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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Construction europ&#233;enne : c'est la mafia qui fournit le ciment</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;Quand il nous re&#231;oit dans sa maison de Prades (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), le sociologue Alain Tarrius rit. Lors d'un entretien avec des prostitu&#233;es dans un bar, des clients l'ont pris pour leur &#171; mac boiteux &#187;. Claudiquant jusqu'&#224; son bureau, ce souvenir continue de l'amuser. Il y a quatre ans, on avait d&#233;j&#224; parl&#233; de ses &#233;tudes autour des transmigrants, acteurs &#171; invisibilis&#233;s &#187; de la mondialisation du poor to poor : pour les pauvres, par les pauvres. D'un c&#244;t&#233; des migrants afghans qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/clubs" rel="tag"&gt;clubs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand il nous re&#231;oit dans sa maison de Prades (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), le sociologue Alain Tarrius rit. Lors d'un entretien avec des prostitu&#233;es dans un bar, des clients l'ont pris pour leur &#171; &lt;i&gt;mac boiteux&lt;/i&gt; &#187;. Claudiquant jusqu'&#224; son bureau, ce souvenir continue de l'amuser. Il y a quatre ans&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. les articles &#171; Afghan connection &#187; in CQFD n&#176;81 et &#171; Puta's fever &#187; in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, on avait d&#233;j&#224; parl&#233; de ses &#233;tudes autour des transmigrants, acteurs &#171; &lt;i&gt;invisibilis&#233;s&lt;/i&gt; &#187; de la mondialisation du &lt;i&gt;poor to poor&lt;/i&gt; : pour les pauvres, par les pauvres. D'un c&#244;t&#233; des migrants afghans qui transportent de la marchandise depuis le Sud-Est asiatique ; de l'autre, des femmes originaires des Balkans ou du Caucase venues vendre leurs corps dans un des 272&#8200;bordels du Levant espagnol. Le professeur &#233;m&#233;rite de l'universit&#233; Jean Jaur&#232;s de Toulouse vient de sortir deux bouquins&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;trangers de passage et La mondialisation criminelle, &#201;dition de l'Aube, 2015.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, deux nouvelles &#233;tapes dans ses recherches sur la &#171; &lt;i&gt;mondialisation criminelle&lt;/i&gt; &#187;. Ses valoches boucl&#233;es pour de nouveaux vagabondages, il a accept&#233; de r&#233;pondre &#224; quelques questions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1466 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH374/p04-05_perpignan-prostitution-couleur-eed8d.png?1768654507' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Avant d'aborder le c&#339;ur du sujet, une pr&#233;cision s&#233;mantique. Tes recherches suivent le parcours de filles destin&#233;es &#224; la prostitution, qui vont traverser plusieurs pays europ&#233;ens. Alors que la France a r&#233;affirm&#233; sa position abolitionniste, tu estimes que notre pays pratique en fait une politique prohibitionniste. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alain Tarrius :&lt;/strong&gt; Oui, en mati&#232;re de prostitution, je parle de prohibition car la zone d'ombre judiciaire dans laquelle les filles travaillent permet &#224; des flics, qu'ils soient v&#233;reux ou non, de les taxer comme ils veulent, pour leur compte ou celui de l'&#201;tat, et de fa&#231;on totalement arbitraire. Pour moi ceci est caract&#233;ristique d'une politique prohibitionniste. Ce statut ressemble au Chicago de 1928.