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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les histoires d'amiante finissent mal</title>
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		<dc:creator>Marie Causse</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Avec Amianto, une histoire ouvri&#232;re , Alberto Prunetti fait revivre son p&#232;re, Renato, ouvrier mort de l'amiante, et rend hommage aux travailleurs, chair &#224; usine de l'Italie du miracle &#233;conomique. Le plus surprenant, c'est qu'il parvient &#224; le faire avec tendresse et humour. Dans la Toscane des ann&#233;es 1970, Renato a une vingtaine d'ann&#233;es. D&#232;s les premi&#232;res pages du livre, apparaissent des photos de ce beau gar&#231;on, solide gaillard aux &#233;paules &#233;largies par le travail commenc&#233; &#224; l'&#226;ge de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Amianto, une histoire ouvri&#232;re&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amianto, une histoire ouvri&#232;re, d'Alberto Prunetti, a &#233;t&#233; traduit de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, Alberto Prunetti fait revivre son p&#232;re, Renato, ouvrier mort de l'amiante, et rend hommage aux travailleurs, chair &#224; usine de l'Italie du miracle &#233;conomique. Le plus surprenant, c'est qu'il parvient &#224; le faire avec tendresse et humour.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2976 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH263/-1215-9a07f.jpg?1782659146' width='150' height='263' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans la Toscane des ann&#233;es 1970, Renato a une vingtaine d'ann&#233;es. D&#232;s les premi&#232;res pages du livre, apparaissent des photos de ce beau gar&#231;on, solide gaillard aux &#233;paules &#233;largies par le travail commenc&#233; &#224; l'&#226;ge de quatorze ans. C'est un jeune p&#232;re qui ne m&#233;nage pas sa peine pour subvenir aux besoins de sa famille. C'est le h&#233;ros du petit Alberto. Et pas n'importe quel h&#233;ros : un&lt;i&gt; working class hero&lt;/i&gt;, comme dans la chanson. En guise de cape, une b&#226;che gris sale le prot&#232;ge des &#233;tincelles quand il soude &#224; quelques centim&#232;tres d'une cuve de p&#233;trole. Elle est taill&#233;e dans une mati&#232;re l&#233;g&#232;re qui r&#233;siste aux tr&#232;s hautes temp&#233;ratures : l'amiante. Ce que Renato ne sait pas, ce que personne ne sait alors, c'est que cette b&#226;che cens&#233;e le prot&#233;ger le tue d&#233;j&#224; &#224; petit feu. &#171; &lt;i&gt;Une seule fibre d'amiante et dans vingt ans vous &#234;tes mort.&lt;/i&gt; &#187; Et puis il y a tous les autres poisons qui s'infiltrent dans le corps de Renato tandis qu'il accomplit ce travail dont il est si fier : l'essence, le plomb, le titane d&#233;truisent lentement son organisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est une histoire d'h&#233;ritage,&lt;/strong&gt; mais pas de ceux qui se r&#232;glent chez le notaire. Ce qu'Alberto Prunetti re&#231;oit, c'est un statut, presque un titre de noblesse : &#171; fils d'ouvrier &#187;. Soudeur, tuyauteur, m&#233;tallurgiste, Renato est un ouvrier qualifi&#233; toujours en d&#233;placement, dont les comp&#233;tences sont recherch&#233;es et pay&#233;es, croit-il alors, &#224; leur juste valeur : il peut mettre sa famille &#224; l'abri du besoin, devenir propri&#233;taire de sa maison. Il rentre chez lui un week-end sur deux, le sac plein de v&#234;tements &#224; laver et repart presque aussit&#244;t gagner sa cro&#251;te dans une autre usine ou une raffinerie &#224; l'autre bout du pays. &#202;tre un fils d'ouvrier, pour Alberto comme pour ses camarades de classe, &#231;a n'a rien de honteux. Mieux vaut &#234;tre fils d'ouvrier que fils de bourgeois : malheureux gosses de riches soumis &#224; mille conventions sociales, emp&#234;ch&#233;s de jouer dehors et toujours perdants au foot. C'est cet enfant qui, p&#233;tri d'admiration, parle de Renato et de ses exploits, des westerns spaghettis du soir, des bagarres et des matchs de foot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et un autre Alberto corrige la copie. &lt;/strong&gt;Celui-l&#224; n'est plus un enfant et il a compris qu'il appartient &#224; la classe de ceux qui se tuent &#224; la t&#226;che, ceux dont la sant&#233; ne vaut rien ou pas grand-chose. Il n'est pas toujours d'accord avec son p&#232;re, il n'adh&#232;re pas &#224; l'id&#233;ologie du travail comme valeur absolue. Comment le pourrait-il, apr&#232;s avoir vu son p&#232;re et ses coll&#232;gues d&#233;j&#224; ab&#238;m&#233;s &#224; 40 ans, morts avant 60 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La trag&#233;die,&lt;/strong&gt; que des histoires de rots sonores et de matchs de foot avaient chass&#233;e pendant un temps, revient, plus dure, plus crue. Plus grande aussi : l'histoire de Renato, c'est celle de l'Italie du boom &#233;conomique et de la crise qui lui succ&#232;de dans les ann&#233;es 1980. Ce sont les contrats de travail pr&#233;caires, les ouvriers d&#233;j&#224; pouss&#233;s &#224; l'auto-entrepreneuriat &#8211; comme s'il ne suffisait plus d'&#234;tre exploit&#233; par un patron mais qu'il fallait d&#233;sormais s'exploiter soi-m&#234;me. C'est la fin d'un certain bien-&#234;tre mat&#233;riel pour compenser les sacrifices. La fin aussi de l'espoir d'une vie meilleure pour ses enfants, une vie o&#249; l'on ne se ruine pas la sant&#233; &#224; l'usine. Alberto raconte le combat pour faire reconna&#238;tre la maladie professionnelle de son p&#232;re. L'histoire de Renato, c'est celle de tous les ouvriers dont les vies valent moins que les profits des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et raconter cette histoire&lt;/strong&gt; sans rien oublier de sa force et de sa douceur, de l'amour filial et de la fiert&#233;, des injustices subies, c'est sans doute une compensation bien plus grande que la mis&#233;rable somme &#171; r&#233;paratrice &#187; donn&#233;e &#224; la veuve comme une aum&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marie Causse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Amianto, une histoire ouvri&#232;re&lt;/i&gt;, d'Alberto Prunetti, a &#233;t&#233; traduit de l'italien par Serge Quadruppani et publi&#233; chez Agone (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Femmes, LGBT : malaise en Malaisie</title>
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		<dc:creator>Sila B&#233;ratour</dc:creator>


		<dc:subject>Caroline Sury</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#192; Kuala Lumpur, la marche des femmes du 9 mars a &#233;t&#233; interdite par les autorit&#233;s. &#199;a n'a pas emp&#234;ch&#233; une joyeuse troupe d'activistes f&#233;ministes et LGBT de manifester, secouant un peu les m&#339;urs d'un pays bigrement conservateur. Reportage. Ce matin du 9 mars &#224; Kuala Lumpur, la manif pour les droits des femmes a des airs de marche des fiert&#233;s LGBT, largement color&#233;e en pourpre et arc-en-ciel. &#171; J'existe &#187;, &#171; Homme gay malaisien &#187; : les slogans n'ont l'air de rien mais sont une r&#233;ponse directe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Kuala Lumpur, la marche des femmes du 9 mars a &#233;t&#233; interdite par les autorit&#233;s. &#199;a n'a pas emp&#234;ch&#233; une joyeuse troupe d'activistes f&#233;ministes et LGBT de manifester, secouant un peu les m&#339;urs d'un pays bigrement conservateur. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2869 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH381/-1114-fd0d7.jpg?1782763779' width='500' height='381' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;e matin du 9 mars &#224; Kuala Lumpur, la manif pour les droits des femmes a des airs de marche des fiert&#233;s LGBT, largement color&#233;e en pourpre et arc-en-ciel. &#171; &lt;i&gt; J'existe&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Homme gay malaisien&lt;/i&gt; &#187; : les slogans n'ont l'air de rien mais sont une r&#233;ponse directe au ministre du tourisme Mohamaddin Ketapi qui, quelques jours plus t&#244;t, d&#233;clarait &#224; la presse allemande qu'il &#171; &lt;i&gt;ne pens&lt;/i&gt;[ait]&lt;i&gt; pas qu'il y a&lt;/i&gt;[vait]&lt;i&gt; &#231;a dans &lt;/i&gt;[s]&lt;i&gt;on pays&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Malaysia has no gay people, country's tourism minister claims while trying (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les LGBT sont peu visibles en Malaisie. Peu de personnes dans les m&#233;dias le sont ouvertement, les assos se cachent derri&#232;re des noms de code comme &lt;i&gt;pink&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;rainbow&lt;/i&gt; ; l'annonce de la soir&#233;e&lt;i&gt; queer&lt;/i&gt; du jour circule avec beaucoup de pr&#233;cautions sur les r&#233;seaux sociaux, avec pri&#232;re de ne pas la rendre publique et de ne pas prendre de photos sur place.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'homosexualit&#233; prohib&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En mai 2018, pour la premi&#232;re fois depuis l'ind&#233;pendance de la Malaisie en 1957, les &#233;lections ont port&#233; au pouvoir un gouvernement d'alternance &#8211; dirig&#233; par Mahathir Mohamad, d&#233;j&#224; Premier ministre de 1981 &#224; 2003 et aujourd'hui &#226;g&#233; de 93 ans : un changement dans la continuit&#233;. Mais le (l&#233;ger) vent frais qui souffle sur le pays n'a pas concern&#233; les personnes LGBT et l'&#233;t&#233; dernier a vu nombre de pol&#233;miques se d&#233;ployer &#224; ce sujet &#8211; autant de mauvaises nouvelles pour la communaut&#233; locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activiste LGBT Numan Afifi Saadan, qui devait &#234;tre recrut&#233; dans le cabinet du tout nouveau et tout jeune ministre de la Jeunesse Syed Saddiq Abdul Rahman, a &#233;t&#233; l&#226;ch&#233; en juin dernier &#224; la suite d'une campagne de presse homophobe&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; LGBT activist Numan Afifi quits as Syed Saddiq's press officer &#187;, The Star (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Quelques semaines plus tard, parmi les portraits de la soci&#233;t&#233; civile malaisienne affich&#233;s dans une expo du Georgetown Festival, ceux de la femme trans Nisha Ayub et de l'homme gay Pang Khee Teik (le second arborant drapeau malaisien et &lt;i&gt;rainbow flag&lt;/i&gt;) sont censur&#233;s &#224; la demande du cabinet du Premier ministre&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Mujahid orders portraits removed, LGBT activist asks &#8220;what about our (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. En guise de protestation, Marina Mahathir, essayiste bien connue, fait enlever le sien. Elle est la fille du Premier ministre, lequel remet les pendules &#224; l'heure &#224; la rentr&#233;e en expliquant que l'homosexualit&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Malaysia cannot accept same-sex marriage, says Mahathir &#187;, Reuters.com (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; est un droit humain en Occident, pas en Asie, alors que ce sont les Britanniques qui les premiers ont criminalis&#233; des pratiques sexuelles tol&#233;r&#233;es sur la p&#233;ninsule&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homosexualit&#233; est toujours interdite par le droit civil comme religieux et r&#233;prim&#233;e, d'autant plus s&#233;v&#232;rement dans les &#201;tats de l'est du pays qui lorgnent sur la charia et infligent des ch&#226;timents corporels. En ao&#251;t dernier, deux jeunes femmes ont &#233;t&#233; jug&#233;es et frapp&#233;es &#224; coups de canne devant une centaine de personnes pour avoir &#171; &lt;i&gt;essay&#233; d'avoir des relations sexuelles &lt;/i&gt; &#187; dans une voiture, ce qui a jet&#233; un coup de froid aupr&#232;s des lesbiennes et des gays du pays &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Women caned in Malaysia for attempting to have lesbian sex &#187;, The Guardian (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Islamiques injonctions&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La marche des fiert&#233;s est (&#233;videmment) interdite ? Qu'&#224; cela ne tienne, c'est ce 9 mars qu'elle a lieu &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon Human Rights Watch, des personnes ayant organis&#233; la marche ont depuis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; ! Sont pr&#233;sentes des personnalit&#233;s de la sc&#232;ne LGBT, une musicienne de Shh&#8230; Diam !, le groupe de rock dont le nom signifie justement &#171; Tais-toi ! &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Shh... Diam ! is a queer band fighting to silence the LGBTQ hate in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, une artiste trans, Shika Corona &lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; How a Malaysian transgender musician found her voice through metal music (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; et tant d'autres qui participent &#224; des groupes de soutien ou &#224; des initiatives culturelles ou politiques diverses. Est-ce que la nouvelle Malaisie (&lt;i&gt;Malaysia Baru&lt;/i&gt;), celle qui a surgi de l'alternance, traite bien les personnes LGBT ? Pour Shika, c'est pareil, rien n'a chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me chose est vraie pour les droits des femmes, qui ne sont pas oubli&#233;s dans cette marche joyeuse sous un soleil de plomb, mais peinent &#224; &#234;tre pris en compte dans cette Malaisie un peu plus moderne. Pour Shamila&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plusieurs pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;, une Malaise en couple avec une femme croyante et voil&#233;e, les deux animant un groupe de discussion pour femmes &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, le n&#339;ud du probl&#232;me, celui dont d&#233;coulent tous les autres, c'est la place de l'islam dans la soci&#233;t&#233;. Entre l'argent coulant &#224; flots des p&#233;tro-monarchies arabes et la persistance des &#233;lites malaises &#224; racialiser &lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Malaisie, &#234;tre malais&#8226;e et musulman&#8226;e vont ensemble. La religion, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; les questions sociales et &#233;conomiques dans un pays de large minorit&#233; chinoise (25 % environ), les &#233;lecteurs et &#233;lectrices malais&#8226;es musulman&#8226;es sont honteusement dragu&#233;&#8226;es par les politiques &#8211; ceux des &#201;tats de l'Est, ruraux et conservateurs, comme ceux qui ont re&#231;u &#224; Oxford ou Cambridge une &#233;ducation &#233;litiste parfaitement occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cet islamisme d&#233;coulent de pesantes injonctions sur l'habillement des femmes et particuli&#232;rement le hijab, qui font que les Malaises sont habituellement voil&#233;es, quelle que soit leur adh&#233;sion &#224; cette pratique. La prostitution fait &#233;galement l'objet d'une r&#233;pression s&#233;v&#232;re, quand bien m&#234;me les prostitu&#233;es, femmes trans ou cis, feraient &#233;tat de leur fr&#233;quentation assidue par de s&#233;v&#232;res &lt;i&gt;ustaz &lt;/i&gt;et autres sages musulmans portant manches longues, barbe &#233;parse et morale en bandouli&#232;re. &#192; la manif, pas de pol&#233;mique sur la reconnaissance sociale de la prostitution et tout le monde crie : &#171; &lt;i&gt;Sex work is work&lt;/i&gt; &#187;. La situation est trop grave pour faire des chichis.