger &#224; garder en bouche un caillou, exclure du groupe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; des exp&#233;riences et la difficult&#233; &#224; faire unit&#233; lors de cette conf&#233;rence de 1948 pr&#234;tent le flanc aux critiques : l'isolement de tels collectifs et l'artificialit&#233; du &lt;i&gt;selfgovernment&lt;/i&gt;, consid&#233;r&#233; par certains comme un simple jeu ; le d&#233;racinement culturel, impos&#233; &#224; des jeunes d&#233;plac&#233;s hors de leur pays... Sans compter que la pr&#233;tendue autonomie financi&#232;re &#8211; avec souvent une monnaie locale propre &#224; la communaut&#233; (appel&#233;e &#171; coq &#187;, &#171; talent &#187; ou &#171; m&#233;rite &#187;) &#8211; ne laisse pas dupes les d&#233;tracteurs d'un mod&#232;le co&#251;teux comme celui du Village Pestalozzi de Trogen qui, avec ses vingt-six maisons en bois flambant neuves, a co&#251;t&#233; trois millions de francs suisses.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une autonomie sous contr&#244;le&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les enfants eux-m&#234;mes ne semblent par toujours convaincus. En t&#233;moignent leurs fugues et leurs paroles : un jeune de la r&#233;publique de Longueil-Annel (Oise), en visite au camp de Moulin-Vieux (Is&#232;re), disait y voir une dictature sans citoyens, tribunal et banque. Constat similaire chez un jeune gar&#231;on de onze ans arriv&#233; &#224; Civittavecchia, pr&#232;s de Rome, qui parlera de &#171; l'air de dictateur &#187; du fondateur de cette r&#233;publique. L'enfant &#233;crira aussi : &#171; &lt;i&gt;Lorsque ces &#233;l&#232;ves sortiront de l&#224; &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt;, ils seront d&#233;rout&#233;s par la vie d'un pays entier. Ils ne peuvent pas participer par leur exemple &#224; la Paix du monde, pourquoi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Parce que si nous formions chacun un petit groupe et restions comme eux isol&#233;s du reste du monde, la compr&#233;hension deviendrait alors impossible.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; r&#233;publique &#187; est d'abord un slogan qui donne &#224; voir des enfants en pleine autonomie de pens&#233;e, mais s'exer&#231;ant souvent sous contr&#244;le. Un journaliste de la &lt;i&gt;Tribune de Gen&#232;ve&lt;/i&gt; ne manque pas de le remarquer : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;ducateur fait tout, mais il ne faut pas que cela paraisse. Il doit &#234;tre comme l'&#226;me par rapport au corps, comme le moteur dans la machine : l'essentiel, mais demeurer cach&#233;.&lt;/i&gt; [...]&lt;i&gt; Il doit comprendre que tout d&#233;pend de lui, mais laisser aux enfants la conviction qu'ils font tout par eux-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clap de fin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;union de 1948 &#224; Trogen, si elle fut quelque part leur acm&#233;, marqua aussi le d&#233;but d'une lente d&#233;construction de cette f&#233;d&#233;ration des r&#233;publiques d'enfants apr&#232;s l'engouement initial. Les joutes oratoires autour des concepts p&#233;dagogiques en d&#233;bat montrent bien qu'entrent dans ce mod&#232;le autant la politique que la morale, autant les arguments de la communaut&#233; que ceux de la famille, du collectif r&#233;g&#233;n&#233;rateur que de l'individu ma&#238;tre de lui-m&#234;me. Et la guerre froide ne va-t-elle pas bient&#244;t recouvrir en Europe toute exp&#233;rience collective d'un voile de communisme dont il faut se m&#233;fier ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Martine Ruchat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Regroupement de volontaires pacifiques et militants pour la paix en 1920 dans le but de promouvoir la paix, notamment &#224; travers des chantiers internationaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Gilets jaunes : bilan avant reprise ?</title>
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		<dc:date>2020-11-25T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Avec La R&#233;volte des Gilets jaunes, le collectif Ahou ahou ahou livre une analyse claire et r&#233;solument engag&#233;e d'une r&#233;volte surgie il y a moins de deux ans, si explosive et inattendue qu'elle a fait vaciller le pouvoir et remis en cause beaucoup de certitudes en mati&#232;re de luttes sociales. De quoi s'armer pour la prochaine ? &#171; Est-ce que les Gilets jaunes vont r&#233;ussir &#224; changer la vie ? Une infirmi&#232;re, songeuse : &#8220;En tout cas ils ont chang&#233; ma vie.&#8221; &#187; (Le Monde, d&#233;cembre 2018) *** &#192; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets-jaunes" rel="tag"&gt;Gilets jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ahou-ahou" rel="tag"&gt;Ahou ahou&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets" rel="tag"&gt;Gilets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement-jaune" rel="tag"&gt;mouvement jaune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ahou" rel="tag"&gt;Ahou&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jaunes" rel="tag"&gt;jaunes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;La R&#233;volte des Gilets jaunes&lt;/i&gt;, le collectif Ahou ahou ahou livre une analyse claire et r&#233;solument engag&#233;e d'une r&#233;volte surgie il y a moins de deux ans, si explosive et inattendue qu'elle a fait vaciller le pouvoir et remis en cause beaucoup de certitudes en mati&#232;re de luttes sociales. De quoi s'armer pour la prochaine ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH311/-1650-69334.jpg?1780009496' width='500' height='311' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;
&#171; &lt;i&gt;Est-ce que les Gilets jaunes vont r&#233;ussir &#224; changer la vie ? Une infirmi&#232;re, songeuse : &#8220;En tout cas ils ont chang&#233; ma vie.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, d&#233;cembre 2018)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la lecture des premiers chapitres, cette &#233;trange sensation : la distance. Comme si les faits expos&#233;s remontaient &#224; une bonne d&#233;cennie. Comme s'ils &#233;taient inimaginables dans la France &lt;i&gt;masqu&#233;e&lt;/i&gt; de cette fin septembre 2020, r&#233;solument rembarqu&#233;e dans les d&#233;bats de fond de poubelle sur le voile et &#171; &lt;i&gt;l'ensau&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;vagement&lt;/i&gt; &#187; de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que la distance, m&#234;me, l'in&#8202;cr&#233;dulit&#233;. &lt;i&gt;Cela s'est-il vraiment pass&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; Y a-t-il bien eu quelques mois, apr&#232;s le 17 novembre 2018, o&#249; la France enti&#232;re s'est embras&#233;e, des villes aux ronds-points, des rues de Toulouse et de Paris aux bleds comme Pouzin, 2 800 habitants et des brouettes, secou&#233;s d'une fi&#232;vre &#233;meuti&#232;re ? Et &#171; &lt;i&gt;l'humiliation de la police&lt;/i&gt; &#187; le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, les Champs en flammes, la neutralisation de 75 % du parc de radars, la mise &#224; sac de la gendarmerie du p&#233;age de Narbonne par des fiers-&#224;-bras gueulant &#171; &lt;i&gt;C'est qui le patron&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, les blocages monstres, les ronds-points partout insurg&#233;s, Macron revenant d'Argentine blafard pour apprendre que c'&#233;tait moins une ? Tout &#231;a semble relever du beau r&#234;ve, de la divine surprise fantasm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est l&#224; le premier m&#233;rite du bouquin r&#233;cemment sorti par les &#233;ditions Niet, &#339;uvre du bien nomm&#233; collectif Ahou ahou ahou&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cri de guerre tr&#232;s r&#233;pandu dans les cort&#232;ges Gilets jaunes, forme de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;La r&#233;volte des Gilets jaunes &#8211; histoire d'une lutte des classes&lt;/i&gt; : il remet en t&#234;te des &#233;pisodes &#224; la port&#233;e politique essentielle, occult&#233;s depuis par une crise sanitaire qui semble avoir &#233;teint les derni&#232;res braises de l'incendie en mode Canadair-Covid. Vivant, bien &#233;crit, bas&#233; &#224; la fois sur du v&#233;cu et de la documentation, entre chroniques de lutte et analyses en surplomb, l'ouvrage rappelle simplement ce qui a &#233;t&#233;, ce qui s'est construit et ce qui a durablement impr&#233;gn&#233; l'esprit de tant de gilets r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vertiges de la meute&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les quatre loups du collectif, tous militants de longue date, tous impliqu&#233;s dans le mouvement jaune, n'ont pas attendu qu'il s'&#233;vapore pour envisager d'en conter l'histoire. Dispers&#233;s g&#233;ographiquement &#8211; l'un en r&#233;gion parisienne, l'autre dans une grande ville du Sud-Est, etc. &#8211;, ils ont vite compris qu'un boulever&#8202;sement &#233;tait en cours et qu'il fallait l'analyser. Pas simple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bient&#244;t, une sorte de vertige nous saisissait : quelle id&#233;e &#233;trange en effet que de vouloir d&#233;crire un mouvement qui d&#233;fiait la description, de vouloir analyser des pratiques, des actes, des formes politiques qui bien souvent s'y refusaient formellement, de vouloir m&#234;me faire l'histoire d'&#233;v&#233;nements qui se d&#233;ro&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;baient &#224; toute chronologie, qui sans cesse semblaient s'achever et sans cesse renaissaient de leurs cendres, quoique toujours avec une dynamique autre, une direction nouvelle, un sens diff&#233;rent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu en effet bien des strates, des &#233;tapes, des retournements : du surgissement du 17 novembre, que beaucoup regardaient en se pin&#231;ant le nez, aux massifs d&#233;bordements des 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; et 8 d&#233;cembre, en passant par la &#171; &lt;i&gt;gueule de bois&lt;/i&gt; &#187; de la r&#233;pression et des cort&#232;ges toujours plus maigres. Mais le lent effilochement d&#233;crit ne doit pas faire oublier qu'il fut un temps o&#249; la masse des Gilets jaunes a secou&#233; les certitudes militantes de ce c&#244;t&#233; de la barricade : &#171; &lt;i&gt;Bien vite il nous fallut admettre que ce mouvement semblait abattre (et, souvent, avait d&#233;j&#224; abattu) bien des murs que nous aspirions &#224; d&#233;molir en vain depuis longtemps.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des lignes bris&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des villes aux ronds-points en passant par les piquets de blocage, il y a d'abord ce refus acharn&#233; de la verticalit&#233;, le rejet des r&#233;cup&#233;rations et des porte-drapeaux : &#171; &lt;i&gt;Il appara&#238;t tr&#232;s vite que le mouvement porte en lui une aspiration fondamentale &#224; l'horizontalit&#233;. Le peuple qui est sorti sur les ronds-points s'oppose avec virulence au fait que quiconque l'encadre.&lt;/i&gt; &#187; Exit les vautours, donc, et place &#224; l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement la bienveillance globale envers les d&#233;gradations, les bris de vitre, le saccage des bagnoles de luxe et les vell&#233;it&#233;s de confrontation avec les porteurs de matraque, ceci malgr&#233; les tentatives m&#233;diatiques d'opposer gentils pacifistes et m&#233;chants black blocks : &#171; &lt;i&gt;Ces pratiques sont bel et bien rejet&#233;es d&#232;s lors qu'elles sont isol&#233;es dans des discours g&#233;n&#233;ralisants, mais comprises et soutenues dans des contextes pr&#233;cis, o&#249; la violence du pouvoir se manifeste de mani&#232;re trop criante.