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les trois phases de la trajectoire que suivent ces transmigrantes : un recrutement sur les bords de la mer Noire, une formation (dope et prostitution) dans le Sud italien et l'int&#233;gration d'un des nombreux clubs du Levant espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord comprendre une chose : au niveau europ&#233;en, les capitaux et circulations de la prostitution et de la drogue sont les m&#234;mes. Par ailleurs, les milieux criminels ne fonctionnent plus sur le mode du r&#233;seau. Du fait d'un profond cosmopolitisme, ils se sont &#171; horizontalis&#233;s &#187;. L'image de P&#233;p&#233; le Moko, c'est termin&#233;. Les recrutements s'effectuent par symbiose et proximit&#233;. Autour de la mer Noire, par exemple, il n'y a pas de rabatteurs pour recruter les filles, mais des marins sur les bateaux. La mer Noire est un lieu assez populaire, avec &#233;norm&#233;ment de petites croisi&#232;res ukrainiennes, russes ou g&#233;orgiennes qui emploient des jeunes femmes dans diff&#233;rents petits boulots (m&#233;nage, accueil, etc.). C'est un lieu de recrutement de pr&#233;dilection pour les marins. Ailleurs, &#224; Sofia en Bulgarie, on a travaill&#233; sur les recrutements par les gardiens des cit&#233;s universitaires. J'en ai connu un qui se faisait quelques milliers d'euros en fourguant trois &#224; quatre filles par an &#224; des Albanais qui les passaient ensuite en Italie. De plus il faut savoir que depuis quelques ann&#233;es, les filles savent dans quoi elles s'embarquent car elles ont le t&#233;moignage d'autres qui sont revenues apr&#232;s quatre &#8211;&#8200;cinq ann&#233;es pass&#233;es dans les clubs espagnols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, les filles font un s&#233;jour de trois &#224; quatre semaines durant lequel elles vont apprendre la prostitution et la commercialisation de la coke. L'&#233;tape italienne est tr&#232;s importante : c'est l'endroit o&#249; les mafias russes et italiennes deviennent russo-italiennes : toutes les affaires de dope et de femmes se connectent ici. Avec des coll&#232;gues de Turin et de Sofia, on a suivi l'itin&#233;raire des programmes immobiliers et touristiques intensifs du sud de l'Albanie, du nord de la Mac&#233;doine, de la c&#244;te croate, de la province d'Imperia (Italie) jusqu'au Levant sud espagnol. Le b&#233;tonnage, financ&#233; par de gros investisseurs russo-italiens, suit la m&#234;me voie que les trafics de dope et de femmes. L'immobilier est le blanchiment officiel, connu et surveill&#233; par la police et les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'il n'y a plus d'image d'&#201;pinal pour d&#233;crire ces acteurs de la criminalit&#233; mondialis&#233;e, &#224; quoi peuvent-ils ressembler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu ne les cherches plus dans des maisons ultra-surveill&#233;es de Naples, par exemple. Les flics de G&#234;nes avaient rep&#233;r&#233; un grand capo ukrainien install&#233; dans une villa magnifique pr&#232;s d'Imperia. Ils savaient qu'il &#233;tait dans le coup mais n'arrivaient pas &#224; le choper. Le type avait tout l'air d'un paisible retrait&#233; ; aucune activit&#233; particuli&#232;re, aucune valse de bagnoles devant sa propri&#233;t&#233;. Tout ce qu'il faisait c'&#233;tait op&#233;rer des transferts de capitaux dans des programmes immobiliers tout ce qu'il y a de plus l&#233;gaux. Un d&#233;tail insignifiant a cependant attir&#233; notre attention : notre capo &#233;tait en relation par Internet avec des gens en Andalousie, Ukraine et dans les Balkans. Toutes les semaines, il envoyait une carte m&#233;t&#233;orologique qui allait du Levant espagnol &#224; l'Ukraine avec des commentaires personnels sur les vents, les courants marins, le soleil. On a eu l'id&#233;e de comparer ses envois avec les cartes authentiques et on s'est rendu compte que tout &#233;tait faux. En fait, tout &#231;a n'&#233;tait qu'un code pour le passage de la dope. Voil&#224; comment il g&#233;rait ses affaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En Espagne, les filles sont ventil&#233;es en fonction de leurs comp&#233;tences dans plusieurs styles de club. Des bordels de luxe pour hommes d'affaires et bourgeois aux &#171; abattoirs &#187; pour travailleurs agricoles marocains, en passant par des clubs &#171; populaires &#187; pour routiers. En m&#234;me temps, tu estimes que 1,9&#8200;milliard d'euros des revenus de la drogue sont blanchis &#224; hauteur de 1,2&#8200;milliard par les revenus de la prostitution l&#233;gale. Tu veux dire que la fonction premi&#232;re des clubs est le blanchiment ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Le Levant espagnol est l'endroit o&#249; se