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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Dents la gal&#232;re</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pass&#233; un certain &#226;ge, rares sont les personnes &#224; n&#700;avoir pas connu d&#700;avanies dentaires plus ou moins graves. Mais Olivier Cyran le rappelle dans son ouvrage Sur les dents, ce qu&#700;elles disent de nous et de la guerre sociale (La D&#233;couverte, 2021) : les ratiches qui trinquent en premier lieu, ce sont d&#700;abord celles des pauvres. Business is business... et la dentisterie en est un. Entretien. C'est est un livre qui parfois fait mal aux tripes, tant les t&#233;moignages qu'il cite sont puissants. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pass&#233; un certain &#226;ge, rares sont les personnes &#224; n&#700;avoir pas connu d&#700;avanies dentaires plus ou moins graves. Mais Olivier Cyran le rappelle dans son ouvrage &lt;i&gt;Sur les dents, ce qu&#700;elles disent de nous et de la guerre sociale&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2021) : les ratiches qui trinquent en premier lieu, ce sont d&#700;abord celles des pauvres. Business is business... et la dentisterie en est un. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1753.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH673/-1753-52eab.jpg?1768685588' width='500' height='673' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est est un livre qui parfois fait mal aux tripes, tant les t&#233;moignages qu'il cite sont puissants. L'un des superpouvoirs du copain et journaliste Olivier Cyran, c'est en effet de recueillir avec minutie des voix peu relay&#233;es m&#233;diatiquement, parce que ne parlant pas le langage des &lt;i&gt;winners&lt;/i&gt;, ceci pour leur offrir un espace d'expression &#224; la hauteur de leurs souffrances et de leurs combats. Apr&#232;s un livre &#233;crit en duo avec son alter ego Julien Brygo, &lt;i&gt;Boulots de merde &lt;/i&gt;(La D&#233;couverte, 2016), il s'est attach&#233; dans &lt;i&gt;Sur les dents&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#224; recueillir la parole de petites gens (comprendre : gens normaux) ayant endur&#233; mille souffrances &#224; cause de dentitions d&#233;zingu&#233;es et de traitements inadapt&#233;s. Le constat qu'il y pose est sans appel : &#171; &lt;i&gt;Si les yeux sont le miroir de l'&#226;me, nos dents indiquent plus trivialement, mais avec une fiabilit&#233; incomparable, la position que nous occupons dans la pyramide sociale. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Scannant le n&#233;olib&#233;ralisme &#224; l'aune de ses politiques dentaires, ce traumatis&#233; des cabinets dentaires a donc plong&#233; canines en avant sur le sujet, en qu&#234;te des in&#233;galit&#233;s les plus criantes d'un syst&#232;me fa&#231;onn&#233; pour que se perp&#233;tue l'injustice de la r&#233;partition des sourires &#8211; dents trop blanches pour les un(e)s, mar&#233;es noires pour les autres. Un tableau dual et violent, &#224; la brutalit&#233; rehauss&#233;e par l'irruption r&#233;cente de la dentisterie &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olivier ayant longtemps fait partie de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, dont il fut m&#234;me l'un des fondateurs il y a dix-huit ans, il partage &#233;videmment notre slogan batailleur : &lt;i&gt;mordre et tenir&lt;/i&gt;. Son ouvrage au ton r&#233;solument offensif le prouve largement. De m&#234;me que cet entretien garanti sans caries ni sucreries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les dents en premi&#232;re ligne&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les dents sont un sujet in&#233;puisable, en partie parce qu'elles v&#233;hiculent une charge symbolique &#233;norme &#8211; on le voit en litt&#233;rature, au cin&#233;ma ou dans nos r&#234;ves. Pour ne pas trop me perdre dans ce d&#233;dale, j'ai choisi de resserrer le sujet autour de la question des in&#233;galit&#233;s. On dit