<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=794&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1779602680</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Morts en prison : le long combat des familles</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Morts-en-prison-le-long-combat-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Morts-en-prison-le-long-combat-des</guid>
		<dc:date>2021-05-17T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>n'est</dc:subject>
		<dc:subject>prison</dc:subject>
		<dc:subject>famille</dc:subject>
		<dc:subject>Taoufik</dc:subject>
		<dc:subject>Taoufik Belrhitri</dc:subject>
		<dc:subject>violences</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>familles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Taoufik Belrhitri, 40 ans, est mort le 18 octobre 2020 alors qu'il &#233;tait incarc&#233;r&#233; &#224; Perpignan. Sa disparition s'inscrit dans la longue liste des morts dites &#171; suspectes &#187; en d&#233;tention : des d&#233;c&#232;s dont les causes officielles &#8211; suicides, accidents, arr&#234;ts cardiaques &#8211; sont contest&#233;es par les proches. Pour eux, commence alors un interminable et &#233;prouvant combat dans l'espoir d'obtenir, selon la formule consacr&#233;e, v&#233;rit&#233; et justice. Et de faire appara&#238;tre au grand jour la violence insupportable (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/famille" rel="tag"&gt;famille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Taoufik" rel="tag"&gt;Taoufik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Taoufik-Belrhitri" rel="tag"&gt;Taoufik Belrhitri&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/violences" rel="tag"&gt;violences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/familles" rel="tag"&gt;familles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Taoufik Belrhitri, 40 ans, est mort le 18 octobre 2020 alors qu'il &#233;tait incarc&#233;r&#233; &#224; Perpignan. Sa disparition s'inscrit dans la longue liste des morts dites &#171; suspectes &#187; en d&#233;tention : des d&#233;c&#232;s dont les causes officielles &#8211; suicides, accidents, arr&#234;ts cardiaques &#8211; sont contest&#233;es par les proches. Pour eux, commence alors un interminable et &#233;prouvant combat dans l'espoir d'obtenir, selon la formule consacr&#233;e, v&#233;rit&#233; et justice. Et de faire appara&#238;tre au grand jour la violence insupportable de l'institution p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1773.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1773-458f3.jpg?1779748354' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans un petit appartement aux murs blancs du quartier Mailloles de Perpignan (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), Oukacha Belrhitri sert le th&#233; &#224; la menthe. Houria, son &#233;pouse, fait d&#233;filer sur sa tablette quelques photos et vid&#233;os de famille. Sur l'une d'elles, on voit deux de leurs petits-enfants courant dans cette m&#234;me pi&#232;ce non loin de leur fils a&#238;n&#233; Taoufik, assis sur le balcon. Une sc&#232;ne de vie banale et joyeuse, capt&#233;e il y a quelques mois &#224; peine. &#171; &lt;i&gt;Depuis la mort de mon fils, je ne suis pas bien, &lt;/i&gt;confie-t-elle.&lt;i&gt; Je ne sors presque plus de ma chambre, je ne dors pas malgr&#233; les m&#233;dicaments... Nous sommes tous perturb&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin octobre 2020, Mohammed, le plus jeune fils d'Houria et Oukacha, croise une connaissance tout juste lib&#233;r&#233;e de la maison d'arr&#234;t de Perpignan. Celle-ci lui apprend que Taoufik, son fr&#232;re a&#238;n&#233; incarc&#233;r&#233; dans le m&#234;me &#233;tablissement, serait probablement d&#233;c&#233;d&#233; durant sa d&#233;tention. Inqui&#232;te, mais incr&#233;dule, la famille appelle imm&#233;diatement l'Administration p&#233;nitentiaire (AP) : celle-ci d&#233;ment, assure que tout va bien. Rappel&#233;e deux jours plus tard, elle maintient et &#233;voque des rumeurs mensong&#232;res &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contact&#233;e, l'Administration p&#233;nitentiaire n'a pas donn&#233; suite &#224; nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Taoufik Belrhitri est en r&#233;alit&#233; mort deux semaines plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra finalement attendre 23 jours pour que son entourage soit officiellement averti de sa disparition. Non par l'AP, mais par les services locaux de l'&#233;tat civil : ne sachant que faire du corps, ceux-ci ont contact&#233;, un peu au hasard, l'ex-femme du d&#233;funt. Pour se justifier, l'AP aurait pr&#233;tendu ne pas savoir comment joindre la famille. Comment y croire ? Oukacha montre les bordereaux des mandats qu'il envoyait chaque mois &#224; son fils : son nom et ses coordonn&#233;es y figurent.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mon fr&#232;re, ce n'est pas un chien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On annonce aux Belrhitri que Taoufik se serait &#233;touff&#233; avec un morceau de viande et aurait &#233;t&#233; mis sous respirateur plusieurs jours &#224; l'h&#244;pital. &#171; &lt;i&gt;On aurait pu aller le voir, lui dire au revoir, &lt;/i&gt;regrette Houria&lt;i&gt;. Il a cinq fr&#232;res et s&#339;urs, six enfants&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Ils sont cens&#233;s devoir nous appeler avant de le d&#233;brancher.&lt;/i&gt; &#187; La famille demande &#224; voir le corps de Taoufik, on le lui refuse sous pr&#233;texte que celui-ci serait trop ab&#238;m&#233;. L'autorisation lui est finalement accord&#233;e au bout de trois nouvelles semaines : les proches d&#233;couvrent alors un corps maquill&#233;, mais pr&#233;sentant malgr&#233; cela des marques de violences. &#171; &lt;i&gt;Il avait le nez tordu, comme cass&#233;, un coup dans la tempe et l'&#339;il enfonc&#233;, &lt;/i&gt;raconte Mohammed.&lt;i&gt; Ce serait un bout de viande qui lui a fait &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? On n'y croit pas une seconde. Tout est louche dans cette histoire&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur avocat n'envoie pas moins de trois courriers recommand&#233;s, le premier d&#232;s novembre, pour r&#233;clamer le dossier d'enqu&#234;te et une audience au parquet de Perpignan. Sans succ&#232;s. Entre temps, lui comme la famille re&#231;oivent des appels de gendarmes ou de l'institut m&#233;dico-l&#233;gal leur enjoignant de r&#233;cup&#233;rer le corps. &#171; &lt;i&gt;Ils ont voulu faire vite, nous pousser &#224; l'enterrer rapidement pour classer l'affaire,&lt;/i&gt; l&#226;che Mohammed, &lt;i&gt;mais mon fr&#232;re, ce n'est pas un chien&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Bien s&#251;r, on voudrait l'enterrer au plus vite et pouvoir faire notre deuil... mais pas avant une autopsie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but avril, au moment de cet entretien avec Houria, Oukacha et Mohammed, rien n'avait boug&#233; du c&#244;t&#233; de la justice. Revirement de situation quelques jours plus tard : le procureur finit par recevoir le p&#232;re et l'oncle de Taoufik, accompagn&#233;s de leur avocat. Ce dernier, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Nguyen Phung, acc&#232;de enfin au dossier d'enqu&#234;te. Il est effar&#233; par ce qu'il lit : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a rien dedans ! Juste un rapport du surveillant principal, et un examen m&#233;dico-l&#233;gal hallucinant : un m&#233;decin l&#233;giste a simplement vu le corps &#224; la morgue et a dit qu'il ne pr&#233;sentait aucun coup ext&#233;rieur, qu'il n'y avait aucune raison de ne pas retenir l'hypoth&#232;se de la fausse route.&lt;/i&gt; &#187; L'avocat demande dans la foul&#233;e une autopsie qui est accord&#233;e le 12 avril. Soit tout juste le d&#233;marrage d'une enqu&#234;te digne de ce nom, six mois apr&#232;s les faits ! &#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, le corps de Taoufik attend toujours &#224; la morgue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tenir bon face &#224; la justice&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Taoufik Belrhitri n'est pas une exception : elle fait &#233;cho &#224; de nombreuses autres &#171; morts suspectes &#187; en d&#233;tention. Comme celle de Sambaly Diabat&#233;, 32 ans, mort &#233;touff&#233; le 9 ao&#251;t 2016 pendant un transfert vers la prison de Saint-Martin-de-R&#233; (Charente-Maritime). Ou celle d'Idir Mederres, 22 ans, d&#233;c&#233;d&#233; le 9 septembre 2020 au quartier disciplinaire de la prison de Lyon-Corbas (Rh&#244;ne), qui se serait pendu deux semaines avant sa lib&#233;ration. Ou encore celle de Jimony Rousseau, incarc&#233;r&#233; &#224; Meaux-Chauconin (Seine-et-Marne), mort le 2 f&#233;vrier 2021, apr&#232;s un refus de rentrer en cellule&#8230; et une semaine de coma. Il ne s'agit l&#224; que de trois cas parmi les plus r&#233;cents. Trois cas dont nous avons connaissance gr&#226;ce aux mobilisations soutenues des familles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tout cela ne date pas d'hier et nous n'avons pas affaire &#224; des cas isol&#233;s : la prison est structurellement violente. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le revirement, pour l'heure limit&#233;, de la justice dans la gestion du &#171; dossier Belrhitri &#187; ne doit en effet rien au hasard : il a &#233;t&#233; gagn&#233; de haute lutte par les proches de Taoufik. Ceux-ci ont tenu bon face &#224; un appareil judiciaire et p&#233;nitentiaire m&#233;prisant et tout-puissant. Ils ont pris un avocat, puis un second. Alert&#233; les m&#233;dias tant qu'ils ont pu. &#201;crit au ministre de la Justice &#8211; qui n'a pas daign&#233; r&#233;pondre. Recueilli des t&#233;moignages de cod&#233;tenus pour tenter d'&#233;tablir les faits. Mis en place, avec l'aide de militant&#183;es du coin, un comit&#233; de soutien&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le comit&#233; V&#233;rit&#233; et Justice 66.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et organis&#233; un rassemblement devant le tribunal le 13 mars dernier. &#171; &lt;i&gt;On essaie toutes les possibilit&#233;s,&lt;/i&gt; dit Houria. &lt;i&gt;Cela fait du bien de parler, beaucoup de gens nous disent de ne pas laisser tomber.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour qu'une mobilisation existe,&lt;/i&gt; explique Pierre, du collectif et journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif anticarc&#233;ral auquel CQFD avait ouvert ses colonnes dans son n&#176;186 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;il faut que soient r&#233;unis au moins trois &#233;l&#233;ments : une parole des seuls qui peuvent t&#233;moigner de ce qui se passe vraiment, soit les gens &#224; l'int&#233;rieur de la prison ; une famille d&#233;termin&#233;e &#224; se battre ; et des soutiens pour qu'elle ne soit pas laiss&#233;e &#224; la merci de l'AP. On retrouve ces trois ingr&#233;dients dans les bagarres pour Taoufik, Idir, Sambaly&#8230; mais c'est h&#233;las tr&#232;s rare.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans la lign&#233;e des luttes contre les violences polici&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il semble pourtant qu'on assiste &#224; une intensification des mobilisations autour de ces morts en d&#233;tention, dans la lign&#233;e des nombreuses luttes contre les violences polici&#232;res &#8211; et plus particuli&#232;rement de ces luttes n&#233;es autour d'affaires concernant des personnes tu&#233;es par les forces de l'ordre. &#171; &lt;i&gt;C'est &#233;videmment li&#233;, &lt;/i&gt;estime Pierre. &lt;i&gt;Beaucoup ont vu des familles qui parviennent &#224; se faire entendre, &#224; faire de leur combat un sujet politique de premier plan, et se disent donc qu'il est possible de faire conna&#238;tre ce qu'ils subissent.&lt;/i&gt; &#187; Et de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Cela ne concerne pas que des histoires r&#233;centes : certaines familles, plut&#244;t isol&#233;es, coinc&#233;es dans des proc&#233;dures judiciaires parfois depuis des ann&#233;es, r&#233;apparaissent actuellement, acceptent de rendre leur cas public, de rencontrer d'autres mobilisations, ce qui est hyper fort. Cela montre bien que tout cela ne date pas d'hier et que nous n'avons pas affaire &#224; des cas isol&#233;s : la prison est structurellement violente&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les violences carc&#233;rales et l'impunit&#233; qui les entoure, (re)lire &#171; Quand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre nuance toutefois le renouveau apparent de ces mobilisations : &#171; L'Envol&#233;e &lt;i&gt;existe depuis 20 ans et nous avons toujours &#233;t&#233; contact&#233;s par des familles qui se battent pour des proches morts en d&#233;tention, mais elles restaient jusque l&#224; assez isol&#233;es. Parce qu'il y avait peu de collectifs existants, tr&#232;s peu d'&#233;cho m&#233;diatique, pas de r&#233;seaux sociaux encore&#8230; Aujourd'hui, m&#234;me si cela part toujours d'histoires particuli&#232;res, des groupes essaient d'avancer ensemble, des r&#233;seaux se constituent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement contre les violences polici&#232;res ne cr&#233;e pas simplement un effet d'entra&#238;nement salutaire : il incorpore de plus en plus les luttes contre les violences carc&#233;rales. Le 7 f&#233;vrier par exemple, plusieurs collectifs engag&#233;s contre les pratiques brutales des forces de l'ordre (Justice pour Adama, Justice pour Gaye Camara) se sont joints &#224; la marche blanche organis&#233;e pour Jimony Rousseau devant la maison d'arr&#234;t o&#249; il est d&#233;c&#233;d&#233;. Plus marquante encore, la date du 20 mars 2021 : ce jour-l&#224;, des milliers de personnes manifestaient &#224; travers toute la France contre le racisme et les violences polici&#232;res, mais aussi carc&#233;rales et judiciaires. Selon Pierre, &#171; &lt;i&gt;c'est la premi&#232;re fois qu'une marche de ce type inclut &#233;galement dans ses revendications les violences en prison. C'est vraiment d&#251; au travail militant et &#224; l'action de toutes ces familles en lutte. Maintenant, ce n'est qu'un d&#233;but, esp&#233;rons que ce rapprochement va s'intensifier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Porter la voix des prisonnier.es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La consolidation d'un front commun contre les violences d'&#201;tat en g&#233;n&#233;ral ne serait pas de trop pour appuyer des familles confront&#233;es &#224; une institution impitoyable : chacune de ces luttes montre en effet les difficult&#233;s infinies rencontr&#233;es d&#232;s lors qu'il s'agit d'obtenir une r&#233;ponse sur le terrain judiciaire. Pierre rappelle que &#171; &lt;i&gt;l'ensemble de la cha&#238;ne p&#233;nale se couvre toujours, &#224; une ou deux exceptions pr&#232;s&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hasard de l'actualit&#233; et fait exceptionnel, le 20 avril, cinq surveillants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, car la prison c'est la justice, et inversement. C'est du m&#234;me ordre que dans les affaires polici&#232;res, mais avec encore davantage une culture du secret. Car le travail de la police est malgr&#233; tout expos&#233; &#224; un certain regard social qui n'existe pas en prison&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Ce que peuvent gagner les familles en lutte, ce n'est donc pas tant la reconnaissance judiciaire, mais la possibilit&#233; de ne pas rester seules face &#224; la mort et de faire exister la v&#233;rit&#233; qu'on veut leur voler, ce qui est essentiel.