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Girls wanna have fun&#8230; damental rights &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Girls wanna have fun&#8230; damental rights &lt;/i&gt; &#187;, les filles veulent des droits fondamentaux, c'est le slogan qui s'affiche partout. Sur ce sujet aussi, le nouveau gouvernement d&#233;m&#233;rite en se cachant derri&#232;re le f&#233;d&#233;ralisme pour refuser d'interdire le mariage des mineures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Malaisie la polygamie est autoris&#233;e, ainsi que le mariage des toutes jeunes filles. En juin dernier, l'histoire sur la c&#244;te est d'une fille de 11 ans mari&#233;e &#224; un quadrag&#233;naire, d&#233;j&#224; mari&#233; &#224; deux &#233;pouses et p&#232;re de petites filles ayant l'&#226;ge de sa troisi&#232;me, a suscit&#233; la col&#232;re dans le pays&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; 11 and married : Malaysia spars over an age-old practice &#187;, The New York (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;. Il n'y a pas de prohibition l&#233;gale du mariage pour les mineures, c'est une institution islamique locale qui est cens&#233;e encadrer la pratique : consid&#233;rer l'&#226;ge de la mari&#233;e ou sa contrainte &#233;conomique, par exemple, puisqu'en l'occurrence celle-ci &#233;tait issue d'une famille malaise pauvre r&#233;fugi&#233;e de Tha&#239;lande. Malgr&#233; cela, les autorit&#233;s de Kuala Lumpur prennent avec des pincettes les affaires de l'Est, moins peupl&#233; mais tr&#232;s remuant, dont les &#201;tats sont souvent gouvern&#233;s par un parti malais d'opposition que la majorit&#233; Umno (le parti au pouvoir de 1957 &#224; 2018) courtise quand elle a besoin de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islam, enjeu politique plus que spirituel, est-il la seule raison de l'&#233;tat assez mauvais des droits des femmes en Malaisie ? Shamila r&#233;pond que non et les r&#233;cits que font les lesbiennes chinoises dans le groupe de discussion ne t&#233;moignent pas de moins d'homophobie. Dans la manif, les marxistes sont aussi pr&#233;sents et expliquent consciencieusement la responsabilit&#233; du capitalisme dans tout &#231;a. Ce ne sont pas les seuls hommes du cort&#232;ge et beaucoup portent des calicots plut&#244;t sympathiques : &#171; &lt;i&gt;Un homme de qualit&#233;, &#231;a soutient l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt; Je suis malais et homme, je jouis de ces deux privil&#232;ges et &#224; ce titre je dois t&#233;moigner ma solidarit&#233; avec les femmes, avec les minorit&#233;s&#8230; et avec les autres en r&#232;gle g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;. &#201;tudiant&#8226;es contre le harc&#232;lement sexuel &#224; l'universit&#233;, femmes handicap&#233;es, femmes malades mal prises en charge pour leurs maladies sexu&#233;es, femmes en mini-jupe ou en hijab (plus f&#233;ministes que notre ministre de la Sant&#233; &lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agn&#232;s Buzyn, le 26 f&#233;vrier 2019, &#224; propos du hijab de sport : &#171; C'est une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;), tout ce monde est l&#224; pour ringardiser les machos du pays. Pourvu que &#231;a marche !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sila B&#233;ratour&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.newsweek.com/malaysia-gay-people-lgbt-tourism-travel-jews-mohamaddin-ketapi-1353684&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Malaysia has no gay people, country's tourism minister claims while trying to attract more visitors&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Newsweek&lt;/i&gt; (06/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.thestar.com.my/news/nation/2018/07/09/lgbt-activist-numan-afifi-quits-as-syed-saddiq-press-officer/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;LGBT activist Numan Afifi quits as Syed Saddiq's press officer&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Star&lt;/i&gt; (09/07/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.nst.com.my/news/nation/2018/08/399446/mujahid-orders-potraits-removed-lgbt-activist-asks-what-about-our&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Mujahid orders portraits removed, LGBT activist asks &#8220;what about our sensitivity&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;New Straits Time&lt;/i&gt; (08/08/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.reuters.com/article/us-malaysia-lgbt/malaysia-cannot-accept-same-sex-marriage-says-mahathir-idUSKCN1M10VA&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Malaysia cannot accept same-sex marriage, says Mahathir&lt;/a&gt; &#187;, Reuters.com (21/09/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.theguardian.com/world/2018/sep/03/women-caned-in-malaysia-for-attempting-to-have-lesbian-sex&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Women caned in Malaysia for attempting to have lesbian sex&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;The Guardian &lt;/i&gt;(03/09/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon Human Rights Watch, des personnes ayant organis&#233; la marche ont depuis &#233;t&#233; convoqu&#233;&#8226;es par la police. D'autres racontent avoir &#233;t&#233; harcel&#233;&#8226;es apr&#232;s leur participation &#224; la manifestation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.vice.com/en_asia/article/d3banw/shh-diam-is-a-queer-band-fighting-to-silence-the-lgbtq-hate-in-malaysia&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Shh... Diam ! is a queer band fighting to silence the LGBTQ hate in Malaysia&lt;/a&gt; &#187;, Vice.com (23/01/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.scmp.com/culture/music/article/2177991/how-malaysian-transgender-musician-found-her-voice-through-metal-music&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;How a Malaysian transgender musician found her voice through metal music in a country that doesn't accept her&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;South China Morning Post &lt;/i&gt;(15/12/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Plusieurs pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En Malaisie, &#234;tre malais&#8226;e et musulman&#8226;e vont ensemble. La religion, l'identit&#233; ethnique et le droit sont pour ce groupe-l&#224; &#233;troitement m&#234;l&#233;s. Les personnes d'autres groupes n'ob&#233;issent qu'au droit commun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/2018/07/29/world/asia/malaysia-child-marriage.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;11 and married : Malaysia spars over an age-old practice&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;The New York Times&lt;/i&gt; (29/07/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agn&#232;s Buzyn, le 26 f&#233;vrier 2019, &#224; propos du hijab de sport : &#171; &lt;i&gt;C'est une vision de la femme que je ne partage pas. En tant que femme c'est comme &#231;a que je le vis. Tout ce qui peut amener &#224; une diff&#233;renciation me g&#234;ne&lt;/i&gt; [les jambes nues et &#233;pil&#233;es des ministres femmes sur la photo de groupe du gouvernement alors que celles de leurs coll&#232;gues sont poilues et couvertes, par exemple ? NdA].&lt;i&gt; J'aurais pr&#233;f&#233;r&#233; qu'une marque fran&#231;aise ne promeuve pas le voile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tournez boutique : un dimanche au bal des anciens</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Tournez-boutique-un-dimanche-au</link>
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		<dc:date>2019-08-25T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Julien Bourdais, Sophie Eustache</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>ans</dc:subject>
		<dc:subject>C'&#233;tait</dc:subject>
		<dc:subject>Mathilde</dc:subject>
		<dc:subject>Herbiers</dc:subject>
		<dc:subject>Andr&#233; Li&#233;bot</dc:subject>
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		<dc:subject>Andr&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>piste</dc:subject>
		<dc:subject>bal</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En Vend&#233;e, plus de mille personnes &#226;g&#233;es se retrouvent chaque dimanche au th&#233; dansant des Herbiers. En coulisses, les notables du coin financent leurs activit&#233;s caritatives avec les b&#233;n&#233;fices. Danseurs et danseuses, eux, viennent avant tout pour l'orchestre et pour compter fleurette. Samedi, 13 h, il pleut des cordes. Nous d&#233;barquons dans un hameau vend&#233;en, &#224; quelques kilom&#232;tres des Herbiers, petite ville de 16 000 habitants. Demain, c'est l&#224;-bas que nous irons au bal. Mais pour l'instant, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-etait" rel="tag"&gt;C'&#233;tait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mathilde" rel="tag"&gt;Mathilde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Herbiers" rel="tag"&gt;Herbiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Andre-Liebot" rel="tag"&gt;Andr&#233; Li&#233;bot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eliane" rel="tag"&gt;&#201;liane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Andre" rel="tag"&gt;Andr&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/piste" rel="tag"&gt;piste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/bal" rel="tag"&gt;bal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En Vend&#233;e, plus de mille personnes &#226;g&#233;es se retrouvent chaque dimanche au th&#233; dansant des Herbiers. En coulisses, les notables du coin financent leurs activit&#233;s caritatives avec les b&#233;n&#233;fices. Danseurs et danseuses, eux, viennent avant tout pour l'orchestre et pour compter fleurette.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2977 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH301/-1216-f133d.jpg?1782920946' width='500' height='301' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;amedi, 13 h, il pleut des cordes. Nous d&#233;barquons dans un hameau vend&#233;en, &#224; quelques kilom&#232;tres des Herbiers, petite ville de 16 000 habitants. Demain, c'est l&#224;-bas que nous irons au bal. Mais pour l'instant, chez Mathilde, il est pile-poil l'heure de mettre les pieds sous la table. L'appareil photo en bandouli&#232;re et des mi&#232;vreries plein la bouche, on est contents de venir enqu&#234;ter sur les amourettes des retrait&#233;s, celles qui naissent sur la piste de danse des Herbiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Julien, sociologue, qui a eu l'id&#233;e. Quelques mois plus t&#244;t, il avait foul&#233; la piste de danse au bras de sa grand-m&#232;re, Mathilde. Deux ans apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de son mari, elle y avait rencontr&#233; son nouveau compagnon. En bon chercheur, Julien &#233;tait tout excit&#233; par sa d&#233;couverte. D'une, il y a encore des bals dominicaux en France qui r&#233;unissent plusieurs centaines de personnes ; de deux, &#231;a dragouille s&#233;v&#232;re sur la piste, m&#234;me &#224; 80 ans pass&#233;s. Dans la voiture, notre sociologue avait pris un air docte : &#171; &lt;i&gt;C'est certain qu'il s'agit d'un march&#233; matrimonial de l'occasion. Mais, pour faire se rencontrer qui ? &#199;a, c'est pas clair. La plupart des gens sont vieux mais leurs corps n'ont pas l'air d'avoir &#233;t&#233; sp&#233;cialement amoch&#233;s par le travail. &#199;a a lieu dans une ancienne usine : on dirait la petite classe moyenne qui danse sur le sang des ouvriers.&lt;/i&gt; &#187; Sophie, en bonne journaliste, avait fait la moue : l'amour, la mort, l'usine, elle connaissait d&#233;j&#224;. Et si on pouvait faire autre chose qu'un &#233;ni&#232;me reportage sur le charme des anciens et les &lt;i&gt;success stories&lt;/i&gt; vend&#233;ennes &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le secret vend&#233;en du plein-emploi &#187;, L'Express, 26/01/2018 ; &#171; Emmanuel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, elle en &#233;tait !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le c&#339;ur ne vieillit pas &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez Mathilde, le vin de p&#234;che est fait maison. Avides d'en savoir plus sur ce &#171; &lt;i&gt;march&#233; matrimonial&lt;/i&gt; &#187; du dimanche, on s'attable pour &#233;couter notre h&#244;te nous raconter son amour, longtemps frustr&#233;, pour la danse. Mathilde est n&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 1940 dans une famille de paysans, des petits propri&#233;taires terriens aux m&#339;urs conservatrices : &#171; &lt;i&gt;On ne pouvait pas aller danser, on devait aller &#224; la messe plusieurs fois par semaine. C'est pour &#231;a que maintenant je me rattrape.&lt;/i&gt; &#187; Il n'y avait qu'&#224; l'occasion des mariages qu'elle pouvait danser un peu. C'est l&#224; que son cousin lui a appris quelques pas et c'est comme &#231;a qu'elle a rencontr&#233; son mari avec qui elle est rest&#233;e quarante ans. Longtemps, son cousin a continu&#233; &#224; &#233;cumer les bals populaires. Fils unique d'une famille de paysans, il a repris la ferme. Mais, quand &#224; 40 ans il s'est &#233;pris d'une femme divorc&#233;e, son p&#232;re s'est oppos&#233; au mariage. Il s'est suicid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel amant de Mathilde a lui aussi d&#251; reprendre la ferme &#224; la suite des parents. Il y a deux ans, sur le bord de la piste des Herbiers, cet ancien paysan est venu vers elle. &#171; &lt;i&gt;&#199;a a &#233;t&#233; un coup de foudre&lt;/i&gt; &#187; &#8211; signe pour Mathilde que &#171; &lt;i&gt;le c&#339;ur ne vieillit pas&lt;/i&gt; &#187;. Depuis, ils sortent ensemble. Aucun des deux n'a emm&#233;nag&#233; chez l'autre, mais ils se rendent des visites nocturnes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de notre arriv&#233;e, cet homme aux yeux clairs, un peu vo&#251;t&#233; par les ann&#233;es pass&#233;es &#224; travailler la terre, arrive clopin-clopant alors que Mathilde se coiffe. Nous laissons le couple s'appr&#234;ter, et filons au bal.