que les dents sont un marqueur social, mais en r&#233;alit&#233; elles sont davantage que cela : leur condition ne refl&#232;te pas seulement la brutalit&#233; du monde capitaliste dans sa variante convulsive actuelle, elle exacerbe cette brutalit&#233;. Avoir des &#8220;dents pourries&#8221;, comme on dit, trahit votre position sur l'&#233;chelle sociale, mais cela vous met aussi en danger &#224; plein de niveaux, que ce soit dans votre corps et dans votre rapport au monde. C'est ce qui fait la redoutable singularit&#233; de cet organe : &#224; la fois territoire intime et vitrine publique, elles sont aux premi&#232;res loges des rapports de force qui se jouent autour de nous. Avec, &#233;videmment, pesant comme une injonction permanente, source d'angoisse et de honte, le canon esth&#233;tique des dents blanches, signe d'appartenance au &#8220;premier monde&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, de tr&#232;s nombreux dentistes ont cess&#233; d'&#234;tre des soignants pour ne plus faire que de l'esth&#233;tique &#8211; les dents brillantes comme du carrelage sont devenues une gigantesque industrie. Et &#231;a a d&#233;barqu&#233; en France. Cette question de la blancheur dentaire comme marque de r&#233;ussite occupe une place importante dans mon livre, mais d'abord sous l'angle de celles et ceux qui en sont exclus. Pour beaucoup d'entre nous, les dents ne sont pas un fantasme hollywoodien, mais une question existentielle : celle de la pr&#233;servation de notre pouvoir de mordre. La honte de ne pas disposer d'un sourire de fa&#239;ence se surajoute aux affres par lesquels il faut passer pour garder une bouche op&#233;rationnelle, dans le cadre d'un syst&#232;me o&#249; les soins dentaires de qualit&#233; sont souvent hors de port&#233;e pour les pauvres et les moins riches. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gal&#232;res sans fin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait une vingtaine d'ann&#233;es que j'avais en t&#234;te de r&#233;diger une enqu&#234;te sur les dents et leur position centrale dans la guerre sociale. Si ma propre &lt;i&gt;stomatophobie &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Phobie des soins dentaires.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; y est pour quelque chose, mon int&#233;r&#234;t pour la question vient surtout d'un constat : parmi une large population, et plus particuli&#232;rement dans les sph&#232;res militantes qui se bagarrent pour endiguer le flot des violences sociales, les probl&#232;mes de dents prennent souvent une ampleur catastrophique. Les gal&#232;res sans fin des dentiers mal adapt&#233;s, des pivots branlants et des couronnes qui s'&#233;miettent en disent long sur le r&#233;gime dans lequel nous vivons. Elles sont pour tant tr&#232;s largement ignor&#233;es. Comment se fait-il qu'on ne consid&#232;re pas comme un sujet politique &#224; part enti&#232;re la partition du monde entre les dents pr&#233;caris&#233;es des uns et les dents triomphantes des autres ? Il suffit pourtant de mettre le sujet sur la table pour se rendre compte que la plupart des gens ont des choses incroyables &#224; raconter au sujet de leurs dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce livre, je me suis focalis&#233; sur quelques cas particuliers plut&#244;t que de tenter d'&#234;tre exhaustif. Car les parcours dentaires compliqu&#233;s s'&#233;tendent sur des ann&#233;es, voire des d&#233;cennies, pointant en creux aussi bien l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; que ses bases in&#233;galitaires les plus intangibles. Il faut donc un peu de temps et de place pour en d&#233;cor tiquer la logique. J'ai une &#233;norme estime pour ces lutteurs de la survie dentaire cit&#233;s dans le livre que sont Nordy, Bader, Christine, Abdel, Yasmina ou Karen, et pour le courage inou&#239; qu'il leur a fallu mobiliser. Si mon livre a des dents, c'est &#224; eux que je le dois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victime de la cha&#238;ne