conjuguent les arriv&#233;es de drogues du Moyen-Orient, des Balkans et du Caucase. C'est aussi l&#224; qu'aboutissent les fili&#232;res d'h&#233;ro&#239;ne du Nig&#233;ria et d'Angola et la coke d'Am&#233;rique latine qui remonte par le Maroc. C'est devenu un endroit strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En novembre 2011, il y a eu une manifestation franco-espagnole contre la prostitution au village-fronti&#232;re du Perthus, situ&#233; &#224; quelques encablures des bordels de la Jonqu&#232;re. Derri&#232;re la banderole : &#171; Notre corps n'est pas une marchandise &#187;, on trouvait des militants mais aussi des &#233;lus du conseil g&#233;n&#233;ral (CG) des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales. Comment as-tu per&#231;u cette action ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, j'ai d&#233;nonc&#233; cette op&#233;ration. Pas la manifestation qui a r&#233;uni des gens courageux avec de belles id&#233;es, mais cette action &#233;tait avant tout politique. Elle s'est inscrite dans le prolongement d'un rapport, command&#233; par le CG &#224; un labo de Perpignan, sur la prostitution &#224; la Jonqu&#232;re. Or, cette commande devait avant tout servir la cause d'une &#233;lue locale&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de S&#233;gol&#232;ne Neuville, actuelle secr&#233;taire d'&#201;tat charg&#233;e des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui avait des ambitions nationales. Au final, l'enqu&#234;te s'est r&#233;v&#233;l&#233;e scandaleuse, triste mise en &#339;uvre d'une &#171; zoo m&#233;thodologie &#187; : &#224; savoir une observation distante d'animaux sans langage. Les coll&#232;gues sont all&#233;es &#224; la Jonqu&#232;re, ont vu les filles mais n'ont pas pu les approcher, encore moins leur parler. Alors que nous, on n'arr&#234;te pas de leur parler (rires) ! &#201;videmment, les filles ne vont pas t'accorder un entretien pendant qu'elles travaillent, mais il y a toujours moyen de discuter &#224; un autre moment dans un m&#233;lange de &lt;i&gt;broken english&lt;/i&gt;, d'italien et d'espagnol. Les conclusions de cette enqu&#234;te officielle ont &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;es devant le Parlement : la Jonqu&#232;re est un lieu dangereux pour la construction affective des grands adolescents. En fait tout le monde fonctionne avec ses sch&#233;mas. Au cours de la manifestation au Perthus, tu avais d'un c&#244;t&#233; des militants mus par un vrai fond de g&#233;n&#233;rosit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Ah ces pauvres filles qui sont esclaves&lt;/i&gt; &#187; etc., et de l'autre, les filles justement qui se sont approch&#233;es du cort&#232;ge en interpellant les manifestants : &#171; &lt;i&gt;Venez, venez qu'on vous lib&#232;re nous aussi ! &lt;/i&gt; &#187; (rires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette enqu&#234;te sociologique, pilot&#233;e par des int&#233;r&#234;ts politiciens, a abouti &#224; un bluff complet. Elle ne parle ni de la drogue, ni des investissements des bourgeois perpignanais dans les clubs de la Jonqu&#232;re, ni des camionneurs qui sont les premiers clients des filles et sont aussi impliqu&#233;s dans le trafic de dope. 3&#8200;700 camions s'arr&#234;tent chaque jour &#224; la Jonqu&#232;re. Un apart&#233; concernant ce point : avec mon &#233;quipe, on vient tout juste d'entamer de nouvelles recherches destin&#233;es &#224; comprendre pourquoi l'itin&#233;raire classique des routiers parcourant le grand axe europ&#233;en Belgique-Paris-Bayonne-Madrid est de plus en plus remplac&#233; par l'itin&#233;raire reliant Lyon et La Jonqu&#232;re par l'autoroute A9. Les premi&#232;res d&#233;clarations faites par des camionneurs exp&#233;riment&#233;s continuant &#224; faire le trajet historique nous disent : comme on recrute de plus en plus de camionneurs issus des pays de l'Est pay&#233;s 800 euros alors qu'un camionneur fran&#231;ais touche 1&#8200;800 euros, la Jonqu&#232;re devient une &#233;tape indispensable pour ces gars sous-pay&#233;s. Avec les trafics possibles sur place, ils doublent leur salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, dans &lt;i&gt;La Mondialisation criminelle &lt;/i&gt; tu mets en ab&#238;me deux r&#233;alit&#233;s apparemment contradictoires : d'un c&#244;t&#233; une marchandisation du corps des femmes port&#233;e &#224; un rythme quasiment industriel (tu estimes &#224; 11 000 le nombre de prostitu&#233;es de l'Est travaillant dans les bordels du Levant espagnol) ; de l'autre des femmes avec une grande dignit&#233; et qui semblent assumer pleinement leur choix. Comment expliquer ce paradoxe ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces femmes font partie des migrants les plus stigmatis&#233;s. Ah ! ces pauvres filles venues de ces soci&#233;t&#233;s pourries de l'Est&#8230; Mes enqu&#234;tes ont pour but de rectifier cette image. Au bout de cinq ans pass&#233;s dans les clubs espagnols, certaines ont accumul&#233; un pactole entre 120 et 180&#8200;000&#8200;euros mis de c&#244;t&#233; avec la gestion familiale. Certaines rentrent chez elles ouvrir un h&#244;tel ou une boutique, d'autres continuent dans l'&lt;i&gt;escort&lt;/i&gt;, d'autres disparaissent de la circulation. Quoi qu'on en pense, l'ascenseur social via les bordels espagnols a fonctionn&#233; et n'aurait jamais march&#233; si elles &#233;taient rest&#233;es au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors des entretiens, les filles me disent : &#171; &lt;i&gt;Quand je suis pute&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, c'est-&#224;-dire demain, hier, tout &#224; l'heure. Leur corps, elles l'appr&#233;hendent en deux dimensions : une, totalement prise par l'institution commerciale (je ne suis qu'une marchandise, j'ai tous les mots sur moi-m&#234;me pour me vendre comme marchandise), l'autre, o&#249; j'envoie chier cette marchandise ; que je honnis. C'est gr&#226;ce &#224; cette distance qu'elles peuvent parler si facilement. J'ai acquis cette intuition que ces filles se cr&#233;ent un double d'elles-m&#234;mes : un qui vit la r&#233;alit&#233; du bordel, l'autre qui reste avec la parent&#232;le&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une fois leur situation administrative r&#233;gl&#233;e en Espagne, les filles font (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Moi avec la parent&#232;le, je n'ai jamais quitt&#233; mon village et ma famille. Et je vais y retourner. On travaille tous ensemble. On en parle tous les soirs. Quand je ram&#232;ne de l'argent, ma famille ne me demande pas dans quel &#233;tat est mon cul. Elle me dit bient&#244;t on en aura trop pour le mettre dans telle ou telle banque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton dernier livre, tu utilises le concept de &#171; &lt;i&gt;moral area&lt;/i&gt; &#187;. D'o&#249; vient cette notion et en quoi est-elle pertinente pour l'avanc&#233;e de tes recherches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en relation avec des coll&#232;gues de l'universit&#233; de Californie &#224; Los Angeles, qui travaillent sur la notion de fronti&#232;re. Ils utilisent une m&#233;thode d'analyse qui date des ann&#233;es 30, &#233;poque de la grande &#233;cole de sociologie de Chicago (rien &#224; voir avec les &#233;conomistes). Le sociologue Robert Ezra Park avait empiriquement mis au point une notion, qui est aussi une m&#233;thode : pour comprendre comment, dans le Chicago de la prohibition, le commerce de l'alcool, des drogues et des femmes est prosp&#232;re et fa&#231;onne la ville, il faut accr&#233;diter l'id&#233;e qu'existe, ind&#233;pendamment du territoire institutionnel et officiel que nous d&#233;crivent les discours des politiques, techniciens et am&#233;nageurs, un autre territoire qu'on va appeler &#171; &lt;i&gt;territoire de m&#339;urs&lt;/i&gt; &#187; (moral area) qui ob&#233;it &#224; d'autres logiques. Mus par la m&#234;me recherche d'un plaisir, les gens, riches ou pauvres, se m&#234;lent. Ils confluent vers des carrefours mouvants o&#249; ils auront acc&#232;s soit au jeu, soit aux femmes, soit aux drogues, etc. Pour Park, cette zone, d&#233;finie par les plus grandes amplitudes des mobilit&#233;s pour venir &#224; la centralit&#233; prostitution-psychotrope, dit les contours r&#233;els de la ville de Chicago.