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Au supermarch&#233; de l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En arrivant sur place, on d&#233;chante un peu. Notre petit diagnostic initial a du plomb dans l'aile : le bal n'a plus lieu dans une ancienne usine mais&#8230; dans un ancien Hyper-U, rachet&#233; en 1990 par la municipalit&#233; des Herbiers pour en faire un espace culturel. En revanche, pour ce qui est du march&#233; matrimonial, on se dit qu'on n'est pas compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de la plaque : les corps valsent les uns contre les autres, les hommes vont, les femmes viennent, &#224; la recherche d'un partenaire... Il faudra seulement en rabattre un peu sur &#171; &lt;i&gt;la petite classe moyenne qui danse sur le sang des ouvriers&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bord de la piste, on tombe d'abord sur Claude, 72 ans. Il a &#233;t&#233; ouvrier toute sa vie chez Arima, une usine de chaussures du sud du Maine-et-Loire. Il allumait les machines &#224; quatre heures tous les matins. Lui vient danser depuis le d&#233;c&#232;s de sa femme, il y a quatre ans. On le croisera &#224; plusieurs reprises au bras de diff&#233;rentes danseuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On discute un peu plus longtemps avec Andr&#233;, un grand gaillard de 92 ans qu'on nous a pr&#233;sent&#233; comme le doyen du bal : il vient danser depuis vingt-cinq ans. Bras dessus bras dessous avec Fran&#231;oise, sa compagne, il nous raconte son p&#232;re, mort de la tuberculose au d&#233;but des ann&#233;es 1930. Puis, quelques ann&#233;es plus tard, son service militaire dans l'Allemagne occup&#233;e &#8211; il en profite pour passer le permis bus. De retour aux Herbiers, Andr&#233; conduit le car scolaire, puis termine sa carri&#232;re dans les bureaux de la mairie. C'est quelques ann&#233;es apr&#232;s son d&#233;part en retraite que sa femme meurt d'un cancer. &#171; &lt;i&gt;Elle &#233;tait en phase terminale, c'&#233;tait trop tard quand nous sommes arriv&#233;s &#224; l'h&#244;pital. C'est pour &#231;a : la vie, elle est dure, elle est bizarre, mais il faut en profiter. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis qu'il est veuf, Andr&#233; fr&#233;quente le bal. C'est l&#224; qu'il a rencontr&#233; Fran&#231;oise qui, elle, ne vient que depuis 2010. Toute sa vie, elle a travaill&#233; dans le coin : d'abord comme cuisini&#232;re, puis comme &#171; concierge &#187; du patron de Defontaine, une usine qui fabrique des pi&#232;ces pour le Rafale. Pendant huit ans, elle a rendu visite &#224; son mari diab&#233;tique &#224; la maison de retraite. Deux ans apr&#232;s sa mort, elle a commenc&#233; &#224; arpenter la piste de danse des Herbiers. Elle y a tr&#232;s vite rencontr&#233; Andr&#233; : &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait huit ans qu'on est ensemble. Maintenant, il habite chez moi. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2978 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH424/-1217-ab328.jpg?1782759770' width='400' height='424' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le nerf de l'argent &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On abandonne les tourtereaux pour aller retrouver les organisatrices du jour dans l'arri&#232;re-cuisine. Le d&#233;cor carrel&#233; est nettement plus froid que les lumi&#232;res chaudes et color&#233;es qui &#233;clairent la piste. &#201;liane Liebot, pr&#233;sidente de La Gazelle Berb&#232;re, ainsi que deux autres b&#233;n&#233;voles, nous accueillent. Une &#224; deux fois par an, l'association monte un voyage au Maroc pour installer l'eau courante dans les villages. &#171; &lt;i&gt;On leur dit :&lt;/i&gt; &#8220;On veut bien vous aider mais vous participez.&#8221; &lt;i&gt;Nous on veut aider, mais pas faire de l'assistanat.&lt;/i&gt; &#187; L'argent r&#233;colt&#233; &#224; l'occasion des deux bals que l'association organise annuellement (4 000 &#224; 5 000 &#8364; par bal une fois les frais pay&#233;s) leur a d&#233;j&#224; permis d'&#233;quiper un coll&#232;ge en panneaux solaires et en ordinateurs, de faire construire un mur au bord d'une cour de r&#233;cr&#233; et de payer des lunettes &#224; un enfant qui avait &#171; &lt;i&gt;beaucoup de capacit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de retourner danser avec les &lt;i&gt;D&#233;mons de minuit&lt;/i&gt; qui saturent la sono de l'autre c&#244;t&#233; du mur, on pose les questions de routine. L'une des membres de La Gazelle Berb&#232;re est une ancienne commer&#231;ante. La pr&#233;sidente, &#201;liane, est femme au foyer. Comme on ne la sent pas tr&#232;s &#224; l'aise avec nos interrogations, on la titille un peu : &#171; &lt;i&gt;Ah oui, il &#233;tait agriculteur votre mari ?&lt;/i&gt; &#187; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Non, mon mari, c'est l'industriel Andr&#233; Li&#233;bot, le fabricant de fen&#234;tres... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andr&#233; Li&#233;bot, un gros poisson ! En 2017, la fortune de sa famille s'&#233;levait &#224; 250 millions d'euros, 321&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; plus gros patrimoine de France selon le magazine &lt;i&gt;Challenge&lt;/i&gt; (en comparaison, Arnaud Lagard&#232;re occupait la 303&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; position, tandis que la famille de Claude Perdriel, le fameux fabricant de sanibroyeurs et patron de presse, se situait en 365&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; position).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous : &#8211; &#171; &lt;i&gt;Et du coup la salle Herbauges, si on a bien compris, c'&#233;tait un Hyper U et &#231;a a &#233;t&#233; rachet&#233; par la mairie en 1990 quand Hyper U est parti, c'est &#231;a ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;liane : &#8211; &#171; &lt;i&gt; C'est le maire de l'&#233;poque qui a...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille (fondateur historique des bals herbretais) : &#8211; &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait papa, c'&#233;tait son papa !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;liane (un peu g&#234;n&#233;e mais quand m&#234;me oblig&#233;e de corriger) : &#8211; &#171; &lt;i&gt;Non, c'&#233;tait maman. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille : &#8211; &#171; &lt;i&gt;Ah oui, c'&#233;tait maman.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;liane : &#8211; &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait &#8220;Madame Briand&#8221; qui &#233;tait maire &#224; ce moment-l&#224;. Elle a rachet&#233; l'Hyper U pour faire une salle, parce qu'il y avait rien aux Herbiers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Camille ne se trompe pas beaucoup en confondant le papa et la maman. Le papa, c'est Anselme Briand ; c'est lui qui r&#233;cup&#232;re en 1942 la petite forge familiale qui se transmet depuis 1745 de p&#232;re en fils a&#238;n&#233;. En 1942, la bo&#238;te ne compte que deux employ&#233;s ; quarante ans plus tard, ils sont 1 600. Quand Anselme prend sa retraite en 1982, il s'assure que la r&#233;ussite reste une affaire de famille. Son fils cadet, Roger, h&#233;rite du groupe Briand et son beau-fils Andr&#233; Li&#233;bot (le mari d'&#201;liane) r&#233;cup&#232;re l'une des filiales, celle qui s'occupe des fen&#234;tres. Un an apr&#232;s sa retraite, une fois que les affaires sont en ordre, Anselme se lance en politique. Maire des Herbiers de 1983 &#224; 1989, il passe ensuite la mairie &#224; sa femme Jeanne qui la garde jusqu'en 1995. C'est lui qui installe les Briand en politique, c'est elle qui ach&#232;te l'Hyper U.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une g&#233;n&#233;ration plus tard, &#201;liane opte pour la voie caritative. Le bal financera les actions de son association. &#171; &lt;i&gt;Le nerf de l'argent&#8230; Euh non, le nerf de la guerre c'est l'argent. Il nous faut de l'argent, on va le chercher o&#249; il y en a et les bals sont tr&#232;s &#224; la mode.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ils s'en foutent &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est fou tout ce par quoi la notori&#233;t&#233; des notables doit en passer pour cro&#238;tre sans cesse. Il aura fallu que la r&#233;ussite industrielle se convertisse sur la sc&#232;ne politique pour qu'&#224; la fin des fins tout se passe comme si c'&#233;tait le peuple qui accordait sa b&#233;n&#233;diction aux &#233;lans humanitaires de ceux qui entendent le repr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple, le peuple ? Visiblement c'est bien de &#231;a qu'il s'agit. Dans les yeux des organisatrices, il se r&#233;sume &#224; peu de chose : il y a celui qui &#171; &lt;i&gt;arrive la veille avec son camping-car&lt;/i&gt; &#187;, celle qui apporte ses chaussures &#224; talons dans son sac &#224; main et puis &#171; &lt;i&gt;mamie&lt;/i&gt; &#187;, qui &#224; cette heure est &#171; &lt;i&gt;avec le d&#233;collet&#233; comme &#231;a et des paillettes dans les cheveux &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant qu'on &#233;coute beno&#238;tement cet expos&#233;, Mathilde encha&#238;ne les tours de piste. Quand nous la retrouvons, elle nous raconte qu'elle a eu le temps de rejoindre les danses en ligne qui se font au milieu de la salle, de changer deux ou trois fois de partenaire et de passer voir son mec qui, aujourd'hui comme souvent, reste au bord, sur la rang&#233;e de chaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; les entendre et &#224; les voir, les danseurs, on est convaincus qu'une fois les projecteurs allum&#233;s et l'orchestre lanc&#233;, ils se foutent pas mal de ce qui anime ceux de l'arri&#232;re-boutique. Le paternalisme des notables du coin, visiblement, ils en ont soup&#233; : &#171; &lt;i&gt; Ils s'en foutent, ils viennent pour danser &lt;/i&gt; &#187;, comme nous le dit&#8230; &#201;liane Li&#233;bot, qui continue, un peu d&#233;sabus&#233;e : &#171; &lt;i&gt;La derni&#232;re fois, apr&#232;s la vente de brioche, alors qu'on voulait leur parler de l'association, ils nous ont m&#234;me demand&#233; de nous pousser pour retourner danser... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Julien Bourdais &amp; Sophie Eustache&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/le-secret-vendeen-du-plein-emploi_1978963.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le secret vend&#233;en du plein-emploi&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;, 26/01/2018 ; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/les-herbiers-85500/aux-herbiers-ce-soir-emmanuel-macron-rencontre-60-chefs-d-entreprise-5821030&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Emmanuel Macron a rencontr&#233; 60 chefs d'entreprise mercredi soir aux Herbiers en Vend&#233;e&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, 14/06/2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ni Dieu, ni ma&#238;tre, ni mari</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Ni-Dieu-ni-maitre-ni-mari</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Ni-Dieu-ni-maitre-ni-mari</guid>
		<dc:date>2019-06-30T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Cap sur l'utopie !</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Thomas More</dc:subject>
		<dc:subject>seulement raseurs</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;crivains utopistes</dc:subject>
		<dc:subject>seulement</dc:subject>
		<dc:subject>c'est Sexe</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;bonnaires</dc:subject>
		<dc:subject>raseurs</dc:subject>
		<dc:subject>rasants</dc:subject>
		<dc:subject>rasoirs</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le bouquin &#171; Dix petites anarchistes &#187; raconte les aventures de dix imp&#233;tueuses p&#233;troleuses qui s'en vont b&#226;tir au bout du monde une communaut&#233; idyllique o&#249; r&#233;gnerait &#171; l'anarchie &#224; l'&#233;tat pur &#187;. Sous leurs dehors d&#233;bonnaires, la plupart des &#233;crivains utopistes ne se r&#233;v&#232;lent pas seulement raseurs, rasants et rasoirs. Pas seulement, jambon &#224; cornes ! Ils affichent extr&#234;mement vite aussi leurs tendances despotiques. C'est que s'ils nous souhaitent plein de bonnes choses dans un monde (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cap-sur-l-utopie" rel="tag"&gt;Cap sur l'utopie !&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Thomas-More" rel="tag"&gt;Thomas More&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/seulement-raseurs" rel="tag"&gt;seulement raseurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ecrivains-utopistes" rel="tag"&gt;&#233;crivains utopistes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/seulement" rel="tag"&gt;seulement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/c-est-Sexe" rel="tag"&gt;c'est Sexe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/debonnaires" rel="tag"&gt;d&#233;bonnaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/raseurs" rel="tag"&gt;raseurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/rasants" rel="tag"&gt;rasants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/rasoirs" rel="tag"&gt;rasoirs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le bouquin &#171; Dix petites anarchistes &#187; raconte les aventures de dix imp&#233;tueuses p&#233;troleuses qui s'en vont b&#226;tir au bout du monde une communaut&#233; idyllique o&#249; r&#233;gnerait &#171; l'anarchie &#224; l'&#233;tat pur &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;ous leurs dehors d&#233;bonnaires, la plupart des &#233;crivains utopistes ne se r&#233;v&#232;lent pas seulement raseurs, rasants et rasoirs. Pas seulement, jambon &#224; cornes ! Ils affichent extr&#234;mement vite aussi leurs tendances despotiques. C'est que s'ils nous souhaitent plein de bonnes choses dans un monde joliment r&#233;-&#233;chafaud&#233;, c'est &#224; leur mani&#232;re tentaculaire &#224; eux, selon leurs crit&#232;res ratatineurs, en r&#234;vant de nous faire mac&#233;rer dans leurs conceptions pisse-vinaigre du bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Heureusement,&lt;/strong&gt; il n'y a pas que des utopistes tyranniques et rapiats &#224; la Thomas More ou &#224; la Saint-Simon. Deux livres r&#233;cents nous emm&#232;nent ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier,&lt;/strong&gt; c'est &lt;i&gt;Sexe, cosmos et utopie&lt;/i&gt; de Patrick Samzun (&#233;d. Presses universitaires de Vincennes) sur lequel nous reviendrons &#224; chaque occasion car il s'agit l&#224; d'un a&#233;rolithe d&#233;vergondeur d'exception. Mais &#231;a ne sera pas pour cette fois-ci, faute de place, ventre de b&#339;uf !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autre br&#251;lot&lt;/strong&gt; qui largue tout de bon les amarres, c'est le dernier roman du Genevois Daniel de Roulet, &lt;i&gt;Dix petites anarchistes&lt;/i&gt; (&#233;d. Buchet Chastel) d&#233;crivant ce qui arrive &#224; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &#224; dix jeunes p&#233;troleuses&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P&#233;troleuses : insurg&#233;es qui durant la Commune de 1871 auraient fait cramer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; imp&#233;tueuses de Saint-Imier (en Suisse) qui, chauff&#233;es au rouge et noir apr&#232;s les visites dans le coin de Mikha&#239;l Bakounine et d'Errico Malatesta, d&#233;cident de s'en aller b&#226;tir au bout du monde, dans l'archipel Juan Fern&#225;ndez (oc&#233;an Pacifique), une communaut&#233; idyllique o&#249; r&#233;gnerait &#171; &lt;i&gt;l'anarchie &#224; l'&#233;tat pur &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;On a refus&#233; d'un commun accord de mettre en place la moindre &#233;bauche d'organisation &#233;conomique, ni hi&#233;rarchie, ni direction, ni sp&#233;cialisation des t&#226;ches. On vit sans aucun pacte, sans aucune norme de travail, aucun code moral. Le premier ou la premi&#232;re &#233;veill&#233;(e) secoue les autres, l'app&#233;tit seul appelle au r&#233;fectoire, la passion au travail, le sommeil au repos. L'un de nous, un Italien de Carrare, est d'une paresse absolue. On rudoie un peu cet heureux parasite sans jamais le contraindre. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De m&#234;me, on ne brocarde pas&lt;/strong&gt; tant soit peu les derniers couples capsul&#233;s h&#233;t&#233;ros, chacun aimant comme il lui sied. Et tout en se shootant &#224; l'alcool de p&#234;che, on saborde toute forme d'autorit&#233; ou d'horaire fixe, on favorise le libre d&#233;veloppement des moutards, on d&#233;cide de tout et de rien ensemble en refusant la c&#233;r&#233;monie du vote, on exp&#233;rimente des plats et des jeux, on se fa&#231;onne des chaussures, on am&#233;liore les mots de d&#233;sordre : &#171; &lt;i&gt;Ni dieu, ni ma&#238;tre, ni mari &lt;/i&gt; &#187;. On lit critiquement le &lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt; et Louise Michel, on s'euphorise avec des champignons sp&#233;ciaux, on chante : &#171; &lt;i&gt;Laissez dormir le glaive en son fourreau / Zinzin rantanplan / Vive les rouges, &#224; bas les blancs !&lt;/i&gt; &#187; Et on envoie bouler les percepteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les pioupious&lt;/strong&gt; rappliquent pour d&#233;loger les terroristes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;No&#235;l Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;P&#233;troleuses : insurg&#233;es qui durant la Commune de 1871 auraient fait cramer avec du p&#233;trole les repaires embl&#233;matiques du pouvoir versaillais. Depuis, le mot d&#233;signe les r&#233;volt&#233;es particuli&#232;rement d&#233;cha&#238;n&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; La Zad est &#226;pre et magique &#187;</title>
