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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>William Acker : &#171; Aucun voyageur n'a envie de vivre dans un espace pollu&#233; &#187;</title>
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		<dc:date>2021-04-13T08:47:09Z</dc:date>
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		<dc:creator>Tom Vieillefond</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis 2019, William Acker diffuse via Twitter des informations sur les aires d'accueil destin&#233;es aux personnes cat&#233;goris&#233;es &#171; gens du voyage &#187;, en exposant notamment les pollutions auxquelles elles sont soumises. Cet intense travail de recensement a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; dans un livre, O&#249; sont les gens du voyage ? &#8211; Inventaire critique des aires d'accueil, &#224; para&#238;tre le 16 avril aux &#201;ditions du commun. S'appuyant sur son exp&#233;rience familiale et une longue enqu&#234;te de terrain, l'auteur y d&#233;crit le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2019, William Acker diffuse via Twitter des informations sur les aires d'accueil destin&#233;es aux personnes cat&#233;goris&#233;es &#171; gens du voyage &#187;, en exposant notamment les pollutions auxquelles elles sont soumises. Cet intense travail de recensement a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; dans un livre, &lt;i&gt;O&#249; sont les gens du voyage ? &#8211; Inventaire critique des aires d'accueil&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre le 16 avril aux &#201;ditions du commun. S'appuyant sur son exp&#233;rience familiale et une longue enqu&#234;te de terrain, l'auteur y d&#233;crit le contexte dans lequel s'inscrit cette politique d'&#171; accueil &#187; et les discriminations syst&#233;miques dont elle t&#233;moigne. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1756-6ff6c.jpg?1768731348' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi as-tu entrepris ce recensement des aires d'accueil et des nuisances auxquelles elles sont expos&#233;es ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le point de d&#233;part, c'est le travail de l'anthropologue Lise Foisneau, qui a &#233;tudi&#233; la question des in&#233;galit&#233;s environnementales sur les aires d'accueil. Elle a notamment travaill&#233; sur celle de Saint-Menet, &#224; Marseille, situ&#233;e juste derri&#232;re un site Seveso, l'usine Arkema. Ses &#233;crits ont agi comme un d&#233;clic, en m'offrant une analyse d'un sujet que je connaissais pourtant personnellement depuis longtemps. Quand en septembre 2019 l'usine Lubrizol de Rouen a pris feu et que j'ai entendu qu'il s'agissait justement d'un site Seveso, mon premier r&#233;flexe a &#233;t&#233; de regarder le Sch&#233;ma d&#233;partemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de Seine-Maritime : il y avait une aire d'accueil juste &#224; c&#244;t&#233; de l'usine, celle de Petit-Quevilly. Lise et moi sommes entr&#233;s en contact avec les habitant&#183;es de l'aire et nous avons, avec eux, m&#233;diatis&#233; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, &#224; l'occasion d'une r&#233;union avec des officiels, Sa&#239;mir Mile, juriste et ancien pr&#233;sident de l'association La Voix des Roms, a soulev&#233; le probl&#232;me de la localisation des aires d'accueil. Il s'est vu r&#233;pondre qu'il faisait de la d&#233;magogie et qu'il ne pouvait rien prouver, faute de chiffres. Effectivement, il y avait tr&#232;s peu de donn&#233;es : il n'existait m&#234;me pas de recensement complet des aires d'accueil sur le territoire m&#233;tropolitain. C'est l&#224; que je me suis dit qu'il fallait que nous produisions ces chiffres, en plus des luttes collectives men&#233;es sur le terrain m&#233;diatique ou juridique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre comprend &#224; la fois un inventaire des aires par d&#233;partement et une mise en contexte politique, juridique et historique du sujet. Quel bilan tires-tu de l'&#233;tude que tu as r&#233;alis&#233;e ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas &#233;t&#233; surpris par les donn&#233;es que j'ai r&#233;colt&#233;es. Je connais ces lieux, j'ai pass&#233; les premi&#232;res ann&#233;es de ma vie sur le Voyage, ma famille continue &#224; fr&#233;quenter les aires. Mais ce travail m'a permis de mieux comprendre le caract&#232;re syst&#233;mique des m&#233;canismes mis en &#339;uvre dans la localisation des aires d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, c'est la mise &#224; l'&#233;cart : les territoires ne veulent pas accueillir. Les politiques publiques &#233;labor&#233;es au niveau &#233;tatique, malgr&#233; leurs d&#233;fauts, visent &#224; mettre en &#339;uvre un syst&#232;me d'accueil ; au niveau local, on cherche &#224; l'&#233;viter. Plusieurs techniques existent. Les municipalit&#233;s peuvent, par exemple, retarder au maximum le moment o&#249; elles construiront une aire. Pour cela, elles d&#233;signent un terrain pourri, qu'elles