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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Te plains pas, tu pourrais bosser &#224; l'usine &#187;</title>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Pas de patron, pas d'horaires fixes, un fonctionnement horizontal, une cause qui a du sens : le travail associatif n'est souvent pas consid&#233;r&#233; comme un travail. Difficile alors de parler de souffrance au travail, d'exploitation, de rapports de domination, de pr&#233;carit&#233;. La suppression massive des CUI/CAE a r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour un monde associatif sous perfusion. Avec leur livre Te plains pas, c'est pas l'usine, paru le 13 mars, deux travailleuses associatives lancent un pav&#233; dans la mare sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pas de patron, pas d'horaires fixes, un fonctionnement horizontal, une cause qui a du sens : le travail associatif n'est souvent pas consid&#233;r&#233; comme un travail. Difficile alors de parler de souffrance au travail, d'exploitation, de rapports de domination, de pr&#233;carit&#233;. La suppression massive des CUI/CAE &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Des contrats vraiment pas aid&#233;s &#187;, CQFD n&#176; 158, octobre 2017.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour un monde associatif sous perfusion. Avec leur livre &lt;i&gt;Te plains pas, c'est pas l'usine&lt;/i&gt;, paru le 13 mars, deux travailleuses associatives lancent un pav&#233; dans la mare sans cracher dans la soupe. Elles y posent cette question simple : et si le travail associatif &#233;tait lui aussi un travail ? Entretien avec l'une des autrices.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3045 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH525/-1279-36df6.jpg?1779604282' width='400' height='525' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cherchez-vous &#224; interroger le travail associatif ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On travaille toutes les deux dans des associations et il nous arrivait parfois d'&#234;tre en souffrance. La seule r&#233;ponse qu'on nous opposait, c'&#233;tait que c'&#233;tait li&#233; &#224; un fonctionnement naturel des associations. Par ailleurs, des personnes de nos cercles amicaux, professionnels et militants nous disaient que le probl&#232;me venait plut&#244;t d'un tournant qu'auraient pris les associations en s'alignant sur une logique de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re chose et c'est la plus complexe : dans nos espaces militants, &#224; l'extr&#234;me gauche ou dans les milieux antiautoritaires, beaucoup de personnes, parce que les minimas sociaux ne leur suffisaient plus pour vivre, se sont mises &#224; monter des associations. On ne rejette pas ce mod&#232;le en bloc &#8211; on conclut d'ailleurs le livre en disant que le travail associatif est &#233;videmment moins pire qu'un boulot &#224; l'usine &#8211; mais on a constat&#233; que le fait de monter des associations amoindrit souvent le degr&#233; de subversion des pratiques. &#192; partir du moment o&#249; l'association touche des subventions publiques, elle est inf&#233;od&#233;e aux march&#233;s publics. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'agit-il alors d'une pente glissante ou est-ce intrins&#232;que au fonctionnement associatif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s la cr&#233;ation du statut des associations, en 1901, elles servent &#224; encadrer le mouvement ouvrier qui repr&#233;sente, &#224; l'&#233;poque, un pouvoir subversif fort mettant en danger l'&#201;tat et la production. Proposer aux gens de se monter en association, c'est-&#224;-dire &#234;tre minimum deux personnes, monter un conseil d'administration, s'enregistrer en pr&#233;fecture, c'est de base un moyen de contr&#244;le social. Et puis l'&#201;tat donne de plus en plus de missions aux associations dont il ne peut/veut plus se charger lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1970, les luttes &#8211; qu'elles soient f&#233;ministes, antipsychiatriques ou antiracistes &#8211; sont progressivement et en partie int&#233;gr&#233;es par le corps associatif. Et cela arrange bien l'&#201;tat. Ce dernier institutionnalise ces mouvements men&#233;s par des militants en poussant &#224; la cr&#233;ation d'associations et en leur octroyant des subventions : c'est toute l'histoire de SOS Racisme. Plus l'&#201;tat conna&#238;t une crise &#233;conomique, plus il s'appuie sur les associations, pour r&#233;pondre &#224; ses propres besoins : &#8220;&lt;i&gt;Cette ann&#233;e, &#231;a sera la d&#233;radicalisation, l'ann&#233;e prochaine, l'&#233;cologie.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pente glissante se situe sans doute &#224; cet endroit-l&#224; : les associations ne vivent plus qu'en r&#233;pondant &#224; des &#8220;modes&#8221;. Dans les entretiens que nous avons r&#233;alis&#233;s pour le livre, un salari&#233; nous raconte comment l'association de r&#233;duction des risques li&#233;s &#224; l'usage de stup&#233;fiants dans laquelle il travaille s'est mise &#224; r&#233;pondre &#224; des appels d'offres sur de l'h&#233;bergement de migrants&#8230; alors que ce n'est pas sa mission initiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la d&#233;mat&#233;rialisation de la Caisse des allocations familiales (Caf) ou du P&#244;le emploi et la fermeture des accueils, on voit des appels d'offres pour expliquer aux gens comment s'en sortir sur les plateformes num&#233;riques. Ils se s&#233;parent d'un personnel fonctionnaris&#233; pour se tourner vers des travailleurs associatifs. Cette main-d'&#339;uvre est moins ch&#232;re et sa mission se termine en m&#234;me temps que son contrat. Elle est aussi beaucoup moins prot&#233;g&#233;e : il n'y a pas de convention collective des associations ni de r&#233;el corps associatif. Du moins pas en tant que corps de m&#233;tier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on &#224; proprement parler d'exploitation dans le secteur associatif comme le souligne le sous-titre du livre&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'exploitation en milieu associatif &#187;.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne peut pas parler &#8220;d'exploitation&#8221; au sens propre du terme : il n'y a pas d'extorsion de la plus-value au d&#233;triment du travailleur. Dans le cadre des associations, on ne produit rien. Et c'est aussi pour &#231;a qu'on a du mal &#224; parler de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; lorsqu'on parle du monde associatif. Ce que &lt;i&gt;produit&lt;/i&gt; la plus grande partie du secteur associatif, c'est de la paix sociale, de la culture, un monde plus tranquille pour permettre la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, il n'y a pas de patron. Il y a un directeur ou une directrice qui, dans les petites et moyennes associations, n'a souvent pas un salaire vraiment plus &#233;lev&#233; que les autres salari&#233;s, mais qui organise le travail et prend des d&#233;cisions. C'est aussi pour cela que le cadre est flou. Par ailleurs, il existe une ambigu&#239;t&#233; entre le patron et le conseil d'administration &#8211; constitu&#233; uniquement de b&#233;n&#233;voles cens&#233;s prendre les d&#233;cisions techniques et politiques, alors qu'ils sont souvent tr&#232;s &#233;loign&#233;s de la r&#233;alit&#233; du terrain. Bref, tu touches un salaire, tu es en partie dirig&#233; par des gens qui n'en ont pas, ton patron te dit qu'il n'est pas vraiment patron... Au final, qui est vraiment ton interlocuteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai donneur d'ordre, c'est finalement l'&#201;tat. Si tu bosses beaucoup, c'est aussi parce que tu dois boucler un appel &#224; projet propos&#233; par la Ville. Si tu n'y r&#233;ponds pas &#224; temps, la Ville te coupe les subventions, tu perds ton poste. Le patron associatif est triple : le directeur, le conseil d'administration et les pouvoirs publics. Et aucun ne s'identifie comme ton donneur d'ordre r&#233;el. Les rapports de pouvoir sont alors tr&#232;s diffus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce flou rend donc la lutte des salari&#233;s associatifs pour am&#233;liorer leurs conditions de travail plus compliqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, tu ne sais pas vraiment contre qui tu luttes. R&#233;cemment, une quinzaine d'associations d'aide et d'accueil aux r&#233;fugi&#233;s dans le Nord-Est parisien se sont mises en gr&#232;ve du fait des conditions d'exercice de leur travail. On leur coupe leurs subventions tout en leur demandant de pallier les manquements de l'&#201;tat et en leur envoyant r&#233;guli&#232;rement les flics. C'est complexe de refuser de servir &#224; bouffer parce que tu es en gr&#232;ve pour d&#233;noncer tes conditions de travail, mais celles-ci seront toujours moins merdiques que les conditions de vie des gens qui vivent l&#224;. Cela cr&#233;e un sentiment de culpabilit&#233; &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il y a l&#224; quelque chose de difficilement avouable dans le secteur associatif : tu dois lutter pour la cause, pas pour am&#233;liorer tes conditions de travail ni sauvegarder ton emploi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel lien entretient le monde associatif avec l'&#233;conomie et le march&#233; du travail ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'associatif, c'est le secteur priv&#233; non marchand. Par exemple, notre &#233;diteur est dans le priv&#233; non marchand. Pourtant, il vend ce bouquin. Le discours dominant qui place les associations en dehors de l'&#233;conomie est faux. Par ailleurs, tu retrouves les m&#234;mes contrats que dans le priv&#233; : les CDI, les CDD utilis&#233;s massivement pour &#8220;accroissement temporaire de l'activit&#233;&#8221;. Et puis il y a tous les contrats de merde : les CDII (contrat &#224; dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e intermittent) sur le mod&#232;le des CDI de chantier : tu es cens&#233; &#234;tre tout le temps disponible pour une mission, mais tu n'as jamais de fixe. Et il y a aussi les sp&#233;cificit&#233;s de l'associatif : les CUI/CAE, les PEC&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parcours emploi comp&#233;tences.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et les emplois francs... Chaque gouvernement a propos&#233; ses mod&#232;les, ses sigles, qui sont en r&#233;alit&#233; toujours des variables d'ajustement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi tous les boulots qui ne sont pas consid&#233;r&#233;s comme de l'emploi, du type service civique et b&#233;n&#233;volat&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour les services civiques, il n'y a pas d'encadrement dans le temps. Tu peux travailler 35 comme 40 heures puisque ce n'est pas cens&#233; &#234;tre du travail, mais du volontariat. Le volontariat, c'est une mission que tu fais pour le sens, contre non pas une r&#233;mun&#233;ration, mais une gratification. La grande id&#233;e du volontariat, c'est l'engagement. Mais en r&#233;alit&#233;, c'est ce qui comble la suppression des emplois aid&#233;s et le manque de postes de salari&#233;s. La ministre Muriel P&#233;nicaud a d'ailleurs conseill&#233; aux associations, au moment de la suppression des emplois aid&#233;s, de se tourner vers les services civiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les services civiques sont parfois des personnes dipl&#244;m&#233;es, engag&#233;es, plut&#244;t blanches issues de la classe moyenne qui esp&#232;rent trouver un emploi p&#233;renne &#224; l'issue de leur service. Mais ce dispositif permet aussi &#224; l'&#201;tat, sous couvert d'engagement, de g&#233;rer ce qu'il appelle les &#8220;exc&#233;dentaires&#8221; : recaser les pauvres, sans dipl&#244;mes, issus des quartiers. Un public qui ne fait pas &#231;a par engagement &#8211; non pas parce qu'il serait moins engag&#233; que les autres &#8211; mais bien parce que c'est le seul boulot auquel il peut pr&#233;tendre. On a rencontr&#233; un habitant d'un quartier populaire qui avait plus de responsabilit&#233;s que certains salari&#233;s et g&#233;rait m&#234;me leur planning alors qu'ils sortaient tous de masters d'&#233;conomie sociale et solidaire. Lui &#233;tait en service civique, tout &#231;a pour 530 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a la question du b&#233;n&#233;volat. Qui est b&#233;n&#233;vole ? Qui peut se permettre de donner du temps &#224; une association ? Pour comprendre, on s'est appuy&#233;es sur les recherches de la sociologue du travail Maud Simonet, qui d&#233;finit trois cat&#233;gories de b&#233;n&#233;voles. Il y a d'une part les retrait&#233;s, d'autre part des gens qui donnent du temps en esp&#233;rant un emploi &#224; la clef, et enfin, les b&#233;n&#233;voles contraints.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re cat&#233;gorie est compos&#233;e de gens qui donnent du temps contre des miettes ou qui font &#231;a pour ne plus &#234;tre harcel&#233;s par la Caf ou le P&#244;le Emploi. D'ailleurs, de nombreuses collectivit&#233;s locales exp&#233;rimentent le fait de conditionner les minimas sociaux au temps b&#233;n&#233;vole consacr&#233; &#224; une association. Dans ce type de b&#233;n&#233;volat, on retrouve aussi les TIG (travaux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral). Ce ne sont &#233;videmment pas les m&#234;mes t&#226;ches que dans du volontariat : elles sont bien plus d&#233;gradantes et abrutissantes. Les services civiques de ramassage des d&#233;chets dans les quartiers en sont une bonne illustration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous abordez aussi la question du travail pair, par exemple un usager de drogue salari&#233; dans une association de r&#233;duction des risques. Ce statut constitue-t-il aussi une variable d'ajustement ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne d&#233;nonce pas le travail pair en soi. Il est &#233;videmment important que les personnes concern&#233;es puissent devenir travailleuses sociales. Ce qu'on constate par contre, c'est que les travailleurs pairs n'ont souvent pas le m&#234;me statut en interne dans les associations. Soit formellement : ils sont moins pay&#233;s parce que non dipl&#244;m&#233;s. Soit socialement : ils ne sont pas convi&#233;s aux r&#233;unions d'&#233;quipe, ils ne prennent pas part aux d&#233;cisions importantes. On note dans nos entretiens que certaines personnes sont recrut&#233;es pour donner une image un peu &#8220;marginale&#8221; &#224; l'association, donc vendeuse aupr&#232;s des pouvoirs publics. Et encore une fois, on constate des situations aberrantes, notamment le cas d'une personne b&#233;n&#233;vole dans une association depuis des lustres et qui se retrouve &#224; faire une p&#233;riode d'essai pour avoir un emploi aid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travailleur pair est surtout pr&#233;sent dans le travail social, type r&#233;duction des risques, travailleuses du sexe. On t'embauche parce que tu vas nous faire accepter dans les squats de toxicos, dans la rue avec les putes, dans la cit&#233;. Mais on te fera toujours sentir qu'il ne faut pas trop monter. Une personne en service civique pour une association d'aide aux devoirs dans un quartier nous a confi&#233; qu'une fois son service termin&#233;, l'association lui a demand&#233; de continuer sa mission, mais gratuitement, parce qu'il connaissait bien les familles. &#8220;&lt;i&gt;&#192; ce moment-l&#224;, &#231;a les arrange bien que j'aie un pied dans les deux camps&lt;/i&gt;&#8221;, nous a-t-il dit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous proposez le concept d' &#187; id&#233;ologie du d&#233;vouement &#187;. Peut-on finalement parler, dans le cadre du travail associatif, d'auto-exploitation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;vouement, c'est l'huile dans les rouages de la machine associative. Il est d'abord bas&#233; sur le rapport aux b&#233;n&#233;ficiaires. Et il y a aussi celui qui repose sur la peur de mal faire son travail. Comme tu es pr&#233;caire, que tes coll&#232;gues et la structure le sont aussi, tu devras bosser davantage pour r&#233;pondre &#224; des appels &#224; projet dans un domaine auquel tu ne connais peut-&#234;tre rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il y a l'aspect relationnel et c'est surtout le cas dans les petites structures. Ton directeur peut &#234;tre ton ami et tu sais qu'il a su&#233; pour monter sa structure et la faire vivre. Mais cette proximit&#233; peut parfois cr&#233;er une sorte de mythologie de la grande famille et du &#8220;&lt;i&gt;On donne des heures pour que le monde aille mieux&lt;/i&gt;&#8221;. Comme le travail associatif n'est pas consid&#233;r&#233; comme un vrai travail, tu peux bien faire 40 ou 50 heures par semaine, ne jamais voir tes heures suppl&#233;mentaires pay&#233;es puisque c'est avant tout un d&#233;vouement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment alors lutter dans le secteur associatif ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne peut pas y avoir de lutte victorieuse dans le secteur associatif sauf &#224; d&#233;truire le secteur associatif, ce qui n'est pas notre objectif : on continue &#224; &#234;tre travailleuses associatives et &#224; bouffer gr&#226;ce &#224; lui. Et puis ce n'est jamais en prenant une lutte sectorielle qu'on met &#224; mal tout un syst&#232;me. La lutte contre la suppression des CUI/CAE en 2017 &#233;tait assez bord&#233;lique. Des communiqu&#233;s r&#233;unissaient des gens du CNEA (le syndicat des patrons associatifs) qui vantent les bienfaits des contrats aid&#233;s dans le cadre de la r&#233;insertion, et des gens oppos&#233;s &#224; ce type de contrats pr&#233;caires, mais qui luttaient simplement pour sauvegarder leur poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la m&#234;me absurdit&#233; lors d'une action de tractage devant un CRIJ (Centre r&#233;gional information jeunesse) pour une journ&#233;e de &#8220;&lt;i&gt;recrutement de service civique&lt;/i&gt;&#8221;. Les personnes dans un parcours d'engagement recevaient plut&#244;t bien notre discours, mais on a eu des r&#233;actions parfois violentes de la part des autres, des gal&#233;riens, ceux qui n'&#233;taient pas l&#224; par choix. &#199;a dit bien toute l'ambigu&#239;t&#233; des luttes dans ce secteur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous esp&#233;rez lib&#233;rer une parole en sortant ce bouquin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On esp&#232;re d'abord que les travailleurs associatifs seront soulag&#233;s de lire que ce qu'ils vivent est v&#233;cu par d'autres gens. L&#224;-dessus, le livre &lt;i&gt;Nous n'irons plus pointer chez Ga&#239;a, jours de travail &#224; Kokopelli&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions du Bout de la ville, 2017. &#192; ce sujet, lire l'entretien &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; nous a beaucoup marqu&#233;es, car la souffrance dans le travail associatif est souvent inavouable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, le secteur associatif est tr&#232;s avant-gardiste et a beaucoup inspir&#233; les techniques de &lt;i&gt;team building&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;n&#233;o-management&lt;/i&gt; aussi via la pr&#233;carisation des contrats ou le recours au volontariat. Des bo&#238;tes priv&#233;es du secteur marchand proposent dor&#233;navant du volontariat, le SNU (Service national universel) surfe &#224; fond sur l'id&#233;ologie de l'engagement et la d&#233;fense des valeurs, comme pour le service civique. Il nous faut plus que jamais penser ces nouvelles formes de travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;