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		<dc:date>2019-06-27T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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&lt;p&gt;Thomas Azu&#233;los et Simon Rochepeau viennent de commettre La Zad, c'est plus grand que nous (&#233;d. Futuropolis), une BD sur Notre-Dame-des-Landes qui &#233;chappe aux pi&#232;ges de la langue de bois. R&#233;cit choral, elle montre l'exceptionnalit&#233; de la situation et les contradictions qui traversent toute lutte de d&#233;fense d'un territoire. CQFD a cuisin&#233; l'ami Thomas. Qu'est-ce qui t'a pouss&#233; vers la Zad ? &#171; L'id&#233;e est de Simon. On y a v&#233;cu quelques semaines et &#231;'a &#233;t&#233; comme un coup de foudre. L&#224;-bas, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Thomas-Azuelos" rel="tag"&gt;Thomas Azu&#233;los&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Simon-Rochepeau" rel="tag"&gt;Simon Rochepeau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-etat" rel="tag"&gt;l'&#233;tat&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Thomas Azu&#233;los et Simon Rochepeau viennent de commettre &lt;i&gt;La Zad, c'est plus grand que nous&lt;/i&gt; (&#233;d. Futuropolis), une BD sur Notre-Dame-des-Landes qui &#233;chappe aux pi&#232;ges de la langue de bois. R&#233;cit choral, elle montre l'exceptionnalit&#233; de la situation et les contradictions qui traversent toute lutte de d&#233;fense d'un territoire. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a cuisin&#233; l'ami Thomas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2871 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;95&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1116-e14b3.jpg?1782825914' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Planche extraite de &#034;La Zad, c'est plus grand que nous&#034;, de Thomas Azu&#233;los et Simon Rochepeau
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui t'a pouss&#233; vers la Zad ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'id&#233;e est de Simon. On y a v&#233;cu quelques semaines et &#231;'a &#233;t&#233; comme un coup de foudre. L&#224;-bas, tout est li&#233; : les pens&#233;es, les paroles, les actes, le rapport au travail, &#224; la nature, &#224; l'imaginaire, au politique. Les zadistes ont une prise consid&#233;rable sur leur quotidien et leur environnement. Et ils n'ont pas ferm&#233; la porte derri&#232;re eux : ce n'est pas un ghetto auto-suffisant, c'est un monde ouvert &#224; la circulation. La Zad a r&#233;veill&#233; en moi plein d'envies et de r&#233;flexions : une sorte de convergence de mes luttes internes ! Ni journaliste, ni artiste engag&#233;, j'y suis all&#233; en &#8220;auteur t&#233;moin&#8221;, on va dire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paysans anti-a&#233;roport et les zadistes constructifs se voient coinc&#233;s entre Vinci et l'&#201;tat d'un c&#244;t&#233; et de l'autre des postures radicales bien allum&#233;es. N'y a-t-il pas un effet miroir entre dystopie capitaliste et utopie hors sol, pour qui le monde est une friche o&#249; plaquer ses chim&#232;res ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une lutte n'existe pas hors du temps et de l'espace. Sinon c'est une religion. Notre BD se d&#233;roule entre l'op&#233;ration C&#233;sar &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tentative rat&#233;e d'expulsion de la Zad par la force publique sous l'&#233;gide de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; (automne 2012) et l'hiver 2013-2014. D&#233;but 2013, les gendarmes s'en vont et des tensions surgissent. Notre histoire s'est inspir&#233;e de ce moment-l&#224;, extraordinaire, fondateur, mais difficile : comment cohabiter, construire ensemble, d&#233;velopper une conscience et des biens communs, sans ce ciment primitif qu'est l'opposition &#224; la police ? Ce qui &#233;tait vital et essentiel hier, sans quoi la Zad n'aurait jamais exist&#233; &#8211; la col&#232;re, la violence, le refus du compromis &#8211; doit &#234;tre r&#233;investi ailleurs, sans que ces sentiments ne disparaissent pour autant. L'absence de l'&#201;tat ne veut pas dire que les relations de pouvoir n'existent plus. Il y a des diff&#233;rences politiques, bien s&#251;r, mais avant tout, l'enjeu est la cohabitation de gens issus de classes et de milieux diff&#233;rents &#8211; ce qui est la base du politique. C'est la rencontre de jeunes squatteurs urbains avec le monde paysan, la confrontation entre id&#233;aux et r&#233;alit&#233; de la terre &#8211; la gestion des sols, des for&#234;ts, l'&#233;levage, la &lt;i&gt;boulange&lt;/i&gt;, le travail du bois... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la fin, la dynamique collective para&#238;t fragile. As-tu une vision pessimiste de cette lutte ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pas du tout. Notre BD est rugueuse. Un peu dramatique, parce qu'&#224; la Zad le pouvoir est nu. Mais c'est un hommage aux zadistes, qui ont refus&#233; de vivre une mascarade d&#233;mocratique et se frottent &#224; la r&#233;alit&#233; du sol et des autres. Nous voulions &#233;viter l'id&#233;alisme b&#233;at et le folklore (&#8220;&lt;i&gt;Ah, les belles chicanes de la d&#233;partementale ! Ah, le pseudo dr&#244;latique de Camille ! &lt;/i&gt;&#8221;)&#8230; La fin est incertaine, mais les personnages de notre BD ont fait du chemin. Ils se remontent les manches et font corps pour assumer une parole commune. Il reste &#224; raconter (mais combien de BD faudrait-il ?) tout ce qui a suivi, jusqu'&#224; la victoire spectaculaire contre l'a&#233;roport en 2018. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; de l'histoire de la lutte, vous d&#233;ployez aussi la sensualit&#233;, la subjectivit&#233; et les contradictions de plusieurs r&#233;cits individuels. De quel personnage te sens-tu le plus proche ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; De Clo&#233;, par la bienveillance et l'empathie ; de Max et Caillou, par la col&#232;re ; de Zibba, par l'amertume ; de Diony, par le d&#233;couragement ; de Scoot, par le besoin d'en rire ; de Gildas et Christine, par la perte de rep&#232;res et la n&#233;cessit&#233; de s'adapter. L'enjeu &#233;tait de tous les comprendre, de tous les respecter, comme les facettes d'un m&#234;me corps en mouvement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La sc&#232;ne o&#249; Scoot drague un flic avec un cocktail Molotov &#224; la main, vous l'avez imagin&#233;e sous acide&lt;/strong&gt; &lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; [&lt;i&gt;Rires.&lt;/i&gt;] Nous avons extrapol&#233; &#224; partir de l'histoire d'un ami de la Zad. Le flic, au milieu de 2 500 autres flics, repr&#233;sente l'&#201;tat envahisseur et sa violence inou&#239;e. L&#224;, &#231;a devient un gars avec qui on pourrait se regarder dans les yeux, boire un coup apr&#232;s le boulot, se rouler des pelles, pourquoi pas ? Mais s'il re&#231;oit un ordre dans son oreillette, il brandira son arme et sera pr&#234;t &#224; te mutiler ou &#224; te tuer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le personnage &#224; l'&#233;l&#233;gance improbable de Zibba, il existe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est inspir&#233; de quelques figures existantes. Bien s&#251;r, son costume immacul&#233;, tr&#232;s fictionnel, d&#233;tonne dans la boue du bocage. Mais comme elle incarne la col&#232;re et la rupture, il &#233;tait important que Zibba ne se r&#233;sume pas &#224; une grimace vulgaire. Et qu'elle ait la classe. Elle est &#8220;la puret&#233; de la lutte&#8221;. Ce sont les autres qui se salissent les mains. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au fil du r&#233;cit, les b&#234;tes menac&#233;es d'extinction apparaissent au premier plan d'une page, comme un esprit des lieux tapi dans l'obscurit&#233;. Le monde sauvage plus grand que la Zad... Tu es devenu animiste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, la Zad est &#226;pre et magique. La Zad est pleine de po&#233;sie et d'espoir. C'est aussi une question de point de vue et d'&#233;chelle. &#192; la Zad, un acte banal peut devenir immense : un enjeu politique. On y apprend &#224; renverser les r&#244;les pour les r&#233;&#233;valuer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tentative rat&#233;e d'expulsion de la Zad par la force publique sous l'&#233;gide de Manuel Valls, alors ministre de l'Int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mathieu Rigouste : &#171; La r&#233;pression conditionne la vie quotidienne des gens dans les quartiers s&#233;gr&#233;gu&#233;s &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Mathieu-Rigouste-La-repression</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Mathieu-Rigouste-La-repression</guid>
		<dc:date>2019-06-26T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
		<dc:subject>Gilets jaunes</dc:subject>
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		<dc:subject>Gilets</dc:subject>
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		<dc:subject>Comit&#233; Adama</dc:subject>
		<dc:subject>quartiers populaires</dc:subject>
		<dc:subject>populaires</dc:subject>
		<dc:subject>Adama Traor&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est peu de dire que le maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise a &#233;t&#233; bouscul&#233; ces derniers mois : r&#233;pression accrue, blessures en rafales, discours guerrier voire martial... Si cela ne comble pas le foss&#233; avec les banlieues en mati&#232;re de terreur polici&#232;re, un glissement s'est ind&#233;niablement op&#233;r&#233;. On le d&#233;crypte avec Mathieu Rigouste, auteur notamment de La domination polici&#232;re : une violence industrielle et d'&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233; . Une digue semble avoir saut&#233; en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gilets" rel="tag"&gt;Gilets&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jaunes" rel="tag"&gt;jaunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Comite-Adama" rel="tag"&gt;Comit&#233; Adama&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/quartiers-populaires" rel="tag"&gt;quartiers populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/populaires" rel="tag"&gt;populaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Adama-Traore" rel="tag"&gt;Adama Traor&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est peu de dire que le maintien de l'ordre &#224; la fran&#231;aise a &#233;t&#233; bouscul&#233; ces derniers mois : r&#233;pression accrue, blessures en rafales, discours guerrier voire martial... Si cela ne comble pas le foss&#233; avec les banlieues en mati&#232;re de terreur polici&#232;re, un glissement s'est ind&#233;niablement op&#233;r&#233;. On le d&#233;crypte avec Mathieu Rigouste, auteur notamment de &lt;i&gt;La domination polici&#232;re : une violence industrielle&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2012, La Fabrique)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et d'&lt;i&gt;&#201;tat d'urgence et business de la s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(2016, Niet)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2966 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1206.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH205/-1206-f1e94.jpg?1782930902' width='500' height='205' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une digue semble avoir saut&#233; en mati&#232;re de r&#233;pression. Comme si l'on appliquait aux centres-villes ce qu'on r&#233;servait jusqu'ici aux banlieues...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas pareil, ce ne sont pas les m&#234;mes situations. Dans les quartiers populaires, les violences polici&#232;res assurent un syst&#232;me de s&#233;gr&#233;gation en m&#234;me temps qu'un r&#233;gime d'&#233;crasement quotidien et permanent. Ce sont des quartiers entiers qui sont occup&#233;s jour et nuit. Toutes les g&#233;n&#233;rations subissent ces violences qui constituent un v&#233;ritable mode de gouvernement. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y a des importations de dispositifs (chasses &#224; l'homme, grenades de d&#233;sencerclement en mode offensif, en tir tendu, ciblages de la t&#234;te avec les LBD, corps-&#224;-corps, &#233;tranglements et passages &#224; tabac, notamment au sol...) qui viennent effectivement du r&#233;pertoire de la police des cit&#233;s mais qui sont alors r&#233;agenc&#233;s. Et il y a des techniques qui ne passent pas de l'une &#224; l'autre (tirs &#224; balle r&#233;elle, pare-chocages, dynamiques de pers&#233;cution quotidienne&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on se demande chaque samedi comment la r&#233;pression n'a pas fait plus de morts, l'usage des techniques mortelles est contenu par la police dans le mouvement des Gilets jaunes, alors qu'il conditionne la vie quotidienne dans les quartiers s&#233;gr&#233;gu&#233;s, dans les prisons et au travers des fronti&#232;res. M&#234;me si le gouvernement pr&#233;pare le terrain pour r&#233;duire le co&#251;t m&#233;diatico-politique d'un mort lors d'une manifestation &#8220;Gilets jaunes&#8221;, &#231;a n'a rien &#224; voir avec la quinzaine de personnes tu&#233;es par la police chaque ann&#233;e dans les quartiers populaires, dont les corps semblent sans valeur pour les institutions et pour une partie de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement des Gilets jaunes subit des formes de f&#233;rocit&#233; polici&#232;re, c'est parce qu'il s'est rendu incontr&#244;lable. Et il exp&#233;rimente aussi des choses jamais vues, des amoncellements de dispositifs souvent incoh&#233;rents et mis en &#233;chec par la cr&#233;ativit&#233; collective. L&#224; o&#249; ces situations se ressemblent, c'est qu'il s'agit dans les deux cas pour la police d'interdire la rue en ab&#238;mant les corps et de briser des formes d'autonomie collective. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gouvernement a &#171; mobilis&#233; &#187; l'arm&#233;e samedi 23 mars (acte XIX) pour compl&#233;ter le dispositif de maintien de l'ordre. Une r&#233;gression consid&#233;rable en mati&#232;re de maintien de l'ordre, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;&#171; Ce n'est pas tellement une r&#233;gression. Comme disait Marx, les appareils militaires restent, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, toujours disponibles pour &#234;tre envoy&#233;s &#224; l'int&#233;rieur contre le peuple. Leur emploi n'a &#233;t&#233; restreint au XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle qu'&#224; l'int&#233;rieur des m&#233;tropoles imp&#233;riales et dans certaines situations o&#249; l'&#201;tat est capable de maintenir l'ordre social sans y avoir recours, comme lorsque le mouvement ouvrier est encadr&#233; par des structures syndicales et politiques qui font le travail de &#8220;pacification&#8221; en amont.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais des r&#233;gimes de guerre polici&#232;re ont &#233;t&#233; employ&#233;s contre des luttes ouvri&#232;res qui s'&#233;taient rendues incontr&#244;lables dans les ann&#233;es 1950, 1960, 1970 et 1980. Des unit&#233;s militaro-polici&#232;res comme la gendarmerie ont &#233;t&#233; employ&#233;es et ont tu&#233; en Guadeloupe en 1967, en Kanaky au milieu des ann&#233;es 1980, mais aussi dans les quartiers populaires o&#249; ce sont des gendarmes qui ont &#233;touff&#233; Adama Traor&#233;. L'infanterie n'a pas &#233;t&#233; envoy&#233;e pour r&#233;primer dans les quartiers populaires mais des d&#233;tachements de Sentinelle y patrouillent et sont parfois m&#234;me employ&#233;s &#224; titre de d&#233;monstration de force symbolique, comme lorsqu'une patrouille militaire est venue contr&#244;ler un rassemblement du Comit&#233; Adama Traor&#233; &lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mont&#233; pour obtenir justice et v&#233;rit&#233; &#224; la suite de la mort d'Adama Traor&#233; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; en 2018. La gendarmerie est en pointe dans le transfert et l'adaptation de dispositifs de contre-insurrection entre les guerres n&#233;ocoloniales, la r&#233;pression des r&#233;voltes dans les quartiers populaires et en dehors. L'&#232;re s&#233;curitaire se caract&#233;rise par une sorte de &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; entre le contr&#244;le et la guerre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si la r&#233;pression des Gilets jaunes fait couler plus d'encre que celle des banlieues, il semble que les choses commencent a changer, notamment sous l'impulsion du comite Adama Traor&#233;. Tu vois un tournant&lt;/strong&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Comit&#233; Adama m&#232;ne un travail intense de construction de solidarit&#233;s avec une grande diversit&#233; de secteurs du mouvement social. La lutte paie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute de nouvelles prises de conscience parce qu'il y a aussi de nouvelles formes d'alliances entre diff&#233;rentes luttes. &#199;a s'inscrit dans la continuit&#233; de d&#233;cennies de r&#233;sistances et de tentatives pour s'organiser et construire des ponts, de la part des luttes des quartiers et des immigrations. D'un autre c&#244;t&#233;, il y a des prises de conscience parce qu'il y a un partage d'exp&#233;rience de la f&#233;rocit&#233; polici&#232;re. Mais je ne vois pas vraiment de tournant &#224; ce niveau-l&#224;. La s&#233;gr&#233;gation socio-raciste continue de structurer la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise dans chacun de ces recoins et &#224; la moindre occasion, les r&#233;alit&#233;s et les enjeux des luttes des quartiers populaires passent &#224; la trappe. On l'a vu avec le S&#233;nat o&#249; certains ont argu&#233; qu'il fallait interdire les lanceurs de balles de d&#233;fense uniquement dans le cadre des manifestations publiques et en conserver l'emploi dans les quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but, le mouvement des Gilets jaunes voit se croiser, se rencontrer et s'organiser diff&#233;rentes franges des classes populaires urbaines et rurales, ainsi que de la petite bourgeoisie pr&#233;caris&#233;e. Et c'est directement l&#224;, sur le champ de bataille, que des intelligences collectives se forment &#224; l'intersection des gal&#232;res et des oppressions. Il en &#233;merge de nouveaux imaginaires, des pratiques d'autod&#233;fense et de contre-attaque. Des forces s'associent et trouvent les moyens de se rendre incontr&#244;lables. C'est un long processus historique qui est all&#233; boire des coups au Fouquet's. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;(2012, La Fabrique)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;(2016, Niet)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mont&#233; pour obtenir justice et v&#233;rit&#233; &#224; la suite de la mort d'Adama Traor&#233; &#224; la gendarmerie de Persan apr&#232;s son interpellation &#224; Beaumont-sur-Oise (Val d'Oise) en 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Alger United</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Alger-United</link>
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		<dc:date>2019-06-12T21:31:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Fethi Sahraoui</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dignes h&#233;riti&#232;res de la lutte anticoloniale dans les clubs de foot, les tribunes des stades alg&#233;riens sont un laboratoire de la contestation du r&#233;gime depuis plus d'une d&#233;cennie. Avec leurs chants protestataires et des slogans hostiles au pouvoir, les supporters sont devenus un des fers de lance des manifestations contre le clan Bouteflika. Au point que l'hymne du mouvement est une chanson venue tout droit des gradins. Reportage &#224; Alger au plus pr&#232;s de ces fans, &#224; l'heure o&#249; se pr&#233;pare un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Fethi-Sahraoui" rel="tag"&gt;Fethi Sahraoui&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/supporters" rel="tag"&gt;supporters&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/club" rel="tag"&gt;club&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mouloudia" rel="tag"&gt;Mouloudia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ultras-Verde" rel="tag"&gt;Ultras Verde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ultras" rel="tag"&gt;ultras&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouteflika" rel="tag"&gt;Bouteflika&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Verde-Leone" rel="tag"&gt;Verde Leone&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/MCA" rel="tag"&gt;MCA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/changement-radical" rel="tag"&gt;changement radical&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dignes h&#233;riti&#232;res de la lutte anticoloniale dans les clubs de foot, les tribunes des stades alg&#233;riens sont un laboratoire de la contestation du r&#233;gime depuis plus d'une d&#233;cennie. Avec leurs chants protestataires et des slogans hostiles au pouvoir, les supporters sont devenus un des fers de lance des manifestations contre le clan Bouteflika. Au point que l'hymne du mouvement est une chanson venue tout droit des gradins. Reportage &#224; Alger au plus pr&#232;s de ces fans, &#224; l'heure o&#249; se pr&#233;pare un derby opposant les deux plus grands clubs de foot de la capitale...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2939 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-1182-6b8e8.jpg?1782638366' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Fethi Sahraoui
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; N&lt;/span&gt;&lt;i&gt;ous exigeons un changement radical de syst&#232;me, non un changement de marionnettes.&lt;/i&gt; &#187; Trac&#233; &#224; la h&#226;te sur un drap blanc, le message a le m&#233;rite d'&#234;tre clair. En ce soir du lundi 11 mars, une folle ambiance de stade gagne la place Audin, en centre-ville d'Alger. La banderole mutine est entour&#233;e de fumig&#232;nes rougeoyants et les bancs servent de gradins de fortune &#224; des centaines de jeunes. Il y a quelques heures &#224; peine, Bouteflika a renonc&#233; &#224; se pr&#233;senter pour un cinqui&#232;me mandat cons&#233;cutif, tout en annon&#231;ant le report de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle pr&#233;vue le 18 avril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe l'ambigu&#239;t&#233; de l'annonce, les supporters-manifestants savourent la soir&#233;e en scandant &#171; &lt;i&gt;Alg&#233;rie, libre et d&#233;mocratique ! &lt;/i&gt; &#187; Les maillots et les &#233;charpes du Mouloudia club d'Alger (MCA) et de l'Union sportive de la m&#233;dina d'Alger (USMA) sont de sortie. Il faut dire que jeudi qui vient, les deux grands clubs de la capitale doivent s'affronter. Un &lt;i&gt;clasico&lt;/i&gt; connu dans le monde entier pour ses tribunes bouillantes. Quand soudain les policiers anti-&#233;meute pointent le bout de leur matraque, les jeunes protestataires s'&#233;vanouissent dans les rues alentour en un clin d'&#339;il. Fin de la partie.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Fedayins &#187; footballeurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, un soleil de plomb &#233;crase la pelouse synth&#233;tique de l'antique stade Omar-Hamadi, dans le quartier de Bologhine. Sur l'une des tribunes d&#233;cr&#233;pites qui surplombent la M&#233;diterran&#233;e, une imposante fresque rouge et noire : &#171; &lt;i&gt;Ici bat le c&#339;ur d'Alger.&lt;/i&gt; &#187; Bienvenue en territoire USMA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une poign&#233;e d'adolescents trie avec paresse des feuillets de couleur. &#171; &lt;i&gt;On pr&#233;pare le &lt;/i&gt;tifo&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Animation visuelle de grande envergure pouvant remplir une tribune.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;pour le match de jeudi contre le MCA au stade du 5-Juillet-1962&lt;/i&gt; &#187;, explique Khaled &lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'ensemble de ce reportage, les supporters ont demand&#233; &#224; &#234;tre anonymis&#233;s.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, la clope au bec. Du haut de ses 16 ans, il ajoute : &#171; &lt;i&gt;Les supporters du Mouloudia, ce sont des bl&#233;dards. Nous, les Usmistes, sommes pauvres, mais au moins, nous sommes toujours habill&#233;s &#233;l&#233;gamment, en rouge et noir. C'est pour &#231;a qu'on nous surnomme les &lt;/i&gt;lachichi&lt;i&gt; &lt;/i&gt;[beaux gosses]. &#187; un de ses potes au visage poupin balance : &#171; &lt;i&gt; Ceux du MCA, on les appelle les harkis. Pendant la guerre de lib&#233;ration, nous, nous avons lutt&#233; contre les Fran&#231;ais !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Situ&#233; alors au c&#339;ur de la Casbah, le si&#232;ge de l'USMA a servi en effet un temps de repaire pour les&lt;i&gt; fedayins &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom donn&#233; aux combattants pour la lib&#233;ration nationale.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Yacef Sa&#226;di, chef militaire FLN de la Zone autonome d'Alger, et Zoubir Bouadjadj, r&#233;volutionnaire alg&#233;rien, membre du Groupe des 22 &lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Groupe &#224; l'origine du d&#233;clenchement de la guerre de lib&#233;ration en 1954 et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, ont jou&#233; tous les deux sous les couleurs du club et y ont recrut&#233; des combattants. Une quarantaine de &#171; martyrs de l'Ind&#233;pendance &#187; sont issus des rangs de l'USMA. Le MCA n'a rejoint la lutte que plus tard, apr&#232;s que le FLN eut impos&#233; le boycott de toute comp&#233;tition aux clubs de foot alg&#233;riens en 1956. &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, c'est nous les combattants contre le clan Bouteflika, &lt;/i&gt;conclut Khaled dans un sourire. &lt;i&gt;C'est pour &#231;a qu'on est chaque vendredi en t&#234;te de cort&#232;ge dans les manifestations !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Marre de cette vie &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 22 f&#233;vrier, date de la premi&#232;re manifestation, la mobilisation des supporters de football ne faiblit pas. Dans les cort&#232;ges, leur pr&#233;sence en groupes organis&#233;s, arborant le maillot de leur &#233;quipe f&#233;tiche et entonnant avec vigueur des chants hostiles au pouvoir, a frapp&#233; les esprits. &#192; Constantine, ils ont m&#234;me &#233;t&#233; &#224; l'origine des premi&#232;res marches, encadrant et offrant des bouteilles d'eau aux manifestants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une des &#233;tincelles qui a mis le feu aux poudres &#224; Alger s'est produite mi-novembre, &lt;/i&gt;analyse Sofiane Baroudi, militant d'extr&#234;me gauche alg&#233;rois. &lt;i&gt;Lors d'une rencontre contre l'USM Bel-Abb&#232;s, les flics ont arr&#234;t&#233; plusieurs dizaines de supporters du Mouloudia sans v&#233;ritable raison.&lt;/i&gt; &#187; La vid&#233;o d'un jeune fan violemment tabass&#233; par la police suscite alors une vague d'indignation dans tout le pays. &#171; &lt;i&gt;Deux jours plus tard, treize jeunes de Ra&#239;s Hamidou, un quartier populaire de la capitale, prenaient clandestinement la mer direction l'Italie, &lt;/i&gt;poursuit Sofiane. &lt;i&gt;Seuls trois d'entre eux ont surv&#233;cu au naufrage de leur embarcation. S'en est suivi une grande manifestation sauvage contre la&lt;/i&gt; hogra&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sentiment de m&#233;pris et d'injustice.&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;i&gt; r&#233;unissant des supporters et des habitants de Ra&#239;s Hamidou.