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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Lire, c'est &#233;couter &#187;</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<dc:subject>num&#233;riques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Fin 2015, les &#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e sortaient un ambitieux livre collectif intitul&#233; L'Assassinat des livres. Par ceux qui &#339;uvrent &#224; la d&#233;mat&#233;rialisation du monde. Libraires, auteurs, lecteurs : parole est donn&#233;e &#224; divers maillons de la cha&#238;ne du livre. Entretien avec C&#233;dric Biagini, coordonnateur de l'ouvrage. C QFD : Le titre du livre porte la mention dramatique d'assassinat. Contrairement &#224; l'homicide, cette notion suppose une pr&#233;m&#233;ditation. Qui sont les donneurs d'ordre ? C&#233;dric (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres-numeriques" rel="tag"&gt;livres num&#233;riques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/numeriques" rel="tag"&gt;num&#233;riques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin 2015, les &#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e sortaient un ambitieux livre collectif intitul&#233; &lt;i&gt;L'Assassinat des livres&lt;/i&gt;. Par ceux qui &#339;uvrent &#224; la d&#233;mat&#233;rialisation du monde. Libraires, auteurs, lecteurs : parole est donn&#233;e &#224; divers maillons de la cha&#238;ne du livre. Entretien avec C&#233;dric Biagini, coordonnateur de l'ouvrage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2815 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;50&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH282/-1069-4b3fb.jpg?1782641295' width='200' height='282' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du livre &#034;L'assassinat des livres&#034;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;
&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;QFD&lt;/i&gt; : Le titre du livre porte la mention dramatique d'assassinat. Contrairement &#224; l'homicide, cette notion suppose une pr&#233;m&#233;ditation. Qui sont les donneurs d'ordre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Biagini :&lt;/strong&gt; Les jalons de ce livre collectif ont &#233;t&#233; pos&#233;s au sein du collectif Livre de papier, cr&#233;&#233; en 2009 et disparu aujourd'hui, dont le but &#233;tait de proposer une critique de la d&#233;mat&#233;rialisation du livre. &#192; l'&#233;poque, on nous annon&#231;ait la disparition future du livre sous sa forme papier. Je me rappelle d'une &#233;tude d'un cabinet de conseil en nouvelles technologies pronostiquant la fermeture de la moiti&#233; des librairies en France en 2015 ! Les prospectives assen&#233;es par les industriels du num&#233;rique nous alignaient sur le mod&#232;le &#233;tasunien, o&#249; la moiti&#233; des ventes de livres se faisait, selon eux, d&#233;j&#224; sous une forme d&#233;mat&#233;rialis&#233;e. Heureusement, le r&#233;el a r&#233;sist&#233;. Un discours bien connu dominait : la France a encore du retard et s'enferre &#224; d&#233;fendre son exception culturelle. Discours tenu autant par les start-uppers, par une presse de droite lib&#233;rale qui, comme toujours, exaltait croissance et innovation, et par une presse de gauche technophile qui d&#233;non&#231;ait un conservatisme archa&#239;que chez ceux qui n'allaient pas dans le sens du vent num&#233;rique. &#192; l'&#233;poque, j'&#233;tais invit&#233; &#224; beaucoup de d&#233;bats avec des gens des m&#233;tiers du livre qui s'inqui&#233;taient de l'omnipr&#233;sence de ces discours. Ceci explique en partie le c&#244;t&#233; choc du titre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'intention induite par la notion d'&#171; assassinat &#187; : les industriels du num&#233;rique &#8211; des multinationales ultra-puissantes telles les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) aux petites start-up &#8211;, ont pour objectif de num&#233;riser tout ce qui est possible de l'&#234;tre. Il n'y a pas de raison que le livre soit &#224; l'abri de ce mouvement massif et profond. Il repr&#233;sente un gisement de profits et, de plus, garde dans nos soci&#233;t&#233;s une valeur symbolique tr&#232;s forte que ces entreprises veulent s'approprier. D'ailleurs, Google et Amazon se sont construits autour du livre : Google comme une forme de biblioth&#232;que universelle, et Amazon comme une librairie mondialis&#233;e. Le livre et le savoir ont permis &#224; ces bo&#238;tes de se construire une image valorisante et de participer au beau discours d'un Internet r&#233;duisant les in&#233;galit&#233;s d'acc&#232;s &#224; la culture. Beaucoup pensaient, y compris &#224; gauche, qu'avec la d&#233;mat&#233;rialisation, on allait permettre &#224; des gens de renouer avec la lecture : en la rendant plus active, en offrant la possibilit&#233; d'intervenir sur le texte et en mettant &#224; disposition, &#224; un moindre co&#251;t, une infinit&#233; de textes. En faisant entrer le livre dans les r&#233;seaux num&#233;riques, on allait le rendre &#224; nouveau d&#233;sirable pour les jeunes g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquer cette inqui&#233;tude de certains acteurs de la cha&#238;ne du livre quant au livre num&#233;rique alors qu'en France ses ventes plafonnent &#224; 5 ou 6 % ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ventes de fichiers de livres num&#233;riques peinent &#224; d&#233;coller, en effet, mais il faut toujours se m&#233;fier, et ne pas figer sa pens&#233;e &#224; un instant T. On a d&#233;j&#224; vu par le pass&#233; des innovations technologiques peiner &#224; s'installer et le processus s'acc&#233;l&#233;rer soudainement. La d&#233;mat&#233;rialisation des manuels scolaires et le d&#233;veloppement de l'&#233;cole num&#233;rique risquent de conditionner les jeunes g&#233;n&#233;rations &#224; n'&#233;voluer que dans cet environnement et &#224; consid&#233;rer les livres comme un objet d&#233;pass&#233;. Autre institution gangren&#233;e par l'esprit de la Silicon Valley : les biblioth&#232;ques, th&#232;me que nous abordons dans notre livre. Ces deux exemples montrent que les pouvoirs publics ne cessent d'acc&#233;l&#233;rer ce qu'ils appellent le basculement num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort heureusement, les choses ne se passent pas toujours comme les &#171; puissants &#187; l'envisagent, voire tentent de le planifier. Il y a des r&#233;sistances. Et ce, malgr&#233; la pr&#233;gnance et la force des discours port&#233;es par les industriels du num&#233;rique, mais aussi par leurs complices universitaires et intellectuels qui saturent l'espace public et sid&#232;rent, par leur apparente dimension &#233;mancipatrice et progressiste, ceux-l&#224; m&#234;mes qui devraient s'y opposer. J'ai constat&#233; ces effets lors de d&#233;bats avec des acteurs des m&#233;tiers du livre si les gens avaient une r&#233;action de m&#233;fiance quasi instinctive face &#224; ce qu'on leur racontait, ils peinaient n&#233;anmoins &#224; produire un discours critique. C'est aussi l'objet de ce livre que de tenter de pallier cela. Le texte &#171; Journal d'un naufrag&#233; &#187; narre par exemple comment un &#233;tudiant inscrit dans une formation au m&#233;tier d'&#233;diteur a vu l'enseignement basculer compl&#232;tement vers le num&#233;rique. Les &#233;tudiants qui &#233;taient venus apprendre &#224; retravailler un texte, &#224; r&#233;fl&#233;chir au graphisme ou comment fonctionnait la cha&#238;ne du livre, se retrouvaient &#224; g&#233;rer des m&#233;tadonn&#233;es. Ces jeunes gens de 20-22 ans, ces &#171; natifs &#187; du num&#233;rique comme on les appelle, ont r&#233;clam&#233; &#8211; sans succ&#232;s &#8211; qu'on leur apprenne les m&#233;tiers du livre de mani&#232;re traditionnelle !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2816 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH306/-1070-45192.jpg?1782641295' width='200' height='306' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La phrase &#171; &lt;i&gt;The medium is the message&lt;/i&gt; &#187; du philosophe Marshall McLuhan revient &#224; plusieurs reprises dans la bouche de diff&#233;rents intervenants. Livre num&#233;rique et livre papier, il ne s'agit pas simplement d'un changement de support...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette &lt;i&gt;doxa&lt;/i&gt; : la technologie est neutre. Elle n'est l&#224; que pour nous faciliter la vie. Or il est &#233;vident que les objets qui nous entourent, et les rapports de production qu'ils induisent, restructurent en profondeur les soci&#233;t&#233;s et nos existences. Mat&#233;rialit&#233; et textualit&#233; (la mani&#232;re dont est appr&#233;hend&#233; et organis&#233; le texte) sont &#233;troitement li&#233;s. On a beaucoup entendu &#171; Ce qui est important, c'est le contenu et pas le contenant &#187;. McLuhan, a priori plut&#244;t favorable &#224; ces changements, a pourtant tr&#232;s bien senti les choses d&#232;s les ann&#233;es 1960. Selon lui, ce ne sont pas les concepts d&#233;velopp&#233;s par les m&#233;dias qui importent, mais les m&#233;dias en eux-m&#234;mes. La mani&#232;re dont ces concepts sont diffus&#233;s et partag&#233;s. Ind&#233;pendamment de son &#171; contenu &#187;, c'est l'existence m&#234;me du livre en tant que tel, qui induit un certain rapport au texte. Il entra&#238;ne un type de lecture : continue, profonde, lin&#233;aire, avec un fil conducteur, et n&#233;cessite que le lecteur suive la pens&#233;e d'un auteur, qu'il lui fasse, &#224; un moment donn&#233;, confiance. Le temps de la lecture est un temps suspendu o&#249; l'on s'extrait des sollicitations ext&#233;rieures, de plus en plus invasives et distrayantes. Il permet de construire une pens&#233;e, de s'abandonner &#224; des formes de contemplation, et de d&#233;velopper une int&#233;riorit&#233; que les m&#233;dias num&#233;riques cherchent sans cesse &#224; d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale ressource de la nouvelle &#233;conomie est notre attention. Partout sont mis en place un tas de dispositifs cens&#233;s nous accaparer. L'enjeu des industriels du num&#233;rique est de faire rentrer le livre dans ces flux et de l'y dissoudre. Comme le r&#233;clame, par exemple, l'&#233;crivain Fran&#231;ois Bon qui a pu affirmer que dans le processus de d&#233;mat&#233;rialisation, il fallait pousser jusqu'&#224; faire dispara&#238;tre le nom m&#234;me de &#171; livre &#187;. Il a quelque part raison. En effet, le livre num&#233;rique dans sa forme hyperm&#233;dia (avec des sons, vid&#233;os, images, hyperliens...), qui d&#233;passe la seule reproduction homoth&#233;tique de la page, n'a plus grand-chose &#224; voir avec ce que nous entendions jusque-l&#224; par livre. La lecture continue et profonde y est rendue extr&#234;mement difficile. Car l'&#233;cran est un &#233;cosyst&#232;me de technologies d'interruption qui font que l'on a du mal &#224; se concentrer. Si le livre apaise, l'&#233;cran excite et nous surcharge cognitivement : la masse infinie de contenus et la difficult&#233; &#224; se rep&#233;rer font que l'on a du mal &#224; fixer son attention. Ceci est symptomatique d'un nouveau type de personnalit&#233;s : des gens agit&#233;s et r&#233;ceptifs &#224; tout ce qu'on peut leur proposer, des consommateurs de connexions diverses non dispos&#233;s &#224; s'impliquer l&#224; o&#249; ils sont. Perp&#233;tuellement ouverts &#224; tout ce qu'on leur propose, mais inaptes &#224; d&#233;velopper un rapport apais&#233; aux autres et au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le beau texte de l'&#233;crivain Alexandre Prieux parle de la permanence du livre papier. Il sous-tend une n&#233;cessaire humilit&#233; du lecteur, parle d'effort pour s'impr&#233;gner de la pens&#233;e de l'auteur. L'inverse du livre num&#233;rique, o&#249; le lecteur est renvoy&#233; &#224; une forme de toute puissance en ce sens o&#249; il peut modeler/moduler sa lecture...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sentiment de toute puissance est consid&#233;rablement exacerb&#233; par les objets num&#233;riques. Exemple souvent pris par les industriels de l'&#233;lectronique : qui n'a pas r&#234;v&#233; d'avoir une biblioth&#232;que dans sa poche ? Je peux ainsi disposer en permanence de ce dont j'ai envie. Je peux aussi intervenir sur le texte, le reconfigurer. Bref, j'ai l'illusion de ma&#238;triser. Lire un livre, comme &#233;couter quelqu'un, suppose une capacit&#233; d'attention terriblement mise &#224; mal aujourd'hui. Pourtant, jamais les gens n'ont eu autant besoin d'&#234;tre entendus, notamment sur les r&#233;seaux sociaux, et jamais les autres n'ont &#233;t&#233; en si faible capacit&#233; de leur accorder du temps, car ils sont de plus en plus sollicit&#233;s et passent du temps &#224; communiquer fr&#233;n&#233;tiquement. Lire, c'est &#234;tre capable d'&#233;couter un auteur, de se dire &#171; Ce n'est pas moi qui donne mon avis sur tout &#187;. Cela oblige &#224; faire des efforts, &#224; sortir de soi, &#224; mettre de c&#244;t&#233; son narcissisme. Effectivement, cette notion d'humilit&#233; est tr&#232;s juste. Outre son versant &#171; critique sociale &#187;, &lt;i&gt;L'Assassinat des livres&lt;/i&gt; s'int&#233;resse aussi aux nouvelles formes de personnalit&#233;s g&#233;n&#233;r&#233;es par le capitalisme num&#233;rique. On a donc tent&#233; de r&#233;fl&#233;chir en termes de psychologie et de construction de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette tendance lourde de la num&#233;risation, quelques br&#232;ches existent. Fleurissent nombre de maisons d'&#233;ditions, de salons, de biblioth&#232;ques, de librairies ind&#233;pendantes... Osons une hypoth&#232;se : dans les milieux militants, le livre appara&#238;t comme une sorte de refuge face &#224; un monde o&#249; l'on a du mal &#224; penser les choses, o&#249; tout va vite et o&#249; l'on peine &#224; agir collectivement. Le livre, au moins, c'est concret, c'est r&#233;el. Il a un c&#244;t&#233; rassurant. Il est un point d'ancrage hors des flux d'information et de divertissement. Le livre est-il l'un des derniers lieux de r&#233;sistance ? La question m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par S&#233;bastien Navarro&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Lutter &#224; partir des m&#233;tiers du livre &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Lutter-a-partir-des-metiers-du</link>
