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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Mexique : Et tout le tremblement&#8230;</title>
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		<dc:date>2018-01-24T06:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


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&lt;p&gt;Une premi&#232;re fois le 7 septembre, puis le 19 du m&#234;me mois, deux s&#233;ismes de grande ampleur (8,2 et 7,1 sur l'&#233;chelle de Richter) ont frapp&#233; le sud et la capitale du Mexique. On a parl&#233; de centaines de morts et de dizaines de milliers de sans-abri. Mais en oubliant souvent d'&#233;voquer une autre onde de choc : celle qui oppose des autorit&#233;s corrompues et une population qui a appris &#224; ne compter que sur elle-m&#234;me. &#171; Je rendais des livres &#224; la biblioth&#232;que quand la vraie secousse a eu lieu, trop (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no160-decembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;160 (d&#233;cembre 2017)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une premi&#232;re fois le 7 septembre, puis le 19 du m&#234;me mois, deux s&#233;ismes de grande ampleur (8,2 et 7,1 sur l'&#233;chelle de Richter) ont frapp&#233; le sud et la capitale du Mexique. On a parl&#233; de centaines de morts et de dizaines de milliers de sans-abri. Mais en oubliant souvent d'&#233;voquer une autre onde de choc : celle qui oppose des autorit&#233;s corrompues et une population qui a appris &#224; ne compter que sur elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2024 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH565/-304-be8ec.jpg?1768651773' width='400' height='565' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je rendais des livres &#224; la biblioth&#232;que quand la vraie secousse a eu lieu, trop rapide pour que les alarmes sismiques aient le temps de sonner.&lt;/i&gt; &#187; Juan Ram&#243;n Mart&#237;nez, prof &#224; l'Universit&#233; autonome de Mexico (UAM), parle de &#171; &lt;i&gt;vraie secousse&lt;/i&gt; &#187;, car une heure et quatorze minutes plus t&#244;t, lui et ses &#233;l&#232;ves avaient particip&#233;, comme tout le monde &#233;tait suppos&#233; le faire, &#224; un simulacre d'alerte sismique. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me un sc&#233;nariste hollywoodien n'aurait pas os&#233; une telle co&#239;ncidence. Mieux encore, les autorit&#233;s ont eu la dr&#244;le d'id&#233;e de r&#233;aliser cet exercice le jour anniversaire du tremblement de terre du 19 septembre 1985 !&lt;/i&gt; &#187; Dans la matin&#233;e, le pr&#233;sident Enrique Pe&#241;a Nieto avait, comme chaque ann&#233;e, encens&#233; l'h&#233;ro&#239;que r&#233;action de la soci&#233;t&#233; civile et des forces de s&#233;curit&#233; de l'&#233;poque&#8230; &#171; &lt;i&gt;Il voudrait faire oublier que 1985 reste le moment o&#249; le hiatus entre la soci&#233;t&#233; et le parti-&#201;tat a connu sa fracture la plus radicale depuis le massacre des &#233;tudiants d'octobre 1968&lt;/i&gt;. &#187; En se d&#233;cha&#238;nant ce 19 septembre, les forces telluriques ont aussi ramen&#233; &#224; la surface la r&#233;alit&#233; du Mexique profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mardi-l&#224;, &#224; 13 h 14, le grondement des &#233;tag&#232;res basculant dans les &#233;tages sup&#233;rieurs fait croire &#224; Juan Ram&#243;n que l'&#233;difice s'effondre par le haut, comme un ch&#226;teau de cartes. &#171; &lt;i&gt;On s'est &#224; nouveau pr&#233;cipit&#233; dans les escaliers qui, heureusement, sont assez larges&lt;/i&gt;. &#187; La foule se r&#233;pand en avalanche, les uns tombant sur les autres, cherchant en vain un point d'appui sur des marches qui se d&#233;robent. &#171; &lt;i&gt;Sur le parking, j'ai vu une femme de m&#233;nage gifler une fille qui hurlait, en pleine crise d'hyst&#233;rie. L'asphalte ondulait, des fissures serpentaient sous les voitures.