savent non viable. &#192; la fin de la proc&#233;dure de d&#233;signation, la pr&#233;fecture refuse le terrain, et on repart sur une nouvelle proc&#233;dure de deux ou trois ans. Cette strat&#233;gie est r&#233;guli&#232;rement d&#233;ploy&#233;e par les collectivit&#233;s et peut faire tra&#238;ner un projet sur vingt ans. Cela explique que des projets existant depuis les ann&#233;es 2000 ne soient toujours pas r&#233;alis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi pr&#233;voit que la pr&#233;fecture puisse mettre en demeure les collectivit&#233;s qui ne remplissent pas leurs obligations, voire se substituer &#224; elles. En r&#233;alit&#233;, ce pouvoir de substitution n'est jamais mobilis&#233; pour la construction d'aires. Il ne l'est pas non plus pour lutter contre les terrains insalubres. Contrairement aux discours politiques qui sugg&#232;rent que les obligations pesant sur les collectivit&#233;s sont trop lourdes, on constate qu'en r&#233;alit&#233; le non-respect de ces obligations n'entra&#238;ne aucune cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la collectivit&#233; ne peut plus &#233;chapper &#224; ses obligations, elle passe alors &#224; une strat&#233;gie de mise &#224; l'&#233;cart. Cela consiste &#224; trouver le terrain le plus &#233;loign&#233; de toute zone d'habitation. Une autre strat&#233;gie consiste &#224; construire des aires dans des endroits impropres ou avec des &#233;quipements de faible qualit&#233; &#8211; ou encore &#224; &#233;tablir des tarifs de stationnement trop &#233;lev&#233;s. Logiquement, les Voyageurs les &#233;vitent, et les taux de remplis&#8202;sage sont faibles. Ce qui justifie de ne plus construire, voire de fermer des aires... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette politique s'appuie notamment sur la loi Besson du 5 juillet 2000. Est-ce que tu peux revenir sur les principes de cette loi, et les probl&#232;mes qu'elle pose ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;faut intrins&#232;que de la loi Besson, c'est qu'elle pr&#233;tend mettre en place un &#233;quilibre entre les collectivit&#233;s d'une part, et les &#8220;gens du voyage&#8221; d'autre part. Mais il ne peut pas y avoir d'&#233;quilibre entre une institution publique et un individu, le rapport de force sera toujours en faveur de la premi&#232;re ! Dans cette m&#234;me logique, la loi indique que les &#8220;gens du voyage&#8221; ont le droit d'&#234;tre accueillis, mais le devoir de s'installer sur les aires d'accueil construites par les collectivit&#233;s. La charge de l'accueil repose beaucoup plus sur les personnes oblig&#233;es de rester dans les aires que sur les collectivit&#233;s charg&#233;es de les construire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, cette loi instaure un syst&#232;me public d'accueil &#224; destination d'une cat&#233;gorie particuli&#232;re de la population, distinct des syst&#232;mes publics d'accueil pour les camping-caristes ou pour les autres cat&#233;gories de personnes en habitat mobile. Ce qui distingue les cibles de ces diff&#233;rents syst&#232;mes d'accueil public, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, c'est une cat&#233;gorisation historiquement fond&#233;e sur l'appr&#233;hension de l'ethnicit&#233;. Dans son article 1, la loi Besson d&#233;signe les &#8220;gens du voyage&#8221; comme ceux &#8220;dont l'habitat &lt;i&gt;traditionnel&lt;/i&gt; est constitu&#233; de r&#233;sidences mobiles&#8221;. Le terme traditionnel n'est pas explicit&#233; mais il sugg&#232;re une forme d'h&#233;ritage de ce mode d'habitat, et ce qui est vis&#233; derri&#232;re, c'est le Tsigane et toutes les personnes appr&#233;hend&#233;es comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence, c'est que les autres syst&#232;mes publics d'accueil des habitats mobiles sont interdits aux Voyageurs. Dans le Calvados, on compte vingt-deux aires d'accueil pour les Voyageurs : 95 % sont situ&#233;es dans des zones non d&#233;di&#233;es &#224; l'habitat, compl&#232;tement isol&#233;es, et pr&#232;s d'une sur deux est pollu&#233;e. En comparaison, il y a une centaine d'aires de camping-car, situ&#233;es en bord de mer ou en centre-ville. Mais quand vous &#234;tes un Voyageur, vous ne pouvez pas y acc&#233;der : les caravanes y sont interdites. De la m&#234;me mani&#232;re, les campings municipaux, qui ont pendant longtemps &#233;t&#233; explicitement interdits aux &#8220;gens du voyage&#8221;, bannissent d&#233;sormais les caravanes &#224; double essieu &lt;i&gt;[les grandes]&lt;/i&gt;, qui sont majoritairement utilis&#233;es par les Voyageurs. Mais si vous n'&#234;tes pas Voyageur et que vous voulez aller dans un camping, la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de camping et de caravaning peut vous d&#233;livrer une attestation stipulant que vous avez une r&#233;sidence principale. En clair : que vous n'&#234;tes pas un gitan... On a donc organis&#233; diff&#233;rents syst&#232;mes d'accueil public sur la base d'une discrimination ethnique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre &#233;l&#233;ment probl&#233;matique : les obligations de construction d'aires fix&#233;es par la loi Besson sont bas&#233;es sur le nombre d'habitants des communes, sans tenir compte des besoins des populations vis&#233;es par la loi... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les communes de plus de 5 000 habitants, concern&#233;es par la construction d'aires, ne repr&#233;sentent que 4 % du total des communes fran&#231;aises. Cela signifie que 96 % des communes sont exclues du syst&#232;me d'accueil. On a des exclusions de territoire &#233;normes. Beaucoup sont d&#233;nu&#233;s d'aires, en particulier dans les zones rurales. La loi Besson a accentu&#233; le regroupement des aires dans les espaces p&#233;riph&#233;riques des grandes villes, souvent sans coh&#233;rence avec la pr&#233;sence et les besoins des populations concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre, je prends l'exemple de Nemours, en Seine-et-Marne. L'intercommunalit&#233; s'&#233;tend sur un territoire de 226 kilom&#232;tres carr&#233;s, et comprend deux aires d'accueil, soit environ 6 000 m&#232;tres carr&#233;s de surface au sol. C'est la seule portion de ce territoire sur laquelle les Voyageurs peuvent s'installer l&#233;galement, alors que les deux aires sont situ&#233;es dans un m&#234;me quartier, au pied d'une station d'&#233;puration et d'une usine. C'est embl&#233;matique de la logique et de l'ampleur de l'exclusion spatiale organis&#233;e par la loi Besson. Les Voyageurs n'ont aucun choix d'&#233;tablissement et donc pas de r&#233;elle libert&#233; de circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;partements sont &#233;galement tr&#232;s d&#233;ficitaires en mati&#232;re d'accueil. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, il n'y a que trois aires, dont l'une &#233;tait r&#233;cemment ferm&#233;e. Dans les Alpes-Maritimes, on en compte &#233;galement trois, qui disposent en tout d'une centaine d'emplacements : seuls 300 Voyageurs peuvent donc s'installer dans ce d&#233;partement d'un million d'habitants. Cette situation rend presque impossible de stationner l&#233;galement sur des territoires entiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'impact de cette politique d'accueil sur le Voyage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les aires ont cr&#233;&#233; des sch&#233;mas artificiels de Voyage. On ne voyage plus en fonction de ses activit&#233;s professionnelles ou des &#233;v&#233;nements familiaux, mais selon un parcours pr&#233;d&#233;fini et sch&#233;matis&#233; par les aires. Les habitudes de Voyage de nombreuses familles ont &#233;t&#233; boulevers&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces dispositifs entra&#238;nant une restriction du Voyage se sont ajout&#233;s des facteurs &#233;conomiques et sociaux. Le versement de certaines aides sociales a &#233;t&#233; conditionn&#233; &#224; la scolarisation des enfants en pr&#233;sentiel et le prix du carburant a augment&#233; : cons&#233;quence, les familles les plus pr&#233;caires se sont donc retrouv&#233;es bloqu&#233;es sur les aires d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ces aires sont l'anti&#8202;chambre des terrains familiaux&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terrains locatifs am&#233;nag&#233;s et d&#233;di&#233;s &#224; l'habitat mobile, visant le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Apr&#232;s avoir pouss&#233; &#224; la s&#233;dentarisation des Voyageurs, les pouvoirs publics insistent maintenant sur &#8220;l'ancrage&#8221; &#8211; comme si les personnes pr&#233;sentes sur les aires n'&#233;taient pas ancr&#233;es dans leur territoire, quand bien m&#234;me leurs familles y vivent depuis plusieurs si&#232;cles. Le Voyageur est vu comme un &#233;ternel &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#201;tat, maintenant qu'on a contraint les d&#233;placements des Voyageurs, qu'on a d&#233;truit en partie leurs mod&#232;les &#233;conomiques et sociaux, il s'agit de trouver des solutions d'habitat, d'entrer dans une logique de s&#233;dentarisation et d'assimilation. Cette poli&#8202;tique peut se lire dans l'&#233;volution des sch&#233;mas d&#233;partementaux : celui d'Ille&#8202;-et-Vi laine ne comportait qu'une occurrence du mot &#8220;ancrage&#8221; il y a six ans ; on en compte d&#233;sormais quarante-quatre. Mais on retrouve beaucoup de r&#233;ticences de la part des &#233;lus locaux, qui ne veulent pas cr&#233;er des terrains familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la loi Besson &#233;tait aussi le r&#233;sultat de luttes men&#233;es par les Voyageurs eux-m&#234;mes, qui r&#233;clamaient des terrains pour r&#233;pondre aux difficult&#233;s d'installation. Mais sa mise en &#339;uvre n'a pas correspondu aux aspirations exprim&#233;es. Il aurait fallu en plus que dans chaque commune, il y ait un petit carr&#233; de pelouse avec l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, sur lequel on puisse s'arr&#234;ter, quitte &#224; payer le ramassage des poubelles et les consommations. Finalement, on se retrouve avec des terrains standardis&#233;s, isol&#233;s, surveill&#233;s, cl&#244;tur&#233;s, qui s&#233;parent les populations et sont en nombre insuffisants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui frappe, c'est en effet l'absence d'efforts r&#233;alis&#233;s pour rendre ces aires hospitali&#232;res...