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif Idir Espoir et Solidarit&#233;, cr&#233;&#233; autour du combat pour Idir Mederres, appelle &#171; &lt;i&gt;toutes celles et ceux qui sont indign&#233;&#183;es par les violences p&#233;nitentiaires&lt;/i&gt; &#187; &#224; un rassemblement place Bellecour, &#224; Lyon, le dimanche 30 mai prochain. Avec la volont&#233; affich&#233;e d'instituer un rendez-vous national annuel pour porter la voix des prisonnier&#183;es. Pierre salue la proposition : &#171; &lt;i&gt;Ce collectif travaille &#224; lier les diff&#233;rentes luttes et porte de plus une revendication tr&#232;s importante, &#224; savoir la fermeture des quartiers disciplinaires. Une exigence d&#233;j&#224; d&#233;fendue par beaucoup de mouvements de prisonniers, car les choses les plus graves se passent bien souvent dans ces mitards.&lt;/i&gt; Il souligne : &lt;i&gt;Ce combat n'est pas l&#224; que pour obtenir la v&#233;rit&#233; pour telle ou telle personne, m&#234;me si c'est &#233;videmment capital : c'est aussi un combat men&#233; pour l'ensemble des d&#233;tenu&#183;es, pour qu'il n'y ait pas d'autres Idir, Sambaly ou Jimony demain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oukacha ne dit pas autre chose lorsqu'il confie : &#171; &lt;i&gt;Je ne pleure pas que mon fils, je pleure tous ceux qui sont morts en prison.&lt;/i&gt; &#187; Il ressert du th&#233; &#224; la menthe. Houria conclut : &#171; &lt;i&gt;On ne veut pas que cela se reproduise avec un autre, un autre, un autre&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'omerta ou &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Administration p&#233;nitentiaire (AP) n'aime pas que l'on fasse de la publicit&#233; autour des morts en d&#233;tention (elle ne publie d'ailleurs aucun chiffre officiel). Encore moins lorsque ces morts peuvent &#234;tre imputables aux violences de ses propres agents. Elle a annonc&#233; en ce d&#233;but d'ann&#233;e avoir port&#233; plainte pour diffamation et injure publique contre &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;. En cause, le num&#233;ro 52 du journal du collectif &lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Envol&#233;e (octobre 2020).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; et son dossier intitul&#233; &#171; Peine de mort en prison &#187;. Celui-ci revient en d&#233;tail sur plusieurs affaires, notamment les d&#233;c&#232;s d'Idir Mederres et Sambaly Diabat&#233;. On peut y lire par exemple le t&#233;moignage d'un d&#233;tenu de la maison d'arr&#234;t de Lyon-Corbas accusant explicitement les surveillants d'avoir tu&#233; le jeune Idir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que l'AP s'en prend ainsi &#224; ce collectif anticarc&#233;ral particuli&#232;rement actif (et tr&#232;s pr&#233;sent aupr&#232;s des familles), mais leur derni&#232;re offensive judiciaire remontait &#224; 2005. &#192; cette heure, rien d'officiel n'est encore parvenu aux membres de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; ou &#224; leur avocat : difficile donc de savoir s'il s'agissait de simples menaces, ou si le minist&#232;re de la Justice ira jusqu'&#224; un proc&#232;s qui mettrait forc&#233;ment en lumi&#232;re un certain nombre de r&#233;alit&#233;s de la vie en prison qu'il cherche &#224; occulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce de cette plainte s'est, en revanche, accompagn&#233;e de la censure bien r&#233;elle du num&#233;ro incrimin&#233;, interdit de distribution dans l'ensemble des taules de France. L&#224; encore, ce n'est pas la premi&#232;re fois que &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; voit sa distribution aux d&#233;tenu.es emp&#234;ch&#233;e, mais cette censure &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent circonscrite &#224; tel ou tel &#233;tablissement. Cette fois, c'est une mesure g&#233;n&#233;rale in&#233;dite, ce qui a fait r&#233;agir plusieurs organisations de d&#233;fense des droits humains : cinq d'entre elles (comme l'Observatoire international des prisons ou la Ligue des droits de l'Homme), se sont jointes &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; pour signer une tribune commune : elles y d&#233;noncent &#171; &lt;i&gt;une nouvelle illustration de la chape de plomb que l'Administration p&#233;nitentiaire met sur un ph&#233;nom&#232;ne qui devrait au contraire alerter et inqui&#233;ter.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 53 de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; para&#238;tra ce mois-ci et devrait, en th&#233;orie, pouvoir &#234;tre &#224; nouveau distribu&#233; aux d&#233;tenu.es. Pour passer information et message de solidarit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des prisons, reste aussi l'&#233;mission de radio du collectif, diffus&#233;e chaque vendredi &#224; 19 h sur Fr&#233;quence Paris plurielle et reprise par de nombreuses autres stations locales. L'AP n'a pas encore trouv&#233; le moyen de bloquer les ondes FM.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contact&#233;e, l'Administration p&#233;nitentiaire n'a pas donn&#233; suite &#224; nos sollicitations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le comit&#233; V&#233;rit&#233; et Justice 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif anticarc&#233;ral auquel &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; avait &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Face-au-Covid-19-en-prison&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ouvert ses colonnes&lt;/a&gt; dans son n&#176;186 (avril 2020). Plus d'informations sur leurs activit&#233;s sur lenvolee.net&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les violences carc&#233;rales et l'impunit&#233; qui les entoure, (re)lire &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Quand-les-matons-bastonnent' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quand les matons bastonnent &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 177 (juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Hasard de l'actualit&#233; et fait exceptionnel, le 20 avril, cinq surveillants du centre de d&#233;tention de Val-de-Reuil (Eure) ont &#233;t&#233; condamn&#233;s en appel &#224; des peines de prison ferme suite au tabassage d'un d&#233;tenu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; (octobre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un t&#233;l&#233;phone vol&#233;, trois mois ferme</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Un-telephone-vole-trois-mois-ferme</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Un-telephone-vole-trois-mois-ferme</guid>
		<dc:date>2021-03-04T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Peylet</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>mots</dc:subject>
		<dc:subject>center</dc:subject>
		<dc:subject>d&#233;j&#224;</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>ferme</dc:subject>
		<dc:subject>voix</dc:subject>
		<dc:subject>expressions porteuses</dc:subject>
		<dc:subject>simples</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au tribunal de Paris, la 23e chambre est celle des comparutions imm&#233;diates. On y traite &#224; la cha&#238;ne la petite d&#233;linquance urbaine, on y entend souvent les mots &#171; vol &#187; et &#171; stup&#233;fiants &#187; ; on n'y parle pas toujours fran&#231;ais et on la quitte souvent pour remplir les prisons. R&#233;cit d'un apr&#232;s-midi de janvier. Les trente muscles faciaux du visage peuvent produire trois mille expressions porteuses de sens. &#192; la 23e chambre, aucune de ces expressions n'est visible. En janvier 2021, dans la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mots-628" rel="tag"&gt;mots&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/deja" rel="tag"&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ferme" rel="tag"&gt;ferme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/voix" rel="tag"&gt;voix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/expressions-porteuses" rel="tag"&gt;expressions porteuses&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/simples" rel="tag"&gt;simples&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au tribunal de Paris, la 23&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; chambre est celle des comparutions imm&#233;diates. On y traite &#224; la cha&#238;ne la petite d&#233;linquance urbaine, on y entend souvent les mots &#171; vol &#187; et &#171; stup&#233;fiants &#187; ; on n'y parle pas toujours fran&#231;ais et on la quitte souvent pour remplir les prisons. R&#233;cit d'un apr&#232;s-midi de janvier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3577 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1722.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH737/-1722-a8c20.jpg?1780113224' width='500' height='737' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Toto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les trente muscles faciaux du visage peuvent produire trois mille expressions porteuses de sens. &#192; la 23&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; chambre, aucune de ces expressions n'est visible. En janvier 2021, dans la France de l'&#233;tat d'urgence sanitaire, la justice avance masqu&#233;e et, des pr&#233;venus aux avocats, des juges au (rare) public, les visages sont bleus chirurgicaux, blancs FFP2 ou barr&#233;s de motifs bigarr&#233;s. Sourires, moues et rictus sont &#233;vinc&#233;s : la justice y perd l'humanit&#233; fragile ou bravache de la communication non verbale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demeurent les yeux, s'observent des sourcils plus ou moins dessin&#233;s et expressifs, et surtout s'entendent des voix. Assur&#233;es, fluettes, chevrotantes, souvent &#233;touff&#233;es par le tissu des masques, parfois inaudibles &#8211; mais pourquoi les micros ne sont-ils pas utilis&#233;s ? Des voix et donc des mots, qui prennent une force insoup&#231;onn&#233;e en l'absence de tout autre r&#233;v&#233;lateur des sentiments des acteurs du tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'embl&#233;e la voix et les mots de A., 22 ans, ressortissant marocain, s'exposent faiblement. Une voix sourde et lasse, &#224; la peine. A. ne parle pas fran&#231;ais et le traducteur asserment&#233; s'emploie &#224; rendre compr&#233;hensibles les propos du jeune homme dont toute l'attitude exprime autant une intense fatigue qu'un m&#233;lancolique abandon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Les faits sont simples&lt;/i&gt; &#187;, conclut le pr&#233;sident apr&#232;s un bref expos&#233;. &#171; &lt;i&gt;Ils sont tr&#232;s simples&lt;/i&gt; &#187;, rench&#233;rit l'avocate commise d'office. Un vol de t&#233;l&#233;phone sur la voie publique, entre Barb&#232;s et La Chapelle ; A. est rep&#233;r&#233; par une patrouille qui piste ce soir-l&#224; les r&#233;fractaires au couvre-feu. Ses pas rapides &#224; leur approche, et un objet promptement jet&#233; sous une voiture, alertent les agents. Rapidement appr&#233;hend&#233;, A. est conduit au commissariat o&#249; il reconna&#238;t les faits. Simples, donc. Mais la vie de A. ne l'est pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France depuis 2018, il a fui le Maroc &#224; la suite d'un conflit familial dont on ne saura rien et loge chez un cousin. Il officie parfois comme coiffeur, mais confie &#171; &lt;i&gt;qu'avec le Covid les gens ne viennent plus aussi souvent au salon&lt;/i&gt; &#187;, et puis sa tondeuse est cass&#233;e, alors il vend &#233;galement des cigarettes &#224; Barb&#232;s et d&#233;clare gagner environ 90 &#8364; par semaine. &#171; &lt;i&gt;Le vol du t&#233;l&#233;phone c'&#233;tait pour me racheter une tondeuse. Les cigarettes c'est trop dur.&lt;/i&gt; &#187; Pour un d&#233;lit similaire, A. est d&#233;j&#224; sous la menace d'un sursis de quatre mois. Il transmet de br&#232;ves r&#233;ponses que le traducteur, sans malice, &#233;toffe quelque peu. A. laisse son regard errer tristement sur les murs du tribunal, sans d&#233;sinvolture, juste absent de ce qui se joue, d&#233;j&#224; d&#233;fait par une issue qu'il semble deviner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois ferme sont requis, plus la r&#233;vocation du sursis en cours, soit dix mois en tout avec mandat de d&#233;p&#244;t. Appliqu&#233;e, jusqu'&#224; la caricature, &#224; incarner un &#201;tat ferme, la substitut du procureur emploie un ton et des mots qui laissent &#224; croire que A. est un danger pour la paix sociale. L'avocate, dont c'est d&#233;j&#224; la seconde plaidoirie en quatre dossiers, demande aux magistrats de regarder la r&#233;alit&#233; en face et &#171; &lt;i&gt;non pas seulement depuis&lt;/i&gt; [leurs] &lt;i&gt;beaux quartiers&lt;/i&gt; &#187; arguant que depuis des mois &#171; &lt;i&gt;nous devons vivre avec le chaos et que la prison n'est pas et ne sera pas une r&#233;ponse &#224; ce chaos.&lt;/i&gt; &#187; Trois mois ferme et transfert imm&#233;diat en prison, pour A. la justice n'a pas cherch&#233; &#224; imaginer d'autre solution.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3576 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1721.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH703/-1721-99752.jpg?1780113224' width='500' height='703' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Toto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le grand pull rouge vif de N. tranche avec son visage noir &#233;b&#232;ne masqu&#233; de blanc. Il s'agite nerveusement et n'a de cesse de r&#233;ajuster son masque en roulant des yeux rougis par la fatigue de la garde &#224; vue. Une nouvelle fois la langue s'&#233;rige en barri&#232;re suppl&#233;mentaire. N. est nig&#233;rian, comprend peu et ne parle pas fran&#231;ais. L'interpr&#232;te de langue anglaise &#233;tant introuvable, le juge s'adresse aux deux interpr&#232;tes pr&#233;sents : &#171; &lt;i&gt;Je sais que vous &#234;tes l&#224; pour les traductions en arabe, mais l'un de vous deux peut-il faire anglais aussi, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Oui, non&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; ? Une femme se l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. a &#233;t&#233; interpell&#233;, en &#233;tat d'&#233;bri&#233;t&#233;, dans une rame de m&#233;tro pour non-port du masque par la &#171; police &#187; de la RATP. Puis sur le quai l'affaire a mal tourn&#233; : cris, insultes, &#171; &lt;i&gt;exhibitionnisme&lt;/i&gt; &#187;. L'agent de la RATP, qui se porte partie civile, affirme que N. a baiss&#233; son pantalon, exhib&#233; son sexe, et agit&#233; son bassin en criant &#171; &lt;i&gt;I&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fuck&lt;/i&gt; &lt;i&gt;you&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; &#224; son encontre. N. secoue vivement la t&#234;te : &#171; &lt;i&gt;I'm not gay, I don't show my dick to a man&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je ne suis pas gay, je ne montre pas ma bite &#224; un homme. &#187;&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, puis pr&#233;cise que son pantalon est tomb&#233; tout seul quand on l'a menott&#233; et que oui c'est comme &#231;a, il ne porte jamais de sous-v&#234;tements. L'interpr&#232;te avale sa salive, traduit &#171; &lt;i&gt;dick&lt;/i&gt; &#187; par &#171; &lt;i&gt;attributs&lt;/i&gt; &#187; et peine &#224; suivre le flot de paroles dont N. l'abreuve. Son avocat intervient pour rappeler &#171; &lt;i&gt;qu'aucune image ne corrobore cet exhibitionnisme suppos&#233;, que&lt;/i&gt; [N.] &lt;i&gt;nie depuis le d&#233;but, mais ses propos en garde &#224; vue n'ont pu &#234;tre correctement traduits en l'absence, d&#233;j&#224;, d'un traducteur d'anglais disponible, le gardien de la paix officiant au standard du commissariat ayant alors rempli ce r&#244;le, ce qui entache de vice toute la proc&#233;dure&lt;/i&gt; &#187;. Moment de flottement dans le tribunal&#8230; Exit l'exhibitionnisme, reste un outrage &#224; agent pour lequel les six mois ferme pr&#233;vus au code p&#233;nal sont requis, avec mandat de d&#233;p&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. s'excuse pour les insultes prof&#233;r&#233;es, et promet qu'il ne boira plus jusqu'&#224; ce qu'il ait r&#233;ussi &#224; se rendre aux &#201;tats-Unis o&#249; l'attend sa fianc&#233;e, qu'il cherche &#224; rejoindre en vain depuis bient&#244;t un an. Il tient d&#233;sormais son pantalon d'une main, et de l'autre plaque fermement sur son nez un masque dont l'&#233;lastique vient de c&#233;der. Six mois avec sursis. N. joint bri&#232;vement les mains en direction du juge et l&#232;ve les yeux au ciel. Il s'en sort bien : selon l'Observatoire international des prisons, 70 % des condamnations prononc&#233;es en comparution imm&#233;diate sont des peines de prison ferme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Peylet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas gay, je ne montre pas ma bite &#224; un homme. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Justice restaurative, justice transformative : des alternatives ?</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Justice-restaurative-justice</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Justice-restaurative-justice</guid>