&lt;/i&gt; &#187; Le mouvement oscillatoire dure pr&#232;s de deux minutes, &#171; &lt;i&gt;puis un gigantesque pilon a sembl&#233; cogner la cro&#251;te terrestre de bas en haut, depuis les profondeurs&lt;/i&gt; &#187;, occasionnant la chute de ce qui a &#233;t&#233; &#233;branl&#233; quelques secondes plus t&#244;t. Des d&#233;g&#226;ts spectaculaires sont constat&#233;s depuis le sud de la capitale jusqu'aux &#201;tats voisins du Morelos, Puebla et Guerrero, o&#249; l'on d&#233;nombre plus de 300 morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des brigades de volontaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, Alejandro Moreno, dit El Topo, est chez lui, dans la colonia del Valle. Comme dans un mauvais r&#234;ve, il rejoint d'un pas lourd tout le quartier sorti se mettre &#224; d&#233;couvert dans la rue. La terre est devenue ennemie. Les immeubles g&#233;missent, craquent de toute part. Le long de l'avenue, Topo aper&#231;oit les fa&#231;ades cracher des gravats, des bouts de corniche, des nuages de verre pil&#233;. Puis une explosion enflamme l'horizon et forme un champignon incandescent, sans doute d&#251; &#224; une fuite de gaz&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de la chauss&#233;e, &#171; &lt;i&gt;il y avait une sorte d'exode massif de zombies, marchant sans but. De loin en loin, des gars couraient comme des d&#233;rat&#233;s pour rejoindre au plus vite leur famille. La circulation &#233;tait paralys&#233;e, il n'y avait plus de m&#233;tro&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la foule h&#233;b&#233;t&#233;e se mue vite en torrent d'empathie, puis en machine de guerre. Comme un r&#233;flexe h&#233;rit&#233; de l'exp&#233;rience de 1985, les immeubles &#233;croul&#233;s sont investis par des milliers de sauveteurs spontan&#233;s. Bien avant l'arriv&#233;e du moindre uniforme, des brigades de secouristes s'improvisent pour retirer les gravats en de longues cha&#238;nes humaines, inventant un langage de signes pour exiger le silence et discerner de possibles appels &#224; l'aide sous les d&#233;combres. Topo souligne avec humour les exc&#232;s de cet &#233;lan de solidarit&#233; : &#171; &lt;i&gt; Il y avait tellement de monde sur les ruines qu'on risquait de provoquer des affaissements ! J'ai crois&#233; des ouvriers casqu&#233;s, des blondes en jogging, des architectes au ch&#244;mage, des &#233;tudiants, des m&#233;nag&#232;res qui t'offrent &#224; manger avant m&#234;me que tu n'aies mis la main &#224; la p&#226;te, des ing&#233;nieurs soupesant le meilleur moyen d'intervenir sans risquer d'&#233;craser les survivants, des ados no-life s'improvisant sp&#233;l&#233;ologues&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Attrape une pelle, abruti ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps, sur les &#233;crans, le reste du pays d&#233;couvre comment un c&#233;l&#232;bre pr&#233;sentateur demande &#224; la population de garder son calme avant de s'enfuir&#8230; Partout o&#249; la terre vient de trembler, tout le monde est d&#233;j&#224; dans la rue. Tr&#232;s vite, les frictions se multiplient entre une population hyperactive et des responsables politiques bien plus soucieux d'image m&#233;diatique que de premiers secours. Le ministre de l'Int&#233;rieur est hu&#233;, bouscul&#233;. Le Pr&#233;sident lui-m&#234;me est rudoy&#233; en direct par un vieil homme : &#171; &lt;i&gt;Ferme-la et attrape une pelle, abruti !