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en &#231;a que le travail de Lise Foisneau m'a ouvert les yeux. Avant, quand je voyais une aire d'accueil neuve, propre, cela me semblait luxueux. Parce que j'avais connu les arri&#232;res d'usine, les exclusions de territoire et les terrains en mauvais &#233;tat. Malgr&#233; la r&#233;ticence qu'on peut avoir &#224; mobiliser la symbolique du camp, parce que nos propres grands-parents ont &#233;t&#233; plac&#233;s dans des camps de concentration, on ne peut pas l'ignorer quand on voit des aires comme celle de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, cl&#244;tur&#233;e par des barbel&#233;s. Quand on prend en compte les gardiens, l'isole&#8202;ment, les sanitaires coul&#233;s dans un seul bloc de b&#233;ton... On n'est pas dans l'hospitalit&#233;, mais dans l'&#233;quipement brut, bas de gamme, qui rel&#232;ve plus du parcage d'ani&#8202;maux ou du stockage de mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe aussi, c'est l'absence de nature. Alors que l'id&#233;al du Voyage, c'est le contact avec la nature, la for&#234;t, les bords de rivi&#232;re... Tout cela dispara&#238;t compl&#232;tement avec l'aire d'accueil. Les roulottes hippomobiles qu'ont connues nos grands-parents passaient par les chemins de campagne, apportaient dans les villages le cin&#233;ma itin&#233;rant, des bibelots qui n'existaient pas en dehors des villes. On amenait une forme de modernit&#233; dans les campagnes. Une partie de ce patrimoine a &#233;t&#233; d&#233;truit par le syst&#232;me d'accueil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le traitement m&#233;diatique de cette question tourne essentiellement autour des installations ill&#233;gales de Voyageurs. Dans quelle mesure participe-t-il au renforcement des st&#233;r&#233;otypes qui les visent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce traitement est le reflet du positionnement de l'&#201;tat, qui ne s'int&#233;resse aux Voyageurs que sous l'angle de leur position dans l'espace social et urbain, au d&#233;triment des questions m&#233;morielles, scolaires, etc. Dans la mesure o&#249; tous les espaces ont &#233;t&#233; ferm&#233;s &#224; la pr&#233;sence des Voyageurs, les seuls moments o&#249; ils font irruption dans la vie du s&#233;dentaire, c'est quand ils sortent de leur espace d'assignation spatiale. Et comme la sortie de l'aire d'accueil les met en situation d'ill&#233;galit&#233;, le traitement m&#233;diatique correspondant leur est appliqu&#233;. Tant que le Voyageur reste dans son aire, tout le monde s'en fout, quoi qu'il se passe sur l'aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique est renforc&#233;e par l'absence de Voyageurs dans les r&#233;dactions ou parmi les acteurs des m&#233;dias. La question est trait&#233;e par des personnes qui n'appr&#233;hendent pas du tout les diff&#233;rentes probl&#233;matiques qu'ils peuvent rencontrer. Le seul sujet qui int&#233;resse, c'est celui de la pr&#233;sence des Voyageurs, dont on ne veut pas &#224; c&#244;t&#233; de chez soi, en raison de st&#233;r&#233;otypes qui restent largement mobilis&#233;s. L'autre volet du traitement m&#233;diatique, c'est d'ailleurs la question de la d&#233;linquance, qui est toujours associ&#233;e &#224; la cat&#233;gorisation &#8220;gens du voyage&#8221;. Quand un Voyageur commet un crime, il est toujours indiqu&#233; qu'il est &#8220;issu de la communaut&#233; des gens du voyage&#8221;. Il s'agit d'une entreprise de stigmatisation assez claire, qui participe &#224; construire une image du Tsigane sur laquelle repose l'antitsiganisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en termes de repr&#233;sentation, les m&#233;dias donnent g&#233;n&#233;ralement la parole &#224; des hommes correspondant au clich&#233; du &#8220;patriarche&#8221;, puisque les Voyageurs sont appr&#233;hend&#233;s comme une tribu ou un clan. Leurs discours se sont beaucoup enferm&#233;s sur la question de l'accueil et sur l'id&#233;e que les installations ill&#233;gales s'expliquent par le manque de places. Mais ce n'est pas toujours vrai, ce n'est pas que &#231;a ! Quand toutes les aires d'accueil seront construites, il y aura toujours des personnes en situation ill&#233;gale aussi parce qu'elles refusent ce syst&#232;me. On a tendance &#224; ignorer les raisons qui poussent &#224; refuser de vivre dans les aires. La seule parole relay&#233;e dans les m&#233;dias est celle qui l&#233;gitime la politique des aires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette repr&#233;sentation tr&#232;s masculine des Voyageurs dans les m&#233;dias ne refl&#232;te d'ailleurs pas la