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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>William Acker : &#171; Aucun voyageur n'a envie de vivre dans un espace pollu&#233; &#187;</title>
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		<dc:date>2021-04-13T10:47:09Z</dc:date>
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		<dc:creator>Tom Vieillefond</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis 2019, William Acker diffuse via Twitter des informations sur les aires d'accueil destin&#233;es aux personnes cat&#233;goris&#233;es &#171; gens du voyage &#187;, en exposant notamment les pollutions auxquelles elles sont soumises. Cet intense travail de recensement a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; dans un livre, O&#249; sont les gens du voyage ? &#8211; Inventaire critique des aires d'accueil, &#224; para&#238;tre le 16 avril aux &#201;ditions du commun. S'appuyant sur son exp&#233;rience familiale et une longue enqu&#234;te de terrain, l'auteur y d&#233;crit le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2019, William Acker diffuse via Twitter des informations sur les aires d'accueil destin&#233;es aux personnes cat&#233;goris&#233;es &#171; gens du voyage &#187;, en exposant notamment les pollutions auxquelles elles sont soumises. Cet intense travail de recensement a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; dans un livre, &lt;i&gt;O&#249; sont les gens du voyage ? &#8211; Inventaire critique des aires d'accueil&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre le 16 avril aux &#201;ditions du commun. S'appuyant sur son exp&#233;rience familiale et une longue enqu&#234;te de terrain, l'auteur y d&#233;crit le contexte dans lequel s'inscrit cette politique d'&#171; accueil &#187; et les discriminations syst&#233;miques dont elle t&#233;moigne. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1756-6ff6c.jpg?1782642640' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi as-tu entrepris ce recensement des aires d'accueil et des nuisances auxquelles elles sont expos&#233;es ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le point de d&#233;part, c'est le travail de l'anthropologue Lise Foisneau, qui a &#233;tudi&#233; la question des in&#233;galit&#233;s environnementales sur les aires d'accueil. Elle a notamment travaill&#233; sur celle de Saint-Menet, &#224; Marseille, situ&#233;e juste derri&#232;re un site Seveso, l'usine Arkema. Ses &#233;crits ont agi comme un d&#233;clic, en m'offrant une analyse d'un sujet que je connaissais pourtant personnellement depuis longtemps. Quand en septembre 2019 l'usine Lubrizol de Rouen a pris feu et que j'ai entendu qu'il s'agissait justement d'un site Seveso, mon premier r&#233;flexe a &#233;t&#233; de regarder le Sch&#233;ma d&#233;partemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de Seine-Maritime : il y avait une aire d'accueil juste &#224; c&#244;t&#233; de l'usine, celle de Petit-Quevilly. Lise et moi sommes entr&#233;s en contact avec les habitant&#183;es de l'aire et nous avons, avec eux, m&#233;diatis&#233; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, &#224; l'occasion d'une r&#233;union avec des officiels, Sa&#239;mir Mile, juriste et ancien pr&#233;sident de l'association La Voix des Roms, a soulev&#233; le probl&#232;me de la localisation des aires d'accueil. Il s'est vu r&#233;pondre qu'il faisait de la d&#233;magogie et qu'il ne pouvait rien prouver, faute de chiffres. Effectivement, il y avait tr&#232;s peu de donn&#233;es : il n'existait m&#234;me pas de recensement complet des aires d'accueil sur le territoire m&#233;tropolitain. C'est l&#224; que je me suis dit qu'il fallait que nous produisions ces chiffres, en plus des luttes collectives men&#233;es sur le terrain m&#233;diatique ou juridique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre comprend &#224; la fois un inventaire des aires par d&#233;partement et une mise en contexte politique, juridique et historique du sujet. Quel bilan tires-tu de l'&#233;tude que tu as r&#233;alis&#233;e ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas &#233;t&#233; surpris par les donn&#233;es que j'ai r&#233;colt&#233;es. Je connais ces lieux, j'ai pass&#233; les premi&#232;res ann&#233;es de ma vie sur le Voyage, ma famille continue &#224; fr&#233;quenter les aires. Mais ce travail m'a permis de mieux comprendre le caract&#232;re syst&#233;mique des m&#233;canismes mis en &#339;uvre dans la localisation des aires d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, c'est la mise &#224; l'&#233;cart : les territoires ne veulent pas accueillir. Les politiques publiques &#233;labor&#233;es au niveau &#233;tatique, malgr&#233; leurs d&#233;fauts, visent &#224; mettre en &#339;uvre un syst&#232;me d'accueil ; au niveau local, on cherche &#224; l'&#233;viter. Plusieurs techniques existent. Les municipalit&#233;s peuvent, par exemple, retarder au maximum le moment o&#249; elles construiront une aire. Pour cela, elles d&#233;signent un terrain pourri, qu'elles savent non viable. &#192; la fin de la proc&#233;dure de d&#233;signation, la pr&#233;fecture refuse le terrain, et on repart sur une nouvelle proc&#233;dure de deux ou trois ans. Cette strat&#233;gie est r&#233;guli&#232;rement d&#233;ploy&#233;e par les collectivit&#233;s et peut faire tra&#238;ner un projet sur vingt ans. Cela explique que des projets existant depuis les ann&#233;es 2000 ne soient toujours pas r&#233;alis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi pr&#233;voit que la pr&#233;fecture puisse mettre en demeure les collectivit&#233;s qui ne remplissent pas leurs obligations, voire se substituer &#224; elles. En r&#233;alit&#233;, ce pouvoir de substitution n'est jamais mobilis&#233; pour la construction d'aires. Il ne l'est pas non plus pour lutter contre les terrains insalubres. Contrairement aux discours politiques qui sugg&#232;rent que les obligations pesant sur les collectivit&#233;s sont trop lourdes, on constate qu'en r&#233;alit&#233; le non-respect de ces obligations n'entra&#238;ne aucune cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la collectivit&#233; ne peut plus &#233;chapper &#224; ses obligations, elle passe alors &#224; une strat&#233;gie de mise &#224; l'&#233;cart. Cela consiste &#224; trouver le terrain le plus &#233;loign&#233; de toute zone d'habitation. Une autre strat&#233;gie consiste &#224; construire des aires dans des endroits impropres ou avec des &#233;quipements de faible qualit&#233; &#8211; ou encore &#224; &#233;tablir des tarifs de stationnement trop &#233;lev&#233;s. Logiquement, les Voyageurs les &#233;vitent, et les taux de remplis&#8202;sage sont faibles. Ce qui justifie de ne plus construire, voire de fermer des aires... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette politique s'appuie notamment sur la loi Besson du 5 juillet 2000. Est-ce que tu peux revenir sur les principes de cette loi, et les probl&#232;mes qu'elle pose ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;faut intrins&#232;que de la loi Besson, c'est qu'elle pr&#233;tend mettre en place un &#233;quilibre entre les collectivit&#233;s d'une part, et les &#8220;gens du voyage&#8221; d'autre part. Mais il ne peut pas y avoir d'&#233;quilibre entre une institution publique et un individu, le rapport de force sera toujours en faveur de la premi&#232;re ! Dans cette m&#234;me logique, la loi indique que les &#8220;gens du voyage&#8221; ont le droit d'&#234;tre accueillis, mais le devoir de s'installer sur les aires d'accueil construites par les collectivit&#233;s. La charge de l'accueil repose beaucoup plus sur les personnes oblig&#233;es de rester dans les aires que sur les collectivit&#233;s charg&#233;es de les construire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, cette loi instaure un syst&#232;me public d'accueil &#224; destination d'une cat&#233;gorie particuli&#232;re de la population, distinct des syst&#232;mes publics d'accueil pour les camping-caristes ou pour les autres cat&#233;gories de personnes en habitat mobile. Ce qui distingue les cibles de ces diff&#233;rents syst&#232;mes d'accueil public, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, c'est une cat&#233;gorisation historiquement fond&#233;e sur l'appr&#233;hension de l'ethnicit&#233;. Dans son article 1, la loi Besson d&#233;signe les &#8220;gens du voyage&#8221; comme ceux &#8220;dont l'habitat &lt;i&gt;traditionnel&lt;/i&gt; est constitu&#233; de r&#233;sidences mobiles&#8221;. Le terme traditionnel n'est pas explicit&#233; mais il sugg&#232;re une forme d'h&#233;ritage de ce mode d'habitat, et ce qui est vis&#233; derri&#232;re, c'est le Tsigane et toutes les personnes appr&#233;hend&#233;es comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence, c'est que les autres syst&#232;mes publics d'accueil des habitats mobiles sont interdits aux Voyageurs. Dans le Calvados, on compte vingt-deux aires d'accueil pour les Voyageurs : 95 % sont situ&#233;es dans des zones non d&#233;di&#233;es &#224; l'habitat, compl&#232;tement isol&#233;es, et pr&#232;s d'une sur deux est pollu&#233;e. En comparaison, il y a une centaine d'aires de camping-car, situ&#233;es en bord de mer ou en centre-ville. Mais quand vous &#234;tes un Voyageur, vous ne pouvez pas y acc&#233;der : les caravanes y sont interdites. De la m&#234;me mani&#232;re, les campings municipaux, qui ont pendant longtemps &#233;t&#233; explicitement interdits aux &#8220;gens du voyage&#8221;, bannissent d&#233;sormais les caravanes &#224; double essieu &lt;i&gt;[les grandes]&lt;/i&gt;, qui sont majoritairement utilis&#233;es par les Voyageurs. Mais si vous n'&#234;tes pas Voyageur et que vous voulez aller dans un camping, la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de camping et de caravaning peut vous d&#233;livrer une attestation stipulant que vous avez une r&#233;sidence principale. En clair : que vous n'&#234;tes pas un gitan... On a donc organis&#233; diff&#233;rents syst&#232;mes d'accueil public sur la base d'une discrimination ethnique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre &#233;l&#233;ment probl&#233;matique : les obligations de construction d'aires fix&#233;es par la loi Besson sont bas&#233;es sur le nombre d'habitants des communes, sans tenir compte des besoins des populations vis&#233;es par la loi... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les communes de plus de 5 000 habitants, concern&#233;es par la construction d'aires, ne repr&#233;sentent que 4 % du total des communes fran&#231;aises. Cela signifie que 96 % des communes sont exclues du syst&#232;me d'accueil. On a des exclusions de territoire &#233;normes. Beaucoup sont d&#233;nu&#233;s d'aires, en particulier dans les zones rurales. La loi Besson a accentu&#233; le regroupement des aires dans les espaces p&#233;riph&#233;riques des grandes villes, souvent sans coh&#233;rence avec la pr&#233;sence et les besoins des populations concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre, je prends l'exemple de Nemours, en Seine-et-Marne. L'intercommunalit&#233; s'&#233;tend sur un territoire de 226 kilom&#232;tres carr&#233;s, et comprend deux aires d'accueil, soit environ 6 000 m&#232;tres carr&#233;s de surface au sol. C'est la seule portion de ce territoire sur laquelle les Voyageurs peuvent s'installer l&#233;galement, alors que les deux aires sont situ&#233;es dans un m&#234;me quartier, au pied d'une station d'&#233;puration et d'une usine. C'est embl&#233;matique de la logique et de l'ampleur de l'exclusion spatiale organis&#233;e par la loi Besson. Les Voyageurs n'ont aucun choix d'&#233;tablissement et donc pas de r&#233;elle libert&#233; de circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;partements sont &#233;galement tr&#232;s d&#233;ficitaires en mati&#232;re d'accueil. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, il n'y a que trois aires, dont l'une &#233;tait r&#233;cemment ferm&#233;e. Dans les Alpes-Maritimes, on en compte &#233;galement trois, qui disposent en tout d'une centaine d'emplacements : seuls 300 Voyageurs peuvent donc s'installer dans ce d&#233;partement d'un million d'habitants. Cette situation rend presque impossible de stationner l&#233;galement sur des territoires entiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'impact de cette politique d'accueil sur le Voyage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les aires ont cr&#233;&#233; des sch&#233;mas artificiels de Voyage. On ne voyage plus en fonction de ses activit&#233;s professionnelles ou des &#233;v&#233;nements familiaux, mais selon un parcours pr&#233;d&#233;fini et sch&#233;matis&#233; par les aires. Les habitudes de Voyage de nombreuses familles ont &#233;t&#233; boulevers&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces dispositifs entra&#238;nant une restriction du Voyage se sont ajout&#233;s des facteurs &#233;conomiques et sociaux. Le versement de certaines aides sociales a &#233;t&#233; conditionn&#233; &#224; la scolarisation des enfants en pr&#233;sentiel et le prix du carburant a augment&#233; : cons&#233;quence, les familles les plus pr&#233;caires se sont donc retrouv&#233;es bloqu&#233;es sur les aires d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ces aires sont l'anti&#8202;chambre des terrains familiaux&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terrains locatifs am&#233;nag&#233;s et d&#233;di&#233;s &#224; l'habitat mobile, visant le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Apr&#232;s avoir pouss&#233; &#224; la s&#233;dentarisation des Voyageurs, les pouvoirs publics insistent maintenant sur &#8220;l'ancrage&#8221; &#8211; comme si les personnes pr&#233;sentes sur les aires n'&#233;taient pas ancr&#233;es dans leur territoire, quand bien m&#234;me leurs familles y vivent depuis plusieurs si&#232;cles. Le Voyageur est vu comme un &#233;ternel &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#201;tat, maintenant qu'on a contraint les d&#233;placements des Voyageurs, qu'on a d&#233;truit en partie leurs mod&#232;les &#233;conomiques et sociaux, il s'agit de trouver des solutions d'habitat, d'entrer dans une logique de s&#233;dentarisation et d'assimilation. Cette poli&#8202;tique peut se lire dans l'&#233;volution des sch&#233;mas d&#233;partementaux : celui d'Ille&#8202;-et-Vi laine ne comportait qu'une occurrence du mot &#8220;ancrage&#8221; il y a six ans ; on en compte d&#233;sormais quarante-quatre. Mais on retrouve beaucoup de r&#233;ticences de la part des &#233;lus locaux, qui ne veulent pas cr&#233;er des terrains familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la loi Besson &#233;tait aussi le r&#233;sultat de luttes men&#233;es par les Voyageurs eux-m&#234;mes, qui r&#233;clamaient des terrains pour r&#233;pondre aux difficult&#233;s d'installation. Mais sa mise en &#339;uvre n'a pas correspondu aux aspirations exprim&#233;es. Il aurait fallu en plus que dans chaque commune, il y ait un petit carr&#233; de pelouse avec l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, sur lequel on puisse s'arr&#234;ter, quitte &#224; payer le ramassage des poubelles et les consommations. Finalement, on se retrouve avec des terrains standardis&#233;s, isol&#233;s, surveill&#233;s, cl&#244;tur&#233;s, qui s&#233;parent les populations et sont en nombre insuffisants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui frappe, c'est en effet l'absence d'efforts r&#233;alis&#233;s pour rendre ces aires hospitali&#232;res...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en &#231;a que le travail de Lise Foisneau m'a ouvert les yeux. Avant, quand je voyais une aire d'accueil neuve, propre, cela me semblait luxueux. Parce que j'avais connu les arri&#232;res d'usine, les exclusions de territoire et les terrains en mauvais &#233;tat. Malgr&#233; la r&#233;ticence qu'on peut avoir &#224; mobiliser la symbolique du camp, parce que nos propres grands-parents ont &#233;t&#233; plac&#233;s dans des camps de concentration, on ne peut pas l'ignorer quand on voit des aires comme celle de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, cl&#244;tur&#233;e par des barbel&#233;s. Quand on prend en compte les gardiens, l'isole&#8202;ment, les sanitaires coul&#233;s dans un seul bloc de b&#233;ton... On n'est pas dans l'hospitalit&#233;, mais dans l'&#233;quipement brut, bas de gamme, qui rel&#232;ve plus du parcage d'ani&#8202;maux ou du stockage de mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe aussi, c'est l'absence de nature. Alors que l'id&#233;al du Voyage, c'est le contact avec la nature, la for&#234;t, les bords de rivi&#232;re... Tout cela dispara&#238;t compl&#232;tement avec l'aire d'accueil. Les roulottes hippomobiles qu'ont connues nos grands-parents passaient par les chemins de campagne, apportaient dans les villages le cin&#233;ma itin&#233;rant, des bibelots qui n'existaient pas en dehors des villes. On amenait une forme de modernit&#233; dans les campagnes. Une partie de ce patrimoine a &#233;t&#233; d&#233;truit par le syst&#232;me d'accueil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le traitement m&#233;diatique de cette question tourne essentiellement autour des installations ill&#233;gales de Voyageurs. Dans quelle mesure participe-t-il au renforcement des st&#233;r&#233;otypes qui les visent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce traitement est le reflet du positionnement de l'&#201;tat, qui ne s'int&#233;resse aux Voyageurs que sous l'angle de leur position dans l'espace social et urbain, au d&#233;triment des questions m&#233;morielles, scolaires, etc. Dans la mesure o&#249; tous les espaces ont &#233;t&#233; ferm&#233;s &#224; la pr&#233;sence des Voyageurs, les seuls moments o&#249; ils font irruption dans la vie du s&#233;dentaire, c'est quand ils sortent de leur espace d'assignation spatiale. Et comme la sortie de l'aire d'accueil les met en situation d'ill&#233;galit&#233;, le traitement m&#233;diatique correspondant leur est appliqu&#233;. Tant que le Voyageur reste dans son aire, tout le monde s'en fout, quoi qu'il se passe sur l'aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique est renforc&#233;e par l'absence de Voyageurs dans les r&#233;dactions ou parmi les acteurs des m&#233;dias. La question est trait&#233;e par des personnes qui n'appr&#233;hendent pas du tout les diff&#233;rentes probl&#233;matiques qu'ils peuvent rencontrer. Le seul sujet qui int&#233;resse, c'est celui de la pr&#233;sence des Voyageurs, dont on ne veut pas &#224; c&#244;t&#233; de chez soi, en raison de st&#233;r&#233;otypes qui restent largement mobilis&#233;s. L'autre volet du traitement m&#233;diatique, c'est d'ailleurs la question de la d&#233;linquance, qui est toujours associ&#233;e &#224; la cat&#233;gorisation &#8220;gens du voyage&#8221;. Quand un Voyageur commet un crime, il est toujours indiqu&#233; qu'il est &#8220;issu de la communaut&#233; des gens du voyage&#8221;. Il s'agit d'une entreprise de stigmatisation assez claire, qui participe &#224; construire une image du Tsigane sur laquelle repose l'antitsiganisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en termes de repr&#233;sentation, les m&#233;dias donnent g&#233;n&#233;ralement la parole &#224; des hommes correspondant au clich&#233; du &#8220;patriarche&#8221;, puisque les Voyageurs sont appr&#233;hend&#233;s comme une tribu ou un clan. Leurs discours se sont beaucoup enferm&#233;s sur la question de l'accueil et sur l'id&#233;e que les installations ill&#233;gales s'expliquent par le manque de places. Mais ce n'est pas toujours vrai, ce n'est pas que &#231;a ! Quand toutes les aires d'accueil seront construites, il y aura toujours des personnes en situation ill&#233;gale aussi parce qu'elles refusent ce syst&#232;me. On a tendance &#224; ignorer les raisons qui poussent &#224; refuser de vivre dans les aires. La seule parole relay&#233;e dans les m&#233;dias est celle qui l&#233;gitime la politique des aires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette repr&#233;sentation tr&#232;s masculine des Voyageurs dans les m&#233;dias ne refl&#232;te d'ailleurs pas la r&#233;alit&#233; des luttes men&#233;es pour leurs droits, qui sont souvent port&#233;es par des femmes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Voyageurs ont fait l'objet d'un traitement tr&#232;s paternaliste depuis la guerre et la parole a souvent &#233;t&#233; confisqu&#233;e par des associations et des personnes ext&#233;rieures. Cela a notamment conduit &#224; invisibiliser les femmes. Aujourd'hui, il y a un d&#233;calage entre le nombre de femmes auxquelles on donne la parole et le nombre de femmes en lutte. Ce sont tr&#232;s souvent elles qui en prennent la t&#234;te. C'est le cas &#224; Hellemmes-&#8202;Ronchin, dans le Nord, et c'est le cas au Petit-Quevilly, o&#249; deux femmes ont men&#233; le combat suite &#224; l'incendie de l'usine Lubrizol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre les in&#233;galit&#233;s environnementales peut f&#233;d&#233;rer largement. La question fait consensus parmi les Voyageurs, personne n'a envie de vivre dans un espace pollu&#233;. Derri&#232;re, on peut construire des alliances avec des forces &#233;cologistes, mais aussi avec des forces f&#233;ministes qui viendraient appuyer ces luttes men&#233;es par des Voyageuses. On peut aussi construire des alliances antiracistes, puisque le syst&#232;me d'accueil est l'une des portes d'entr&#233;e pour appr&#233;hender la question de l'anti-tsiganisme en France. Il y a un enjeu &#224; mettre en lumi&#232;re les diff&#233;rents combats men&#233;s localement contre les pollutions et &#224; les rassembler en mettant en contact leurs acteurs et actrices. Cela permet de rompre l'isolement et de redonner de la joie, de l'espoir et de la combativit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Tom Vieillefond&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terrains locatifs am&#233;nag&#233;s et d&#233;di&#233;s &#224; l'habitat mobile, visant le plus souvent &#224; accueillir des &#171; gens du voyage &#187; dits &#171; s&#233;dentaires &#187;. Les caravanes y sont autoris&#233;es pour une plus longue dur&#233;e que celle stipul&#233;e par le droit commun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Maradona : &#171; Dieu et le diable &#187;</title>