&lt;/i&gt; &#187; Le maire de la commune de Xochimilco est chass&#233; &#224; coups de pied au cul. Et les services municipaux, r&#233;put&#233;s inefficaces et v&#233;naux, doivent n&#233;gocier avec les brigades de volontaires les modalit&#233;s d'intervention sur les sites sinistr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juan Ram&#243;n a pu constater ce choc des cultures : &#171; &lt;i&gt; L'arrogance d'un officier de l'arm&#233;e, venu contredire les consignes d'un technicien b&#233;n&#233;vole, a tellement g&#234;n&#233; l'enl&#232;vement d'une dalle de b&#233;ton par une grue que l'employ&#233;e de maison qui avait surv&#233;cu &#224; son &#233;croulement a finalement &#233;t&#233; retrouv&#233;e morte, apr&#232;s plusieurs heures de tergiversations. Les gens, en larmes, ont insult&#233; le militaire.&lt;/i&gt; &#187; Des soldats sont film&#233;s les bras crois&#233;s, pr&#233;tendant filtrer les all&#233;es et venues des brigadistes et des journalistes, ou en train de piller l'entrep&#244;t de sacs &#224; dos d'un c&#233;l&#232;bre designer europ&#233;en&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut sauver Frida Sof&#237;a !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un atelier clandestin de la colonia Obrera, plusieurs dizaines d'ouvri&#232;res chinoises meurent &#233;cras&#233;es par les lourdes machines install&#233;es &#224; l'&#233;tage au-dessus, parce que leur chef les maintenait enferm&#233;es &#224; cl&#233;. Mais Televisa &#8211; la TF1 mexicaine, en chute libre dans les audiences apr&#232;s avoir soutenu sans vergogne le retour de l'ancien parti unique (PRI) au pouvoir &#8211; n'en parle pas et pr&#233;f&#232;re monter un &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; en complicit&#233; avec les officines du palais pr&#233;sidentiel et les militaires intervenant sur une &#233;cole primaire qui vient de s'effondrer, tuant 21 &#233;l&#232;ves et une dizaine de membres du personnel. &#171; &lt;i&gt;Ils ont invent&#233; un personnage, la jeune Frida Sof&#237;a&lt;/i&gt;, raconte Juan Ram&#243;n,&lt;i&gt; avec qui les secouristes officiels auraient &#233;t&#233; en contact &#224; travers les amas de b&#233;ton. Et ils ont fait participer les t&#233;l&#233;spectateurs &#224; son sauvetage minute apr&#232;s minute.&lt;/i&gt; &#187; L'id&#233;e est de clouer les gens chez eux, accroch&#233;s au spectacle d'une op&#233;ration ma&#238;tris&#233;e de bout en bout par les autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait comme en 1985&lt;/i&gt;, constate Blanche Pietrich, journaliste au quotidien&lt;i&gt; La Jornada&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;La t&#233;l&#233;vision et les autorit&#233;s matraquaient un seul et m&#234;me message : &#8220; Restez chez vous, nous nous occupons de tout. &#8221;&lt;/i&gt; &#187; Tenus en haleine, les spectateurs fr&#233;missent &#224; l'annonce des avanc&#233;es du sauvetage. &#171; &lt;i&gt;Frida Sof&#237;a est fatigu&#233;e, elle r&#233;clame de l'eau, elle sent la pr&#233;sence de deux ou trois corps tout pr&#232;s d'elle&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Jusqu'&#224; ce que les enseignantes et les parents d'&#233;l&#232;ves r&#233;v&#232;lent qu'il n'y a jamais eu de Frida Sof&#237;a dans cette &#233;cole. D&#233;bandade : Televisa et l'arm&#233;e d&#233;mentent alors avoir &#233;t&#233; &#224; l'origine de ce path&#233;tique montage, se rejetant mutuellement la faute. Pour couronner le tout, on apprendra plus tard que cette &#233;cole priv&#233;e ne r&#233;pondait pas aux normes de s&#233;curit&#233; : la directrice avait fait construire ill&#233;galement son domicile au-dessus du b&#226;timent et c'est ce surpoids qui aurait provoqu&#233; l'effondrement des salles de classe&#8230; Cette dame, mise en examen, a eu depuis le loisir de vider ses comptes en banque avant de