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repris &#224; tue-t&#234;te depuis 2018 par les supporters de l'USMA, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=kHZviPhZQxs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Casa del Mouradia&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; est devenu l'hymne des manifestants &#224; travers tout le pays. Le titre &#233;voque la Mouradia (le palais pr&#233;sidentiel) et fait r&#233;f&#233;rence &#224; &lt;i&gt;La Casa de Papel&lt;/i&gt;, s&#233;rie espagnole qui met en sc&#232;ne une bande de braqueurs professionnels. Compos&#233;e par le collectif de supporters apparent&#233;s ultras &lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233;e en Italie en 1968, la culture ultra d&#233;signe un support&#233;risme radical (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; Ouled el Bahdja (Les Fils de la Radieuse, surnom d'Alger), la chanson commence par d&#233;crire le quotidien de la jeunesse alg&#233;rienne : &#171; &lt;i&gt;C'est l'aube et le sommeil ne vient pas. Je consomme &lt;/i&gt;[de la drogue] &lt;i&gt;&#224; petites doses. Quelle en est la raison ? Qui dois-je bl&#226;mer ? On en a marre de cette vie.&lt;/i&gt; &#187; Puis la suite des paroles conspue sans ambages les quatre mandats de Bouteflika.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette chanson raconte ce que pense la majorit&#233; des jeunes Alg&#233;riens, &lt;/i&gt;avance Mehdi, Usmiste de 17 ans qui habite A&#239;n Benian, dans la banlieue ouest d'Alger. &lt;i&gt;Depuis sa mise en ligne sur YouTube en avril 2018, elle a &#233;t&#233; vue quatre millions de fois. Dans mon lyc&#233;e, elle est chant&#233;e par tout le monde : &#231;a a fait le buzz et c'est tout naturellement que c'est repris en manifestation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rock the Casbah&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quinze ans, le chant de stade est devenu un genre musical &#224; part enti&#232;re en Alg&#233;rie, avec ses tubes et ses groupes. &#192; l'instar de Torino, groupe de musiciens ultras du Mouloudia : ils ont lanc&#233; en d&#233;but d'ann&#233;e le single &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=CFPavPLIXlc&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;3am Sa&#239;d&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, critique acerbe du syst&#232;me judiciaire et du clan Bouteflika. Les supporters de l'Union sportive de Madinet El Harrach sont connus pour leur titre phare &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=iqSi3OjIJV0&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Chkoun sbabna&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ? (Qui est responsable de nos malheurs ?). La r&#233;ponse est sans appel : &#171; &lt;i&gt; L'&#201;tat.&lt;/i&gt; &#187; Avant d'encha&#238;ner : &#171; &lt;i&gt; Mon fr&#232;re pourquoi pleures-tu ? N'est-ce pas ceux-l&#224; qui ont trahi les fellagas ? Laisse-moi fuir, m&#234;me si je dois risquer ma vie. Les criminels, ce sont eux, mon ami !&lt;/i&gt; &#187; Cr&#233;&#233;s en 2010, les Ouled el Bahdja demeurent les stars incontestables de cette sc&#232;ne, avec des cartons comme &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3fvizyZClMI&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Qilouna&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; qui d&#233;nonce la corruption ou &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=29GkFyAL10Y&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Babour ellouh&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; sur les &lt;i&gt;harragas&lt;/i&gt; &#8211; les &#233;migrants ill&#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Depuis les ann&#233;es 1980, les stades de football ont servi d'exutoire aux Alg&#233;riens contre le pouvoir en place. Et il y a toujours eu en Alg&#233;rie une tradition de chants contestataires de supporters,&lt;/i&gt; souligne Mohamed Brahdji, journaliste sportif. &lt;i&gt;Aujourd'hui, ces chansons traduisent le d&#233;sarroi et la soif de libert&#233; de toute une jeunesse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Provenant en grande partie de la Casbah, quartier qui a vu na&#238;tre le cha&#226;bi alg&#233;rien, les Usmistes se sont inspir&#233;s de cette musique arabo-andalouse et de la dimension contestataire du ra&#239; pour composer leurs propres chants. Dans un pays o&#249; 45 % de la population a moins de 25 ans, les ultras ont sublim&#233; la condition morose des &lt;i&gt;zawali&lt;/i&gt;, les jeunes marginalis&#233;s des quartiers populaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est &#233;galement l'anti-autoritarisme propre &#224; la culture ultra qui a s&#233;duit la jeunesse, &lt;/i&gt;pr&#233;cise Sofiane Baroudi.&lt;i&gt; Il y a quelques jours encore, les supporters du Mouloudia ont tous quitt&#233; leur tribune &#224; la vingti&#232;me minute pour protester contre les vingt ans de pouvoir de Bouteflika. &lt;/i&gt; &#187; D&#233;barqu&#233; vers 2007 en Afrique du Nord gr&#226;ce &#224; Internet et aux r&#233;seaux sociaux, le support&#233;risme ultra a su organiser et donner une dimension politique au d&#233;fouloir qu'&#233;taient les tribunes alg&#233;riennes &lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2011, les supporters ultras des clubs de football de Tunis et du Caire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le Mouloudia dans le sang&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J-1 avant le choc MCA-USMA. En ville, la rumeur circule qu'un &lt;i&gt;tifo &lt;/i&gt;commun appelant &#224; la fin du r&#233;gime est en cours de confection par des supporters des deux clubs rivaux. D'autres ass&#232;nent que la mort de Bouteflika sera annonc&#233;e aujourd'hui, afin d'annuler en m&#234;me temps le derby et la manifestation du vendredi sous pr&#233;texte de deuil national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Je ne sais pas ce que va faire le pouvoir concernant le derby de demain,&lt;/i&gt; s'interroge Brahim, quinquag&#233;naire habitant &#224; Telemly, un quartier des hauteurs d'Alger. &lt;i&gt;Ah Mouloudia, Mouloudia, Mouloudia... j'ai &#231;a dans le sang depuis que je suis tout petit ! C'est un h&#233;ritage de mon p&#232;re et je l'ai d&#233;j&#224; transmis &#224; mon enfant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les rencontres MCA-USMA ont &#233;t&#233; baptis&#233;es &#171; &lt;i&gt;le derby des fr&#232;res ennemis &lt;/i&gt; &#187;, c'est que les supporters historiques des deux clubs cohabitent dans les m&#234;mes ruelles de la Casbah et de Bab-el-Oued. Et de nombreuses familles alg&#233;roises regroupent des fans des deux &#233;quipes. Le Mouloudia est toutefois le club le plus populaire d'Alg&#233;rie avec cinq millions de supporters revendiqu&#233;s &#8211; appel&#233;s &#171; les Chinois &#187; en raison de leur grand nombre. Les raisons de son succ&#232;s ? Fond&#233; en 1921 et surnomm&#233; &#171; Le Doyen &#187;, le MCA a tout de suite incarn&#233; l'identit&#233; alg&#233;rienne anticoloniale en devenant le premier club musulman du pays. Effray&#233;es par ce club cr&#233;&#233; par et pour les Alg&#233;riens, les autorit&#233;s fran&#231;aises obligeront m&#234;me les &#233;quipes musulmanes &#224; int&#233;grer un quota de joueurs europ&#233;ens dans les ann&#233;es 1930.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Alg&#233;riens &#224; part enti&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; quelques encablures du stade Omar-Hamadi, une porte m&#233;tallique standard ferme ce qui semble &#234;tre un modeste d&#233;barras. Pass&#233; l'entr&#233;e, apr&#232;s un d&#233;dale d'escaliers d&#233;labr&#233;s, on arrive dans une large salle lumineuse dont une ouverture donne directement sur la mer. Une magnifique fresque en l'honneur du MCA orne un des pans de mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bienvenue &#224; la Casa Verde, le si&#232;ge des Ultras Verde Leone. Ici, pas de photo, pas de micro&lt;/i&gt; &#187;, lance m&#233;caniquement Kacem, la trentaine, casquette viss&#233;e sur la t&#234;te. Apr&#232;s s'&#234;tre enfil&#233; un Coca et deux cigarettes, il encha&#238;ne : &#171; &lt;i&gt; Le nom Mouloudia fait r&#233;f&#233;rence au Mawlid, la f&#234;te c&#233;l&#233;brant la naissance du Proph&#232;te. Quant aux deux couleurs du club, le vert et le rouge, elles symbolisent l'islam et le sang des martyrs. Nous sommes les porteurs d'une histoire de r&#233;sistance que l'on se transmet de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration.&lt;/i&gt; &#187; Abdel, en surv&#234;tement Sergio Tacchini, compl&#232;te : &#171; &lt;i&gt;Les Ultras Verde Leone sont le premier groupe d'ultras d'Alg&#233;rie. Nous sommes n&#233;s en 2007 et nous nous sommes inspir&#233;s de l'Italie pour revenir aux sources m&#234;mes de la culture ultra : chants rythm&#233;s par le tambour, banderoles en italien, anonymat des membres et surtout fid&#233;lit&#233; envers le club. M&#234;me au plus bas du classement, notre tribune &#233;tait toujours pleine &#224; craquer.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, les Ultras Verde Leone se sont mis en sommeil. Nul ne sait pourquoi, culture du secret oblige. Un autre groupe ultra, les Green Corsairs, a pris le devant de la sc&#232;ne. R&#233;unis depuis 2012, ces supporters sont plus jeunes et surtout plus conflictuels que leurs a&#238;n&#233;s. Depuis peu, ils s'habillent tout en noir dans les gradins, fa&#231;on Black Blocs. &#171; &lt;i&gt;&#192; partir de 2016, face &#224; la contestation croissante du r&#233;gime dans les tribunes, il y a eu un tournant r&#233;pressif envers les ultras,&lt;/i&gt; raconte Kacem. &lt;i&gt;L'&#233;meute de novembre dernier, durant un match contre l'USM Bel-Abb&#232;s, est venue du fait que les flics nous ont emp&#234;ch&#233;s d'accrocher nos banderoles protestataires dans les gradins.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit d'encre tombe sur la mer. Les volutes de fum&#233;e de cigarette saturent la Casa Verde tandis qu'une dizaine de Verde Leone &#233;changent &#224; demi-mot. &#171; &lt;i&gt;Demain il n'y aura aucun &lt;/i&gt;tifo &lt;i&gt;de la part des supporters des deux clubs,&lt;/i&gt; affirme Kacem. &lt;i&gt;Et nous irons manifester vendredi contre ce r&#233;gime. Pas en tant qu'ultras, mais en tant qu'Alg&#233;riens &#224; part enti&#232;re. Ultra, c'est le club avant tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;All Cops Are Bouteflika&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 14 mars. En ce jour de derby, un vent froid souffle sur la baie d'Alger. Et les t&#233;l&#233;phones des supporters ne cessent de sonner. Certains craignent une intervention massive de la police pour une op&#233;ration coup de poing &#224; l'encontre des ultras. Depuis ce matin, un tract frapp&#233; du logo du MCA circule sur Internet et a &#233;t&#233; coll&#233; sur les murs de Bab-el-Oued : &#171; &lt;i&gt; On ne peut pas aller &#224; une f&#234;te de mariage quand sa m&#232;re est malade.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Boycottons les gradins dans l'int&#233;r&#234;t du pays et celui du club. Nous demandons &#224; tous les supporters de suivre une seule voie et de ne laisser aucune id&#233;e nous s&#233;parer. Nous supporterons l'Alg&#233;rie demain dans les rues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est 17 h au stade du 5-Juillet-1962 quand le derby d&#233;bute. Dans cette enceinte de 80 000 places &#224; l'architecture oscillant entre l'ar&#232;ne sovi&#233;tique et le bling-bling saoudien, les trois quarts des gradins sont cruellement vides. En revanche, la police anti-&#233;meute est massivement pr&#233;sente dans les trav&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques supporters &#233;pars du Mouloudia entament leur mythique &#171; &lt;i&gt;Bouteflika le Marocain &lt;/i&gt;[il est n&#233; &#224; Oujda, au Maroc],&lt;i&gt; pas de cinqui&#232;me mandat ! &lt;/i&gt; &#187; De l'autre c&#244;t&#233; de l'ar&#232;ne, plusieurs centaines de Ouled el Bahdja entonnent &lt;i&gt;La Casa del Mouradia &lt;/i&gt;&#224; l'entr&#233;e des joueurs. &#171; &lt;i&gt; Nous avons annul&#233; le&lt;/i&gt; tifo&lt;i&gt; qui devait &#234;tre d&#233;ploy&#233;, car la beaut&#233; des tribunes lors des pr&#233;c&#233;dents derbys alg&#233;rois a &#233;t&#233; instrumentalis&#233;e par l'&#201;tat pour montrer une image d&#233;form&#233;e de la r&#233;alit&#233; sociale alg&#233;rienne,&lt;/i&gt; nous confient des fondateurs des Ouled el Bahdja. &lt;i&gt;Nous nous contentons de chanter pour notre &#233;quipe, sans oublier de passer nos messages &#224; ce syst&#232;me mourant. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les cinq derni&#232;res minutes du match, les tribunes des deux clubs clament en ch&#339;ur des slogans contre le pouvoir. Le MCA emporte la partie deux buts &#224; un. Mais au coup de sifflet final, les supporters du Mouloudia d&#233;talent du stade sans m&#234;me profiter de leur victoire avec les joueurs. Chacun a d&#233;j&#224; en t&#234;te la manifestation du lendemain contre le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;J'en Neymar de vous&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D&#233;cisif&lt;/i&gt; &#187;. C'est le mot &#224; la bouche de tous les Alg&#233;rois en ce 4e vendredi de marche contre le r&#233;gime. Venus en famille ou avec leur quartier, hommes et femmes, enfants et vieillards, battent le pav&#233; sur les principaux axes du centre de la capitale. Certains brandissent des cartons rouges &#224; l'encontre du pr&#233;sident. Sur des pancartes, on aper&#231;oit Dora l'exploratrice demander &#171; &lt;i&gt;O&#249; est Bouteflika ? Je ne le vois pas&lt;/i&gt; &#187; et l'attaquant br&#233;silien Neymar d&#233;clarer &#171; &lt;i&gt; J'en Neymar de vous &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sein des cort&#232;ges, les ultras encha&#238;nent comme un seul homme les chants de stade. Depuis quelques jours, les diff&#233;rents groupes ultras d'Alger se sont d&#233;clar&#233;s &lt;i&gt;khoya khoya&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire &#171; fr&#232;res &#187;. Les supporters du Mouloudia, de l'USMA, de l'Union sportive de Madinet El Harrach mais aussi du Chabab Riadhi Belouizdad ont mis temporairement de c&#244;t&#233; leurs rivalit&#233;s footballistiques pour unir leur force contre le r&#233;gime. &#171; &lt;i&gt; Apr&#232;s le d&#233;part total du r&#233;gime, le plus grand d&#233;fi sera de reconstruire le pays, &lt;/i&gt;se projette d&#233;j&#224; Mehdi, le jeune supporter de l'USMA venu de la banlieue ouest. &lt;i&gt;Cela ne se fera que si cette maturit&#233; qu'est en train de prendre la jeunesse issue des stades de football continue de se r&#233;pandre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mise en ligne fin f&#233;vrier, une des derni&#232;res chansons des Ouled el Bahdja &lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La veille de la manifestation du 15 mars, la star du rap Soolking a mis en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=l_oFC5isVR8&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ultima Verba&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (&#171; Dernier avertissement &#187;) s'est d&#233;j&#224; propag&#233;e comme une tra&#238;n&#233;e de poudre lors des marches. Les paroles mart&#232;lent : &#171; &lt;i&gt;Le temps nous appartient, l'&#201;tat chutera avec ceux qui ont construit l'autoroute.