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		<dc:date>2019-03-18T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Quel bonheur et quel &#233;panouissement de vivre et de travailler dans les m&#233;tiers du livre ! Certes, mais ce n'est pas une raison de se satisfaire de la pr&#233;carit&#233; que connaissent nombre de travailleurs/euses du secteur. &#192; Toulouse, on s'organise. C QFD : Pouvez-vous nous raconter quand et pourquoi vous avez lanc&#233; ce collectif ? Mathilde : Cela fait un an environ que nous avons impuls&#233; des r&#233;unions mensuelles regroupant plusieurs personnes travaillant dans divers m&#233;tiers du livre. Il y a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livre" rel="tag"&gt;livre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/metiers" rel="tag"&gt;m&#233;tiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/livres" rel="tag"&gt;livres&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/librairie" rel="tag"&gt;librairie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quel bonheur et quel &#233;panouissement de vivre et de travailler dans les m&#233;tiers du livre ! Certes, mais ce n'est pas une raison de se satisfaire de la pr&#233;carit&#233; que connaissent nombre de travailleurs/euses du secteur. &#192; Toulouse, on s'organise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2817 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH326/-1071-3b734.jpg?1782641296' width='200' height='326' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;i&gt;QFD&lt;/i&gt; : Pouvez-vous nous raconter quand et pourquoi vous avez lanc&#233; ce collectif ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathilde :&lt;/strong&gt; Cela fait un an environ que nous avons impuls&#233; des r&#233;unions mensuelles regroupant plusieurs personnes travaillant dans divers m&#233;tiers du livre. Il y a des libraires, comme nous deux, venant de petites et grandes librairies, des &#233;diteurs non salari&#233;s parce qu'engag&#233;s dans une perspective militante, une assistante &#233;ditoriale, des traductrices, un correcteur, un repr&#233;sentant, un critique litt&#233;raire, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lucas :&lt;/strong&gt; C'est venu d'une prise de conscience &#224; travers nos engagements, au fil des rencontres et des t&#233;moignages recueillis avec des pr&#233;caires dans le monde de l'&#233;dition ou de la librairie. Il y a aussi un h&#233;ritage direct du groupe des 451 &lt;i&gt;(voir &lt;a href=&#034;#451&#034; class=&#034;spip_ancre&#034;&gt;ci-dessous&lt;/a&gt;)&lt;/i&gt; qui a amorc&#233; pas mal de questions importantes concernant le devenir de l'&#233;conomie du livre. De nouvelles structures &#233;ditoriales arrivaient aussi depuis quelques ann&#233;es, avec des propositions passionnantes et originales, tandis que des oligopoles se consolidaient : il semblait donc logique et bienvenu de rassembler des personnes issues des m&#233;tiers du livre. Cela dit, les 451 ont men&#233; une r&#233;flexion au niveau macro, tandis qu'&#224; Toulouse, nous sommes partis du micro, de l&#224; o&#249; l'on travaille. Le livre est bien une marchandise, mais toute la contradiction tient dans le fait que nous essayons au quotidien de ne pas le consid&#233;rer comme tel. On passe notre temps &#224; &#233;cr&#233;mer les rayons remplis d'objets marketing plus que de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; On avait en effet envie de nous regrouper autour de la question des conditions de travail. Je suis pour ma part syndicaliste &#224; la CGT, et il me tient &#224; c&#339;ur de penser les choses &#224; partir de mon quotidien de travailleuse du livre. Depuis de la situation de chacun, quelles luttes peut-on construire ? &#192; la CGT, un libraire rentre dans la case &#171; Commerces et services &#187;, idem chez Solidaires. Il y a bien la Filpac-CGT (F&#233;d&#233;ration des travailleurs des industries du livre, du papier et de la communication) pour les imprimeurs ou les correcteurs, mais pas pour nous. C'est un peu frustrant de ne pas pouvoir se retrouver au sein d'une m&#234;me f&#233;d&#233;ration avec des personnes du m&#234;me m&#233;tier, ou du m&#234;me secteur, et c'est une des raisons pour lesquelles la cr&#233;ation de notre collectif s'est impos&#233;e. En face, il y a le SLF, le syndicat patronal de la librairie, qui a pignon sur rue, et s'octroie un droit de regard sur les principales formations professionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous menez aussi une critique et une enqu&#234;te sur les institutions de formation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Pour les librairies, c'est un des n&#339;uds du probl&#232;me. Le patronat oriente le m&#233;tier vers des pratiques qui contentent les employeurs. Ce sont eux qui d&#233;finissent la maquette et les contenus du programme, dans l'objectif de former leurs futurs salari&#233;s. Ce qui n'a rien &#224; voir avec la formation de futurs libraires, c'est-&#224;-dire de personnes autonomes capables un jour peut-&#234;tre d'ouvrir leur propre librairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Dans les autres structures de formation type IUT, associ&#233;s &#224; l'universit&#233;, l'organisation et les perspectives sont un peu diff&#233;rentes, mais concr&#232;tement : on forme des vendeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M : &lt;/strong&gt;Il n'est jamais question d'&#233;tudier le droit des salari&#233;s, ce qui m&#232;ne des primo-travailleurs en situation d'exploitation sans qu'ils puissent en prendre la mesure. Quand j'&#233;tais &#233;tudiante &#224; l'INFL (Institut national de formation de la librairie), apr&#232;s plusieurs demandes, quelqu'un est finalement venu pr&#233;senter la convention collective du secteur, mais c'&#233;tait un membre du SLF ! De fait, les patrons de librairie au conseil d'administration de l'&#233;cole s'opposent formellement &#224; l'intervention de syndicalistes au sein de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont vos autres axes de critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Les syndicats existants ne sont pas du tout adapt&#233;s aux nouveaux statuts qui concernent de plus en plus de monde, par exemple le recours exponentiel aux autoentrepreneurs. Nous sommes tous travailleurs au sein de la m&#234;me cha&#238;ne du livre, et au final, on ne se conna&#238;t pas, on &#233;volue dans des sph&#232;res tr&#232;s cloisonn&#233;es. Le premier objectif du collectif &#233;tait donc de se retrouver entre personnes issues de diff&#233;rents m&#233;tiers et de partager nos exp&#233;riences de travail. Comprendre les logiques internes de chaque m&#233;tier, et les probl&#233;matiques qui se tissent d'un m&#233;tier &#224; l'autre. Avoir conscience de ce que vit un traducteur quand on est libraire, un libraire quand on est repr&#233;sentant diffuseur, un imprimeur quand on est &#233;diteur, etc. Et faire cela au niveau local, en parlant de ce que chacun vit dans sa bo&#238;te, ou chez eux s'ils sont en ind&#233;pendants. En apprenant ce que fait l'autre et comment il le fait, quel statut il a choisi ou il s'est vu imposer, quels obstacles pose tel interlocuteur, etc., on dessine les solidarit&#233;s concr&#232;tes que l'on peut mettre en marche &#224; l'int&#233;rieur d'un m&#233;tier, comme en relation les uns avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Un livre qui a une raison d'&#234;tre, c'est une voix, qui porte et parle directement aux gens, qui d'une mani&#232;re ou d'une autre les lib&#232;re. Comment vendre cette voix qui est aussi une marchandise sans vendre son &#226;me, c'est l&#224; toute la difficult&#233; et la beaut&#233; du m&#233;tier de libraire. Les &#233;diteurs sont aussi pris dans le m&#233;canisme impos&#233; par les diffuseurs distributeurs qui exigent au moins 8 &#224; 12 parutions par an, pour faire du chiffre. Si tu n'en sors pas autant, tu n'es pas diffus&#233;, donc pas visible, et tu ne peux pas te d&#233;velopper et vivre de ce m&#233;tier qui prend du temps quoi qu'il arrive. Donc cela donne des livres qui ne voient le jour que pour faire du volume et de la vente accompagn&#233;e de publicit&#233;. Un des sens de notre m&#233;tier est donc de faire ce tri, d'avoir cette acuit&#233; militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous subissez vous-m&#234;mes des situations de conflit salarial ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Souvent les choses sont plus larv&#233;es et compliqu&#233;es que &#231;a. Nous travaillons par exemple dans une petite librairie, avec un g&#233;rant avec qui on peut discuter, et qui se donne lui-m&#234;me &#224; fond pour p&#233;renniser le lieu. Mais attention au mythe de la grande famille du livre, o&#249; on s'entraide, on s'&#233;coute : il reste toujours des espaces de coercition, des circulations de pouvoir, m&#234;me si le patron est sympa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Une autre question est celle du travail gratuit volontaire, par passion. Des correcteurs ou des maquettistes qui ont des comp&#233;tences, de la reconnaissance dans leur domaine, mais qui ne peuvent pas trouver un boulot pay&#233; parce qu'ils travaillent pour de toutes petites structures de b&#233;n&#233;voles. Cela donne une sorte de paraprofessionnalisme non r&#233;mun&#233;r&#233;. M&#234;me les libraires, qui sont salari&#233;s, bossent r&#233;guli&#232;rement &#224; l'&#339;il sur des festivals, des soir&#233;es, des &#233;v&#233;nements...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Travailler dans une toute petite entreprise en d&#233;courage aussi plus d'un pour faire gr&#232;ve, par exemple lors du dernier mouvement social. On se dit qu'on va mettre ses coll&#232;gues en difficult&#233;, alors on va en manif et en action sur son temps de repos. Comme on trouve un sens politique &#224; notre travail &#8211; vendre des livres engag&#233;s en opposition aux grandes surfaces de la culture &#8211;, on veille &#224; ce qu'il perdure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Il y a aussi le discours r&#233;current &#171; &lt;i&gt;Tu as de la chance de bosser dans le milieu du livre, tu ne vas pas te plaindre pour quelques heures en plus, c'est passionnant comme m&#233;tier ! Tu ne vas pas en plus demander d'&#234;tre pay&#233; !&lt;/i&gt; &#187; On te joue la carte de la valorisation sociale du m&#233;tier, des contacts faciles qu'on y fait, mais ce sont quasiment exclusivement des gens ultradipl&#244;m&#233;s qui sont pay&#233;s au Smic. Comme si cr&#233;ation rimait avec autoexploitation. Ce qui se passe dans le monde du livre r&#233;sonne avec ce qui arrive dans le reste de la soci&#233;t&#233; : la pr&#233;carisation avec la multiplication de petits contrats de tr&#232;s courte dur&#233;e, l'atomisation des travailleurs/euses, les alternances subies entre emploi et non emploi, les liens entre attachement affectif, passion et exploitation, etc. La petite diff&#233;rence est que le monde du livre aime &#224; se gargariser du fait qu'on y serait plus militant, plus &#224; gauche, plus humain, plus politis&#233;, mais le constat de notre collectif est tout l'inverse. Sans voix collective et puissante pour d&#233;noncer tout cela, on va vers plus d'invisibilit&#233; et d'acceptabilit&#233; des rapports de subordination, au pr&#233;texte de la taille des structures et de l'engagement &#8211; dans le discours &#8211; des patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles actions menez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Nous lan&#231;ons des s&#233;ances d'autoformation sur les conventions collectives, sur le droit du travail, sur ce que la loi Travail peut changer dans nos m&#233;tiers, et d'autres questions juridiques. On fait du parasyndicalisme, car il manque une forme d'organisation, qu'on l'appelle syndicat, collectif ou autre, &#224; m&#234;me de cr&#233;er des rapports de force en cas de conflit, d'offrir une base d'informations sociales et juridiques et de pouvoir faire &#233;merger publiquement les probl&#233;matiques et les injustices li&#233;es &#224; nos m&#233;tiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est aussi de se mettre en lien avec d'autres initiatives qui se penchent sur la question des nouveaux types de mise au travail et de pr&#233;carit&#233;. Par exemple &#224; Toulouse, on suit la voie du collectif de pr&#233;caires de l'&#233;ducation qui s'est mont&#233; l'ann&#233;e derni&#232;re. L'assembl&#233;e de luttes (AG de luttes 31) n&#233;e pendant le mouvement social du printemps 2016 repose aussi sur ce constat que ce qui nous rassemble, ce n'est pas le m&#233;tier que chacun fait, mais le statut de pr&#233;caire, &#233;tranger aux formes traditionnelles de syndicalisme. Plusieurs actions ont &#233;t&#233; men&#233;es en ce sens : des piquets de gr&#232;ve qui d&#233;passaient les logiques corporatistes et voyaient se m&#234;ler postiers, pr&#233;caires de l'&#233;ducation et d'ailleurs, &#233;tudiants, ch&#244;meurs, etc. Peu &#224; peu, on essaie de d&#233;passer la logique de l'usine occup&#233;e par ses travailleurs, pour entrer dans une communaut&#233; partageant la m&#234;me gal&#232;re et bloquant des cibles partag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L :&lt;/strong&gt; Ce qui serait chouette, ce serait que d'autres collectifs dans d'autres villes se cr&#233;ent. Que cinq ou six personnes se regroupent, montent un collectif et se coordonnent. Et puis, pourquoi pas, que l'on fonctionne en r&#233;seau d'une ville &#224; l'autre. Avec des probl&#233;matiques propres, et d'autres plus communes et g&#233;n&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Contact : &lt;/strong&gt; collectif.livre.toulouse@riseup.net&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a id=&#034;451&#034;&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les 451&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;uite &#224; &lt;i&gt;L'Appel des 451 &lt;/i&gt;publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;en septembre 2012, ce groupe a men&#233; plusieurs enqu&#234;tes sur l'&#233;conomie du livre, et organis&#233; des rencontres en France, en Espagne ou en Italie visant &#224; r&#233;unir des travailleur/euses des diff&#233;rents m&#233;tiers de la cha&#238;ne. Le texte &lt;i&gt;La querelle des modernes et des modernes &lt;/i&gt;permet notamment de mieux comprendre le livre comme une marchandise prise dans l'&#233;conomie lib&#233;rale contemporaine, et donne des pistes de lutte. L'id&#233;e principale est de ne pas s&#233;parer l'&#233;dition critique de l'agir r&#233;volutionnaire : publier de belles id&#233;es peut s'accompagner de pratiques coh&#233;rentes. Les 451 (temp&#233;rature &#224; laquelle br&#251;lent les livres dans le roman de science-fiction &lt;i&gt;Farenheit 451 &lt;/i&gt;de Bradbury) sont en sommeil depuis mars 2014. Jusqu'au grand incendie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Textes disponibles sur : &lt;span class='ressource'&gt;&lt;[les451.noblogs.org-&gt;&lt;/span&gt;