		<dc:date>2021-02-27T08:24:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>justice restaurative</dc:subject>
		<dc:subject>syst&#232;me p&#233;nal</dc:subject>
		<dc:subject>justice p&#233;nale</dc:subject>
		<dc:subject>justice transformative</dc:subject>
		<dc:subject>restaurative</dc:subject>
		<dc:subject>p&#233;nal</dc:subject>
		<dc:subject>syst&#232;me</dc:subject>
		<dc:subject>peine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour &#233;viter les d&#233;g&#226;ts humains caus&#233;s par le syst&#232;me p&#233;nal ou simplement pallier certaines de ses insuffisances, de nouvelles formes de justice ont &#233;clos dans le monde anglo-saxon. Souvent bas&#233;s sur un dialogue impliquant l'auteur des violences, la victime et leurs proches, ces mod&#232;les visent &#224; &#171; gu&#233;rir &#187; les uns comme les autres, &#224; &#171; restaurer &#187; les liens sociaux bris&#233;s voire &#224; transformer le contexte social ayant permis l'agression. Explications avec l'universitaire Gwenola Ricordeau, qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Baptiste-Alchourroun" rel="tag"&gt;Baptiste Alchourroun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice-restaurative" rel="tag"&gt;justice restaurative&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/systeme-penal" rel="tag"&gt;syst&#232;me p&#233;nal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice-penale" rel="tag"&gt;justice p&#233;nale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice-transformative" rel="tag"&gt;justice transformative&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/restaurative" rel="tag"&gt;restaurative&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/penal" rel="tag"&gt;p&#233;nal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/systeme" rel="tag"&gt;syst&#232;me&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/peine" rel="tag"&gt;peine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour &#233;viter les d&#233;g&#226;ts humains caus&#233;s par le syst&#232;me p&#233;nal ou simplement pallier certaines de ses insuffisances, de nouvelles formes de justice ont &#233;clos dans le monde anglo-saxon. Souvent bas&#233;s sur un dialogue impliquant l'auteur des violences, la victime et leurs proches, ces mod&#232;les visent &#224; &#171; gu&#233;rir &#187; les uns comme les autres, &#224; &#171; restaurer &#187; les liens sociaux bris&#233;s voire &#224; transformer le contexte social ayant permis l'agression. Explications avec l'universitaire Gwenola Ricordeau, qui milite de longue date pour l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3573 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH509/-1718-8fa33.jpg?1780113226' width='500' height='509' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;Pour elles toutes. Femmes contre la prison&lt;/i&gt; (Lux, 2019), Gwenola Ricordeau critiquait vertement le syst&#232;me p&#233;nal, incapable de pr&#233;venir les violences faites aux femmes et g&#233;n&#233;rant divers autres drames &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire l'entretien qu'elle nous avait accord&#233; au printemps dernier : &#171; Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. D&#233;veloppant l'id&#233;e d'un f&#233;minisme anticarc&#233;ral, elle &#233;voquait &#224; la fin de l'ouvrage quelques pistes d'alternatives &#224; la justice punitive. Dans l'entretien qui suit, l'essayiste porte un regard int&#233;ress&#233; sur le mod&#232;le de la &#171; justice transformative &#187;, pratiqu&#233;e en dehors des institutions &#233;tatiques, au sein de communaut&#233;s sociales qui &#171; &lt;i&gt;ne b&#233;n&#233;ficient pas ou mal de la protection de la police et de la justice p&#233;nale&lt;/i&gt; &#187;. Elle est en revanche beaucoup plus critique &#224; l'&#233;gard de la &#171; justice restaurative &#187;, qui vient souvent compl&#233;ter l'univers p&#233;nal et carc&#233;ral en y apportant un &#171; &lt;i&gt;suppl&#233;ment d'&#226;me&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Professeure assistante en justice criminelle &#224; la California State University, Chico (&#201;tats-Unis), Gwenola Ricordeau publiera en mai prochain &lt;i&gt;Crimes, peines. Penser avec l'abolitionnisme p&#233;nal &lt;/i&gt;(&#233;dition Grevis), autour de trois textes de Nils Christie, Louk Hulsman et Ruth Morris.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le syst&#232;me p&#233;nal, la peine (dont la peine de prison) a plusieurs fonctions : la dissuasion (&#171; par peur de subir cette peine, on ne commettra pas d'infraction &#187;), la r&#233;tribution (&#171; la personne qui a outrepass&#233; la loi doit payer sa faute &#187;), la r&#233;habilitation (&#171; la peine permet &#224; l'auteur&#183;e de l'infraction de s'amender &#187;) et l'&#233;limination (&#171; pendant qu'elle est en prison, cette personne ne menace plus la soci&#233;t&#233; &#187;). Dans &lt;i&gt;Pour elles toutes&lt;/i&gt;, tu expliques que les peines remplissent mal ces fonctions. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dissuasion fonctionne mal puisque certains crimes (comme les viols) sont commis massivement. De plus, la &#8220;peur de la peine&#8221; fonctionne &#233;galement assez mal sur les personnes qui ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; condamn&#233;es : c'est l'objet des d&#233;bats sur la r&#233;cidive. Celle-ci prouve, du m&#234;me coup, que la peine est assez peu efficace en termes de &#8220;r&#233;habilitation&#8221; des personnes condamn&#233;es. En fait, la peine peut procurer une forme de r&#233;tribution, et donc d'&#233;quivalence entre le tort commis et la peine subie, ce qui est assez proche de la notion de vengeance. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que cela r&#233;pond aux besoins des victimes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour r&#233;pondre &#224; cette question, je trouve pratique de partir de l'&#233;num&#233;ration qu'a faite l'abolitionniste Ruth Morris des cinq besoins des victimes : obtenir des r&#233;ponses &#224; leurs questions sur les faits ; voir leur pr&#233;judice reconnu ; &#234;tre en s&#233;curit&#233; ; pouvoir donner un sens &#224; ce qu'elles ont subi ; obtenir r&#233;paration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, on peut notamment souligner que parfois, le prononc&#233; d'une peine donne &#224; une victime un sentiment de reconnaissance &#8211; mais les auteur&#183;es ne sont pas toujours poursuivi&#183;es, ni condamn&#233;&#183;es&#8230; Le proc&#232;s p&#233;nal n'est pas toujours propice &#224; l'obtention de la v&#233;rit&#233; &#8211; on parle d'ailleurs de &#8220;v&#233;rit&#233; judiciaire&#8221;. Et puis, si le prononc&#233; d'une peine d'incarc&#233;ration peut donner &#224; certaines victimes un sentiment de s&#233;curit&#233;, celui-ci est souvent provisoire &#8211; sans oublier que la victimation, notamment dans les cas les plus graves, s'accompagne g&#233;n&#233;ralement de peurs et de vuln&#233;rabilit&#233;s qui ne sont pas r&#233;solues en enfermant simplement un&#183;e auteur&#183;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'une justice punitive est tellement ancr&#233;e en nous qu'on a du mal &#224; imaginer que d'autres mod&#232;les ont exist&#233;. Pourtant, pendant des mill&#233;naires, des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res ont fonctionn&#233; sans prison et utilis&#233; d'autres modes de r&#233;solution des conflits...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Toutes les soci&#233;t&#233;s ont des modes de r&#233;solution des conflits et des mani&#232;res de r&#233;pondre aux comportements qui ne se conforment pas aux normes ou aux lois. Mais, &#224; l'&#233;chelle de l'histoire de l'humanit&#233;, la prison est anecdotique, au contraire du recours &#224; la punition, au ch&#226;timent. D'ailleurs, l'av&#232;nement de la prison a &#233;t&#233; vu, en Occident, comme une innovation plut&#244;t progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette perspective tr&#232;s globale permet de souligner qu'avec le syst&#232;me p&#233;nal, c'est l'&#201;tat qui d&#233;cide de ce que sont les infractions. Le criminologue norv&#233;gien Nils Christie, dans son article &#8220;Conflicts as property&#8221; (1977) a une analyse devenue c&#233;l&#232;bre dans le champ de la critique du syst&#232;me p&#233;nal : il &#233;crit que ce syst&#232;me &#8211; et avec lui toute une arm&#233;e de professionnel&#183;les (avocat&#183;es, juges, policiers et polici&#232;res, etc.) &#8211; nous &#8220;d&#233;poss&#232;de&#8221; de nos conflits. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu milites pour l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal. Ce qui suppose de trouver d'autres r&#233;ponses aux agressions et autres situations probl&#233;matiques. Quelles pistes explorer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut commencer par une &#233;vidence, souvent rappel&#233;e par les abolitionnistes : la plupart des &#8220;situations-probl&#232;mes&#8221; &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression d&#233;signe toutes les situations que des personnes consid&#232;rent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, pour reprendre l'expression de l'abolitionniste n&#233;erlandais Louk Hulsman, sont r&#233;solues en dehors du syst&#232;me p&#233;nal. &#192; l'&#233;chelle individuelle, nous avons des comp&#233;tences qui nous permettent, dans beaucoup de situations (m&#234;me en cas de violences physiques), de ne pas recourir &#224; la police ou &#224; la justice. Et c'est souvent avec les personnes qui nous sont les plus proches que nous avons le plus de r&#233;pugnance &#224; recourir au syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une des propositions abolitionnistes est le d&#233;veloppement de ressources qui permettent de s'autonomiser du syst&#232;me p&#233;nal (par exemple, pour ne pas avoir &#224; appeler la police dans une situation de danger) et la mise en place de formes de justice qui privil&#233;gient la m&#233;diation, la r&#233;conciliation et la gu&#233;rison (de la victime, mais aussi de la communaut&#233;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'alternative la plus connue au syst&#232;me p&#233;nal est ce qu'on appelle la justice restaurative...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il ne s'agit pas d'une &#8220;alternative&#8221; au syst&#232;me p&#233;nal, mais laissons pour le moment cette question de c&#244;t&#233; ! L'expression &#8220;justice restaurative&#8221; a commenc&#233; &#224; &#234;tre employ&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1970, mais on consid&#232;re souvent que sa fondation date de la publication en 1990 de &lt;i&gt;Changing Lenses : A New Focus for Crime and Justice&lt;/i&gt; par Howard Zehr, un criminologue &#233;tats-unien membre de l'&#201;glise mennonite, un mouvement chr&#233;tien anabaptiste &#233;vang&#233;lique. Howard Zehr est g&#233;n&#233;ralement vu comme le &#8220;p&#232;re fondateur&#8221; de la justice restaurative et l'&#201;glise mennonite a beau&#8202;coup particip&#233; &#224; sa diffusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Howard Zehr, le syst&#232;me p&#233;nal pose trois questions : &#8220;Quelle est l'infraction ?&#8221; ; &#8220;Qui est l'auteur&#183;e ?&#8221; ; et &#8220;Comment faut-il le / la punir ?&#8221; Avec la justice restaurative, d'autres questions sont pos&#233;es : &#8220; Qui souffre ? &#8221; ; &#8220; Comment gu&#233;rir ceux ou celles qui souffrent ? &#8221; ; &#8220; Quels sont leurs besoins ? &#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice restaurative consid&#232;re le crime comme une atteinte &#224; une personne et &#224; des liens sociaux &#8211; &#224; la diff&#233;rence de la justice p&#233;nale qui le consid&#232;re comme une atteinte au droit et, dans une moindre mesure, &#224; une personne. Outre la reconnaissance de sa responsabilit&#233; par l'auteur&#183;e, la justice restaurative vise &#224; ce que la victime obtienne r&#233;paration (c'est pourquoi on parle parfois de &#8220;justice r&#233;paratrice&#8221;) et &#224; &#8220;restaurer&#8221; les liens sociaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, par quelles modalit&#233;s s'exerce la justice restaurative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Elles sont nombreuses. Les plus connues sont sans doute les rencontres entre auteurs et victimes et les conf&#233;rences familiales (auxquelles les proches d'une personne participent pour l'accompagner dans la r&#233;solution d'un tort qu'elle a commis). On peut aussi citer les cercles de soutien et de responsabilit&#233;, mis en &#339;uvre au milieu des ann&#233;es 1990 au Canada, puis d&#233;velopp&#233;s aux &#201;tats-Unis et au Royaume-Uni : il s'agit de b&#233;n&#233;voles qui s'engagent aupr&#232;s de personnes condamn&#233;es pour des d&#233;lits ou crimes sexuels, mais cet accompagnement peut &#234;tre mis en place aussi pour des personnes qui craignent de passer &#224; l'acte. L'id&#233;e est de les &#8220;entourer&#8221; socialement afin de pr&#233;venir certains passages &#224; l'acte, notamment en cr&#233;ant une vigilance autour de facteurs possiblement d&#233;clencheurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Z&#233;lande ont &#233;galement mis en place des dispositifs comme les loges de gu&#233;rison, qui sont des structures p&#233;nitentiaires int&#233;grant des enseignements et rituels autochtones. On peut aussi &#233;voquer les cercles de sentence et les conf&#233;rences communautaires, qui permettent la participation de la communaut&#233; lorsqu'un pr&#233;judice est commis, parfois avant une condamnation, ou apr&#232;s, ou m&#234;me en dehors de toute sanction p&#233;nale. Ils reproduisent certains fonctionnements et pratiques culturelles de divers peuples autochtones de ces pays et reposent sur des principes de conciliation et de r&#233;paration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3574 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH503/-1719-c8e64.jpg?1780113226' width='500' height='503' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est le d&#233;veloppement de la justice restaurative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En France, la mise en place de proc&#233;dures de justice restaurative fait suite &#224; la loi du 15 ao&#251;t 2014 (&#8220;loi Taubira&#8221;). C'est assez tardif au regard de son rapide d&#233;veloppement &#224; partir des ann&#233;es 1990. Au Canada, il y a maintenant plusieurs centaines de programmes de ce type. Aux &#201;tats-Unis, dans au moins