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs discours, les politiques entretiennent l'id&#233;e qu'il n'y a pas de rapport entre les trafics nocturnes et le fonctionnement diurne d'une ville. Faisant cela, ils produisent une contre-morale qui devient la morale bourgeoise. Pour Park, tout est en continuit&#233;. Le jour venu, le pognon des trafics passe aux banques et tout rentre dans le fonctionnement officiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Outre la mer Noire et le Sud italien, tu d&#233;finis une troisi&#232;me &#171; &lt;i&gt;moral area&lt;/i&gt; &#187; qui irait de Sitges (sud de Barcelone), lieu r&#233;put&#233; pour sa prostitution homosexuelle, au d&#233;partement frontalier des Pyr&#233;n&#233;es-Orientales (P.-O.) connu pour son client&#233;lisme structurel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les P.-O., la coke et l'h&#233;ro ont disparu des circuits officiels et on voit d&#233;ferler depuis quelque temps les nouveaux produits de synth&#232;se (NPS) : des drogues chimiques de la famille des speeds que l'on classe entre les m&#233;thamph&#233;tamines et les ecstasys. Il faut savoir que ces produits chimiques disparaissent du sang en 24h, en 12h dans les urines et n'apparaissent pas dans les cheveux. Ils ont donc un grand int&#233;r&#234;t mais un inconv&#233;nient aussi : ils se vendent beaucoup moins cher que la coke et l'h&#233;ro. Pour les dealers, il y a un vrai manque &#224; gagner : tandis que le gramme d'h&#233;ro rapportait 10-12 euros de b&#233;n&#233;fice, avec les chimiques, on tombe &#224; 3-4 euros. Il leur faut donc capter un nouveau march&#233;. On avait eu vent d'informations selon lesquelles des gosses du d&#233;partement des P. O. touchaient de plus en plus &#224; ces produits. On a commenc&#233; quelques observations &#224; la sortie des coll&#232;ges et on a rep&#233;r&#233; des jeunes entre 13 et 15 ans qui en consommaient. Sur les 19 &#224; qui on a pu parler, 12 &#233;taient plac&#233;s dans des familles d'accueil par l'Aide sociale &#224; l'enfance (ASE). Que des gosses fragilis&#233;s et plac&#233;s sous protection de l'ASE tombent l&#224;-dedans m'a choqu&#233;. J'ai &#233;crit &#224; l'ASE et demand&#233; une entrevue. La r&#233;ponse a &#233;t&#233; : on n'a pas de gosse drogu&#233; chez nous. J'ai insist&#233; : pourtant, vous envoyez des gosses dans des familles d'accueil dont certaines sont connues pour leur addiction. Jamais nous ne faisons &#231;a. Pourtant, nous on en conna&#238;t. On veut pas savoir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; plusieurs reprises, tu pointes le &#171; &lt;i&gt;contexte client&#233;liste&lt;/i&gt; &#187; du d&#233;partement des P.-O. entretenu notamment par les &#233;lus du conseil g&#233;n&#233;ral (CG). Or l'ASE est une mission d&#233;volue au CG.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Environ 300 familles accueillent des enfants dans les villages des P.-O. Les revenus g&#233;n&#233;r&#233;s sont consid&#233;r&#233;s comme des salaires dans ce d&#233;partement de grande pauvret&#233; et participent &#224; cr&#233;er une vraie manne client&#233;liste. &#192; la botte du CG, l'ASE veille &#224; la paix parmi ses &#171; clients &#187; qui ne sont pas les gosses, mais les familles d'accueil. Parmi les experts qui d&#233;cident que tel enfant doit &#234;tre retir&#233; de sa famille et plac&#233;, je n'ai identifi&#233; que des gens pay&#233;s soit par des associations subventionn&#233;es par le CG, soit par le CG. Pour les recours, le CG a mis en place une association de neuf avocats, tous coopt&#233;s, seule habilit&#233;e &#224; recevoir les plaintes des enfants de l'ASE. Tout est barricad&#233;. En outre, nous avons rencontr&#233; 49 jeunes adultes qui avaient &#233;t&#233; sous tutelle de l'ASE : 65% &#233;taient dans l'addiction et 25% se prostituaient. En &#233;largissant l'&#233;chantillon &#224; 180, on a &#233;tabli qu'un tiers allaient se prostituer en Espagne : les gar&#231;ons &#224; Sitges et les filles dans les clubs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#171; aire morale &#187; d&#233;limit&#233;e par l'usage des psychotropes et la prostitution, Perpignan occupe, non