&lt;a href=&#034;https://les451.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://les451.noblogs.org/&lt;/a&gt;]&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;dition n'est pas un d&#238;ner de gala</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/L-edition-n-est-pas-un-diner-de</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charlotte Dugrand, Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>puis</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;ditions</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Avec des tirages et un lectorat souvent limit&#233;s, l'&#233;dition critique de gauche a une longue histoire derri&#232;re elle, parsem&#233;e de querelles de chapelles, de liens troubles avec les grands groupes ou les partis, et de belles d&#233;couvertes. Certains auteurs, et donc certaines id&#233;es, ont su n&#233;anmoins arriver jusqu'&#224; nous gr&#226;ce au combat de ces &#233;diteurs &#171; marginaux &#187;. Nicolas Norrito, en charge des &#233;ditions Libertalia avec Charlotte Dugrand et Bruno Bartkowiak, nous fait une petite visite guid&#233;e et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/puis" rel="tag"&gt;puis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/editions" rel="tag"&gt;&#233;ditions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/librairie" rel="tag"&gt;librairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marcel-Hasfeld" rel="tag"&gt;Marcel Hasfeld&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maurice-Nadeau" rel="tag"&gt;Maurice Nadeau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Victor-Serge" rel="tag"&gt;Victor Serge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maspero" rel="tag"&gt;Maspero&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marcel-Martinet" rel="tag"&gt;Marcel Martinet&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/maison-d-edition" rel="tag"&gt;maison d'&#233;dition&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec des tirages et un lectorat souvent limit&#233;s, l'&#233;dition critique de gauche a une longue histoire derri&#232;re elle, parsem&#233;e de querelles de chapelles, de liens troubles avec les grands groupes ou les partis, et de belles d&#233;couvertes. Certains auteurs, et donc certaines id&#233;es, ont su n&#233;anmoins arriver jusqu'&#224; nous gr&#226;ce au combat de ces &#233;diteurs &#171; marginaux &#187;. Nicolas Norrito, en charge des &#233;ditions Libertalia avec Charlotte Dugrand et Bruno Bartkowiak, nous fait une petite visite guid&#233;e et subjective de cette histoire de la pens&#233;e critique et r&#233;volutionnaire en France.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2818 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH315/-1072-30f68.jpg?1782640159' width='200' height='315' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;ux origines de l'&#233;dition critique, s'il fallait ne citer qu'un personnage, on &#233;voquerait Maurice Lach&#226;tre (1814-1900), aristocrate rouge et banquier, &#233;diteur des &lt;i&gt;Myst&#232;res du peuple&lt;/i&gt; d'Eug&#232;ne Sue, anticl&#233;rical proche des milieux libertaires et premier &#233;diteur en fran&#231;ais du &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx. On parlerait ensuite de Charles P&#233;guy, de ses c&#233;l&#232;bres &lt;i&gt;Cahiers de la Quinzaine&lt;/i&gt;, de son &#233;dition des &lt;i&gt;Cahiers rouges&lt;/i&gt;, les souvenirs communards de Maxime Vuillaume, d&#232;s 1908. On s'arr&#234;terait enfin sur Marcel Hasfeld (1889-1984), qui anime la Librairie du Travail (LT) de 1917 &#224; 1939.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord biblioth&#232;que de pr&#234;t, puis librairie ouvri&#232;re, et enfin maison d'&#233;dition de livres et de brochures, la LT occupe initialement les locaux de La Vie ouvri&#232;re, ce qui la place d'embl&#233;e sous le patronage des syndicalistes r&#233;volutionnaires qui refusaient l'Union sacr&#233;e durant la Grande Guerre. Ne croyant gu&#232;re &#224; la liaison organique parti-syndicat, estimant le second bien sup&#233;rieur au premier, Hasfeld a &#233;t&#233; n&#233;anmoins enthousiasm&#233; par la r&#233;volution russe et a durablement cru au grand soir. Sa maison d'&#233;dition, structur&#233;e en coop&#233;rative, se veut propagandiste. Parmi les actionnaires, on note la pr&#233;sence de Simone Weil, Victor Serge, Alfred Rosmer et Marcel Martinet.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une existence de chien&#8230; &lt;/strong&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'ayant &#233;dit&#233; quelque 150 livres et publi&#233; de nombreuses brochures diffus&#233;es &#224; des dizaines de milliers d'exemplaires, la LT n'a jamais atteint la visibilit&#233; esp&#233;r&#233;e. L&#226;ch&#233; par la Section fran&#231;aise de l'Internationale ouvri&#232;re (SFIO, anc&#234;tre du Parti socialiste) parce que trop radical, puis par le Parti communiste parce qu'antistalinien, boud&#233; par les librairies &#171; bourgeoises &#187;, peu soutenu au sein des syndicats, Hasfeld aura pass&#233; l'essentiel de son temps &#224; faire survivre sa structure. Se rem&#233;morant l'histoire de la LT quarante ann&#233;es plus tard, il d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Ce fut une existence de chien, mais qui fut la plus belle &#233;poque de ma vie.&lt;/i&gt; &#187; En 1939, le fonds est vendu aux ench&#232;res pour une bouch&#233;e de pain. Gibert le rach&#232;te en partie. Un fonds prestigieux : &lt;i&gt;L'An I de la r&#233;volution russe&lt;/i&gt;, de Victor Serge, &lt;i&gt;Les Temps maudits&lt;/i&gt; de Marcel Martinet, &lt;i&gt;La Peste brune&lt;/i&gt;, de Daniel Gu&#233;rin, &lt;i&gt;L'Histoire de la Commune de 1871&lt;/i&gt; de Prosper-Olivier Lissagaray, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Joie de lire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2819 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH313/-1073-24c60.jpg?1782660285' width='200' height='313' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Faisons une ellipse de vingt ans et &#233;voquons un autre libraire-&#233;diteur : Fran&#231;ois Maspero (1932-2015), dont l'activit&#233; se d&#233;ploie de 1959 &#224; 1982. Celui-ci a rendu hommage &#224; Marcel Hasfeld en organisant une exposition sur la Librairie du Travail en mars 1971, puis en publiant une &#233;tude de Marie-Christine Bardouillet d&#233;di&#233;e &#224; celle-ci, en 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar de son pr&#233;d&#233;cesseur, dont il r&#233;&#233;dite une notable partie des titres (entre autres ceux de Daniel Gu&#233;rin et Victor Serge), Maspero ne d&#233;pend d'aucun parti (bien qu'il ait temporairement milit&#233; &#224; la Ligue communiste) et n'appartient &#224; aucun groupe cot&#233; en bourse. N&#233; dans une famille d'&#233;rudits, durablement marqu&#233; par l'Occupation (son p&#232;re est mort en camp de concentration, son fr&#232;re fusill&#233; par les nazis), Maspero est un &#233;diteur essentiel qui a v&#233;ritablement fait &#339;uvre de passeur. Sa librairie La Joie de lire &#8211; sise rue Saint-S&#233;verin &#224; Paris &#8211; a &#233;t&#233; l'universit&#233; populaire de deux g&#233;n&#233;rations : celle qui est entr&#233;e en politique &#224; la faveur des luttes anticoloniales, puis celle qui a rejoint les groupes d'extr&#234;me gauche et libertaires fleurissant dans l'apr&#232;s-68.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maspero, c'est du lourd : 1 350 livres en &#224; peine plus de vingt ans, 30 collections (Textes &#224; l'appui, Les Cahiers libres, PCM, Voix, Actes et m&#233;moire du peuple), dix revues (&lt;i&gt;Partisans&lt;/i&gt;), et des tirages initiaux en poche &#224; 7 000 ou 10 000 exemplaires. Sociologie, textes d'intervention, histoire, th&#233;orie, litt&#233;rature, p&#233;dagogie, t&#233;moignages militants : le panel est large et &#233;clectique. Ayant compris que l'un des maillons essentiels de la cha&#238;ne du livre est la diffusion-distribution, Maspero monte sa propre structure. Jusqu'en 1975, quatre repr&#233;sentants sillonnent les librairies militantes et g&#233;n&#233;ralistes, proposent les nouveaut&#233;s de la maison, et celles d'&#233;diteurs amis (Anthropos, EDI, PJ Oswald).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, ce ne sont ni l'&#201;tat (plusieurs interdictions de publication) ni les fascistes (plasticages de l'OAS) qui mettent fin aux &#233;ditions et &#224; la librairie, mais les propres militants d'extr&#234;me gauche, toutes chapelles confondues. Voler chez Maspero et revendre les ouvrages sur le campus de Vincennes semble pour certains un acte de r&#233;appropriation r&#233;volutionnaire. Ceci conduit dans un premier temps &#224; la fermeture de la librairie parisienne, puis &#224; un lent d&#233;tachement et &#224; une sourde d&#233;pression du principal artisan de cette aventure. En 1982, non sans amertume, l'&#233;diteur vend le fonds &#224; Fran&#231;ois G&#232;ze, animateur de la collection La D&#233;couverte, puis revient &#224; ses passions : la traduction et l'&#233;criture litt&#233;raires (lire prioritairement &lt;i&gt;Les Abeilles et la Gu&#234;pe&lt;/i&gt;, Seuil, 2002).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une histoire de mecs ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2821 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH287/-1075-37c1b.jpg?1782660285' width='200' height='287' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit partiel et partial franco-fran&#231;ais ne saurait passer sous silence l'existence de nombreuses autres maisons d'&#233;dition, aux catalogues originaux : Rieder dans les ann&#233;es 1930 ; Spartacus et Champ Libre au long des ann&#233;es 1970-1980, puis Ludd et L'Encyclop&#233;die des nuisances. Un premier constat accablant s'impose n&#233;anmoins : l'&#233;dition, c'est d'abord une histoire de mecs. Peu nombreuses sont les femmes &#224; acc&#233;der aux postes les plus importants, en particulier dans le secteur des sciences sociales. &#192; l'exception des &#201;ditions des femmes (voir encadr&#233;), les seuls noms f&#233;minins pass&#233;s et actuels nous venant imm&#233;diatement en t&#234;te &#8211; tous secteurs confondus &#8211; sont ceux de Fran&#231;oise Verny (1928-2004), Marion Mazauric (n&#233;e en 1960), Fran&#231;oise Nyssen (patronne d'Actes Sud, n&#233;e en 1951, fille du fondateur). Deuxi&#232;me constat : il fut un temps o&#249; existaient des structures &#233;ditoriales li&#233;es aux institutions partidaires et/ou religieuses, donc non ind&#233;pendantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH308/-1074-21e9c.jpg?1782660285' width='200' height='308' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le cas le plus embl&#233;matique est &#233;videmment celui du livre communiste (notamment les &#201;ditions sociales), empire &#233;ditorial g&#233;r&#233; de mani&#232;re d&#233;sastreuse, boud&#233; par ses principaux auteurs (Aragon publiait chez Gallimard), mais qui s'appuyait sur un fort r&#233;seau de librairies (le groupe La Renaissance en compta jusqu'&#224; 50). Tout ceci a disparu avec l'URSS. De la splendeur d'antan, il reste quelques miettes dispers&#233;es au sein de petites entit&#233;s : Le Temps des Cerises, Rue du monde, La Dispute. Troisi&#232;me constat : certains &#233;diteurs parmi les plus innovants ont &#339;uvr&#233; pour de &#171; grandes &#187; maisons, &#224; l'instar de Miguel Abensour, animateur de la collection Critique de la politique chez Payot ; de Kostas Axelos (collection Arguments chez Minuit) ou de Maurice Nadeau (voir encadr&#233;). Enfin, certaines maisons d'&#233;dition ont su en leur temps cr&#233;er des collections opportun&#233;ment commerciales et critiques, &#224; l'image de la collection Combat chez Seuil, confi&#233;e &#224; Claude Durand (1938-2015).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui,&lt;/strong&gt; le paysage de l'&#233;dition critique est marqu&#233; par une prolif&#233;ration de microstructures qui peinent souvent &#224; &#233;quilibrer leurs comptes tout en proposant des publications audacieuses renouvelant le genre des sciences sociales. Les premi&#232;res ont vu le jour au cours des ann&#233;es 1980 (L'&#201;clat, Syllepse, ACL), d'autres &#224; l'or&#233;e des mouvements sociaux de 1995-1998 (L'Insomniaque, Agone, La Fabrique), au d&#233;but des ann&#233;es 2000 dans le sillage des &#233;tudes anglo-saxonnes sur le genre et le postcolonial (Amsterdam, Les Prairies ordinaires), ou encore &#224; la faveur du renouveau libertaire et d&#233;croissant (Nada, L'&#201;chapp&#233;e, Le Passager clandestin).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Norrito&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le combat des &#233;ditions de Minuit&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; nos compatriotes de juger, en leur &#226;me et conscience&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit J&#233;r&#244;me Lindon, directeur des &#233;ditions de Minuit, dans la pr&#233;face &#224; la premi&#232;re &#233;dition du &lt;i&gt;D&#233;serteur&lt;/i&gt; de Maurienne, alias Jean-Louis Hurst, &#233;dit&#233; en 1960. Son &lt;i&gt;leitmotiv &lt;/i&gt;d'&#233;diteur : r&#233;veiller les consciences, mobiliser les opinions publiques fran&#231;aise et internationale sur la torture en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1957 et 1962, Minuit s'&#233;loigne, par la force des &#233;v&#233;nements, de la litt&#233;rature, et notamment du Nouveau Roman, pour publier 23 livres sur la guerre d'Alg&#233;rie : des t&#233;moignages, des enqu&#234;tes contredisant les th&#232;ses officielles, des essais&#8230; En d&#233;coulent des saisies pour atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat et complicit&#233;, proc&#232;s, faillite, attentats, etc. Un combat que la maison d'&#233;dition m&#232;ne contre l'&#201;tat, la justice, l'arm&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;r&#244;me Lindon ne cache pas que les ennuis judiciaires ont aid&#233; la cause et les livres qu'il d&#233;fendait. Cela leur a permis d'avoir un &#233;cho m&#233;diatique et de nombreux soutiens parmi les intellectuels, notamment Jean-Paul Sartre &#8211; avec le texte &#171; Une victoire &#187; publi&#233; dans &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; en mars 1958, qui aura un grand retentissement au moment de la sortie de &lt;i&gt;La Question &lt;/i&gt;&#8211; ou le Manifeste des 121, publi&#233; en septembre 1960.