une trentaine d'&#201;tats, le syst&#232;me judiciaire int&#232;gre des dispositifs de justice restaurative. Ces programmes sont souvent destin&#233;s en priorit&#233; aux auteur&#183;es mineur&#183;e s ou pour traiter des actes consid&#233;r&#233;s comme les moins graves (d&#233;gradations, vols simples, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la justice restaurative est aussi d&#233;ploy&#233;e dans certaines &#233;coles, pour remplacer le syst&#232;me classique des punitions (notamment les exclusions) et des conseils de discipline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le d&#233;veloppement de la justice restaurative se traduit par l'&#233;closion d'un vaste secteur &#233;conomique qui propose des formations, de l'expertise, notamment aupr&#232;s d'institutions comme les &#233;coles, mais aussi d'entreprises qui veulent changer leurs valeurs et leurs pratiques. Ce secteur profite du d&#233;ploiement par le syst&#232;me p&#233;nal de la justice restaura&#8202;tive et de ces nouveaux march&#233;s qui s'ouvrent &#224; lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'apporte-t-elle de plus que la r&#233;ponse p&#233;nale classique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La justice p&#233;nale se d&#233;sint&#233;resse des besoins des victimes &#8211; comme, du reste, de ceux des auteur&#183;es. La justice restaurative permet donc de r&#233;pondre &#224; certains de ces besoins : par exemple, le besoin de v&#233;rit&#233;, de reconnaissance ou de sens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel regard portes-tu sur la justice restaurative et son d&#233;veloppement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un regard assez n&#233;gatif&#8230; D'abord, je partage la critique que fait Ruth Morris &#224; la justice restaurative : celle-ci repose sur un implicite, la possibilit&#233; de &#8220;restaurer&#8221; ce qui a &#233;t&#233; d&#233;truit. Ce qui n'est &#233;videmment pas toujours possible. Et puis, elle n'est pas arm&#233;e pour r&#233;pondre &#224; des injustices structurelles, comme le capitalisme, le patriarcat ou le racisme. En bref, elle ne permet pas de sortir de la d&#233;finition des infractions par le droit p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue abolitionniste, il faut aussi souligner la capacit&#233; de la justice restaurative &#224; &#234;tre facilement &#8220;r&#233;cup&#233;r&#233;e&#8221; par la justice p&#233;nale. Ce que prouve son int&#233;gration dans la politique p&#233;nale de nombreux pays, une int&#233;gration qui peut se traduire par un suppl&#233;ment de peines pour les auteur&#183;es. Des programmes de justice restaurative sont mis en place dans certaines prisons (on parle m&#234;me de &#8220;&lt;i&gt;restorative prisons&lt;/i&gt;&#8221;) et peuvent inclure des personnes condamn&#233;es &#224; mort. &#199;a n'a donc rien d'une &#8220;alternative&#8221;&#8230; La justice restaurative n'est, par d&#233;finition, ni oppos&#233;e &#224; l'existence de la prison, ni &#224; la peine et &#224; son caract&#232;re r&#233;tri&#8202;butif. Elle vient &#8220;combler&#8221; ce qu'elle consid&#232;re comme une lacune du syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La promotion de la justice restau&#8202;rative fait partie des strat&#233;gies de la justice p&#233;nale pour incorporer certaines critiques qui lui sont faites, par exemple sur son caract&#232;re r&#233;tributif. Ces programmes de justice restaurative sont le suppl&#233;ment d'&#226;me du syst&#232;me p&#233;nal. Et ce n'est sans doute pas une co&#239;ncidence que la justice restaurative ait connu un tel essor dans des colonies de peuplement (Canada, Australie, Nouvelle-Z&#233;lande, &#201;tats-Unis) o&#249; elle a &#233;t&#233; promue comme une mani&#232;re de r&#233;pondre aux injustices sp&#233;cifiques subies par les populations autochtones. C'est un am&#233;nagement qui permet de laisser hors discussion le r&#244;le que joue la justice p&#233;nale dans l'imposition de l'ordre colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice restaurative soul&#232;ve d'autres questions, comme son efficacit&#233; &#8211; m&#234;me si cela ouvre d'autres d&#233;bats sur ce qu'on peut entendre par &#8220;efficacit&#233;&#8221;. Toujours est-il que de nombreuses f&#233;ministes ont &#233;mis des r&#233;serves sur les proc&#233;dures de justice restaurative en mati&#232;re de prise en charge des violences contre les femmes et notamment les violences conjugales. Elles ont soulign&#233; que la justice restau&#8202;rative ne prot&#232;ge pas toujours bien les victimes en raison des dynamiques propres &#224; ce type de violence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;Pour elles toutes&lt;/i&gt;, tu parles &#233;galement de la justice transformative. En quoi diff&#232;re-t-elle de la justice restaurative ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la critique de la justice restaurative qui a amen&#233; Ruth Morris &#224; conceptualiser la justice transformative, notamment dans son livre &lt;i&gt;Stories of Transformative Justice &lt;/i&gt;(2000). Certes, il y a eu depuis d'autres r&#233;flexions, avec notamment l'ouvrage de Ching-In Chen, Jai Dulani et Leah Lakshmi Piepzna-Samarasinha, &lt;i&gt;The Revolution Starts at Home : Confronting Intimate Violence within Activist Communities&lt;/i&gt; (2011), mais le point de d&#233;part, c'est bien la critique de la justice restaurative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux justices p&#233;nale et restaurative, la justice transformative ne voit pas le &#8220;probl&#232;me&#8221; comme commen&#231;ant avec le crime, mais avec les conditions sociales qui l'ont rendu possible. Elle vise donc la &#8220;transformation&#8221; de la soci&#233;t&#233;. Elle promeut la &#8220;gu&#233;rison&#8221; de la victime, mais aussi de l'auteur&#183;e et de la communaut&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans quel cadre s'exerce-t-elle aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les pratiques de justice transformative se sont d&#233;velopp&#233;es au d&#233;but des ann&#233;es 2000 pour l'essentiel en Am&#233;rique du Nord. Parmi les plus connus des collectifs qui la pratiquent, il y a Creative Interventions, fond&#233; en 2004 &#224; Oakland (Californie), qui se focalise sur les violences domestiques et familiales et les pr&#233;judices sexuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la justice restaurative, la justice transformative est mise en place par des b&#233;n&#233;voles et s'est pratiqu&#233;e, au d&#233;part, essentiellement dans des communaut&#233;s qui, de toute mani&#232;re, ne b&#233;n&#233;ficient pas ou mal de la protection de la police ou de la justice p&#233;nale, comme les communaut&#233;s africaines-am&#233;ricaines ou d'autres minorit&#233;s ethniques, parmi les travailleuses et travailleurs du sexe, des personnes sans titre de s&#233;jour valide, les communaut&#233;s LGBTQ, handies &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; handicap&#233;es &#187;.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, etc.
Beaucoup de groupes de justice transformative s'appuient sur le concept de &#8220;responsabilit&#233; communautaire&#8221;, d'abord formul&#233; par le collectif Incite !. La mise en &#339;uvre de la responsabilit&#233; communautaire comporte quatre aspects : le soutien &#224; la personne survivante, sa s&#233;curit&#233; et son autod&#233;termination ; la responsabilit&#233; de l'agresseur et son changement de comportement ; les changements communautaires en faveur de valeurs et de pratiques non oppressives et non violentes ; les changements politiques et structurels des conditions qui permettent au pr&#233;judice de se produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, cela requiert le consentement de l'auteur&#183;e et c'est pour cela que l'implication communautaire est importante : les proches de l'auteur&#183;e ont un r&#244;le crucial pour le convaincre de prendre ses responsabilit&#233;s et pour s'assurer qu'il tient ensuite ses engagements. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concr&#232;tement, comment peut &#234;tre pris en charge un agresseur dans un processus de justice transformative ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela d&#233;pend des besoins des victimes, de l'auteur&#183;e et de la communaut&#233;. Donc il n'y a pas une proc&#233;dure-type. Mais il y a des principes sur lesquels repose le processus : &#224; commencer par le fait que toutes les victimes n'ont pas besoin d'une proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, cela commence par une identification des personnes qui vont s'engager dans ce processus (au-del&#224; de la victime, de l'auteur et des proches volontaires). Les facilitateurs et facilitatrices de ces proc&#233;dures ont diverses mani&#232;res de faire, mais il existe beaucoup d'activit&#233;s qui permettent de formaliser les besoins des participant&#183;es. Le but &#233;tant que les auteur&#183;es s'engagent &#224; se &#8220;transformer&#8221;, mais avec un soutien communautaire. C'est donc un processus long et collectif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les justices restaurative et transformative pourraient-elles s'appliquer &#224; tous les crimes et d&#233;lits, &#224; l'&#233;chelle de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a plusieurs mani&#232;res de r&#233;pondre &#224; cette question. D'abord, on peut relever que la justice restau&#8202;rative a &#233;t&#233; utilis&#233;e dans toutes sortes de situation, notamment pour r&#233;pondre &#224; des crimes de masse, par exemple dans l'Afrique du Sud post-apartheid ou au Rwanda apr&#232;s le g&#233;nocide des Tutsis &lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1995, l'Afrique du Sud cr&#233;a une commission &#171; V&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, on peut dire que les crimes et les d&#233;lits sont des cat&#233;gories du droit p&#233;nal et que les pr&#233;judices que l'on subit ne rentrent pas toujours dans ces cat&#233;gories. Les victimes de ces pr&#233;judices ont n&#233;anmoins des besoins. Enfin, je crois que, contrairement &#224; certains pr&#233;jug&#233;s, c'est dans les cas les plus graves que la justice p&#233;nale montre son &#233;chec : elle est une r&#233;ponse bien trop simpliste &#224; la complexit&#233; des besoins des victimes et des efforts collectifs &#224; entreprendre pour que des faits similaires ne se reproduisent plus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire l'entretien qu'elle nous avait accord&#233; au printemps dernier : &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Le-systeme-penal-previent-mal-les' class=&#034;spip_in&#034;&gt; Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes &lt;/a&gt; &#187; (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 187, mai 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression d&#233;signe toutes les situations que des personnes consid&#232;rent comme &#171; ind&#233;sirables &#187;, et donc pas simplement ce que le droit p&#233;nal d&#233;finit comme une infraction.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour &#171; handicap&#233;es &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1995, l'Afrique du Sud cr&#233;a une commission &#171; V&#233;rit&#233; et r&#233;conciliation &#187; devant laquelle t&#233;moign&#232;rent victimes et auteurs d'exactions durant les ann&#233;es d'apartheid. Il s'agissait d'exorciser les horreurs du pass&#233; sans forc&#233;ment passer par le p&#233;nal : la commission avait le pouvoir d'amnistier, mais pas celui de condamner. Au Rwanda, les juridictions &#171; Gacaca &#187; ont jou&#233; un r&#244;le &#224; la fois p&#233;nal et restauratif : ces tribunaux communautaires puisant dans des pratiques de justice traditionnelle pouvaient condamner mais &#233;taient encourag&#233;s &#224; se montrer cl&#233;ments envers les g&#233;nocidaires qui avouaient leur crime. Chaque villageois assistant aux audiences avait le droit d'y prendre la parole.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Condamn&#233;s d'avance</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Condamnes-d-avance</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Condamnes-d-avance</guid>
		<dc:date>2021-02-18T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
		<dc:subject>Alors</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>juge</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>pr&#233;venu</dc:subject>
		<dc:subject>Didier Fassin</dc:subject>
		<dc:subject>judiciaire</dc:subject>
		<dc:subject>juges</dc:subject>
		<dc:subject>chercheurs</dc:subject>
		<dc:subject>classes sup&#233;rieures</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi les pauvres et les immigr&#233;s sont-ils si nombreux en prison ? Tentative de r&#233;ponse &#224; l'aune des sciences sociales. Parmi les d&#233;tenus incarc&#233;r&#233;s en 2014, plus de 43 % n'avaient aucun dipl&#244;me. Et 76 % ne d&#233;passaient pas le niveau CAP . En clair : les prisons fran&#231;aises sont remplies de personnes socialement d&#233;favoris&#233;es. Autre r&#233;alit&#233; : en 1999, 30 % des d&#233;tenus avaient un p&#232;re n&#233; en Afrique, contre 7,6 % dans la population g&#233;n&#233;rale . Et au 1er janvier 2018, plus de 20 % des (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/juge" rel="tag"&gt;juge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/prevenu" rel="tag"&gt;pr&#233;venu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Didier-Fassin" rel="tag"&gt;Didier Fassin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/judiciaire" rel="tag"&gt;judiciaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/juges" rel="tag"&gt;juges&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/chercheurs" rel="tag"&gt;chercheurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/classes-superieures" rel="tag"&gt;classes sup&#233;rieures&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi les pauvres et les immigr&#233;s sont-ils si nombreux en prison ? Tentative de r&#233;ponse &#224; l'aune des sciences sociales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3569 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH554/-1715-77cdb.jpg?1779627657' width='500' height='554' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi les d&#233;tenus incarc&#233;r&#233;s en 2014, plus de 43 % n'avaient aucun dipl&#244;me. Et 76 % ne d&#233;passaient pas le niveau CAP &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Statistiques de l'administration p&#233;nitentiaire.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. En clair : les prisons fran&#231;aises sont remplies de personnes socialement d&#233;favoris&#233;es. Autre r&#233;alit&#233; : en 1999, 30 % des d&#233;tenus avaient un p&#232;re n&#233; en Afrique, contre 7,6 % dans la population g&#233;n&#233;rale &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Cassan, L. Toulemon, &#171; L'histoire familiale des hommes d&#233;tenus &#187;, Insee (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et au 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; janvier 2018, plus de 20 % des prisonniers &#233;taient &#233;trangers, alors que ces derniers ne repr&#233;sentent que 7,4 % des habitants de l'Hexagone. Pourquoi cette surrepr&#233;sentation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit l'on rejoint les th&#232;ses d'extr&#234;me droite posant qu'ils commettent plus de crimes &#8211; par &#171; nature &#187; &#8211;, soit on s'arr&#234;te une seconde et on r&#233;fl&#233;chit. On constatera alors, &#224; l'instar du sociologue Didier Fassin, qu'&#224; chaque &#233;tape de la cha&#238;ne p&#233;nale, du vote des lois au prononc&#233; des jugements, &#171; &lt;i&gt;des m&#233;canismes tendent &#224; sanctionner&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;plus lourdement les actes commis dans les milieux populaires et &#224; prot&#233;ger les auteurs de d&#233;lits appartenant aux classes sup&#233;rieures&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire son interview pp. II &amp; III ou ici.