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre le&#231;on des s&#233;ismes de d&#233;cembre, notamment li&#233;e &#224; l'entr&#233;e des coll&#232;ges et lyc&#233;es dans la danse, la possibilit&#233; d'une alliance entre des populations ayant rarement r&#233;ussi &#224; unir leurs int&#233;r&#234;ts d'exploit&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Il s'op&#232;re comme une jonction momentan&#233;e, in&#233;dite, terrifiante menace pour l'ordre des choses, entre les Gilets jaunes, typiquement (mais pas exclusivement) des prol&#233;taires p&#233;riurbains, et de jeunes sous-prol&#233;taires des cit&#233;s HLM.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, toujours pr&#233;sente en ligne de fond, il y a cette &#233;vidence qui ne l'&#233;tait pas tant que &#231;a avant le mouvement jaune : la lutte des classes n'est pas morte, r&#244;de encore, peut-&#234;tre plus que jamais, ciment ind&#233;passable des explosions collectives populaires.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Traces et horizons&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De page en page, les angles d'attaque se multiplient, entre exploration des impasses et volont&#233; de s'en s'extraire. La violence inou&#239;e de la r&#233;pression et la massive diffusion de l'hostilit&#233; envers la gente polici&#232;re qu'elle a provoqu&#233;e (&#171; &lt;i&gt;tout un chacun int&#233;riorise d&#233;sormais que l'acte m&#234;me de manifester induit de s'opposer aux forces de l'ordre&lt;/i&gt; &#187;). Le recours &#224; des blocages durs et efficaces, suivi ensuite d'une forme de pacification de la pratique, notamment via les barrages filtrants. Ou bien le d&#233;placement progressif de la conflictualit&#233; &#171; &lt;i&gt;des ronds-points aux centres-villes gentrifi&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la m&#232;che semble avoir fait &lt;i&gt;pschitt&lt;/i&gt;, les membres de la meute Ahou ahou ahou ne sombrent pas dans le pessi&#8202;misme moribond. Ni ne proclament de vaines proph&#233;ties (rarement autor&#233;alisatrices). Ils rappellent simplement cette &#233;vidence : un mouvement d'une telle ampleur ne dispara&#238;t pas sans laisser de traces dans les esprits et pratiques politiques des innombrables insurg&#233;s du quotidien qui y ont particip&#233;. Et si le pr&#233;sent navigue de toute &#233;vidence dans une moro&#8202;sit&#233; politique des plus flippantes, les retours de flamme surgissent souvent quand on ne les attend pas, avec ou sans gilets : &#171; &lt;i&gt;En France, &#224; l'automne 2018, un gauchiste plus ou moins farfelu qui aurait annonc&#233; le &#8220;retour de la lutte des classes&#8221; et le surgissement prochain d'un mouvement social fort secouant l'&#233;tat de bas en haut et g&#233;n&#233;ralisant pour des mois le d&#233;sordre en ville comme &#224; la campagne, aurait &#233;t&#233; l'objet des railleries g&#233;n&#233;rales.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cri de guerre tr&#232;s r&#233;pandu dans les cort&#232;ges Gilets jaunes, forme de question- r&#233;ponse &#233;nergisante bas&#233;e sur le cri du loup : &#171; &lt;i&gt;Gilets jaunes, quel est votre m&#233;tier&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? &#8211; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Ahou, ahou, ahou&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Antis&#233;mitisme : face &#224; l'indulgence, l'intransigeance</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Antisemitisme-face-a-l-indulgence</link>
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		<dc:date>2020-11-24T19:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Legars</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;j&#224;</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;bastien Fontenelle</dc:subject>
		<dc:subject>Alain Finkielkraut</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ric Zemmour</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ditocrates</dc:subject>
		<dc:subject>Juifs</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;bastien</dc:subject>
		<dc:subject>Fontenelle</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;couverte</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans Les Empoisonneurs, S&#233;bastien Fontenelle montre notamment comment les &#233;ditocrates r&#233;actionnaires minorent l'antis&#233;mitisme issu de leur rang, alors qu'ils mettent r&#233;guli&#232;rement en exergue celui exprim&#233; par certains musulmans. Un autre avatar de l'islamophobie. Il existe deux sortes de lecteurs : ceux qui ont d&#233;j&#224; ouvert un livre de S&#233;bastien Fontenelle, et les autres. Pour ces derniers, c'est tr&#232;s simple : qu'ils ne s'embarrassent pas des lignes qui suivent, et foncent se procurer ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/deja" rel="tag"&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sebastien-Fontenelle-1397" rel="tag"&gt;S&#233;bastien Fontenelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alain-Finkielkraut" rel="tag"&gt;Alain Finkielkraut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eric-Zemmour" rel="tag"&gt;&#201;ric Zemmour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Editocrates" rel="tag"&gt;&#201;ditocrates&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Juifs" rel="tag"&gt;Juifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sebastien" rel="tag"&gt;S&#233;bastien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fontenelle" rel="tag"&gt;Fontenelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Decouverte" rel="tag"&gt;D&#233;couverte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Les Empoisonneurs&lt;/i&gt;, S&#233;bastien Fontenelle montre notamment comment les &#233;ditocrates r&#233;actionnaires minorent l'antis&#233;mitisme issu de leur rang, alors qu'ils mettent r&#233;guli&#232;rement en exergue celui exprim&#233; par certains musulmans. Un autre avatar de l'islamophobie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L180xH261/-1649-948f7.jpg?1779603133' width='180' height='261' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il existe deux sortes de lecteurs : ceux qui ont d&#233;j&#224; ouvert un livre de S&#233;bastien Fontenelle, et les autres. Pour ces derniers, c'est tr&#232;s simple : qu'ils ne s'embarrassent pas des lignes qui suivent, et foncent se procurer ses bouquins. Quant aux premiers, on leur conseille de poursuivre cette lecture &#8211; avant de se rendre &#224; la librairie la plus proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En apprenant que l'ex-chroniqueur de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (il l'est toujours &#224; &lt;i&gt;Politis&lt;/i&gt;) publie un nouveau livre intitul&#233; &lt;i&gt;Les Empoisonneurs &#8211; antis&#233;mitisme, islamophobie, x&#233;nophobie&lt;/i&gt; (Lux, 2020), ses attentifs lecteurs pourraient s'exclamer : &#171; Quoi ? Encore un bouquin sur les &#8220;grands&#8221; journalistes et gros penseurs qui amalgament au quotidien immigration, islam et, parfois, terrorisme ? &#199;a va, je l'ai d&#233;j&#224; lu&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela pourrait. Mais non. Apr&#232;s ses ouvrages &lt;i&gt;La Position du penseur couch&#233; &lt;/i&gt;(Libertalia, 2007), &lt;i&gt;Les Briseurs de tabous&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2012) et &lt;i&gt;Les &#201;ditocrates 1&lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Les &#201;ditocrates 2&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2009 et 2018)&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le premier a &#233;t&#233; co&#233;crit avec Mathias Reymond, Olivier Cyran, Mona Chollet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, S&#233;bastien Fontenelle s'est remis &#224; la t&#226;che. Non pour recycler un sujet d&#233;j&#224; trait&#233;, mais bien pour en creuser la veine. Il le pr&#233;cise dans son texte introductif, o&#249; il rappelle avoir d&#233;montr&#233; dans ses pr&#233;c&#233;dentes publications que les principales &#171; &lt;i&gt;victimes de&lt;/i&gt; [la] &lt;i&gt;brutalit&#233; verbale&lt;/i&gt; [des propagandistes r&#233;actionnaires] &lt;i&gt;sont &#8220;les migrants&#8221; &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;et, plus encore, &#8220;les musulmans&#8221;&lt;/i&gt; &#187;. Lesquels &#233;ditocrates &#171; &lt;i&gt;passent leur temps &#224; sugg&#233;rer que les migrants et les musulmans seraient antis&#233;mites&lt;/i&gt; &#187;. Ici, il va affiner son angle, prouvant exemples &#224; l'appui que &#171; &lt;i&gt;ces m&#234;mes accusateurs font parfois preuve d'&#233;tonnantes complaisances : lors&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;qu'ils se trouvent confront&#233;s, dans leurs alen&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;tours cultu&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;rels ou id&#233;ologiques, &#224; des consi&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;d&#233;rations &#233;quivoques &#8211; ou plus nettement probl&#233;matiques &#8211; sur les Juifs ou sur &#8220;l'histoire de la Seconde Guerre mondiale&#8221;, il arrive ainsi qu'ils fassent preuve de beaucoup d'indulgence&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'auteur de multiplier les exemples engrang&#233;s depuis les ann&#233;es 2000, et de pointer : la complaisance de l'essayiste Alain Finkielkraut envers l'&#233;crivain Renaud Camus lorsque ce dernier s'offusque de l'influence des &#171; &lt;i&gt;collaborateurs juifs de&lt;/i&gt; [l'&#233;mission] &lt;i&gt;Panorama de France Culture&lt;/i&gt; &#187; ; l'affirmation du journaliste Ivan Rioufol selon laquelle il serait interdit de &#171; &lt;i&gt;discuter de la Shoah&lt;/i&gt; &#187; ; l'indulgence du d&#233;linquant multir&#233;cidiviste &#201;ric Zemmour envers Louis-Ferdinand C&#233;line et ses &#233;crits antis&#233;mites ; la sympathie du n&#233;o-Marseillais inadopt&#233; Franz-Olivier Giesbert pour feu l'acad&#233;micien &#8211; tr&#232;s &#8211; proche de l'extr&#234;me droite Michel D&#233;on ; la complaisance (encore) dont font preuve Alain Finkielkraut (encore) et &#201;ric Zemmour (encore) envers l'antis&#233;mite notoire Charles Maurras quand, en 2018, le gouvernement renonce &#224; &#171; c&#233;l&#233;brer &#187; son &#171; &#339;uvre &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une indulgence d'autant plus insupportable quand les m&#234;mes instrumentalisent l'indispensable combat contre la haine des Juifs pour jeter l'opprobre sur la communaut&#233; musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Legars&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le premier a &#233;t&#233; co&#233;crit avec Mathias Reymond, Olivier Cyran, Mona Chollet, le second avec les deux derniers cit&#233;s et Laurence de Cock.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Azenstarck a fini sa p&#233;loche</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Azenstarck-a-fini-sa-peloche</link>
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		<dc:date>2020-11-24T13:32:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


		<dc:subject>Georges Azenstarck</dc:subject>