dispara&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Escrocs en maraude&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les territoires affect&#233;s, ce ne sont pas que les maisons qui ont &#233;t&#233; &#233;branl&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Une semaine apr&#232;s, j'avais encore des vertiges, comme si mon centre de gravit&#233; s'&#233;tait d&#233;vi&#233; &#224; c&#244;t&#233; de ma colonne vert&#233;brale&lt;/i&gt; &#187;, se souvient El Topo. Et c'est en profitant de cet &#233;tat de choc que les escrocs entrent en action. Faux fonctionnaires rackettant les habitants d'un immeuble fissur&#233; sous peine d'expulsion imm&#233;diate&#8230; Vrais fonctionnaires ripoux monnayant les d&#233;marches pour des indemnit&#233;s auxquelles les sinistr&#233;s ont droit&#8230; Sans oublier les promoteurs qui s'appr&#234;tent &#224; faire main basse sur des terrains miraculeusement lib&#233;r&#233;s&#8230; &#192; la t&#233;l&#233;, trois jours apr&#232;s la catastrophe, un &#233;conomiste s'est m&#234;me r&#233;joui sans vergogne : &#171; &lt;i&gt;Au milieu de ces mauvaises nouvelles, il y a quand m&#234;me un signal positif : l'annonce d'un regain sur le march&#233; du BTP&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux piquets de sans-abris &#8211; 1 800 &#233;difices sont gravement endommag&#233;s dans la capitale et, contrairement &#224; 1985, m&#234;me les quartiers r&#233;sidentiels ont &#233;t&#233; touch&#233;s &#8211; protestent contre les malfa&#231;ons de promoteurs corrompus, vainement d&#233;nonc&#233;es avant le s&#233;isme, et qui auraient provoqu&#233; des effondrements. Des milliers de sinistr&#233;s sont &#224; la rue, sous des tentes, comme ces retrait&#233;s rencontr&#233;s &#224; Xochimilco sur le parking d'un supermarch&#233;. &#171; &lt;i&gt;Pas le temps d'enterrer nos morts que d&#233;j&#224; le gouvernement vient proposer des cr&#233;dits pour reconstruire ou racheter une maison&#8230; En attendant, on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187; Les manifestants r&#233;clament &#171; &lt;i&gt;une reconstruction &#224; fonds perdus, pas des cr&#233;dits&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Non-respect des normes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hebdomadaire &lt;i&gt;Proceso&lt;/i&gt; vient de rappeler que le gouverneur de la capitale, sur le point de rendre son tablier, a suspendu, fin 2016, plusieurs d&#233;crets cens&#233;s faire respecter des normes &#233;cologiques et anti-sismiques en mati&#232;re de logement. Sans doute pour redynamiser le secteur de la construction et l'emploi&#8230; Ce qui a bien s&#251;r dop&#233; l'extension sauvage d'une emprise urbaine d&#233;j&#224; d&#233;mesur&#233;e &#8211; on estime &#224; la louche, et depuis des d&#233;cennies, la population de Mexico &#224; 20 ou 25 millions d'habitants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le D&#233;fenseur des droits de la capitale a enregistr&#233; 116 plaintes depuis le 20 septembre. Lesquelles pointent du doigt des sinistres pas toujours dus au seul &#171; &lt;i&gt;&#233;v&#233;nement naturel&lt;/i&gt; &#187;, mais aussi &#224; de &#171; &lt;i&gt;possibles malversations et&lt;/i&gt; [au] &lt;i&gt;non-respect des normes et des permis de construire&lt;/i&gt; &#187;. L'association Suma Urbana affirme qu'elle a recens&#233; 817 chantiers ill&#233;gaux ces deux derni&#232;res ann&#233;es. Le gouvernement se vante, lui, d'&#234;tre au m&#234;me niveau que le Japon dans les domaines de la pr&#233;vention antisismique et de la protection civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les v&#233;rit&#233;s du Mexique profond refont aussi surface dans les outrances carnavalesques de la &lt;i&gt;fiesta de muertos&lt;/i&gt;. Au soir