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gibiers de police&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;vidence : la p&#233;nalisation des infractions de riches et celle des infractions de pauvres ne sont pas les m&#234;mes. Comme l'&#233;crivent deux chercheurs de l'universit&#233; d'Aix-Marseille, &#171; &lt;i&gt;les ill&#233;galismes des classes sup&#233;rieures sont plus souvent trait&#233;s sur un circuit non p&#233;nal (administratif, civil, transactionnel) que ceux des classes inf&#233;rieures&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Raoult, A. Derbey, &#171; La justice de classe, la nouvelle punitivit&#233; et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;. Autrement dit, le d&#233;linquant de rue en surv&#234;tement a plus de chances de finir derri&#232;re les barreaux que son homologue en col blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si l'infraction est similaire, les risques diff&#232;rent. Didier Fassin prend l'exemple de la lutte contre la drogue : &#171; &lt;i&gt;Alors que le cannabis circule dans toutes les cat&#233;gories sociales, les forces de l'ordre ne le recherchent pratiquement que dans les cit&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Et puis, il y a les contr&#244;les au faci&#232;s&#8230; une personne blanche r&#233;sidant dans un quartier bourgeois a donc beaucoup moins de chances d'&#234;tre interpell&#233;e qu'un jeune racis&#233; vivant en HLM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'influence polici&#232;re ne s'arr&#234;te pas l&#224;. Il y a quelques ann&#233;es, un sociologue et une statisticienne ont examin&#233; force jugements concernant des infractions &#224; personnes d&#233;positaires de l'autorit&#233; publique (outrages, r&#233;bellion, etc.) rendus de 1965 &#224; 2005 par un tribunal de la grande banlieue parisienne. Ils ont constat&#233; que &#171; &lt;i&gt;les policiers se constituent plus volontiers partie civile lorsque la personne qu'ils interpellent pour infraction &#224; leur encontre est n&#233;e au Maghreb ou porte un nom maghr&#233;bin&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F. Jobard, S. N&#233;vanen, &#171; La couleur du jugement : discriminations dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des discriminations &#171; l&#233;gitimes &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De nombreux &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs aux faits ont une influence sur la d&#233;cision d'un juge : son humeur du moment &lt;i&gt;[voir l'encadr&#233;]&lt;/i&gt;, son histoire personnelle, ses &#233;ventuels pr&#233;jug&#233;s racistes, etc. Les magistrats &#233;tant tr&#232;s majoritairement issus des cat&#233;gories sociales ais&#233;es &lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citant une &#233;tude de l'universit&#233; de Versailles, Le Monde (28/11/2019) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, ils peuvent se livrer &#224; une certaine solidarit&#233; de classe, se montrant plus cl&#233;ments avec des pr&#233;venus partageant avec eux un certain nombre de codes sociaux. Un justiciable parlant mal le fran&#231;ais, un accus&#233; ne ma&#238;trisant ni le langage de la justice ni le parler de la bourgeoisie, partent forc&#233;ment avec un handicap. Autre in&#233;galit&#233; flagrante : un pr&#233;venu friqu&#233; d&#233;fendu par un t&#233;nor du barreau a plus de chances de s'en tirer qu'un cr&#232;ve-la-dalle rencontrant son avocat commis d'office cinq minutes avant l'audience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines in&#233;galit&#233;s de traitement sont per&#231;ues comme l&#233;gitimes, car bas&#233;es sur des crit&#232;res &#171; objectifs &#187;. Dans nombre de d&#233;cisions judiciaires, c'est de mani&#232;re totalement assum&#233;e que la situation sociale du pr&#233;venu est prise en consid&#233;ration. En comparution imm&#233;diate par exemple, si le justiciable demande un d&#233;lai pour pr&#233;parer sa d&#233;fense, le tribunal doit choisir s'il le place ou non en d&#233;tention provisoire. Pour ce faire, il se basera large&#8202;ment sur les &#171; garanties de repr&#233;sentation &#187; : des &#233;l&#233;ments tangibles permettant de s'assurer que le pr&#233;venu se pr&#233;sentera bien &#224; l'audience suivante s'il est lib&#233;r&#233;. Contrat de travail, promesse d'embauche, attestation de formation, acte de propri&#233;t&#233;, bail de location, preuve d'attaches sociales solides : pour &#233;viter la ge&#244;le, mieux vaut vivre dans la norme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le serpent qui se mord la queue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette logique a des cons&#233;quences tr&#232;s concr&#232;tes. Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; 7 500 dossiers d&#233;lictuels durant la d&#233;cennie 2000, deux chercheurs nantais ont fait cette constatation sans appel : le risque d'&#234;tre plac&#233; en d&#233;tention provisoire est pr&#232;s de cinq fois plus &#233;lev&#233; pour les personnes n&#233;es &#224; l'&#233;tranger que pour celles qui ont vu le jour en France &lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. Gautron, J.-N. Reti&#232;re, &#171; Des destin&#233;es judiciaires p&#233;nalement et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Il est pr&#232;s de six fois plus &#233;lev&#233; pour les SDF que pour les personnes d&#233;clarant une adresse personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces discriminations syst&#233;miques fonctionnent comme un serpent qui se mord la queue : les magistrats jugeant aussi en fonction du casier judiciaire, le fait d'avoir &#233;t&#233; condamn&#233; de mani&#232;re discriminatoire maximise les probabilit&#233;s de condamnation ult&#233;rieure. Il y a au moins une cat&#233;gorie de personnes que ce ph&#233;nom&#232;ne pourrait avantager : les &#233;trangers r&#233;cemment arriv&#233;s dans l'Hexagone. Las, un sociologue lillois, ayant observ&#233; 1 066 comparutions imm&#233;diates et men&#233; des entretiens avec des magistrats, est formel : m&#234;me si son casier judiciaire fran&#231;ais est d'une virginit&#233; parfaite, ce type de pr&#233;venu est per&#231;u par les juges &#171; &lt;i&gt;comme ayant d&#233;j&#224; pu &#234;tre condamn&#233; dans son pays d'origine&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. L&#233;onard, &#171; Ces papiers qui font le jugement : in&#233;galit&#233;s entre Fran&#231;ais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &#187;. &#201;ternel suspect, futur prisonnier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La loterie judiciaire : qu'a mang&#233; le juge au petit-d&#233;jeuner ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'origine ethnico-sociale du pr&#233;venu, bien des facteurs ext&#233;rieurs aux faits influencent les d&#233;cisions des juges. Des scientifiques l'ont observ&#233; en France comme &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions politiques peuvent ainsi entrer en ligne de compte. Ce ph&#233;nom&#232;ne a &#233;t&#233; mis en lumi&#232;re par une &#233;tude&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Anwar, P. Bayer, R. Hjalmarsson, &#171; Politics in the Courtroom : Political (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; portant sur les cours criminelles su&#233;doises, dans lesquelles certains membres du jury sont directement affili&#233;s &#224; un parti politique. Conclusion : avec des jur&#233;s d'extr&#234;me droite, les condamnations d'accus&#233;s portant un nom arabe se multiplient. Dans les affaires o&#249; la victime est une femme, c'est la pr&#233;sence de jur&#233;s du parti V&#228;nster (socialiste, marxiste et f&#233;ministe) qui accro&#238;t le risque de condamnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre potentiel facteur d'influence : l'heure &#224; laquelle se d&#233;roule le proc&#232;s. Voulant tester l'adage selon lequel la justice refl&#232;te &#171; ce que le juge a mang&#233; au petit-d&#233;jeuner &#187;, des chercheurs ont analys&#233; pr&#232;s d'un millier d'audiences de demandes de lib&#233;ration conditionnelle en Isra&#235;l. Ils ont constat&#233; que les juges accordaient plus facilement cette lib&#233;ration quand ils sortaient de table. En d&#233;but de matin&#233;e, apr&#232;s la pause &#171; snack &#187; et apr&#232;s le d&#233;jeuner, la probabilit&#233; d'acceptation des demandes &#233;tait d'environ 65 %. Ce taux baissait ensuite progressivement jusqu'&#224; atteindre z&#233;ro juste avant les pauses ou la fin de journ&#233;e. Conclusion : &#171; &lt;i&gt;Nos donn&#233;es ne nous permettent pas de v&#233;rifier directement si la justice refl&#232;te ce que le juge a mang&#233; au petit-d&#233;jeuner,&lt;/i&gt; [mais] &lt;i&gt;elles sugg&#232;rent que les d&#233;cisions de justice peuvent &#234;tre influenc&#233;es par le fait que le juge ait pris une pause ou non.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Danziger, J. Levav , L. Avnaim-Pesso, &#171; &#8220;Qu'a mang&#233; le juge &#224; son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte m&#233;diatique p&#232;se &#233;galement dans la d&#233;cision judiciaire. En comparant les verdicts de cours d'assises fran&#231;aises et le contenu des journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s (TF1 et France 2) entre 2004 et 2010, deux chercheurs ont constat&#233; que quand un reportage sur un fait divers criminel &#233;tait diffus&#233; &#224; la veille du d&#233;lib&#233;r&#233;, les condamnations &#224; des peines de prison &#233;taient plus lourdes de 83 jours en moyenne &lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Philippe, &#171; Vous jurez de n'&#233;couter ni la haine ou la m&#233;chancet&#233;&#8230; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;. &#192; l'inverse, quand un reportage &#233;voquait une erreur judiciaire, le verdict &#233;tait moins s&#233;v&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Statistiques de l'administration p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F. Cassan, L. Toulemon, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.epsilon.insee.fr/jspui/bitstream/1/598/1/ip706.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'histoire familiale des hommes d&#233;tenus&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Insee premi&#232;re &lt;/i&gt;(n&#176; 706, 2000).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire son interview pp. II &amp; III ou &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Didier-Fassin-La-societe-jouit-du' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S. Raoult, A. Derbey, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-de-science-criminelle-et-de-droit-penal-compare-2018-1-page-255.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La justice de classe, la nouvelle punitivit&#233; et le faux myst&#232;re de l'inflation carc&#233;rale&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue de science criminelle et de droit p&#233;nal compar&#233;&lt;/i&gt; (2018, n&#176; 1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F. Jobard, S. N&#233;vanen, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-francaise-de-sociologie-1-2007-2-page-243.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La couleur du jugement : discriminations dans les d&#233;cisions judiciaires en mati&#232;re d'infractions &#224; agents de la force publique (1965-2005)&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Revue fran&#231;aise de sociologie&lt;/i&gt; (vol. 48, 2007). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Citant une &#233;tude de l'universit&#233; de Versailles, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/11/28/la-magistrature-un-corps-elitiste-qui-s-ouvre-tres-lentement_6020863_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le Monde&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (28/11/2019) indiquait que &#171; &lt;i&gt;63&lt;/i&gt; &lt;i&gt;% des magistrats sont issus des classes sociales les plus favoris&#233;es &#8211; p&#232;re chef d'entreprise de plus de dix salari&#233;s, de profession lib&#233;rale, cadre ou exer&#231;ant une profession intellectuelle sup&#233;rieure&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;V. Gautron, J.-N. Reti&#232;re, &#171; &lt;a href=&#034;https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01076712/document&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Des destin&#233;es judiciaires p&#233;nalement et socialement marqu&#233;es&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;La R&#233;ponse p&#233;nale : dix ans de traitement des d&#233;lits&lt;/i&gt;, Presses universitaires de Rennes, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;T. L&#233;onard, &#171; &lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/champpenal/7879&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ces papiers qui font le jugement : in&#233;galit&#233;s entre Fran&#231;ais et &#233;trangers en comparution imm&#233;diate&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Champ p&#233;nal &lt;/i&gt;(2010, vol. VII).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S. Anwar, P. Bayer, R. Hjalmarsson, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.nber.org/system/files/working_papers/w21145/w21145.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Politics in the Courtroom : Political Ideology and Jury Decision Making&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Nber.org&lt;/i&gt; (mai 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S. Danziger, J. Levav , L. Avnaim-Pesso, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-la-justice-2015-4-page-579.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#8220;Qu'a mang&#233; le juge &#224; son petit-d&#233;jeuner ?&#8221; De l'impact des conditions de travail sur la d&#233;cision de justice&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Les Cahiers de la Justice&lt;/i&gt; (2015, n&#176; 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A. Philippe, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-de-la-justice-2015-4-page-563.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Vous jurez de n'&#233;couter ni la haine ou la m&#233;chancet&#233;&#8230; Les biais affectant les d&#233;cisions de justice&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Les Cahiers de la Justice &lt;/i&gt;(2015, n&#176; 4).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Repenser la justice en terre Navajo</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Repenser-la-justice-en-terre</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Repenser-la-justice-en-terre</guid>
		<dc:date>2021-02-15T10:33:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marine Bobin</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Victor</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>peacemaking</dc:subject>
		<dc:subject>Navajo</dc:subject>
		<dc:subject>peacemaking navajo</dc:subject>
		<dc:subject>justice navajo</dc:subject>
		<dc:subject>Navajos</dc:subject>
		<dc:subject>nation navajo</dc:subject>
		<dc:subject>justice traditionnelle</dc:subject>
		<dc:subject>justices</dc:subject>