r&#233;alit&#233; des luttes men&#233;es pour leurs droits, qui sont souvent port&#233;es par des femmes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Voyageurs ont fait l'objet d'un traitement tr&#232;s paternaliste depuis la guerre et la parole a souvent &#233;t&#233; confisqu&#233;e par des associations et des personnes ext&#233;rieures. Cela a notamment conduit &#224; invisibiliser les femmes. Aujourd'hui, il y a un d&#233;calage entre le nombre de femmes auxquelles on donne la parole et le nombre de femmes en lutte. Ce sont tr&#232;s souvent elles qui en prennent la t&#234;te. C'est le cas &#224; Hellemmes-&#8202;Ronchin, dans le Nord, et c'est le cas au Petit-Quevilly, o&#249; deux femmes ont men&#233; le combat suite &#224; l'incendie de l'usine Lubrizol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre les in&#233;galit&#233;s environnementales peut f&#233;d&#233;rer largement. La question fait consensus parmi les Voyageurs, personne n'a envie de vivre dans un espace pollu&#233;. Derri&#232;re, on peut construire des alliances avec des forces &#233;cologistes, mais aussi avec des forces f&#233;ministes qui viendraient appuyer ces luttes men&#233;es par des Voyageuses. On peut aussi construire des alliances antiracistes, puisque le syst&#232;me d'accueil est l'une des portes d'entr&#233;e pour appr&#233;hender la question de l'anti-tsiganisme en France. Il y a un enjeu &#224; mettre en lumi&#232;re les diff&#233;rents combats men&#233;s localement contre les pollutions et &#224; les rassembler en mettant en contact leurs acteurs et actrices. Cela permet de rompre l'isolement et de redonner de la joie, de l'espoir et de la combativit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Tom Vieillefond&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terrains locatifs am&#233;nag&#233;s et d&#233;di&#233;s &#224; l'habitat mobile, visant le plus souvent &#224; accueillir des &#171; gens du voyage &#187; dits &#171; s&#233;dentaires &#187;. Les caravanes y sont autoris&#233;es pour une plus longue dur&#233;e que celle stipul&#233;e par le droit commun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Hospitalit&#233; : du d&#233;lit au d&#233;fi</title>
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		<dc:date>2018-11-06T12:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Ce jeudi 8 novembre, les &#171; 3+4 de Brian&#231;on &#187; seront jug&#233;s &#224; Gap, pour d&#233;lit de solidarit&#233;. &#192; l'occasion de cet important proc&#232;s, CQFD met en ligne son dossier sur l'hospitalit&#233;, paru sur papier au mois de septembre. On commence par l'introduction. Le 3 septembre, jour du bouclage de ce num&#233;ro , une proc&#233;dure sp&#233;cifique pour les demandes d'asile en Guyane, r&#233;duisant les d&#233;lais de d&#233;p&#244;t des dossiers &#224; 7 jours, est exp&#233;riment&#233;e. Promise par Macron et destin&#233;e &#224; dissuader les migrants ha&#239;tiens (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eugene-Riousse" rel="tag"&gt;Eug&#232;ne Riousse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/notion" rel="tag"&gt;notion&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce jeudi 8 novembre, les &#171; 3+4 de Brian&#231;on &#187; seront jug&#233;s &#224; Gap, pour d&#233;lit de solidarit&#233;. &#192; l'occasion de cet important proc&#232;s, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; met en ligne son dossier sur l'hospitalit&#233;, paru sur papier au mois de septembre. On commence par l'introduction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1768649888' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le 3 septembre&lt;/strong&gt;, jour du bouclage de ce num&#233;ro&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CQFD n&#176;168, septembre 2018.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, une proc&#233;dure sp&#233;cifique pour les demandes d'asile en Guyane, r&#233;duisant les d&#233;lais de d&#233;p&#244;t des dossiers &#224; 7 jours, est exp&#233;riment&#233;e. Promise par Macron et destin&#233;e &#224; dissuader les migrants ha&#239;tiens de chercher refuge dans ce d&#233;partement d'Outre-mer, la mesure pourrait nourrir dans deux ans une mouture encore plus r&#233;pressive de la loi sur l'asile et l'immigration adopt&#233;e le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; ao&#251;t&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Loi asile et immigration &#8211; Le nouveau monde pire que l'ancien &#187;, CQFD (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Allemagne&lt;/strong&gt;, c'est Dupont-Lajoie &#224; Chemnitz. Apr&#232;s la mort d'un homme de 35 ans qui aurait &#233;t&#233; tu&#233; &#224; coups de couteau par un r&#233;fugi&#233; irakien en marge d'une f&#234;te locale, des chasses &#224; l'&#233;tranger et des heurts entre n&#233;onazes, antifas et police se sont encha&#238;n&#233;s depuis le 26 ao&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me ambiance glauque en Italie&lt;/strong&gt;, o&#249; une trentaine de cas de violences