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;f&#233;rence directe au pr&#233;sident de leur club, Ali Haddad, un businessman proche du pouvoir et tremp&#233; dans une immense affaire de corruption pour la construction d'une autoroute. Mis sous pression, cet affairiste a fini par d&#233;missionner le 28 mars de son poste de pr&#233;sident du Forum des chefs d'entreprises, l'&#233;quivalent du Medef&lt;a href=&#034;#nb7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avant d'&#234;tre arr&#234;t&#233; trois jours plus tard &#224; un poste-fronti&#232;re avec la Tunisie.&#034; id=&#034;nh7-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. Plus qu'obtenir la destitution du seul clan Bouteflika, les supporters esp&#232;rent renverser le&lt;i&gt; syst&#232;me &lt;/i&gt;alg&#233;rien dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Animation visuelle de grande envergure pouvant remplir une tribune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour l'ensemble de ce reportage, les supporters ont demand&#233; &#224; &#234;tre anonymis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nom donn&#233; aux combattants pour la lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Groupe &#224; l'origine du d&#233;clenchement de la guerre de lib&#233;ration en 1954 et de la naissance du FLN.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sentiment de m&#233;pris et d'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;N&#233;e en Italie en 1968, la culture ultra d&#233;signe un support&#233;risme radical structur&#233; autour de groupes auto-organis&#233;s qui animent les matchs en cr&#233;ant des animations visuelles (tifos, banderoles, fumig&#232;nes) et sonores (chants, slogans). Les ultras sont r&#233;put&#233;s pour leur culture de l'anonymat et leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis des instances dirigeantes de leur club.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2011, les supporters ultras des clubs de football de Tunis et du Caire ont &#233;galement &#233;t&#233; en pointe des r&#233;voltes du printemps arabe. Idem &#224; Istanbul lors du mouvement de la place Taksim en 2013 (voir &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Carsi-est-contre-tout-meme-contre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Carsi est contre tout, m&#234;me contre lui-m&#234;me !&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 123, juin 2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La veille de la manifestation du 15 mars, la star du rap Soolking a mis en ligne &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=CTAH-AqYm48&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Libert&#233;&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, un featuring avec les Ouled el Badhja. D&#233;passant les 35 millions de vues en deux semaines sur YouTube, la chanson avance : &#171; &lt;i&gt;Ils ont cru qu'on avait peur de ce pass&#233; tout noir&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. La libert&#233;, nous, &#231;a ne nous fait pas peur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avant d'&#234;tre arr&#234;t&#233; trois jours plus tard &#224; un poste-fronti&#232;re avec la Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Revenir &#224; Noailles</title>
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		<dc:date>2019-06-05T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Dominique Carpentier</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne causa huit morts, comme autant de marques ind&#233;l&#233;biles sur le quartier de Noailles. Mais la secousse n'en finit pas de toucher les habitants du Marseille populaire, expuls&#233;s comme des fautifs de leur logement insalubre, apr&#232;s des ann&#233;es d'inertie municipale. T&#233;moignage d'un habitant nostalgique du foisonnement de son immeuble, Tour de Babel d&#233;cr&#233;pite. Mars 2019. Voil&#224; deux mois d&#233;j&#224; que nous avons &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Un matin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no175-avril-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;175 (avril 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Caroline-Biscarrat" rel="tag"&gt;Caroline Biscarrat&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-immeuble" rel="tag"&gt;l'immeuble&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 5 novembre 2018, l'effondrement de deux immeubles de la rue d'Aubagne causa huit morts, comme autant de marques ind&#233;l&#233;biles sur le quartier de Noailles. Mais la secousse n'en finit pas de toucher les habitants du Marseille populaire, expuls&#233;s comme des fautifs de leur logement insalubre, apr&#232;s des ann&#233;es d'inertie municipale. T&#233;moignage d'un habitant nostalgique du foisonnement de son immeuble, Tour de Babel d&#233;cr&#233;pite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2940 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;82&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/-1183-cdc3d.jpg?1782962110' width='500' height='321' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dans l'immeuble en question. Noailles, Marseille, 2019. Photo Caroline Biscarrat
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;ars 2019. Voil&#224; deux mois d&#233;j&#224; que nous avons &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Un matin de janvier, pompiers, policiers, experts, membres du syndic, agents municipaux ainsi qu'une poign&#233;e de propri&#233;taires nous ont donn&#233; une heure pour ramasser nos effets personnels et quitter l'immeuble &lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but avril 2019, plus de 2 400 personnes avaient ainsi &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une panique savamment orchestr&#233;e, nous nous croisions dans les escaliers mena&#231;ants. Les minibus du Samu social nous attendaient pour nous conduire dans diff&#233;rents h&#244;tels. Nous enfournions sacs mal ficel&#233;s, cabas et valises dans les coffres. Le fils de ma voisine du dessus, autiste, avait perdu de vue sa m&#232;re. Il se pr&#233;cipita dans le v&#233;hicule o&#249; j'avais pris place. Il s'accrochait &#224; moi en hurlant. J'&#233;tais son seul rep&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vie suspendue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Deux mois se sont &#233;coul&#233;s et je retrouve l'immeuble dans lequel j'ai v&#233;cu durant quinze ans, qu'une poign&#233;e d'ouvriers sont charg&#233;s de remettre en &#233;tat. Les gravats des plafonds d&#233;fonc&#233;s se sont r&#233;pandus sur les meubles. Le plus choquant, c'est cette impression que tout s'est arr&#234;t&#233;, fig&#233; par cet exil forc&#233;. Certains ont fui sans m&#234;me avoir eu le temps de faire la vaisselle. Il y a plein d'objets du quotidien, des traces d'une vie soudain suspendue. Et pourtant avant cette glaciation d&#233;cid&#233;e par arr&#234;t&#233; municipal, les lumi&#232;res faisaient de ce lieu une sorte de foisonnement...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier &#233;tage, une femme originaire du Cap-Vert vivait seule avec son fils handicap&#233;. Mais il y avait toujours du monde chez elle. Maria me h&#233;lait pour l'aider &#224; remplir des papiers auxquels elle ne comprenait rien. En &#233;change, elle m'offrait un verre de ce rhum arrang&#233; qui me fracassait la t&#234;te d&#232;s dix heures du matin. Elle m'invitait souvent &#224; des f&#234;tes o&#249; je me retrouvais le seul Blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face de chez elle, une succession de locataires a d&#233;fil&#233;. Il y eut d'abord cette famille mouride, une confr&#233;rie musulmane du S&#233;n&#233;gal, tr&#232;s ax&#233;e sur le commerce et qui ach&#232;te &#224; vil prix des gadgets en Italie, qu'elle revend &#224; la sauvette. Et puis, venues du Portugal, des ni&#232;ces de Maria prirent leur place, jusqu'&#224; cette famille qui donna au lieu des allures de bonbonni&#232;re. Elle n'&#233;chappa pas &#224; l'expulsion ni au marteau piqueur, qui martyrisera la d&#233;coration joyeuse qui faisait &#233;clater les couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marchands de pain et de sommeil&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au deuxi&#232;me &#233;tage, les familles qui se sont succ&#233;d&#233; &#233;taient toutes originaires du Maghreb. Le moment du ramadan &#233;tait une f&#234;te. En &#233;change de quelques services, d'&#233;changes et d'informations, la porte &#233;tait toujours ouverte et la table garnie. Dora, une petite fille aux yeux p&#233;tillants, ses deux fr&#232;res et sa maman furent les derniers occupants de cet appartement dont le propri&#233;taire poss&#233;dait des dizaines de taudis dans le quartier. Le boulanger ! Outre le fait que son pain est infect, il m&#232;ne son personnel &#224; la baguette (d&#233;formation professionnelle ?). Surtout, il devient facilement mena&#231;ant quand ses locataires rechignent &#224; payer leur loyer &#8211; &lt;i&gt;sous pr&#233;texte&lt;/i&gt; d'une fuite d'eau, d'un plancher qui s'effondre, d'un plafond dont les plaques de pl&#226;tre viennent s'&#233;craser sur le mobilier, de moisissures sur les murs ou encore du saturnisme dont souffre le petit dernier, en raison des peintures au plomb jamais remplac&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le palier d'en face, une famille de trois g&#233;n&#233;rations, compos&#233;e de six personnes, occupait un espace minuscule. Le p&#232;re quittait le domicile t&#244;t le matin. Je ne le rencontrais qu'occasionnellement, mais depuis l'effondrement du 5 novembre, il &#233;tait inquiet. &#171; &lt;i&gt;S'ils ne font rien, nous subirons bient&#244;t le m&#234;me sort. Je travaille dans le b&#226;timent et je ne suis pas tranquille dans cet immeuble. &lt;/i&gt; &#187; D&#233;sormais un immense poste de t&#233;l&#233;vision tr&#244;ne esseul&#233; dans ce qui fut &#224; la fois le salon, la salle &#224; manger et une chambre am&#233;nag&#233;e. Quelques sacs &#233;normes reposent &#224; m&#234;me le plancher : ce qu'on n'a pas pu r&#233;cup&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au troisi&#232;me &#233;tage, Setti &#233;tait l'historique de l'immeuble. Elle habitait ici depuis plus d'un quart de si&#232;cle. Elle a vu les locataires se succ&#233;der, les fuites d'eau lui pourrir la vie, l'habitat se d&#233;grader... Volontaire, elle n'a jamais cess&#233; de r&#233;clamer ses droits aupr&#232;s des autorit&#233;s, rest&#233;es sourdes malgr&#233; ses nombreuses relances. Lorsqu'elle s'absentait pour l'Alg&#233;rie, je lui rendais de menus services. &#192; son retour, elle me faisait toujours des cadeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'appartement de l'autre c&#244;t&#233; de mon palier, il y eut toujours une sorte de myst&#232;re. Il appartenait au pizzaiolo officiant au rez-de-chauss&#233;e. Si le pain du boulanger &#233;tait particuli&#232;rement mauvais, les pizzas de son voisin lui faisaient concurrence. La p&#226;te &#233;tait molle et la garniture sortait d'&#233;normes bo&#238;tes de conserve peu rago&#251;tantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a jamais vraiment eu de locataire fixe. Plut&#244;t un d&#233;fil&#233; d'hommes c&#233;libataires, souvent jeunes, qui n'occupaient les lieux que quelques nuits. Il en fut ainsi d'un colosse blond que je pris pour un travailleur d&#233;tach&#233; venu des pays de l'Est. On se saluait sans autre forme de politesse. Un soir un &#233;norme vacarme se produisit. L'homme martelait la porte de grands coups de pieds. Le mur de la cage d'escalier tremblait. La porte ne c&#233;da pas, mais son chambranle vola en &#233;clat. Les briques et le pl&#226;tre form&#232;rent un trou b&#233;ant. Le g&#233;ant p&#233;n&#233;tra dans ce qui fut un moment son refuge. &#171; &lt;i&gt;Ce salaud m'a confisqu&#233; la cl&#233; et j'ai toutes mes affaires &#224; l'int&#233;rieur ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne revis jamais cet homme, pas plus qu'aucun autre locataire. Mais &#224; partir de cet incident, le pizzaiolo entreprit des travaux qui fragilis&#232;rent un peu plus &#224; la fois mon appartement &#8211; mitoyen &#8211; et celui de Setti, situ&#233; juste en dessous.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;g&#226;ts &#224; tous les &#233;tages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cinqui&#232;me et dernier &#233;tage est sans doute celui qui fourmille le plus d'anecdotes. Au moment de mon installation, il &#233;tait occup&#233; par une famille comorienne. Le p&#232;re travaillait dans la cuisine d'un restaurant touristique du Vieux-Port. Ses conditions de travail &#233;taient indignes, ses heures &#233;lastiques et son salaire d&#233;risoire. La m&#232;re restait souvent seule &#224; la maison pour s'occuper des quatre enfants en bas &#226;ge. Seul l'a&#238;n&#233;, Issac, &#233;tait scolaris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un midi, je croisai Issac qui pleurait dans les escaliers. Sa maman avait oubli&#233; d'aller le chercher &#224; l'&#233;cole. Petit bout d'&#224; peine plus de six ans, il ne savait pas quoi faire ni o&#249; aller alors que l'&#233;cole ne reprenait qu'&#224; 13 h 30. Issac, mon fils L&#233;o et moi avons partag&#233; le repas. Les larmes avaient s&#233;ch&#233; et une grande complicit&#233; &#233;tait n&#233;e entre nous. C'est donc avec une sorte de d&#233;chirement que j'assistai &#224; leur d&#233;m&#233;nagement dans un appartement plus grand &#224; un saut de puce de l&#224;, rue du Mus&#233;e. On se revoit de loin en loin. Issac est devenu un grand jeune homme au sourire toujours charmant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une famille s&#233;n&#233;galaise s'installa &#224; leur place. Il n'y avait pas de p&#232;re. Juste une femme et ses deux filles. Je croisais souvent cette voisine pour remplir des constats &#8211; les inondations du plafond de ma cuisine se faisant r&#233;currentes au point que mon assurance se lassa de devoir payer les d&#233;g&#226;ts des eaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles partirent &#224; la fin de 2016, rapidement remplac&#233;es par une autre famille venue d'Alg&#233;rie. En janvier 2017, j'entendis les cris de la m&#232;re au-dessus de ma t&#234;te. Son fils, autiste, venait de traverser le plancher de la cuisine. On appela les pompiers qui assur&#232;rent le relogement de la famille, le temps que le propri&#233;taire fasse les r&#233;parations. Ce fut le d&#233;but de notre longue descente aux enfers...