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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Olivier Tesquet : &#171; Dans la rue comme sur Facebook, notre visage ne nous appartient plus &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#201;tat d'urgence technologique. Voil&#224; le titre aussi parlant qu'alarmant du dernier ouvrage du journaliste Olivier Tesquet. Il y d&#233;crit comment la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e a &#233;tendu son emprise &#224; la faveur de la pand&#233;mie, avec d'&#233;tranges acteurs aux manettes. Zoom, en sa compagnie, sur cinq entreprises m&#233;connues du grand public qui propagent le germe du flicage technologique &#224; vitesse grand V(irus). En janvier 2020, au temps d'avant donc, le journaliste Olivier Tesquet publiait &#192; la trace. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/emotions" rel="tag"&gt;&#233;motions&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;tat d'urgence technologique&lt;/i&gt;. Voil&#224; le titre aussi parlant qu'alarmant du dernier ouvrage du journaliste Olivier Tesquet. Il y d&#233;crit comment la surveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e a &#233;tendu son emprise &#224; la faveur de la pand&#233;mie, avec d'&#233;tranges acteurs aux manettes. Zoom, en sa compagnie, sur cinq entreprises m&#233;connues du grand public qui propagent le germe du flicage technologique &#224; vitesse grand V(irus).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3592 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1735-1d217.jpg?1779815887' width='500' height='707' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Collage de 20100
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2020, au temps d'avant donc, le journaliste Olivier Tesquet publiait &lt;i&gt;&#192; la trace. Enqu&#234;te sur les nouveaux territoires de la surveillance &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Premier parall&#232;le, comme le deuxi&#232;me ouvrage cit&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un livre qui d&#233;j&#224; faisait office de sonnette d'alarme, volume au max. Ce sp&#233;cialiste des nouvelles technologies, qui bosse notamment pour &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt;, y diss&#233;quait la pr&#233;dation de nos donn&#233;es par de multiples biais, des cam&#233;ras de surveillance aux assistants vocaux en passant par les r&#233;seaux sociaux, nos achats en ligne ou nos brosses &#224; dents connect&#233;es. Il y a le feu au lac dystopique, disait-il en substance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire que la situation ne s'est pas am&#233;lior&#233;e depuis l'irruption plan&#233;taire du Covid. Le constat est simple : s'il y avait fuite en avant, il y a d&#233;sormais grande ru&#233;e. Car la pand&#233;mie a encore acc&#233;l&#233;r&#233; le mouvement qui voit nos espaces publics et priv&#233;s &#234;tre envahis par des cohortes de pr&#233;dateurs assoiff&#233;s de &lt;i&gt;big data&lt;/i&gt;, ce nouvel or noir. Olivier Tesquet a donc planch&#233; sur un nouvel opus, publi&#233; en f&#233;vrier : &lt;i&gt;&#201;tat d'urgence technologique. Comment l'&#233;conomie de la surveillance tire parti de la pand&#233;mie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se compl&#233;tant parfaitement, les deux ouvrages laissent une impression de grande foire d'empoigne &#8211; presque de m&#234;l&#233;e furieuse. D'un c&#244;t&#233;, vuln&#233;rables et esseul&#233;es, nos donn&#233;es personnelles &#8211; ce qu'on consomme, ce qu'on aime, ce qu'on voit, mais aussi nos visages, nos d&#233;marches, nos maladies, nos &#233;motions. Et de l'autre, pr&#234;te &#224; tout pour nous les piquer afin de les monnayer : une meute de charognards, excit&#233;s par la crise et les opportunit&#233;s qu'elle offre. Il y a les acteurs habituels bien s&#251;r, au premier rang desquels les &#201;tats, ravis de donner un &#233;ni&#232;me tour de vis s&#233;curitaire, notamment en mati&#232;re de flicage des rues. Les GAFAM&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ne sont pas en reste, eux