de centres de soins dentaires Dentexia, qui l'a laiss&#233; avec une bouche en lambeaux et contre laquelle il a lutt&#233; bec et ongle, Abdel Aouacheria parle par exemple de ce que cela implique de se battre comme un beau diable quand on souffre de douleurs atroces et d'une image si d&#233;grad&#233;e de soi-m&#234;me que l'on ose &#224; peine sortir de chez soi. Il y a aussi l'histoire d'une camarade de son collectif de lutte, qui, lorsqu'elle &#233;tait au travail, devait s'isoler dans les toilettes pour prendre son repas du midi, histoire de cacher son dentier aux coll&#232;gues de bureau. Ou bien celle de Nordy, priv&#233;e de ses dents par les coups de son compagnon, et qui apr&#232;s des ann&#233;es de calvaire s'&#233;tonne de tomber sur un dentiste qui lui montre enfin un peu d'empathie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bouches cousues &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il r&#232;gne chez les dentistes une loi du silence assez &#233;touffante, qui p&#232;se autant sur leurs propres pratiques et d&#233;rives que sur l'absurdit&#233; du syst&#232;me auquel ils sont rompus. Leur libert&#233; d'expression est tr&#232;s &#233;troitement encadr&#233;e par l'Ordre national des chirurgiens-dentistes, une sorte de r&#233;plique miniature du Vatican, avec ses intrigues, ses fortunes et ses pouvoirs, et des blouses blanches &#224; la place des soutanes. Les dentistes critiques, attach&#233;s &#224; une pratique consciencieuse et sociale de leur m&#233;tier &#8211; et il y en a &#8211; ont int&#233;r&#234;t &#224; se tenir &#224; carreau. Les seules protestations que l'on entend publiquement sont celles des syndicats de dentistes lib&#233;raux, qui d&#233;fendent &#226;prement leurs euros mais ne risquent gu&#232;re de s'&#233;pancher sur certains usages de leur profession, comme les refus de soins. Il faut le savoir, de nombreux dentistes &#8211; un sur deux &#224; Paris, selon une &#233;tude &#8211; refusent de soigner les allocataires de la CMU&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Couverture maladie universelle (d&#233;sormais appel&#233;e Protection universelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; ou de l'AME&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aide m&#233;dicale d'&#201;tat, permettant l'acc&#232;s aux soins de base des &#233;trangers en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, ou d'autres cat&#233;gories jug&#233;es ind&#233;sirables, et trouvent toutes sortes de moyens pour les &#233;conduire. Sans parler de ceux qui les soignent, mais mal, &#224; la va-vite, sans se soucier des cons&#233;quences. C'est pour quoi il est si important d'&#233;couter un peu plus les gal&#233;riens de la dent et moins les dentistes, en tout cas ceux qui s'accommodent de ce syst&#232;me et font leur beurre avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le disais, tous ne sont pas comme &#231;a, heureusement. Dans le livre, il y a cet entre tien avec un dentiste de gauche, d&#233;vou&#233; &#224; son travail et &#224; ses patients, un type admirable qui passe sa profession au hachoir du marxisme. Il a d&#251; s'exprimer &#224; titre anonyme, car parler ouvertement de la mani&#232;re dont fonctionne le syst&#232;me de soins dentaires dans ce pays, c'est aller au-devant de toutes sortes d'ennuis, notamment caus&#233;s par l'Ordre. &#192; la base, c'est quelqu'un qui adore son m&#233;tier, mais qui d&#233;sesp&#232;re de ne pouvoir le faire bien. C'est une probl&#233;matique au fond assez proche de celle que nous avions un peu explor&#233;e, Julien Brygo et moi, dans &lt;i&gt;Boulots de merde &lt;/i&gt; : faire un travail que l'on aime, mais dans des conditions d'exercice de plus en plus d&#233;grad&#233;es, lui fait perdre tout son sens. Le dentiste lib&#233;ral qui tente de soigner aussi bien les pauvres que les riches ne s'en sort d'ailleurs pas tellement mieux que le postier qui s'efforce de sauver sa tourn&#233;e contre les griffes d'un management de