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		<dc:subject>manifs surtout.</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Photographe des gr&#232;ves et des luttes, des usines et des bidonvilles, Georges Azenstarck a disparu d&#233;but septembre. Multipliant les clich&#233;s pour L'Humanit&#233;, La Vie ouvri&#232;re ou encore l'agence Rapho, il avait aussi immortalis&#233; l'ineffa&#231;able : le massacre d'Alg&#233;riens du 17 octobre 1961 &#224; Paris. Ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; Marseille, un camarade de route de CQFD l'avait fr&#233;quent&#233;. Souvenirs. Georges a un petit-fils dans la classe de ma fille. Son p&#232;re, Ben, me choppe un jour pour me dire que son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Georges-Azenstarck" rel="tag"&gt;Georges Azenstarck&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Georges" rel="tag"&gt;Georges&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/photos" rel="tag"&gt;photos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/manifs" rel="tag"&gt;manifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/manif" rel="tag"&gt;manif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pere" rel="tag"&gt;p&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/allees-Gambetta" rel="tag"&gt;all&#233;es Gambetta&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/photo" rel="tag"&gt;photo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/manifs-surtout" rel="tag"&gt;manifs surtout.&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Photographe des gr&#232;ves et des luttes, des usines et des bidonvilles, Georges Azenstarck a disparu d&#233;but septembre. Multipliant les clich&#233;s pour &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Vie ouvri&#232;re&lt;/i&gt; ou encore l'agence Rapho, il avait aussi immortalis&#233; l'ineffa&#231;able : le massacre d'Alg&#233;riens du 17 octobre 1961 &#224; Paris. Ces derni&#232;res ann&#233;es &#224; Marseille, un camarade de route de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'avait fr&#233;quent&#233;. Souvenirs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-1648-1a202.jpg?1779604186' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Georges Azenstarck
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Georges a un petit-fils dans la classe de ma fille. Son p&#232;re, Ben, me choppe un jour pour me dire que son p&#232;re a moulon de photos qu'il pourrait passer &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Des cartons de photos de manifs surtout.&lt;/i&gt; &#187; L'aubaine pour moi qui vendais encore le canard &#224; la cri&#233;e en manif. Un jour, je file dans son grand appart des all&#233;es Gambetta et me retrouve dans une pi&#232;ce avec des milliers de bo&#238;tes et de photos : des ouvriers, des petites mains, des t&#233;l&#233;graphistes, des mineurs en larmes apr&#232;s un coup de grisou, des lyc&#233;ens bondissant dans les manifs parisiennes de 1986... Plus je gratte plus j'en d&#233;couvre. Et Georges peut tout me commenter, lui qui ne se rappelle plus o&#249; il habite. Il me fait voyager de P&#233;kin &#224; la Havane, alors qu'il met deux plombes &#224; descendre boire un caf&#233; au troquet du coin. &#212; vieillesse ennemie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une photo, une banderole : &#171; &lt;i&gt;Pandraud, nous sommes des millions de Malik&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Pandraud, ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; au moment du meurtre du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;. C'est, en 1986, le d&#233;part d'une manif contre la loi Devaquet sur les universit&#233;s. Sur un autre clich&#233; : un congr&#232;s de l'Union des &#233;tudiants communistes o&#249; des milliers de chevelus en chandail d&#233;mod&#233; l&#232;vent le poing. Un troisi&#232;me tirage : un ouvrier en casquette, debout sur une tribune, harangue les mecs devant une petite usine de la couronne parisienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je cherche fr&#233;n&#233;tiquement des photos jamais publi&#233;es du 17 octobre 1961, parce que Georges a document&#233; ce massacre bien fran&#231;ais d'Alg&#233;riens en plein Paris. &#171; &lt;i&gt;Je me souviens de deux flics qui lavaient le sang sur la chauss&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, me dit-il&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire le portrait que nous lui avions consacr&#233; en janvier 2018 (CQFD n&#176; 161) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Je d&#233;couvre des clich&#233;s avec des corps tu&#233;s et entass&#233;s sur le boulevard Poissonni&#232;re. Mais pas de tirage in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1934, Georges avait c&#244;toy&#233; Che Guevara, Henri Krasucki, Yves Montand, G&#233;rard Mordillat, Robert Doisneau&#8230; Issu d'une famille ashk&#233;naze, il avait perdu vingt-deux des siens pendant la Shoah. Quand, &#224; l'&#226;ge de 15 ans, il s'&#233;tait mis &#224; la photo, c'&#233;tait peut- &#234;tre pour garder en m&#233;moire ceux qui ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Robert Pandraud, ministre d&#233;l&#233;gu&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; au moment du meurtre du manifestant Malik Oussekine par des policiers voltigeurs. Il avait d&#233;clar&#233; : &#171; &lt;i&gt;Si j'avais un fils sous dialyse, je l'emp&#234;cherais de faire le con dans la nuit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire le portrait que nous lui avions consacr&#233; en janvier 2018 (&lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;n&#176; 161) : &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Faites-entrer-le-temoin' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Faites entrer le t&#233;moin&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le naufrage moral de l'Europe</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-naufrage-moral-de-l-Europe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Le-naufrage-moral-de-l-Europe</guid>
		<dc:date>2020-11-16T12:48:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fall Amzer</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;cile K.</dc:subject>
		<dc:subject>Louise Michel</dc:subject>
		<dc:subject>sauvetage</dc:subject>
		<dc:subject>M&#233;diterran&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>bateaux</dc:subject>
		<dc:subject>Sea Watch</dc:subject>
		<dc:subject>Libye</dc:subject>
		<dc:subject>Malte</dc:subject>
		<dc:subject>autorit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>zone</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;tresse</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La M&#233;diterran&#233;e centrale a connu un nouvel &#233;t&#233; de cauchemar, rythm&#233; par d'incessants naufrages de bateaux d'exil&#233;&#183;es en route pour l'Europe. Analyse cartographique de la situation, publi&#233;e dans notre num&#233;ro d'octobre mais plus que jamais d'actualit&#233;. Alors que la saison estivale est propice aux tentatives de travers&#233;es de la M&#233;diterran&#233;e, de longues p&#233;riodes sans aucun navire de sauvetage sur zone se sont succ&#233;d&#233; ces derniers mois. En cause, les mesures de r&#233;torsion des &#201;tats europ&#233;ens, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cecile-K" rel="tag"&gt;C&#233;cile K.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Louise-Michel" rel="tag"&gt;Louise Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sauvetage" rel="tag"&gt;sauvetage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mediterranee" rel="tag"&gt;M&#233;diterran&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/bateaux" rel="tag"&gt;bateaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sea-Watch" rel="tag"&gt;Sea Watch&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Libye" rel="tag"&gt;Libye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Malte" rel="tag"&gt;Malte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/autorites" rel="tag"&gt;autorit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/zone" rel="tag"&gt;zone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/detresse" rel="tag"&gt;d&#233;tresse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La M&#233;diterran&#233;e centrale a connu un nouvel &#233;t&#233; de cauchemar, rythm&#233; par d'incessants naufrages de bateaux d'exil&#233;&#183;es en route pour l'Europe. Analyse cartographique de la situation, publi&#233;e dans notre num&#233;ro d'octobre mais plus que jamais d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que la saison estivale est propice aux tentatives de travers&#233;es de la M&#233;diterran&#233;e, de longues p&#233;riodes sans aucun navire de sauvetage sur zone se sont succ&#233;d&#233; ces derniers mois. En cause, les mesures de r&#233;torsion des &#201;tats europ&#233;ens, prenant pr&#233;texte de la pand&#233;mie pour ne pas remplir leurs devoirs en mati&#232;re de secours maritime. Et quand, malgr&#233; tout, un bateau de la flotte civile parvient &#224; mener une op&#233;ration de sauvetage, c'est un long bras de fer qui s'engage avec les autorit&#233;s pour qu'il se voie attribuer un port de d&#233;barquement. Au d&#233;but de l'&#233;t&#233;, l'&lt;i&gt;Ocean Viking&lt;/i&gt;, affr&#233;t&#233; par SOS M&#233;diterran&#233;e, est ainsi rest&#233; bloqu&#233; plusieurs jours en mer, avec 118 personnes &#224; bord. Plus r&#233;cemment, l'&lt;i&gt;Open Arms&lt;/i&gt;, autre navire d'ONG, a &#233;t&#233; contraint de patienter dix jours apr&#232;s avoir secouru plus de 270 personnes. Dans les deux cas, la situation &#224; bord s'&#233;tait d&#233;grad&#233;e au point que des rescap&#233;s ont fini par se jeter &#224; la mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, au sein de la soci&#233;t&#233; civile, certain&#183;es ne baissent pas les bras, et cherchent &#224; ouvrir de nouvelles br&#232;ches. Fin ao&#251;t, le navire &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt;, arrive sur zone. Puisqu'il est financ&#233; par l'artiste Banksy, son apparition ne passe pas inaper&#231;ue. Profitant de cette rare attention m&#233;diatique, l'&#233;quipage rend compte heure par heure de sa premi&#232;re mission de sauvetage et des difficult&#233;s qu'il affronte. En r&#233;action, la nouvelle maire de Marseille, Mich&#232;le Rubirola, annonce ouvrir le port de sa ville au Louise Michel ou au &lt;i&gt;Sea Watch 4&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;Louise Michel &lt;/i&gt; d&#233;cline, soulignant l'&#233;loignement avec la zone de sauvetage, et pr&#233;f&#233;rant rappeler Malte et l'Italie &#224; leurs obligations en termes de loi maritime. Quelques semaines plus tard, la proposition sera en revanche prise au pied de la lettre par l'&lt;i&gt;Alan Kurdi&lt;/i&gt;, qui s'est vu refuser l'acc&#232;s aux ports italiens et maltais. Apr&#232;s quatre jours d'attente avec 133 personnes &#224; bord, sans doute lass&#233; de ce jeu de dupe, il annonce faire route vers Marseille. Le coup de pression est efficace. Suite &#224; une demande de l'&#201;tat fran&#231;ais &#224; son homologue italien, l'&lt;i&gt;Alan Kurdi&lt;/i&gt; pourra finalement accoster en Sardaigne et y d&#233;barquer ses passagers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question du sauvetage en M&#233;diterran&#233;e centrale parvient &#224; se hisser ponctuellement sur la sc&#232;ne m&#233;diatique, ces fugaces coups de projecteurs ne disent pas grand-chose de la situation et des enjeux dans la r&#233;gion. Carte &#224; l'appui, cette double page a pour objectif de synth&#233;tiser la situation dans cette zone, devenue au fil des ans un v&#233;ritable cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1642-f4f80.jpg?1779603654' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;center&gt;&lt;i&gt;PDF de la carte &#224; t&#233;l&#233;charger ici :&lt;/i&gt; &lt;div class='spip_document_3485 spip_document spip_documents spip_document_file'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/pdf/-27.