qui ont fait sauter tous les verrous, op&#233;rant de grandes razzias sur les informations de leurs utilisateurs. Et il y a les autres, qu'on ne conna&#238;t pas, ou si peu, start-up aux crocs aiguis&#233;s, bataillant pour chiper une part du g&#226;teau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Semblant droit sorties de la s&#233;rie &lt;i&gt;Black Mirror&lt;/i&gt;, ces entreprises portent des noms barbares tels que Hikvision, Humanyze ou Clearview AI. Pour les besoins de cet entretien, j'en ai s&#233;lectionn&#233; cinq, dont j'ai soumis le nom &#224; Olivier Tesquet. Voil&#224; ce qu'il m'en a dit.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Palantir : le loup dans l'h&#244;pital&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Palantir est une entreprise positionn&#233;e sur le traitement des donn&#233;es. Tir&#233; du &lt;i&gt;Seigneur des Anneaux&lt;/i&gt;, son nom dit bien sa raison d'&#234;tre, puisqu'il renvoie &#224; des &#8220;&lt;i&gt;pierres de vision&lt;/i&gt;&#8221; qui, dans l'univers de la saga, permettent de voir partout et tout le temps. Il s'agit bien de &#231;a : que rien ne lui &#233;chappe... Depuis sa cr&#233;ation, Palantir vend sa capacit&#233; &#224; compiler de gigantesques quantit&#233;s de donn&#233;es pour les concasser et en extraire du sens, avec des vis&#233;es pr&#233;dictives et de d&#233;tection des menaces. C'est ainsi qu'elle a beaucoup travaill&#233; avec la police et les services de renseignement de nombreux pays. En France, elle est depuis 2015 sous contrat avec la DGSI (Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure), sa mission &#233;tant de travailler sur les signaux faibles de terrorisme. Pendant le mandat de Trump, elle a aussi &#233;t&#233; le bras arm&#233; de la politique migratoire extr&#234;mement dure de l'administration am&#233;ricaine, aidant &#224; identifier, traquer et expulser les clandestins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En partie gr&#226;ce au Covid, Palantir a v&#233;cu une ann&#233;e 2020 exceptionnelle, avec une hausse de 35 % de son chiffre d'affaires, une introduction en bourse r&#233;ussie et des contrats importants d&#233;croch&#233;s. Contrairement &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s abord&#233;es dans cet entretien, elle est l&#224; depuis longtemps, puisqu'elle a &#233;t&#233; fond&#233;e en 2004, en pleine Am&#233;rique post-11 Septembre, dans une optique s&#233;curitaire et gr&#226;ce notamment au fonds d'investissement de la CIA, In-Q-Tel. Elle est aujourd'hui consid&#233;r&#233;e comme une des &lt;i&gt;licornes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Start-up valoris&#233;es &#224; plus d'un milliard de dollars.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; de la Silicon Valley &#8211; une valeur s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la pand&#233;mie, son champ d'action s'est &#233;largi, &#224; tel point qu'elle s'est impos&#233;e comme partenaire cl&#233; de certains &#201;tats dans la gestion de la crise sanitaire et &#233;conomique. C'est en quelque sorte un McKinsey&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cabinet de conseil &#233;tasunien, mastodonte de son secteur. En France, le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; relook&#233; comme un m&#233;chant de James Bond : la p&#233;riode lui a permis de consolider sa place aux c&#244;t&#233;s d'institutions publiques qui lui d&#233;l&#232;guent de plus en plus de fonctions r&#233;galiennes. Le meilleur exemple est sans doute le National Health Service [&lt;i&gt;NHS, le service public britannique de sant&#233;&lt;/i&gt;], lequel lui a ouvert son r&#233;servoir de donn&#233;es sanitaires. Alors qu'elle vient du renseignement, Palantir est d&#233;sormais en charge de pans entiers du syst&#232;me de sant&#233; outre-Manche. Ce n'est pas anodin comme mutation : une fois que l'on a commenc&#233; &#224; d&#233;l&#233;guer &#224; ce type d'entreprise, que ce soit pour lutter contre le terrorisme ou contre un virus, il est difficile de se d&#233;sengager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce genre de n&#233;gociations avec des acteurs &#233;tatiques, Palantir sait ne pas brusquer les choses. En fait, l'entreprise commence par &#8220;offrir&#8221; ses services avec des produits d'appel, avant de finalement proposer des contrats sonnants et tr&#233;buchants. C'est exactement ce qui s'est pass&#233; avec le NHS. Au d&#233;part, Palantir devait toucher une livre symbolique. Puis un million. D&#233;sormais il est question de 23 millions de livres pour la fourniture de toute une infrastructure d'analyse. Alors m&#234;me que la compagnie est d&#233;sormais solidement install&#233;e au c&#339;ur de l'appareil d'&#201;tat, avec ses donn&#233;es &#224; disposition. Un pouvoir immense. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clearview AI : trois milliards de visage en solde&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si on n'a jamais autant gouvern&#233; par les donn&#233;es, les acteurs de cette gouvernance sont souvent dissimul&#233;s. Clearview AI repr&#233;sente parfaitement cette partie longtemps invisible et clandestine de la surveillance. Mais l'entreprise a &#233;t&#233; plac&#233;e sous les projecteurs en janvier 2020, quand un article du &lt;i&gt;New York Times&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; The Secretive Company That Might End Privacy as We Know It &#187;, 18/01/2020.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; a r&#233;v&#233;l&#233; qu'elle avait aspir&#233; 3 milliards de visages sur les r&#233;seaux sociaux, afin de construire la plus grosse base de donn&#233;es de reconnaissance faciale de la plan&#232;te &#8211; 7,5 fois plus importante que celle du FBI. Et elle a op&#233;r&#233; ce vol avec des bouts de ficelles, quelques millions de dollars, dont certains investis par Peter Thiel, personnalit&#233; pour le moins sulfureuse : cofondateur de PayPal et de Palantir, si&#233;geant au conseil d'administration de Facebook, Thiel est par ailleurs libertarien revendiqu&#233; et ne voit pas vraiment la d&#233;mocratie comme un horizon ind&#233;passable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, Clearview AI a revendu ces donn&#233;es &#224; des forces de police souhaitant s'appuyer sur ces visages pour identifier les contrevenants, aux &#201;tats-Unis d'abord, mais aussi dans d'autres pays, notamment le Canada et la Su&#232;de&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans ces deux pays, l'utilisation du logiciel par la police a d'ailleurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Une catastrophe : cela a permis de l&#233;gitimer ce gigantesque rapt, sans que l'entreprise ne soit traduite en justice. Le pire ? Dans le m&#234;me temps, elle continue &#224; prospecter de nouveaux clients sans &#234;tre inqui&#233;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'elle r&#233;pond &#224; une demande, accrue depuis la crise sanitaire : contr&#244;ler la circulation des corps possiblement malades dans l'espace public. On aurait pu croire qu'au niveau mondial, l'essor de la reconnaissance faciale serait ralenti par le port syst&#233;matique du masque. Ce n'est pas le cas : les algorithmes ont simplement &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;s et la capacit&#233; de traitement renforc&#233;e. Au sein de ce petit monde et dans cette guerre qui se joue autour de l'intelligence artificielle, la Chine a souvent un coup d'avance, ajoutant sans cesse de nouvelles fonctionnalit&#233;s : on l'a vu notamment avec une entreprise nomm&#233;e Hanwang Technology, qui annon&#231;ait d&#232;s mars 2020 &#234;tre en mesure de faire fonctionner son logiciel sur des personnes masqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de la France, je suis assez pessimiste, avec notamment la perspective des Jeux olympiques de 2024 &#224; Paris, &#233;v&#233;nement annonc&#233; comme un eldorado s&#233;curitaire. C'est &#233;crit noir sur blanc dans le &lt;i&gt;Livre blanc de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure&lt;/i&gt;, r&#233;cemment publi&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur : &#8220;&lt;i&gt;La reconnaissance