Parmi les titres publi&#233;s, on retient &#233;videmment &lt;i&gt;Pour Djamila Bouhired&lt;/i&gt;, de Georges Arnaud et Jacques Verg&#232;s (1957) ; &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt; d'Henri Alleg (1958), puis &lt;i&gt;La Gangr&#232;ne&lt;/i&gt; (1959) ; &lt;i&gt;Le D&#233;serteur&lt;/i&gt; de Maurienne (1960) ; &lt;i&gt;Notre guerre&lt;/i&gt; de Francis Jeanson (1960) ou &lt;i&gt;Le D&#233;sert &#224; l'aube&lt;/i&gt; de No&#235;l Favreli&#232;re (1960).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charlotte Dugrand&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Maurice Nadeau, le franc-tireur&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2822 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH336/-1076-d6296.jpg?1782660285' width='200' height='336' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 1911 dans un milieu modeste, d&#233;c&#233;d&#233; en 2013, couvert de lauriers dont il ne voulait gu&#232;re, se plaisant &#224; citer Flaubert (&#171; &lt;i&gt;Les honneurs d&#233;shonorent&lt;/i&gt; &#187;), Maurice Nadeau affiche un parcours qui donne le vertige. Jeune militant du Parti communiste, il rencontre Pierre Naville en 1932 et embrasse les th&#232;ses trotskistes. S'il s'&#233;loigne du militantisme actif assez rapidement, il n'a cess&#233;, au cours de sa longue existence, de faire office de passeur et d'&#339;uvrer, &#224; l'instar des surr&#233;alistes (dont il se fit l'historien avis&#233; d&#232;s 1945), pour changer la vie et transformer le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journaliste litt&#233;raire &#224; &lt;i&gt;Combat&lt;/i&gt;, puis animateur des revues &lt;i&gt;Les Lettres nouvelles&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La Quinzaine litt&#233;raire&lt;/i&gt;, il est avant tout celui qui a d&#233;couvert Witold Gombrowicz, Malcom Lowry (le premier tirage d'&lt;i&gt;Au-dessous du volcan&lt;/i&gt; mit dix ans &#224; s'&#233;couler), Georges P&#233;rec (notamment &lt;i&gt;Les Choses&lt;/i&gt;) et qui a publi&#233; &lt;i&gt;Les Jours de notre mort&lt;/i&gt; de David Rousset (sur l'univers concentrationnaire nazi) et les &lt;i&gt;R&#233;cits de la Kolyma&lt;/i&gt; de Varlam Chalamov (d&#233;nonciation du goulag). &#201;galement &#233;diteur de la trilogie de son ami Henry Miller (&lt;i&gt;Sexus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Plexus&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Nexus&lt;/i&gt;), des auteurs de la Beat Generation, de presque toute l'&#339;uvre de Trotski (chez Minuit ou Julliard), de Mika Etcheb&#233;h&#232;re et de Claire Etcherelli (dans sa collection Les Lettres nouvelles, chez Deno&#235;l, filiale Gallimard), il est enfin celui qui a publi&#233; le premier r&#233;cit de Houellebecq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Nadeau avait &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233; par la justice fran&#231;aise en 1960, pour avoir largement diffus&#233; le Manifeste des 121, fameux texte anticolonialiste sur le droit &#224; l'insoumission.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;N. N.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#201;ditions des femmes&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2823 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH266/-1077-0f41e.jpg?1782660285' width='200' height='266' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;D&lt;/petitelettrine&gt;ans la foul&#233;e de Mai-68 se cr&#233;e le Mouvement de lib&#233;ration des femmes (MLF), compos&#233; de multiples tendances, joyeuses et plein d'initiatives. Les femmes ne veulent pas laisser le monopole de la contestation aux &#233;tudiants virils qui occupent les rues. En 1973, les &#201;ditions des femmes voient le jour, &#224; l'initiative de plusieurs militantes f&#233;ministes et du groupe Psychanalyse et politique, anim&#233; par Antoinette Fouque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est de publier des livres choisis par des femmes, &#233;crits par des femmes, dans une structure tenue par des femmes. &#192; une &#233;poque o&#249; le milieu &#233;ditorial est essentiellement masculin, que ce soit sur le plan des &#233;diteurs ou des auteurs, constituer un catalogue exclusivement f&#233;minin est un acte militant et intellectuel important. Litt&#233;rature, philosophie, sociologie, psychanalyse, histoire, tous les champs des sciences humaines s'ouvrent aux plumes f&#233;minines et &#224; l'&#233;mancipation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement Antoinette Fouque devient tr&#232;s vite la seule figure embl&#233;matique des &#233;ditions et se voit reprocher un certain autoritarisme. Elle ira jusqu'&#224; d&#233;poser en pr&#233;fecture le sigle MLF, pour en faire un usage politique et commercial, et se pr&#233;sentera m&#234;me sur une liste &#233;lectorale au c&#244;t&#233; de Bernard Tapie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ch. D.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tiens, v'l&#224; Varlin !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Tiens-v-la-Varlin</link>
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		<dc:date>2019-03-15T02:36:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement ouvrier</dc:subject>
		<dc:subject>Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Cordillot</dc:subject>
		<dc:subject>Varlin</dc:subject>
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		<dc:subject>Cordillot</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;ditions Spartacus</dc:subject>
		<dc:subject>c'est l'un</dc:subject>
		<dc:subject>Chronique d'un</dc:subject>
		<dc:subject>d'Eug&#232;ne Varlin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les v&#233;n&#233;rables &#233;ditions Spartacus ont eu l'heureuse id&#233;e de publier Eug&#232;ne Varlin, internationaliste et communard de Michel Cordillot, r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e d'Eug&#232;ne Varlin, Chronique d'un espoir assassin&#233;, paru en 1991 aux &#201;ditions ouvri&#232;res. Michel Cordillot, historien, sp&#233;cialiste du socialisme utopique et de la premi&#232;re Internationale, dresse le parcours &#233;clair de Varlin, qui demeure, selon la formule consacr&#233;e, &#171; une des figures les plus attachantes du mouvement ouvrier &#187;. Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mouvement-ouvrier" rel="tag"&gt;mouvement ouvrier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Michel-Cordillot" rel="tag"&gt;Michel Cordillot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Varlin" rel="tag"&gt;Varlin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eugene-Varlin" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Varlin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cordillot" rel="tag"&gt;Cordillot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/editions-Spartacus" rel="tag"&gt;&#233;ditions Spartacus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/c-est-l-un" rel="tag"&gt;c'est l'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chronique-d-un" rel="tag"&gt;Chronique d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-Eugene-Varlin" rel="tag"&gt;d'Eug&#232;ne Varlin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2824 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;96&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH259/-1078-e4cb3.jpg?1782641288' width='200' height='259' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Tampon &#224; l'effigie de Varlin par le tampographe Sardon, d'apr&#232;s une gravure de F&#233;lix Valloton.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es v&#233;n&#233;rables &#233;ditions Spartacus ont eu l'heureuse id&#233;e de publier &lt;i&gt;Eug&#232;ne Varlin, internationaliste et communard &lt;/i&gt;de Michel Cordillot, r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e d'&lt;i&gt;Eug&#232;ne Varlin, Chronique d'un espoir assassin&#233;, &lt;/i&gt;paru en 1991 aux &#201;ditions ouvri&#232;res. Michel Cordillot, historien, sp&#233;cialiste du socialisme utopique et de la premi&#232;re Internationale, dresse le parcours &#233;clair de Varlin, qui demeure, selon la formule consacr&#233;e, &lt;i&gt;&#171; une des figures les plus attachantes du mouvement ouvrier &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Le propos n'est pas tant de faire l'hagiographie&lt;/strong&gt; de ce v&#233;ritable &lt;i&gt;&#171; saint-la&#239;c &#187; &lt;/i&gt;foudroy&#233; dans sa 33&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; ann&#233;e. Varlin vivra sa mont&#233;e au Golgotha, ici la butte Montmartre, o&#249; il est fusill&#233; par l'arm&#233;e versaillaise le dernier jour de la Semaine sanglante. Un des nombreux m&#233;rites de ce livre est de replacer l'action militante du jeune Varlin, sans en gommer les ind&#233;niables qualit&#233;s, dans la p&#233;riode d&#233;terminante des ann&#233;es 1860-1871, moment d'organisation du mouvement ouvrier fran&#231;ais et europ&#233;en &#8211; dont l'Association internationale des travailleurs (AIT) est la caisse de r&#233;sonance &#8211; qui verra ces premiers espoirs d'&#233;mancipation fracass&#233;s par la terrible r&#233;pression de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Monsieur le commissaire, je vous le signale particuli&#232;rement, c'est l'un des plus dangereux. &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ouvrier relieur, &lt;/strong&gt;autodidacte &#224; l'insatiable soif d'apprendre, membre de la section parisienne de l'Internationale, Varlin n'est pas un de ces r&#233;volutionnaires tapageurs que l'on rencontre &#224; la m&#234;me &#233;poque au Quartier latin. D'apparence calme et discr&#232;te, appr&#233;ci&#233; des ouvriers et ouvri&#232;res qui le c&#244;toient, il fait partie des infatigables artisans du projet collectiviste. Cela lui vaut d'&#234;tre rep&#233;r&#233; lors d'une r&#233;union par un argousin, qui consigne dans son rapport : &lt;i&gt;&#171; Monsieur le commissaire, je vous le signale particuli&#232;rement, c'est l'un des plus dangereux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;De sa vie dite priv&#233;e, &lt;/strong&gt;on sait surtout qu'elle ne pouvait constituer qu'une part congrue, dans une existence d&#233;volue &#224; l'activit&#233; r&#233;volutionnaire. On raconte qu'il vivait dans une communaut&#233; dont il &#233;tait le fondateur et &lt;i&gt;&#171; l'ap&#244;tre &#187;, &lt;/i&gt;compos&#233;e de &lt;i&gt;&#171; six m&#226;les et d'une pr&#233;sidente &#187;, &lt;/i&gt;rue Taranne, o&#249; &lt;i&gt;&#171; chaque soir un associ&#233; diff&#233;rent vient prendre place aux c&#244;t&#233;s de la pr&#233;sidente &#187; &lt;/i&gt;dans un grand lit&#8230; &lt;i&gt;&#171; Adversaire d&#233;clar&#233; du mariage &#187;, &lt;/i&gt;on lui conna&#238;t de grandes amiti&#233;s f&#233;minines parmi les ouvri&#232;res relieuses, qui constituaient, selon les ragots machistes, &lt;i&gt;&#171; un v&#233;ritable escadron d'amazones qui vivent litt&#233;ralement de sa parole &#187; &lt;/i&gt;&#8211; parmi lesquelles Nathalie Le Mel et une certaine Mlle Ligot, qui aurait &#233;t&#233; sa derni&#232;re compagne. D'ailleurs, Varlin est seul &#224; d&#233;fendre les vues f&#233;ministes lors du Congr&#232;s de l'AIT &#224; Gen&#232;ve en 1866 face aux opinions misogynes des proudhoniens fran&#231;ais : &lt;i&gt;&#171; Que le travail soit fait par un homme, qu'il soit fait par une femme : m&#234;me produit, m&#234;me salaire. Par ce moyen la femme ne fera pas baisser le salaire de l'homme et son travail la fera libre. &#187; &lt;/i&gt;Une &#233;vidence, h&#233;las, non suivie d'effets dans la mise en place d'une politique &#233;galitaire au sein de l'AIT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Influenc&#233; par les id&#233;es fouri&#233;ristes, &lt;/strong&gt;partisan de la &lt;i&gt;&#171; voie coop&#233;ratiste &#187; &lt;/i&gt;&#8211; il est l'un des fondateurs des restaurants ouvriers &#171; La Marmite &#187; &#8211;, relais actif et pragmatique des gr&#232;ves dans plusieurs pays, intime de l'alliance secr&#232;te de Bakounine (avec quelques distances semble-t-il), Varlin r&#233;siste aux classifications r&#233;ductrices. S'il se dit &lt;i&gt;&#171; communiste anti-autoritaire &#187;&lt;/i&gt;, il con&#231;oit la repr&#233;sentation ouvri&#232;re aux &#233;lections&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;mais plus encore la d&#233;mocratie directe et l'auto-organisation via les soci&#233;t&#233;s ouvri&#232;res et les syndicats qu'il voit en &lt;i&gt;&#171; &#233;coles du socialisme &#187;. &lt;/i&gt;Comme le montre avec brio Michel Cordillot : &lt;i&gt;&#171; Ni &#8220;marxiste&#8221;, ni &#8220;bakouniniste&#8221;, Varlin est avant tout l'incarnation du mouvement ouvrier parisien. &#187; &lt;/i&gt;C'est sans doute gr&#226;ce &#224; son ouverture d'esprit et &#224; son sens des utopies concr&#232;tes qu'Eug&#232;ne Varlin reste aujourd'hui encore une excellente fr&#233;quentation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Michel Cordillot, &lt;i&gt;Eug&#232;ne Varlin, internationaliste et communard, &lt;/i&gt;&#233;ditions Spartacus, 2016.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une r&#233;volution punk f&#233;ministe</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Une-revolution-punk-feministe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Une-revolution-punk-feministe</guid>
		<dc:date>2019-03-10T17:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Norrito</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>Rock</dc:subject>
		<dc:subject>Riot Grrrls</dc:subject>
		<dc:subject>Manon Labry</dc:subject>
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		<dc:subject>Tobi Vail</dc:subject>
		<dc:subject>Bikini Kill</dc:subject>
		<dc:subject>Riot</dc:subject>
		<dc:subject>Grrrls</dc:subject>