		<dc:subject>justice restauratrice</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les Navajos, plus grande nation am&#233;rindienne des &#201;tats-Unis, ont mis en place &#224; partir des ann&#233;es 1980 une justice inspir&#233;e de celle qui avait cours avant la colonisation. Ici, plut&#244;t que punir, on tente via le peacemaking de r&#233;parer les torts et de restaurer les relations bris&#233;es. Lorsqu'on laisse dans son dos la ville de Flagstaff (Arizona) et que l'on emprunte la route 89 qui m&#232;ne tout droit jusqu'&#224; Tuba City, on remarque &#224; peine, au niveau de Gray Mountain, le panneau &#171; Now entering (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Victor" rel="tag"&gt;Victor&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/peacemaking" rel="tag"&gt;peacemaking&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Navajo" rel="tag"&gt;Navajo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/peacemaking-navajo" rel="tag"&gt;peacemaking navajo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice-navajo" rel="tag"&gt;justice navajo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Navajos" rel="tag"&gt;Navajos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/nation-navajo" rel="tag"&gt;nation navajo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice-traditionnelle" rel="tag"&gt;justice traditionnelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justices" rel="tag"&gt;justices&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice-restauratrice" rel="tag"&gt;justice restauratrice&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les Navajos, plus grande nation am&#233;rindienne des &#201;tats-Unis, ont mis en place &#224; partir des ann&#233;es 1980 une justice inspir&#233;e de celle qui avait cours avant la colonisation. Ici, plut&#244;t que punir, on tente via le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; de r&#233;parer les torts et de restaurer les relations bris&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH277/-1713-647cc.jpg?1780113229' width='500' height='277' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Victor
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on laisse dans son dos la ville de Flagstaff (Arizona) et que l'on emprunte la route 89 qui m&#232;ne tout droit jusqu'&#224; Tuba City, on remarque &#224; peine, au niveau de Gray Mountain, le panneau &#171; &lt;i&gt;Now entering Navajo Nation&lt;/i&gt; &#187; signalant l'entr&#233;e de la plus grande r&#233;serve am&#233;rindienne des &#201;tats-Unis. Il faudra attendre un peu, &#234;tre attentif aux &lt;i&gt;hogans &lt;/i&gt;(maisons traditionnelles) qui pars&#232;ment le paysage, apercevoir peut-&#234;tre une berg&#232;re avec ses moutons, des vendeurs de pains frits ou de rago&#251;t de mouton sur le bord de la route pour se rendre compte qu'on est en terre navajo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur du Sud-Ouest &#233;tats-unien, les Navajos, ou &lt;i&gt;Din&#233;&lt;/i&gt; (&#171; le peuple &#187;) comme ils se nomment eux-m&#234;mes, occupent un territoire aussi grand que l'Irlande. Tuba City, la plus grande ville de la r&#233;serve, ne compte pourtant que quelques rues. Sur l'avenue principale se succ&#232;dent des fast-foods, des stations-service et les b&#226;timents officiels (mus&#233;e, biblioth&#232;que, administrations). Parmi eux, le tout nouveau &lt;i&gt;Justice Center&lt;/i&gt;, inaugur&#233; en 2013, avec son imposante prison qui surplombe la ville. Coinc&#233; entre cette prison et le tribunal, un petit &#233;difice octogonal construit en rondins de bois : il s'agit du &lt;i&gt;hogan&lt;/i&gt; dans lequel se d&#233;roule les c&#233;r&#233;monies de &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt;, la justice traditionnelle navajo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V&#233;ritable &#201;tat dans l'&#201;tat, avec son propre gouvernement depuis 1923 (et un pr&#233;sident &#233;lu tous les quatre ans), la nation navajo (173 000 habitants) est dot&#233;e d'une Cour supr&#234;me et de tribunaux bien &#224; elle, mais aussi de la premi&#232;re force de police ind&#233;pendante chez les Am&#233;rindiens, popularis&#233;e par l'auteur de polars Tony Hillerman. Si les tribunaux implant&#233;s dans la r&#233;serve sont les fid&#232;les r&#233;pliques de ceux des &#201;tats f&#233;d&#233;r&#233;s (&lt;i&gt;state courts&lt;/i&gt;), le syst&#232;me de justice navajo ne s'est toutefois pas born&#233; &#224; reproduire les institutions &#233;tats-uniennes.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un &#171; espace non accusatoire &#187; de r&#233;solution des conflits&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est au d&#233;but des ann&#233;es 1980 que les Navajos d&#233;cident de r&#233;former leur syst&#232;me de justice. Les addictions et les violences conjugales font rage dans la r&#233;serve et face au constat d'&#233;chec de la justice classique, Nelson J. McCabe, alors ministre de la Justice de la nation navajo, diligente une enqu&#234;te afin de trouver comment incorporer au syst&#232;me en place des &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s comme plus traditionnels et donc mieux adapt&#233;s. C'est ainsi qu'est instaur&#233; en 1982 le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; navajo, sous le nom de &lt;i&gt;Din&#233; traditional peacemaking&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;H&#243;zh&#243;ji Naat'aah&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crimes les plus graves d&#233;pendent encore des tribunaux f&#233;d&#233;raux, mais pour le reste, les justiciables navajos ont d&#233;sormais le choix entre un jugement devant un tribunal tribal et le recours au &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt;. Son but ? &#171; &lt;i&gt;Promouvoir un espace non accusatoire pour r&#233;soudre les conflits lorsque les deux parties impliqu&#233;es sont volontaires&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Code de la nation navajo, 7.NNC &#167;401.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il doit aboutir &#224; un consensus et une &#233;ventuelle r&#233;paration d'ordre financier ou symbolique. Le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; navajo se d&#233;finit comme une justice communautaire dont la vocation n'est pas de punir mais de r&#233;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, pas de tribunal, pas de juges, ni de banc des accus&#233;s. Les sessions de &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; se tiennent dans le &lt;i&gt;hogan&lt;/i&gt; d&#233;di&#233; et se d&#233;roulent, la plupart du temps, en langue navajo. Apr&#232;s la pri&#232;re qui ouvre la session, le &lt;i&gt;peacemaker&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;naat'&#225;ani&lt;/i&gt;) charg&#233; de conduire la s&#233;ance s'assure que les deux parties ont compris le conflit qui les a amen&#233;es ici. Puis, il invite d'autres personnes (des proches, des connaisseurs de la probl&#233;matique en question...) &#224; se joindre &#224; eux. Les participants sont assis en cercle et le &lt;i&gt;peacemaker&lt;/i&gt; guide la discussion qui se lance et veille au respect entre les participants. Il contribue aussi au dialogue en relan&#231;ant le propos ou en demandant des pr&#233;cisions, et fournit des enseignements traditionnels en lien avec le probl&#232;me rencontr&#233;. On attend notamment de lui qu'il rapproche celui-ci d'un &#233;pisode du r&#233;cit mythique originel et il est fr&#233;quent qu'il &#233;voque aussi sa propre exp&#233;rience. Contrairement &#224; ce qui se passe dans une proc&#233;dure contradictoire au tribunal, une place importante est ici laiss&#233;e aux &#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Restaurer l'harmonie dans la communaut&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; comme mode de r&#232;glement des conflits et de restauration de l'harmonie ou &lt;i&gt;h&#243;zh&#491;&#769;&lt;/i&gt;, concept-cl&#233; de la pens&#233;e navajo. Si tous les d&#233;lits peuvent &#234;tre trait&#233;s par le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt;, il est mobilis&#233;, le plus souvent, pour des infractions li&#233;es &#224; la consommation et la vente d'alcool &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;serve navajo est une r&#233;serve dite &#171; s&#232;che &#187; o&#249; la consommation comme la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ou bien des conflits de voisinage ou intrafamiliaux (divorces, gardes d'enfants). Mais le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; peut aussi &#234;tre appel&#233; &#224; g&#233;rer des cas plus graves d'atteinte aux personnes et notamment de violences faites aux femmes &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On conseille l'ouvrage de l'autrice muscogee (creek) Sarah Deer The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Dans un contexte social difficile o&#249; l'alcool et la m&#233;thamph&#233;tamine font de v&#233;ritables ravages dans la r&#233;serve &lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Quand on regarde les motifs d'incarc&#233;ration dans la r&#233;serve entre 2014 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, le &lt;i&gt;peacemaking &lt;/i&gt;n'agit pas seul et est ins&#233;r&#233; dans un r&#233;seau plus large d'aides sociales. Il permet bien souvent une prise de conscience du probl&#232;me (addiction, violence, etc.), agit comme un levier qui permet aux personnes d'accepter de demander de l'aide et les oriente ensuite vers les services concern&#233;s (Alcooliques anonymes, th&#233;rapie conjugale, aide &#224; la scolarit&#233;, travailleurs sociaux, etc.) qui continueront le travail. Ces organismes sont d'ailleurs souvent mobilis&#233;s d&#232;s la session de &lt;i&gt;peacemaking &lt;/i&gt;pour se pr&#233;senter et &#233;tablir un lien direct avec les personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour acc&#233;der au processus de &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt;, les deux parties, leurs familles et leurs proches, doivent se porter volontaires et assister ensemble &#224; la c&#233;r&#233;monie. L'importance du groupe est primordiale. Cette place laiss&#233;e au collectif trouve son origine dans le concept navajo de&lt;i&gt; K'&#233;&lt;/i&gt; qui d&#233;signe les relations et la solidarit&#233; entre un individu, sa famille et son environnement au sens large. Quand une personne ne respecte pas &lt;i&gt;K'&#233;&lt;/i&gt;, les Navajos ont coutume de dire : &#171; &lt;i&gt;Il agit comme s'il n'avait pas de proches&lt;/i&gt; &#187; &#8211; traduisant par l&#224; l'&#233;go&#239;sme de celui qui ne se conforme pas aux usages et qui &#233;chappe au contr&#244;le social du groupe. L'importance de la communaut&#233; se traduit aussi dans les termes employ&#233;s : ici il n'y a ni &#171; victime &#187; ni &#171; agresseur &#187; ; le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; se refuse &#224; ces cat&#233;gorisations. &#171; &lt;i&gt;Toute personne peut commettre une infraction ou bien &#234;tre une victime&lt;/i&gt; &#187;, rappelle d'ailleurs le guide officiel du &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt;, &#233;dit&#233; par le gouvernement navajo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but n'est pas de condamner, mais de restaurer des relations sociales mises &#224; mal et de faire retrouver aux individus des &#233;l&#233;ments identitaires navajos. Le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; peut &#234;tre ici envisag&#233; comme une extension du principe de responsabilit&#233; qui ne concerne plus l'individu isol&#233;, mais la communaut&#233; dans son ensemble. Ainsi, par le processus du &lt;i&gt;peacema&lt;/i&gt;&#8202;&lt;i&gt;king&lt;/i&gt;, la communaut&#233; permet &#224; &#171; l'accus&#233; &#187; de (re)trouver sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'(uniquement) un syst&#232;me de justice, le &lt;i&gt;peacemaking &lt;/i&gt;doit donc &#234;tre appr&#233;hend&#233; comme un dispositif qui permet de maintenir ou de r&#233;parer les relations d'interconnaissance &#224; l'&#233;chelle de la communaut&#233;. C'est une fois que la parole sera lib&#233;r&#233;e dans le groupe qu'une entente pourra &#234;tre trouv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tout le contraire d'un juge&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour arriver &#224; mener &#224; bien le travail de m&#233;diation, mais aussi de transmission du r&#233;cit mythique, il y a un outil essentiel dans le processus sans lequel rien ne serait possible : la parole. &#171; &lt;i&gt;Les mots sont sacr&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, professe le guide officiel du &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt;. La parole, telle qu'elle est envisag&#233;e, n'est pas distribu&#233;e comme dans un tribunal, elle est au contraire partag&#233;e. Le &lt;i&gt;peacemaker &lt;/i&gt;parle, &#233;change, mais n'interroge pas. Tout le contraire d'un juge. Si du &lt;i&gt;hogan&lt;/i&gt; on voit le tribunal, les pratiques y sont bien diff&#233;rentes, souligne la &lt;i&gt;peacemaker&lt;/i&gt; Fannie Kinlicheenie : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas &#224; un seul individu de d&#233;cider ce qu'il va advenir de la vie de quelqu'un, c'est une d&#233;cision qui appartient &#224; la communaut&#233;. Ce sont les gens, les proches, la famille qui doivent avoir ce pouvoir.&lt;/i&gt; &#187; Elle rench&#233;rit : &#171; &lt;i&gt;Je me suis toujours sentie mal &#224; l'aise avec le fait que ce soit une seule personne qui d&#233;cide et qui ait l'autorit&#233;, le pouvoir de faire ce qu'elle veut. &#199;a doit &#234;tre quelque chose de familial, dans la communaut&#233;, particuli&#232;rement la famille proche.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin d'une c&#233;r&#233;monie de &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; est marqu&#233;e par &lt;i&gt;n&#225;ly&#233;&#233;h&lt;/i&gt;, qui d&#233;signe la compensation dont la victime va b&#233;n&#233;ficier. Cette restitution est adress&#233;e &#224; la victime et ses proches consid&#233;r&#233;s comme &#233;galement affect&#233;s. Elle peut prendre la forme de mots (des excuses, une demande de pardon, une promesse de s'engager dans une d&#233;marche de soin), un d&#233;dommagement mat&#233;riel (une somme d'argent ou un mouton &#224; verser &#224; l'autre partie) ou d'autres actes concrets (aller aider r&#233;guli&#232;rement &#224; couper du bois par exemple). &lt;i&gt;N&#225;ly&#233;&#233;h&lt;/i&gt; permet de reconna&#238;tre le pr&#233;judice et de pr&#233;venir toute forme de ressentiment, agissant ainsi pour restaurer les relations. &#171; &lt;i&gt;Si vous faites du tort &#224; un individu, vous essayez de le r&#233;parer. Je suppose que, faute d'un meilleur terme, c'est comme la restitution&lt;/i&gt; &#187;, explique Alice, responsable des relations publiques &#224; la Cour supr&#234;me, gu&#232;re convaincue par cette traduction. En effet, &lt;i&gt;n&#225;ly&#233;&#233;h&lt;/i&gt; d&#233;passe l'action de simplement r&#233;parer ou d&#233;dommager et contient l'id&#233;e de transformer du n&#233;gatif en positif, de sorte que les Navajos disent que c'est par &lt;i&gt;n&#225;ly&#233;&#233;h&lt;/i&gt; que &lt;i&gt;h&#243;zh&#491;&#769;&#769; &lt;/i&gt; : l'harmonie est ainsi restaur&#233;e. Dans le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt;, la responsabilit&#233; est double : il y a &#224; la fois un devoir de r&#233;paration, mais &#233;galement un devoir moral et social de restaurer &lt;i&gt;h&#243;zh&#491;&#769;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Affirmer l'identit&#233; navajo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Importance du groupe, de la parole, r&#233;paration : le&lt;i&gt; peacemaking &lt;/i&gt;navajo est souvent pr&#233;sent&#233; comme appartenant &#224; la famille des justices restauratrices&lt;i&gt; [lire pp. VIII &amp; IX]&lt;/i&gt; ; mod&#232;le qui met l'accent sur la r&#233;paration et non la punition et qui laisse une place importante &#224; la communaut&#233; dans un processus participatif. Cette forme de justice, tout comme celle des ADR (&lt;i&gt;Alternative Dispute Resolution&lt;/i&gt;), leur d&#233;clinaison au civil, se d&#233;veloppe de fa&#231;on exponentielle ces derni&#232;res d&#233;cennies et beaucoup d'observateurs assimilent le&lt;i&gt; peacemaking&lt;/i&gt; &#224; ces mouvements. Le terme lui-m&#234;me renvoie d'ailleurs &#224; ce type de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat navajo ne s'y trompe pas et fait la promotion de sa justice traditionnelle en ce sens : &#171; &lt;i&gt;La Nation navajo leader de la justice restauratrice&lt;/i&gt; &#187; titrait en une le &lt;i&gt;Din&#233; Justice&lt;/i&gt;, bulletin &#233;dit&#233; par le minist&#232;re de la Justice navajo, en juillet 2012. Pourtant, parmi les praticiens et d&#233;fenseurs du &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; navajo, d'autres voix s'&#233;l&#232;vent pour pointer les diff&#233;rences et affirmer l'identit&#233; navajo de cette justice, comme celle de Robert Yazzie, ancien pr&#233;sident de la Cour supr&#234;me navajo et fervent d&#233;fenseur du &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Ce renouveau&lt;/i&gt; [du &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;assure que la justice navajo restera la justice navajo, et non un syst&#232;me import&#233; ou impos&#233;, &lt;/i&gt;&#233;crit-il &lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Life comes from it : Navajo justice concepts &#187;, New Mexico Law Review (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Le peacemaking navajo n'est pas une m&#233;thode alternative de r&#233;solution des conflits ; c'est une m&#233;thode de justice traditionnelle que les Navajos utilisent depuis des temps imm&#233;moriaux.