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.4 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779602969' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/center&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'enfer libyen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En guerre depuis pr&#232;s de dix ans et dans un chaos total, la Libye est un enfer pour ceux qui y passent &#8211; comme pour ceux qui y vivent. Les t&#233;moignages de viols, s&#233;questrations, tortures et trafics humains sont nombreux. D'apr&#232;s l'OIM&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisation internationale pour les migrations, agence de la migration des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, 500 000 &#224; 700 000 personnes exil&#233;es seraient actuellement bloqu&#233;es en Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul moyen de fuir est de traverser la M&#233;diterran&#233;e. Un calvaire auquel s'ajoute la menace d'&#234;tre intercept&#233; par les &#171; soi-disant garde-c&#244;tes &#187; libyens (&lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt;)&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;So-called Libyan Coast Guard, les &#171; soi-disant garde-c&#244;tes &#187; libyens qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#8211; de fait, des militaires. Les personnes sont alors renvoy&#233;es en d&#233;tention, sous les bombardements, et parfois abattues par les &lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt; si elles r&#233;sistent. Cette situation, confirm&#233;e par de nombreux t&#233;moignages et d&#233;nonc&#233;e par les ONG, n'a pas emp&#234;ch&#233; l'Union europ&#233;enne (UE) de reconna&#238;tre diff&#233;rentes villes libyennes comme port s&#251;r, donnant ainsi au pays la possibilit&#233; de mener des op&#233;rations de &#171; secours &#187; et autorisant les navires marchands &#224; y d&#233;barquer des rescap&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec l'aide de l'Europe que la Libye a pu d&#233;velopper des moyens importants pour emp&#234;cher les d&#233;parts et refouler les bateaux. L'Italie vient ainsi de renouveler son accord avec la Libye pour une dur&#233;e de trois ans. Soutenu par l'UE, il pr&#233;voit une importante aide financi&#232;re et la formation des &lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt;. Ces derni&#232;res ann&#233;es, des dizaines de millions d'euros ont ainsi &#233;t&#233; vers&#233;s par la France, l'Italie et l'Europe &#224; la Libye, afin de financer les camps et les refoulements. Des officiers libyens ont m&#234;me &#233;t&#233; accueillis en Italie pour b&#233;n&#233;ficier de formations.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lampedusa&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lampedusa est une petite &#238;le italienne situ&#233;e au large des c&#244;tes libyennes. Elle est la terre europ&#233;enne la plus proche vers laquelle fuir l'horreur de la Libye. Depuis quelques mois, de nombreux bateaux y arrivent de fa&#231;on autonome. &#192; la fin de l'&#233;t&#233;, en &#224; peine quelques jours, 900 personnes ont d&#233;barqu&#233; saines et sauves sur l'&#238;le. N&#233;anmoins, ce petit territoire est surcharg&#233; et le gouvernement italien d&#233;laisse compl&#232;tement la gestion de ces arriv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Naufrages sur naufrages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 15 ao&#251;t, Alarm Phone (AP) est contact&#233; par un bateau de 75 personnes en grande d&#233;tresse dans la zone SAR libyenne. Toutes les autorit&#233;s sont inform&#233;es. Les Europ&#233;ens se renvoient la balle. Les Libyens expliquent qu'ils n'ont pas les moyens techniques de mener une op&#233;ration. Ils n'ont qu'un bateau, il ne fonctionne pas. Finalement 45 personnes ont disparu dans ce naufrage. Les autres ont &#233;t&#233; secourues par des p&#234;cheurs et ramen&#233;es en Libye, o&#249; elles ont &#233;t&#233; plac&#233;es en d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, AP est en ligne avec un bateau gonflable en d&#233;tresse dans une mer tr&#232;s agit&#233;e. L'un des tubes se d&#233;gonfle en direct ; le bruit est terrifiant. Le contact ne pourra plus jamais &#234;tre r&#233;tabli avec les 100 personnes &#224; bord. Une nouvelle fois, toutes les autorit&#233;s, inform&#233;es, ont regard&#233; les gens se noyer. Des survivants ont finalement &#233;t&#233; secourus par des p&#234;cheurs et les &lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt;. On ne sait pas combien de personnes ont p&#233;ri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2017, la zone SAR libyenne a &#233;t&#233; &#233;tendue et les personnes intercept&#233;es dans cette zone sont ramen&#233;es en Libye, en d&#233;tention. &#171; &lt;i&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons mourir que de retourner en Libye&lt;/i&gt; &#187; : cette phrase, AP l'entend souvent de la part de passagers d'embarcations en d&#233;tresse. Et lorsque, malgr&#233; tout, les personnes veulent &#234;tre secourues, les &lt;i&gt;scLCG&lt;/i&gt; sont aux abonn&#233;s absents &#8211; injoignables, ou refusant de mener des op&#233;rations sous les pr&#233;textes les plus divers. C'est &#224; se demander ce que sont devenues les 49 vedettes offertes par la France et l'Italie&#8230; Quant aux autorit&#233;s europ&#233;ennes, elles font preuve d'une inaction criminelle en refusant d'intervenir hors de leurs zones SAR, quitte &#224; laisser les gens se noyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les naufrages se sont encha&#238;n&#233;s tout l'&#233;t&#233; et continuent de se succ&#233;der &#224; un rythme dramatique. Entre le 21 et le 25 septembre, pr&#232;s de 200 personnes ont perdu la vie au cours de cinq naufrages. Et combien de noyades invisibles ? L'OIM estime qu'entre 2014 et 2019, sur 19 903 personnes ayant p&#233;ri en M&#233;diterran&#233;e, 13 367 ont totalement disparu sans laisser de trace. Ces derni&#232;res semaines, plusieurs dizaines de corps ont ainsi &#233;t&#233; retrouv&#233;s sur les c&#244;tes libyennes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les navires marchands&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 4 ao&#251;t, apr&#232;s avoir d&#233;riv&#233; de longues heures dans une mer d&#233;mont&#233;e, 27 personnes sont secourues par le navire marchand &lt;i&gt;Maersk Etienne&lt;/i&gt;. Celui-ci a beau avoir agi sur ordre de Malte, les autorit&#233;s locales ne l'autoriseront jamais &#224; d&#233;barquer. Le cargo et ses passagers restent bloqu&#233;s plusieurs semaines au large de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les navires marchands ne sont pas &#233;quip&#233;s pour accueillir autant de passagers, surtout des personnes fuyant la Libye qui ont souvent besoin de soin. &#192; bord, la tension monte. Certaines personnes se jettent &#224; la mer, d'autres menacent d'entamer une gr&#232;ve de la faim. M&#234;me la Commission europ&#233;enne s'en m&#234;le, mais Malte ne c&#232;de pas. 39 jours plus tard, c'est finalement le &lt;i&gt;Mare Jonio&lt;/i&gt;, un navire d'ONG, qui vient chercher les naufrag&#233;s pour les d&#233;barquer en Sicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le transport de marchandises, la pr&#233;sence de plateformes p&#233;troli&#232;res et une activit&#233; de p&#234;che importante, font de la M&#233;diterran&#233;e une zone dense de trafic maritime. Il n'est pas rare que des embarcations en d&#233;tresse croisent des navires marchands. La loi maritime leur impose de venir au secours des personnes en d&#233;tresse et de les amener dans un port s&#251;r ; pourtant, cela tient plut&#244;t de l'exception. Les capitaines craignent, &#224; juste titre, de se trouver bloqu&#233;s des jours, voire des semaines, en attente de se voir d&#233;signer un port de d&#233;barquement. Les compagnies ne veulent pas perdre d'argent. Quelques vies humaines d&#233;rivant en mer p&#232;sent peu dans la balance capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Le capitaine de navire en mesure de pr&#234;ter assistance &#224; des personnes en d&#233;tresse en mer doit se porter &#224; toute vitesse &#224; leur secours, quels que soient leur nationalit&#233; et leur statut. &#187; (&lt;i&gt;Convention internationale de 1974 sur la sauvegarde de la vie humaine de mer&lt;/i&gt;, r&#232;gle 33)&lt;/h3&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La flotte civile&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 25 ao&#251;t, le &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt;, un nouveau bateau de sauvetage, fait son apparition. &#192; peine arriv&#233; sur zone, il m&#232;ne coup sur coup deux op&#233;rations de secours dans les eaux maltaises et accueille, en quelques heures, 219 rescap&#233;s et le corps d'une personne d&#233;c&#233;d&#233;e pendant la travers&#233;e. Le &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt; se retrouve alors dans une position d&#233;licate : surcharg&#233;, il ne peut plus man&#339;uvrer. Une partie des personnes secourues est alors plac&#233;e &#224; bord d'un radeau de survie arrim&#233; le long de la coque. Le bateau lance des appels de d&#233;tresse r&#233;p&#233;t&#233;s, sans r&#233;ponse des autorit&#233;s. Apr&#232;s l'&#233;vacuation par les garde-c&#244;tes italiens des 49 personnes les plus fragiles, c'est finalement un bateau d'ONG, le &lt;i&gt;Sea Watch 4&lt;/i&gt;, qui viendra chercher les autres rescap&#233;s. Avec plus de 350 personnes &#224; bord, celui-ci devra patienter deux longues journ&#233;es suppl&#233;mentaires avant d'&#234;tre autoris&#233; &#224; d&#233;barquer en Sicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le&lt;i&gt; Louise Michel &lt;/i&gt; rejoint une flotte civile qui ne cesse de s'&#233;toffer. Le &lt;i&gt;Sea Watch 3&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Sea Watch 4&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Open Arms&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Astral&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;Mare Jonio&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Alan Kurdi&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Aita Mari&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;Ocean Viking&lt;/i&gt; : tous ont parcouru la M&#233;diterran&#233;e centrale ces derniers mois. Si le &lt;i&gt;Louise Michel&lt;/i&gt; n'est li&#233; &#224; aucune organisation, la plupart des bateaux de sauvetage sont affr&#233;t&#233;s par des ONG europ&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Palliant l'inaction des &#201;tats europ&#233;ens, le r&#233;seau Alarm Phone (AP)&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alarm Phone est un r&#233;seau ayant mis en place un num&#233;ro d'urgence pour les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, les avions de reconnaissance de l'ONG Sea Watch et les diff&#233;rents bateaux de sauvetage m&#232;nent depuis plusieurs mois des op&#233;rations de secours coordonn&#233;es : les personnes en d&#233;tresse contactent AP, qui pr&#233;vient les autorit&#233;s. Les avions &lt;i&gt;Moonbird&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Seabird&lt;/i&gt; se rendent