		<dc:subject>Kathleen Hanna</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nord-ouest des &#201;tats-Unis, fin des ann&#233;es 1980. Une poign&#233;e de kids d'Olympia, Eugene et Aberdeen insuffle une nouvelle &#233;nergie rock : il y a l&#224; Kurt Cobain &#8211; Nirvana en est &#224; ses balbutiements &#8211; mais surtout Kathleen Hanna et Tobi Vail, deux musiciennes qui cr&#233;eront Bikini Kill (1990-1997), principal combo punk rock f&#233;ministe (avec Bratmobile) qui a marqu&#233; l'histoire des Riot Grrrls. Ce mouvement part d'un constat accablant, qui ne reste pas sans pertinence : le monde du rock est codifi&#233;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Rock" rel="tag"&gt;Rock&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Riot-Grrrls" rel="tag"&gt;Riot Grrrls&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Manon-Labry" rel="tag"&gt;Manon Labry&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Tobi-Vail" rel="tag"&gt;Tobi Vail&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Kathleen-Hanna" rel="tag"&gt;Kathleen Hanna&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2825 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH294/-1079-cdc69.jpg?1782642937' width='200' height='294' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;N&lt;/span&gt;ord-ouest des &#201;tats-Unis, fin des ann&#233;es 1980. Une poign&#233;e de kids d'Olympia, Eugene et Aberdeen insuffle une nouvelle &#233;nergie rock : il y a l&#224; Kurt Cobain &#8211; Nirvana en est &#224; ses balbutiements &#8211; mais surtout Kathleen Hanna et Tobi Vail, deux musiciennes qui cr&#233;eront Bikini Kill (1990-1997), principal combo punk rock f&#233;ministe (avec Bratmobile) qui a marqu&#233; l'histoire des Riot Grrrls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement part d'un constat accablant, qui ne reste pas sans pertinence : le monde du rock est codifi&#233;, il est largement blanc, h&#233;t&#233;rosexuel et testost&#233;ron&#233;. Tr&#232;s rapidement s'&#233;tablit une jonction avec les activistes de la c&#244;te Est. Les Riot Grrrls combattent le capitalisme et le patriarcat. En ces temps pr&#233;historiques o&#249; le Net &#224; grande &#233;chelle n'existait pas encore, des dizaines de fanzines fleurissent et des conventions r&#233;unissant les diff&#233;rents &#171; chapitres &#187; d'&#233;meuti&#232;res rock s'organisent. Si les concerts sont ouverts &#224; tous, les discussions se font souvent sur le principe de la non-mixit&#233;. On y r&#233;fl&#233;chit aux violences &#224; l'encontre des femmes, &#224; l'autod&#233;fense f&#233;ministe, au refus d'une vie norm&#233;e. La presse, la production musicale et les tourn&#233;es s'organisent selon le principe du Do It Yourself et du refus de la r&#233;cup&#233;ration spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que certaines des protagonistes du mouvement riot grrrls aient poursuivi l'aventure musicale chez des majors comme Universal est une autre histoire qui ne concerne pas ce moment disruptif de plaisir et de cr&#233;ation radicale narr&#233; par Manon Labry, auteure d'une th&#232;se sur les sous-cultures nord-am&#233;ricaines. Un r&#233;cit vivant &#8211; peut-&#234;tre trop oralis&#233; &#8211; et in&#233;dit en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nicolas Norrito&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manon Labry, &lt;i&gt;Riot Grrrls &#8211; Chronique d'une r&#233;volution f&#233;ministe, &lt;/i&gt;Collection &#171; Zones &#187;, &#233;ditions La D&#233;couverte, 2016.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Incendie de Valpara&#237;so : L'&#201;tat contre l'entraide</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Incendie-de-Valparaiso-L-Etat</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Incendie-de-Valparaiso-L-Etat</guid>
		<dc:date>2018-10-04T19:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>C'&#233;tait</dc:subject>
		<dc:subject>Chilienne d'Europe</dc:subject>
		<dc:subject>t&#233;moigne Eli</dc:subject>
		<dc:subject>Valpo</dc:subject>
		<dc:subject>Soudain</dc:subject>
		<dc:subject>Chilienne</dc:subject>
		<dc:subject>maisons</dc:subject>
		<dc:subject>Eli</dc:subject>
		<dc:subject>maisons br&#251;l&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>embras&#233;es</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 12 avril 2014, un incendie se d&#233;clare sur les collines de Valpara&#237;so. Cinq jours durant, le feu, hors de contr&#244;le, va d&#233;vaster des quartiers entiers. Face &#224; l'incurie des autorit&#233;s, la population se mobilise spontan&#233;ment, non sans heurts avec la presse et la police. &#171; Soudain, les hauteurs se sont embras&#233;es, t&#233;moigne Eli, Chilienne d'Europe en visite &#224; Valpara&#237;so ces jours-l&#224;. C'&#233;tait aux confins de la zone urbaine, l&#224; o&#249; se trouvent les poblaciones callampas, bidonvilles ayant pouss&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-etait" rel="tag"&gt;C'&#233;tait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chilienne-d-Europe" rel="tag"&gt;Chilienne d'Europe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/temoigne-Eli" rel="tag"&gt;t&#233;moigne Eli&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Valpo" rel="tag"&gt;Valpo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Soudain" rel="tag"&gt;Soudain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chilienne" rel="tag"&gt;Chilienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/maisons" rel="tag"&gt;maisons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eli" rel="tag"&gt;Eli&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/maisons-brulees" rel="tag"&gt;maisons br&#251;l&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/embrasees" rel="tag"&gt;embras&#233;es&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 12 avril 2014, un incendie se d&#233;clare sur les collines de Valpara&#237;so. Cinq jours durant, le feu, hors de contr&#244;le, va d&#233;vaster des quartiers entiers. Face &#224; l'incurie des autorit&#233;s, la population se mobilise spontan&#233;ment, non sans heurts avec la presse et la police.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Soudain, les hauteurs se sont embras&#233;es&lt;/i&gt;, t&#233;moigne Eli, Chilienne d'Europe en visite &#224; Valpara&#237;so ces jours-l&#224;. &lt;i&gt;C'&#233;tait aux confins de la zone urbaine, l&#224; o&#249; se trouvent les poblaciones callampas, bidonvilles ayant pouss&#233; comme des champignons autour de la ville&lt;/i&gt;. &#187; Construites avec des mat&#233;riaux de r&#233;cup&#233;ration par des familles dans le besoin, ces maisons avaient &#233;t&#233; peu &#224; peu am&#233;lior&#233;es, et l'occupation des terrains parfois l&#233;galis&#233;e. &#171; &lt;i&gt;En quelques heures, il y a eu 3 000 maisons br&#251;l&#233;es, 13 000 personnes &#224; la rue&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2560 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH283/-825-0be69.jpg?1782784406' width='500' height='283' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y aura une quinzaine de morts et des centaines de bless&#233;s. Le feu avait probablement d&#233;marr&#233; dans les tas d'ordures qui s'accumulent au fond des &lt;i&gt;quebradas&lt;/i&gt;, des ravins d'acc&#232;s difficile. &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait bouleversant. Des dizaines de volontaires aidaient ceux qui luttaient l&#224;-haut pour sauver leurs maisons. Je n'ai pas os&#233;. Comme beaucoup, je me suis activ&#233;e pour organiser les premiers secours, ouvrir des lieux d'accueil. &#199;a a &#233;t&#233; une r&#233;action imm&#233;diate, tout le monde apportait quelque chose.&lt;/i&gt; &#187; La rapidit&#233; de r&#233;action de la population contrastait avec l'inertie des pouvoirs publics. &#171; &lt;i&gt;Les d&#233;parts de feu ont dur&#233; pendant vingt jours encore. Cinq ou six collines ont &#233;t&#233; touch&#233;es sur les vingt que compte la ville.&lt;/i&gt; &#187; Les pompiers chiliens sont b&#233;n&#233;voles. Mal &#233;quip&#233;s, sans Canadairs, ils ont fait figure de h&#233;ros aux yeux de la population, qui s'est mobilis&#233;e &#224; leurs c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On a am&#233;nag&#233; un squat en auberge et cantine populaire. Au bout d'une semaine, on servait jusqu'&#224; 400 couverts par jour gr&#226;ce aux dons de particuliers.&lt;/i&gt; &#187; Valpara&#237;so, autrefois le plus grand port d'Am&#233;rique du Sud et escale oblig&#233;e des navires transitant par le cap Horn jusqu'au percement du canal de Panama, a &#233;t&#233; class&#233; patrimoine de l'humanit&#233; par l'Unesco il y a une quinzaine d'ann&#233;es. Depuis, le centre historique, avec ses maisons coloniales en bois peint de couleurs vives, a &#233;t&#233; vid&#233;s de ses habitants, on n'y trouve pratiquement plus que des restaurants, des h&#244;tels et des pensions pour touristes. Malgr&#233; tout, et dans l'urgence, la ville a prouv&#233; qu'elle avait encore de la ressource. Ressource humaine et sociale. &#171; &lt;i&gt;Dans le squat, on offrait des consultations de m&#233;decine naturelle et des massages aux gens qui revenaient avec des tendinites &#224; force de manier la pelle. Il y avait m&#234;me une clinique v&#233;t&#233;rinaire pour soigner chiens et chats br&#251;l&#233;s &#8211; il y a beaucoup d'animaux errants &#224; Valpo. Tout &#231;a de fa&#231;on horizontale, c'&#233;tait beau &#224; voir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, les autorit&#233;s convoquaient des comit&#233;s de crise, des commissions d'experts, des conf&#233;rences de presse&#8230; &#171; &lt;i&gt;Le masque du Chili prosp&#232;re mena&#231;ait de tomber.&lt;/i&gt; &#187; Bienveillante face &#224; la d&#233;tresse des politiques, la presse d&#233;courageait les b&#233;n&#233;voles d'accourir : &#171; &lt;i&gt;Si vous voulez aider, ne venez pas, restez chez vous !&lt;/i&gt; &#187; Il fallait laisser agir les professionnels. &#171; &lt;i&gt; Les autorit&#233;s se chargeaient pr&#233;tendument de tout. N&#233;anmoins, on a appris qu'une tonne d'aide alimentaire avait &#233;t&#233; jet&#233;e &#224; la d&#233;charge, avari&#233;e &#224; cause de la lenteur des secours officiels. Pour compenser, ils ont ensuite lanc&#233; une campagne de d&#233;nigrement du mouvement de solidarit&#233;, en racontant par exemple que des v&#234;tements donn&#233;s spontan&#233;ment avaient transmis la gale aux sinistr&#233;s&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il n'y a pas grand-monde qui fasse confiance au gouvernement chez nous&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Eli. Pour quelles raisons ? &#171; &lt;i&gt;Quelques jours avant, le 1er et le 2 avril, avait eu lieu un tremblement dans le nord du pays, &#224; Iquique. J'y &#233;tais et j'avais &#233;t&#233; choqu&#233;e par l'attitude des flics et des militaires, plus soucieux de prot&#233;ger les centres commerciaux du pillage que de secourir les gens&lt;/i&gt;. &#187; Pour rendre visible cet antagonisme, des &#233;tudiants des universit&#233;s publiques ont convoqu&#233; une &#171; marche des pelles &#187;, afin que des dizaines de volontaires partent en cort&#232;ge jusqu'aux quartiers affect&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Quelle n'a pas &#233;t&#233; notre surprise quand des cordons de police nous ont bloqu&#233; le passage. Malgr&#233; les coups de matraque, la plupart des jeunes ont r&#233;ussi &#224; esquiver la troupe et &#224; atteindre la zone sinistr&#233;e. Quelle &#233;nergie d&#233;pens&#233;e par l'&#201;tat pour entraver la solidarit&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de sans-abri ont refus&#233; d'&#234;tre relog&#233;s dans les auberges de fortune et ont camp&#233; sur place de peur de perdre leur terrain, car la mairie est aux mains de sp&#233;culateurs. Plusieurs collines ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; accapar&#233;es par des investisseurs pour y construire des r&#233;sidences en vase clos et des cages &#224; lapins avec vue sur mer. La r&#233;sistance supposait la permanence des familles sur place. Situation qui rendait les probl&#232;mes d'approvisionnement encore plus pressants. &#171; &lt;i&gt;Alors que de nouveaux d&#233;parts d'incendie affolaient les quartiers, un camion charg&#233; de fruits de mer est arriv&#233; de l'&#238;le de Chilo&#233;, &#224; 1 400 km au sud de Valpo. L'initiative venait d'un groupe de p&#234;cheurs qui, au lieu de livrer leur chargement &#224; la Croix-Rouge, ont demand&#233; dans la rue, et les gens les ont aiguill&#233;s vers le squat. Ce jour-l&#224;, on a pr&#233;par&#233; un grand banquet pour 250&#8239;personnes !&lt;/i&gt; &#187; Pendant ce temps, les autorit&#233;s distribuaient des &lt;i&gt;Gift cards&lt;/i&gt; aux sinistr&#233;s pour qu'ils s'approvisionnent dans les grandes surfaces d'enseignes nord-am&#233;ricaines&#8230; &#171; &lt;i&gt;Valpo s'ent&#234;te&lt;/i&gt;, raconte Eli avec fiert&#233;. &lt;i&gt;La ville n'aime pas l'uniformisation culturelle. Ces derni&#232;res ann&#233;es, deux McDonald's boycott&#233;s ont d&#251; fermer leurs portes.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;motion la plus intense ? &#171; &lt;i&gt;Quand j'ai entendu tout le stade reprendre en ch&#339;ur : &#8220;Valpo, Valpo querido, te vamos a levantar&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Valpara&#237;so bien-aim&#233;, nous allons te relever ! &#187;&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Valpara&#237;so bien-aim&#233;, nous allons te relever ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La distribution est une condition d'autonomie &#187;</title>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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&lt;p&gt;Une autre id&#233;e de la logistique &#224; Barcelone. 10% des publications dans l'&#201;tat espagnol sont en langue catalane. Mais les diff&#233;rences linguistiques ne suffisent pas &#224; expliquer la m&#233;fiance des &#233;diteurs ib&#233;riques envers la centralisation. Pr&#232;s de 200 entreprises de diffusion/distribution existent &#224; travers le pays, contre une dizaine en France. &#192; Barcelone, une petite structure tient t&#234;te aux g&#233;ants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ruoyi-Jin" rel="tag"&gt;Ruoyi Jin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/s-est" rel="tag"&gt;s'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Diffusion-s-est" rel="tag"&gt;Diffusion s'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une autre id&#233;e de la logistique &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10% des publications dans l'&#201;tat espagnol sont en langue catalane. Mais les diff&#233;rences linguistiques ne suffisent pas &#224; expliquer la m&#233;fiance des &#233;diteurs ib&#233;riques envers la centralisation. Pr&#232;s de 200 entreprises de diffusion/distribution existent &#224; travers le pays, contre une dizaine en France. &#192; Barcelone, une petite structure tient t&#234;te aux g&#233;ants du secteur. Petit topo dans le quartier caniculaire du Raval, par Miguel Martin, participant de Virus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Virus est n&#233; en 1991, avec une &#233;quipe dont il ne reste plus personne aujourd'hui. Dans ces ann&#233;es-l&#224;, la gauche s'est reconfigur&#233;e &#224; partir des groupes form&#233;s dans les ann&#233;es 1970, et de ceux de la Transition d&#233;mocratique (le r&#233;gime d&#233;mocratico-lib&#233;ral qui s'est impos&#233; depuis une quarantaine d'ann&#233;es). Un nouveau tissu de dissidences s'est alors fabriqu&#233;, avec le mouvement des occupations (squats et centres sociaux). 