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		<dc:date>2020-12-03T22:34:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


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&lt;p&gt;N&#233; le 30 octobre 1960 dans un bidonville de Buenos Aires, Diego Armando Maradona, au-del&#224; d'avoir &#233;t&#233; un des plus grands g&#233;nies du football, incarne aux yeux du peuple argentin le pibe, l'enfant malicieux des rues qui, pour survivre, doit ruser voire voler. Et quand il d&#233;barque en 1984 pour jouer &#224; Naples, il devient l'objet d'un culte religieux populaire apr&#232;s ses exploits footballistiques qui redorent le blason de la cit&#233; d&#233;sh&#233;rit&#233;e et stigmatis&#233;e du Sud de l'Italie. Alors que la presse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233; le 30 octobre 1960 dans un bidonville de Buenos Aires, Diego Armando Maradona, au-del&#224; d'avoir &#233;t&#233; un des plus grands g&#233;nies du football, incarne aux yeux du peuple argentin le &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, l'enfant malicieux des rues qui, pour survivre, doit ruser voire voler. Et quand il d&#233;barque en 1984 pour jouer &#224; Naples, il devient l'objet d'un culte religieux populaire apr&#232;s ses exploits footballistiques qui redorent le blason de la cit&#233; d&#233;sh&#233;rit&#233;e et stigmatis&#233;e du Sud de l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la presse argentine annonce le d&#233;c&#232;s de Maradona, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; republie dans leur int&#233;gralit&#233; les pages consacr&#233;es au &#171; Pibe de Oro &#187; du livre &lt;i&gt;Une Histoire populaire du Football &lt;/i&gt;(La D&#233;couverte, 2018) o&#249; notre camarade Micka&#235;l Correia revient sur la dimension populaire du footballeur et &lt;i&gt;in fine &lt;/i&gt;sa port&#233;e &#233;minemment politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH535/-615-72ccf.jpg?1782642641' width='400' height='535' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Et un beau jour la d&#233;esse du vent baise le pied de l'homme, ce pied maltrait&#233;, m&#233;pris&#233;, et de ce baiser na&#238;t l'idole du football. &#187;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;(Eduardo Galeano, &lt;i&gt;Le Football, ombre et lumi&#232;re&lt;/i&gt;, 1998.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai grandi dans un quartier priv&#233; de Buenos Aires&#8230; priv&#233; d'eau, d'&#233;lectricit&#233; et de t&#233;l&#233;phone&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse Diego Armando Maradona en mars 2004, lors d'une visite en Bolivie. Parmi le flot de d&#233;clarations provocatrices, &#233;gocentriques ou affligeantes du c&#233;l&#232;bre footballeur, &#233;mergent de temps &#224; autres des r&#233;miniscences de son enfance modeste &#224; Villa Fiorito, un bidonville de la banlieue sud de Buenos Aires. Jusqu'au coucher du soleil, le jeune Diego, surnomm&#233; &lt;i&gt;Pelusa &lt;/i&gt;(Peluche) &#224; cause de sa touffe de cheveux, passait alors le plus clair de son temps &#224; pratiquer le football sur les &lt;i&gt;potreros&lt;/i&gt;, ces bouts de terrains vagues o&#249; les enfants aiment &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, &#226;g&#233; de 11 ans &#224; peine, le petit gaucher &#224; la peau mate est rep&#233;r&#233; par Francis Cornejo, un recruteur des Argentinos Juniors, formation phare de Buenos Aires. Le club aux origines populaires &#8211; l'&#233;quipe se d&#233;nommait initialement les &#171; Martyrs de Chicago &#187;, en hommage aux anarchistes morts suite au massacre de Haymarket Square en 1886 &#8211; int&#232;gre alors Maradona au sein des &lt;i&gt;Cebollitas&lt;/i&gt;, son &#233;quipe junior. Aussit&#244;t, les foules viennent admirer les dribbles ravageurs du talentueux &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, le &#171; gamin &#187; des rues. Intrigu&#233;e par ce ph&#233;nom&#232;ne sportif, la t&#233;l&#233;vision elle-m&#234;me viendra interviewer l'enfant prodige des bidonvilles alors qu'il n'a que 12 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contractualis&#233; comme joueur professionnel &#224; 15 ans, il irradie les Argentinos Juniors en hissant le club dans le peloton de t&#234;te de la premi&#232;re division argentine. Quelques mois plus tard, en f&#233;vrier 1977, il enfile pour la premi&#232;re fois le maillot de la s&#233;lection argentine face &#224; la Hongrie avant de remporter en 1979 la Coupe du monde des espoirs et d'&#234;tre &#233;lu meilleur joueur de la comp&#233;tition. Le &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; de Fiorito est baptis&#233; par la presse le &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt; &#8211; le &#171; Gamin en Or &#187; &#8211; avant d'&#234;tre rachet&#233; une fortune aux Argentinos en 1981 par le Boca Juniors, mythique club de Buenos Aires. Dans un pays &#233;cras&#233; par la dictature militaire mise en place par le g&#233;n&#233;ral Videla en 1976, le jeune Maradona insuffle un vent de libert&#233; et de joie footballistique au sein du championnat argentin. En 1978, l'Argentine, qui organisait la onzi&#232;me &#233;dition de la Coupe du monde de football, avait suscit&#233; une controverse internationale et des appels au boycott afin ne pas cautionner cet &#233;v&#233;nement manipul&#233; par une junte qui ex&#233;cute sans vergogne ses opposants&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fronde anti-Coupe du monde 1978 sera men&#233;e notamment en France par le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Malgr&#233; les affres de la dictature, le &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt;, sous le maillot bleu et jaune des Boca Juniors, embrase les tribunes surcharg&#233;es du mythique stade de la Bombonera&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ambiance bouillante du stade des Boca Juniors est l&#233;gendaire. Certains (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en faisant gagner &#224; son &#233;quipe le championnat national et en humiliant son fr&#232;re ennemi de Buenos Aires, le River Plate. Objet de ferveur de la part des supporters&lt;i&gt; &lt;/i&gt;du Boca Juniors&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;il parvient surtout &#224; conqu&#233;rir au tournant des ann&#233;es 1980 le c&#339;ur de tout le peuple argentin. Car, &#224; travers son football f&#233;brile et ses origines sociales, le &#171; Gamin en Or &#187; exprime sur les pelouses l'essence m&#234;me de l'identit&#233; collective argentine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3463 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L280xH460/-1629-9da7b.jpg?1782638350' width='280' height='460' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'agitateur&lt;i&gt; criollo&lt;/i&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Introduit &#224; Buenos Aires d&#232;s les ann&#233;es 1870 par des immigrants anglais, le ballon rond argentin a &#233;t&#233; domin&#233; jusqu'&#224; l'aube du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par les clubs amateurs d'expatri&#233;s britanniques qui pratiquaient un football rude et physique, disciplin&#233; et m&#233;canique. En opposition &#224; cette &lt;i&gt;britishness&lt;/i&gt;, un style authentiquement argentin qualifi&#233; de &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; &#8211; litt&#233;ralement &#171; cr&#233;ole &#187; &#8211; va n&#233;anmoins &#233;merger dans les faubourgs populaires de la capitale, notamment avec l'influence des vagues successives d'immigration ouvri&#232;re italienne et espagnole. Individualiste, nerveux et cr&#233;atif, le style &lt;i&gt;criollo &lt;/i&gt;s'affirme sur les terrains notamment lorsqu'en 1913, une &#233;quipe ne comportant aucun joueur britannique, le Racing Club de Avellaneda, remporte pour la premi&#232;re fois le championnat argentin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une m&#233;tropole cosmopolite comme Buenos Aires, dont plus de 60 % des habitants sont des immigrants en 1914, le football &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; devient un ciment social et un outil de diff&#233;renciation culturelle face aux Europ&#233;ens et au voisin rival uruguayen. Le style argentin &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; s'aiguise alors sur les &lt;i&gt;potreros&lt;/i&gt;, ces interstices urbains qui ont surv&#233;cu &#224; la rationalisation industrielle de la ville entreprise sous la houlette des Britanniques. &#192; l'instar du tango, qui refl&#232;te le mode de vie de ceux qui survivent par la d&#233;brouille dans les rues des quartiers malfam&#233;s de Buenos Aires, la feinte et la ruse, la victoire non par la force mais par la tromperie, deviennent des traits caract&#233;ristiques de la pratique footballistique argentine &#8211; &lt;i&gt;la nuestra&lt;/i&gt; (la n&#244;tre) comme la baptisent les supporters du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir d'attraction du football argentin est ph&#233;nom&#233;nal : d&#232;s 1930, les stades des meilleurs clubs accueillent jusqu'&#224; 40 000 personnes chaque fin de semaine. Supporter fi&#233;vreusement son &#233;quipe dans les trav&#233;es et y investir pleinement ses &#233;motions devient une des rares exp&#233;riences partag&#233;es dans un pays aux identit&#233;s et aux cultures fragmentaires. Le ballon rond se transforme progressivement en facteur d'unit&#233; sociale, cristallisant un nouvel imaginaire commun &#224; tous les Argentins. En 1948, en plein r&#233;gime p&#233;roniste, le film &lt;i&gt;Pelota de trapo&lt;/i&gt; (Balle de chiffon) de Leopoldo Torres R&#237;os conna&#238;t ainsi un incroyable succ&#232;s populaire. Dans cette production, une vedette du football argentin d'origine ouvri&#232;re, Comeu&#241;as, d&#233;couvre suite &#224; plusieurs malaises sur le terrain qu'il est atteint d'une grave maladie cardiaque. Lors de son ultime match, une finale de la Copa Am&#233;rica contre le Br&#233;sil, un de ses co&#233;quipiers le conjure de ne pas poursuivre la partie, mais le h&#233;ros refuse. &#171; &lt;i&gt;Il y a beaucoup de fa&#231;ons de donner sa propre vie pour le pays, c'est l'une d'entre elles &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;torque-t-il. Apr&#232;s avoir marqu&#233; un but d&#233;cisif, Comeu&#241;as est r&#233;compens&#233; pour service rendu &#224; la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fois inventif et impr&#233;visible, le jeu typiquement &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; de Diego Maradona fait rapidement du jeune virtuose une pure incarnation footballistique de l'Argentine. De m&#234;me, ses origines modestes, sa petite taille &#8211; il mesure &#224; peine 1,66 m&#232;tre &#8211; ainsi que sa fougue sur les terrains sont interpr&#233;t&#233;es par les supporters comme des traits