&lt;i&gt;Te plains pas, c'est pas l'usine&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;, de Lily Zalzett et Stella Fihn, est publi&#233; chez les camarades de &lt;a href=&#034;https://nieteditions.wordpress.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Niet &#201;ditions&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Des-contrats-vraiment-pas-aides' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Des contrats vraiment pas aid&#233;s&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 158, octobre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L'exploitation en milieu associatif &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Parcours emploi comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions du Bout de la ville, 2017. &#192; ce sujet, lire l'entretien &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Kokopelli-c-est-fini' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Kokopelli, c'est fini...&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;155, juin 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ennemi int&#233;rieur ou la fiction de l'anarchiste-terroriste espagnol</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-ennemi-interieur-ou-la-fiction</link>
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		<dc:date>2020-01-16T22:16:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Dolidier</dc:creator>


		<dc:subject>Quentin Poilvet</dc:subject>
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&lt;p&gt;En Espagne, le mouvement libertaire a fait l'objet d&#232;s 2014 d'une campagne de r&#233;pression et de criminalisation qui a abouti &#224; l'arrestation d'une quarantaine de militants, pour appartenance &#224; une &#171; organisation terroriste anarchiste &#187;. Cette affaire Tarnac &#224; l'espagnole s'est conclue par la relaxe des inculp&#233;s, mais a particip&#233; &#224; r&#233;activer dans l'imaginaire collectif l'id&#233;e d'une &#171; menace anarchiste &#187;. Pour comprendre la gen&#232;se de ce fantasme policier, il faut remonter &#224; l'&#233;poque de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Quentin-Poilvet" rel="tag"&gt;Quentin Poilvet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mobilisations" rel="tag"&gt;mobilisations&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mobilisations-populaires" rel="tag"&gt;mobilisations populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ignacio-Cosido" rel="tag"&gt;Ignacio Cosid&#243;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/menace" rel="tag"&gt;menace&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Madrid" rel="tag"&gt;Madrid&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Espagne, le mouvement libertaire a fait l'objet d&#232;s 2014 d'une campagne de r&#233;pression et de criminalisation qui a abouti &#224; l'arrestation d'une quarantaine de militants, pour appartenance &#224; une &#171; organisation terroriste anarchiste &#187;. Cette affaire Tarnac &#224; l'espagnole s'est conclue par la relaxe des inculp&#233;s, mais a particip&#233; &#224; r&#233;activer dans l'imaginaire collectif l'id&#233;e d'une &#171; menace anarchiste &#187;. Pour comprendre la gen&#232;se de ce fantasme policier, il faut remonter &#224; l'&#233;poque de la transition &#171; d&#233;mocratique &#187;, dans les ann&#233;es 1970, lorsque dans les repr&#233;sentations dominantes, l'image de l'ennemi int&#233;rieur communiste c&#232;de sa place &#224; celle de l'anarchiste-terroriste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3047 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH530/-1281-ef014.jpg?1779604657' width='400' height='530' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Quentin Poilvet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n 2014, le directeur g&#233;n&#233;ral de la police nationale espagnole, Ignacio Cosid&#243; (aujourd'hui s&#233;nateur du Parti populaire, droite), alertait les m&#233;dias sur la dangerosit&#233; d'un suppos&#233; &#171; &lt;i&gt;terrorisme anarchiste&lt;/i&gt; &#187;. Il d&#233;non&#231;ait l'existence de groupes libertaires mettant en p&#233;ril la &#171; &lt;i&gt;convivialit&#233; pacifique&lt;/i&gt; &#187;. Cosid&#243; pr&#233;parait ainsi l'opinion publique aux op&#233;rations Pandora, Pandora 2, Pi&#241;ata et ICE, men&#233;es entre 2014 et 2015. En moins d'un an, la police a arr&#234;t&#233; et d&#233;tenu une quarantaine de personnes, accus&#233;es d'appartenance &#224; une &#171; &lt;i&gt;organisation terroriste anarchiste&lt;/i&gt; &#187;. Mais apr&#232;s enqu&#234;te, les magistrats n'ont pas r&#233;ussi &#224; prouver l'existence de ce &#171; &lt;i&gt;terrorisme anarchiste&lt;/i&gt; &#187; et toutes les personnes incarc&#233;r&#233;es ont &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; leur &#233;chec judiciaire, ces fictions polici&#232;res ont permis de recentrer le d&#233;bat public sur le th&#232;me de la s&#233;curit&#233; en amalgamant la contestation sociale &#224; la criminalit&#233; et &#224; la menace. Cette strat&#233;gie, relay&#233;e par divers journaux, de droite comme de gauche, n'est pas nouvelle : elle a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; men&#233;e contre la CNT (Confederaci&#243;n Nacional del Trabajo) dans les ann&#233;es 1970, au moment de la reconstruction de l'organisation anarcho-syndicale, dans une p&#233;riode de fortes mobilisations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Autonomie ouvri&#232;re VS bureaucratie syndicale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; la mort du dictateur Francisco Franco en novembre 1975, l'Espagne est le th&#233;&#226;tre de mobilisations populaires sans pr&#233;c&#233;dent depuis les ann&#233;es 1930. Organis&#233;es &#224; base d'assembl&#233;es et de d&#233;l&#233;gu&#233;s r&#233;vocables, de piquets de gr&#232;ves et d'occupations d'usines, elles aboutissent &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales, comme &#224; Vitoria, au Pays basque, entre janvier et mars 1976. Dans ce cas pr&#233;cis, mais loin d'&#234;tre isol&#233;, il s'agit d'une mobilisation autonome, sans partis ni syndicats, o&#249; le mot d'ordre &#171; &lt;i&gt;Tout le pouvoir &#224; l'assembl&#233;e&lt;/i&gt; &#187; est partag&#233; par plusieurs milliers de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Catalogne et &#224; Madrid, les ouvriers en gr&#232;ve r&#233;clament &#233;galement des hausses de salaire, la dissolution des corps de police arm&#233;e et la destruction du r&#233;gime franquiste. Mais leurs mobilisations sont contr&#244;l&#233;es par les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux des Commissions ouvri&#232;res (CCOO&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Commissions ouvri&#232;res sont une organisation n&#233;e dans les usines durant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), qui emp&#234;chent la construction d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale interprofessionnelle. Et pour cause : les CCOO, mais aussi l'UGT (Uni&#243;n General de Trabajadores), constituent les relais syndicaux des partis de l'opposition d&#233;mocratique (Parti communiste d'Espagne, PCE ; Parti socialiste ouvrier espagnol, PSOE). Lesquels prennent conscience de la dangerosit&#233; d'un mouvement ouvrier auto-organis&#233; : c'est pour faire face &#224; cette menace qu'ils se structurent au sein d'une m&#234;me instance &#8211; la &lt;i&gt;Coordinaci&#243;n democr&#225;tica&lt;/i&gt;. L'id&#233;e est d'unir le monde ouvrier &#224; d'autres franges de la soci&#233;t&#233; afin de construire une mobilisation interclassiste permettant de &#171; n&#233;gocier &#187; dans une position plus favorable avec les r&#233;formistes franquistes au pouvoir. Dans ce cadre, le r&#244;le des deux principales centrales syndicales est de freiner l'intensit&#233; et la radicalit&#233; des gr&#232;ves en court-circuitant le mode de fonctionnement horizontal et assembl&#233;iste des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La l&#233;galisation des syndicats en avril 1977 et les premi&#232;res &#233;lections l&#233;gislatives en juin de la m&#234;me ann&#233;e participent &#224; la normalisation de la contestation et au discr&#233;dit des luttes sociales autonomes, qui persistent pourtant dans de nombreuses r&#233;gions, comme dans le b&#226;timent dans les Asturies, le secteur textile &#224; Madrid ou encore la m&#233;tallurgie en Catalogne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en octobre 1977, les Pactes de la Moncloa marginalisent encore davantage les mobilisations ouvri&#232;res. S'ils repr&#233;sentent un progr&#232;s en termes de libert&#233;s soci&#233;tales, ces accords constituent, pour leur volet &#233;conomique, une s&#233;rie de r&#233;formes lib&#233;rales. Valid&#233;s par l'ensemble des partis repr&#233;sent&#233;s au Parlement, ils permettent une flexibilisation du march&#233; de l'emploi et facilitent la r&#233;duction des effectifs, tout en g&#233;n&#233;ralisant les contrats &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e. Ils r&#233;pondent ainsi aux demandes du patronat, voulant adapter les anciennes structures &#233;conomiques franquistes &#224; la nouvelle conjoncture internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux principales centrales syndicales justifient ces pactes au nom de la &#171; &lt;i&gt;consolidation d&#233;mocratique&lt;/i&gt; &#187;, car ils sont cens&#233;s symboliser la &#171; &lt;i&gt;r&#233;conciliation nationale&lt;/i&gt; &#187; entre vainqueurs et vaincus de la Guerre civile (1936-1939). Leur signature est l'occasion de mettre en sc&#232;ne un &#171; &lt;i&gt;consensus&lt;/i&gt; &#187; entre toutes les forces politiques et permet dans le m&#234;me temps de discr&#233;diter les ouvriers gr&#233;vistes, accus&#233;s de mettre en p&#233;ril la d&#233;mocratie. Tr&#232;s vite, ces accusations se cristallisent autour de la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une machine m&#233;diatico-s&#233;curitaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s sa reconstruction en 1976, la CNT conna&#238;t un tr&#232;s fort engouement populaire. En mars 1977, &#224; San Sebasti&#225;n de los Reyes (banlieue de Madrid), 30 000 personnes viennent acclamer des figures de l'anarchisme de retour d'exil. En juillet, le meeting de Montjuic (Barcelone) rassemble 50 000 participants. L'organisation revendique alors 300 000 adh&#233;rents, ce qui en fait la troisi&#232;me force syndicale derri&#232;re les CCOO et l'UGT. Mais les anarchistes se divisent tr&#232;s vite autour de la strat&#233;gie &#224; suivre. Ces divergences s'aggravent entre 1978 et 1979, au moment o&#249; la CNT fait l'objet d'une campagne de diabolisation dans les m&#233;dias, notamment &#224; la suite de l'incendie de la salle des f&#234;tes Scala, &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;pisode d&#233;bute le 15 janvier 1978 quand, &#224; la fin d'une manifestation de 400 000 personnes appel&#233;e par la CNT contre les Pactes de la Moncloa, un groupe de jeunes c&#233;n&#233;tistes se retrouve dans le centre-ville et jette des cocktails Molotov sur la Scala. Le b&#226;timent prend feu et quatre travailleurs (dont un est syndiqu&#233; &#224; la CNT) qui se trouvaient &#224; l'int&#233;rieur sont retrouv&#233;s morts. Deux jours plus tard, la police affirme avoir retrouv&#233; les auteurs de &#171; &lt;i&gt;l'attentat&lt;/i&gt; &#187;. Il s'agit de militants c&#233;n&#233;tistes, accus&#233;s d'appartenir &#224; un &#171; &lt;i&gt;commando anarchiste&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;sent&#233; comme le bras arm&#233; de la CNT. S'en suit une campagne de criminalisation et de diffamation durant laquelle les journaux surm&#233;diatisent l'id&#233;e d'une menace anarchiste. Dans les mois qui suivent, l'enqu&#234;te interne men&#233;e par l'organisation et ses avocats montre qu'il y a eu des infiltrations polici&#232;res au sein de la Conf&#233;d&#233;ration. La brigade politico-sociale franquiste et sa cellule anti-anarchiste ont recrut&#233; un indicateur qui &#233;tait d&#233;j&#224; &#224; l'origine de l'arrestation de plusieurs anarchistes en janvier 1977. Il infiltre un groupe de jeunes c&#233;n&#233;tistes et, avant de dispara&#238;tre, les incite &#224; commettre une action violente. Par ailleurs, le proc&#232;s est parsem&#233; d'incoh&#233;rences et d'irr&#233;gularit&#233;s (les avocats de la CNT ont notamment montr&#233; que de simples cocktails Molotov n'ont pas pu, &#224; eux seuls, causer l'incendie), ce qui n'emp&#234;che pas de lourdes condamnations&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trois militants &#233;copent de dix-sept ans de prison pour homicide volontaire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incendie de la Scala permet de marginaliser la CNT dans le paysage syndical (elle ne revendique plus que 30 288 affili&#233;s en d&#233;cembre 1979)&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pablo C&#233;sar Carmona Pascual, dans Transiciones : De la asamblea obrera al (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; et de r&#233;activer la fiction de l'anarchiste-terroriste en jouant sur les peurs d'une nouvelle guerre civile. Alors que sous le franquisme, la menace int&#233;rieure &#233;taient le &lt;i&gt;rouge&lt;/i&gt; et la pieuvre sovi&#233;tique, l'int&#233;gration du PCE au r&#233;gime parlementaire s'accompagne d'une reconfiguration des figures sociales du d&#233;sordre. Apr&#232;s la Scala, toutes les luttes sociales men&#233;es par la CNT sont appr&#233;hend&#233;es par la police comme des menaces criminelles. Cela participe &#224; cristalliser les tensions et d&#233;saccords entre militants, qui m&#232;neront &#224; la scission de d&#233;cembre 1979, lors du V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Congr&#232;s de l'organisation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ind&#233;pendantiste basque&#8230; et apr&#232;s ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1980 et 90, les luttes sociales persistent, mais pour l'essentiel, elles se cantonnent &#224; l'&#233;chelle locale et prennent la forme d'une bataille pour l'h&#233;g&#233;monie syndicale entre CCOO et UGT. Il s'agit de mobilisations ponctuelles, souvent corporatistes, contr&#244;l&#233;es et dirig&#233;es par les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux avec des revendications uniquement &#233;conomiques, contrairement &#224; celles des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ces m&#234;mes ann&#233;es, la figure de l'ennemi politique de la d&#233;mocratie n'est plus l'anarchiste-terroriste &#8211; les libertaires ne constituant plus une menace &#8211; mais l'ind&#233;pendantiste basque. Ce nouvel ennemi int&#233;rieur permet d'exporter la menace terroriste dans les espaces de la contestation sociale et de la contre-culture qui persistent, au Pays basque notamment&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les luttes autonomes au Pays basque &#224; cette p&#233;riode, lire Jtxo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Cette volont&#233; du pouvoir d'associer toute forme de protestation &#171; radicale &#187; &#224; des actions proto-terroristes explique en grande partie le peu d'&#233;cho et de l&#233;gitimit&#233; que ces luttes ont acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, alors qu'au cours des ann&#233;es 2000 les mobilisations populaires sont rares, les ann&#233;es suivantes la crise de l&#233;gitimit&#233; des centrales syndicales, coupl&#233;e aux mesures d'aust&#233;rit&#233; du gouvernement Zapatero en 2008, se traduisent par des formes de mobilisations assembl&#233;istes qui remettent en cause les cadres classiques de la mobilisation, comme en 2011 lors du &#171; mouvement des indign&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; ce moment-l&#224; que le pouvoir a non seulement fait appel &#224; l'esprit de &#171; &lt;i&gt;consensus&lt;/i&gt; &#187; et de &#171; &lt;i&gt;civisme&lt;/i&gt; &#187; &#8211; mobilisant les r&#233;f&#233;rents de la transition espagnole largement mythifi&#233;s &#8211; mais a aussi r&#233;activ&#233; la fiction de l'anarchiste-terroriste dans le but de d&#233;samorcer la popularit&#233; des pratiques de d&#233;mocratie directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre qu'en Espagne, la figure de l'ennemi int&#233;rieur ne s'&#233;puise pas dans son incarnation de militant ind&#233;pendantiste basque, mais conserve une vigueur qui peut &#234;tre employ&#233;e pour marginaliser ou exclure d'autres cibles politiques, notamment celles qui ont ou peuvent avoir de l'influence sur le devenir des mobilisations populaires, comme c'est le cas du mouvement libertaire. D&#232;s lors, bien que les op&#233;rations polici&#232;res de ces derni&#232;res ann&#233;es se soient sold&#233;es par des &#233;checs sur le plan juridique, l'arrestation le 13 mai dernier de militants anarchistes dans des centres sociaux &#224; Madrid montre que la machine polici&#232;re et judiciaire n'en a pas fini avec ses fantasmagories et sa recherche d'une nouvelle hydre aux mille t&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Dolidier&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Historien et professeur d'histoire-g&#233;ographie.