ou de tirs &#224; caract&#232;re raciste (dont deux mortels) ont &#233;t&#233; recens&#233;s depuis l'accession au pouvoir, d&#233;but juin, du gouvernement form&#233; par l'extr&#234;me droite et le Mouvement Cinq &#201;toiles. Dans l'esprit du populo p&#233;ninsulaire frapp&#233; par un profond malaise social, les slogans visant &#224; faire passer les Italiens avant les migrants font des ravages. Et pas seulement dans les sondages. Victime collat&#233;rale de cette politique de la peur et du bouc-&#233;missaire, l'exp&#233;rience d'accueil des r&#233;fugi&#233;s dans le village calabrais de Riace ne sera plus financ&#233;e par des fonds publics. Jusque -l&#224;, ils b&#233;n&#233;ficiaient d'un programme d'insertion pr&#233;voyant une allocation de 35 euros par jour et par personne, et incluant l'enseignement de l'Italien, pour les adultes, et la scolarisation des enfants. Depuis 1998, date &#224; laquelle une embarcation avec 200 Kurdes &#224; son bord s'est &#233;chou&#233;e sur la c&#244;te, le village a &#233;chapp&#233; &#224; la disparition et a m&#234;me vu sa population doubler. La preuve qu'une v&#233;ritable politique de l'hospitalit&#233; fond&#233;e sur des dispositifs d'accueil durable peut &#234;tre mise en place &#224; moindres frais et m&#234;me participer &#224; la renaissance de certains territoires.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2620 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH558/-881-e98bf.jpg?1768719151' width='400' height='558' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, l'&#233;tymologie&lt;/strong&gt; nous renseigne sur l'ambivalence de la notion d'hospitalit&#233;. Le latin &lt;i&gt;hostis&lt;/i&gt; renvoie aussi bien &#224; l'ennemi qu'&#224; l'h&#244;te. Sans doute les intentions de celui qui arrive sont difficiles &#224; d&#233;chiffrer ? Amicales ou hostiles ? &#192; l'origine, l'hospitalit&#233; passe par de multiples artifices ritualis&#233;s permettant d'am&#233;nager un seuil ou un sas dans lequel l'&#233;trange &#233;tranger est plac&#233; entre inclusion et exclusion, un espace-temps &#224; la fois provisoire et incertain. Ici, la soci&#233;t&#233; d'accueil soumet l'autre &#224; ses codes pour minimiser le risque qu'il repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;volution historique&lt;/strong&gt; de la notion est &#233;galement riche d'enseignements. La fa&#231;on dont Ath&#232;nes et Rome con&#231;oivent l'hospitalit&#233; n'est pas si &#233;loign&#233;e des d&#233;bats qui agitent nos soci&#233;t&#233;s. D'un c&#244;t&#233;, la communaut&#233; politique ath&#233;nienne, d&#233;finie une fois pour toute, ne peut &#171; int&#233;grer &#187; l'&#233;tranger en son sein sans risquer de se dissoudre. Il doit rester pour toujours un m&#233;t&#232;que. De l'autre, la citoyennet&#233; romaine est plus plastique en absorbant les &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs tout en gardant intact l'essentiel de ce qui fonde la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pens&#233;e chr&#233;tienne&lt;/strong&gt; de l'hospitalit&#233; va grandement participer &#224; la d&#233;politisation du concept et le pr&#233;cipiter dans le seul champ de l'&#233;thique. Les &#171; gentils &#187; (chr&#233;tiens) qui accueillent de mani&#232;re inconditionnelle font face aux &#171; m&#233;chants &#187; (m&#233;cr&#233;ants) qui gardent l'huis clos. Une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Moyen-&#194;ge&lt;/strong&gt;, il y a aussi des fa&#231;ons tr&#232;s int&#233;ress&#233;es de concevoir l'hospitalit&#233;, qui ne sont pas sans rappeler le discours sarkozyste sur l'immigration choisie (droit d'aubaine) ou les pratiques commerciales de certaines plate-formes monnayant &#171; l'accueil &#187; des touristes (&#171; hostellerie &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le si&#232;cle des Lumi&#232;res&lt;/strong&gt; formalise le droit de tous &#224; la mobilit&#233; et au s&#233;jour dans une vision tr&#232;s cosmopolite. Cela permettra &#224; l'am&#233;ricain Thomas Paine de devenir citoyen fran&#231;ais et d&#233;put&#233; du Pas-de-Calais en 1792. On retrouvera cet h&#233;ritage dans les grands textes du droit international : la d&#233;claration universelle des droits de l'homme de 1948 &#233;nonce ainsi que &#171; &lt;i&gt;toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa r&#233;sidence &#224; l'int&#233;rieur d'un &#201;tat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'oublions pas&lt;/strong&gt; n&#233;anmoins que ce cosmopolitisme du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; l&#233;gitimera les entreprises coloniales et imp&#233;riales des civilis&#233;s contre les sauvages. Se pose aussi la question de la hi&#233;rarchisation des races : tous les &#233;trangers ne le sont pas de la m&#234;me fa&#231;on. Comment expliquer autrement le foss&#233; entre l'unanimisme politique et institutionnel (l'&#201;tat enverra m&#234;me des avions) dans l'accueil des 130 000 boat people vietnamiens, cambodgiens et laotiens en 1979 