du 1er novembre, dans un quartier de Oaxaca, une &lt;i&gt;comparsa&lt;/i&gt; chahute en fanfare. D&#233;guis&#233;s de bric et de broc, entre masques traditionnels et r&#233;interpr&#233;tations cocasses d'Halloween, jeunes et moins jeunes d&#233;ambulent en dansant, partagent de g&#233;n&#233;reuses rasades de mezcal et improvisent un grand-guignol de rue. Sur le parvis de l'&#233;glise, un gar&#231;on grim&#233; en vieille indig&#232;ne pleure avec conviction. La vieille se penche sur un cadavre en chiffons que se disputent une infirmi&#232;re, un diable noir et un cur&#233; rivalisant dans le grotesque. &#171; &lt;i&gt;A&#239;e, mon pauvre petit gouvernement, te voil&#224; mort&lt;/i&gt;, se lamente la sorci&#232;re. &lt;i&gt;Tu abandonnes le peuple &#224; ses peines et &#224; ses tremblements.&lt;/i&gt; &#187; Et d'empoigner le d&#233;funt par les hanches, imitant le co&#239;t avec des mouvements obsc&#232;nes. &#171; &lt;i&gt;Tiens, prends &#231;a, que tu sois pas venu pour rien !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans l'isthme de Tehuantepec&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle vie reconstruire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;San mateo del mar en a vu d'autres. Accroch&#233; &#224; une bande de sable entre oc&#233;an et mar&#233;cages, ce village de p&#234;cheurs ik'oods a de tout temps su r&#233;sister aux temp&#234;tes tropicales, aux ouragans, aux parcs &#233;oliens&#8230; Mais le 7 septembre, un peu avant minuit, la secousse monstre venue de la mer lui fait mal, tr&#232;s mal. L'&#233;picentre a beau se situer &#224; 150 kilom&#232;tres de l&#224;, sous les eaux du Pacifique, l'onde de choc &#8211; 8,2 sur l'&#233;chelle de Richter &#8211; est terrible. &#171; &lt;i&gt;Les toits ont vrill&#233;, puis se sont effondr&#233;s&lt;/i&gt;, raconte l'institutrice Beatriz Gonz&#225;lez.&lt;i&gt; En quelques secondes, les murs se sont enfonc&#233;s, le sol s'est rehauss&#233; et l'eau des nappes phr&#233;atiques a inond&#233; les maisons, les jardins, les rues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tsunami tant redout&#233; n'a pas lieu, mais la secousse premi&#232;re, la plus brutale, se ressent au nord jusqu'&#224; Mexico et au sud jusqu'au Honduras. Selon les chiffres officiels, dans les &#201;tats du Chiapas et de Oaxaca, plus de 120 000 foyers sont touch&#233;s. Et la terre tremble longtemps : pr&#232;s de 10 000 r&#233;pliques sup&#233;rieures &#224; 6 points sur l'&#233;chelle de Richter sont d&#233;tect&#233;es par les sismographes dans les jours qui suivent, provoquant de nouveaux d&#233;g&#226;ts. &#171; &lt;i&gt;&#192; San Mateo, une m&#232;re et trois de ses enfants ont &#233;t&#233; engloutis par le sol de leur maison, la terre s'est referm&#233;e sur eux&lt;/i&gt; &#187;, rapporte Beatriz, encore &#233;mue par le r&#233;cit du papa, seul survivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute l'attention &#233;tant tourn&#233;e vers Juchit&#225;n de Zaragoza, le chef-lieu, d&#233;truit &#224; 80 %, avec 37 morts, les habitants de San Mateo restent livr&#233;s &#224; eux-m&#234;mes. &#171; &lt;i&gt;Les Ik'oods sont fiers de leur autonomie, habitu&#233;s &#224; r&#233;sister seuls contre vents et pluies torrentielles. Les sinistr&#233;s se sont r&#233;fugi&#233;s chez leurs proches, chez des amis.&lt;/i&gt; &#187; L'&#233;cole primaire est d&#233;truite, mais le coll&#232;ge, &#233;pargn&#233;, est transform&#233; en auberge, o&#249; les vivres et le couchage qui ont pu &#234;tre sauv&#233;s sont centralis&#233;s. &#171; &lt;i&gt;En quelques heures, les femmes ont organis&#233; une cantine communautaire. Des &#233;quipes de jeunes ont fait le tour des quartiers et ont recens&#233; les besoins de chacun.