distinctifs du &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, une figure culturelle populaire argentine qui se r&#233;f&#232;re &#224; l'enfant &#233;lev&#233; dans la rue, bien loin de toute convention sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la Coupe du monde 1982 en Espagne, Maradona s'illustre ainsi pleinement en tant que &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; frondeur. Ce qui, &#224; la grande surprise des Europ&#233;ens, renforce encore plus sa popularit&#233; aupr&#232;s des Argentins. En effet, le 2 juillet 1982, l'Albiceleste (surnom de l'&#233;quipe argentine dont le maillot est bleu ciel et blanc) affronte pour le second tour du Mondial la s&#233;lection br&#233;silienne. Mais, d&#232;s le coup d'envoi, Maradona est la cible de d&#233;fenseurs rugueux qui n'h&#233;sitent pas &#224; le tacler d&#232;s qu'il s'approche du but adverse. Exc&#233;d&#233; par la pr&#233;c&#233;dente rencontre contre l'Italie, o&#249; il avait &#233;t&#233; harcel&#233; par le d&#233;fenseur Claudio Gentile, domin&#233; par une Sele&#231;&#227;o qui m&#232;ne par trois buts &#224; z&#233;ro, le &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt; craque et frappe soudain d'un coup de pied dans le ventre le joueur br&#233;silien Batista, &#224; peine cinq minutes avant la fin du temps r&#233;glementaire. Maradona est expuls&#233; sur-le-champ par l'arbitre avant que la s&#233;lection argentine ne soit d&#233;finitivement &#233;limin&#233;e du Mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre coup de sang viendra forger la r&#233;putation du joueur temp&#233;tueux. Transf&#233;r&#233; depuis 1982 au FC Barcelone, le g&#233;nie de Buenos Aires est constamment martyris&#233; par les d&#233;fenseurs du championnat espagnol, &#224; l'image de l'imposant Andoni Goikoetxea, de l'Athletic Bilbao, qui brise la cheville de l'Argentin en septembre 1983, l'emp&#234;chant de jouer pendant plus de trois mois. Un an plus tard, &#224; l'occasion de la finale de la Copa del Rey et en pr&#233;sence du roi d'Espagne Juan Carlos, le Bar&#231;a rencontre &#224; nouveau l'Athletic Bilbao. Maradona voit rouge face &#224; son bourreau Goikoetxea et d&#233;clenche sur la pelouse une violente bagarre g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La rixe amorc&#233;e par le bouillonnant Argentin suscite alors la controverse sur le Vieux Continent, les commentateurs voyant d'un tr&#232;s mauvais &#339;il ce footballeur indisciplin&#233; d&#233;j&#224; notoirement connu pour ses frasques nocturnes dans les discoth&#232;ques barcelonaises et pour son addiction grandissante &#224; la coca&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1984, le prodige argentin accoste &#224; Naples afin de rejoindre le SSC Napoli qui s'est ruin&#233; pour s'offrir le &lt;i&gt;Pibe de Oro.&lt;/i&gt; Maradona, accueilli tel un Messie par 80 000 &lt;i&gt;tifosi &lt;/i&gt;au stade San Paolo pour sa sc&#233;ance de pr&#233;sentation aux supporters, fait rapidement corps avec une Naples stigmatis&#233;e pour sa mis&#232;re et sa d&#233;linquance mafieuse. Populaire, tumultueux et volcanique, le joueur se sent imm&#233;diatement &#224; son aise dans la capitale d&#233;cadente du Sud de l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son corps trapu, ses cheveux aux grandes boucles noires, ses rites empreints de religion et de superstition &#8211; embrasser sa croix avant d'entrer sur le terrain, baiser le front de son masseur Carmano &#8211;, ainsi que son imp&#233;tuosit&#233; sur les pelouses am&#232;nent rapidement les supporters napolitains &#224; l'identifier au &lt;i&gt;scugnizzo&lt;/i&gt;, garnement canaille des quartiers populaires de Naples qui r&#233;sonne avec le personnage argentin du &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Avec ses courtes pattes, son torse bomb&#233;, sa gueule de voyou et son diam dans l'oreille, Diego &#233;tait devenu pour nous un vrai Napolitain. Son amour des belles filles et de la bonne bouffe, sa folie des bolides [...] et, en m&#234;me temps, son c&#244;t&#233; &#233;glise et famille sacr&#233;e &#8211; toute la famille vit et prosp&#232;re &#224; Naples aux frais du club &#8211;, son sale caract&#232;re, capricieux, exub&#233;rant, indisciplin&#233;, tout cela faisait de lui un vrai fils l&#233;gitime de la cit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, rapporte un chroniqueur de &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s quatorze buts marqu&#233;s par Maradona durant sa premi&#232;re saison, le SSC Napoli remonte p&#233;niblement la pente de la premi&#232;re division et, d&#232;s 1985-1986, les talents du joueur argentin, coupl&#233;s &#224; ceux de l'attaquant Bruno Giordano fra&#238;chement recrut&#233;, hissent le club napolitain &#224; la troisi&#232;me place du championnat, pour le plus grand bonheur des &lt;i&gt;tifosi&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Divinit&#233; footballistique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette deuxi&#232;me saison honorable &#224; Naples, Maradona est titularis&#233; capitaine de l'Albiceleste &#224; la veille de la Coupe du monde 1986 au Mexique. Emport&#233;e par le jeu ardent d'un &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt; inspir&#233;, la s&#233;lection argentine parvient sans grandes difficult&#233;s &#224; se qualifier pour les quarts de finale, qui l'opposeront &#224; l'Angleterre. Mais, &#224; la veille de la rencontre, les m&#233;dias internationaux attisent les rivalit&#233;s en comparant le match au conflit argentino-britannique des Malouines de 1982. &#171; &lt;i&gt;La guerre des Malouines version footballistique&lt;/i&gt; &#187;, titre le quotidien espagnol &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Ne manquez pas la deuxi&#232;me version de la guerre des Malouines&lt;/i&gt; &#187;, propose le journal de r&#233;f&#233;rence mexicain &lt;i&gt;Exc&#233;lsior&lt;/i&gt;. Le tablo&#239;d britannique &lt;i&gt;The Sun&lt;/i&gt; annonce quant &#224; lui : &#171; &lt;i&gt;C'est une guerre&lt;/i&gt; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans plus t&#244;t, la junte militaire argentine, dont le pouvoir commen&#231;ait &#224; vaciller, avait en effet ordonn&#233; l'invasion des Malouines, un archipel aux larges des c&#244;tes argentines occup&#233; par les Britanniques depuis 1833. En d&#233;pit des tentatives de conciliations de la part de la communaut&#233; internationale, Margaret Thatcher avait lanc&#233; une vaste op&#233;ration militaire de reconqu&#234;te qui s'&#233;tait achev&#233;e, le 14 juin 1982, avec la mort de pr&#232;s de 650 soldats argentins et de 250 militaires britanniques. Si la dictature arm&#233;e ne se rel&#232;vera pas de cette humiliante d&#233;faite, la guerre des Malouines reste synonyme de traumatisme pour tous les Argentins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 juin 1986, jour des quarts de finale contre l'Angleterre, la s&#233;lection argentine aligne une g&#233;n&#233;ration de joueurs dont la majorit&#233; a &#233;chapp&#233; de justesse &#224; l'embrigadement pour le conflit arm&#233; de 1982 gr&#226;ce &#224; leur statut de footballeur international. Autant dire que c'est avec une tr&#232;s forte pression m&#233;diatique et une farouche volont&#233; d'essuyer l'humiliation des Malouines que le onze argentin entre sur la pelouse du stade Azteca de Mexico devant plus de 110 000 spectateurs. Sous le torride soleil mexicain, la premi&#232;re mi-temps s'ach&#232;ve sur un 0-0. Mais, 6 minutes apr&#232;s la reprise, Maradona, au maillot invariablement floqu&#233; d'un 10, perce soudain la d&#233;fense anglaise pour faire une passe impromptue &#224; l'attaquant Jorge Valdano. Alors que le ballon rebondit gauchement sur le pied du co&#233;quipier du&lt;i&gt; pibe&lt;/i&gt;, le d&#233;fenseur anglais Steve Hodge, d&#233;pass&#233; par la vitesse de l'&#233;change, renvoie en cloche la balle &#224; son gardien. C'est alors que surgit le petit Maradona &#224; hauteur des gants du g&#233;ant Peter Shilton pour effleurer, en tendant son bras gauche, le ballon de la main et l'amener au fond des filets britanniques. Les tribunes explosent et malgr&#233; les vives protestations des joueurs anglais, l'arbitre tunisien Ali Bennaceur, n'ayant pas vu la main de l'Argentin, valide ce premier but&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 17 ao&#251;t 2015, de passage en Tunisie, Maradona rendra visite &#224; Ali (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement trois minutes plus tard, tel un &#171; &lt;i&gt;cerf-volant cosmique&lt;/i&gt; &#187;, aux dires du commentateur sportif uruguayen Victor Hugo Morales, Maradona d&#233;marre en trombe une folle chevauch&#233;e depuis le milieu de terrain et dribble avec fulgurance une demi-douzaine de joueurs anglais aussi d&#233;bord&#233;s qu'affol&#233;s pour inscrire un magnifique deuxi&#232;me but synonyme de qualification de l'Argentine en demi-finale. Un geste encore c&#233;l&#233;br&#233; aujourd'hui comme l'un des plus beaux buts jamais marqu&#233; dans l'histoire du football. &#171; &lt;i&gt;Tout s'est pass&#233; en quatre minutes, &lt;/i&gt;rapporte le quotidien espagnol&lt;i&gt; El Mundo. Le vaurien et le g&#233;nie, Dieu et le diable, un bonneteur de haut vol et une divinit&#233; footballistique, le meilleur joueur de football qu'une m&#232;re mortelle ait mis au monde au cours du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la conf&#233;rence de presse d'apr&#232;s-match, l'attaquant argentin attise la pol&#233;mique en assumant fi&#232;rement avoir marqu&#233; &#171; &lt;i&gt;un peu avec la t&#234;te de Maradona, et aussi un peu avec la main de Dieu &#187;&lt;/i&gt;. Tout en assignant une dimension divine &#224; cette &#171; Main de Dieu &#187; d&#233;sormais entr&#233;e dans la post&#233;rit&#233;, le capitaine de l'Albiceleste a avant tout, aux yeux des Argentins, veng&#233; le pays de la blessure des Malouines gr&#226;ce &#224; une infraction au r&#232;glement officiel du football. Et si l'irr&#233;gularit&#233; de la Main de Dieu rend la d&#233;faite encore plus am&#232;re pour les Anglais, elle est d'autant plus appr&#233;ci&#233;e par le peuple argentin qu'elle signe un geste purement &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt;. Face &#224; la domination physique anglaise, illustr&#233;e par la taille du gardien anglais (1,85 m&#232;tre), le petit Diego a en effet convoqu&#233; l'art de la duperie pour vaincre le Goliath britannique. &#171; &lt;i&gt;Cela venait du plus profond de moi, avouera plus tard Maradona. C'est quelque chose que j'avais d&#233;j&#224; fait sur le &lt;/i&gt;potrero&lt;i&gt;, &#224; Fiorito&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3464 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1630.