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Commissions ouvri&#232;res sont une organisation n&#233;e dans les usines durant les ann&#233;es 1960 pour lutter contre le syndicat vertical franquiste. Au cours de la transition politique, les CCOO ont fait l'objet d'un processus de bureaucratisation par les militants du PCE.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Trois militants &#233;copent de dix-sept ans de prison pour homicide volontaire, deux autres de peines plus l&#233;g&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pablo C&#233;sar Carmona Pascual, dans &lt;i&gt;Transiciones&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : De la asamblea obrera al proceso de pacto social&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : CNT (1976-1981)&lt;/i&gt;, Fundaci&#243;n de Estudios Libertarios Anselmo Lorenzo, Madrid, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les luttes autonomes au Pays basque &#224; cette p&#233;riode, lire Jtxo Estebaranz, &lt;i&gt;Guerre &#224; l'&#201;tat. Luttes autonomes et exp&#233;riences alternatives au Pays basque (1980-1992)&lt;/i&gt;, trad. Pierre-Jean Cournet, Libertalia, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Historien et professeur d'histoire-g&#233;ographie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des grains de sable dans la m&#233;ga-machine</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Des-grains-de-sable-dans-la-mega</link>
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		<dc:date>2019-12-19T04:30:00Z</dc:date>
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		<description>
&lt;p&gt;En 2010 paraissait Divertir pour dominer, critique cinglante de &#171; la culture de masse contre les peuples &#187;. Cette ann&#233;e, un second opus s'en prend aux nouveaux avatars du capitalisme culturel. Parmi les g&#233;ants mondiaux des industries culturelles, on compte Time Warner, Viacom, Walt Disney Company (&#201;tats-Unis), Bertelsmann (Allemagne), Vivendi (France) et Sony Corporation (Japon), auxquels il faut ajouter de nouveaux acteurs issus de l'Internet comme Netflix ou Amazon Prime Video. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/culture-959" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Time-Warner" rel="tag"&gt;Time Warner&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Walt-Disney" rel="tag"&gt;Walt Disney&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Disney-Company" rel="tag"&gt;Disney Company&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sony-Corporation" rel="tag"&gt;Sony Corporation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Prime-Video" rel="tag"&gt;Prime Video&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Amazon-Prime" rel="tag"&gt;Amazon Prime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/compte-Time" rel="tag"&gt;compte Time&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/France-n-est" rel="tag"&gt;France n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/critique" rel="tag"&gt;critique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2010 paraissait &lt;i&gt;Divertir pour dominer&lt;/i&gt;, critique cinglante de &#171; &lt;i&gt;la culture de masse contre les peuples&lt;/i&gt; &#187;. Cette ann&#233;e, un second opus s'en prend aux nouveaux avatars du capitalisme culturel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3037 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L220xH340/-1272-8b215.jpg?1779603568' width='220' height='340' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;armi les g&#233;ants mondiaux des industries culturelles, on compte Time Warner, Viacom, Walt Disney Company (&#201;tats-Unis), Bertelsmann (Allemagne), Vivendi (France) et Sony Corporation (Japon), auxquels il faut ajouter de nouveaux acteurs issus de l'Internet comme Netflix ou Amazon Prime Video. Le secteur est ainsi largement domin&#233; par les &#201;tats-Unis, mais la France n'est pas en reste : &#171; &lt;i&gt;Le monde de la culture&lt;/i&gt; [y] &lt;i&gt;p&#232;se plus lourd que l'industrie automobile&lt;/i&gt; &#187;, repr&#233;sente 1,3 million d'emplois (soit le double de cette derni&#232;re) et pr&#232;s de 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le monde de la culture p&#232;se plus lourd que l'industrie automobile &#187;, Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Et personne n'&#233;chappe &#224; ces industries qui g&#233;n&#232;rent du cash et formatent les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, certains ne se r&#233;signent pas &#224; leur domination et se livrent &#224; une critique sans concession de leurs productions. Ainsi, il y a dix ans, un volume collectif intitul&#233;&lt;i&gt; Divertir pour dominer &#8211; La culture de masse contre les peuples &lt;/i&gt;(L'&#201;chapp&#233;e, 2010) s'&#233;tait livr&#233; &#224; un examen roboratif du &#171; lavage de cerveaux &#187; t&#233;l&#233;visuel et de la publicit&#233;. On y trouvait aussi une critique de l'id&#233;ologie sportive et de l'horreur touristique. Le livre se voulait dans le sillage des &#233;crits situationnistes et des analyses de l'&#201;cole de Francfort&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire Max Horkheimer, Theodor Adorno, &#171; La production industrielle des biens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Aujourd'hui, un second volume, &lt;i&gt;Divertir pour dominer 2 &lt;/i&gt;(sous la direction de C&#233;dric Biagini et Patrick Marcolini, L'&#201;chapp&#233;e, 2019) &#8211; un &#171; 2 &#187; en forme de clin d'&#339;il ironique aux suites des blockbusters hollywoodiens ? &#8211; s'en prend avec une rare pertinence &#224; de nouveaux sujets : les s&#233;ries, les jeux vid&#233;o, le porno, le consum&#233;risme comme culture, l'art contemporain et l'introduction du virtuel dans l'art et les mus&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel que soit le sujet abord&#233;, le plus petit d&#233;nominateur commun de ce volume est la d&#233;nonciation de la posture qui consiste, pour nombre d'intellectuels et de &#171; faiseurs d'opinion &#187;, &#224; voir dans ces formes originales d'ali&#233;nation et de formatage, de nouvelles cat&#233;gories d'une culture populaire qui apporterait son lot de transgression, de subversion, de d&#233;construction, etc., et m&#233;riterait des &#233;tudes savantes sp&#233;cifiques. On retrouve l&#224; la derni&#232;re trahison des clercs qui s'emploient &#224; r&#233;pandre ce &#171; &lt;i&gt;conformisme de la r&#233;bellion qui s'&#233;panouit dans le monde intellectuel, et qui est le meilleur complice de l'ordre &#233;tabli&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guy Scarpetta, &#171; Pasolini, un r&#233;fractaire exemplaire &#187;, Le Monde (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Les auteurs s'emploient &#224; montrer l'inanit&#233; de cette attitude ridicule pour donner une critique sociale renouvel&#233;e de ces productions industrielles&#8230; C'est le premier des grains de sable dans la m&#233;ga-machine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nous, les multiples tentatives d'&#233;ducation populaire en sont d'autres. Ainsi, le renouveau des universit&#233;s populaires, dans le lointain prolongement d'une tradition initi&#233;e &#224; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en marge de l'&#339;uvre &#233;ducative du mouvement ouvrier, peut contribuer &#224; enrayer la m&#233;ga-machine. Ainsi l'&lt;a href=&#034;http://Universit&#233;-populaire-de-marseille.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Universit&#233; populaire de Marseille&lt;/a&gt; a prouv&#233; depuis 2013 qu'il &#233;tait possible, sans appel aux institutions ni moyens mat&#233;riels, de proposer un enseignement de qualit&#233; aux antipodes des produits format&#233;s fournis par le march&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire l'entretien avec Annick Stevens : &#171; Les Universit&#233;s populaires (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Outre la philosophie, elle aborde l'histoire, la litt&#233;rature, la musicologie et la biologie. Elle met &#224; disposition le contenu de ses cours sous forme de fichiers texte ou vid&#233;o et se prolonge par une collection d'ouvrages&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annick Stevens, Nietzsche, la passion des sommets (2018) ; Aristote, un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un peu d'esprit critique et beaucoup d'huile de coude, il est possible, et recommand&#233;, de mettre de nouveaux grains de sable dans les rouages&#8230; Avis aux amateurs !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charles Jacquier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/2013/11/le-monde-de-la-culture-pese-plus-lourd-que-lindustrie-automobile-331116&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le monde de la culture p&#232;se plus lourd que l'industrie automobile&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Les &#201;chos&lt;/i&gt; (07/11/2013) ; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.latribune.fr/economie/france/la-culture-ce-poids-lourd-de-l-economie-francaise-en-quatre-chiffres-530722.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La culture, ce poids lourd de l'&#233;conomie fran&#231;aise en quatre chiffres&lt;/a&gt; &#187;, LaTribune.fr (27/11/2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire Max Horkheimer, Theodor Adorno, &#171; La production industrielle des biens culturels, raison et mystification des masses &#187;, in &lt;i&gt;La dialectique de la Raison &#8211; Fragments philosophiques&lt;/i&gt;, Gallimard, 1974, p. 129-176.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Guy Scarpetta, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.monde-diplomatique.fr/2006/02/SCARPETTA/13180&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pasolini, un r&#233;fractaire exemplaire&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; (02/2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire l'entretien avec Annick Stevens : &#171; Les Universit&#233;s populaires aujourd'hui : l'exemple de Marseille &#187; dans &lt;i&gt;La R&#233;volution prol&#233;tarienne&lt;/i&gt;, n&#176; 802 (09/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Annick Stevens, &lt;i&gt;Nietzsche, la passion des sommets&lt;/i&gt; (2018) ; &lt;i&gt;Aristote, un fondateur m&#233;connu&lt;/i&gt; (2019), chez l'Atinoir. &#192; para&#238;tre : Christine Escoffier, &lt;i&gt;Mille ans de r&#233;volte paysanne. Contre le servage et la privatisation des communs&lt;/i&gt; ; Jacques van Helden, &lt;i&gt;Parlez-moi de vos g&#232;nes. M&#233;thodes, d&#233;couvertes et limites de la g&#233;n&#233;tique de la personnalit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;imagination au pouvoir</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-reimagination-au-pouvoir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/La-reimagination-au-pouvoir</guid>
		<dc:date>2019-12-03T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Cap sur l'utopie !</dc:subject>
		<dc:subject>Charles Fourier</dc:subject>
		<dc:subject>Ernest C&#339;urderoy</dc:subject>
		<dc:subject>Jours d'exil</dc:subject>
		<dc:subject>Joseph D&#233;jacque</dc:subject>
		<dc:subject>entendu Charles</dc:subject>
		<dc:subject>subjectivit&#233;s d&#233;bobin&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>rares trublions</dc:subject>
		<dc:subject>trublions utopistes</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;ellement pr&#233;conis&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>C&#339;urderoy</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ernest C&#339;urderoy (1825-1862) est l'un des rares trublions utopistes avec Joseph D&#233;jacque et bien entendu Charles Fourier &#224; avoir r&#233;ellement pr&#233;conis&#233; de tout-tout-tout jeter &#224; bas pour tout-tout-tout r&#233;inventer au d&#233;part des subjectivit&#233;s d&#233;bobin&#233;es. Mais l'on d&#233;sesp&#233;rait de pouvoir d&#233;couvrir dans sa totalit&#233; son br&#251;lot capital Jours d'exil (1854) que les petits Suisses des &#233;ditions H&#233;ros-Limite ont os&#233; r&#233;&#233;diter malgr&#233; sa corpulence (924 pages !) et son extraordinaire virulence. L'objectif (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;rnest C&#339;urderoy (1825-1862) est l'un des rares trublions utopistes avec Joseph D&#233;jacque et bien entendu Charles Fourier &#224; avoir r&#233;ellement pr&#233;conis&#233; de tout-tout-tout jeter &#224; bas pour tout-tout-tout r&#233;inventer au d&#233;part des subjectivit&#233;s d&#233;bobin&#233;es. Mais l'on d&#233;sesp&#233;rait de pouvoir d&#233;couvrir dans sa totalit&#233; son br&#251;lot capital &lt;i&gt;Jours d'exil &lt;/i&gt;(1854) que les petits Suisses des &#233;ditions H&#233;ros-Limite ont os&#233; r&#233;&#233;diter malgr&#233; sa corpulence (924 pages !) et son extraordinaire virulence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'objectif premier&lt;/strong&gt;, s'&#233;crie C&#339;urderoy, c'est de &#171; &lt;i&gt;d&#233;molir l'autorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; en s'alliant aux &#171; &lt;i&gt;victimes de l'iniquit&#233; des puissants&lt;/i&gt; &#187; ne filant pas doux, aux insurg&#233;s de toute farine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'objectif second&lt;/strong&gt;, continue le pamphl&#233;taire, c'est que &#171; &lt;i&gt;chacun puisse r&#233;gler sa vie sur ses d&#233;sirs de f&#233;licit&#233;&lt;/i&gt; &#187; &#8211; (&#171; &lt;i&gt;Par la jouissance, l'homme centuplera les forces et les tendances qui sont en lui.&lt;/i&gt; &#187;) Et qu'il &#171; &lt;i&gt;ait le droit de maintenir son opinion contre tous&lt;/i&gt; &#187; &#8211; (&#171; &lt;i&gt;Que chacun combatte pour sa propre cause et personne n'aura plus besoin d'&#234;tre repr&#233;sent&#233;.&lt;/i&gt; &#187;) Ce qui n'est pas qu'un v&#339;u pieux. Le bouillant Ernest propose une recr&#233;ation libertaire cat&#233;gorique de l'information : &#171; &lt;i&gt;Aux premiers beaux jours de la libert&#233;, les journaux pousseront tous &#224; la fois comme chiendent en bonne terre, traceront, envahiront et finiront par &#233;touffer leur p&#232;re, le JOURNALISME. Alors, sur chaque question, tout individu pourra donner son avis, le faire tirer &#224; des milliers d'exemplaires et le r&#233;pandre en public.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais ce n'est l&#224; qu'un d&#233;but&lt;/strong&gt;, l'auteur de &lt;i&gt;Jours d'exil&lt;/i&gt; appelle &#224; une &lt;i&gt;R&#233;volution dans l'homme et dans la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; (c'est le titre d'un de ses manifestes-cl&#233;s) mettant la libert&#233; sans freins, la folle audace et l'esprit de fantaisie aux postes de commande. Pour le docteur C&#339;urderoy, en effet, sur les ruines du vieux monde cupide, il y aura lieu de tout r&#233;imaginer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;imaginer l'identit&#233;&lt;/strong&gt; : &#187; &lt;i&gt;Votre nom doit varier suivant l'&#226;ge, le lieu, le temps et les &#233;v&#233;nements. Aux uns, il suffira d'un nom pour toute leur vie, les autres en useront autant que de chemises.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;imaginer l'&#233;l&#233;gance&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;En ces temps de libert&#233;, de gr&#226;ce, de bonheur et de f&#234;te, chacun choisira son costume dans l'&#233;toffe et la couleur qui lui plairont davantage. Les tailleurs seront quelquefois consult&#233;s, rarement ob&#233;is. Alors chacun &#233;tant diff&#233;rent de tous, l'originalit&#233; des costumes ne sera plus un ridicule.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;imaginer l'&#233;criture&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Je me mets au-dessus des r&#232;gles de style, de ponctuation et d'orthographe que voudrait m'imposer l'usage. Ce sont l&#224; encore des entraves, des b&#226;illons qui paralysent mes allures libres, ma libre diction.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et r&#233;imaginer l'urbanisme&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les habitations des hommes sont dispos&#233;es en cercles, en croissants, en squares, en corbeilles de plantes, en ermitages, au hasard et au cordeau.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le climat&lt;/strong&gt; qu'on &#171; &lt;i&gt;appropriera aux attractions et &#224; la sant&#233; des hommes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et la vill&#233;giature&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;On est chez soi partout. Le train de plaisir devient une r&#233;alit&#233;. On part &#224; son heure, on s'arr&#234;te &#224; son gr&#233;. Les convois sont fournis de toutes les commodit&#233;s, de tous les luxes, de tous les divertissements d&#233;sirables. Beaucoup ne connaissent plus d'autre patrie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'amour&lt;/strong&gt; : &#171; &lt;i&gt;On reste ensemble tant que l'on se convient, &#233;ternellement si l'on veut, on a plusieurs hommes ou plusieurs femmes si l'on s'en sent le courage ; on alterne, on varie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un programme&lt;/strong&gt; minimum tonifiant &#224; sugg&#233;rer aux assembl&#233;es d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e qui se profilent.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;No&#235;l Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les possibles de la R&#233;volution portugaise</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Les-possibles-de-la-Revolution</link>