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 26 mai 2018, un premier arr&#234;t&#233; constatant l'insalubrit&#233; de l'immeuble fut pris par la mairie, mettant en demeure le syndic de proc&#233;der &#224; des travaux dans les parties communes dans un d&#233;lai de deux mois. Il resta sans r&#233;ponse jusqu'au drame de la rue d'Aubagne, le 5 novembre. On assista alors au d&#233;fil&#233; des sp&#233;cialistes, et m&#234;me du syndic sur lequel on put enfin mettre un visage. Le 27 d&#233;cembre, un message des pompiers m'intimait l'ordre d'ouvrir mon logement. En voyage, loin de Marseille, je ne r&#233;pondis pas &#224; cette injonction... Ce fut le dernier message avant notre &#233;vacuation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dominique Carpentier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire aussi&lt;/h3&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Zineb-Redouane-notre-d-r-ame' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La police tue, la justice tra&#238;ne : Zineb Redouane, notre d(r)ame&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Touch&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, jour de manifestation contre le logement indigne &#224; Marseille, Zineb Redouane s'est &#233;teinte le lendemain &#224; l'h&#244;pital. Sa fille Milfet se bat pour que justice soit faite et que cesse l'ind&#233;cent d&#233;ni politique autour des causes de sa mort.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/A-Marseille-la-mairie-s-effondre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Urbanisme et catastrophe : &#224; Marseille, la mairie s'effondre et la ville se soul&#232;ve&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Huit morts sous les d&#233;combres. Pourtant, pas de bombardier am&#233;ricain &#224; l'horizon, ni de dynamiteur allemand&#8230; Juste des sp&#233;culateurs, publics et priv&#233;s. Mais qu'on &#233;rige un mur de b&#233;ton autour de la Plaine pour imposer un chantier hostile ou qu'on laisse pourrir un quartier jusqu'&#224; l'effondrement de deux immeubles sur ses habitants, c'est d'une m&#234;me guerre qu'il s'agit. Celle que m&#232;ne la mairie au Marseille populaire. &#192; Noailles, huit personnes en sont mortes, &#233;cras&#233;es sous les gravats et le m&#233;pris. &#192; l'effroi a succ&#233;d&#233; la col&#232;re. Et un constat qui se propage : l'injustice n'a que trop dur&#233;.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Vent-de-panique-effet-d-aubaine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Vent de panique, effet d'aubaine&lt;/a&gt; &gt;&lt;/strong&gt; Et si la catastrophe de Noailles permettait &#224; la mairie de Marseille de r&#233;aliser enfin la gentrification massive dont elle r&#234;ve ?&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but avril 2019, plus de 2 400 personnes avaient ainsi &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;es &#224; la va-vite depuis le 5 novembre 2018. Leur prise en charge s'est ensuite souvent r&#233;v&#233;l&#233;e d&#233;faillante [&lt;i&gt;NDLR&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lire au Fouquet's</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;O&#249; il est notamment question des derniers livres de Cl&#233;mentine Autain et de Pinar Selek... Ah ! &#199;a va pas &#234;tre gai ce mois-ci pour vos petites manies de lecteurs engonc&#233;s dans les fauteuils moelleux du Fouquet's. Les ronds de serviettes et couverts en argent sont partis dans les poches des gueux. Vous allez pouvoir chialer, tel un Yannick Jadot voyant un Gilet jaune arm&#233; d'un litre de bio&#233;thanol foncer vers lui pour lui foutre le feu, avec le beau livre de Cl&#233;mentine Autain. La d&#233;put&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;O&#249; il est notamment question des derniers livres de Cl&#233;mentine Autain et de Pinar Selek...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;h ! &#199;a va pas &#234;tre gai ce mois-ci pour vos petites manies de lecteurs engonc&#233;s dans les fauteuils moelleux du Fouquet's. Les ronds de serviettes et couverts en argent sont partis dans les poches des gueux. Vous allez pouvoir chialer, tel un Yannick Jadot voyant un Gilet jaune arm&#233; d'un litre de bio&#233;thanol foncer vers lui pour lui foutre le feu, avec le beau livre de Cl&#233;mentine Autain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;put&#233;e Insoumise,&lt;/strong&gt; qui a eu le courage de parler de son viol et d'&#233;crire &#224; ce sujet, publie un r&#233;cit personnel au ton tr&#232;s juste, sans fioriture ni emphase. Dans &lt;i&gt;Dites-lui que je l'aime&lt;/i&gt; (&#233;d. Grasset), r&#233;f&#233;rence au film de Claude Miller o&#249; jouait sa m&#232;re Dominique Laffin, elle &#233;voque celle qui ne fut pas vraiment la meilleure des mamans. Au point qu'elle en soit venue &#224; l'occulter : &#171; &lt;i&gt;Je t'avais rang&#233;e, je m'&#233;tais arrang&#233;e. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand le film &lt;i&gt;Gar&#231;on&lt;/i&gt;,&lt;/strong&gt; de Claude Sautet, passait &#224; la t&#233;l&#233;vision, Cl&#233;mentine Autain zappait pour ne pas voir &#224; l'&#233;cran son actrice de m&#232;re, alcoolique, dont la pr&#233;sence &#233;tait rare et inqui&#233;tante. La m&#244;me r&#234;vait de maisons bourgeoises comme de linge parfum&#233; &#224; la lavande, de petits d&#233;jeuners Ricor&#233;, en bref d'une famille unie, de soleil et de s&#233;curit&#233;. La vie de sa m&#232;re, c'&#233;tait surtout la bi&#232;re au petit d&#233;jeuner, les retards, les enjamb&#233;es de balcons, les amants multiples. Une vie libre pour l'int&#233;ress&#233;e, mais pas vraiment adapt&#233;e &#224; l'enfant qu'&#233;tait Cl&#233;mentine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 1985,&lt;/strong&gt; sa m&#232;re meurt d'une crise cardiaque &#8211; &#171; &lt;i&gt;c'est peut-&#234;tre mieux comme &#231;a &lt;/i&gt; &#187;. O&#249; peut &#234;tre pas. Traumatis&#233;e par un viol, Cl&#233;mentine change de sujet de m&#233;moire et choisit l'histoire du MLF (Mouvement de lib&#233;ration des femmes), ce qui l'aiguillera vers des f&#233;ministes radicales, les P&#233;troleuses. Elle qui voulait enterrer le souvenir de sa m&#232;re va retomber dessus, en h&#233;ritage. Dominique Laffin, &#171; &lt;i&gt; une femme triste mais lib&#233;r&#233;e &lt;/i&gt; &#187;. F&#233;ministe, ador&#233;e par le cin&#233;ma d'alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre pays, &lt;/strong&gt;autre langue, mais douleur aussi avec Pinar Selek qui dialogue, dans &lt;i&gt;L'Insolente&lt;/i&gt;, avec Guillaume Gamblin, journaliste au magazine &lt;i&gt;Silence&lt;/i&gt;. Pourtant, la vie de cette sociologue f&#233;ministe a tout d'une aventure. Elle qui r&#233;ussit ses &#233;tudes se cogne &#224; la r&#233;alit&#233; en vivant avec les gosses de rues d'Istanbul dont elle partage la quotidien : &#171; &lt;i&gt;Ils sniffaient du &#8220;tiner&#8221;, du solvant de peinture.&lt;/i&gt; &#187; N&#233;e dans un monde magique, c'est la rue qui va lui apprendre la vie. Elle r&#233;alise des enqu&#234;tes audacieuses dans les maisons closes en se cachant avec la complicit&#233; des prostitu&#233;es. &#171; &lt;i&gt;S&#339;ur r&#233;volutionnaire &lt;/i&gt; &#187;, Pinar d&#233;fie le pouvoir totalitaire qui dirige la Turquie d'alors. Le coup d'&#201;tat militaire de 1980 enferme son p&#232;re quatre ans. Elle-m&#234;me conna&#238;tra la prison pour s'&#234;tre int&#233;ress&#233;e aux Kurdes, lesquels &#171; &lt;i&gt; n'ont pas d'autres amis que les montagnes&lt;/i&gt; &#187;, selon le proverbe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'il y a un sujet &#224; fuir&lt;/strong&gt; en Turquie, c'est bien celui-l&#224;. Se pr&#233;occuper de la mis&#232;re des Kurdes, de leurs conditions de vie, c'est faire attentat. Elle est donc accus&#233;e de terrorisme en lien avec le PKK. Une vulgaire manipulation polici&#232;re qui la conduit en prison o&#249; elle sera tortur&#233;e. Ce n'est pas pour autant qu'elle baissera le bras, ainsi que le montre ce tr&#232;s beau dialogue, publi&#233; chez Cambourakis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une attention particuli&#232;re,&lt;/strong&gt; enfin, pour cette belle revue annuelle nomm&#233;e&lt;i&gt; Gibraltar&lt;/i&gt;, publication m&#233;diterran&#233;enne ouverte sur le monde, qui est venue faire un tour &#224; Marseille apr&#232;s effondrement (&lt;i&gt;lire en derni&#232;re page&lt;/i&gt;). Si le reportage sur la Syrie prend aux tripes, on se reposera en Roumanie aux Maramure&#537;, sans auto ni portable. &lt;i&gt;Gibraltar&lt;/i&gt; est le plus beau mook (magazine de 5 kilos avec des dessins dedans) que j'ai vu depuis &lt;i&gt;Z&lt;/i&gt;, mais &#231;a c'est des potes, alors&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Gaudin, Bouteflika, d&#233;gagez ! &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Gaudin-Bouteflika-degagez</link>
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		<dc:date>2019-05-25T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby, Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Morvandiau</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Face &#224; Alger, un homme tape sur son tambour et les plus jeunes exultent. Dimanche 17 mars, vent et soleil, c'est le rassemblement anti-Bouteflika sur le Vieux-Port. Marseille, &#171; la 49e wilaya &#187;, comme se plaisent &#224; dire les Alg&#233;riens de la ville. Marseille o&#249; ils sont depuis si longtemps. Face &#224; Alger, un homme tape sur son tambour et les plus jeunes exultent. Dimanche 17 mars, vent et soleil, c'est le rassemblement anti-Bouteflika sur le Vieux-Port. Marseille, &#171; la 49e wilaya &#187;, comme se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouteflika" rel="tag"&gt;Bouteflika&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gaid" rel="tag"&gt;Ga&#239;d&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Allah-Akbar" rel="tag"&gt;Allah Akbar&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alger" rel="tag"&gt;Alger&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Face &#224; Alger, un homme tape sur son tambour et les plus jeunes exultent. Dimanche 17 mars, vent et soleil, c'est le rassemblement anti-Bouteflika sur le Vieux-Port. Marseille, &#171; &lt;i&gt;la 49&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; wilaya&lt;/i&gt; &#187;, comme se plaisent &#224; dire les Alg&#233;riens de la ville. Marseille o&#249; ils sont depuis si longtemps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2936 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH350/-1179-06c1f.jpg?1782702138' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Morvandiau
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;F&lt;/span&gt;ace &#224; Alger, un homme tape sur son tambour et les plus jeunes exultent. Dimanche 17 mars, vent et soleil, c'est le rassemblement anti-Bouteflika sur le Vieux-Port. Marseille, &#171; &lt;i&gt;la 49&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; wilaya&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Division administrative en Alg&#233;rie, quelque part entre la r&#233;gion et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, comme se plaisent &#224; dire les Alg&#233;riens de la ville. Marseille o&#249; ils sont depuis si longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chants racontent qu'il n'y aura pas de cinqui&#232;me mandat pour Bouteflika. Certains lancent &#171; &lt;i&gt;Allah Akbar !&lt;/i&gt; &#187;, sans grand succ&#232;s. On entend : &#171; &lt;i&gt;Viva l'Alg&#233;rie ! &lt;/i&gt; &#187; Des drapeaux du pays sont brandis. &#171; &lt;i&gt;One two tree ; ni Bouteflika ni Sa&#239;d !&lt;/i&gt; &#187; Son fr&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Dans ce mouvement, d&#232;s que quelqu'un devient un porte-parole, il est d&#233;gag&#233; ; c'est un peu comme les Gilets jaunes. Pourtant il faudra trouver une porte de sortie, un gouvernement&lt;/i&gt; &#187;, estime un manifestant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Samia, venue avec ses trois enfants, explique qu'il y a des rassemblements dans toutes les villes o&#249; la diaspora alg&#233;rienne est pr&#233;sente. C'est sa seconde. Elle cite le bell&#226;tre homme d'affaires Rachid Nekkaz. Pas tr&#232;s convaincant : le gars a &#233;t&#233; condamn&#233; pour avoir touch&#233; des loyers de ses logements indignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On ne veut pas de violence contre l'arm&#233;e et la police, mais contre la mafia au pouvoir,&lt;/i&gt; reprend Samia. &lt;i&gt;Quand je vois un Alg&#233;rien qui meurt en mer en quittant son pays sur une barque, &#231;a fait mal au c&#339;ur. Le gaz et le p&#233;trole sont export&#233;s vers la France. On pourrait vivre mieux qu'&#224; Duba&#239;. On a l'uranium, l'or&#8230; Si l'argent &#233;tait mieux distribu&#233;, les Alg&#233;riens pourraient vivre dans leur pays sans &#233;migrer.&lt;/i&gt; &#187; un argument qui n'est pas repris par les anti-immigration, &#233;tonnant non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 14 h 30, les chants ne cessent plus. Ils sont d'une ferveur incroyable. Sur un promontoire, des hommes prennent la parole. Des femmes sans voile protestent contre certains qui parlent fort et les ont d&#233;gag&#233;es de la tribune improvis&#233;e. Elles expliquent que l'un &#233;tait du FLN, tandis que les autres scandaient &#171; &lt;i&gt;gloire &#224; Dieu &lt;/i&gt; &#187;. Elles ne veulent plus les voir. S'il doit y avoir r&#233;volution, ces femmes-l&#224; veulent leur part. Mais sans le FIS et sans le FLN.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ga&#239;d &#224; la poubelle, Alg&#233;rie plus belle &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche pr&#233;c&#233;dent, le carnaval de la Plaine avait fini dans le quartier tr&#232;s cosmopolite de la Porte d'Aix. Opposants au maire de Marseille et au pr&#233;sident alg&#233;rien avaient bri&#232;vement converg&#233;. Le lendemain, sur l'arc de triomphe, on pouvait lire ce graffiti : &#171; &lt;i&gt;Gaudin, Bouteflika, d&#233;gagez !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois semaines plus tard, dimanche 31 mars, c'est au pied de ce monument que quelques centaines d'Alg&#233;riens se rassemblent de nouveau. Entre-temps, le chef d'&#233;tat-major Ahmed Ga&#239;d Salah a laiss&#233; tomber Bouteflika : il a propos&#233; qu'en vertu de l'article 102 de la Constitution, le Pr&#233;sident soit d&#233;mis de ses fonctions pour raisons de sant&#233;. Le r&#233;gime s'occuperait lui-m&#234;me d'organiser les prochaines &#233;lections, un nouveau pantin pourrait prendre la suite de Boutef et le syst&#232;me pourrait se perp&#233;tuer. &#192; Marseille pas plus qu'&#224; Alger, la foule ne s'y laisse prendre : &#171; &lt;i&gt;Le num&#233;ro 102 que vous avez demand&#233; n'est plus attribu&#233;&lt;/i&gt; &#187;, avertit une pancarte. &#171; &lt;i&gt;Ga&#239;d &#224; la poubelle, Alg&#233;rie plus belle&lt;/i&gt; &#187;, professe une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au t&#233;l&#233;phone, une copine alg&#233;rienne nous dit qu'elle voit dans les &#233;v&#233;nements actuels une &#171; r&#233;cr&#233;ation &#187; dont le pouvoir finira t&#244;t ou tard par siffler la fin. Peut-&#234;tre. Mais m&#234;me s'il ne veut rien entendre, &#231;a reste beau de le lui dire : &#171; &lt;i&gt; R&#233;gime d&#233;gage !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Par Christophe Goby &amp; Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Division administrative en Alg&#233;rie, quelque part entre la r&#233;gion et le d&#233;partement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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