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH281/-1630-d6d34.jpg?1782642641' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La fameuse &#034;main de Dieu&#034; / D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour enrayer le syst&#232;me de jeu puissant et rationnel des Anglais, Maradona a d&#233;ploy&#233; une cr&#233;ativit&#233; toute infantile&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; Fiorito, le terrain sur lequel Diego jouait n'&#233;tait pas plat et &#233;tait recouvert de d&#233;tritus et d'herbes folles. Il y a d&#233;velopp&#233; des capacit&#233;s physiques hors du commun et sa technique bas&#233;e sur l'&#233;vitement&lt;/i&gt;, affirme Fernando Signorini, pr&#233;parateur physique de Maradona en 1984 &#224; 1994. &lt;i&gt;Dans ce bidonville oubli&#233; par l'&#201;tat, il fallait &#234;tre d&#233;brouillard pour s'en sortir. Petit, Diego &#233;tait plein de malice pour prendre le train ou voler une pomme. Cela se retrouve dans son jeu&lt;/i&gt;. &#187; Le second but rappelle quant &#224; lui une autre caract&#233;ristique du football &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Il a d&#233;montr&#233; que le dribble est l'essence de notre style de jeu&lt;/i&gt;, explique Juanjo, un supporter argentin. &lt;i&gt;Il a dribbl&#233; et dribbl&#233; encore, et ces quelques secondes sont toujours grav&#233;es dans ma m&#233;moire comme si elles &#233;taient suspendues &#224; jamais dans le temps&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Homo ludens. Essai sur la fonction sociale du jeu&lt;/i&gt; paru en 1938&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;l'historien n&#233;erlandais Johan Huizinga soulignait d&#233;j&#224; : &#171; &lt;i&gt;Suivant notre conception, le recours &#224; la ruse et &#224; la tromperie brise et abolit le caract&#232;re ludique de la comp&#233;tition. Toutefois, la culture archa&#239;que ne donne pas raison sur ce point &#224; notre jugement moral, pas plus que l'esprit populaire&lt;/i&gt;. &#187; Cet &#171; esprit populaire &#187; qui entrevoit dans la Main de Dieu l'expression m&#234;me de l'identit&#233; argentine par la transgression de la loi est depuis, et encore aujourd'hui, r&#233;guli&#232;rement sond&#233; par les intellectuels argentins. &#171; &lt;i&gt;Nous [les Argentins] ne savons pas si nous sommes capables de maintenir un semblant d'ordre et de stabilit&#233; dans notre pays&lt;/i&gt;, s'interroge par exemple le journaliste et &#233;crivain argentin Jorge Lanata en 1994. &lt;i&gt;Pouvons-nous vraiment &#234;tre une soci&#233;t&#233; moderne qui joue selon les r&#232;gles des pays modernes, ou sommes-nous simplement ce gar&#231;on des quartiers pauvres pensant encore qu'il peut jouer avec d'autres r&#232;gles tant qu'il ne sera pas pris la&lt;/i&gt; &lt;i&gt;main dans le sac&lt;/i&gt; ? &#187; &#192; travers sa Main de Dieu, Maradona a mis en exergue une dichotomie sociale fondatrice de la nation argentine. En effet, d&#232;s le milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'&#201;tat argentin s'est affirm&#233; comme une victoire de la &#171; civilisation &#187;, symbolis&#233;e par la m&#233;tropole industrialis&#233;e de Buenos Aires, contre la &#171; barbarie &#187; repr&#233;sent&#233;e par la pampa, espace sauvage o&#249; r&#232;gne le &lt;i&gt;gaucho&lt;/i&gt; qui n'ob&#233;it qu'&#224; ses propres r&#232;gles. Le &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt; et son geste frauduleux refl&#232;tent ainsi cette part indomptable et furieusement r&#233;tive &#224; l'autorit&#233; de la soci&#233;t&#233; argentine. Un rapport ambigu &#224; la modernit&#233; occidentale relev&#233; d&#232;s 1946 par l'auteur Jorge Luis Borges dans son essai &lt;i&gt;Notre pauvre individualisme&lt;/i&gt; et dans lequel il &#233;crit que &#171; &lt;i&gt;l'Argentin, &#224; la diff&#233;rence des Am&#233;ricains du Nord et de presque tous les Europ&#233;ens, ne s'identifie pas &#224; l'&#201;tat. [&#8230;] L'Argentin est un individu et non un citoyen&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L' &#187; individu &#187; Maradona rentre d&#233;but juillet 1986 &#224; Naples apr&#232;s avoir remport&#233; la Coupe du monde au Mexique avec, de surcro&#238;t, le titre de meilleur joueur du Mondial. &#201;lev&#233; au rang de h&#233;ros mythique du football, le &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt; passe alors ses meilleures ann&#233;es sportives au SSC Napoli. D&#232;s la saison 1986-1987, le club remporte pour la premi&#232;re fois de son histoire le Scudetto, le championnat italien, ainsi que la Coupe d'Italie. &#201;paul&#233; par les attaquants Bruno Giordano et Careca, Maradona inscrit le club au sommet du football europ&#233;en en s'emparant de la Coupe de l'UEFA en 1989 et d'un deuxi&#232;me Scudetto l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le SSC Napoli &#233;tait habitu&#233; aux menaces de rel&#233;gation et aux classements de bas de tableau, Maradona, par ses exploits footballistiques, redonne sa fiert&#233; &#224; l'ancienne capitale de l'Italie m&#233;ridionale. une revanche symbolique des &lt;i&gt;terroni&lt;/i&gt; (les culs-terreux) du Sud d&#233;sh&#233;rit&#233; et stigmatis&#233; sur l'Italie du Nord industrielle et hautaine. Comme si ses buts prolongeaient les miracles de San Gennaro, le saint protecteur de Naples, Maradona est &#233;lev&#233; au rang d'ic&#244;ne quasi-religieuse et devient l'objet d'un v&#233;ritable culte populaire. Son nom m&#234;me poss&#232;de une assonance avec &lt;i&gt;&#171; Mar&#242;nna &#187;&lt;/i&gt;, la d&#233;nomination de la Vierge Marie en dialecte napolitain et on le prie pour gagner le Scudetto en implorant : &#171; Notre Maradona / Toi qui descends sur le terrain / Nous avons sanctifi&#233; ton nom / Naples est ton royaume / Ne lui apporte pas d'illusions / mais conduis-nous &#224; la victoire en championnat. &#187; Des repr&#233;sentations du footballeur se r&#233;f&#233;rant &#224; l'iconographie sacr&#233;e ou sur les genoux de San Gennaro ainsi que des autels d&#233;di&#233;s au &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; ornent les rues de Naples, faisant de Maradona &lt;i&gt;&#171; une sorte de saint, le nouveau symbole d'un rituel pourtant archa&#239;que auquel la culture populaire se r&#233;f&#232;re pour formuler ses demandes, pour exprimer ses privations, ses besoins, ses douleurs et, moins fr&#233;quemment, sa joie&lt;/i&gt; &#187;. Dans une ville alors enti&#232;rement drap&#233;e du bleu SSC Napoli, les d&#233;mentes c&#233;l&#233;brations carnavalesques du premier Scudetto, en 1987, furent &#233;galement l'occasion de communiquer avec les morts, une pratique populaire &#224; Naples. Ainsi, sur le mur du cimeti&#232;re de Poggioreale, fut peint en lettres g&#233;antes : &#171; Vous ne savez pas ce que vous avez rat&#233; ! &#187; avant que le lendemain, un &#171; &#202;tes-vous s&#251;rs qu'on l'ait rat&#233; ? &#187; n'apparaisse en dessous de la premi&#232;re inscription. Quant aux milliers de&lt;i&gt; tifosi&lt;/i&gt; qui communient avec Diego chaque semaine dans les stades, ils font appel aux termes napolitains de&lt;i&gt; &#171; malatia &#187;&lt;/i&gt; (maladie) ou de &lt;i&gt;&#171; patuto &#187;&lt;/i&gt; (envo&#251;t&#233;, passionn&#233;) pour exprimer leur ferveur de supporter. &lt;i&gt;&#171; Diego, facce n'ata malatia ! &#187;&lt;/i&gt; (Diego, rend-nous malades !) devient alors une invocation rituelle des supporters napolitains. Plus d'une vingtaine de chants sont uniquement d&#233;di&#233;s au &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, dont la fameuse ritournelle : &lt;i&gt;&#171; O mamma mamma mamma / Sai perche' mi batte il corazon ? / Ho visto Maradona ! / Eh, mamma', innamorato son. &#187; &lt;/i&gt;(&#171; Oh maman, sais-tu pourquoi mon c&#339;ur bat ? J'ai vu Maradona ! Eh maman, je suis amoureux. &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Santa Maradona&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, d&#233;but 1991, les frasques nocturnes de la star mondiale et ses saillies provocantes &#224; l'&#233;gard de ses adversaires ou des institutions du football &#8211; le joueur entretient une haine f&#233;roce &#224; l'encontre de Jo&#227;o Havelange et de Sepp Blatters de la FIFA &#8211; attirent de plus en plus l'attention d'une presse &#224; l'aff&#251;t de scandales mediatico-sportifs. Accus&#233; de trafic de drogue, de s'&#234;tre li&#233; &#224; des clans de la Camorra puis d'avoir eu un enfant ill&#233;gitime avec une jeune Napolitaine, Maradona est d&#233;tect&#233; positif &#224; la coca&#239;ne en mars 1991 &#224; l'issue d'un match contre Bari. L'affaire fait la une des journaux, et le footballeur, suspendu pour 15 mois, d&#233;cide de rentrer en catimini &#224; Buenos Aires. &#192; peine un mois plus tard, une descente de la police argentine dans son appartement donne lieu &#224; une arrestation m&#233;diatique du &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt;, menott&#233; sans m&#233;nagement apr&#232;s qu'on ait d&#233;couvert sur lui des stup&#233;fiants. Maradona entame alors un v&#233;ritable chemin de croix. Il rejoue sans grand succ&#232;s au sein du FC S&#233;ville avant de revenir en Argentine aupr&#232;s du Newell's Old Boys en 1993. Un temps ressuscit&#233; par l'Albiceleste pour la Coupe du monde 1994, le &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, apr&#232;s un but magique contre la Gr&#232;ce, est somm&#233; de quitter le Mondial suite &#224; un contr&#244;le positif &#224; l'&#233;ph&#233;drine. Suspendu jusqu'en septembre 1995, moqu&#233; par la presse internationale, Maradona tombe dans la d&#233;pression. &#171; &lt;i&gt;On m'a coup&#233; les jambes mais j'ai aussi &#233;t&#233; expropri&#233; de mon corps,&lt;/i&gt; confie-t-il. &lt;i&gt;Je suis vide&#8230; J'ai &#233;t&#233; tu&#233; aussi bien en tant que joueur qu'en tant qu'homme&lt;/i&gt;. &#187; En d&#233;pit d'une succession de cures de d&#233;sintoxication et d'autres affaires dignes d'une mauvaise telenovela, le &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; raccroche d&#233;finitivement ses crampons apr&#232;s un ultime test positif &#224; la coca&#239;ne en ao&#251;t 1997 suite &#224; un match pour les Boca Juniors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, les diverses condamnations et suspensions pour consommation de stup&#233;fiants n'&#233;cornent en rien la popularit&#233; du h&#233;ros footballistique &#224; Naples. Aux yeux de toute une jeunesse napolitaine, le parcours chaotique du &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt; symbolise en effet une certaine &#233;mancipation vis-&#224;-vis de l'oppression &#233;tatique et de l'ordre moral des classes dominantes. Quelques jours apr&#232;s la suspension de Maradona suite &#224; son contr&#244;le positif &#224; la coca&#239;ne en mars 1991, une jeune Napolitaine, interview&#233;e &#224; la t&#233;l&#233;vision, r&#233;torque ainsi : &#171; &lt;i&gt;II a bien fait [...] Il a vraiment eu raison de faire tout ce qu'il a fait, de se droguer, de baiser, de se divertir, de s'en foutre de tout et de tous. Quelle chance il avait de pouvoir le faire&lt;/i&gt; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, en Argentine, le d&#233;vouement populaire envers le garnement de Villa Fiorito ne faiblit pas, bien au contraire. Au