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		<dc:date>2019-11-25T08:19:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Reeve</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
		<dc:subject>Portugal</dc:subject>
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		<dc:subject>Mailer</dc:subject>
		<dc:subject>Phil</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;volution portugaise</dc:subject>
		<dc:subject>d'une vie</dc:subject>
		<dc:subject>vie nouvelle</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voil&#224; que para&#238;t enfin en fran&#231;ais un bon livre sur la r&#233;volution au Portugal (1974-1975)... L'ouvrage de Phil Mailer, Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e ? fut publi&#233; une premi&#232;re fois en anglais en 1977, traduit depuis en plusieurs langues. Le texte a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; au Portugal l'ann&#233;e derni&#232;re dans une mouture retravaill&#233;e par l'auteur. Sans doute dans l'incapacit&#233; de d&#233;nicher de bons traducteurs portugais, tous affair&#233;s sur des chantiers du b&#226;timent, l'&#233;diteur fran&#231;ais a opt&#233; pour la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Phil-Mailer" rel="tag"&gt;Phil Mailer&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vie-nouvelle" rel="tag"&gt;vie nouvelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; que para&#238;t enfin en fran&#231;ais un bon livre sur la r&#233;volution au Portugal (1974-1975)...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L'&lt;/span&gt;ouvrage de Phil Mailer, &lt;i&gt;Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Phil Mailer, Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e ?, trad. Claude Lamoureux, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; fut publi&#233; une premi&#232;re fois en anglais en 1977, traduit depuis en plusieurs langues. Le texte a &#233;t&#233; r&#233;&#233;dit&#233; au Portugal l'ann&#233;e derni&#232;re dans une mouture retravaill&#233;e par l'auteur. Sans doute dans l'incapacit&#233; de d&#233;nicher de bons traducteurs portugais, tous affair&#233;s sur des chantiers du b&#226;timent, l'&#233;diteur fran&#231;ais a opt&#233; pour la traduction de la version anglo-am&#233;ricaine. Heureusement, l'auteur a pu y apporter quelques compl&#233;ments et corrections. Il signe aussi une br&#232;ve mais &#233;clairante &lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; sur la gen&#232;se du livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phil Mailer, n&#233; en Irlande, travaillait au Portugal en avril 1974, au moment o&#249; un coup d'&#201;tat men&#233; par une partie de l'arm&#233;e a mis &#224; bas la plus longue dictature de l'Europe occidentale, ouvrant les vannes, malgr&#233; elle, &#224; une puissante r&#233;volte sociale. Le projet d'un simple repl&#226;trage politique ouvrant sur un syst&#232;me de d&#233;mocratie parlementaire fut momentan&#233;ment d&#233;pass&#233; par un mouvement qui &#233;branla les fondements des rapports sociaux de production capitaliste dans le pays. Les entreprises furent occup&#233;es, des maisons et immeubles expropri&#233;s, des &lt;i&gt;latifundia&lt;/i&gt; transform&#233;es en collectivit&#233;s agricoles, l'arm&#233;e se d&#233;composa en partie et un large mouvement d'organisations de base entreprit de questionner l'ancien ordre des choses et de chercher les bases d'une vie nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de Phil Mailer fut intimement li&#233; &#224; l'activit&#233; qu'il mena dans un milieu de radicaux, &#224; l'esprit internationaliste et fortement marqu&#233; par les mouvements de la fin des ann&#233;es 1960, ind&#233;pendant de toute filiation partidaire. Il s'investit dans une revue, &lt;i&gt;Combate&lt;/i&gt;, anim&#233;e par des collectifs qui s'&#233;taient donn&#233;s pour but de soutenir les pratiques autonomes des travailleurs en lutte, intervenant pour leur donner la parole et pour les inciter &#224; r&#233;fl&#233;chir sur leurs propres actions. Il rappelle dans l'&lt;i&gt;Introduction&lt;/i&gt; que la pratique de la revue se fondait sur le vieux principe du mouvement ouvrier, &#171; L'&#233;mancipation des travailleurs sera l'&#339;uvre des travailleurs eux-m&#234;mes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son livre se laisse guider par le m&#234;me principe et remet au centre de ces ann&#233;es de chaude agitation l'&#233;nergie cr&#233;ative et spontan&#233;e des travailleurs en lutte. Pour lui, la classe ouvri&#232;re n'est pas une force objective de la transformation sociale mais sa force subjective majeure. &lt;i&gt;Dans Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, le jeu des forces politiques et les affrontements id&#233;ologiques sont en second plan et s'expliquent &#224; partir de l'activit&#233; r&#233;elle des prol&#233;taires, de l'&#233;mergence de leur d&#233;sir &#233;mancipateur et non le contraire. C'est pourquoi la lecture de ce livre est essentielle pour comprendre ce qui s'est pass&#233; au Portugal au cours de ces ann&#233;es&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire aussi Raquel Varela, un peuple en r&#233;volution &#8211; Portugal 1974-1975, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Phil Mailer constate aussi qu'au cours d'un mouvement spontan&#233; de ce type, l'ennemi principal des travailleurs dans leur qu&#234;te d'une vie nouvelle, c'est leur propre soumission aux conceptions capitalistes d'organisation et d'action, &#224; la d&#233;l&#233;gation de leur pouvoir collectif aux chefs autoproclam&#233;s, aux savants de la r&#233;volution et leurs plans pr&#233;&#233;tablis. L&#224; r&#233;side, selon moi, l'aspect le plus original de son analyse.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sous les gravats du temps&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'oubli et l'ignorance des importants &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires qui se sont d&#233;roul&#233;s au Portugal sont aujourd'hui fort r&#233;pandus, en France en particulier. Cela est surprenant si l'on consid&#232;re que cette p&#233;riode d'intense subversion de l'ordre des choses &#233;veilla, &#224; l'&#233;poque, un vaste int&#233;r&#234;t politique, eut des cons&#233;quences jusqu'aux strat&#233;gies d'alliances des grands partis de gauche, et attira dans le pays une multitude de touristes r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le moment, de nombreux ouvrages furent publi&#233;s, avec des interpr&#233;tations diverses selon les sch&#233;mas id&#233;ologiques, allant de celui des partis communistes &#224; celui des anarchistes. Cet amas de litt&#233;rature se trouva ensuite enseveli sous les gravats du temps&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut saluer l'&#233;norme travail r&#233;alis&#233; par le site Vosstanie, qui a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Le livre de Phil Mailer redonne vie &#224; ce moment intense et lumineux de l'histoire sociale de la fin des ann&#233;es 1970, un des derniers d'un cycle de mouvements subversifs europ&#233;ens qui s'ouvrit avec les Mai-68 et s'acheva en 1980-1981 avec &lt;i&gt;Solidarno&#347;&#263;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, il est permis d'int&#233;grer la r&#233;volution portugaise dans la filiation des r&#233;volutions modernes qui puisent leur dynamique sur les principes de l'auto-organisation et de la d&#233;mocratie directe. L'&#233;chec des multiples projets du socialisme d'&#201;tat des courants l&#233;ninistes annon&#231;a, &#224; terme, la faillite du bloc capitaliste d'&#201;tat et, sur le moment, le d&#233;clin des id&#233;ologies qui y &#233;taient associ&#233;es, dont celle du &#171; contr&#244;le ouvrier &#187; c&#233;l&#233;br&#233;e par les courants trotskistes. La r&#233;volution portugaise montra que si le mouvement subversif des travailleurs d&#233;laissa le &#171; contr&#244;le &#187; d'une phase interm&#233;diaire, transitoire, c'&#233;tait bien parce qu'il &#233;tait anim&#233; par le d&#233;sir d'aller au-del&#224;, vers la gestion assum&#233;e d'une vie nouvelle, vers l'affirmation d'autres possibles que ceux qui leur &#233;taient propos&#233;s par les organisations partidaires. Isol&#233;, y compris et surtout dans le cadre p&#233;ninsulaire, ce mouvement a &#233;t&#233; battu par les forces politiques du capitalisme et s'est soumis &#224; la grisaille de la d&#233;mocratie parlementaire, mais il a n&#233;anmoins montr&#233; pendant plus d'un an ses potentialit&#233;s&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le titre original &#171; La r&#233;volution impossible ? &#187; me semble mieux traduire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le beau livre de Phil Mailer nous parle de tout cela au quotidien, en partant du mouvement r&#233;el, de ses victoires, ses richesses, ses reculs, ses contradictions&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aujourd'hui au Portugal, des jeunes historiens reprennent l'approche d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. C'est un bel hommage &#224; la &#171; r&#233;volution portugaise &#187; d&#233;sormais accessible en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charles Reeve&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Phil Mailer, &lt;i&gt;Portugal, la r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, trad. Claude Lamoureux, &#201;tienne Lesourd et Denise Pr&#233;vost, Les Nuits rouges, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire aussi Raquel Varela, un &lt;i&gt;peuple en r&#233;volution &#8211; Portugal 1974-1975&lt;/i&gt;, trad. H&#233;l&#232;ne Melo, Agone, 2018. L'auteure, universitaire &#224; forte pr&#233;sence m&#233;diatique, livre une froide lecture trotskiste des &#233;v&#233;nements dont il importe de tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il faut saluer l'&#233;norme travail r&#233;alis&#233; par le site &lt;i&gt;Vosstanie&lt;/i&gt;, qui a num&#233;ris&#233; et mis en ligne un grand nombre de mat&#233;riaux importants sur la r&#233;volution portugaise, provenant surtout des courants communistes libertaires et anarchistes, mais pas seulement : &lt;a href=&#034;https://arqoperaria.blogspot.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Arqoperaria.blogspot.com&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le titre original &#171; La r&#233;volution impossible ? &#187; me semble mieux traduire l'esprit du texte que le titre fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aujourd'hui au Portugal, des jeunes historiens reprennent l'approche d'un mouvement spontan&#233; et auto-organis&#233;. On peut recommander, en particulier : Ricardo Noronha, &lt;i&gt;A Banca ao servi&#231;o do Povo &#8211; Politica e economia durante o PREC (1974-75)&lt;/i&gt;, Imprensa da Historia Contemporanea, Lisboa, 2018 ; Pedro Ramos Pinto, &lt;i&gt;Lisbon Rising &#8211; Urban Social Movements in the Portuguese Revolution, 1974-75&lt;/i&gt;, Manchester University Press, 2013 ; Ricardo Noronha et Luis Trindade, &lt;i&gt;Portugal, uma retrospectiva, 1974&lt;/i&gt;, Publico-Tinta da China, Lisboa, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; All&#244; Muriel P&#233;nicaud ? &#187;</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Chaque semaine, le compte &#171; Accidents du travail : silence, des ouvriers meurent &#187; publie sur les r&#233;seaux sociaux une liste de personnes d&#233;c&#233;d&#233;es dans le cadre de leur activit&#233; professionnelle. &#192; l'heure o&#249; le gouvernement pr&#233;pare une (inqui&#233;tante) r&#233;forme de la sant&#233; au travail, cette triste comptabilit&#233; contribue &#224; sortir du silence ces drames trop banalis&#233;s. Interview avec un recenseur opini&#226;tre. Inventaire du 19 ao&#251;t : &#171; Ils avaient... 28 ans (serveur), 46 ans (chauffeur routier), 46 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mickomix" rel="tag"&gt;Mickomix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Muriel" rel="tag"&gt;Muriel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque semaine, le compte &#171; Accidents du travail : silence, des ouvriers meurent &#187; publie sur les r&#233;seaux sociaux une liste de personnes d&#233;c&#233;d&#233;es dans le cadre de leur activit&#233; professionnelle. &#192; l'heure o&#249; le gouvernement pr&#233;pare une (inqui&#233;tante) r&#233;forme de la sant&#233; au travail, cette triste comptabilit&#233; contribue &#224; sortir du silence ces drames trop banalis&#233;s. Interview avec un recenseur opini&#226;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3044 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH482/-1278-d7ef6.jpg?1779602897' width='400' height='482' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mickomix
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;nventaire du 19 ao&#251;t : &#171; &lt;i&gt; Ils avaient... 28 ans (serveur), 46 ans (chauffeur routier), 46 ans (agent Enedis), 51 ans (ouvrier int&#233;rimaire), 53 ans (agriculteur) et sont d&#233;c&#233;d&#233;s la semaine derni&#232;re dans un #AccidentDuTravail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bilan du 25 ao&#251;t : &#171; &lt;i&gt;Ils avaient... 20 ans (ouvrier du BTP), 56 ans (marin-p&#234;cheur), 56 ans (chauffeur routier), 57 ans (chauffeur livreur), 66 ans (g&#233;rant de caf&#233;), 78 ans (agriculteur) et sont d&#233;c&#233;d&#233;s cette semaine dans un #AccidentDuTravail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des listes de cet acabit, Matthieu L&#233;pine, professeur d'histoire-g&#233;ographie en Seine-Saint-Denis, en publie chaque semaine. Ainsi sont r&#233;capitul&#233;s de mani&#232;re hebdomadaire les accidents du travail que l'enseignant r&#233;pertorie chaque jour sur Facebook et Twitter, interpellant syst&#233;matiquement la ministre du Travail : &#171; &lt;i&gt;All&#244; Muriel P&#233;nicaud ?&lt;/i&gt; &#187; Clin d'&#339;il au fameux fil Twitter &#171; All&#244; place Beauvau &#187; du journaliste David Dufresne consacr&#233; aux violences polici&#232;res, ce travail de vigie est suivi par plus de 21 000 internautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objectif ? Rendre hommage aux victimes de ces drames du quotidien tout en pesant sur le d&#233;bat public. Il y en a besoin : un an apr&#232;s la publication du rapport de la d&#233;put&#233;e LREM Chantal Lecocq, le gouvernement s'appr&#234;te &#224; r&#233;former la sant&#233; au travail, et les craintes sont fortes que les mesures choisies aillent dans le sens d'une d&#233;responsabilisation des employeurs. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous commenc&#233; &#224; vous int&#233;resser aux accidents du travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Paradoxalement, c'est Emmanuel Macron qui m'y a amen&#233;. En 2016, alors ministre de l'&#201;conomie, il avait d&#233;clar&#233; que c'&#233;tait l'entrepreneur qui prenait tous les risques, et que sa vie &#233;tait souvent plus dure que celle d'un salari&#233; parce qu'il pouvait tout perdre, &#8220;&lt;i&gt;lui&lt;/i&gt;&#8221;. En r&#233;action, j'ai commenc&#233; &#224; faire des recherches, et d&#233;couvert dans la presse de nombreux articles qui faisaient &#233;tat d'accidents du travail. J'ai commenc&#233; &#224; les recenser, d'abord sur mon blog, ensuite sur une page Facebook.