&lt;/i&gt; &#187; Robert Yazzie a d'ailleurs forg&#233; le terme de ODR (&lt;i&gt;Original Dispute Resolution&lt;/i&gt;) afin de signifier la diff&#233;rence entre le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; et un mode alternatif de r&#233;solution des conflits non navajo. Il s'agit ici d'une critique &#224; peine voil&#233;e de la mode des justices alternatives, dont la filiation avec la cat&#233;gorie floue des justices autochtones est souvent affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, la figure du &lt;i&gt;peacemaker&lt;/i&gt; est sans doute la meilleure incarnation de cette diff&#233;rence entre le syst&#232;me navajo et d'autres mod&#232;les alternatifs. Ce sont bien souvent des a&#238;n&#233;s navajos (des hommes autant que des femmes), toujours connus et reconnus dans leur communaut&#233;. Ils sont &#233;lus par la population lors de r&#233;unions locales et choisis pour leur capacit&#233; d'&#233;coute, de calme et leur probit&#233; ; ils ne sont, en aucun cas, m&#233;diateurs professionnels. Contrairement &#224; d'autres formes de m&#233;diations non navajos, le &lt;i&gt;peacemaker&lt;/i&gt; n'est pas consid&#233;r&#233; comme neutre. Il peut &#234;tre reli&#233; aux parties impliqu&#233;es par le r&#233;seau de parent&#233; ou l'affiliation clanique. Il n'est pas consid&#233;r&#233; comme un arbitre, mais plus comme un guide respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Davantage qu'une nouvelle m&#233;thode de justice, le &lt;i&gt;peacemaking &lt;/i&gt;est surtout un symbole de la sp&#233;cificit&#233; cultu&#8202;relle ou identitaire navajo, d'o&#249; l'importance aux yeux de ses promoteurs qu'il ne soit pas assimil&#233; &#224; une forme g&#233;n&#233;rale de justice restauratrice, ce qui en r&#233;duirait la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi, de par ses particularit&#233;s et son caract&#232;re traditionnel, revendiqu&#233; par ses promoteurs et ses pratiquants, il est un moyen pour les Navajos de se r&#233;approprier un syst&#232;me juridique trop longtemps confisqu&#233; et de tenter de d&#233;coloniser un syst&#232;me de justice qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marine Bobin&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autrice d'une th&#232;se en anthropologie intitul&#233;e &#171; &#192; l'ombre des quatre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le&lt;i&gt; peacemaking &lt;/i&gt;r&#233;cup&#233;r&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D'autres initiatives de &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; existent dans plusieurs nations am&#233;rindiennes aux &#201;tats-Unis. &#192; une tout autre &#233;chelle que les Navajos, citons par exemple les nations yurok et quechan en Californie (respectivement 5 000 et 2 400 membres), protagonistes du film &lt;i&gt;Tribal Justice&lt;/i&gt; d'Anne Makepeace (2017). Dans ce touchant documentaire, on suit le quotidien de deux juges, la charismatique Abby Abinanti et la plus jeune Claudette White dans leur volont&#233; de d&#233;velopper des syst&#232;mes de &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; et de sauver leurs concitoyens d'une justice punitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, si le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; et les initiatives de justices traditionnelles proposent des r&#233;sultats int&#233;ressants quand ils sont un outil de r&#233;appropriation d'une justice confisqu&#233;e, qu'en est-il quand ils deviennent les instruments de l'&#201;tat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Canada, o&#249; les populations autochtones sont fortement impact&#233;es par le syst&#232;me p&#233;nal, des dispositifs de justice restauratrice inspir&#233;s de justices traditionnelles ont &#233;t&#233; mis en place, comme les cercles de gu&#233;rison et les cercles de sentence. Plut&#244;t que de s'attaquer aux racines des probl&#232;mes sociaux et au racisme structurel qui entra&#238;nent massivement les populations autochtones derri&#232;re les barreaux, ces politiques visent &#224; &#233;tablir une justice qui serait plus &#171; culturellement &#187; adapt&#233;e. Peu importe si ce &#171; culturellement &#187; pousse &#224; implanter des cercles de sentence, inspir&#233;s des traditions de certains peuples am&#233;rindiens, aupr&#232;s d'autres populations, inuits par exemple, qui ne s'identifient pas &#224; ce genre de pratiques. Ainsi, avec ces exp&#233;rimentations l'&#201;tat pourrait avoir trouv&#233; le moyen de l&#233;gitimer son intervention aupr&#232;s des populations autochtones.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des critiques se font aujourd'hui entendre pour d&#233;noncer une justice r&#233;cup&#233;r&#233;e et impos&#233;e par le haut. Robert Yazzie, ancien pr&#233;sident de la Cour supr&#234;me navajo, r&#233;sume cela, non sans ironie, en prenant un exemple de l'h&#233;misph&#232;re Sud : &#171; &lt;i&gt;Le droit traditionnel maori a eu beaucoup d'influence sur les conf&#233;rences familiales en Nouvelle-Z&#233;lande. Qu'a fait le gouvernement n&#233;o-z&#233;landais&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Plut&#244;t que de dire aux Maoris : &#8220;Allez-y et utilisez vos m&#233;thodes traditionnelles de r&#233;solution des conflits, nous vous aiderons et reconna&#238;trons votre d&#233;cision&#8221;, il a dit : &#8220;Nous allons prendre votre proc&#233;dure, l'incorporer, m&#234;me si ce n'est pas notre justice, et l'utiliser sur vous.&#8221; Les conf&#233;rences familiales ont ensuite &#233;t&#233; essay&#233;es en Australie o&#249; la police a dit : &#8220;H&#233;, les Aborig&#232;nes, nous avons une chouette proc&#233;dure maorie pour vous ! Amenez vos enfants &#224; la police.&#8221;&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait d'un texte de Robert Yazzie publi&#233; dans un ouvrage collectif (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Code de la nation navajo, 7.NNC &#167;401.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La r&#233;serve navajo est une r&#233;serve dite &#171; s&#232;che &#187; o&#249; la consommation comme la vente d'alcool sont interdites.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On conseille l'ouvrage de l'autrice muscogee (creek) Sarah Deer &lt;i&gt;The Beginning and End of Rape&lt;/i&gt;&#8239;&lt;i&gt; : Confronting Sexual Violence in Native America&lt;/i&gt; (University of Minnesota Press, Minneapolis, 2015), qui analyse la question du viol comme inh&#233;rent &#224; l'entreprise coloniale. S'int&#233;ressant &#224; la mani&#232;re de r&#233;pondre aux violences faites aux femmes, elle livre une critique du recours au &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; dans ces cas-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Quand on regarde les motifs d'incarc&#233;ration dans la r&#233;serve entre 2014 et 2016, on se rend compte que l'alcool est une des causes principales qui envoie des Navajos derri&#232;re les barreaux. En 2014, sur 137 personnes en prison, 86 le sont pour des faits directement li&#233;s &#224; l'alcool ou aux autres drogues. &#192; ces chiffres il faudrait rajouter les crimes (notamment les violences) commis sous l'empire de l'alcool, mais qui n'apparaissent pas comme tels dans les statistiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Life comes from it : Navajo justice concepts &#187;, &lt;i&gt;New Mexico Law Review &lt;/i&gt;(printemps 1994).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Autrice d'une th&#232;se en anthropologie intitul&#233;e &#171; &lt;i&gt;&#192; l'ombre des quatre montagnes sacr&#233;es : prison, justice, et qu&#234;te de souverainet&#233; en terre navajo&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Extrait d'un texte de Robert Yazzie publi&#233; dans un ouvrage collectif coordonn&#233; par Catherine Bell et David Kahane, &lt;i&gt;Intercultural Dispute Resolution in Aboriginal Contexts&lt;/i&gt; (UBC Press, Vancouver, 2004).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La justice, peine perdue ? </title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-justice-peine-perdue</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/La-justice-peine-perdue</guid>
		<dc:date>2021-02-04T23:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Jeremy Boulard Le Fur</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>faut</dc:subject>
		<dc:subject>droit</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>judiciaire</dc:subject>
		<dc:subject>jamais</dc:subject>
		<dc:subject>rendre justice</dc:subject>
		<dc:subject>jour</dc:subject>
		<dc:subject>cour</dc:subject>
		<dc:subject>Conseil</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cens&#233;e prot&#233;ger les faibles face aux puissants, la justice fran&#231;aise garde une f&#226;cheuse tendance &#224; &#233;pargner les riches et enfoncer les pauvres. Surtout, elle privil&#233;gie une mani&#232;re brutale de r&#233;soudre les conflits : la peine, souvent de prison. Ailleurs dans le monde, d'autres fa&#231;ons de rendre justice se d&#233;veloppent pourtant&#8230; C'est une fable de Jean de la Fontaine, l'histoire d'une terrible &#233;pid&#233;mie de peste au royaume des animaux. &#171; Ils ne mouraient pas tous, &#233;crit-il, mais tous &#233;taient (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Jeremy-Boulard-Le-Fur" rel="tag"&gt;Jeremy Boulard Le Fur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faut" rel="tag"&gt;faut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/droit" rel="tag"&gt;droit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/judiciaire" rel="tag"&gt;judiciaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jamais" rel="tag"&gt;jamais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/rendre-justice" rel="tag"&gt;rendre justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jour" rel="tag"&gt;jour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/cour" rel="tag"&gt;cour&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Conseil" rel="tag"&gt;Conseil&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cens&#233;e prot&#233;ger les faibles face aux puissants, la justice fran&#231;aise garde une f&#226;cheuse tendance &#224; &#233;pargner les riches et enfoncer les pauvres. Surtout, elle privil&#233;gie une mani&#232;re brutale de r&#233;soudre les conflits : la peine, souvent de prison. Ailleurs dans le monde, d'autres fa&#231;ons de rendre justice se d&#233;veloppent pourtant&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3553 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH463/-1705-2ce58.jpg?1779637503' width='500' height='463' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une fable de Jean de la Fontaine, l'histoire d'une terrible &#233;pid&#233;mie de peste au royaume des animaux. &#171; &lt;i&gt;Ils ne mouraient pas tous&lt;/i&gt;, &#233;crit-il, &lt;i&gt;mais tous &#233;taient frapp&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Convoquant ses sujets, le lion pr&#233;tend que la maladie est un ch&#226;timent divin et que seule une mise &#224; mort pourrait calmer le ciel : &#171; &lt;i&gt;Que le plus coupable de nous se sacrifie. &lt;/i&gt; &#187; Beau joueur, le f&#233;lin avoue qu'il a croqu&#233; divers moutons et bergers qui ne lui avaient rien fait. &#171; &lt;i&gt; Sire, dit le renard, vous &#234;tes trop bon roi ; vos scrupules font voir trop de d&#233;licatesse ; et bien, manger moutons, canaille, sotte esp&#232;ce, est-ce un p&#233;ch&#233; ? &lt;/i&gt; &#187; Flatteurs en t&#234;te, l'assembl&#233;e conclut que non. Le fabuliste poursuit : &#171; &lt;i&gt; On n'osa trop approfondir du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances, les moins pardonnables offenses. &lt;/i&gt; &#187; Puis l'&#226;ne confesse avoir, un jour, croqu&#233; quelques brins d'herbe dans un pr&#233; qui ne lui appartenait pas. &#171; &lt;i&gt; Sa peccadille fut jug&#233;e un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n'&#233;tait capable d'expier son forfait : on le lui fit bien voir. Selon que vous serez puissant ou mis&#233;rable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis le XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et l'&#233;criture des &lt;i&gt;Animaux malades de la peste&lt;/i&gt;, la justice a-t-elle tellement chang&#233; ? Au fond, c'est toujours la m&#234;me histoire faisand&#233;e. Christine Lagarde, patronne du Fonds mon&#233;taire international, reconnue coupable d'avoir fait perdre pr&#232;s de 400 millions d'euros &#224; l'&#201;tat en favorisant un arbitrage frauduleux au b&#233;n&#233;fice de Bernard Tapie ? Dispens&#233;e de peine. A., jeune Marocain, ayant vol&#233; un t&#233;l&#233;phone &#224; Barb&#232;s ? Trois mois de prison ferme&lt;i&gt; [lire p. V]&lt;/i&gt;. Dignes reflets des in&#233;galit&#233;s de la soci&#233;t&#233;, les tribunaux de 2021 continuent de rendre une justice de classe &#8211; et de race. Un ph&#233;nom&#232;ne syst&#233;mique, r&#233;pondant &#224; des logiques assez bien identifi&#233;es par les sciences sociales &lt;i&gt;[p. IV]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a des contre-exemples. Il arrive que des puissants soient condamn&#233;s et chaque jour, dans tel ou tel tribunal de France, des mis&#233;reux arrachent la cl&#233;mence des juges. Insistant sur cet aspect des choses, la revue &lt;i&gt;Les Cahiers de la Justice&lt;/i&gt;, co&#233;dit&#233;e par l'&#201;cole nationale de la magistrature, publiait en 2017 un &#233;dito intitul&#233; &#171; Justice de classe, vraiment ? &#187;. Elle y posait les questions suivantes : &#171; &lt;i&gt;Que serait le monde ouvrier sans le droit du travail, les syndicats et les prudhommes ? Peut-on dire que le droit du licenciement (et toute la jurisprudence qui s'en est suivie) est fait contre les salari&#233;s ? &lt;/i&gt; &#187; Certes non : des jugements viennent chaque jour temp&#233;rer la toute-puissance patronale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais combien de d&#233;cisions judiciaires couvrent les agissements frauduleux d'employeurs ? Et quelles connaissances faut-il mobiliser, quel imbitable jargon faut-il se mettre &#224; parler, quelle &#233;nergie faut-il d&#233;baucher pour obtenir un morceau de justice ! Du c&#244;t&#233; d'Arles, les travailleurs agricoles immigr&#233;s employ&#233;s par l'entreprise Laboral Terra dans des conditions parfois proches du servage le savent bien : sans l'aide du Codetras, un collectif de soutien juridique, ils n'auraient jamais pu faire condamner leurs patrons &#8211; et encore, le jugement ne fut pas &#224; la hauteur de leurs attentes &lt;i&gt;[p. VII]&lt;/i&gt;. Quant aux accusations de harc&#232;lement sexuel formul&#233;es par deux employ&#233;es, elles prennent toujours la poussi&#232;re sur le bureau d'un juge d'instruction d'Avignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Dira-t-on que la protection de l'enfance en danger cherche &#224; opprimer les enfants des plus pauvres ?