lendemain de son d&#233;pistage &#224; l'&#233;ph&#233;drine et de son &#233;viction de la Coupe du monde 1994, le quotidien &#233;conomique argentin &lt;i&gt;El Cronista comercial&lt;/i&gt; rapporte : &#171; &lt;i&gt;Une vraie tristesse et une certaine folie &#233;taient clairement perceptibles dans les rues de Buenos Aires. Dans les bars et les restaurants, les supermarch&#233;s, les petites &#233;choppes de quartiers, &#224; travers les discussions intenses dans le bus et le m&#233;tro, une r&#233;action g&#233;n&#233;rale dominait chez les gens ordinaires : nous pardonnerons &#224; Diego ; nous pardonnerons toujours &#224; Diego Maradona. Les arguments pr&#233;sent&#233;s &#233;taient divers. Certains ont vu son contr&#244;le antidopage comme un complot contre Maradona et l'Argentine ; d'autres ont accus&#233; Havelange, le pr&#233;sident br&#233;silien de la FIFA, d'en &#234;tre l'auteur principal car Maradona l'a toujours d&#233;sign&#233; comme son principal ennemi en critiquant nombre de ses d&#233;cisions. Mais tous, sans distinction, ont affirm&#233; que Maradona &#233;tait l'essence m&#234;me de la joie dans la pratique du football, et&lt;/i&gt; &lt;i&gt;que s'il avait consomm&#233; de l'&#233;ph&#233;drine, il n'&#233;tait pas responsable ; d'autres &#233;taient responsables&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;agissant &#224; l'impunit&#233; dont jouit le&lt;i&gt; Pibe de Oro&lt;/i&gt;, le romancier argentin Mempo Giardinelli s'insurge en 1994 : &#171; &lt;i&gt;Le respect de la loi n'a aucun prestige dans ce pays&#8230; On pourrait m&#234;me dire que cela fait partie du &lt;/i&gt;way of life&lt;i&gt; argentin. Croire que le bonheur est &#233;ternel, qu'il n'est pas important de suivre les r&#232;gles ou d'assumer ses responsabilit&#233;s. Qu'il est plus facile de bl&#226;mer les autres, d'imaginer des conspirations, de se dire que, quand on a commis une erreur, c'est n'est pas de sa faute mais de celle d'un autre&lt;/i&gt;. &#187; Pour les tenants de l'ordre et de la morale, Maradona doit se repentir et &#234;tre puni pour ses actes. En revanche, pour beaucoup d'Argentins, &#171; &lt;i&gt;plus Maradona fait de bruit autour de lui, plus il devient naturellement l'incarnation d'un &lt;/i&gt;pibe &#187;. Toxicomanie, ob&#233;sit&#233;, trafic de drogue, soutien politique &#224; Hugo Ch&#225;vez et &#224; Fidel Castro, le parcours d&#233;cousu de Maradona traduit ainsi &#224; merveille ce qu'on attend du &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, cet enfant irresponsable et fac&#233;tieux auquel on pardonne tout. Cette nature infantile, associant un esprit d'indocilit&#233; fonci&#232;rement ancr&#233;es dans l'identit&#233; argentine, Maradona semblera en effet la rechercher inlassablement dans sa vie priv&#233;e comme sur les terrains : &#171; &lt;i&gt;On m'en a donn&#233; des surnoms, mais &lt;/i&gt;Pelusa&lt;i&gt; est celui que je pr&#233;f&#232;re parce qu'il me ram&#232;ne &#224; mon enfance &#224; Fiorito&lt;/i&gt;, d&#233;clare-t-il. &lt;i&gt;Je me souviens des &lt;/i&gt;Cebollitas&lt;i&gt;, des poteaux en bambous et quand on jouait seulement pour un Coca et un sandwich. Il n'y avait rien d'aussi pur&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH519/-616-9006a.jpg?1782642641' width='400' height='519' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La dimension christique de Maradona va par ailleurs s'&#233;toffer en Argentine au gr&#233; de la m&#233;diatisation de ses frasques. Le corps m&#234;me du footballeur sujet &#224; la boulimie (il prendra puis perdra plus de 40 kg), d&#233;pendant &#224; l'alcool, au cigare et &#224; la drogue, ainsi que ses lourdes op&#233;rations chirurgicales en 2004 et 2007 sont autant de faiblesses mise &#224; nues par la t&#233;l&#233;vision auxquelles peut s'identifier le peuple argentin. Si Maradona est un &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; malicieux et indisciplin&#233;, ses f&#234;lures en font un &#234;tre vuln&#233;rable, qui, tel un martyr cathodique, a sacrifi&#233; son corps fatigu&#233; dans un ultime exploit sportif, celui d'aller &#224; la Coupe du monde 1994 sous l'insistance des supporters argentins, avant qu'on lui &#171; coupe les jambes &#187; et le &#171; tue en tant que joueur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin de prolonger leur d&#233;votion envers Diego Maradona, &#224; peine un an apr&#232;s la fin de sa carri&#232;re officielle, trois supporters argentins cr&#233;ent &#224; Rosario, en octobre 1998, l'&#201;glise maradonienne. Syncr&#233;tisme catholique enti&#232;rement d&#233;vou&#233; au culte de Maradona rebaptis&#233; &#171; D10S &#187;, agencement typographique qui renvoie &#224; &lt;i&gt;Dios&lt;/i&gt; (dieu) et &#224; &lt;i&gt;Diez &lt;/i&gt;(dix, en hommage &#224; son maillot), le mouvement footbalistico-religieux compte aujourd'hui plus 120 000 adeptes &#224; travers soixante pays. &#171; &lt;i&gt;L'&#201;glise maradonienne rassemble les fanatiques de Maradona du monde entier&lt;/i&gt;, explique Alejandro Ver&#243;n, l'un de ses fondateurs. &lt;i&gt;Notre religion, c'est le football et, comme toute religion, elle se doit d'avoir un dieu. Tout se passe dans le cadre du foot, dans le respect des croyances religieuses quelles qu'elles soient et sans la moindre volont&#233; de les d&#233;nigrer&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux grandes f&#234;tes rituelles viennent rythmer le calendrier maradonien (dont 1960, ann&#233;e de naissance de Maradona, marque le point de d&#233;part) : les P&#226;ques maradoniennes, c&#233;l&#233;br&#233;es chaque 22 juin pour comm&#233;morer les deux buts face &#224; l'Angleterre en 1986, et la No&#235;l, qui a lieu le 29 octobre, la veille l'anniversaire du D10S. &#171; &lt;i&gt;On passe sur &#233;cran g&#233;ant les images des grands buts de Diego et nous invitons quelques-uns de ses proches pour qu'ils nous racontent des anecdotes v&#233;cues avec notre dieu,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Alejandro Ver&#243;n. &lt;i&gt;Le tout dans une ambiance tr&#232;s festive, en attendant minuit&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion d'une c&#233;l&#233;bration d'un No&#235;l Maradonien en octobre 2008 dans l'arri&#232;re-salle d'une pizzeria de Buenos Aires, Hernan Amez, un des trois fans &#224; l'origine du mouvement souligne quant &#224; lui : &#171; &lt;i&gt;L'Argentin est passionn&#233;, capricieux, sanguin. Maradona incarne ce personnage sur un terrain de football. Il est celui qui n'abandonne jamais. [&#8230;] Maradona nous rend si forts, c'est pourquoi nous l'aimons autant qu'un dieu&lt;/i&gt;. &#187; Apr&#232;s que trois cents supporters aient entonn&#233; un &lt;i&gt;Notre P&#232;re&lt;/i&gt; maradonien&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il existe &#233;galement dix commandements maradoniens, qui stipulent entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#8211; &#171; &lt;i&gt;Notre Diego, Qui est sur les terrains, Que ton pied gauche soit b&#233;ni, Que ta magie ouvre nos yeux, Fais-nous nous souvenir de tes buts, Sur la terre comme au ciel&lt;/i&gt; &#187; &#8211; une c&#233;r&#233;monie bon enfant est inaugur&#233;e dans une &#233;trange solennit&#233; par dix ap&#244;tres-co&#233;quipiers qui apportent diff&#233;rentes reliques tels des crampons, un ballon de football sanglant orn&#233; d'une couronne d'&#233;pines ou encore un chapelet &#224; 34 perles rappelant le nombre de buts marqu&#233;s par Diego pour la s&#233;lection argentine. Dans l'assistance et apr&#232;s plusieurs bi&#232;res, Anthony Bale, un jeune supporter &#233;cossais membre de l'&#201;glise maradonienne, confesse : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que J&#233;sus a fait que Maradona n'a pas fait ? Ils ont tous les deux fait des miracles, c'est juste que ceux de Maradona sont homologu&#233;s&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-614-11e33.jpg?1782642641' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La fronde anti-Coupe du monde 1978 sera men&#233;e notamment en France par le COBA (Comit&#233; pour le boycott de l'organisation par l'Argentine de la Coupe du monde de football). Sous Videla, on estime entre 10 000 et 30 000 le nombre de personnes assassin&#233;es par le r&#233;gime ou disparues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'ambiance bouillante du stade des Boca Juniors est l&#233;gendaire. Certains spectateurs allaient jusqu'&#224; y d&#233;verser durant les matchs des cendres de supporters, pour respercter leurs derni&#232;res volont&#233;s. Les cendres d&#233;gradant la pelouse, un cimeti&#232;re sp&#233;cial a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233; en 2006...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 17 ao&#251;t 2015, de passage en Tunisie, Maradona rendra visite &#224; Ali Bennaceur pour lui offrir un maillot argentin d&#233;dicac&#233; : &#171; Pour Ali, mon &#233;ternel ami &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il existe &#233;galement dix commandements maradoniens, qui stipulent entre autres : &#171; Aimez le football par-dessus tout &#187;, &#171; Diffuser les nouvelles des miracles de Diego dans tout l'univers &#187; ou encore &#171; Nommez votre premier fils Diego &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Maradona &#171; vaurien et g&#233;nie &#187;</title>
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		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Battez tambour, sonnez trompettes ! L'ami Micka&#235;l Correia, qui participe depuis un bail &#224; CQFD, publie son premier bouquin. Le bel ouvrage se nomme Une histoire populaire du football et parait le 8 mars &#224; La D&#233;couverte. Que vous aimiez le ballon rond ou non importe peu : croisant sport, luttes et histoire sociale, le livre n'est pas r&#233;serv&#233; aux aficionados du foot A preuve, ces quelques bonnes feuilles tir&#233;es du chapitre consacr&#233; &#224; Diego Maradona. Plong&#233;e dans la p&#233;riode faste du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no163-mars-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;163 (mars 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/aires" rel="tag"&gt;aires&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Diego-Armando" rel="tag"&gt;Diego Armando&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Battez tambour, sonnez trompettes ! L'ami Micka&#235;l Correia, qui participe depuis un bail &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, publie son premier bouquin. Le bel ouvrage se nomme &lt;i&gt;Une histoire populaire du football&lt;/i&gt; et parait le 8 mars &#224; La D&#233;couverte. Que vous aimiez le ballon rond ou non importe peu : croisant sport, luttes et histoire sociale, le livre n'est pas r&#233;serv&#233; aux aficionados du foot&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le webmaster ici devant confirme : le bouquin est formidable m&#234;me quand on a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; A preuve, ces quelques bonnes feuilles tir&#233;es du chapitre consacr&#233; &#224; Diego Maradona. Plong&#233;e dans la p&#233;riode faste du bouillonnant Argentin, avant que la drogue et les scandales ne le tirent d&#233;finitivement vers le bas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH535/-615-72ccf.jpg?1782642641' width='400' height='535' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai grandi dans un quartier priv&#233; de Buenos Aires&#8230; priv&#233; d'eau, d'&#233;lectricit&#233; et de t&#233;l&#233;phone&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse Diego Armando Maradona en mars 2004 [...]