Puis d&#233;but 2019, il y a eu le d&#233;c&#232;s d'un ouvrier auto-entrepreneur (dont le patron se retrouvait du coup d&#233;douan&#233; de ses obligations de s&#233;curit&#233;) de 68 ans, qui a fait une chute du toit de la pr&#233;fecture de Versailles. Puis la mort de Franck Page, un livreur Uber Eats de 18 ans qui travaillait pour financer ses &#233;tudes. C'est l&#224; que j'ai commenc&#233; un recensement quotidien. Je compte tenir comme &#231;a jusqu'&#224; fin 2019, pour avoir une ann&#233;e compl&#232;te. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur quelles sources vous basez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La presse nationale s'int&#233;resse tr&#232;s peu aux accidents du travail, sauf s'ils se passent &#224; Paris ou dans une grosse entreprise. Elle peut en parler aussi si &#231;a alimente un autre sujet : par exemple cet &#233;t&#233;, quand un jeune ostr&#233;iculteur saisonnier de 18 ans est mort dans la baie de Morlaix, en Bretagne. Si les journaux s'y sont int&#233;ress&#233;s, c'est uniquement parce qu'un lien avec les algues vertes &#233;tait soup&#231;onn&#233;. Le sujet des accidents du travail n'est pas nouveau, pas tr&#232;s &#8220;sexy&#8221; non plus. Et puis, pas mal de m&#233;dias sont la propri&#233;t&#233; de grands groupes industriels ou du BTP, comme Bouygues par exemple, lesquels n'ont pas vraiment int&#233;r&#234;t &#224; ce que la l&#233;gislation se durcisse sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que j'ai ouvert un compte Twitter, en janvier, mon travail est beaucoup plus suivi, si bien qu'il y a des gens qui me contactent directement pour me donner des informations. Mais ma principale source est la presse locale. Dans les articles que j'y lis, toujours tr&#232;s brefs, laconiques, avec peu de d&#233;tails et peu de suivi derri&#232;re, le terme &#8220;accident du travail&#8221; n'appara&#238;t quasiment jamais. Par contre, ces papiers se trouvent toujours dans la rubrique des faits divers. Or, quand &#231;a se r&#233;p&#232;te &#224; ce point, on n'est plus dans le fait divers, mais face &#224; un fait social qu'il faut analyser globalement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous interpellez chaque jour la ministre du Travail. Ses services ont fini par vous contacter ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Non, mais ce n'est pas ce qui est important. D'ailleurs, je ne suis ni sp&#233;cialiste ni expert. Je sais que Muriel P&#233;nicaud conna&#238;t l'existence de mon boulot parce que la question lui a &#233;t&#233; pos&#233;e une fois &#224; la radio. Ce que j'attends des pouvoirs publics, c'est qu'ils prennent le sujet &#224; c&#339;ur, qu'ils prennent des mesures. Malheureusement, de ce qu'on en sait, la r&#233;forme de la sant&#233; au travail qu'ils pr&#233;parent actuellement n'a pas l'air d'aller dans le bon sens. C'est ce que &lt;i&gt;Bastamag &lt;/i&gt;a tr&#232;s bien expliqu&#233; au sujet du rapport Lecocq&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comment une nouvelle &#8220;loi Travail&#8221; pourrait bient&#244;t s'attaquer &#224; la sant&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : ce qu'ils veulent, c'est limiter la responsabilit&#233; des donneurs d'ordre et augmenter celle des salari&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, on me demande pourquoi j'interpelle Muriel P&#233;nicaud en particulier. &#201;videmment, elle n'est pas personnellement responsable de chaque accident. Reste que son gouvernement et les pr&#233;c&#233;dents ont d&#233;tricot&#233; le code du travail, l'inspection du travail, la m&#233;decine du travail, les CHSCT (Comit&#233; d'hygi&#232;ne, de s&#233;curit&#233; et des conditions de travail). Muriel P&#233;nicaud a une part de responsabilit&#233;, au m&#234;me titre que d'autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;responsabilisation des donneurs d'ordres que vous craignez semble d&#233;j&#224; exister&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Elle est notamment visible avec ces grosses bo&#238;tes qui font appel &#224; de nombreux sous-traitants. Lesquels emploient des int&#233;rimaires, des ouvriers pas form&#233;s qui ne connaissent pas les outils. Ils cherchent &#224; faire des &#233;conomies de bouts de chandelle, font bosser les gens en sous-effectif. Ce type de fonctionnements g&#233;n&#232;re beaucoup d'accidents du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi l'ub&#233;risation. En ce moment, un livreur de Deliveroo est dans le coma. La soci&#233;t&#233; a fini par communiquer pour dire qu'elle allait tout prendre en charge, parce qu'elle est tr&#232;s critiqu&#233;e actuellement. Mais &#231;a montre en creux qu'elle ne prend rien en charge d'habitude. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ce que vous observez, qui sont les gens qui meurent ou qui se blessent gravement au travail ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'abord, les ouvriers du BTP, victimes de chutes ou de chocs avec des machines. Ensuite les agriculteurs et les ouvriers agricoles, d'autant plus l'&#233;t&#233;. Il y a aussi le secteur des transports avec les chauffeurs routiers, dont beaucoup de travailleurs d&#233;tach&#233;s. Ou encore la logistique avec les manutentionnaires et l'industrie o&#249; ce sont essentiellement des probl&#232;mes avec des machines : se coincer le bras dans une machine, tomber dessus&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai remarqu&#233; que beaucoup de victimes mortelles ont plus de 50 ans &#8211; ce qui n'est pas anodin au moment o&#249; l'on parle de repousser l'&#226;ge de d&#233;part &#224; la retraite. Il y a quelques jours, un agriculteur de 76 ans s'est fait &#233;craser par une botte de foin. Il y a deux semaines, c'&#233;tait un ouvrier agricole saisonnier marocain de 67 ans qui a fait un malaise cardiaque&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;G&#233;n&#233;ralement, qu'est-ce qui provoque l'accident ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans les articles sur lesquels je me base, on ne peut pas le savoir. Parfois il est juste indiqu&#233; &#8220;&lt;i&gt;Un homme fait une chute&lt;/i&gt;&#8221; et c'est en voyant que &#231;a s'est pass&#233; sur un chantier qu'on comprend qu'il s'agit d'un accident du travail. Si on veut des d&#233;tails, il faut lire les articles qui relatent des proc&#232;s : un patron qui embauche un int&#233;rimaire pour huit jours et qui ne prend pas le temps de le former ; ou alors on veut aller vite, on ne met pas la protection&#8230; On pourrait dire que c'est la faute &#224; pas de chance ; certains internautes commentent mes publications en affirmant que l'employ&#233; a &#233;t&#233; imprudent ; mais le responsable, c'est le donneur d'ordres. C'est &#224; lui de s'assurer que les consignes sont respect&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre travail de recensement, bien que non exhaustif, est d'autant plus important qu'il n'existe aucune donn&#233;e officielle compl&#232;te en termes de nombre d'accidents du travail&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les seules donn&#233;es globales proviennent de la S&#233;curit&#233; sociale, qui ne d&#233;compte que les affili&#233;s au r&#233;gime g&#233;n&#233;ral priv&#233;. &#199;a exclut de facto tous les salari&#233;s du secteur publics, les ind&#233;pendants, les travailleurs d&#233;tach&#233;s et les travailleurs non d&#233;clar&#233;s, les sans-papiers. Des millions de personnes n'apparaissent pas dans les chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je serais pour qu'on cr&#233;e un Observatoire des accidents du travail qui se penche vraiment sur la question, car comment r&#233;gler un probl&#232;me qu'on conna&#238;t aussi mal ? On parle chaque ann&#233;e de 500 ou 600 morts, mais en fait il y en a beaucoup plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.bastamag.net/Comment-une-nouvelle-loi-travail-pourrait-bientot-s-attaquer-a-la-sante-et-a-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Comment une nouvelle &#8220;loi Travail&#8221; pourrait bient&#244;t s'attaquer &#224; la sant&#233; et &#224; la s&#233;curit&#233; des salari&#233;s&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Bastamag&lt;/i&gt; (18/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Infirmier, un si beau m&#233;tier</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Infirmier-un-si-beau-metier</link>
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		<dc:date>2019-10-24T16:51:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Sarah Fisthole</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>faire</dc:subject>
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		<dc:subject>d'une coll&#232;gue</dc:subject>
		<dc:subject>infirmi&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des services d'urgences en gr&#232;ve , des soignants essor&#233;s et des infirmiers r&#233;quisitionn&#233;s par des policiers. Chez les professionnels du soin, le mal-&#234;tre est palpable. Ma&#235;lle, une infirmi&#232;re en psychiatrie qui a cess&#233; d'exercer il y a un an, raconte son rapport intime &#224; un boulot qui aurait pu la broyer. Ma&#235;lle &#233;tait infirmi&#232;re. Mais &#224; trente-cinq ans, apr&#232;s cinq ann&#233;es de bons et loyaux services au sein d'un h&#244;pital psychiatrique de Bretagne, elle a arr&#234;t&#233; de travailler. Son dix-neuvi&#232;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sarah-Fisthole" rel="tag"&gt;Sarah Fisthole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/service" rel="tag"&gt;service&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/collegues" rel="tag"&gt;coll&#232;gues&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une-collegue" rel="tag"&gt;d'une coll&#232;gue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/infirmiere" rel="tag"&gt;infirmi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des services d'urgences en gr&#232;ve &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;217 au 19 ao&#251;t d'apr&#232;s Mediapart.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, des soignants essor&#233;s et des infirmiers r&#233;quisitionn&#233;s par des policiers. Chez les professionnels du soin, le mal-&#234;tre est palpable. Ma&#235;lle, une infirmi&#232;re en psychiatrie qui a cess&#233; d'exercer il y a un an, raconte son rapport intime &#224; un boulot qui aurait pu la broyer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3035 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH460/-1270-8e214.jpg?1779604240' width='400' height='460' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;a&#235;lle &#233;tait infirmi&#232;re. Mais &#224; trente-cinq ans, apr&#232;s cinq ann&#233;es de bons et loyaux services au sein d'un h&#244;pital psychiatrique de Bretagne, elle a arr&#234;t&#233; de travailler. Son dix-neuvi&#232;me contrat &#224; dur&#233;e d&#233;termin&#233;e aura &#233;t&#233; le dernier : apr&#232;s une &#233;ni&#232;me garde, on ne l'a plus jamais appel&#233;e. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait act&#233; sans l'&#234;tre : on n'avait plus besoin de moi, je ne travaillais plus l&#224;-bas.&lt;/i&gt; &#187; Elle n'a pas insist&#233;, par amour pour un m&#233;tier d&#233;voy&#233; et pour cesser de cautionner. Ma&#235;lle raconte les h&#244;pitaux g&#233;r&#233;s par des financiers de chez L'Or&#233;al, les tableaux qui remplacent les mots et les coll&#232;gues qui d&#233;gringolent. Rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que la fa&#231;on dont s'est termin&#233;e ta collaboration avec cet h&#244;pital est &#224; l'image de ce que tu as pu y vivre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en tous cas ce qui m'a permis de me rendre compte &#224; quel point je n'&#233;tais qu'un pion, que je n'&#233;tais pas sollicit&#233;e pour la qualit&#233; de mon travail, mais pour colmater une br&#232;che. Cette question du manque de reconnaissance, tu y es en permanence confront&#233;e. Quand tu es infirmi&#232;re, qui te gratifie &#224; part toi-m&#234;me ? Les patients ne sont pas toujours reconnaissants et c'est normal : ce n'est pas &#224; eux de te rassurer. En m&#234;me temps tu le fantasmes forc&#233;ment un peu. Parce que ce sont rarement tes coll&#232;gues et encore moins ta hi&#233;rarchie qui t'apportent cette reconnaissance. C'est &#224; toi de trouver seule du sens &#224; ce que tu fais. Je me souviens d'une coll&#232;gue sur mon dernier poste, elle &#233;tait, je pense, en &#233;tat de &lt;i&gt;burn out&lt;/i&gt;. Quand elle reprenait contact avec le service pendant ses arr&#234;ts, elle demandait toujours : &#8220;&lt;i&gt;Mais est-ce que les patients me demandent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221;, parce qu'elle avait besoin d'une raison de revenir. Est-ce que le manque, l'absence, &#231;a cr&#233;e quelque chose ? Eh bien en fait non, et &#231;a c'est violent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel genre de rapports entretenais-tu avec la hi&#233;rarchie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Lors de mon premier stage en tant qu'&#233;l&#232;ve infirmi&#232;re, j'&#233;tais en chirurgie. La premi&#232;re fois que je me suis adress&#233;e au chirurgien pour lui demander son accord pour passer au bloc il n'a m&#234;me pas daign&#233; me r&#233;pondre. J'&#233;tais dans mes petits souliers, je parlais doucement. J'ai reformul&#233; une deuxi&#232;me fois ma question et puis j'ai laiss&#233; tomber. &#192; l'h&#244;pital, il y a des murs hi&#233;rarchiques pos&#233;s &#224; tout endroit. Je ne sais pas quel sens &#231;a a pour certains m&#233;decins de faire vivre les rapports de hi&#233;rarchie dans des espaces et &#224; des moments o&#249; &#231;a n'a pas de sens. &#192; part asseoir une certaine sup&#233;riorit&#233;, signifier une d&#233;f&#233;rence que tu leur dois... Lui, on l'appelait &#8220;Dieu&#8221; dans le service. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble y avoir un v&#233;ritable foss&#233; entre la responsabilit&#233; qui p&#232;se sur les &#233;paules des infirmiers et la consid&#233;ration que l'on vous accorde...