alors sur place et confirment la position du bateau avant l'intervention du navire de secours le plus proche. Ils unissent leurs forces pour faire pression sur les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;pression&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La flotte civile est compos&#233;e d'une dizaine de bateaux de sauvetage. Mais en cette fin septembre, pas un seul n'est pr&#233;sent en M&#233;diterran&#233;e centrale. Du fait d'une r&#233;pression grandissante, ils ne peuvent souvent effectuer qu'une seule mission avant d'&#234;tre immobilis&#233;s pour une dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e. Cette absence r&#233;guli&#232;re de navires de secours a des cons&#233;quences dramatiques : les travers&#233;es ne s'arr&#234;tent pas pour autant et les naufrages se succ&#232;dent. Les mesures de r&#233;torsion ne concernent pas que les bateaux. Depuis plusieurs semaines, l'avion de reconnaissance &lt;i&gt;Moonbird&lt;/i&gt; de l'ONG Sea Watch est clou&#233; au sol sur d&#233;cision des autorit&#233;s italiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Malte refuse d&#233;sormais tout d&#233;barquement dans ses ports, ce n'est pas le cas de l'Italie. Les bateaux y sont cependant syst&#233;matiquement saisis, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; plac&#233;s en quarantaine sous pr&#233;texte du coronavirus. Ces six derniers mois, cinq navires ont ainsi &#233;t&#233; immobilis&#233;s par les autorit&#233;s italiennes, notamment pour &#171; &lt;i&gt;irr&#233;gularit&#233;s techniques et op&#233;rationnelles&lt;/i&gt; &#187;. Les bateaux de sauvetage se soumettent aux exigences changeantes des autorit&#233;s, mais se mettre en conformit&#233; et faire lever la saisie peut prendre des mois. Dernier en date, le &lt;i&gt;Mare Jonio&lt;/i&gt; vient d'&#234;tre bloqu&#233; en Sicile, &#224; la veille de son d&#233;part en mission. Ses capitaines sont accus&#233;s d'avoir brav&#233; les prescriptions des autorit&#233;s en allant chercher 27 personnes bloqu&#233;es sur le cargo marchand &lt;i&gt;Maersk Etienne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La criminalisation du sauvetage en mer n'est pas nouvelle, mais elle continue de s'amplifier. Ces derni&#232;res ann&#233;es, plusieurs proc&#233;dures ont &#233;t&#233; lanc&#233;es contre des capitaines et leurs &#233;quipages. Certaines ONG ont d&#233;cid&#233; de riposter juridiquement : Sea-Eye vient de d&#233;poser plainte contre le minist&#232;re italien des Transports pour immobilisation ill&#233;gale, tandis qu'Open Arms accuse l'ancien ministre Matteo Salvini de s&#233;questration de personnes, pour avoir refus&#233; &#224; son bateau l'autorisation de d&#233;barquer sur les c&#244;tes italiennes en ao&#251;t 2019.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les politiques assassines de Malte et de l'Italie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que penser d'un &#201;tat qui s'octroie le droit de ne plus r&#233;pondre aux appels de d&#233;tresse et d&#233;cide de condamner des naufrag&#233;s &#224; une mort certaine ? Sous pr&#233;texte du Covid-19 pour commencer, puis de rien du tout par la suite, le gouvernement maltais semble avoir abandonn&#233; toute consid&#233;ration pour la vie humaine. &#171; &lt;i&gt;L'officier en charge est occup&#233;&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;p&#232;te le MRCC&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maritime rescue and coordination center. Centre de coordination de recherche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Malte lorsqu'Alarm Phone ou l'un des bateaux de secours lui signale un navire &#224; la d&#233;rive transportant des personnes sans gilets de sauvetage. Et encore, cette fois-ci a-t-il daign&#233; r&#233;pondre. Malte, pays membre de l'Union europ&#233;enne, assume d&#233;lib&#233;r&#233;ment sa non-assistance &#224; personnes en danger dans sa propre zone SAR&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Search and rescue. Zone de recherche et secours dans laquelle un &#201;tat est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, violant les lois maritimes et le droit international. Refusant d&#233;sormais de mener des op&#233;rations de secours, les Maltais vont jusqu'&#224; coordonner des &lt;i&gt;push-back&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Refoulement ill&#233;gal de personnes d'un territoire, alors qu'elles ont d&#233;j&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; depuis leur zone SAR vers la Libye. En avril, 4 personnes se sont noy&#233;es et 3 sont mortes de soif lors de l'une de ces d&#233;sastreuses op&#233;rations. Et que dire de ces &#171; garde-c&#244;tes &#187; qui ont fourni moteur et carburant &#224; des personnes arriv&#233;es dans le port de La Valette, les renvoyant cap sur l'Italie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins cynique que Malte, l'Italie n'est pas en reste. Le MRCC Rome r&#233;pond de moins en moins aux appels de d&#233;tresse. Les autorisations d'acc&#232;s aux ports italiens sont soit refus&#233;es, soit accord&#233;es apr&#232;s des jours voire des semaines d'attente en mer, poussant les rescap&#233;s &#224; bout. La crise du Covid-19 semble avoir renforc&#233; ces politiques criminelles. L'Italie et Malte, abritant pourtant les &lt;i&gt;ports s&#251;rs&lt;/i&gt; les plus proches en M&#233;diterran&#233;e centrale, instrumentalisent les proc&#233;dures pour rendre les travers&#233;es toujours plus meurtri&#232;res, afin d'atteindre leur objectif en mati&#232;re de politique migratoire : fermer leurs fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces petits arrangements se passent sous l'&#339;il bienveillant de Frontex, l'agence europ&#233;enne de protections des fronti&#232;res. &#201;quip&#233;e de bateaux, avions, drones, elle est omnipr&#233;sente, mais ne sera jamais d'aucun secours pour les personnes en d&#233;tresse, bien que disposant d'informations essentielles quant &#224; la position et la situation des embarcations.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; l'arriv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour celles et ceux qui survivent &#224; la travers&#233;e, la joie et le soulagement sont de courte dur&#233;e. Cette &#233;tape, aussi dangereuse soit-elle, n'est qu'une portion de la route vers l'Europe. Le sauvetage par les navires de la flotte civile permet bien souvent une pause, et les premiers contacts inspirent la bienveillance. Mais, quand vient le d&#233;barquement, le parcours qui s'annonce est encore long et laborieux. Comme l'a dit un exil&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ma premi&#232;re vision de l'Europe, c'&#233;tait la prison&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Malte, les arrivants sont envoy&#233;s directement en centre de r&#233;tention pendant plusieurs mois. Selon l'ONU, en janvier dernier, 1 400 se trouvaient d&#233;tenus de mani&#232;re ill&#233;gale dans ces centres. Ils sont ensuite plac&#233;s dans des centres d'h&#233;bergement au fonctionnement tr&#232;s proche de la d&#233;tention. En Sicile, des centaines d'exil&#233;s sont parqu&#233;s sous tentes dans des conditions abominables. Les centres d'accueil et &lt;i&gt;hotspots&lt;/i&gt; (centre d'identification et de premier accueil) sont surpeupl&#233;s. Sur Lampedusa, la situation est explosive : 2 000 personnes pour 200 places. Alors que le gouvernement italien d&#233;tourne le regard, le gouverneur de la Sicile, Nello Musumeci, soutenu par l'ancien ministre de l'Int&#233;rieur Matteo Salvini, menace d'&#233;vacuer tous les centres d'accueil et demande la fermeture de ses ports aux bateaux de sauvetage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous pr&#233;texte du Covid-19, Malte et l'Italie ont affr&#233;t&#233; des &#171; &lt;i&gt;bateaux de mise en quarantaine&lt;/i&gt; &#187;. Mouill&#233;es le long des c&#244;tes, ces prisons flottantes font office de nouveaux centres de d&#233;tention pour des centaines de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_3484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH385/-1643-44364.jpg?1779621006' width='500' height='385' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Organisation internationale pour les migrations, agence de la migration des Nations unies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;So-called Libyan Coast Guard&lt;/i&gt;, les &#171; soi-disant garde-c&#244;tes &#187; libyens qui sont davantage charg&#233;s d'emp&#234;cher les d&#233;parts et d'intercepter les bateaux que de secourir les personnes en d&#233;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alarm Phone est un r&#233;seau ayant mis en place un num&#233;ro d'urgence pour les personnes en situation de d&#233;tresse en mer M&#233;diterran&#233;e destin&#233; &#224; d&#233;clencher ou accompagner des op&#233;rations de sauvetage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Maritime rescue and coordination center&lt;/i&gt;. Centre de coordination de recherche et sauvetage charg&#233; de d&#233;clencher et organiser ces op&#233;rations de secours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Search and rescue&lt;/i&gt;. Zone de recherche et secours dans laquelle un &#201;tat est responsable du d&#233;ploiement et de l'organisation des op&#233;rations de secours en cas de d&#233;tresse en mer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Refoulement ill&#233;gal de personnes d'un territoire, alors qu'elles ont d&#233;j&#224; pass&#233; la fronti&#232;re, sans leur laisser la possibilit&#233; d'engager des proc&#233;dures administratives pour rester.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Quand ils ressortent, ils sont beaucoup plus en col&#232;re... &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re de traitement de la d&#233;linquance, l'esprit du temps est davantage &#224; la r&#233;pression carc&#233;rale qu'&#224; l'innovation &#233;ducative. Une tendance que d&#233;nonce Carlos Lopez, &#233;ducateur, syndicaliste et militant &#224; l'Observatoire international des prisons. Interview. Le 1er juillet, le minist&#232;re de la Justice d&#233;nombrait 670 mineurs &#233;crou&#233;s. La plupart dans des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM), les autres dans les quartiers d&#233;di&#233;s des prisons pour adultes. Mais l'archipel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/centres" rel="tag"&gt;centres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de traitement de la d&#233;linquance, l'esprit du temps est davantage &#224; la r&#233;pression carc&#233;rale qu'&#224; l'innovation &#233;ducative. Une tendance que d&#233;nonce Carlos Lopez, &#233;ducateur, syndicaliste et militant &#224; l'Observatoire international des prisons. Interview.