et l'indiff&#233;rence voire l'hostilit&#233; actuelles face &#224; ceux qui se noient dans la M&#233;diterran&#233;e ? Il est vrai qu'&#224; cette &#233;poque le ch&#244;mage &#233;tait inf&#233;rieur &#224; 5 % et la concurrence de tous contre tous institu&#233;e par la division du travail &#224; l'&#233;chelle mondiale pas encore aussi aiguis&#233;e. On peut y voir aussi la validation d'une formule de l'historien de l'immigration G&#233;rard Noiriel : &#171; &lt;i&gt; En p&#233;riode d'incertitude tout particuli&#232;rement, l'&#233;tranger est ressenti comme une menace par le groupe enracin&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plusieurs philosophes&lt;/strong&gt; contemporains, &#224; l'instar de Fabienne Brug&#232;re et Guillaume Le Blanc&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Passeurs d'humanit&#233; &#8211; L'hospitalit&#233; est le contraire de la haine &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; tentent de repolitiser la notion d'hospitalit&#233;. Il s'agirait de trouver les modalit&#233;s d'un v&#233;ritable accueil, s'op&#233;rant sur le long terme. En 2007, les habitants du village breton de Montfort-sur-Meu se mobilisaient en masse pour s'opposer &#224; l'expulsion collective de 23 Maliens sans papiers habitant l&#224; depuis plusieurs ann&#233;es. Leur lutte a permis la r&#233;gularisation de 20 d'entre eux, marquant les m&#233;moires. Pourquoi se sont-ils dress&#233;s contre l'&#201;tat ? Sans doute pour d&#233;fendre les leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces interrogations philosophico-historiques esquiss&#233;es&lt;/strong&gt;, reste une &#233;vidence, celle qui anime nombre d'activistes occup&#233;s &#224; dissiper l'air puant du temps : l'hospitalit&#233; n'est pas affaire que de personnes ou d'id&#233;es, mais &#233;galement de syst&#232;mes politiques. Le v&#233;ritable ennemi, c'est d'abord celui qui &#233;rige les murs, tricote les fils barbel&#233;s et arme les fronti&#232;res afin que que rien ne vienne menacer la perp&#233;tuation d'un syst&#232;me capitaliste o&#249; l'in&#233;galit&#233; r&#232;gne en ma&#238;tre &#8211; &#224; l'int&#233;rieur comme vers l'ext&#233;rieur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Loi asile et immigration &#8211; Le nouveau monde pire que l'ancien &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Passeurs d'humanit&#233; &#8211; L'hospitalit&#233; est le contraire de la haine &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;168, septembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Classes vides, enfants en rade</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Tardif</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ubuesque ! En Seine-Saint-Denis, des enfants attendent des mois avant de pouvoir rejoindre leur classe. Pendant ce temps, leurs professeurs font cours dans des salles presque vides. Alice Groult, enseignante au coll&#232;ge Jean-Moulin d&#8216;Aubervilliers, revient pour CQFD sur la scandaleuse situation de ces classes d'accueil. Qu'est-ce qu'une classe d'accueil ? &#171; Il s'agit d'un dispositif sp&#233;cial pour les enfants qui arrivent de pays &#233;trangers (Maghreb, Proche-Orient, Asie, Afrique noire, etc.) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Afrique-noire" rel="tag"&gt;Afrique noire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ubuesque ! En Seine-Saint-Denis, des enfants attendent des mois avant de pouvoir rejoindre leur classe. Pendant ce temps, leurs professeurs font cours dans des salles presque vides. Alice Groult, enseignante au coll&#232;ge Jean-Moulin d&#8216;Aubervilliers, revient pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur la scandaleuse situation de ces classes d'accueil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH576/-241-c0b08.jpg?1768652927' width='400' height='576' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'une classe d'accueil ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit d'un dispositif sp&#233;cial pour les enfants qui arrivent de pays &#233;trangers (Maghreb, Proche-Orient, Asie, Afrique noire, etc.) et qui ont besoin d'apprendre notre langue avant de pouvoir suivre une scolarit&#233; en classe &#8216;&#8216; traditionnelle ''. &#192; la cl&#233;, des cours de fran&#231;ais bien s&#251;r, &#224; raison de 10 &#224; 12 heures par semaine. Mais aussi des &#233;quipes motiv&#233;es pour accueillir des enfants souvent marqu&#233;s par un parcours migratoire difficile. Et une r&#233;flexion sur l'int&#233;gration de ces &#233;l&#232;ves au sein d'autres classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Seine-Saint-Denis, ce dispositif ne fonctionne pas comme il devrait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que ce soit &#224; Aubervilliers, Stains, Saint-Denis ou &#224; Montreuil, nous dressons aujourd'hui un m&#234;me constat : les classes d'accueil dans les coll&#232;ges du 93 sont quasiment vides. Et les &#233;l&#232;ves migrant.e.s qui devraient y &#234;tre inscrits attendent depuis