pas une place d'extension des places commerciales, mais une place de vivier, de lieu de formation de jeunes prostitu&#233;-e-s. C'est aussi dans ce vivier, notamment par le biais d'enfants d&#233;j&#224; fragilis&#233;s, que s'ancre et se d&#233;veloppe le march&#233; des drogues de synth&#232;se. Pendant ce temps, les notables du d&#233;partement continuent leur client&#233;lisme, soi-disant bon enfant, en tenant leur discours officiel : &#171; &lt;i&gt;Chez nous, c'est propre&lt;/i&gt; &#187;. Tu as d&#251; remarquer que la prostitution sur les axes routiers n'appara&#238;t qu'une fois franchies les limites du d&#233;partement, au niveau de Port-la-Nouvelle et La Palme dans l'Aude. Il s'agit de ne pas attirer l'attention. Entre omerta et contention, le fonctionnement du client&#233;lisme roussillonnais se calque parfaitement sur la forme morale mafieuse.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Comptes en berne cherchent argent sale&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au niveau mondial, certains chiffres sont tellement &#233;normes qu'ils veulent tout et rien dire. Qu'on en juge : chiffre d'affaires de la prostitution : 130 milliards d'euros ; chiffre d'affaires du trafic de drogue : la fourchette oscille entre 275 et 455 milliards d'euros. Des masses de pognon qui ne font pas saliver que les dealers et les proxos. L'ann&#233;e derni&#232;re, Eurostat, l'institut europ&#233;en de la statistique, pr&#233;conisait aux &#201;tats membres de l'UE de faire appara&#238;tre dans leur PIB les activit&#233;s &#233;conomiques ill&#233;gales. La raison invoqu&#233;e : harmoniser les bases de calcul des diff&#233;rents PIB entre nations dites permissives comme les Pays-Bas et celles prohibitionnistes. Seul crit&#232;re : pour &#234;tre pris en compte, les &#233;changes de la sph&#232;re criminelle doivent &#234;tre librement consentis. Soumis &#224; des purges budg&#233;taires, certains pays ont dit &#171; &lt;i&gt;tope l&#224;&lt;/i&gt; &#187; aux technocrates bruxellois. Sortant sa calculette, le Royaume-Uni a estim&#233; que ces nouvelles r&#232;gles feraient gagner &#224; son PIB un petit point et une place dans le classement des puissances &#233;conomiques mondiales (devant la France). Bingo ! a dit l'Italie chez qui l'&#233;conomie criminelle est &#233;valu&#233;e &#224; 10% de son PIB. Les Belges et les Espagnols ont fait mine de se faire d&#233;sirer avant de promettre de s'aligner sur le nouveau dogme. Reste la France qui, par le biais de l'Insee, a rugi un incorruptible &#171; &lt;i&gt;Que nenni !&lt;/i&gt; &#187;. Exception faite, bien s&#251;r, de ces quelques milliers de putes qui d&#233;clarent chaque ann&#233;e leurs revenus au fisc. Apr&#232;s les patrons voyous, bient&#244;t un Medef des julots casse-cro&#251;te&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. les articles &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Afghan-connection&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Afghan connection&lt;/a&gt; &#187; in &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;81 et &#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Puta-s-fever&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Puta's fever&lt;/a&gt; &#187; in &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;82.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;trangers de passage&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;La mondialisation criminelle&lt;/i&gt;, &#201;dition de l'Aube, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il s'agit de S&#233;gol&#232;ne Neuville, actuelle secr&#233;taire d'&#201;tat charg&#233;e des Personnes handicap&#233;es et de la Lutte contre l'exclusion. Ancienne d&#233;put&#233;e PS des P.-O., elle d&#233;fendit le projet de loi de p&#233;nalisation des clients des prostitu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une fois leur situation administrative r&#233;gl&#233;e en Espagne, les filles font venir des membres de leur famille et des proches qui vont les accompagner et seront les &#171; garants &#187; du retour au pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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