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une infirmi&#232;re, finalement, c'est le dernier maillon dans la cha&#238;ne des responsabilit&#233;s. Il y a par exemple un m&#233;decin qui prescrit un m&#233;dicament, un pharmacien qui le d&#233;livre et comme c'est toi qui le distribues, c'est toi qui es en charge de la derni&#232;re v&#233;rification. Le m&#233;decin peut se tromper, le pharmacien ne pas voir l'erreur et c'est toi qui es responsable. Lorsque j'&#233;tais en &#233;cole d'infirmi&#232;res, les formatrices nous conseillaient de prendre une assurance professionnelle pour nous prot&#233;ger, pour disposer d'un soutien juridique et financier en cas de probl&#232;me. D&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait courant que les h&#244;pitaux ne soient plus garants d'une certaine protection de leurs &#233;l&#233;ments. On m'a parl&#233; de cas d'infirmiers incrimin&#233;s personnellement pour des erreurs qu'on leur impute et face auxquelles l'h&#244;pital refuse de porter ne serait-ce qu'une partie de cette responsabilit&#233;. Certaines coll&#232;gues ont aussi pens&#233; &#224; faire appel &#224; ces assurances pour prendre en charge leur &lt;i&gt;burn out&lt;/i&gt;. D'autres ne se sentaient tellement pas s&#233;curis&#233;s sur leur lieu de travail qu'ils ont ressenti le besoin d'avoir ce filet de s&#233;curit&#233; pour se rassurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre infirmiers, est-ce que vous vous serriez les coudes face &#224; cette pression ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le travail d'&#233;quipe s'est largement d&#233;lit&#233;. Il rel&#232;ve plut&#244;t de connivences qui te permettent de te sentir entour&#233;e, plus que d'un esprit de corps. M&#234;me dans des moments de grandes difficult&#233;s. Je me souviens de l'appel au secours d'une coll&#232;gue qui s'est mise en danger, on n'&#233;tait que toutes les deux dans le service ce jour-l&#224;. Elle s'est scarifi&#233;e et a ing&#233;r&#233; des m&#233;dicaments. J'ai r&#233;ussi &#224; joindre les deux coll&#232;gues desquelles j'&#233;tais la plus proche pour qu'elles viennent m'aider. C'est &#224; elles et non pas au cadre que j'ai fait instinctivement appel. Dans le fond, il y a tr&#232;s peu de moyens donn&#233;s aux soignants pour prendre soin d'eux-m&#234;mes et de leurs coll&#232;gues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quoi imputes-tu le d&#233;litement du collectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout &#231;a pour moi est en partie li&#233; aux logiques de privatisation de l'h&#244;pital. Aujourd'hui quand tu changes de directeur financier, de DRH, de pr&#233;sident, tu apprends que l'un tra&#238;ne une r&#233;putation de liquidateur, que l'autre a fait carri&#232;re chez L'Or&#233;al. C'est &#224; l'image de ce qu'il se passe en entreprise. Il faut &#234;tre productif, alors on ne te laisse plus de temps pour faire du lien. On communique uniquement en termes techniques, de fa&#231;on concise. On utilise moult tableaux, moult cahiers. Cette multiplication des supports pallie aussi la peur panique de ne pas tracer les choses. Dans un environnement professionnel de plus en plus oppressant, tu as envie de te pr&#233;munir de toute erreur. Dans le dernier service de psychiatrie au sein duquel j'ai travaill&#233;, on avait cinq supports de transmission : &#231;a devenait obsessionnel. Tu as peur de dire quelque chose &#224; une coll&#232;gue et qu'elle l'oublie, tu finis par mettre en doute la fiabilit&#233; des membres de ton &#233;quipe. D'un c&#244;t&#233; tracer rassure, de l'autre il y a une sensation de flicage. Tu finis en fait par int&#233;grer la banalit&#233; de la violence institutionnelle quotidienne. Le dysfonctionnement finit par faire syst&#232;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment faire, quand tu es &#224; ce point pressuris&#233; en tant que soignant, pour continuer &#224; &#234;tre efficient aupr&#232;s de tes patients ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; partir du moment o&#249; le soignant est maltrait&#233; par l'institution, le soin n'est plus possible. J'ai vu des coll&#232;gues s'&#233;nerver parce qu'un patient n'&#233;tait pas bien. Le seuil du supportable n'est plus le m&#234;me, tu vois certaines coll&#232;gues se transformer, se d&#233;shumaniser. L'h&#244;pital psy est cens&#233; &#234;tre un lieu d'accueil pour le mal-&#234;tre, tu dois &#234;tre capable de le recevoir, de l'accompagner. Le patient attend du calme, de la constance, de la congruence. Quand toi-m&#234;me tu ne vas pas bien du fait de tes conditions de travail et que l'&#233;quipe explose, rester soignant est un exercice de haute voltige. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les outils pour faire entendre cette souffrance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est compliqu&#233; de porter des revendications avec cette charge de travail et ces services hyper pleins. Comment mettre en attente des gens qui ont besoin de toi ? Et puis quand tu fais gr&#232;ve, tu reportes une charge de travail &#233;norme sur tes coll&#232;gues. Comment tu fais collectivement pour dire &#8220;&lt;i&gt;Moi je fais gr&#232;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; ? Les syndicats sont &#224; pied d'&#339;uvre, mais sans r&#233;ussir vraiment &#224; faire entendre nos voix. En face il y a toujours plus haut pour justifier d'un manque de moyens. Au-del&#224; de la pr&#233;sidence de l'&#233;tablissement, il y a l'ARS&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence r&#233;gionale de sant&#233;.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et au-dessus il y a un minist&#232;re et on te dit que personne n'est responsable &#224; part lui. Il existe bien quelques instances o&#249; les infirmi&#232;res ont le droit de si&#233;ger, mais pour nous c'est une vraie charge suppl&#233;mentaire. Quand je regarde actuellement les gr&#232;ves aux urgences je trouve &#231;a extr&#234;mement courageux et je me dis que pour en &#234;tre arriv&#233;s l&#224;, c'est qu'ils doivent &#234;tre dans des situations que je n'arrive m&#234;me pas &#224; imaginer, que je n'ai s&#251;rement m&#234;me pas v&#233;cues. Les seuils de tol&#233;rance sont tellement &#233;lev&#233;s. Notamment du fait de l'histoire de la profession qui &#233;tait &#224; l'origine quasi exclusivement f&#233;minine et endoss&#233;e par des bonnes s&#339;urs. Ce double h&#233;ritage fait qu'il est difficile de se mobiliser et de se d&#233;partir des logiques de soumission et d'abn&#233;gation. La dimension sacerdotale, c'est aussi ce qui permet de ne pas remettre en cause le syst&#232;me. Quand tu vois que les infirmi&#232;res se font r&#233;quisitionner chez elles par la police, c'est dire &#224; quel point la soci&#233;t&#233; estime qu'il n'y a pas de limite &#224; l'engagement attendu de toi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;217 au 19 ao&#251;t d'apr&#232;s &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence r&#233;gionale de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et quatre de plus qui font&#8230; 2042</title>
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		<dc:creator>Quelques ami.es de Fabrice Borom&#233;e</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entr&#233; en taule en 2010 pour une peine de huit ans, Fabrice Borom&#233;e en a d&#233;sormais, au total, plus de trente &#224; tirer. Cet &#233;t&#233;, quatre nouvelles ann&#233;es lui ont &#233;t&#233; gentiment distribu&#233;es. Des ami.es de Fabrice racontent ici ce dernier proc&#232;s. 16 juillet 2019, 14 h. Fabrice Borom&#233;e est jug&#233; &#224; Tarascon (Bouches-du-Rh&#244;ne) pour avoir violent&#233; un maton. Incarc&#233;r&#233; depuis huit ans en m&#233;tropole, loin de sa Guadeloupe familiale, Fabrice en a pass&#233; sept &#224; l'isolement. L'arbitraire de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fabrice-n-ont" rel="tag"&gt;Fabrice n'ont&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entr&#233; en taule en 2010 pour une peine de huit ans, Fabrice Borom&#233;e en a d&#233;sormais, au total, plus de trente &#224; tirer. Cet &#233;t&#233;, quatre nouvelles ann&#233;es lui ont &#233;t&#233; gentiment distribu&#233;es. Des ami.es de Fabrice racontent ici ce dernier proc&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;16 juillet 2019, 14 h. Fabrice Borom&#233;e&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur son histoire, lire aussi &#171; Fabrice, &#233;crou 15 964, isolement &#187;, CQFD n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; est jug&#233; &#224; Tarascon (Bouches-du-Rh&#244;ne) pour avoir violent&#233; un maton. Incarc&#233;r&#233; depuis huit ans en m&#233;tropole, loin de sa Guadeloupe familiale, Fabrice en a pass&#233; sept &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arbitraire de l'administration p&#233;nitentiaire (AP), il conna&#238;t : isolement total, n&#233;gligence dans les soins m&#233;dicaux, humiliations et violences. Une torture carc&#233;rale qui confirme sans aucun doute que la peine de mort (&#224; petit feu) n'a pas &#233;t&#233; abolie et que les QHS (quartiers de haute s&#233;curit&#233;) de sinistre m&#233;moire n'ont pas r&#233;ellement ferm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une histoire de lentilles&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 2 d&#233;cembre 2014, Fabrice Borom&#233;e est incarc&#233;r&#233; &#224; Arles. Au moment de la distribution du repas, l'absence d'une barquette de lentilles d&#233;clenche une altercation entre Fabrice et le surveillant Christian Dumont. Ce dernier s'en sort avec trois jours d'ITT (incapacit&#233; totale de travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Fabrice reconna&#238;t les faits, il en pr&#233;cise les raisons : s'il a frapp&#233; ce maton, c'est en r&#233;ponse aux multiples provocations de sa part ; c'est &#233;galement en vue de le prendre en otage afin de d&#233;noncer ses conditions de d&#233;tention et de revendiquer son transfert en Guadeloupe pour rapprochement familial. Avec cet aveu, les motifs avanc&#233;s prennent une ampleur nouvelle, mais pas de quoi troubler les juges, qui se contentent des d&#233;clarations de l'AP : le surveillant n'y est pour rien, Fabrice ment. Les causes de l'agression sont bien une histoire de lentilles... et surtout pas des conditions de d&#233;tention inhumaines.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ne pas comprendre pour m&#233;priser&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les justifications exprim&#233;es par Fabrice n'ont pas trouv&#233; d'oreilles attentives, c'est d'abord parce que ce dernier ne se fait pas entendre. Le d&#233;bit de sa parole est rapide et saccad&#233; (Fabrice b&#233;gaie de plus en plus depuis qu'il est &#224; l'isolement), son accent cr&#233;ole est pr&#233;gnant et son attitude trop &#171; vindicative &#187;, pas assez lisse et soumise... En cons&#233;quence, le tribunal ne comprend visiblement qu'un mot sur deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas comprendre, c'est aussi simplifier &#224; l'exc&#232;s. Pour cerner un coupable, on &#233;tablit sa &#171; personnalit&#233; &#187;. Pour Fabrice, cela s'est limit&#233; aux dix-huit &#171; mentions &#187; inscrites &#224; son casier judiciaire, dont la majorit&#233; l'ont &#233;t&#233; pendant sa d&#233;tention. Cette longue litanie de &#171; r&#233;bellions et violences &#187; n'a pas pour but d'&#233;clairer les juges sur la situation et la trajectoire de Fabrice, mais bien de le d&#233;crire comme l'inhumain qui m&#233;rite son sort. Pour l'avocat de la victime, la &#171; &lt;i&gt;personnalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; de Fabrice est d&#232;s lors &#171; &lt;i&gt;inqui&#233;tante&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;une haine dont le d&#233;tenu a fait la preuve&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Une fureur&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;une violence inacceptable intol&#233;rable et grave&lt;/i&gt; &#187;, compl&#233;tera le procureur....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s tout, peut-&#234;tre qu'une liste de d&#233;cisions de justice suffit &#224; cr&#233;er un monstre, &#224; pourrir la vie des gens et faire d'un minot des rues un homme qui n'a plus rien &#224; perdre. Mais alors il faut tout dire : mise en institution avec s&#233;paration de la fratrie &#224; la mort de sa m&#232;re quand il a 8 ans, placement dans une famille d'accueil violente, premi&#232;re incarc&#233;ration &#224; 16 ans, puis d&#233;portation en m&#233;tropole pour purger une peine de huit ans prononc&#233;e en 2010 (la derni&#232;re pour des faits commis dehors), refus de permission pour l'enterrement de son p&#232;re, nouvelles peines &#171; internes &#187;, violences d'agents p&#233;nitentiaires ayant entra&#238;n&#233; une surdit&#233; totale d'une oreille, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un monstre, vous dit-on ! Qui m&#233;rite son sort et que l'on doit m&#233;priser. C'est en quelque sorte ce que s'est &#233;vertu&#233; &#224; faire l'un des juges quand, comble du cynisme ou de l'ignorance, il interroge Fabrice sur ses conditions de d&#233;tention. Mais, pr&#233;cisera-t-il : &#171; &lt;i&gt;Pouvez-vous nous en dire deux mots, sans que ce soit trop long&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Outre l'ignorance d'un quotidien dans les quartiers d'isolement des prisons fran&#231;aises (rebaptis&#233;s &#171; &lt;i&gt;tombeaux secrets&lt;/i&gt; &#187; par les d&#233;tenus), ce juge souhaite donc que Fabrice s'exprime succinctement. Il le fera simplement : &#171; &lt;i&gt;Ma t&#234;te est sur le billot... Je suis l'homme &#224; abattre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur aura, quant &#224; lui, une attitude plus directe dans le m&#233;pris et l'insulte, en attribuant &#224; Fabrice &#171; &lt;i&gt;un niveau de r&#233;flexion z&#233;ro&lt;/i&gt; &#187;. Clair et limpide !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chronique d'une mort annonc&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est 15 h. L'audience aura dur&#233; moins d'une heure. Le d&#233;lib&#233;r&#233; est sans surprise : quatre ans ferme. &#192; ce jour, entre ses 16 et ses 38 ans, Fabrice a donc pass&#233; 7 mois dehors. Il est dor&#233;navant lib&#233;rable en 2042. Sans compter qu'il lui reste encore deux proc&#232;s pour des faits similaires, o&#249; Fabrice d&#233;non&#231;ait ses conditions de d&#233;tention et r&#233;affirmait sa volont&#233; d'&#234;tre transf&#233;r&#233; en Guadeloupe. Encore une occasion de rallonger la peine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la &#171; victime &#187;, c'est du velours : les indemnit&#233;s s'&#233;l&#232;vent &#224; un peu plus de 46 000 &#8364;. &#171; &lt;i&gt;Il s'est offert une villa sur ton dos&lt;/i&gt; &#187;, blagueront les &#201;ris (&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;) qui ont escort&#233; Fabrice de la prison au tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'audience, la loi impose au juge de laisser la parole &#224; l'accus&#233;. Fabrice en profite pour rappeler une &#233;vidence : &#171; &lt;i&gt;Si la directrice que j'avais vue le matin m&#234;me m'avait &#233;cout&#233;, avait pris en compte mon besoin de rentrer chez moi, avait entendu que la pression montait, rien de tout &#231;a ne se serait pass&#233;. Mais elle m'a mal parl&#233;, a &#233;t&#233; m&#233;prisante et voil&#224; o&#249; on en est aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las pour Fabrice, l'AP ne cherche pas l'apaisement. Contact&#233;, il nous informe que son r&#233;gime d'isolement a &#233;t&#233; prolong&#233; au motif que &#171; &lt;i&gt;refuser de sortir de sa cellule pour aller seul en promenade ou en salle de sport prouve une inaptitude &#224; la vie sociale minimale requise pour &#234;tre en b&#226;timent comme les autres prisonniers&lt;/i&gt; &#187;. Fabrice reconna&#238;t en effet avoir peur que les d&#233;placements, menott&#233; et entour&#233; d'une demi-douzaine d'agents &#233;quip&#233;s et provocateurs, ne soient qu'une occasion pour la matonnerie de se venger et de le frapper &#224; mort, en r&#233;ponse &#224; ses multiples tentatives de prises de parole concernant son r&#233;gime de d&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il poursuit (en fran&#231;ais, la seule langue qui lui permet de communiquer depuis sept ans car ni les surveillants ni ses cod&#233;tenus ne parlent cr&#233;ole, sa langue maternelle, et qu'il n'a pas de parloir avec sa famille rest&#233;e en Guadeloupe) : &#171; &lt;i&gt;Ils ont d&#233;j&#224; tu&#233; le Guadeloup&#233;en en moi&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;Maintenant, tous les matons de France me connaissent, les syndiqu&#233;s veulent ma peau suite aux prises d'otage que j'ai tent&#233;es. Je ne serai en paix nulle part. L'ulc&#232;re me fait super mal au ventre. Mon p&#232;re me manque, ma famille me manque. C'est trop de souffrance tout &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Quelques potes et t&#233;moins pr&#233;sents au tribunal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur son histoire, lire aussi &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/La-prison-une-entreprise-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Fabrice, &#233;crou 15 964, isolement&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 159 (novembre 2017). Pour lui &#233;crire, c'est &#224; cette adresse : Fabrice Borom&#233;e &#8211; 368 &#8211; Maison centrale &#8211; Quartier d'isolement &#8211; 5, rue L&#233;on Druoux &#8211; 62880 Vendin-le-Vieil.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Y'en a (encore et toujours) marre</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Y-en-a-encore-et-toujours-marre</link>
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		<dc:date>2019-10-17T01:13:47Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Mathilde Offroy</dc:creator>


		<dc:subject>Juliette Iturralde</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;N&#233; en 2011, le mouvement Y'en a marre a accompagn&#233; les manifestations massives contre le troisi&#232;me mandat de l'ancien pr&#233;sident Abdoulaye Wade. Loin des projecteurs m&#233;diatiques occidentaux, il poursuit depuis un lent travail de conscientisation politique populaire. Entretien avec Aliou San&#233;, l'un de ses fondateurs. Au S&#233;n&#233;gal comme ailleurs, l'histoire se r&#233;p&#232;te, m&#234;lant farce et trag&#233;die. En ce mois d'ao&#251;t 2019, c'est en tout cas ce qui se dit &#224; Dakar, o&#249; la tr&#232;s sulfureuse affaire des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Juliette-Iturralde" rel="tag"&gt;Juliette Iturralde&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Macky-Sall" rel="tag"&gt;Macky Sall&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement-Y-en" rel="tag"&gt;mouvement Y'en&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233; en 2011, le mouvement Y'en a marre a accompagn&#233; les manifestations massives contre le troisi&#232;me mandat de l'ancien pr&#233;sident Abdoulaye Wade. Loin des projecteurs m&#233;diatiques occidentaux, il poursuit depuis un lent travail de conscientisation politique populaire. Entretien avec Aliou San&#233;, l'un de ses fondateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3048 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH574/-1282-19446.jpg?1779604282' width='400' height='574' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Iturralde