faciale en temps r&#233;el dans l'espace public devra avoir &#233;t&#233; &#233;prouv&#233;e&lt;/i&gt;&#8221; d'ici les JO, notamment &#224; l'occasion de la Coupe du monde de rugby en 2023. Sachant qu'industriels et politiques tiennent toujours le m&#234;me discours : il faudrait exp&#233;rimenter, car la technologie existe et ne pourrait &#234;tre &#8220;d&#233;sinvent&#233;e&#8221;, puis seulement ensuite &#233;laborer un cadre l&#233;gal. C'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas avec les drones : les usages ont pr&#233;c&#233;d&#233; le droit. Une mani&#232;re d'assurer l'in&#233;luctabilit&#233; de cette fuite en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons dans une soci&#233;t&#233; jamais rassasi&#233;e de donn&#233;es. Et ceux qui se concentrent exclusivement sur l'&#233;ventuelle &lt;i&gt;efficacit&#233; &lt;/i&gt;de ces dispositifs d&#233;politisent la question, car on ne d&#233;bat alors plus de leur l&#233;gitimit&#233;. Il faut pourtant regarder les choses en face : la reconnaissance faciale est d'abord &#8220;&lt;i&gt;un contr&#244;le d'identit&#233; permanent et g&#233;n&#233;ral&lt;/i&gt;&#8221;, ainsi que l'a r&#233;cemment formul&#233; un colonel de gendarmerie dans une note exploratoire. Je ne peux pas le formuler plus clairement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hubstaff : ton patron sur ton canap&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Concernant l'invasion de l'intime par le travail, on est l&#224; aussi dans une logique d'acc&#233;l&#233;ration assez impressionnante. D&#232;s le d&#233;but de la pand&#233;mie, il y a eu une v&#233;ritable explosion de l'utilisation de logiciels &#8220;mouchards&#8221;, qui d&#233;comptent le temps de travail des employ&#233;s, voire installent des &lt;i&gt;keyloggers &lt;/i&gt;enregistrant tout ce qui est &#233;crit sur le clavier. On parle d'une croissance de 400 voire 500 %. Hubstaff, l'un des leaders en la mati&#232;re, incarne bien ce retour de la pointeuse, mais &#224; domicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mesure que le t&#233;l&#233;travail est devenu la norme, ce nouveau r&#233;gime de surveillance s'est r&#233;pandu comme une vague, avec un envahissement du foyer par ces technologies. Que l'espace urbain soit d&#233;sormais fa&#231;onn&#233; en &lt;i&gt;safe city&lt;/i&gt;, ville s&#251;re, lieu o&#249; tout est rationalis&#233; avec cam&#233;ras et capteurs, sans angles morts, est d&#233;j&#224; probl&#233;matique. Mais l&#224;, il y a d&#233;sormais une certaine continuit&#233; entre l'int&#233;rieur et l'ext&#233;rieur, dans une forme de &lt;i&gt;continuum&lt;/i&gt; carc&#233;ral, pour reprendre une terminologie foucaldienne. En pleine rue comme &#224; la maison, on n'est plus jamais vraiment chez soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les logiciels espions de type Hubstaff se pr&#233;sentent en outre comme des solutions conviviales. On dit aux salari&#233;s que &#231;a va fluidifier les &#233;changes. Cette psychologisation des rapports hi&#233;rarchiques me fait penser &#224; une entreprise que j'&#233;tudiais dans &lt;i&gt;&#192; la trace&lt;/i&gt; : Humanyze. L'un de ses produits phares est une sorte de badge que l'employ&#233; porte autour du cou et qui enregistre des donn&#233;es pour son &#8220;bien-&#234;tre&#8221;. Cela va tr&#232;s loin, car il peut rep&#233;rer des variations de la voix ou de la vitesse de d&#233;placement. La victoire du t&#233;l&#233;travail accentue le ph&#233;nom&#232;ne, dans la mesure o&#249; nos vies sont essentiellement m&#233;di&#233;es par les machines depuis un an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cet &#233;gard, le virus a accentu&#233; des dynamiques. On peut croire qu'elles dispara&#238;tront quand il sera vaincu. Sauf qu'il faut consid&#233;rer l'effet &#8220;cliquet&#8221;. Une fois un m&#233;canisme enclench&#233;, il n'y a pas de retour en arri&#232;re possible. L'histoire r&#233;cente des dispositifs s&#233;curitaires et antiterroristes le prouve. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Hikvision : la Chine, repoussoir ou aimant ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Florissante entreprise chinoise de vid&#233;osurveillance, Hikvision a particip&#233; &#224; l'&#233;laboration de cam&#233;ras et logiciels permettant de reconna&#238;tre les Ou&#239;ghours dans la rue, mat&#233;rialisation technologique d'un g&#233;nocide culturel. Dans le m&#234;me temps, elle vend des cam&#233;ras &#224; la France, notamment les cam&#233;ras-pi&#233;tons &#233;quipant les policiers. C'est d'autant plus hypocrite que, sous nos cieux, la Chine est pos&#233;e &#8211; &#224; raison &#8211; comme l'arch&#233;type d'une dictature technologique et l'avatar des dystopies d&#233;crites dans la s&#233;rie &lt;i&gt;Black Mirror&lt;/i&gt;. Mais s'il y a bien une diff&#233;rence fondamentale de r&#233;gime politique, nous ne sommes pas si loin de suivre la m&#234;me voie, surtout avec l'acc&#233;l&#233;ration due &#224; la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de reconnaissance faciale, par exemple, on ne peut pas postuler une neutralit&#233; d'usage. Ce n'est pas un marteau, que l'on peut employer de diverses mani&#232;res, mais une technologie &lt;i&gt;m&#233;caniquement&lt;/i&gt; autoritaire. Et qu'il faut absolument rattacher aux logiques &#233;conomiques pr&#233;datrices et mondialis&#233;es des grandes plateformes, d&#233;crites par Shoshana Zuboff dans son ouvrage &lt;i&gt;L'&#194;ge du capitalisme de surveillance&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Zulma, 2020.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Car, dans la rue comme sur Facebook, notre visage ne nous appartient plus. On peut donc gloser sur certaines pratiques autoritaires chinoises, &#224; l'image de la g&#233;n&#233;ralisation l&#224;-bas du &#8220;cr&#233;dit social&#8221;, rien ne dit que nous n'adapterons pas ces pratiques dans nos d&#233;mocraties lib&#233;rales aux institutions encore &#224; peu pr&#232;s fonctionnelles. Aux &#201;tats-Unis, par exemple, o&#249; chaque citoyen est affect&#233; d'un score de solvabilit&#233; depuis les ann&#233;es 1960, des assureurs travaillent en &#233;troite relation avec les grandes entreprises technologiques et des courtiers en donn&#233;es, afin de dresser des profils sanitaires &#233;largis des clients &#8211; une situation qui a des effets tr&#232;s concrets sur la population. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Two-I : tes &#233;motions dans le viseur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Two-I est une start-up cr&#233;&#233;e &#224; Metz et active dans le secteur &#233;mergent de la d&#233;tection des &#233;motions. Elle a par exemple d&#233;march&#233; la mairie de Nice pour installer des dispositifs de ce type dans le tramway. Elle souhaite &#233;galement s'implanter dans les stades et y proposer des outils de gestion des foules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ces projets n'ont pas encore abouti, ils ne rencontrent pas de r&#233;sistances politiques ou institutionnelles, alors que la d&#233;tection des &#233;motions pose &#233;norm&#233;ment de questions. Sa promesse marketing : deviner ce que ressent une personne. La singularit&#233; d'un individu est alors concass&#233;e en une s&#233;rie d'expressions &#233;l&#233;mentaires et darwiniennes : col&#232;re, joie, peur&#8230; Ce n'est pas au point mais &#231;a progresse, sachant bien qu'on demande l&#224; &#224; une technologie de faire ce qu'elle est incapable de &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt; faire : interpr&#233;ter des &#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le r&#233;el probl&#232;me est ailleurs. Cette technologie s'inscrit dans une longue tradition de pseudosciences racistes du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : physiognomonie, phr&#233;nologie&#8230; Il s'agissait alors d'interpr&#233;ter la personnalit&#233; de quelqu'un en fonction des traits de son visage, afin d'&#233;laborer par exemple un morphotype du criminel r&#233;cidiviste. D&#233;consid&#233;r&#233;es, ces disciplines dangereuses sont remises au go&#251;t du jour par la biom&#233;trie, comme