. Parmi le flot de d&#233;clarations provocatrices, &#233;gocentriques ou affligeantes du c&#233;l&#232;bre footballeur, &#233;mergent de temps &#224; autre des r&#233;miniscences de son enfance modeste &#224; Villa Fiorito, un bidonville de la banlieue sud de Buenos Aires. Jusqu'au coucher du soleil, le jeune Diego [...] passait alors le plus clair de son temps &#224; pratiquer le football sur les &lt;i&gt;potreros&lt;/i&gt;, ces bouts de terrains vagues o&#249; les enfants aiment &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, &#226;g&#233; de 11 ans &#224; peine, le petit gaucher &#224; la peau mate est rep&#233;r&#233; par Francis Cornejo, un recruteur des Argentinos Juniors, formation phare de Buenos Aires. Le club aux origines populaires &#8211; l'&#233;quipe se d&#233;nommait initialement les &#171; Martyrs de Chicago &#187;, en hommage aux anarchistes morts suite au massacre de Haymarket Square en 1886 &#8211; int&#232;gre alors Maradona au sein des &lt;i&gt;Cebollitas&lt;/i&gt;, son &#233;quipe junior. Aussit&#244;t, les foules viennent admirer les dribbles ravageurs du talentueux &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, le &#171; gamin &#187; des rues. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contractualis&#233; comme joueur professionnel &#224; 15 ans, il irradie les Argentinos Juniors en hissant le club dans le peloton de t&#234;te de la premi&#232;re division argentine. Quelques mois plus tard, en f&#233;vrier 1977, il enfile pour la premi&#232;re fois le maillot de la s&#233;lection argentine face &#224; la Hongrie avant de remporter en 1979 la Coupe du monde des espoirs [...]. Le &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; de Fiorito est baptis&#233; par la presse le &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt; &#8211; le &#171; Gamin en Or &#187; &#8211; avant d'&#234;tre rachet&#233; une fortune aux Argentinos en 1981 par le Boca Juniors, mythique club de Buenos Aires. Dans un pays &#233;cras&#233; par la dictature militaire mise en place par le g&#233;n&#233;ral Videla en 1976, le jeune Maradona insuffle un vent de libert&#233; et de joie footballistique au sein du championnat. En 1978, l'Argentine, qui organisait la onzi&#232;me &#233;dition de la Coupe du monde de football, avait suscit&#233; une controverse internationale et des appels au boycott afin ne pas cautionner cet &#233;v&#233;nement manipul&#233; par une junte ex&#233;cutant sans vergogne ses opposants&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fronde sera men&#233;e notamment en France par le Comit&#233; pour le boycott de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Malgr&#233; les affres de la dictature, le Pibe de Oro [&#8230;] embrase les tribunes surcharg&#233;es du mythique stade de la Bombonera&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ambiance bouillante du stade des Boca Juniors est l&#233;gendaire. Certains (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; en faisant gagner &#224; son &#233;quipe le championnat national et en humiliant son fr&#232;re ennemi de Buenos Aires, le River Plate. Objet de ferveur de la part des supporters du Boca Juniors, il parvient surtout &#224; conqu&#233;rir au tournant des ann&#233;es 1980 le c&#339;ur de tout le peuple argentin. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduit &#224; Buenos Aires d&#232;s les ann&#233;es 1870 par des immigrants anglais, le ballon rond argentin a &#233;t&#233; domin&#233; jusqu'&#224; l'aube du XXe si&#232;cle par les clubs amateurs d'expatri&#233;s britanniques qui pratiquaient un football rude et physique, disciplin&#233; et m&#233;canique. En opposition &#224; cette britishness, un style authentiquement argentin qualifi&#233; de &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; &#8211; litt&#233;ralement &#171; cr&#233;ole &#187; &#8211; va n&#233;anmoins &#233;merger dans les faubourgs populaires de la capitale, notamment avec l'influence des vagues successives d'immigration ouvri&#232;re italienne et espagnole. Individualiste, nerveux et cr&#233;atif, le style &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; s'affirme sur les terrains [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une m&#233;tropole cosmopolite comme Buenos Aires, dont plus de 60 % des habitants sont des immigrants en 1914, le football &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; devient un ciment social et un outil de diff&#233;renciation culturelle face aux Europ&#233;ens et au voisin rival uruguayen. Le style argentin &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; s'aiguise alors sur les &lt;i&gt;potreros&lt;/i&gt;, ces interstices urbains qui ont surv&#233;cu &#224; la rationalisation industrielle de la ville entreprise sous la houlette des Britanniques. &#192; l'instar du tango, qui refl&#232;te le mode de vie de ceux qui survivent par la d&#233;brouille dans les rues des quartiers malfam&#233;s de Buenos Aires, la feinte et la ruse, la victoire non par la force mais par la tromperie, deviennent des traits caract&#233;ristiques de la pratique footballistique argentine &#8211; &lt;i&gt;la nuestra&lt;/i&gt; (la n&#244;tre) comme la baptisent les supporters du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir d'attraction du football argentin est ph&#233;nom&#233;nal : d&#232;s 1930, les stades des meilleurs clubs accueillent jusqu'&#224; 40 000 personnes chaque fin de semaine. Supporter fi&#233;vreusement son &#233;quipe dans les trav&#233;es [...] devient une des rares exp&#233;riences partag&#233;es dans un pays aux identit&#233;s et aux cultures fragmentaires. Le ballon rond se transforme progressivement en facteur d'unit&#233; sociale, cristallisant un nouvel imaginaire commun &#224; tous les Argentins. [...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-614-11e33.jpg?1782642641' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'agitateur &lt;i&gt;criollo&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fois inventif et impr&#233;visible, le jeu typiquement &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; de Diego Maradona fait rapidement du jeune virtuose une pure incarnation footballistique de l'Argentine. De m&#234;me, ses origines modestes, sa petite taille &#8211; il mesure &#224; peine 1,66 m&#232;tre &#8211; ainsi que sa fougue sur les terrains sont interpr&#233;t&#233;es par les supporters comme des traits distinctifs du &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, une figure culturelle populaire argentine qui se r&#233;f&#232;re &#224; l'enfant &#233;lev&#233; dans la rue, bien loin de toute convention sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la Coupe du monde 1982 en Espagne, Maradona s'illustre ainsi pleinement en tant que &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; frondeur. [&#8230;] En effet, le 2 juillet 1982, l'Albiceleste (surnom de l'&#233;quipe argentine dont le maillot est bleu ciel et blanc) affronte pour le second tour du Mondial la s&#233;lection br&#233;silienne. Mais d&#232;s le coup d'envoi, Maradona est la cible de d&#233;fenseurs rugueux [...]. Domin&#233; par une Sele&#231;&#227;o qui m&#232;ne par trois buts &#224; z&#233;ro, le Pibe de Oro craque et frappe soudain d'un coup de pied dans le ventre le joueur br&#233;silien Batista [...]. Maradona est expuls&#233; sur-le-champ par l'arbitre avant que la s&#233;lection argentine ne soit d&#233;finitivement &#233;limin&#233;e du Mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre coup de sang viendra forger la r&#233;putation du joueur temp&#233;tueux. Transf&#233;r&#233; depuis 1982 au FC Barcelone, le g&#233;nie de Buenos Aires est constamment martyris&#233; par les d&#233;fenseurs du championnat espagnol, &#224; l'image de l'imposant Andoni Goikoetxea, de l'Athletic Bilbao, qui brise la cheville de l'Argentin en septembre 1983 [...]. Un an plus tard, &#224; l'occasion de la finale de la Copa del Rey [...], le Bar&#231;a rencontre &#224; nouveau l'Athletic Bilbao. Maradona voit rouge face &#224; son bourreau Goikoetxea et d&#233;clenche sur la pelouse une violente bagarre g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La rixe [&#8230;] suscite alors la controverse sur le Vieux Continent, les commentateurs voyant d'un tr&#232;s mauvais &#339;il ce footballeur indisciplin&#233; d&#233;j&#224; notoirement connu pour ses frasques nocturnes dans les discoth&#232;ques barcelonaises et pour son addiction grandissante &#224; la coca&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1984, le prodige argentin accoste &#224; Naples afin de rejoindre le SSC Napoli qui s'est ruin&#233; pour s'offrir le Pibe de Oro. Maradona, accueilli tel un messie par 80 000 tifosi au stade San Paolo [...], fait rapidement corps avec une Naples stigmatis&#233;e pour sa mis&#232;re et sa d&#233;linquance mafieuse. Populaire, tumultueux et volcanique, le joueur se sent imm&#233;diatement &#224; son aise dans la capitale d&#233;cadente du sud de l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son corps trapu, ses cheveux aux grandes boucles noires, ses rites empreints de religion et de superstition [...], ainsi que son imp&#233;tuosit&#233; sur les pelouses am&#232;nent rapidement les supporters napolitains &#224; l'identifier au &lt;i&gt;scugnizzo&lt;/i&gt;, garnement canaille des quartiers populaires de Naples qui r&#233;sonne avec le personnage argentin du &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;. &#171; [&#8230;] &lt;i&gt;Son amour des belles filles et de la bonne bouffe, sa folie des bolides&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;et, en m&#234;me temps, son c&#244;t&#233; &#233;glise et famille sacr&#233;e&lt;/i&gt; [...], &lt;i&gt;son sale caract&#232;re, capricieux, exub&#233;rant, indisciplin&#233;, tout cela faisait de lui un vrai fils l&#233;gitime de la cit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, rapporte un chroniqueur de &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt;. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Divinit&#233; footballistique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s [une] deuxi&#232;me saison honorable &#224; Naples, Maradona est titularis&#233; capitaine de l'Albiceleste &#224; la veille de la Coupe du monde 1986 au Mexique. Emport&#233;e par le jeu ardent d'un Pibe de Oro inspir&#233;, la s&#233;lection argentine parvient sans grandes difficult&#233;s &#224; se qualifier pour les quarts de finale, qui l'opposeront &#224; l'Angleterre. Mais, &#224; la veille de la rencontre, les m&#233;dias internationaux attisent les rivalit&#233;s en comparant le match au conflit argentino-britannique des Malouines de 1982. &#171; &lt;i&gt;La guerre des Malouines version footballistique&lt;/i&gt; &#187;, titre le quotidien espagnol &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;. [&#8230;] Le tablo&#239;d britannique &lt;i&gt;The Sun&lt;/i&gt; annonce quant &#224; lui : &#171; &lt;i&gt; C'est une guerre !