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3472 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH422/-1637-5269f.jpg?1779603683' width='400' height='422' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L. L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; juillet, le minist&#232;re de la Justice d&#233;nombrait 670 mineurs &#233;crou&#233;s. La plupart dans des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM), les autres dans les quartiers d&#233;di&#233;s des prisons pour adultes. Mais l'archipel d'enfermement des adolescents ne s'arr&#234;te pas l&#224; : en plus des jeunes &#233;trangers qui attendent avec leurs parents leur expulsion en centre de r&#233;tention administrative, plusieurs centaines d'adolescents sont boucl&#233;s dans des centres &#233;ducatifs ferm&#233;s (CEF). Une r&#233;ponse coercitive &#224; la d&#233;linquance qui accapare les budgets &#8211; au d&#233;triment des structures ouvertes &#8211; et l'attention des gouvernements : &#224; la cinquantaine de CEF ouverts depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, la Macronie a promis d'en ajouter vingt suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Chez les s&#233;curitaires de tout poil, &lt;/i&gt;d&#233;nonce Carlos Lopez, &lt;i&gt;il y a toujours cet id&#233;al illusoire : trouver le projet parfait m&#234;lant &#233;ducation et incarc&#233;ration, puisque bien s&#251;r, tout va &#234;tre r&#233;solu par les murs&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#201;ducateur &#224; la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), notre interlocuteur travaille du c&#244;t&#233; de Clermont-Ferrand dans une Unit&#233; &#233;ducative d'activit&#233;s de jour (UEAJ) : une structure ouverte o&#249; sont accueillis &#171; &lt;i&gt;en grande majorit&#233; des jeunes sous main de justice&lt;/i&gt; &#187;, pour des &#171; &lt;i&gt;activit&#233;s sociales, scolaires et professionnelles : il s'agit d'essayer de les remobiliser&lt;/i&gt; &#187;. Ancien membre de la direction du Syndicat national des personnels de l'&#233;ducation et du social (SNPES-PJJ/FSU), Carlos Lopez fait aussi partie du conseil d'administration de la section fran&#231;aise de l'Observatoire international des prisons (OIP).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui sont les adolescents qu'on enferme en prison ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;j&#224;, on peut remarquer que plus de 80 % des enfants incarc&#233;r&#233;s n'ont pas (encore ?) &#233;t&#233; condamn&#233;s : ils sont en d&#233;tention provisoire. Chez les adultes, la proportion est plut&#244;t inverse. Ces jeunes sont majoritairement poursuivis pour des faits relevant du tribunal correctionnel (vol simple, violences, d&#233;gradations, etc.) ; on n'est donc pas dans l'image de l'enfant criminel. Ce qu'on peut dire aussi, c'est que les adolescents d&#233;tenus viennent surtout des milieux les plus pauvres : ils sont souvent issus des quartiers populaires, avec des parcours de vie difficiles, des conditions de vie sur les plans social et mat&#233;riel extr&#234;mement d&#233;grad&#233;es. Il y a aussi beaucoup de MNA &lt;i&gt;[&#8220;mineurs non accompagn&#233;s&#8221;, anciennement appel&#233;s &#8220;mineurs &#233;trangers isol&#233;s&#8221;]&lt;/i&gt;. &#199;a tient notamment au fait que contrairement &#224; beaucoup d'autres jeunes, les MNA ne disposent souvent d'aucune garantie de repr&#233;sentation, notamment d'un domicile ; les juridictions ont donc tendance &#224; les incarc&#233;rer plus facilement &lt;i&gt;[pour s'assurer qu'ils ne disparaissent pas dans la nature]&lt;/i&gt;. Derni&#232;re chose : les enfants qu'on met en prison sont dans leur grande majorit&#233; des gar&#231;ons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En dehors de l'incarc&#233;ration proprement dite, il existe aussi des centres &#233;ducatifs ferm&#233;s (CEF), d&#233;crits par leurs partisans comme une alternative &#224; la prison...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont de vrais lieux de privation de libert&#233;, avec une double fermeture. D'abord, une fermeture physique, avec des barri&#232;res, des syst&#232;mes de surveillance &#233;lectronique, etc. Mais aussi une fermeture juridique : une fugue peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une &#233;vasion et donner lieu &#224; une r&#233;vocation du placement &#8211; et donc &#224; une incarc&#233;ration. C'est notamment pour &#231;a que la Commission nationale consultative des droits de l'Homme a estim&#233; que les CEF sont souvent des &#8220;&lt;i&gt;antichambres de la prison&lt;/i&gt;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enfermement des mineurs repose en partie sur l'id&#233;e qu'il produirait une sorte de choc, entra&#238;nant chez le jeune une remise en question. En r&#233;alit&#233;, quel effet &#231;a peut avoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour faire un vrai travail &#233;ducatif, il faut que l'enfant adh&#232;re un minimum. Or, en CEF comme en prison, il n'a pas le choix. Et puis l'enfermement finit toujours par cr&#233;er chez ces jeunes un sentiment de r&#233;volte, de col&#232;re. Ce ne sont pas des saints non plus, ils peuvent poser des actes et adopter des attitudes insupportables, mais en r&#233;ponse, ils finissent, dans ces structures, par &#234;tre eux-m&#234;mes victimes d'atteintes &#224; leurs droits &lt;i&gt;[par le personnel encadrant]&lt;/i&gt;. &#199;a peut passer par des violences physiques, des privations, des humiliations. Les lieux ferm&#233;s finissent par g&#233;n&#233;rer leurs propres r&#232;gles, qui d&#233;rogent au droit g&#233;n&#233;ral. Les gens qui y travaillent, souvent peu ou mal form&#233;s, sont entre eux, dans des endroits physiquement ou g&#233;ographiquement isol&#233;s, sans lien avec les autres structures &#233;ducatives&#8230; Le Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL) a rendu de nombreux avis faisant ces m&#234;mes constats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, la solution de l'enfermement n'est que transitoire. Quand les jeunes sont enferm&#233;s, ils n'ont pas la possibilit&#233; de travailler leurs difficult&#233;s autrement pour s'en sortir. On les met &#224; l'&#233;cart, on les enferme pour qu'ils ne soient pas turbulents &#224; l'ext&#233;rieur, dans leurs quartiers, mais quand ils ressortent, ils sont beaucoup plus en col&#232;re, parce qu'ils ont pu vivre des choses de l'ordre de l'injustice, et au final on n'a pas pu avancer sur leurs probl&#233;matiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, les gouvernements qui se succ&#232;dent ne cessent de d&#233;fendre des politiques qui vont dans le sens de plus d'enfermement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme les pr&#233;c&#233;dents, le gouvernement actuel est dans une optique d'inflation carc&#233;rale, laquelle accompagne les politiques s&#233;curitaires qui rendent de plus en plus dur le traitement de la d&#233;linquance et des comportements ill&#233;gaux. Avec des proc&#233;dures de plus en plus acc&#233;l&#233;r&#233;es, une justice des mineurs de moins en moins sp&#233;cialis&#233;e, de plus en plus calqu&#233;e sur celle des majeurs. D'ailleurs, le taux de r&#233;ponse p&#233;nale est plus important pour les mineurs que pour les majeurs, ce qui donne &#224; r&#233;fl&#233;chir quand on entend que la justice est laxiste... Le nouveau code de justice p&#233;nale des mineurs, cens&#233; entrer en vigueur l'ann&#233;e prochaine, est dans cet esprit-l&#224;. Et puis il &#233;vacue compl&#232;tement l'aspect &#8220;protection&#8221;, le fait que ces gamins sont eux-m&#234;mes en danger, que beaucoup de ceux qui ont maille &#224; partir avec la justice ont v&#233;cu des moments difficiles, des probl&#232;mes familiaux. Certains sont pass&#233;s par la protection de l'enfance avant de basculer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-il possible d'&#233;duquer en prison ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a d&#233;pend de la d&#233;finition qu'on donne &#224; l'&#233;ducation : pour moi, &#233;duquer, c'est amener vers la libert&#233;. Et prendre des risques : c'est ce qu'on appelle le pari &#233;ducatif &#8211; dire &#224; un jeune &#8220;&lt;i&gt;Bon, tu d&#233;connes, mais on peut essayer &#231;a&lt;/i&gt;&#8221; tout en sachant qu'il y a une chance sur deux que &#231;a ne se passe pas comme attendu. Ce pari &#233;ducatif est-il possible dans un lieu ferm&#233; tel que la prison ? Non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles alternatives, alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La libert&#233;, les milieux ouverts. Le co&#251;t de la prise en charge d'un mineur en centre ferm&#233;, c'est en g&#233;n&#233;ral entre 700 et 800 &#8364; par jour. Tous ces moyens, il faudrait les mettre ailleurs, notamment dans des centres comme le mien. La structure o&#249; je travaille, il n'y en a qu'une seule pour quatre d&#233;partements en Auvergne... Mais le gouvernement pr&#233;f&#232;re construire vingt nouveaux centres ferm&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#192; Grenoble, un lyc&#233;e &#224; visage humain</title>
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		<dc:date>2020-11-01T19:58:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Pas de surveillants, pas de sonnerie, pas de carnet de correspondance ni de conseil de discipline. Mais des effectifs r&#233;duits et une &#233;quipe d'enseignants ouverts au dialogue, pr&#234;ts &#224; v&#233;ritablement rencontrer les &#233;l&#232;ves, en les acceptant tels qu'ils sont. Depuis vingt ans &#224; Grenoble, le Clept (Coll&#232;ge lyc&#233;e &#233;litaire pour tous) accueille chaque ann&#233;e une centaine de jeunes, tellement d&#233;go&#251;t&#233;s du syst&#232;me scolaire qu'ils l'avaient quitt&#233;. En souplesse, cet &#233;tablissement public alternatif montre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Clept" rel="tag"&gt;Clept&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/eleve" rel="tag"&gt;&#233;l&#232;ve&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pas de surveillants, pas de sonnerie, pas de carnet de correspondance ni de conseil de discipline. Mais des effectifs r&#233;duits et une &#233;quipe d'enseignants ouverts au dialogue, pr&#234;ts &#224; v&#233;ritablement &lt;i&gt;rencontrer&lt;/i&gt; les &#233;l&#232;ves, en les acceptant tels qu'ils sont. Depuis vingt ans &#224; Grenoble, le Clept (Coll&#232;ge lyc&#233;e &#233;litaire pour tous) accueille chaque ann&#233;e une centaine de jeunes, tellement d&#233;go&#251;t&#233;s du syst&#232;me scolaire qu'ils l'avaient quitt&#233;. En souplesse, cet &#233;tablissement public alternatif montre qu'une autre &#233;cole est possible. Et r&#233;v&#232;le en creux les tares du mod&#232;le dominant, coercitif et excluant. Reportage &amp; souvenirs de jeunesse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3465 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L484xH400/-1631-8dd6a.jpg?1779603589' width='484' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Plonk &amp; Replonk