sociopathes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paul Lafargue, c'est le pseudonyme qu'il s'est choisi, fait donc son travail de mani&#232;re infiniment plus scrupuleuse qu'une grande majorit&#233; de ses confr&#232;res. Pourtant, contrairement &#224; eux, il gagne &#224; peine de quoi s'en sortir. Ce paradoxe illustre la logique du syst&#232;me de soins dentaires : plus un dentiste se fait d'oseille, moins il est recommandable en tant que soignant, en tout cas pour le tout-venant. Pourquoi ? Parce qu'il privil&#233;gie son propre int&#233;r&#234;t, qui est d'exp&#233;dier ou de refuser les soins &#224; prix plafonn&#233;s, dits conservateurs, rembours&#233;s par la S&#233;cu, ceux dont toi ou moi on a besoin pour que demain nos chicots ne partent pas en sucette. Car ces soins-l&#224; lui rapportent trop peu pour couvrir ses frais, encore moins pour se payer une nouvelle r&#233;sidence secondaire. S'il veut r&#233;ussir, il devra mettre le paquet sur les actes non plafonn&#233;s et non rembours&#233;s (ou en tout cas pas int&#233;gralement), c'est-&#224;-dire, essentiellement, les implants et les proth&#232;ses. Cela induit toute une s&#233;rie de biais dans la pratique de son m&#233;tier, dont nos dents paient ch&#232;rement le prix. Dans le parcours d'un patient, les implants et les proth&#232;ses arrivent en g&#233;n&#233;ral au terme d'un long processus qui a pris le temps de s'aggraver au fil des ans ou des d&#233;cennies, justement parce que les soins de maintenance moins on&#233;reux qu'il aurait d&#251; recevoir en amont n'ont pas &#233;t&#233; fournis, ou ont &#233;t&#233; b&#226;cl&#233;s. Paul Lafargue fait du mieux qu'il peut, en essayant de prendre le temps de soigner tout le monde correctement, mais se retrouve en permanence pi&#233;g&#233; : soit il se met sur la paille, soit il fait un mauvais boulot. Lui n'a pas mal aux dents, mais ce n'en est pas moins un personnage tragique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;dent&#233;s l&#232;vent le poing&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le scandale Dentexia &#233;voqu&#233; plus haut a pour origine la loi Bachelot de 2009, qui a d&#233;r&#233;gul&#233; le march&#233; des centres de soins dentaires &lt;i&gt;low cost &lt;/i&gt;et ouvert le secteur &#224; des margoulins qui ne connaissent rien &#224; la dentisterie. Le fonda teur de Dentexia, Pascal Steichen, &#233;tait un dipl&#244;m&#233; d'&#233;cole de commerce qui avait publi&#233; un manuel pour agents immobiliers avant d'investir le secteur du dentaire. Il a mis en place une machine &#224; cash consistant &#224; recruter des dentistes inexp&#233;riment&#233;s et &#224; les soumettre &#224; un management tayloriste en vue de fourguer des proth&#232;ses bas de gamme en un temps record. Quand la cha&#238;ne Dentexia a &#233;t&#233; mise en liquidation judiciaire en 2016, quelque trois mille patients s'&#233;taient retrouv&#233;s ruin&#233;s et mutil&#233;s, voire &#233;dent&#233;s pour des centaines d'entre eux. Une vraie boucherie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonn&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, laiss&#233;s sans soins et dans une d&#233;tresse indescriptible, ils ont d&#251; se battre pendant deux ans pour que l'&#201;tat ne les laisse pas crever la bouche ouverte. Sous l'impulsion de quelques intr&#233;pides, comme Abdel ou Christine, qui t&#233;moignent dans le livre, ils ont r&#233;ussi &#224; lutter collectivement en multipliant manifs et actions pour se faire entendre. C'est une page remarquable de l'histoire des luttes sociales qu'a &#233;crite ce collectif de &#8220;sans-dents&#8221;, pour reprendre le mot de cette t&#234;te &#224; gifles de Fran&#231;ois Hollande. On a beaucoup &#224; apprendre de la part de victimes qui non seulement endurent des souffrances inimaginables, mais subissent le m&#233;pris de la bourgeoisie aux dents blanches, et qui pourtant parviennent &#224; &#8220;mordre et tenir&#8221; jusqu'&#224; la victoire. En 2018, le minist&#232;re