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u S&#233;n&#233;gal comme ailleurs, l'histoire se r&#233;p&#232;te, m&#234;lant farce et trag&#233;die. En ce mois d'ao&#251;t 2019, c'est en tout cas ce qui se dit &#224; Dakar, o&#249; la tr&#232;s sulfureuse affaire des champs p&#233;trolif&#232;res et gaziers brad&#233;s &#224; la multinationale BP (scandale P&#233;tro-Tim) ne passe d&#233;cid&#233;ment pas. C'est une machination &#224; la fois classique et fort n&#233;buleuse, impliquant des personnalit&#233;s gratin&#233;es : un requin des affaires roumano-australien issu du trafic d'h&#233;ro&#239;ne, Frank Timis ; le fils de l'ancien pr&#233;sident Abdoulaye Wade, Karim Wade (d&#233;sormais &#224; la t&#234;te du parti qu'avait dirig&#233; son paternel) ; et le fr&#232;re de l'actuel pr&#233;sident Macky Sall, Aliou Sall. Mise en pleine lumi&#232;re par un documentaire de la BBC, &#233;tay&#233; depuis par d'autres sources, l'affaire suscite sarcasmes et col&#232;res, convoquant les fant&#244;mes d'un pass&#233; mal dig&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rembobinage. 2011 : le tout r&#233;cent mouvement Y'en a marre, fond&#233; notamment par des journalistes et des rappeurs (le duo Keur Gui, Foumalade), est l'embl&#232;me d'un mouvement de contestation sans pr&#233;c&#233;dent. Il s'agit alors de refuser le troisi&#232;me et anticonstitutionnel mandat du pr&#233;sident Abdoulaye Wade, &#224; la t&#234;te d'une clique consanguine menant les affaires du pays. Les manifestations se succ&#232;dent, violentes, r&#233;prim&#233;es, avec de nombreuses victimes &#224; la cl&#233;. Wade tente alors de placer son fils sur le tr&#244;ne, mais &#231;a ne prend pas, la r&#233;forme constitutionnelle qu'il tente d'imposer tombant &#224; l'eau. R&#233;sultat : Macky Sall, son ancien Premier ministre pass&#233; &#224; l'opposition, remporte les &#233;lections, profitant du vent de r&#233;volte et promettant monts et merveilles. Son pouvoir refusera toute corruption, promet-il, placera l'int&#233;r&#234;t du pays au premier plan. Vaste blague qu'illustre parfaitement le scandale en cours de d&#233;voilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que nous avons rendez-vous avec Aliou San&#233;, cofondateur du mouvement Y'en a marre, dont il est le coordinateur officiel depuis mars 2019. Il nous re&#231;oit dans les bureaux administratifs du collectif, install&#233;s &#224; Sacr&#233; C&#339;ur III, un quartier tranquille de Dakar. En attendant qu'il soit disponible, on discute avec Ma&#239;mouna, la trentaine souriante, l'une des employ&#233;es du mouvement. On est le 16 ao&#251;t, p&#233;riode de vacances au S&#233;n&#233;gal, mais elle n'est pas vraiment concern&#233;e, rigole-t-elle, &#233;tant donn&#233; qu'elle doit r&#233;diger un rapport sur la derni&#232;re campagne initi&#233;e par le mouvement, &#171; Sunu Gox &#187;. Soit un travail de fond men&#233; avec le tissu associatif et culturel d'une vingtaine de banlieues de Dakar pour tenter de r&#233;pondre &#224; des questions telles que la gestion des d&#233;chets ou l'inclusion des femmes dans la vie politique locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle le rappelle : si le mouvement est &#171; c&#233;l&#232;bre &#187; pour son aspect contestataire et sa pr&#233;sence dans la rue aux moments-cl&#233;s, il &#233;tait d&#232;s le d&#233;but ancr&#233; dans une d&#233;marche plus large, visant &#224; pousser les jeunes S&#233;n&#233;galais &#224; s'emparer de la question politique. Entre activisme et lent travail de conscientisation, le mouvement semble avoir trouv&#233; sa vitesse de croisi&#232;re, un pied dans l'actualit&#233; l'autre dans le travail de fond. Ce que confirme Aliou San&#233; qui nous rejoint pour l'entretien. Ancien journaliste, il a tout l&#226;ch&#233; pour s'impliquer dans le mouvement d&#232;s les premi&#232;res &#233;tincelles. Il le d&#233;fend avec passion, s'enflammant &#224; l'occasion et tra&#231;ant des voies plut&#244;t optimistes pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement a &#233;t&#233; lanc&#233; en 2011, plus d'un an avant l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2012. Quel a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y en a eu plusieurs, qui se sont cristallis&#233;s en janvier 2011. &#192; l'&#233;poque, je vivais dans un petit appartement d'un quartier de banlieue, les Parcelles assainies, qui servait souvent de lieu de rassemblement. On s'y retrouvait pour discuter entre amis de ce qui n'allait pas. Il y avait le journaliste Fadel Barro, qui &#233;tait mon colocataire et avait d&#233;j&#224; eu maille &#224; partir avec la justice pour des articles critiques envers Wade, ainsi que des visiteurs, comme les deux rappeurs de Keur Gui, r&#233;put&#233;s pour leurs textes engag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, pendant une coupure d'&#233;lectricit&#233;, d&#233;sagr&#233;ment fr&#233;quent, on s'est mis &#224; discuter &#224; la lueur des bougies des choses qui nous faisaient rugir : la gabegie des hommes politiques, les co&#251;ts ing&#233;rables de la vie quotidienne, le jet priv&#233; du fils du pr&#233;sident ou les milliards de francs CFA d&#233;pens&#233;s pour l'immense Monument de la Renaissance africaine&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Statue d'une cinquantaine de m&#232;tres de hauteur, inaugur&#233;e fin 2010.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#224; Dakar. On &#233;tait &#224; un an de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, et il nous semblait que la soci&#233;t&#233; civile n'avait jamais &#233;t&#233; aussi isol&#233;e par le pouvoir, qu'elle &#233;tait absolument impuissante et que rien ne permettait d'exprimer les frustrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre constat &#233;tait simple : on est engag&#233;s, on se bat &#224; notre niveau, mais... &#224; quoi &#231;a sert puisqu'on ne change rien ? On s'est alors dit qu'il fallait cr&#233;er une structure pour encadrer la rage. Pas un parti, parce qu'on ne croyait pas &#224; la politique politicienne, mais un mouvement citoyen o&#249; tout le monde &#8211; ouvrier, cadre, m&#233;nag&#232;re &#8211; pourrait trouver un cadre d'expression. C'est comme &#231;a qu'est n&#233; Y'en a marre le 18 janvier 2011. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y avait des revendications concr&#232;tes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre discours &#233;tait ax&#233; sur le quotidien. Si on prend l'exemple des coupures, on voyait qu'&#224; chaque fois que l'&#233;lectricit&#233; disparaissait, les jeunes du coin br&#251;laient des pneus et foutaient le bordel. Pourquoi pas ? Sauf que &#231;a ne d&#233;bouchait sur rien. Si la femme d'un ministre passait en voiture, il lui suffisait de remonter la vitre et de s'&#233;loigner. N'&#233;taient p&#233;nalis&#233;s que les gens du quartier. On est donc all&#233;s discuter avec eux, pour leur dire que s'ils voulaient vraiment emmerder le pouvoir, il fallait qu'ils s'inscrivent sur les listes &#233;lectorales et s'impliquent dans la vie de leur quartier. Notre discours n'avait rien de radical, m&#234;me s'il s'est &#233;videmment durci quand le gouvernement Wade a poursuivi sa course en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a vite pris de l'essor, les jeunes s'inscrivant en masse sur les listes. Selon les d&#233;comptes officiels, il y a eu 357 000 nouveaux inscrits en une courte p&#233;riode. Ce succ&#232;s n'a pas tard&#233; &#224; nous apporter des probl&#232;mes : nombre d'entre nous se sont retrouv&#233;s en garde &#224; vue &#224; plusieurs reprises. Et notre combat a vite rejoint celui du peuple s&#233;n&#233;galais contre le troisi&#232;me mandat de Wade. Des manifestations violentes ont suivi, et une tr&#232;s forte r&#233;pression, avec treize morts et de nombreuses arrestations arbitraires : le pouvoir ne voulait rien l&#226;cher. Au point que l'opposition a un temps pr&#244;n&#233; le report des &#233;lections. Nous n'&#233;tions pas d'accord : il fallait qu'elles se tiennent et que Wade d&#233;gage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle &#233;tait votre position vis-&#224;-vis du principal opposant &#224; Wade, Macky Sall, aujourd'hui &#224; la t&#234;te du pays ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Macky Sall est venu nous rendre visite dans notre QG de banlieue entre les deux tours de l'&#233;lection. Il cherchait &#224; nous rattacher &#224; sa campagne. Notre position &#233;tait tr&#232;s claire : on ne vous soutient pas, on veut simplement faire tomber Wade. Point fondamental : il n'&#233;tait pas question d'accepter des postes dans son gouvernement. Il a eu beau nous faire les yeux doux, ce n'&#233;tait pas une option envisageable. Au d&#233;but de son mandat, il est revenu &#224; la charge et a re&#231;u la m&#234;me r&#233;ponse : non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, on n'a jamais cru en lui, pas une seconde, parce que c'est un politicien de l'ancien temps, ayant fait partie de plusieurs gouvernements. Pour nous, c'est un fils de Wade. Mais on se disait qu'il pourrait amorcer un d&#233;but de changement, poser des jalons, ce qu'il avait promis, notamment au niveau de l'assainissement des finances publiques. Wade et son entourage &#233;taient tomb&#233;s tellement bas qu'on pensait qu'il y aurait forc&#233;ment am&#233;lioration. Sauf que non : on voit aujourd'hui avec le scandale P&#233;tro-Tim impliquant profond&#233;ment le fr&#232;re du pr&#233;sident, Aliou Sall, qu'il y a une continuit&#233; dans l'indignit&#233;. Macky avait d&#233;clar&#233; : &#8220;&lt;i&gt;La patrie avant le parti et la famille&lt;/i&gt;&#8221;. Il a fait exactement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s l'&#233;lection, on a organis&#233; une manifestation pour lui rappeler ses promesses. Ensuite, tout a &#233;t&#233; de mal en pis. Aujourd'hui, on peut le dire : jamais un pr&#233;sident n'a &#233;t&#233; aussi m&#233;pris&#233;. Hormis ses proches soutiens, il n'y a plus aucun respect &#224; son &#233;gard. Et ceux qui sont les plus acerbes, notamment sur les r&#233;seaux sociaux, sont justement ceux qui avaient cru &#224; ses promesses de moralisation. Si les m&#233;dias sont &#224; la solde du pouvoir, ils p&#232;sent peu par rapport &#224; la col&#232;re qui se propage en ligne. C'est pour avoir plus de poids dans ce domaine qu'on en est train de travailler sur une web-TV, t&#233;l&#233;vision de rue qui portera les paroles qu'on n'entend jamais dans les m&#233;dias. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que r&#233;pondez-vous &#224; ceux qui vous reprochent d'avoir contribu&#233; &#224; l'&#233;lection de Macky Sall ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que c'est absurde. On a simplement appel&#233; &#224; voter contre Wade. Sall ou autre, voire vote blanc, c'&#233;tait pareil pour nous. Il s'agissait simplement d'une &#233;tape. Mais on sait que le travail &#224; mener d&#233;passe largement cette question du vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le pouvoir a tout fait pour nous discr&#233;diter. Il y a eu plusieurs tentatives de nous acheter. Mais aussi une diabolisation qui continue encore aujourd'hui : on nous pr&#233;sente comme des gens sans solution, partisans de la violence. Des rumeurs ont tourn&#233; : on serait financ&#233;s par les lobbys gays&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'homosexualit&#233; est encore aujourd'hui r&#233;prim&#233;e par la loi au S&#233;n&#233;gal.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, ou bien par les loges ma&#231;onniques. Comme les gardes &#224; vue et la r&#233;pression n'ont pas suffi &#224; nous faire taire, nos adversaires cherchent des moyens d'entamer notre cr&#233;dibilit&#233;. Le fait qu'on ait refus&#233; de pr&#233;senter des candidats aux l&#233;gislatives est pos&#233; par eux comme le symbole de notre caract&#232;re non constructif. Alors que c'&#233;tait une d&#233;cision tr&#232;s r&#233;fl&#233;chie et discut&#233;e en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Il n'&#233;tait pas question de se mouiller avec ce syst&#232;me-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre 2018, le duo Keur Gui a sorti un nouveau morceau, &lt;i&gt;Sa&#239; sa&#239; au c&#339;ur&lt;/i&gt;, un titre acerbe d&#233;non&#231;ant le pouvoir en place [&#171; &lt;i&gt;Sa&#239; sa&#239;&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;veut dire &#171; plaisantin / coureur de jupons &#187; en wolof]. Il a &#233;norm&#233;ment tourn&#233; sur Internet et s'est r&#233;v&#233;l&#233; proph&#233;tique, annon&#231;ant le scandale sur la gestion des gisements de p&#233;trole et de gaz. L&#224; aussi, &#231;a a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme une attaque sans fondement. C'est dans cette m&#234;me veine que se situe la r&#233;cente vague d'arrestations pour des propos tenus sur Internet : il y a volont&#233; de faire taire les voix divergentes. Le cas de Guy Marius Sagna est exemplaire : il est en prison depuis un mois pour avoir relay&#233; un communiqu&#233; du collectif Frapp France D&#233;gage sur le jeu trouble de la France dans le terrorisme au Mali. Le dossier est tellement vide qu'il est inculp&#233; pour &#8220;fausse alerte terroriste&#8221;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; le jour m&#234;me de l'entretien.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous insistez sur un travail en profondeur, plus d&#233;connect&#233; de l'actualit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s la premi&#232;re grande manifestation impuls&#233;e par Y'en a marre, en mars 2011, il y avait en germe cette volont&#233; de s'inscrire sur la longueur en poussant les gens &#224; se r&#233;approprier le champ politique. Les programmes citoyens que nous d&#233;veloppons sont l'essence du mouvement. En 2012, on a lanc&#233; une grande tourn&#233;e dans tout le S&#233;n&#233;gal. Notre message : parle avec ton maire ou ton d&#233;put&#233;, implique-toi, sois la sentinelle de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela passe par des questions tr&#232;s prosa&#239;ques, comme la gestion des ordures, l'&#233;quipement des &#233;coles, le vote des budgets municipaux, etc. Il faut comprendre que depuis les ind&#233;pendances, les gouvernements des pays concern&#233;s ont g&#233;n&#233;ralement surf&#233; sur l'apathie et l'ignorance pour profiter du pouvoir. Cette g&#233;n&#233;ration dont font partie des dirigeants comme Wade ou Sall doit &#234;tre d&#233;tr&#244;n&#233;e, remplac&#233;e par des gens ayant vraiment le sens de l'int&#233;r&#234;t collectif. On essaie de participer &#224; ce renouvellement, de donner &#224; tous le moyen de s'impliquer. Et c'est pour cela qu'on n'appr&#233;cie pas de se voir renvoy&#233;s &#224; notre seul radicalisme, aux &#233;v&#233;nements de 2011 et 2012, comme le font tous les m&#233;dias. La contestation est un pan de notre d&#233;marche, mais c'est loin d'&#234;tre le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;&#233;lection de Macky Sall en 2019 est &#233;videmment un constat d'&#233;chec. C'est li&#233; au fait que cette g&#233;n&#233;ration s'accroche &#224; ses postes. Mais cela ne veut pas dire que le travail en profondeur ne paye pas. Lors de cette &#233;lection, l'ancien haut-fonctionnaire Ousmane Sonko, porteur d'un discours tr&#232;s critique sur le syst&#232;me et le pillage des ressources, est arriv&#233; troisi&#232;me, apportant un vent de renouvellement. 