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au pied de la barre d'immeubles, quelques &#233;l&#232;ves font une pause clope. Ils causent de l'outrance alcoolo-narcotique des f&#234;tes d'&#233;tudiants en m&#233;decine. Une prof se pointe. Mine blanche, les yeux tir&#233;s, elle n'a pas l'air dans un grand jour. &#171; &lt;i&gt;T'as &#233;t&#233; en soir&#233;e m&#233;decine, hier soir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, la vanne un des lyc&#233;ens. Rires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La discussion encha&#238;ne sur un cours de la veille. L'enseignante veut savoir comment il a &#233;t&#233; re&#231;u. &#171; &lt;i&gt;Franchement, j'ai rien capt&#233;&lt;/i&gt; &#187;, avoue une &#233;l&#232;ve. Arriv&#233; entretemps, un autre prof se marre. Il avise sa coll&#232;gue : &#171; &lt;i&gt;Tu devrais peut-&#234;tre revoir tes supports de cours&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Ladite coll&#232;gue, interpell&#233;e, r&#233;fl&#233;chit un instant. Puis, s'adressant &#224; la lyc&#233;enne, sans acrimonie aucune : &#171; &lt;i&gt;En m&#234;me temps, tu &#233;tais pas l&#224; au cours pr&#233;c&#233;dent&#8230;&lt;/i&gt; &#187; La jeune : &#171; &lt;i&gt;C'est vrai.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but septembre, au beau milieu du quartier populaire de la Villeneuve, &#224; Grenoble, le Clept (Coll&#232;ge lyc&#233;e &#233;litaire pour tous&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'oxymore est volontaire.&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;) a fait sa vingt-et-uni&#232;me rentr&#233;e. Destin&#233; &#224; des jeunes de 15 &#224; 25 ans ayant quitt&#233; l'&#233;cole en fin de coll&#232;ge ou au lyc&#233;e, cet &#233;tablissement public exp&#233;rimental leur propose de reprendre leur scolarit&#233;, mais selon des modalit&#233;s bien diff&#233;rentes. Ici, on d&#233;montre qu'un autre type de relation professeurs /&#233;l&#232;ves est possible. Que l'apprentissage et le quotidien scolaire ne passent pas forc&#233;ment par une domination brutale, une mise au pas du jeune r&#233;calcitrant, une soumission exig&#233;e &#224; un r&#232;glement int&#233;rieur d&#233;nu&#233; de sens, des punitions syst&#233;matiques au moindre &#233;cart. Qu'il est possible de d&#233;velopper un rapport de respect mutuel, une v&#233;ritable &lt;i&gt;relation humaine&lt;/i&gt;, en fait. Moi-m&#234;me je sais : j'ai &#233;t&#233; &#233;l&#232;ve au Clept, il y a une quinzaine d'ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un cadre inhabituel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme tous les jeunes accueillis ici, j'avais arr&#234;t&#233; l'&#233;cole. D&#233;scolaris&#233; pendant dix-huit jolis mois, je n'aurais jamais pu accepter de reprendre les cours dans un &#233;tablissement classique. J'&#233;tais f&#226;ch&#233; &#224; vie contre la rigidit&#233; du syst&#232;me scolaire ordinaire, contre sa pr&#233;tention &#224; enseigner la &#171; d&#233;mocratie &#187; tout en fonctionnant de mani&#232;re implacablement hi&#233;rarchis&#233;e. Un syst&#232;me o&#249;, souvent, l'on ne demande finalement qu'une seule chose &#224; l'&#233;l&#232;ve : &lt;i&gt;fermer sa gueule&lt;/i&gt; et faire semblant de suivre ce que raconte le prof, sans &#234;tre autoris&#233; &#224; questionner ni les r&#232;gles, ni le bien-fond&#233; de l'enseignement dispens&#233;. Encore moins le but final de tout ce cirque. J'&#233;tais fatigu&#233; des abus d'une r&#233;pression disciplinaire allant du banal exc&#232;s de z&#232;le (deux heures de colle pour avoir termin&#233; en tout d&#233;but de cours une pomme entam&#233;e &#224; la r&#233;cr&#233;) &#224; l'injustice absurde (l'administration de mon lyc&#233;e agricole avait exclu une copine en l'accusant &#224; tort d'avoir vendu du shit &#224; un gar&#231;on qui, en vrai, &#233;tait&#8230; le dealer du lyc&#233;e !).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref. Pour ces raisons-l&#224; et quelques autres, je m'&#233;tais enfui de l'&#233;cole, sans demander l'autorisation &#224; personne. Et si &#224; 17 ans pass&#233;s, j'ai finalement consenti &#224; me rasseoir dans une salle de classe, c'est parce que le Clept offre un cadre &lt;i&gt;extraordinaire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, les locaux : ne cherchez pas de grillage, de mur d'enceinte, de gardien. Il n'y en a pas. Le Clept est install&#233; dans une sorte de grand appartement, au premier &#233;tage d'une barre d'immeubles &#224; l'architecture originale&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant d'&#234;tre affubl&#233; d'une triste image de cit&#233; d&#233;grad&#233;e, avec ses spots de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, le gabarit de l'&#233;tablissement : &#224; peine une centaine d'&#233;l&#232;ves &#8211; qui ont &lt;i&gt;choisi&lt;/i&gt; d'&#234;tre l&#224;&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les admissions au Clept se font uniquement sur la base du volontariat, apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#8211; pour une bonne quinzaine de profs motiv&#233;s, voire &lt;i&gt;enga&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;g&#233;s&lt;/i&gt;. De quoi laisser de l'espace &#224; la discus&#8202;sion, &#224; l'&#233;change, &#224; la rencontre, &#224; la souplesse, loin de l'anonymat et de la rigidit&#233; des usines &#224; bac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pas de proviseur, pas de surveillant, pas de conseiller principal d'&#233;ducation (CPE). Pas de sonnerie. Pas d'interdiction de s'habiller comme ci ou comme &#231;a, contrairement au conventionnel lyc&#233;e Mounier, dont le Clept d&#233;pend administrativement : l&#224;-bas, pour porter un jogging, il faut prouver qu'on a un cours de sport dans la journ&#233;e. Pas de r&#232;glement int&#233;rieur caffi de clauses abusives, mais une simple charte posant des principes de cohabitation de base &#8211; elle a &#233;t&#233; rediscut&#233;e entre profs et &#233;l&#232;ves plusieurs fois depuis la cr&#233;ation de l'&#233;tablissement. Pas de carnet de correspondance : sauf souci exceptionnel, on s'adresse directement &#224; l'&#233;l&#232;ve, pas &#224; ses parents. Il y a d'ailleurs un syst&#232;me de tutorat, o&#249; un prof en particulier suit chaque &#233;l&#232;ve, le rencontrant de temps &#224; autre pour &#233;voquer r&#233;ussites et difficult&#233;s. Mon prof r&#233;f&#233;rent enseignait la physique-chimie ; il s'appelait Dominique et il nous arrivait d'organiser ces rencontres au bistrot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, pas de punition en cas de retard ou d'absence, mais des discussions pour chercher les causes et trouver des solutions &#224; ce manque d'assiduit&#233;. J'&#233;tais, sur ce point-l&#224;, un &#233;l&#232;ve particuli&#232;rement difficile et il m'arrivait de ne me pointer qu'au dernier cours de la journ&#233;e, qui &#233;tait souvent celui de physique-chimie. Je parvenais, en plus, &#224; arriver cinq minutes en retard, mais Dominique, au lieu de me passer un savon, m'accueillait avec un sourire non feint en me lan&#231;ant : &#171; &lt;i&gt;Ah Clair, &#231;a fait plaisir que tu sois l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Installe-toi donc. J'&#233;tais en train d'expliquer &#224; tes camarades que&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont ce sourire, cette bienveillance, qui ont fait que je suis rest&#233;. Et, au passage, que j'ai finalement eu ce p&#8230; de bac.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre la rel&#233;gation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bernard Gerde ne cherche plus la soixantaine : il l'a all&#233;grement d&#233;pass&#233;e. Moustache de mili&#8202;tant de gauche comme on n'en fait plus, le cofondateur du Clept est aujourd'hui retrait&#233;. Avant, il enseignait les lettres. C'est de sa rencontre avec une professeure de sciences naturelles, Marie-C&#233;cile Bloch, qu'est n&#233;e dans les ann&#233;es 1990 l'id&#233;e d'un &#233;tablissement alternatif public d&#233;di&#233; aux &#171; d&#233;crocheurs &#187; de toutes origines sociales. Il a fallu quatre ann&#233;es de travail et de lobbying acharn&#233; aupr&#232;s des pontes de l'&#201;ducation nationale pour qu'en l'an 2000, le ministre Jack Lang finisse par donner son feu vert &#224; l'ouverture du Clept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand on a construit le projet,&lt;/i&gt; se souvient Bernard,&lt;i&gt; on a travaill&#233; avec un chercheur en sciences de l'&#233;ducation qui s'appelle Jean-Yves Rochex. En gros, il disait que les jeunes d&#233;crochent parce qu'ils refusent notamment deux choses. D'une part, la normativit&#233; des disciplines (par exemple, la grammaire, &#8220;c'est comme &#231;a et pas autrement&#8221;) ; d'autre part, la normalisation des comportements (se mettre en rang, se lever quand le proviseur rentre, etc.).&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien d'autres raisons au d&#233;crochage. Parfois, ce sont de rageantes histoires de thunes (c'est, par exemple, l'&#233;l&#232;ve qui veut s'inscrire dans une fili&#232;re sp&#233;cifique, mais l'affectation se fait dans un lyc&#233;e lointain et les parents n'ont pas les moyens de payer l'h&#233;bergement). D'autres fois, ce sont des ruptures familiales, des accidents de la vie. Souvent, c'est aussi l'humiliation, subie par tant de jeunes en difficult&#233; scolaire auxquels on n'a cess&#233; de r&#233;p&#233;ter qu'ils n'&#233;taient capables de rien. Avec, comme corollaire, les orientations subies (et parfois teint&#233;es de discriminations) &#171; &lt;i&gt;vers des fili&#232;res de rel&#233;gation&lt;/i&gt; &#187; qui ne leur correspondent pas&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Clept, qui dispense un enseignement g&#233;n&#233;ral (mais peut se faire tremplin vers une autre orientation &lt;i&gt;choisie&lt;/i&gt;), les &#233;l&#232;ves d'aujourd'hui confirment. Kyllian, 22 ans : &#171; &lt;i&gt;On m'a toujours dit que je ne pourrais jamais avoir le bac. D&#232;s le CM&lt;/i&gt; &lt;i&gt;2, on a dit &#224; ma m&#232;re que j'irais en Segpa. On m'a orient&#233; en fili&#232;re pro sans me donner le choix. Je me suis retrouv&#233; en CAP vente alors que ce n'&#233;tait pas ce que je voulais faire.&lt;/i&gt; &#187; Une autre &#233;l&#232;ve : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai jamais aim&#233; l'&#233;cole. Je bossais, mais j'&#233;tais en difficult&#233;. Les profs &#233;taient vachement encourageants,&lt;/i&gt; ironise-t-elle,&lt;i&gt; ils me disaient genre : &#8220;Tu vas finir SDF&#8221;. Ils ne savaient pas quoi faire de moi, alors ils m'ont finement sugg&#233;r&#233; de partir : &#8220;T'aimes bien l'artistique&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Tu vas faire un CAP p&#226;tisserie.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Un autre lyc&#233;en, pass&#233; par un bac pro, se souvient d'enseignants qui justifiaient avec cynisme le tri op&#233;r&#233; entre les gamins qui comme lui &#171; &lt;i&gt;s'&#233;taient un peu fait tej' de partout&lt;/i&gt; &#187; et l'&#233;lite promise au cursus g&#233;n&#233;ral : &#171; &lt;i&gt;Ils disaient : &#8220;Tu mets pas des pommes pourries avec des pommes fra&#238;ches, sinon &#231;a pourrit tout le panier.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bernard se rappelle avoir rencontr&#233;, avant la cr&#233;ation du Clept, des jeunes orient&#233;s vers des voies de garage. On les y faisait bosser le fran&#231;ais &#224; partir de bons de commande de la Redoute. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait mis&#233;rabiliste, il n'y avait aucun challenge, alors qu'ils &#233;taient tout &#224; fait capables d'&#233;tudier du Flaubert. Ils avaient de bonnes raisons de ne pas &#234;tre motiv&#233;s par ce qu'on leur proposait&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Le Clept est donc, aussi, n&#233; de la volont&#233; de proposer &#224; des &#233;l&#232;ves mis sur la touche &#171; &lt;i&gt;quelque chose de plus digne, un endroit o&#249; ils se sentent respect&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Avec deux convic&#8202;tions bien ancr&#233;es : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;galit&#233; des chances est un mythe et la &#8220;m&#233;ritocratie scolaire&#8221;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; un &lt;i&gt;scandale.