plusieurs mois chez eux. Ce n'est pas nouveau, malheureusement. L'an pass&#233; d&#233;j&#224;, un mouvement de gr&#232;ve des professeurs de classes d'accueil avait &#233;t&#233; lanc&#233;, pour d&#233;noncer cette situation scandaleuse. Il s'agissait de protester contre le d&#233;lai d'attente impos&#233; aux enfants avant leur scolarisation &#8211; de six &#224; huit mois en moyenne. Et de s'opposer &#224; la volont&#233; de l'institution scolaire de les transformer en &#8216;&#8216; dispositif UPE2A '' (Unit&#233; p&#233;dagogique pour &#233;l&#232;ve allophone arrivant), lequel signifie moins d'heures et de moyens pour les &#233;l&#232;ves. Ce dispositif fait aussi voler en &#233;clats la notion de groupe-classe, pourtant essentielle dans la coh&#233;rence p&#233;dagogique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En filigrane se dessine un affrontement entre deux visions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des tenants d'une p&#233;dagogie nouvelle posent en effet que ces &#233;l&#232;ves devraient directement rejoindre les classes &#8216;&#8216; ouvertes ''. C'est-&#224;-dire qu'ils suivraient certains cours en classe traditionnelle, sans que des moyens suppl&#233;mentaires ou des formations sp&#233;cifiques ne soient accord&#233;s &#224; leurs professeurs. D'autant plus illusoire qu'il s'agit de coll&#232;ges plac&#233;s en REP ou REP+ (R&#233;seaux d'&#233;ducation prioritaire, concernant les &#233;tablissements dont beaucoup &#233;l&#232;ves sont issus de familles en difficult&#233; financi&#232;re), avec des effectifs d&#233;j&#224; lourds. &#192; en croire le discours institutionnel, il ne s'agirait pas de faire des &#233;conomies sur le dos des &#233;l&#232;ves migrant.e.s. Ni de profiter de ce que leurs familles ne peuvent de toute &#233;vidence pas r&#233;agir comme le feraient des parents du centre-ville bourgeois de Paris &#8211; oh non, surtout pas ! Ce m&#234;me discours fait carr&#233;ment passer les professeurs hostiles &#224; cette triste &#233;volution pour des r&#233;fractaires &#224; l'&#233;ducation pour les migrant.e.s version XXIe si&#232;cle. Nous n'aurions rien compris, en somme. Et peu importe les multiples &#8216;&#8216; couacs '' constat&#233;s. &#192; l'image de cette UPE2A qui a ouvert en catastrophe au milieu de l'ann&#233;e derni&#232;re. Pour salle de classe, le foyer des &#233;l&#232;ves. Et pour enseignante, une professeure contractuelle non form&#233;e... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous aviez pourtant obtenu quelques garanties apr&#232;s le mouvement de gr&#232;ve ?&lt;/strong&gt;
&#171; Nous pensions en effet avoir &#233;t&#233; un peu entendus, apr&#232;s trois audiences aupr&#232;s des grands pontes de l'inspection acad&#233;mique. D'autant que nous n'&#233;tions pas les seuls &#224; nous inqui&#233;ter : le D&#233;fenseur des droits avait lui aussi fait conna&#238;tre ses pr&#233;-occupations &#224; propos du temps d'attente. Et puis, on nous avait promis quelques ouvertures de classe &#8211; c'&#233;tait d&#233;j&#224; &#231;a, m&#234;me s'il s'agissait de contrats de 20 heures, et non 26. Bref, nous avons cru que le droit &#224; une m&#234;me &#233;ducation pour tou.te.s, quel que soit le pays d'origine, n'&#233;tait pas totalement enterr&#233;. Erreur ! &#192; la rentr&#233;e, la plupart d'entre nous ont d&#233;couvert des classes quasiment vides. &#192; l'exception des maintiens (&#233;l&#232;ves arriv&#233;s en cours d'ann&#233;e derni&#232;re), presque aucun nouvel enfant n'a &#233;t&#233; affect&#233; &#224; nos classes. Alors m&#234;me que les directrices des Centres d'information et d'orientation font &#233;tat &#8211; &#231;&#224; et l&#224; &#8211; de chiffres aberrants : dans certaines villes, pr&#232;s de 100 enfants auraient pass&#233; les tests pour &#234;tre scolaris&#233;s et se trouveraient sur liste d'attente. Ils ne rejoindront les salles de classe qu'en f&#233;vrier ou mars ! Ils se retrouvent donc &#224; attendre chez eux (quand il y a un &#8216;&#8216; chez eux '') pendant que nous ne faisons cours que pour cinq ou six &#233;l&#232;ves. C'est compl&#232;tement idiot. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous en avez parl&#233; aux repr&#233;sentants de l'institution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r. Mais l'inspection acad&#233;mique reste muette. Et ne r&#233;pond pas &#224; notre proposition de former un groupe de travail pour aider le personnel administratif dans l'affectation des &#233;l&#232;ves. Elle se contente d'&#233;voquer un &#8216;&#8216; changement de personnel '' et pr&#233;tend que &#8216;&#8216; la nouvelle inspectrice '' doit prendre connaissance des dossiers. Une justification l&#233;g&#232;re, voire grotesque. Mais qui r&#233;v&#232;le le m&#233;pris total de notre hi&#233;rarchie quant &#224; la scolarisation des &#233;l&#232;ves &#233;trangers, &#224; leur accueil et &#224; leur int&#233;gration. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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