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans plus t&#244;t, la junte militaire argentine, dont le pouvoir commen&#231;ait &#224; vaciller, avait en effet ordonn&#233; l'invasion des Malouines, un archipel aux larges des c&#244;tes argentines occup&#233; par les Britanniques depuis 1833. En d&#233;pit des tentatives de conciliations de la communaut&#233; internationale, Margaret Thatcher avait lanc&#233; une vaste op&#233;ration militaire de reconqu&#234;te qui s'&#233;tait achev&#233;e, le 14 juin 1982, avec la mort de pr&#232;s de 650 soldats argentins et de 250 militaires britanniques. Si la dictature arm&#233;e ne se rel&#232;vera pas de cette humiliante d&#233;faite, la guerre des Malouines reste synonyme de traumatisme pour tous les Argentins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 juin 1986, jour des quarts de finale contre l'Angleterre, la s&#233;lection argentine aligne une g&#233;n&#233;ration de joueurs dont la majorit&#233; a &#233;chapp&#233; de justesse &#224; l'embrigadement pour le conflit arm&#233; de 1982 gr&#226;ce &#224; leur statut de footballeur international. [&#8230;] Sous le torride soleil mexicain, la premi&#232;re mi-temps s'ach&#232;ve sur un 0-0. Mais, six minutes apr&#232;s la reprise, [&#8230;] le d&#233;fenseur anglais Steve Hodge [...] renvoie en cloche la balle &#224; son gardien. C'est alors que surgit le petit Maradona pour effleurer, en tendant son bras gauche, le ballon de la main et l'amener au fond des filets britanniques. Les tribunes explosent et [...] l'arbitre tunisien Ali Bennaceur, n'ayant pas vu la main de l'Argentin, valide ce premier but&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 17 ao&#251;t 2015, de passage en Tunisie, Maradona offre &#224; Ali Bennaceur un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement trois minutes plus tard [&#8230;], Maradona d&#233;marre en trombe une folle chevauch&#233;e et dribble avec fulgurance une demi-douzaine de joueurs anglais aussi d&#233;bord&#233;s qu'affol&#233;s pour inscrire un magnifique deuxi&#232;me but synonyme de qualification de l'Argentine en demi-finale. [...] L'un des plus beaux buts jamais marqu&#233;s dans l'histoire du football. &#171; &lt;i&gt;Tout s'est pass&#233; en quatre minutes&lt;/i&gt;, rapporte le quotidien espagnol &lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Le vaurien et le g&#233;nie, Dieu et le diable, un bonneteur de haut vol et une divinit&#233; footballistique, le meilleur joueur de football qu'une m&#232;re mortelle ait mis au monde au cours du XXe si&#232;cle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la conf&#233;rence de presse d'apr&#232;s-match, l'attaquant argentin attise la pol&#233;mique en assumant fi&#232;rement avoir marqu&#233; &#171; &lt;i&gt;un peu avec la t&#234;te de Maradona, et aussi un peu avec la main de Dieu&lt;/i&gt; &#187;. [Mais] le capitaine de l'Albiceleste a avant tout, aux yeux des Argentins, veng&#233; le pays de la blessure des Malouines [...]. Et si l'irr&#233;gularit&#233; de la &#171; &lt;i&gt;main de Dieu&lt;/i&gt; &#187; rend la d&#233;faite encore plus am&#232;re pour les Anglais, elle est d'autant plus appr&#233;ci&#233;e par le peuple argentin qu'elle signe un geste purement &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt;. Face &#224; la domination physique anglaise, le petit Diego a en effet convoqu&#233; l'art de la duperie pour vaincre le Goliath britannique. &#171; &lt;i&gt;Cela venait du plus profond de moi&lt;/i&gt; &#187;, avouera plus tard Maradona [&#8230;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; Fiorito, le terrain sur lequel Diego jouait&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#233;tait recouvert de d&#233;tritus et d'herbes folles. Il y a d&#233;velopp&#233; des capacit&#233;s physiques hors du commun et sa technique bas&#233;e sur l'&#233;vitement&lt;/i&gt;, affirme Fernando Signorini, pr&#233;parateur physique de Maradona de 1984 &#224; 1994. &lt;i&gt;Dans ce bidonville oubli&#233; par l'&#201;tat, il fallait &#234;tre d&#233;brouillard pour s'en sortir. Petit, Diego &#233;tait plein de malice pour prendre le train ou voler une pomme. Cela se retrouve dans son jeu.&lt;/i&gt; &#187; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers sa &#171; &lt;i&gt;main de Dieu&lt;/i&gt; &#187;, Maradona a mis en exergue une dichotomie sociale fondatrice de la nation argentine. En effet, d&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle, l'&#201;tat argentin s'est affirm&#233; comme une victoire de la &#171; civilisation &#187;, symbolis&#233;e par la m&#233;tropole industrialis&#233;e de Buenos Aires, contre la &#171; barbarie &#187; repr&#233;sent&#233;e par la pampa, espace sauvage o&#249; r&#232;gne le &lt;i&gt;gaucho&lt;/i&gt; qui n'ob&#233;it qu'&#224; ses propres r&#232;gles. Le Pibe de Oro et son geste frauduleux refl&#232;tent ainsi cette part indomptable et furieusement r&#233;tive &#224; l'autorit&#233; de la soci&#233;t&#233; argentine. Un rapport ambigu &#224; la modernit&#233; occidentale relev&#233; d&#232;s 1946 par l'auteur Jorge Luis Borges dans son essai &lt;i&gt;Notre pauvre individualisme&lt;/i&gt; ; il y &#233;crit que &#171; &lt;i&gt;l'Argentin, &#224; la diff&#233;rence des Am&#233;ricains du Nord et de presque tous les Europ&#233;ens, ne s'identifie pas &#224; l'&#201;tat.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;L'Argentin est un individu et non un citoyen&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; individu &#187; Maradona rentre d&#233;but juillet 1986 &#224; Naples apr&#232;s avoir remport&#233; la Coupe du monde au Mexique avec, de surcro&#238;t, le titre de meilleur joueur du Mondial. [...] Le Pibe de Oro passe alors ses meilleures ann&#233;es sportives au SSC Napoli. D&#232;s la saison 1986-1987, le club remporte pour la premi&#232;re fois de son histoire le Scudetto, le championnat italien, ainsi que la Coupe d'Italie. &#201;paul&#233; par les attaquants Bruno Giordano et Careca, Maradona inscrit le club au sommet du football europ&#233;en en s'emparant de la Coupe de l'UEFA en 1989 et d'un deuxi&#232;me Scudetto l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le SSC Napoli &#233;tait habitu&#233; [&#8230;] aux classements de bas de tableau, Maradona, par ses exploits footballistiques, redonne sa fiert&#233; &#224; l'ancienne capitale de l'Italie m&#233;ridionale. Une revanche symbolique des &lt;i&gt;terroni&lt;/i&gt; (les culs-terreux) du Sud d&#233;sh&#233;rit&#233; et stigmatis&#233; sur l'Italie du Nord industrielle et hautaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH519/-616-9006a.jpg?1782642641' width='400' height='519' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Maradona est [alors] &#233;lev&#233; au rang d'ic&#244;ne quasi-religieuse et devient l'objet d'un v&#233;ritable culte populaire. Son nom m&#234;me poss&#232;de une assonance avec &#171; &lt;i&gt;Mar&#242;nna&lt;/i&gt; &#187;, la d&#233;nomination de la Vierge Marie en dialecte napolitain, et on le prie pour gagner le Scudetto en implorant : &#171; &lt;i&gt;Notre Maradona / Toi qui descends sur le terrain / Nous avons sanctifi&#233; ton nom / Naples est ton royaume / Ne lui apporte pas d'illusions / mais conduis-nous &#224; la victoire en championnat.&lt;/i&gt; &#187; Des repr&#233;sentations du footballeur se r&#233;f&#233;rant &#224; l'iconographie sacr&#233;e [&#8230;] ainsi que des autels d&#233;di&#233;s au Pibe ornent les rues de Naples, faisant de Maradona &#171; &lt;i&gt;une sorte de saint&lt;/i&gt; [...] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une ville alors enti&#232;rement drap&#233;e du bleu SSC Napoli, les d&#233;mentes c&#233;l&#233;brations carnavalesques du premier Scudetto, en 1987, furent &#233;galement l'occasion de communiquer avec les morts, une pratique populaire &#224; Naples. Ainsi, sur le mur du cimeti&#232;re de Poggioreale, fut peint en lettres g&#233;antes : &#171; &lt;i&gt;Vous ne savez pas ce que vous avez rat&#233; ! &lt;/i&gt; &#187;, avant que le lendemain un &#171; &lt;i&gt;&#202;tes-vous s&#251;rs qu'on l'ait rat&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; n'apparaisse en dessous de la premi&#232;re inscription. [...] Plus d'une vingtaine de chants sont uniquement d&#233;di&#233;s au Pibe, dont la fameuse ritournelle : &#171; &lt;i&gt;O mamma mamma mamma / Sai perche' mi batte il corazon ? / Ho visto Maradona ! / Eh, mamma', innamorato son&lt;/i&gt;. &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Oh maman, sais-tu pourquoi mon c&#339;ur bat ? J'ai vu Maradona ! Eh maman, je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Une d&#233;votion envers Diego Maradona qui se prolongera jusqu'&#224; aujourd'hui gr&#226;ce &#224; l'&#201;glise maradonienne, un mouvement footballistico-religieux cr&#233;&#233; en 1998, qui compte plus de 120 000 adeptes &#224; travers soixante pays. Comme le confesse Anthony Bale, un jeune membre &#233;cossais : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que J&#233;sus a fait que Maradona n'a pas fait ? Ils ont tous les deux fait des miracles, c'est juste que ceux de Maradona sont homologu&#233;s. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH266/-613-e7e9f.jpg?1782642641' width='400' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le webmaster ici devant confirme : le bouquin est formidable m&#234;me quand on a les pieds carr&#233;s et aucun go&#251;t pour les terrains ou la comp&#233;tition. (Note du webmaster.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La fronde sera men&#233;e notamment en France par le Comit&#233; pour le boycott de l'organisation par l'Argentine de la Coupe du monde de football. Sous Videla, on estime entre 10 000 et 30 000 le nombre de personnes assassin&#233;es par le r&#233;gime ou disparues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'ambiance bouillante du stade des Boca Juniors est l&#233;gendaire. Certains spectateurs allaient jusqu'&#224; y d&#233;verser des cendres de supporters, pour respecter leurs derni&#232;res volont&#233;s. Les cendres d&#233;gradant la pelouse, un cimeti&#232;re sp&#233;cial a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233; en 2006...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 17 ao&#251;t 2015, de passage en Tunisie, Maradona offre &#224; Ali Bennaceur un maillot argentin d&#233;dicac&#233; : &#171; &lt;i&gt;Pour Ali, mon &#233;ternel ami&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Oh maman, sais-tu pourquoi mon c&#339;ur bat ? J'ai vu Maradona ! Eh maman, je suis amoureux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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