1992 marque l'ann&#233;e de grandes mobilisations dans l'&#201;tat espagnol, celle de la comm&#233;moration des 500 ans du g&#233;nocide latino-am&#233;ricain, et surtout celles contre les Jeux Olympiques de Barcelone et de l'Exposition universelle &#224; S&#233;ville en 1992. Ces deux derniers &#233;v&#233;nements sont le point culminant de ce qui s'est tram&#233; durant la Transition : le pacte entre le franquisme et la ploutocratie des classes dominantes au sein du gouvernement. C'est le triomphe de la modernit&#233; capitaliste dans le pays. Et c'est dans ce contexte qu'est n&#233; Virus.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2562 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH539/-827-2ce57.jpg?1782641295' width='400' height='539' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ruoyi Jin.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout a commenc&#233; dans une librairie de la gauche radicale, El Lokal, rue de la Cera, dans le quartier du Raval, qui existe depuis 1982. Au d&#233;part, c'&#233;tait une agence de presse alternative et une structure de diffusion de fanzines et revues. De l&#224; est n&#233;e une maison d'&#233;dition libertaire, publiant des essais et des t&#233;moignages historiques sur la guerre d'Espagne. La question de cr&#233;er en m&#234;me temps une structure de distribution pour les livres s'est impos&#233;e d&#232;s le d&#233;part. C'est une condition d'autonomie, d'une part, et de diffusion large &#8211; m&#234;me dans le circuit commercial. Virus est bic&#233;phale : une maison d'&#233;dition avec une huitaine de parutions par an et une structure de diffusion/distribution avec une cinquantaine d'&#233;diteurs dans son catalogue &#8211; de la micro-&#233;dition aux grands &#233;diteurs camarades comme Traficantes de Sue&#241;os ou Pepitas de Calabaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons le statut d'entreprise, mais fonctionnons en coop&#233;rative, de mani&#232;re horizontale, et sans aide publique ; on cherche parfois des subventions, mais il n'y a plus d'argent dans les caisses de l'&#201;tat pour la culture, d'autant moins quand elle est critique ! Tout le monde a le m&#234;me salaire, en temps plein, sans diff&#233;rence de statut ni d'anciennet&#233;. La prise de d&#233;cision est toujours collective, tant sur nos choix &#233;ditoriaux que sur nos strat&#233;gies de distribution, comme par exemple pour d&#233;cider de qui entre au catalogue ou pas. Nous faisons des assembl&#233;es tous les quinze jours, une fois pour l'&#233;ditorial et discuter de &#171; th&#233;orie &#187;, une fois pour la distribution et parler des aspects techniques. Il y a six personnes qui travaillent ici : une pour la coordination des &#233;ditions et la communication, une pour la comptabilit&#233; et l'administratif, deux pour le travail commercial de pr&#233;sentation des nouveaut&#233;s aux librairies, et deux personnes en charge du travail logistique (les r&#233;ceptions, les envois, le stock).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virus distribue les livres dans deux types de milieux : 45% dans le milieu alternatif et engag&#233; (centres sociaux, squats, librairies associatives et politiques &#8211; il y en a environ 25 en Catalogne), et le reste dans les librairies conventionnelles (environ 150 en Catalogne). Ensuite, nous distribuons aussi les &#233;diteurs catalans hors de la r&#233;gion. Certains &#233;diteurs choisissent de confier leur catalogue &#224; de grands diffuseurs-distributeurs pour les librairies conventionnelles et nous confient leurs titres pour les lieux alternatifs. Puis reproduisent le m&#234;me sch&#233;ma dans chaque r&#233;gion. Les conditions sont les m&#234;mes pour les librairies que pour les lieux alternatifs, mais nous nous adaptons aux situations de chacun, en donnant parfois une confiance de base &#224; certains squats qui viennent de s'ouvrir, ou en leur proposant un syst&#232;me de d&#233;p&#244;t-vente. On est toujours &#233;tonn&#233;s de voir que beaucoup de collectifs autog&#233;r&#233;s sont aussi s&#233;rieux voire plus que les commerces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela cr&#233;e un syst&#232;me un peu compliqu&#233; &#224; g&#233;rer, mais il permet de d&#233;centraliser la r&#233;partition des livres, et donc de gagner &#224; la fois en ind&#233;pendance, puisqu'il n'y a pas d'exclusivit&#233;, et en volume de diffusion, car plus de lieux sont visit&#233;s. Nous m&#234;mes, qui faisons &#224; la fois de l'&#233;dition et de la distribution, nous passons par dix autres structures amies pour distribuer nos livres dans tout l'&#201;tat espagnol, et nous sous-traitons quelques-uns de nos &#233;diteurs catalans &#224; ces m&#234;mes structures. Cela dit, on sent aujourd'hui la tension s'amplifier dans le secteur de la diffusion/distribution : les gros distributeurs cherchent &#224; faire signer des contrats d'exclusivit&#233; avec les &#233;diteurs et les libraires, accentuant ainsi la concentration des capitaux. Mais depuis la crise de 2008 dans le pays, les &#233;ditions ou les librairies critiques et politiques, hors des grands groupes, sont en pleine croissance. Et les fonctionnements horizontaux comme le n&#244;tre se multiplient. Doucement mais s&#251;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Like a hobo&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En voil&#224; des repr&#233;sentants &#233;m&#233;rites qui s'acharnent &#224; faire vivre une structure de diffusion ind&#233;pendante ! Reposant sur l'abn&#233;gation de deux membres permanents, David et Rachel, de collaborateurs ponctuels et de libraires amis, comme la librairie Quilombo &#224; Paris, &lt;a href=&#034;http://www.hobo-diffusion.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hobo Diffusion&lt;/a&gt; s'est donn&#233; pour objectif de promouvoir &#171; &lt;i&gt;une &#233;dition ind&#233;pendante, engag&#233;e, libertaire, contre-culturelle en lui permettant d'&#234;tre pr&#233;sente en librairies &#8211; tant dans les grandes enseignes que dans les structures ind&#233;pendantes et alternatives &#8211;, et de pouvoir ainsi toucher un public plus large que ne le permettent les r&#233;seaux militants ou underground&lt;/i&gt; &#187;. Sur le plan logistique, Hobo a n&#233;anmoins d&#251; s'associer &#224; Makassar, diffuseur-distributeur de bande dessin&#233;e de taille moyenne, qui assure le transport et la distribution des bouquins dans les lieux de vente. Cr&#233;&#233;e en 2012, Hobo regroupe une soixantaine d'&#233;diteurs, dont pas mal de noms connus dans nos colonnes : La Lenteur, le CMDE, Nada &#233;ditions, Prairial, Le Murmure, Le Chien rouge (&#201;ditions de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, oups, le conflit d'int&#233;r&#234;ts !), les &#233;ditions Libertaires et de la CNT-RP. Le nom m&#234;me de la structure est un clin d'&#339;il aux hobos &#8211; gal&#233;riens itin&#233;rants &#171; &lt;i&gt;propageant l'insoumission sur leur chemin&lt;/i&gt; &#187; durant la grande d&#233;pression aux &#201;tats-Unis. Bon vent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;contact @hobo-diffusion.com&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;SERENDIP est n&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis f&#233;vrier 2013, cette &lt;a href=&#034;http://serendip-livres.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;structure de diffusion-distribution&lt;/a&gt;, cr&#233;&#233;e par Michel Thomas et Romain Mollica, a fait le pari des petits, voire micro-&#233;diteurs, souvent associatifs, aupr&#232;s des libraires, afin de leur offrir la meilleure visibilit&#233;. Le tout autour d'un noyau pr&#233;cis : l'image au sens large. De fait, le catalogue fait la part belle &#224; l'&#233;dition jeunesse (L'&#201;dune, Le Chineur, Voce verso, Le Diplodocus) et la bande dessin&#233;e (Alifbata, the Hoochie coochie, Super Loto, Insula, Polystyr&#232;ne, Adverse). D'autres axes sont venus compl&#233;ter cet ensemble : cin&#233;ma (R&#233;pliques, Distorsion), musique (Densit&#233;, Serious Publishing) et litt&#233;rature (La Robe noire, L'Atelier du tilde). Pas de contrainte quantitative de production pour les &#233;ditions repr&#233;sent&#233;es par Serendip, mais un choix de livres artisanaux qui prennent leur temps. Il s'agit souvent de tirages r&#233;alis&#233;s &#224; quelques centaines d'exemplaires avec une fabrication allant de la s&#233;rigraphie &#224; la risographie, la gravure sur bois ou des collages. Le tout dans des formats originaux (bo&#238;tes de cartes, portfolios ou leporello).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distribution au sein du r&#233;seau des librairies ind&#233;pendantes est privil&#233;gi&#233;e, car le rythme lent et le travail soign&#233; des publications ne pourraient que difficilement trouver une place dans l'univers impitoyable de la grande distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;contact@serendip-livres.fr&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aix-Marseille : M&#233;tropole ou m&#233;gapole ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Aix-Marseille-Metropole-ou</link>
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		<dc:date>2018-09-19T15:04:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>G&#233;rald Perilli</dc:creator>


		<dc:subject>Charmag</dc:subject>
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		<dc:subject>projet</dc:subject>
		<dc:subject>Marseille</dc:subject>
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		<dc:subject>m&#233;tropolitain</dc:subject>

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&lt;p&gt;Aux forceps, Aix-Marseille-M&#233;tropole a fini par voir le jour, avec son organe d&#233;cisionnel, le conseil m&#233;tropolitain, et la promesse d'un &#171; projet d'am&#233;nagement et de d&#233;veloppement &#233;conomique &#187;. Les multinationales ont d&#233;j&#224; mis le pied dans la porte entrouverte. Si Aix-Marseille-M&#233;tropole na&#238;t dans la douleur, c'est que cette aire marseillaise du &#171; projet m&#233;tropolitain &#187; de 119&#8239;communes est sortie au forceps. Or, la quasi-totalit&#233; de celles-ci, 113 sur 119, s'y est oppos&#233;e, craignant une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux forceps, Aix-Marseille-M&#233;tropole a fini par voir le jour, avec son organe d&#233;cisionnel, le conseil m&#233;tropolitain, et la promesse d'un &#171; &lt;i&gt; projet d'am&#233;nagement et de d&#233;veloppement &#233;conomique&lt;/i&gt; &#187;. Les multinationales ont d&#233;j&#224; mis le pied dans la porte entrouverte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si Aix-Marseille-M&#233;tropole&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Renomm&#233;e depuis M&#233;tropole Aix-Marseille-Provence.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; na&#238;t dans la douleur, c'est que cette aire marseillaise du &#171; projet m&#233;tropolitain &#187; de 119&#8239;communes est sortie au forceps. Or, la quasi-totalit&#233; de celles-ci, 113 sur 119, s'y est oppos&#233;e, craignant une perte de contr&#244;le sur leur fiscalit&#233; et sur les Plans locaux d'urbanisme. Initi&#233;e en 2008, la r&#233;forme des collectivit&#233;s territoriales s'est concr&#233;tis&#233;e en 2010 par une loi qui devait all&#233;ger le mille-feuilles administratif en supprimant les conseillers d&#233;partementaux et r&#233;gionaux au profit de nouveaux &#233;lus territoriaux. Mais huit ans et trois gouvernements plus tard, tous ces conseillers sont encore l&#224;, auxquels vient s'ajouter un nouveau cheptel de 240&#8239;conseillers m&#233;tropolitains&#8230; 223 d'entre eux sont des conseillers de territoire et n'ont qu'un avis consultatif. Ils joueront dans le bac &#224; sable de la politique locale, un peu comme le font les &#233;lus des mairies de secteur &#224; Marseille. Des notables de surcro&#238;t non &#233;lus puisque r&#233;affect&#233;s depuis les anciennes intercommunalit&#233;s &#8211; les six ex-&#233;tablissements publics de coop&#233;ration intercommunales (EPCI) de Marseille, Aix, Salon, Aubagne, Martigues, Fos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des recours en justice de plusieurs maires visaient &#224; marchander une meilleure r&#233;partition des conseillers, mais le 19&#8239;janvier 2016, le conseil d'&#201;tat fait l'impasse et le chantier peut reprendre. La fronde des maires durait depuis plus de deux ans et la guerre des si&#232;ges entre Aix et Marseille, les deux poids lourds de la m&#233;tropole &#224; venir, ne s'ach&#232;ve que le 17&#8239;mars&#8239;2016. Jean-Claude Gaudin est &#233;lu pr&#233;sident de la nouvelle instance, tandis que la maire d'Aix porte encore l'affaire devant la commission europ&#233;enne d&#233;but avril. Baroud d'honneur m&#233;diatique de Mme Joissains davantage que combat juridique s&#233;rieux, puisque la commission europ&#233;enne ne peut juger ce genre d'affaire. Apr&#232;s ce dernier coup d'&#233;p&#233;e dans l'eau, la m&#233;tropole devrait &#234;tre en ordre de marche &#224; la rentr&#233;e et prendre le relais des six ex-EPCI. Le mammouth se mettra ensuite en branle, avec ses 7 500 fonctionnaires territoriaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2561 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH256/-826-6965a.jpg?1782693102' width='400' height='256' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Charmag.