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand l'arm&#233;e arrive cinq jours plus tard, elle pr&#233;tend contr&#244;ler l'arriv&#233;e des caravanes de solidarit&#233;, sous pr&#233;texte d'&#233;quit&#233;. C'est exactement le contraire qui se produit : partout o&#249; elle fait main-basse sur les vivres, elle les livre ensuite aux r&#233;seaux des caciques locaux. Ou pire, aux entreprises de l'industrie &#233;olienne. &#192; Uni&#243;n Hidalgo, on voit ainsi des employ&#233;s d'EDF, escort&#233;s par des soldats, distribuer des colis sur lesquels est appos&#233; le logo de la multinationale fran&#231;aise. Car dans l'isthme de Tehuantepec, de nombreuses communaut&#233;s se battent contre l'implantation de m&#233;ga-fermes &#233;oliennes sur leurs terres communales &#8211; 70 % des terres de la r&#233;gion sont encore g&#233;r&#233;es collectivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fi&#232;rement, Beatriz r&#233;v&#232;le pourquoi les Ik'oods de San Mateo veulent conserver un droit de regard sur l'aide humanitaire. Non seulement pour &#233;viter corruption et client&#233;lisme, mais aussi pour la trier et la choisir. &#171; &lt;i&gt;Pas question qu'on nous refile des produits industriels ou transg&#233;niques qui changeraient nos habitudes alimentaires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gestion du chaos, chaos de la gestion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'arm&#233;e arrivent aussi les bulldozers, qui s'attaquent aux maisons l&#233;zard&#233;es avant m&#234;me qu'un expert ait pu les examiner et dire si elles sont aptes &#224; une r&#233;novation. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me si un pan de toit &#233;tait endommag&#233; et la fa&#231;ade &#233;br&#233;ch&#233;e, l'ensemble tenait encore debout. Ils n'ont pourtant pas cherch&#233; &#224; comprendre, ils ont d&#233;truit ma maison&lt;/i&gt;, d&#233;nonce une habitante d'Ixtepec. &lt;i&gt;Depuis, je campe en face du tas de gravats qu'ils ont laiss&#233;. En partant, ils m'ont dit d'aller chercher ailleurs, que la zone &#233;tait impropre &#224; toute habitation. Alors que nous vivons ici depuis des g&#233;n&#233;rations !&lt;/i&gt; &#187; De plus en plus de gens s'opposent &#224; ces assauts. Les autorit&#233;s exercent alors un chantage : ceux qui ne d&#233;truisent pas imm&#233;diatement leur maison n'auront pas droit aux aides financi&#232;res&#8230; Les firmes du BTP salivent d&#233;j&#224; en comptabilisant les sommes que va d&#233;bloquer le gouvernement. L'habitat traditionnel est ainsi menac&#233; par les gros sabots d'une reconstruction &#224; caract&#232;re sp&#233;culatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nos maisons sont fondamentales pour notre cultur&lt;/i&gt;e, explique Gerardo Ram&#237;rez, du Concejo regional por la reconstrucci&#243;n de nuestros pueblos. &lt;i&gt;Depuis des si&#232;cles, nous vivons dans des pi&#232;ces vastes, hautes, avec des toits de tuiles, des murs d'adobe ou de briques qui isolent de la chaleur. La vie sociale tourne autour du patio, l&#224; o&#249; l'on pend les hamacs, o&#249; l'on re&#231;oit les visiteurs, o&#249; l'on mange &#224; l'ombre du manguier. Ce mode de vie, c'est aussi un mode de pens&#233;e. Nous ne voulons pas de leurs cubes de b&#233;ton, ni de leur clim' !&lt;/i&gt; &#187; Le Conseil a publi&#233; un manifeste qui refuse la destruction indiscrimin&#233;e des maisons partiellement affect&#233;es. Et qui pr&#244;ne un &#233;tayage, une expertise ind&#233;pendante, puis une reconstruction autog&#233;r&#233;e, qui int&#232;gre certaines techniques antisismiques tout en respectant l'architecture traditionnelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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