de la Sant&#233; leur a finalement reconnu le droit &#224; une prise en charge de leurs soins de r&#233;fection. Un droit h&#233;las tr&#232;s incomplet puisque, &#224; ce jour, des dizaines de victimes n'ont toujours pas &#233;t&#233; soign&#233;es, tandis que Pascal Steichen n'a pas encore &#233;t&#233; jug&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte des for&#231;ats de Dentexia n'est donc pas finie&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour en savoir plus, voir notamment le site de La Dent bleue, association (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Cinq ans apr&#232;s, ils sont toujours l&#224; et plaident pour une r&#233;forme r&#233;volutionnaire du syst&#232;me, afin que le droit universel &#224; des soins de qualit&#233; soit enfin reconnu. On ne peut pas appr&#233;hender la duret&#233; du monde sans &#233;couter celles et ceux qui l'ont re&#231;ue litt&#233;ralement dans les dents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Low cost buccal &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Du c&#244;t&#233; des requins, de nouveaux acteurs ont pris la suite de Dentexia : Dentego, Dentalplan, Dentifree... Ils assurent qu'ils n'ont rien &#224; voir avec Dentexia, mais &#224; terme les m&#234;mes causes risquent de provoquer les m&#234;mes effets. Le minist&#232;re de la Sant&#233; a certes sign&#233; un d&#233;cret cens&#233; pr&#233;venir un scandale sanitaire de type Dentexia, mais ce texte a laiss&#233; intact le probl&#232;me de fond : n'importe quel entrepreneur peut continuer &#224; cr&#233;er des centres dentaires et &#224; faire du profit avec nos ratiches. Que ce soit sur la qualit&#233; des proth&#232;ses ou sur le suivi des plans de traitement, il y a toujours aussi peu de contr&#244;les. C'est proprement stup&#233;fiant, la preuve que les pouvoirs publics ne prennent toujours pas nos dents au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine mani&#232;re, les centres de soins &lt;i&gt;low cost &lt;/i&gt;relocalisent en France ce que l'on appelle improprement le &#8220;tourisme dentaire&#8221;. Au lieu d'aller en Roumanie ou au Maroc pour se faire rafistoler les dents, on peut d&#233;sormais recevoir des soins au rabais sans quitter le territoire. Mais cela ne fait que renforcer encore le principe d'une dentisterie &#224; deux vitesses. Avec tous les d&#233;g&#226;ts physiques, psychiques et sociaux que cela entra&#238;ne pour des millions de personnes. Comme dit l'un des personnages du bouquin : &#8220;&lt;i&gt;On tient sur nos pieds, mais on tient aussi sur nos dents. Quand tu les perds, tu perds une partie de ton socle.&lt;/i&gt;&#8221; Des dents ab&#238;m&#233;es ou manquantes, &#231;a vous fait mal, &#231;a vous fait souffrir, mais aussi &#231;a vous isole, vous met &#224; plat votre &#233;nergie et vous rend infiniment vuln&#233;rable &#224; la violence sociale et politique exerc&#233;e par le r&#233;gime. C'est en cela &#233;galement que la dent est un objet &#233;minemment politique : sa condition d&#233;termine en partie notre pr&#233;sence au monde et notre force de r&#233;sistance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1755.jpg' width=&#034;400&#034; height=&#034;586&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Phobie des soins dentaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Couverture maladie universelle (d&#233;sormais appel&#233;e Protection universelle maladie) qui couvre une partie des d&#233;penses m&#233;dicales des personnes aux tr&#232;s faibles revenus.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aide m&#233;dicale d'&#201;tat, permettant l'acc&#232;s aux soins de base des &#233;trangers en situation &#171; irr&#233;guli&#232;re &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour en savoir plus, voir notamment le site de La Dent bleue, association d&#233;di&#233;e &#224; l'information des usagers de soins dentaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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