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mocratie locale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pr&#233;parer la M&#233;tropole, un organe a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; fin 2012 : la Mission interminist&#233;rielle au projet m&#233;tropolitain (MIPM). Quinze personnes embauch&#233;es &#224; temps plein sur trois ans pour aplanir le terrain et organiser quatre conf&#233;rences qui ponctuent l'avancement de la r&#233;flexion. La derni&#232;re s'est tenue au parc Chanot le 17&#8239;d&#233;cembre 2015, en pr&#233;sence de la ministre de la D&#233;centralisation et de la Fonction publique, Marylise Lebranchu. Devant un parterre de 800 &#171; acteurs de la m&#233;tropole &#187;, la consultation urbaine s'est partag&#233;e entre prises de parole d'experts et pause &#224; midi avec buffet pl&#233;thorique. La m&#233;tropole n'a pas encore vu le jour que ce projet &#224; six maires sur 119 a d&#233;j&#224; co&#251;t&#233; pr&#232;s d'un million d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de cette s&#233;ance, la directrice de la consultation urbaine, Marie Baduel, s'est f&#233;licit&#233;e du travail accompli : &#171; &lt;i&gt;&#8239;Huit chantiers m&#233;tropolitains impliquant 1200 acteurs locaux !&lt;/i&gt; &#187; Les &#171; &lt;i&gt;acteurs de la m&#233;tropole&lt;/i&gt; &#187; &#233;taient donc invit&#233;s &#224; participer &#224; ce pince-fesse. Para&#238;t-il. Contact&#233;es par &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, deux associations marseillaises, le collectif Laisse B&#233;ton et Un Centre-ville pour tous (CVPT), qui luttent sur l'espace urbain pour le respect des droits des habitants et la pr&#233;servation des espaces verts, mettent un b&#233;mol. Guy Coja, membre de Laisse B&#233;ton, raconte : &#171; &lt;i&gt;J'ai voulu m'inscrire, on ne m'a jamais rappel&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Pour CVPT, m&#234;me constat : &#171; &lt;i&gt;1 200 participants ? Ils ont compt&#233; les petits pois !? Le bilan est tr&#232;s n&#233;gatif, la plupart des gens &#233;taient des professionnels, il n'y a jamais vraiment eu de travail avec les associations&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Patrick Lacoste. Quant aux habitants, hormis ceux qui suivent d'assez pr&#232;s les rares annonces dans les journaux pour avoir connaissance des dates des conf&#233;rences (inscription sur Internet obligatoire), ils n'ont pas &#233;t&#233; associ&#233;s au projet. &#171; &lt;i&gt;C'est angoissant, on nous rajoute encore une entit&#233;, j'ai des &#233;chos, on me dit que c'est encore une usine &#224; gaz. Le risque est que les communes soient d&#233;poss&#233;d&#233;es de la gestion urbanistique de leur territoire&lt;/i&gt; &#187;, s'inqui&#232;te Fr&#233;d&#233;ric, enseignant. Rien de tr&#232;s encourageant. N&#233;anmoins, un &#171; maillage &#187; des transports devrait s'organiser sur l'ensemble du territoire m&#233;tropolitain en vue de dynamiser l'aire marseillaise. Des projets comme une nouvelle ligne de TER et des lignes de tramway ont &#233;t&#233; act&#233;s lors du conseil m&#233;tropolitain du 30&#8239;juin&#8239;2016. Quid du &#171; projet d'am&#233;nagement et de d&#233;veloppement &#233;conomique &#187; et de la promesse de &#171; concourir &#224; un d&#233;veloppement durable et solidaire du territoire r&#233;gional &#187; &#233;voqu&#233;e par la loi ? (voir encadr&#233; ci dessous) Qui vivra verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les multinationales en embuscade&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la newsletter n&#176;6 de la MIPM, un titre attire l'&#339;il : &#171; &lt;i&gt;Les multinationales, facteur de coh&#233;sion sociale.&lt;/i&gt; &#187; L'article vante une &#233;tude command&#233;e &#224; une professeure &#224; la facult&#233; des g&#233;osciences de Lausanne, C&#233;line Rozenblat, qui centre son analyse sur &#171; &lt;i&gt;les effets des firmes multinationales sur l'&#233;conomie locale en termes d'emploi&lt;/i&gt; &#187; et sur le point fort d'Aix-Marseille-M&#233;tropole, &#171; &lt;i&gt;sa fonction logistique et portuaire, qui favorise la promotion, la mutation urbaine et la production mondialis&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. On peut lire plus loin que &#171; &lt;i&gt;cette &#233;conomie&lt;/i&gt; [est] &lt;i&gt;li&#233;e aux march&#233;s urbains, immobilier haut de gamme, culture, tourisme et services avanc&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Demandez le programme ! La M&#233;tropole repr&#233;sente pour les grands groupes des milliards d'investissements dans les march&#233;s urbains, dont &#171; &lt;i&gt;&#8239;l'immobilier haut de gamme&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les instances de l'&#201;tat font de la com' pour les multinationales. Mais comment celles-ci, dans une m&#233;gapole &#171; tout-en-un &#187;, pourraient &#234;tre &#171; &lt;i&gt;facteur de coh&#233;sion sociale&lt;/i&gt; &#187; ? On est d'autant plus perplexe lorsqu'on d&#233;couvre le voyage diplomatico-&#233;conomique de Martine Vassal, pr&#233;sidente du d&#233;partement, le 20&#8239;mai&#8239;2016, en compagnie du VRP du BTP Jean-Claude Gaudin. Trois jours outre-Manche pour une &lt;i&gt;charming operation&lt;/i&gt; aupr&#232;s d'investisseurs anglais : Hammerson&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;j&#224; ma&#238;tre d'&#339;uvre et g&#233;rant du centre commercial des Terrasses du port, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, Real Land, McArthurGlen Corporate &#8211;&#8239;parmi les plus importants fonds d'investissement en Europe. D&#233;j&#224; programm&#233; pour dans un an, un &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Are-you-experienced&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;village des marques&lt;/a&gt; &#187; de 120&#8239;boutiques sera implant&#233; &#224; Miramas, avec la cr&#233;ation d'une &#233;cole pour la formation des futurs vendeurs. Lors de la rencontre avec la d&#233;l&#233;gation marseillaise, Nicolas Hill, PDG de Real Land, d&#233;clarait : &#171; &lt;i&gt;Je cr&#233;e des fonds d'investissement pour faire de la promotion. La plupart des partenaires sont des acteurs qui font dans l'immobilier chez eux, &#224; Londres, Dublin et Chicago, mais il y a d&#233;j&#224; trop de monde qui fait la m&#234;me chose, alors ils cherchent &#224; s'implanter ailleurs et &#224; s'amuser un peu !&lt;/i&gt; &#187; Propos retranscrits sans commentaire dans &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; du 21&#8239;mai&#8239;2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le fiasco de la rue de la R&#233;publique, victime de l'irruption cannibale des centres commerciaux sur tout le territoire marseillais, Gaudin and Co sont all&#233;s chercher ces investisseurs boute-en-train pour faire de l'aire m&#233;tropolitaine leur nouveau terrain de jeu. &lt;i&gt;Once again&lt;/i&gt;, immobilier et grandes enseignes au programme. Tant pis si &#171; &lt;i&gt;la fonction logistique et portuaire&lt;/i&gt; &#187; de Marseille est battue en br&#232;che par l'&#233;radication des petits commerces et des march&#233;s populaires et l'occultation des liens et &#233;changes avec l'Afrique&#8230; Pourquoi parier sur l'imagination quand tout le pouvoir est donn&#233; &#224; la contribution &#233;conomique territoriale (ex-taxe professionnelle) ? Les habitants ne seront convi&#233;s aux festivit&#233;s que pour achalander les &lt;i&gt;shopping malls&lt;/i&gt;. Quant &#224; l'hinterland, il risque de perdre vignes et oliviers au profit d'une m&#233;ga-zone commerciale. Aix-Marseille-M&#233;tropole, capitale des &#233;changeurs d'autoroute et des hypermarch&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Bla-bla-bla &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;(Extrait de la loi du 27 janvier 2014 d&#233;finissant la m&#233;tropole) :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; La m&#233;tropole est un &#233;tablissement public de coop&#233;ration intercommunale (EPCI) &#224; fiscalit&#233; propre regroupant plusieurs communes, d'un seul tenant et sans enclave au sein d'un espace de solidarit&#233; pour &#233;laborer et conduire ensemble un projet d'am&#233;nagement et de d&#233;veloppement &#233;conomique, &#233;cologique, &#233;ducatif, culturel et social de leur territoire afin d'en am&#233;liorer la coh&#233;sion et la comp&#233;titivit&#233; et de concourir &#224; un d&#233;veloppement durable et solidaire du territoire r&#233;gional. Elle valorise les fonctions &#233;conomiques m&#233;tropolitaines, ses r&#233;seaux de transport et ses ressources universitaires, de recherche et d'innovation, dans un esprit de coop&#233;ration r&#233;gionale et inter&#233;gionale et avec le souci d'un d&#233;veloppement territorial &#233;quilibr&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Renomm&#233;e depuis M&#233;tropole Aix-Marseille-Provence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;j&#224; ma&#238;tre d'&#339;uvre et g&#233;rant du centre commercial des Terrasses du port, ench&#226;ss&#233; sur le domaine portuaire de Marseille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Adieu Chantal</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Adieu-Chantal</link>
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		<dc:date>2018-09-19T12:56:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alessi Dell'Umbria</dc:creator>


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		<dc:subject>Georges</dc:subject>
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		<dc:subject>r&#233;gion nantaise</dc:subject>
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		<dc:subject>Chantal Vasnier</dc:subject>

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&lt;p&gt;La derni&#232;re fois que j'ai crois&#233; Chantal, c'&#233;tait en avril 2016, lors d'un bref passage dans la r&#233;gion nantaise. Cela faisait une quinzaine d'ann&#233;es que nous ne nous &#233;tions plus vus. Depuis la campagne pour la lib&#233;ration d'Abdelkarim Khalki. Un ami m'avait emmen&#233; la voir dans le petit village, proche de la ZAD de NDDL, o&#249; elle vivait d&#233;sormais. Je savais qu'elle se battait contre la maladie. Ayant eu l'occasion de reconna&#238;tre en d'autres temps la force int&#233;rieure qui l'animait, je ne fus pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Georges" rel="tag"&gt;Georges&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/lors-d-un" rel="tag"&gt;lors d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/region-nantaise" rel="tag"&gt;r&#233;gion nantaise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/bref-passage" rel="tag"&gt;bref passage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chantal" rel="tag"&gt;Chantal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/croise-Chantal" rel="tag"&gt;crois&#233; Chantal&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai-croise" rel="tag"&gt;j'ai crois&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Chantal-Vasnier" rel="tag"&gt;Chantal Vasnier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2559 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;90&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH585/-824-71e9a.jpg?1782654884' width='400' height='585' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;&#192; c&#244;t&#233;, film de St&#233;phane Mercurio. Photo Gr&#233;goire Korganow &#169; ISKRA - Mille et Une films.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re fois que j'ai crois&#233; Chantal, c'&#233;tait en avril 2016, lors d'un bref passage dans la r&#233;gion nantaise. Cela faisait une quinzaine d'ann&#233;es que nous ne nous &#233;tions plus vus. Depuis la campagne pour la lib&#233;ration d'Abdelkarim Khalki&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auteur, avec Georges Courtois et Patrick Thiolet, de la prise d'otage de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un ami m'avait emmen&#233; la voir dans le petit village, proche de la ZAD de NDDL, o&#249; elle vivait d&#233;sormais. Je savais qu'elle se battait contre la maladie. Ayant eu l'occasion de reconna&#238;tre en d'autres temps la force int&#233;rieure qui l'animait, je ne fus pas surpris de la retrouver souriante et d&#233;tendue. Ce jour-l&#224;, elle me dit qu'elle pouvait partir le lendemain comme dans deux ans&#8230; Devant la proximit&#233; d'une telle &#233;ch&#233;ance, elle d&#233;gageait une s&#233;r&#233;nit&#233; que la plupart d'entre nous serions bien en mal d'atteindre ! Elle me parla de ses filles et de son fils, de ses petits-enfants, de la force qu'ils lui donnaient pour continuer de vivre. Nous &#233;voqu&#226;mes le souvenir d'une grande amie qui avait aussi lutt&#233; contre la maladie et mis fin &#224; ses jours en 1991. Chantal avait alors travers&#233; le pays pour lui rendre une derni&#232;re visite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que j'ai crois&#233; Chantal, c'&#233;tait en f&#233;vrier 1986. Soit peu de temps apr&#232;s l'extraordinaire prise d'otages de la cour d'assises de Nantes, en d&#233;cembre 1985. On m'avait indiqu&#233; son adresse, dans une cit&#233; HLM en bord de Loire. Quelques jours avant, &#224; Paris, plusieurs lignes de m&#233;tro avaient &#233;t&#233; paralys&#233;es par une action de sabotage en soutien &#224; la gr&#232;ve de la faim d'Abdelkarim Khalki&#8230; Des affiches en hommage aux trois preneurs d'otages couvraient les murs de plusieurs villes du pays. J'&#233;tais venu en apporter une &#224; la femme de Georges Courtois, sans trop savoir comment elle le prendrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil de Chantal fut aussi chaleureux que g&#233;n&#233;reux. Elle m'accueillit avec ses deux filles, Chrystelle et C&#233;cile, m'offrit &#224; boire puis &#224; manger. Pendant des heures, elle me raconta sa vie, ses gal&#232;res&#8230; Elle savait ce que c'est que d'&#234;tre enferm&#233; &#8211; elle avait jadis tir&#233; quelques mois &#224; la vieille prison de la Roquette, &#224; Paris, pour un vol de voiture en compagnie de son futur mari. Depuis, entre la prison o&#249; elle allait visiter Georges &#8211; quand le juge voulait bien conc&#233;der un permis de visite&#8230; &#8211; et l'h&#244;pital o&#249; elle travaillait comme aide-soignante, elle avait d&#233;velopp&#233; une perception aigu&#235; des souffrances humaines. Elle me parla de sa rencontre avec Georges quand ils &#233;taient encore bien jeunes, de ce qu'il avait eu &#224; subir depuis son enfance dans ces monstrueuses maisons de correction destin&#233;es &#224; briser les &#226;mes, et de sa r&#233;sistance obstin&#233;e &#224; la brutalit&#233; et &#224; l'absurdit&#233; presque innommables de ce syst&#232;me judiciaire et carc&#233;ral que nous &#233;tions d'accord pour condamner sans appel. Elle me parla aussi d'Abdelkarim, pour qui elle &#233;prouvait un immense respect. Elle avait su aussi prendre sa part de risques dans cette &#233;quip&#233;e de d&#233;cembre 1985&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantal &#233;tait la femme d'un taulard, mais ce serait lui faire injure que de l'enfermer dans ce seul r&#244;le. Profond&#233;ment r&#233;volt&#233;e, elle n'avait nul besoin de traduire cette r&#233;volte en grandes envol&#233;es lyriques. Il lui suffisait de t&#233;moigner aux siens cette g&#233;n&#233;rosit&#233; si rare en ce monde. Avec ses enfants, avec son mari, avec ses amis. La g&#233;n&#233;rosit&#233; faisait partie de sa r&#233;volte. Elle se traduisait aussi par une grande capacit&#233; d'&#233;coute, et une curiosit&#233; intellectuelle qui n'avait rien d'affect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantal ne faisait la le&#231;on &#224; personne, mais sa simple fa&#231;on d'&#234;tre constituait une le&#231;on. &#192; la fr&#233;quenter, on r&#233;alisait la futilit&#233; de beaucoup de nos attitudes et la petitesse de certaines de nos r&#233;actions dans la vie courante. En tout cas, c'est ce que j'ai appris &#224; son contact, lorsque nous nous rencontrions r&#233;guli&#232;rement durant la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 1980. Le courage, c'est bien souvent d'assurer en toute discr&#233;tion ; de se montrer &#224; la hauteur par rapport &#224; son entourage quel que soit le prix &#224; payer et sans attendre la reconnaissance. Chantal avait ce type de courage, qui n'est pas si fr&#233;quent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chantal s'en est all&#233;e dans les premiers jours d'ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour en savoir plus&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lire la derni&#232;re interview de Chantal Vasnier : &#171; &lt;a href=&#034;http://jefklak.org/il-ny-a-que-lamour-qui-nous-fait-venir-dans-les-parloirs/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Il n'y a que l'amour qui nous fait venir dans les parloirs&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voir le tr&#232;s beau film de St&#233;phane Mercurio, &lt;i&gt;A c&#244;t&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Auteur, avec Georges Courtois et Patrick Thiolet, de la prise d'otage de la cour d'assises de Nantes, le 19 d&#233;cembre 1985. Lire Georges Courtois, &lt;i&gt;Aux marches du palais &#8211; histoire d'un preneur d'otages&lt;/i&gt;, Le Nouvel Attila, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Turquie : &#171; Est-ce encore mon pays ? &#187;</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#192; peine deux mois apr&#232;s le coup d'Etat manqu&#233;, on mesure l'onde de choc qui s'est propag&#233;e dans un pays pourtant d&#233;j&#224; en guerre contre les populations du sud-est &#224; majorit&#233; kurde. Une dramaturgie a &#233;t&#233; mise en place par le r&#233;gime. Utilisation du direct par le pr&#233;sident Erdogan via une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision pour appeler ses fid&#232;les &#224; descendre dans les rues, appel relay&#233; par les mosqu&#233;es, jusqu'aux &#171; purges &#187; m&#233;diatis&#233;es et chiffr&#233;es, l'instrumentalisation de la riposte, v&#233;ritable strat&#233;gie du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Yann-Renoult-172" rel="tag"&gt;Loez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; peine deux mois apr&#232;s le coup d'Etat manqu&#233;, on mesure l'onde de choc qui s'est propag&#233;e dans un pays pourtant d&#233;j&#224; en guerre contre les populations du sud-est &#224; majorit&#233; kurde. Une dramaturgie a &#233;t&#233; mise en place par le r&#233;gime. Utilisation du direct par le pr&#233;sident Erdogan via une cha&#238;ne de t&#233;l&#233;vision pour appeler ses fid&#232;les &#224; descendre dans les rues, appel relay&#233; par les mosqu&#233;es, jusqu'aux &#171; &lt;i&gt;purges&lt;/i&gt; &#187; m&#233;diatis&#233;es et chiffr&#233;es, l'instrumentalisation de la riposte, v&#233;ritable strat&#233;gie du choc, est totale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La peur reste l&#224;, aliment&#233;e &#224; la fois par l'ampleur des purges dans l'appareil d'&#201;tat et les sph&#232;res priv&#233;es, les m&#233;dias, l'&#233;ducation et l'&#233;conomie, et la pr&#233;sence continue dans les rues de foules hyst&#233;riques&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emre, stambouliote de 57 ans : &#171; &lt;i&gt;Le soir de la tentative du coup d'&#201;tat, nous &#233;tions traumatis&#233;s. Cela ne s'est peut &#234;tre pas ressenti partout de la m&#234;me fa&#231;on, mais &#224; Istanbul, &#224; Moda, &#224; une certaine heure, les bruits de tirs &#233;taient intenses et le passage des avions aussi. J'avoue qu'&#224; un moment, j'ai pr&#233;par&#233; un petit sac avec pi&#232;ces d'identit&#233;, m&#233;dicaments et autres, au cas o&#249; il faudrait partir. Je pense que le traumatisme est toujours l&#224;. Non seulement les opposants au r&#233;gime, mais les pro-AKP qui sont dans la rue ont peur aussi. L'AKP essaye de tenir les gens dans la rue, depuis des semaines. J'ai un peu de mal &#224; comprendre l'objectif, car il est impossible qu'une autre tentative de coup d'&#201;tat arrive. Malgr&#233; cela, machines et camions poubelles des mairies restent encore aujourd'hui devant les sorties des casernes, o&#249; ils s'&#233;taient mis pour emp&#234;cher la sortie des chars. Je comprends que ces gens veuillent garder la rue. C'est un &#233;tat d'&#226;me qui va de la crise d'adolescence et la crise de folie &#224; l'enthousiasme du lynchage. Ces gens n'ont jamais v&#233;cu une mobilisation de grande ampleur, comme Gezi par exemple. L&#224;, ils sont au c&#339;ur. Encourag&#233;s par le r&#233;gime, ils se sont sentis l&#233;gitimes, unis et forts. La gratuit&#233; des transports en commun a m&#234;me &#233;t&#233; proclam&#233;e, pour qu'ils se rendent &#224; Taksim&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2544 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-809-c7c59.jpg?1782747313' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Yann Renoult.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Istanbul en particulier, ces foules donnent un sentiment total d'ins&#233;curit&#233; pour qui ne participe pas de ce soutien au r&#233;gime. &#171; &lt;i&gt;Chaque fois que j'y pense, je me remets &#224; pleurer, et les images des choses que j'ai vues ne me quittent pas&lt;/i&gt;, dit Firdevs, 50 ans, qui r&#233;side en France depuis 1980. &lt;i&gt;Je suis all&#233;e &#224; Istanbul pour quatre jours et ce s&#233;jour m'a rendue malade. Tu sors, tu fais deux pas dans la rue, et tu as l'impression de marcher sur des &#233;pines. Les choses que j'ai vues lors des soir&#233;es de &#8220;tours de garde pour la d&#233;mocratie&#8221; sont grav&#233;es dans ma t&#234;te. Des &#8220;Allahu akbar&#8221;, des manifestations, des barbus. Je suis rest&#233;e chez mes proches dans un quartier d'Istanbul, qui &#233;tait habit&#233; traditionnellement par les Arm&#233;niens. Vous verriez les rues, les petites rues, les avenues&#8230; Des voitures paradent en klaxonnant, toutes d&#233;cor&#233;es de drapeaux turcs, des foules passent en criant. M&#234;me le chat, &#224; la maison, &#233;tait traumatis&#233;. Dans cette foule, il y avait aussi des &#8220;&#233;lites&#8221;, enfin, des k&#233;malistes ultranationalistes qui se qualifient d'&#233;lites. Ils avaient rejoint la f&#234;te. Difficile de les diff&#233;rencier. &#192; c&#244;t&#233; des &#8220;mollahs&#8221;, vous voyez des gens qui ont d'autres apparences : par exemple un barbu portant un drapeau, et &#224; c&#244;t&#233; une femme en short&#8230; Je suis all&#233;e aussi voir des amis qui habitent le quartier Gazi. Au retour, j'ai voulu prendre le bus de Taksim. Nous &#233;tions nombreux &#224; attendre, mais aucun bus ne passait. Ils &#233;taient &#8220;confisqu&#233;s&#8221; pour emmener gratuitement les gens pour les &#8220;tours de garde&#8221;. Je suis mont&#233;e pourtant quelques arr&#234;ts plus loin. Le bus s'est rempli petit &#224; petit, et bient&#244;t il &#233;tait plein &#224; craquer. Des gens avec des drapeaux, des chapelets, des corans. Des centaines de drapeaux. Jeunes, vieux, toutes sortes de gens. Deux gar&#231;ons se sont assis face &#224; moi. L'un d'eux a sorti un couteau. Il jouait avec. Son copain lui a dit d'&#234;tre discret. J'&#233;tais en train de me demander si je ne devais pas descendre, quand une femme est arriv&#233;e et qu'un des jeunes assis en face de moi lui a laiss&#233; sa place. Elle a sorti un Coran, et ses l&#232;vres ont boug&#233; silencieusement&#8230; &#199;a ne se faisait pas, avant, de lire le Coran dans les lieux publics. En regardant tout cela, je me demandais &#8220;qu'est-ce que je fais ici, est-ce encore mon pays ?&#8221;. Quelques arr&#234;ts plus loin, une jeune femme est mont&#233;e. Voyant l'ambiance du bus, et m&#233;contente, elle a fait une r&#233;flexion en passant pr&#232;s du chauffeur. &#8220;On attend depuis des heures, c'est pour &#231;a ?&#8221;. Sa phrase &#224; peine finie, un homme portant un t-shirt rouge avec le drapeau turc imprim&#233; sur la poitrine est intervenu &#8220;Connasse de &#231;apulcu&lt;/i&gt; [&#171; racaille &#187;, mot utilis&#233; par Erdogan pour d&#233;signer les contestataires et les alli&#233;s des Kurdes &#8211; ndlr], &lt;i&gt;pute, ferme ta gueule. Ici, c'est la R&#233;publique turque, si &#231;a te pla&#238;t pas, casse-toi !&#8221;. La jeune femme a r&#233;pondu &#8220;De quoi tu te m&#234;les ?&#8221; et l'homme a continu&#233; de plus belle en l'insultant lourdement et a fait arr&#234;ter le bus. &#8220;Descends tout de suite, esp&#232;ce de salope&#8221;. Alors que la femme descendait du bus, il a dit &#224; deux jeunes pr&#232;s de lui, &#8220;Descendez, suivez cette pute et confiez-la &#224; la police&#8221;. J'ai vu par la fen&#234;tre qu'elle &#233;tait seule sur le trottoir, et les deux jeunes se tenaient face &#224; elle. Je ne sais pas ce qui est arriv&#233; &#224; cette femme&#8230; M&#234;me ne pas mettre un drapeau &#224; sa fen&#234;tre est un probl&#232;me. Comme la d&#233;lation fonctionne, la fen&#234;tre sans drapeau, sur un immeuble o&#249; chaque appartement a le sien, tape &#224; l'&#339;il. Le drapeau me sort par les yeux. Il y en a partout, autocollants sur des voitures, dans les rues, sur les immeubles&#8230; Et comme si cela ne suffisait pas, des casquettes, des porte-cl&#233;s, des t-shirts&#8230; Le chaos&#8230; Une autorit&#233; qui a r&#233;uni tous les pouvoirs sous sa main, c'est une sorte de Hitler. Ceux qui ne se coulent pas aveugl&#233;ment dans le sillon d'Erdogan savent cela. M&#234;me dans les regards, il y a une peur. Les gens se jaugent avec m&#233;fiance, ou avec m&#233;pris. Comme s'ils crachaient&#8230; M&#234;me dans le quartier Gazi, quartier rebelle, o&#249; les gens ont l'habitude de combattre les forces de s&#233;curit&#233; depuis des ann&#233;es, mes amis disaient en parlant de l'op&#233;ration de police effectu&#233;e juste apr&#232;s le coup d'&#233;tat : &#8220;Nous n'avions jamais v&#233;cu une telle violence. C'est la premi&#232;re fois que nous avons eu peur.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir AKP affirme maintenant avec aplomb qu'aucun &#171; k&#233;maliste &#187; n'a particip&#233; au coup d'&#201;tat. Il y aurait eu des partisans de G&#252;len partout, si on en croit les chiffres. 130 000 personnes &#171; suspendues &#187; de leurs fonction ou limog&#233;es, dans le secteur public en g&#233;n&#233;ral, dans l'&#233;ducation, la sant&#233;, dans la justice, la gendarmerie, l'arm&#233;e, et dans le secteur priv&#233; &#233;ducatif, sportif, la presse&#8230; Jusqu'&#224; la garde pr&#233;sidentielle et des membres du parti AKP du Pr&#233;sident. Sur les 16 000 gardes &#224; vue, 6 000 &#233;taient en prison &#224; la mi-ao&#251;t. &#192; chaque &#233;chelon de la purge, les responsables ajoutent des noms sur les listes, suspect&#233;s de conna&#238;tre des g&#252;l&#233;nistes, ou d'avoir fr&#233;quent&#233; un temps les m&#234;mes &#233;coles, voire le m&#234;me parti&#8230; G&#252;len et Erdogan, rappelons-le, ont travaill&#233; main dans la main, jusqu'&#224; ce qu'un diff&#233;rend sur le partage des dividendes du pouvoir les s&#233;pare. Les institutions turques sont tr&#232;s fragilis&#233;es, dans l'attente d'une r&#233;organisation, comme le fut celle, totale, de l'&#233;tat-major d&#233;but ao&#251;t. Une structure resserr&#233;e autour d'Erdogan, appuy&#233;e sur des &#171; services &#187; de confiance, se charge de la continuit&#233; de la purge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Erdogan continue &#224; r&#233;duire son &#171; opposition &#187; et a contraint le camp k&#233;maliste au parlement &#224; une &#171; union nationale &#187; en obtenant pour ce faire le ralliement du CHP (gauche nationaliste), deuxi&#232;me parti de Turquie, lors du meeting &#171; pour la d&#233;mocratie et les martyrs &#187; du 7 ao&#251;t&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir sur kedistan.net, le dossier sp&#233;cial sur le meeting historique du 7 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est la poursuite de la pr&#233;sidentialisation et la concentration au pas de charge du pouvoir entre les m&#234;mes mains. Les forces de paix et la gauche d'opposition autour du HDP sont d&#233;sormais isol&#233;es. La crainte d'une r&#233;pression plus large d&#233;soriente jusqu'aux &#233;cologistes et aux associations de la soci&#233;t&#233; civile, somm&#233;s de donner des gages de fid&#233;lit&#233; envers les k&#233;malistes. Toute l'opposition se retrouve ainsi divis&#233;e.
Les conjectures autour des &#171; responsables &#187; du putsch sont secondaires, si l'on consid&#232;re qu'il y a bien eu r&#233;ussite du coup d'&#233;tat civil, engag&#233; par Erdogan bien avant la tentative avort&#233;e du 15 juillet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir sur &lt;a href=&#034;http://www.kedistan.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;kedistan.net&lt;/a&gt;, le dossier sp&#233;cial sur le meeting historique du 7 ao&#251;t qui consacre le triomphe d'Erdogan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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