800 000 S&#233;n&#233;galais ont vot&#233; pour lui. C'est tr&#232;s insuffisant, bien s&#251;r, mais c'est une ouverture. On ne d&#233;sesp&#232;re pas de ce pays. Ils ont eu beau tenter d'acheter les consciences, que ce soit le clan Sall ou le clan Wade, &#231;a n'a pas suffi. Et depuis quelque temps, il y a un changement de mentalit&#233; &#233;vident : les gens refusent de nouveau cette caste, ces affaires. Il y a un r&#233;cent fait divers qui dit beaucoup : un commissaire de police a agress&#233; un pharmacien qui ne voulait pas lui donner un m&#233;dicament parce qu'il n'avait pas d'ordonnance. R&#233;sultat : le pharmacien s'est retrouv&#233; en prison. Mais l'histoire a &#233;t&#233; massivement d&#233;nonc&#233;e, au point qu'il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; et le commissaire relev&#233; de ses fonctions. C'est une expression du ras-le-bol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez suivi le mouvement des Gilets jaunes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, bien s&#251;r, avec beaucoup d'int&#233;r&#234;t. C'est un mouvement assez proche du n&#244;tre, qui est parti de bases concr&#232;tes, li&#233;es &#224; la vie quotidienne, pour s'&#233;largir &#224; d'autres revendications. Ce genre de mouvement social s'appuie sur la spontan&#233;it&#233;, ce qui est &#224; la fois une force et une faiblesse, parce que c'est difficile de tenir sur la longueur. On a &#233;galement vu une similitude dans la r&#233;pression et la diabolisation m&#233;diatique : tout est fait pour discr&#233;diter un mouvement venu de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre c&#244;t&#233;, cette diabolisation est aussi pass&#233;e par la critique de notre financement. Parce qu'on a choisi d'accepter l'argent venu d'ONG comme Oxfam, qui ont entre autres investi dans notre programme &#8220;Dor Ak Sa Gox&#8221; (&#8220;Marcher avec sa communaut&#233;&#8221;). C'est un point dont on a beaucoup d&#233;battu. Si au d&#233;but on s'autofinan&#231;ait en vendant des T-shirts, notre choix de travailler en profondeur passait forc&#233;ment par cette dimension. Quand tu organises des tourn&#233;es dans les quatorze r&#233;gions du pays, tu ne peux plus fonctionner avec des bouts de ficelle. C'est pour cela qu'on est tr&#232;s s&#233;rieux dans la gestion administrative : il faut faire en sorte qu'on ne soit pas attaquable sur la question de l'utilisation des fonds. On fait cela en toute transparence, avec l'id&#233;e de court-circuiter la logique des grandes ONG qui d&#233;pensent n'importe comment les fonds de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce niveau, la critique est facile. Personnellement, j'aurais pu avoir une vie beaucoup moins compliqu&#233;e. &#192; 25 ans, j'&#233;tais cadre dans une r&#233;daction, j'avais un bon salaire, j'avais tout pour profiter. Je ne faisais pas vraiment partie de ceux qui&lt;i&gt; en avaient marre&lt;/i&gt;. Mais je vivais parmi eux, je voyais la pauvret&#233; au quotidien, les gal&#232;res, les gens qui ne pouvaient pas se payer des m&#233;dicaments basiques. Alors j'ai bascul&#233; dans cette contestation qui occupe toute ma vie et je ne regrette rien, m&#234;me si j'ai &#233;t&#233; traqu&#233; pendant des mois. On peut dire la m&#234;me chose des rappeurs de Keur Gui, qui avaient d&#233;j&#224; beaucoup de succ&#232;s avant de s'engager dans la dissidence. Ils auraient pu profiter du syst&#232;me facilement. Ils ont choisi de faire l'inverse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre mouvement semble essaimer en Afrique subsaharienne&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est quelque chose de tr&#232;s encourageant. On a d'ailleurs organis&#233; une grande rencontre &#224; Dakar en 2018, pour contribuer &#224; f&#233;d&#233;rer toutes les initiatives : l'Universit&#233; populaire de l'engagement citoyen. &#201;taient pr&#233;sents des gens issus de collectifs proches : le Balai citoyen du Burkina Faso, Lucha et Filimbi au Congo Kinshasa, En Aucun Cas au Togo, Our Destiny au Cameroun, Sindumuja en Gambie, etc. La plupart de ces mouvements sont n&#233;s apr&#232;s Y'en a marre et s'en sont pour partie inspir&#233;s. On a d'ailleurs fait une tourn&#233;e africaine pour pr&#233;senter notre d&#233;marche, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de 2011 et 2012, avec des rencontres tr&#232;s fortes, m&#234;me si c'&#233;tait parfois compliqu&#233; : au Congo, on a fait cinq jours de prison apr&#232;s que la police a d&#233;barqu&#233; lourdement arm&#233;e dans le rassemblement organis&#233; par Filimbi et Lucha. Certains activistes l&#224;-bas sont encore incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; notre rencontre de 2018 est n&#233;e une plateforme panafricaine, Afrikki Mwinda [&#171; &lt;i&gt;L'Afrique qui brille&lt;/i&gt; &#187;], qui f&#233;d&#232;re toutes ces luttes. On ne va pas en rester l&#224;, puisqu'une nouvelle grande r&#233;union est pr&#233;vue fin 2019. L'id&#233;e est de multiplier les pistes de dialogue et de montrer que les mouvements populaires n'ont pas dit leur dernier mot. Parce qu'il y a une certitude : des collectifs comme Y'en a marre ne font rien d'autre qu'accompagner la rue. Au S&#233;n&#233;gal, beaucoup disent qu'on a fait &#8220;disjoncter&#8221; un pr&#233;sident en 2012. Ce n'est pas le cas : on s'est simplement battu aux c&#244;t&#233;s des citoyens de ce pays. On va continuer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathilde Offroy et &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Statue d'une cinquantaine de m&#232;tres de hauteur, inaugur&#233;e fin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'homosexualit&#233; est encore aujourd'hui r&#233;prim&#233;e par la loi au S&#233;n&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; le jour m&#234;me de l'entretien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les identitaires condamn&#233;s, et apr&#232;s ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Les-identitaires-condamnes-et</link>
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		<dc:date>2019-10-17T01:12:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Seize mois apr&#232;s leur op&#233;ration anti-migrants dans les Hautes-Alpes, trois activistes de G&#233;n&#233;ration identitaire ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; six mois de prison ferme, l'association &#233;copant de 75 000 &#8364; d'amende. Pas de quoi rass&#233;r&#233;ner les militants solidaires des exil&#233;s du Brian&#231;onnais, auxquels les motivations de la sentence posent question. Ce 21 avril 2018, habill&#233;s tout de bleu presque comme des policiers, ils sont une petite centaine &#224; d&#233;barquer au col de l'&#201;chelle, &#171; afin de stopper l'arriv&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no179-septembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;179 (septembre 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Victor" rel="tag"&gt;Victor&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/soient" rel="tag"&gt;soient&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Seize mois apr&#232;s leur op&#233;ration anti-migrants dans les Hautes-Alpes, trois activistes de G&#233;n&#233;ration identitaire ont &#233;t&#233; condamn&#233;s &#224; six mois de prison ferme, l'association &#233;copant de 75 000 &#8364; d'amende. Pas de quoi rass&#233;r&#233;ner les militants solidaires des exil&#233;s du Brian&#231;onnais, auxquels les motivations de la sentence posent question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3034 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH458/-1269-223de.jpg?1779603120' width='400' height='458' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Victor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e 21 avril 2018, habill&#233;s tout de bleu presque comme des policiers, ils sont une petite centaine &#224; d&#233;barquer au col de l'&#201;chelle, &#171; &lt;i&gt;afin de stopper l'arriv&#233;e des migrants clandestins&lt;/i&gt; &#187;. Puis pendant plusieurs semaines, une quinzaine d'entre eux restent dans la r&#233;gion de Brian&#231;on (Hautes-Alpes), pour patrouiller, livrer aux pandores, voire directement refouler des exil&#233;s arrivant d'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur de Gap ouvre une enqu&#234;te pour &#171; violences &#187;, mais c'est pour illico la refermer. Au minist&#232;re de la Justice, un haut-fonctionnaire insiste : il liste une s&#233;rie d'infractions susceptibles d'&#234;tre reproch&#233;es aux identitaires. Le 11 mai 2018, le parquet ouvre une nouvelle enqu&#234;te, visant l'un de ces d&#233;lits : &#171; activit&#233;s exerc&#233;es dans des conditions de nature &#224; cr&#233;er dans l'esprit du public une confusion avec l'exercice d'une fonction publique &#187;. Traduction ? Les identitaires se seraient fait passer pour des flics. Tarif potentiel ? un an de prison ferme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; De quel droit ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faudra des mois avant que des identitaires soient plac&#233;s en garde &#224; vue. Entre-temps, les militants solidaires des exil&#233;s sont harcel&#233;s : les convocations s'encha&#238;nent, les condamnations tombent. En d&#233;cembre, celle des &#171; 7 de Brian&#231;on &#187; a tout du symbole d'iniquit&#233; : des militants solidaires sont sanctionn&#233;s pour avoir simplement particip&#233; &#224; une manifestation transfrontali&#232;re qui r&#233;pondait justement &#224; l'op&#233;ration des identitaires&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jug&#233;s pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re d'&#233;trangers en France &#187;, cinq (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#232;s de ces derniers s'ouvre finalement le 11 juillet 2019. Sur les trois pr&#233;venus, un seul est pr&#233;sent. &#171; &lt;i&gt;Notre action &#233;tait pacifique, nous n'avons jamais scand&#233; nous substituer &#224; la police. Toute cette proc&#233;dure est purement politique&lt;/i&gt; &#187;, clame Cl&#233;ment Gandelin (alias Cl&#233;ment Galant), 24 ans, avant de s'enfermer dans son droit au silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'association solidaire Tous Migrants, qui cherche &#224; se constituer partie civile, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Maeva Binimelis cite des t&#233;moignages d'exil&#233;s narrant que des identitaires leur avaient demand&#233; leurs papiers, voire les avaient fouill&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Bloquer et surveiller la fronti&#232;re, lutter contre l'immigration ill&#233;gale, ce sont des fonctions r&#233;galiennes de l'&#201;tat&lt;/i&gt; &#187;, recadre l'avocate, bient&#244;t rejointe par le procureur, qui ne cesse de demander &#171; &lt;i&gt;de quel droit&lt;/i&gt; &#187; les militants d'extr&#234;me droite ont agi. Pas tout &#224; fait &#224; l'aise avec cette infraction de &#171; &lt;i&gt;confusion&lt;/i&gt; &#187; sur laquelle la jurisprudence est assez maigre, le parquetier requiert tout de m&#234;me d'assez fortes peines : six mois de prison ferme contre les trois pr&#233;venus (au casier judiciaire d&#233;j&#224; fourni&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cl&#233;ment Gandelin (pr&#233;sident de l'association) : un mois de sursis pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;) et 75 000 &#8364; d'amende contre l'association, sanction financi&#232;re maximale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plaidant la relaxe, l'avocat de la d&#233;fense, Pierre-Vincent Lambert (qui &#233;tait lui-m&#234;me pr&#233;sent au col de l'&#201;chelle avec ses camarades d'extr&#234;me droite), d&#233;noncera hors pr&#233;toire des r&#233;quisitions &#171; &lt;i&gt;assez d&#233;lirantes&lt;/i&gt; &#187;. &#192; ses yeux, le procureur &#171; &lt;i&gt;n'avait pas envie qu'on lui reproche de ne rien avoir fait contre les identitaires&lt;/i&gt; &#187;, surtout apr&#232;s les condamnations des militants solidaires.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La police fait exactement la m&#234;me chose &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 29 ao&#251;t, le tribunal rend son jugement. Dans ses 29 pages, plut&#244;t d&#233;taill&#233;es, figure le r&#233;cit d'une jeune Ivoirienne, t&#233;moignant avoir &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;arr&#234;t&#233;e&lt;/i&gt; &#187; avec ses compagnons de route &#171; &lt;i&gt;par des gens habill&#233;s en vestes bleues&lt;/i&gt; &#187; qui les avaient &#171; &lt;i&gt;insult&#233;s, regroup&#233;s et film&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Une jeune Guin&#233;enne raconte qu'elle a eu peur, que ces personnes les avaient &#171; &lt;i&gt;poursuivis&lt;/i&gt; &#187; jusqu'&#224; leur interpellation par les gendarmes. Il y a aussi l'histoire d'un Haut-Alpin pris en chasse par une &#171; patrouille &#187; des identitaires parce qu'il transportait des personnes de couleur noire dans sa voiture : &#187; &lt;i&gt;S'ils ont des papiers, ils n'ont qu'&#224; descendre nous les montrer&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tait-il fait invectiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion des juges : &#171; &lt;i&gt;Compte-tenu de la nature extr&#234;mement grave des faits, de l'importance du trouble &#224; l'ordre public &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt;, de l'importance des valeurs prot&#233;g&#233;es par les infractions reproch&#233;es et du pass&#233; p&#233;nal des pr&#233;venus, seule une peine d'emprisonnement ferme para&#238;t ici adapt&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Pour les trois, qui comptent bien faire appel, ce sera donc six mois ferme, 2 000 &#8364; d'amende et cinq ans de privation des droits civiques, civils et familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les r&#233;seaux sociaux, la fachosph&#232;re s'indigne. Plus &#224; gauche, d'autres ne peuvent s'emp&#234;cher de ricaner. Mais sur le terrain, au pied des cimes frontali&#232;res du Brian&#231;onnais, Michel Rousseau, de l'association Tous Migrants, temp&#232;re l'enthousiasme : &#171; &lt;i&gt;La justice veut faire penser qu'elle est &#233;quitable dans sa mani&#232;re de frapper &#224; droite comme &#224; gauche, mais c'est une mascarade, qui dissimule le fond du probl&#232;me. Le plus grave que les identitaires ont fait, ce n'est pas d'avoir fait croire qu'ils &#233;taient policiers&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : c'est la mise en danger d'autrui, l'incitation &#224; la haine raciale. C'est tout leur d&#233;lire qui vise &#224; pourchasser en pleine montagne les exil&#233;s, des gens vuln&#233;rables qui viennent chercher refuge. Ce qu'ils ont fait, c'est en quelque sorte une ratonnade et &#231;a, on l'a tol&#233;r&#233;, parce que la police fait exactement la m&#234;me chose. Ce qu'on leur a reproch&#233;, c'est simplement de ne pas avoir le bon uniforme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'ajouter : &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas se r&#233;jouir que des gens soient condamn&#233;s &#224; de la prison, m&#234;me si ce sont des fachos. Si la prison &#233;tait une solution, &#231;a se saurait. Nous ce qu'on veut, ce n'est pas que des gens soient condamn&#233;s, mais que les droits fondamentaux des exil&#233;s soient respect&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jug&#233;s pour &#171; aide &#224; l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re d'&#233;trangers en France &#187;, cinq d'entre eux ont r&#233;colt&#233; six mois de sursis, les deux autres (sur lesquels d'autres charges pesaient) huit mois de sursis et quatre ferme. Ils ont tous interjet&#233; l'appel. Pour plus de d&#233;tails, lire &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Le-tribunal-a-choisi-la-mort-pour' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La justice a fait le choix de la mort pour les exil&#233;s&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;172, janvier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cl&#233;ment Gandelin (pr&#233;sident de l'association) : un mois de sursis pour violence sur personne d&#233;positaire de l'autorit&#233; publique ; Romain Espino (porte-parole) : un mois de sursis pour r&#233;bellion et des amendes, notamment pour &#171; violation de domicile &#187; ; Damien Lef&#232;vre (alias Damien Rieu, ex-attach&#233; parlementaire du d&#233;put&#233; RN Gilbert Collard) : 500 &#8364; d'amende pour &#171; violation de domicile &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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