&lt;/i&gt; &#187; Et, partant, une volont&#233; forte : &#171; &lt;i&gt;Dire non au d&#233;terminisme social et &#224; l'assignation &#224; r&#233;sidence : c'est parce qu'il lutte contre &#231;a que cet &#233;tablissement s'appelle le Coll&#232;ge lyc&#233;e &#8220;&#233;litaire pour tous&#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une incessante remise en question&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout jeune est capable d'apprendre,&lt;/i&gt; estime Dominique, mon ancien prof de physique, &#224; la retraite depuis trois ans. &lt;i&gt;Si &#231;a ne fonctionne pas, c'est qu'il y a quelque chose &#224; revoir dans ta mani&#232;re d'enseigner. En dix-sept ans au Clept, je n'ai rencontr&#233; que cinq ou six &#233;l&#232;ves avec de vraies difficult&#233;s d'apprentissage.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un aspect fondamental de la relation profs /&#233;l&#232;ves qui s'&#233;labore ici : au Clept, l'enseignant doit &#234;tre pr&#234;t &#224; se remettre en question. Les emplois du temps comportent d'ailleurs une heure de &#171; vie de classe &#187;, temps de dialogue o&#249; sont abord&#233;es les difficult&#233;s rencontr&#233;es, et o&#249; les &#233;l&#232;ves peuvent exprimer dol&#233;ances et critiques. &#171; &lt;i&gt;Faut pas &#234;tre susceptible&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, sourit Caroline, prof d'allemand. &#171; &lt;i&gt;Au cours de toutes ces ann&#233;es, il m'est arriv&#233; d'encaisser de violentes attaques verbales, &lt;/i&gt;se souvient Dominique. &lt;i&gt;Il m'a fallu comprendre que &#231;a ne s'adressait pas &#224; moi en tant que personne mais en tant qu'adulte repr&#233;sentant de la soci&#233;t&#233;&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Agathe, prof de fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;On fait des conneries. On peut blesser. La grande force ici, c'est que &#231;a se partage avec le reste de l'&#233;quipe. L'&#233;l&#232;ve qui claque la porte de la classe, un coll&#232;gue va le rattraper dans le couloir et pointer la maladresse du prof et/ou l'&#233;ventuelle responsabilit&#233; du jeune l&#224;-dedans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enseigner au Clept n'est pas de tout repos. C'est un exercice humainement tr&#232;s riche, mais exigeant et chronophage. Car une fois leurs cours finis, les professeurs ne rentrent pas chez eux : ils restent sur place. S&#251;r, comparativement &#224; leurs coll&#232;gues d'&#233;tablissements conventionnels, ils ont moins de copies &#224; corriger. Mais comme il n'y a pas de personnel d&#233;di&#233; &#224; cela, ils se partagent les t&#226;ches administratives &#8211; ce qui fait, expliquent-ils, qu'en termes de co&#251;t par &#233;l&#232;ve, le Clept ne co&#251;te pas plus cher qu'un &#233;tablissement classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce temps pass&#233; sur place est fertile. C'est lui qui permet d'in&#8202;cessants &#233;changes entre coll&#232;gues, propices &#224; une prise de recul de chacun sur ses pratiques et &#224; l'&#233;laboration de regards crois&#233;s, donc plus justes, sur les &#233;l&#232;ves. Ce temps offre aussi la possibilit&#233; d'&#233;changes entre jeunes et enseignants &lt;i&gt;hors&lt;/i&gt; de la salle de classe. Tout est d'ailleurs fait pour multiplier les occasions de sortir de la relation purement professorale : il y a les &#171; groupes de base &#187; (o&#249; l'on d&#233;bat de sujets d'actualit&#233; ou de la vie du Clept), des projets cr&#233;atifs men&#233;s avec des professionnels du monde de la culture, un atelier d'&#233;criture auquel les profs participent au m&#234;me titre que les &#233;l&#232;ves&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun doute l&#224;-dessus : ici, le jeune est consid&#233;r&#233; par ses a&#238;n&#233;s comme un interlocuteur valable. Est-ce &#224; dire qu'il est leur &#233;gal ? &#171; &lt;i&gt;Nous sommes des adultes avec une mission &#233;ducative qui n'est pas bas&#233;e sur le dressage,&lt;/i&gt; r&#233;pond Agathe. &lt;i&gt;Apr&#232;s, j'ai 56 ans et un peu d'exp&#233;rience. On ne va pas faire semblant d'&#234;tre au m&#234;me niveau. Ce qui ne veut pas dire que les &#233;l&#232;ves n'ont rien &#224; m'apprendre. Mais ils doivent pouvoir compter sur nous pour faire avancer les choses.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les profs cassent les murs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Que disent les &#233;l&#232;ves de tout ce fonctionnement ? Ceux avec qui j'&#233;change sont plut&#244;t dithyrambiques. Et quand, pour nuancer le tableau dress&#233;, je leur demande d'&#233;voquer des aspects n&#233;gatifs dans le comportement des enseignants, rien ne leur vient. Silence. Puis Chlo&#233;, 19 ans, tente une explication : &#171; &lt;i&gt;C'est difficile de pointer des choses qui ne vont pas, comme &#231;a de but en blanc. Parce qu'en fait, ce qui ne va pas, on le discute en permanence avec eux.&lt;/i&gt; &#187; En deux heures d'&#233;changes, j'entendrai &#224; peine quelques b&#233;mols : &#171; &lt;i&gt;Il y a des profs qui nous infantilisent un peu, mais &#231;a s'arr&#234;te d&#232;s qu'on le leur dit&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Des fois, ils sont un peu trop laxistes&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Les discussions avec eux peuvent &#234;tre d&#233;rangeantes, parce qu'il y a un c&#244;t&#233; intrusif.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce qui est chouette ? L&#224;, les mots ne manquent pas. Citons en vrac Mathieu, Damien, Suzanne, Kyllian, Chlo&#233; et Sylvia : &#171; &lt;i&gt;Ils cassent les murs entre profs et &#233;l&#232;ves.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Ils ne nous dominent pas. Dans un lyc&#233;e traditionnel, si tu poses beau&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;coup de questions, le prof peut le voir comme une remise en question de ses connaissances, de son autorit&#233;. Ici c'est l'inverse, c'est une preuve d'int&#233;r&#234;t.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;On nous responsabilise : c'est ton projet, ton parcours.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;On les appelle par leur pr&#233;nom. Tu peux avoir de vrais &#233;changes avec eux, m&#234;me en cours ils nous donnent beaucoup de place.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Si t'es en gal&#232;re, que t'as une difficult&#233; avec une administration par exemple, ils ne t'envoient pas bouler en te disant que c'est pas leur domaine de comp&#233;tence. &#199;a t'aide &#224; t'engager avec eux puisqu'ils s'engagent avec toi.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Dans un &#233;tablissement classique o&#249; il y a 1 000 lyc&#233;ens, les profs laissent passer le harc&#232;lement entre &#233;l&#232;ves. L&#224;, d&#232;s qu'il y a un probl&#232;me, ils le voient et ils confrontent les deux personnes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la performance scolaire ? &#171; &lt;i&gt;En allemand je suis une bille. Mais la prof ne m'a pas enfonc&#233;. On te prend comme t'es, sans chercher &#224; te faire conformer &#224; une norme de ton &#226;ge.&lt;/i&gt; &#187; / &#171; &lt;i&gt;Tu n'as pas de pression sur les r&#233;sultats. Ce qu'on te demande, c'est d'essayer de faire de ton mieux.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; leur arriv&#233;e, les &#233;l&#232;ves n'int&#232;grent pas tout de suite une classe de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, question triviale mais pas si anodine : comment &#231;a se passe si on a besoin d'aller aux toilettes pendant un cours ? Faut-il lever le bras et demander l'autorisation d'une voix g&#234;n&#233;e ? &#171; &lt;i&gt;Non, tu sors. Si t'as besoin de sortir, que c'est vraiment urgent, tu y vas, tu n'interromps pas le cours pour demander.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vers la fin de l'exp&#233;rience ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des efforts des profs, il y a tout de m&#234;me quelques jeunes qui quittent le Clept en cours d'ann&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Ils ne sont pas nombreux, &lt;/i&gt;indique Agathe,&lt;i&gt; et souvent c'est li&#233; &#224; un probl&#232;me de sant&#233; lourd, ou &#224; des addictions, ou &#224; une n&#233;cessit&#233; de trou&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;ver un emploi pour cause d'urgence &#233;conomique...&lt;/i&gt; &#187; Chez celles et ceux qui restent et tentent de passer le bac, &#171; &lt;i&gt;le taux d'obtention est encourageant&lt;/i&gt; &#187;, poursuit-elle : &#171; &lt;i&gt;En g&#233;n&#233;ral on est entre 80 et 100 %.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, quand on sait le nombre de m&#244;mes qui quittent l'&#233;cole sans dipl&#244;me chaque ann&#233;e, le plus souvent vou&#233;s ensuite &#224; une d&#233;primante pr&#233;carit&#233;, pourquoi ne pas multiplier les dispositifs d&#233;rogatoires comme celui du Clept, public et gratuit ? Il n'a, apr&#232;s tout, rien de si radical : contrairement &#224; ce qui se construit dans d'autres exp&#233;riences p&#233;dagogiques alternatives, les adultes demeurent d&#233;positaires de l'autorit&#233; formelle et le contenu global des enseignements s'&#233;loigne peu de l'ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las, ce n'est pas ce qui se profile &#224; l'horizon. Les services de l'&#201;ducation nationale, avec qui les relations ont toujours &#233;t&#233; difficiles, ont tranch&#233; : d'ici quelques ann&#233;es, le Clept quittera ses locaux de la Villeneuve, certes pas tout jeunes, pour s'installer dans l'enceinte du lyc&#233;e Mounier, actuellement en r&#233;novation. L'&#233;quipe est vent debout contre ce d&#233;m&#233;nagement. En particulier parce qu'avec ce d&#233;part, c'est toute une partie de la philosophie du projet qui s'envolera en fum&#233;e : les &#233;l&#232;ves retrouveront une archi&#8202;tecture &#224; tonalit&#233; carc&#233;rale, une grosse usine avec un portique &#224; l'entr&#233;e et un r&#232;glement int&#233;rieur drastique. &#192; l'&#233;poque de mes 17 ans rebelles, aurais-je support&#233; de fr&#233;quenter chaque jour un tel environnement ? Pas s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'oxymore est volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avant d'&#234;tre affubl&#233; d'une triste image de cit&#233; d&#233;grad&#233;e, avec ses spots de deal et sa concentration de difficult&#233;s sociales, le quartier de la Villeneuve a &#233;t&#233; une utopie urbanistique. Ses concepteurs, au d&#233;but des ann&#233;es 1970, ambitionnaient de &#171; changer la ville pour changer la vie &#187; : mixer les classes sociales, laisser les voitures en dehors du quartier, favoriser les rencontres entre habitants gr&#226;ce &#224; une grande galerie couverte... &#192; ce sujet, lire notamment : &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lepostillon.org/Villeneuve-l-utopie-a-l-agonie.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Villeneuve, utopie &#224; l'agonie&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Postillon&lt;/i&gt; n&#176; 3 (d&#233;cembre 2009).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les admissions au Clept se font uniquement sur la base du volontariat, apr&#232;s des entretiens individuels o&#249; il est question du parcours de vie du jeune et de ses motivations &#224; reprendre les cours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; leur arriv&#233;e, les &#233;l&#232;ves n'int&#232;grent pas tout de suite une classe de niveau (seconde, premi&#232;re, etc.). Ils passent plusieurs mois en &#171; module &#187;, o&#249; l'enseignement s'affranchit des programmes de l'&#201;ducation nationale et o&#249; la notation n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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