en Chine avec la surveillance faciale appliqu&#233;e aux Ou&#239;ghours. Chez nous, cela passe par des itin&#233;raires plus subtils mais tout aussi contestables. Ainsi, un r&#233;cent article du site de CNN&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; In Hong-Kong, This AI Reads Childrens Emotions as They Learn &#187;, Cnn.com (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; s'enthousiasmait pour une intelligence artificielle qui permettrait &#224; un professeur d'analyser le visage de ses &#233;l&#232;ves afin notamment de d&#233;tecter les d&#233;crocheurs dans un contexte d'enseignement &#224; distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Two-I, elle travaille sur une technologie &#233;mergente, encore faillible. Mais en la mati&#232;re, les promesses marketing suffisent d&#233;j&#224; &#224; s&#233;duire les &#201;tats, les collectivit&#233;s ou certains acteurs du monde du football, qui ont fait part de leur int&#233;r&#234;t. Et cela semble ent&#233;riner le changement de paradigme : nous entrons dans une nouvelle phase du bio pouvoir &#224; l'&#232;re technologique. Il ne s'agit plus seulement de collecter des traces num&#233;riques et de reconstituer des doubles math&#233;matiques qui ne nous appartiennent plus, mais d'analyser le moindre de nos faits et gestes. Dans cette optique, des &#233;l&#233;ments comme la d&#233;marche, le visage ou les &#233;motions doivent forc&#233;ment se traduire en signaux informatiques exploitables ou mon&#233;tisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de P&#233;kin ou de Nice, de la reconnaissance faciale ou de la d&#233;tection des &#233;motions, le fond de l'air est donc clairement dystopique. Face &#224; cela, &#224; cette mont&#233;e annonc&#233;e comme in&#233;luctable de la surveillance et de ses avatars, il est n&#233;cessaire de trouver des lignes de fuite, de repli. Ce n'est pas par hasard que l'&#233;crivain Alain Damasio soit dans ce contexte une voix qui porte : ses fictions dessinent un futur tr&#232;s proche et inqui&#233;tant, tout en cherchant des voies de d&#233;gagement. &#192; ce niveau, la science-fiction est une pr&#233;cieuse alli&#233;e, sachant que l'on vit un pr&#233;sent dilat&#233;, pesant, o&#249; l'imagination peut servir de rempart. C'est pour cela que je conclus &lt;i&gt;&#201;tat d'urgence technologique&lt;/i&gt; en convoquant la figure du dessinateur G&#233;b&#233; et de son &lt;i&gt;An&lt;/i&gt; &lt;i&gt;01&lt;/i&gt;, ou bien la pens&#233;e du philosophe G&#252;nther Anders, l'un des p&#232;res de la technocritique contemporaine, qui nous enjoint &#224; devenir des &#8220;semeurs de panique&#8221;. Nous avons besoin d'autres horizons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Premier parall&#232;le, comme le deuxi&#232;me ouvrage cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Start-up valoris&#233;es &#224; plus d'un milliard de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cabinet de conseil &#233;tasunien, mastodonte de son secteur. En France, le gouvernement a eu recours &#224; ses services pour &#233;laborer sa strat&#233;gie vaccinale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.nytimes.com/2020/01/18/technology/clearview-privacy-facial-recognition.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;The Secretive Company That Might End Privacy as We Know It&lt;/a&gt; &#187;, 18/01/2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans ces deux pays, l'utilisation du logiciel par la police a d'ailleurs suscit&#233; de vives controverses et d&#233;clench&#233; des poursuites judiciaires, mais aucune contre l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Zulma, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://edition.cnn.com/2021/02/16/tech/emotion-recognition-ai-education-spc-intl-hnk/index.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;In Hong-Kong, This AI Reads Childrens Emotions as They Learn&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Cnn.com &lt;/i&gt;(17/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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