&lt;/i&gt;, interrogeaient encore Les &lt;i&gt;Cahiers de la Justice&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Il faut ne pas avoir mis les pieds dans un tribunal pour ignorer que les droits sont valables pour tous.&lt;/i&gt; &#187; Il faut surtout sacr&#233;ment se voiler la face pour nier que les magistrats jugent parfois au m&#233;pris du droit et de ceux de la d&#233;fense. Il faut n'avoir jamais caus&#233; avec une avocate en droit des &#233;trangers pour m&#233;conna&#238;tre que quand il s'agit de mettre injustement en doute le jeune &#226;ge d'un mineur &#233;tranger isol&#233;, les juges des enfants se font trop souvent complices des D&#233;partements (en dessous de 18 ans, le Conseil d&#233;partemental est tenu de le prendre en charge). Il faut n'avoir jamais assist&#233; &#224; une comparution imm&#233;diate pour ignorer qu'on y condamne &#224; des mois de cabane au terme d'un petit quart d'heure de proc&#232;s b&#226;cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'institution a des circonstances att&#233;nuantes. Elle manque de moyens : chaque ann&#233;e, la France consacre &#224; la justice 70 &#8364; par habitant &#8211; l'Allemagne 131, la Suisse 220 (l'Arm&#233;nie 8). Et puis, juger n'est pas chose ais&#233;e : risquer chaque jour d'innocenter un coupable ou de condamner un innocent, il y a de quoi cauchemarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout de m&#234;me. Que dire de la justice au moment des Gilets jaunes ? Que penser de tous ces magistrats au garde-&#224;-vous, des peines d'interdiction de manifester qu'ils ont pu infliger ? Que comprendre de l'indigent traitement judiciaire des violences polici&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, l'univers du droit daigne aussi, parfois, prot&#233;ger un tantinet les libert&#233;s. Quand le Conseil d'&#201;tat r&#233;affirme l'interdiction des drones policiers, ou quand le Conseil constitutionnel censure telle ou telle folie l&#233;gislative macronienne, on se dit que oui, le principe de la s&#233;paration des pouvoirs, &#231;a a du bon. Et que la justice permet heureusement d'att&#233;nuer l'arbitraire politico-administratif. Mais les personnes qui contr&#244;lent l'ex&#233;cutif, le l&#233;gi&#8202;latif et le judiciaire appartiennent au m&#234;me monde. Elles partagent des int&#233;r&#234;ts communs. Combien de lois scandaleuses ont-ils laiss&#233; passer, les soi-disant &#171; Sages &#187; de la rue de Montpensier ? Combien d'injustes assignations &#224; r&#233;sidence ont-ils valid&#233;es, les tribunaux administratifs, pendant l'&#233;tat d'urgence antiterroriste ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La galaxie judiciaire fran&#231;aise a une autre tare majeure. Elle est trop souvent p&#233;nale, mue par une unique obsession : le ch&#226;timent. Et donc la prison &lt;i&gt;[pp. II &amp; III]&lt;/i&gt;. Comme si rendre justice ne consistait qu'&#224; punir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, les Najavos, qui disposent de leur propre syst&#232;me judiciaire, ont renou&#233; depuis les ann&#233;es 1980 avec un mod&#232;le traditionnel radicalement diff&#233;rent : le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[pp. X &amp; XI]&lt;/i&gt;. Victime et agresseur peuvent choisir de dialoguer, accompagn&#233;s de leurs proches et d'un m&#233;diateur, pour parvenir &#224; une r&#233;solution du conflit en se mettant d'accord sur une r&#233;paration : des mots, une indemnisation mat&#233;rielle, des actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inspir&#233;es par de telles pratiques de peuples autochtones, des formes de justice dites &#171; restaurative &#187; et &#171; trans&#8202;formative &#187; se d&#233;veloppent actuellement dans le monde anglo-saxon &lt;i&gt;[pp. VIII &amp; IX]&lt;/i&gt;. Si la justice restaurative a tendance &#224; &#234;tre incor&#8202;por&#233;e par le syst&#232;me p&#233;nal, la justice transformative se pratique pour l'instant en dehors des institutions, au sein de groupes sociaux opprim&#233;s n'ayant rien &#224; attendre du monde judiciaire classique. Certainement pas exempts de tout reproche, ces mod&#232;les alternatifs ont le m&#233;rite d'ouvrir un autre imaginaire qui permettra peut-&#234;tre, un jour, de vraiment rendre justice.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le dernier mot &#224; la d&#233;fense : la justice, parfois, sait faire de la po&#233;sie. La preuve en fut donn&#233;e le 7 septembre 1995 par la cour d'appel de Riom (Puy-de-D&#244;me). Dans un hameau perdu, un habitant se plaignait du poulailler de ses voisins. Le tribunal de Clermont-Ferrand lui avait donn&#233; raison, ordonnant la destruction du poulailler. Mais le jugement d'appel prit joliment le parti des gallinac&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Attendu que la poule est un animal anodin et stupide, au point que nul n'est encore parvenu &#224; le dresser, pas m&#234;me un cirque chinois ; que son voisinage comporte beaucoup de silence, quelques tendres gloussements et des caqu&#232;tements qui vont du joyeux (ponte d'un &#339;uf) au serein (d&#233;gustation d'un ver de terre) en passant par l'affol&#233; (vue d'un renard) ; que ce paisible voisinage n'a jamais incommod&#233; que ceux qui, pour d'autres motifs, nourrissent du courroux &#224; l'&#233;gard des propri&#233;taires de ces gallinac&#233;s ; que la cour ne jugera pas que le bateau importune le marin, la farine le boulanger, le violon le chef d'orchestre, et la poule un habitant du lieu-dit La Rochette, village de Sall&#232;des (402 &#226;mes) dans le d&#233;partement du Puy-de-D&#244;me... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ces motifs donc, le poulailler fut momentan&#233;ment sauv&#233;. La Cour de cassation, toutefois, finit par annuler ce joli jugement. Sans doute n'aime-t-elle pas la po&#233;sie. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Au sommaire du n&#176;195</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no195</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no195</guid>
		<dc:date>2021-02-04T23:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>une1_sommaire</dc:subject>
		<dc:subject>Sommaire</dc:subject>
		<dc:subject>une_focus</dc:subject>
		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
		<dc:subject>6col</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>France</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;cit</dc:subject>
		<dc:subject>collectif</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>num&#233;ro</dc:subject>
		<dc:subject>droits</dc:subject>
		<dc:subject>Didier Fassin</dc:subject>
		<dc:subject>punir</dc:subject>
		<dc:subject>Nelly Kaplan</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En couverture : &#171; Justice : l'obsession punitive &#187; (par &#201;milie Seto)&#173; Quelques articles seront mis en ligne au cours du mois. Les autres seront archiv&#233;s sur notre site progressivement, apr&#232;s la parution du prochain num&#233;ro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer votre marchand de journaux ou de vous abonner... Actualit&#233;s d'ici &amp; d'ailleurs Acc&#232;s aux droits des &#233;trangers : Covid, la gal&#232;re de plus &#8211; Pand&#233;mie oblige, c'est d&#233;sormais uniquement par internet que les &#233;trangers (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;195 (f&#233;vrier 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/une1_sommaire" rel="tag"&gt;une1_sommaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sommaire" rel="tag"&gt;Sommaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/une_focus" rel="tag"&gt;une_focus&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/6col" rel="tag"&gt;6col&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/recit" rel="tag"&gt;r&#233;cit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/numero-943" rel="tag"&gt;num&#233;ro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/droits" rel="tag"&gt;droits&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Didier-Fassin" rel="tag"&gt;Didier Fassin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/punir" rel="tag"&gt;punir&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nelly-Kaplan" rel="tag"&gt;Nelly Kaplan&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L106xH150/zz_une-cqfd195-b7434.jpg?1779930526' class='spip_logo spip_logo_right' width='106' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En couverture : &#171; Justice : l'obsession punitive &#187; (par &lt;a href=&#034;http://www.emilieseto.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#201;milie Seto&lt;/a&gt;)&#173;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelques articles seront mis en ligne &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no195-fevrier-2021' class=&#034;spip_in&#034;&gt;au cours du mois&lt;/a&gt;. Les autres seront archiv&#233;s sur notre site progressivement, apr&#232;s la parution du prochain num&#233;ro. Ce qui vous laisse tout le temps d'aller saluer &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Ou-nous-trouver' class=&#034;spip_in&#034;&gt;votre marchand de journaux&lt;/a&gt; ou de &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Abonnement-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;vous abonner&lt;/a&gt;...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Actualit&#233;s d'ici &amp; d'ailleurs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Acc&#232;s aux droits des &#233;trangers : Covid, la gal&#232;re de plus &lt;/strong&gt; &#8211; Pand&#233;mie oblige, c'est d&#233;sormais uniquement par internet que les &#233;trangers doivent adresser leurs demandes aux pr&#233;fectures. Sauf que les r&#233;ponses de l'administration sont rares. D&#233;j&#224; malmen&#233; d'ordinaire, leur acc&#232;s aux droits subit de nouvelles entraves. Cas pratique dans les Bouches-du-Rh&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Chasse aux migrants : &#171; &lt;i&gt;&#199;a ne peut pas arriver en France, tout de m&#234;me ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; L'hiver froid et humide n'y change rien : plusieurs fois par semaine, les pr&#233;fectures du Nord et du Pas-de-Calais font d&#233;manteler des campements de migrants, d&#233;truisant leurs tentes voire leurs effets personnels. Des op&#233;rations indignes que les forces de l'ordre tentent de cacher : &#224; plusieurs reprises, le photographe Louis Witter et le journaliste Simon Hamy se sont vu refuser l'acc&#232;s aux lieux. R&#233;cit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;La solidarit&#233; pro-palestinienne est un sport de combat&lt;/strong&gt; &#8211; Fin 2020, une s&#233;rie de d&#233;tournements de panneaux publicitaires par le collectif toulousain Palestine vaincra a provoqu&#233; une d&#233;ferlante de r&#233;actions outranci&#232;res de la part du camp sioniste : diffamation, menaces, appels &#224; la dissolution de l'organisation... En moins de deux ans d'existence, le collectif &#224; endur&#233; plusieurs s&#233;ries d'attaques de ce genre. Rencontre avec deux de ses membres, Sira et Tom.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3555 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH430/-1707-85787.jpg?1779930526' width='500' height='430' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Collage de 6Col
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Uber Eats, Deliveroo&#8230; &#171; &lt;i&gt;Ils se gavent pendant qu'on mange des pierres &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Wyssem travaille &#224; moto pour une grande plateforme num&#233;rique de livraison de repas &#224; domicile. Protection sociale au rabais, r&#233;mun&#233;ration &#224; la t&#226;che sans minimum salarial assur&#233; : il est auto-entrepreneur. Chaque jour de plus en plus r&#233;volt&#233;, il a rejoint un collectif de lutte pour les droits des livreurs. R&#233;cit cartographique de son quotidien dans l'Ouest parisien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Opposition am&#233;rindienne &#224; Bolsonaro : &#171; Notre r&#233;sistance, c'est de raconter cette histoire &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Dans la r&#233;gion du sert&#227;o, au nord-est du Br&#233;sil, le peuple autochtone des Pankararu r&#233;siste aux pressions pour continuer &#224; occuper librement ses terres, spoli&#233;es pendant la colonisation portugaise. Alors que l'administration Bolsonaro tente de les spolier, ils ne l&#226;chent pas le combat. Reportage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Courrier d'une autre Am&#233;rique : De la guerre de S&#233;cession au Capitole&lt;/strong&gt; &#8211; Camionneur &#224; la retraite, John Marcotte a milit&#233; au sein d'un courant marxiste humaniste influenc&#233; par l'intellectuel carib&#233;en C.L.R. James. Depuis l'an dernier, il nous envoie r&#233;guli&#232;rement d'outre-Atlantique ses analyses sur une nation gangren&#233;e par le racisme depuis ses origines. Ce mois-ci, il revient sur l'invasion du Capitole le 6 janvier dernier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dossier &#171; L'obsession punitive &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/La-justice-peine-perdue' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La justice, peine perdue ?&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt; &#8211; Cens&#233;e prot&#233;ger les faibles face aux puissants, la justice fran&#231;aise garde une f&#226;cheuse tendance &#224; &#233;pargner les riches et enfoncer les pauvres....&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3554 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1706.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH709/-1706-d6b64.jpg?1779930527' width='500' height='709' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Didier Fassin : &#171; &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; jouit du ch&#226;timent par d&#233;l&#233;gation&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Qu'est-ce que punir ? Pourquoi punir ? Qui punit-on ? En 2017, le sociologue Didier Fassin tentait de r&#233;pondre &#224; ces questions dans un stimulant essai, Punir : une passion contemporaine. Mettant les th&#233;ories de la peine &#224; l'&#233;preuve d'observations ethnographiques, il critiquait s&#233;v&#232;rement le &#171; moment punitif &#187; que nous vivons depuis une quarantaine d'ann&#233;es. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Condamn&#233;s d'avance&lt;/strong&gt; &#8211; Pourquoi les pauvres et les immigr&#233;s sont-ils si nombreux en prison ? Tentative de r&#233;ponse &#224; l'aune des sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Un t&#233;l&#233;phone vol&#233;, 3 mois ferme&lt;/strong&gt; &#8211; Au tribunal de Paris, la 23e chambre est celle des comparutions imm&#233;diates. On y traite &#224; la cha&#238;ne la petite d&#233;linquance urbaine, on y entend souvent les mots &#171; vol &#187; et &#171; stup&#233;fiants &#187; ; on n'y parle pas toujours fran&#231;ais et on la quitte souvent pour remplir les prisons. R&#233;cit d'un apr&#232;s-midi de janvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Il &#233;tait une fois le &#171; bon juge &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; En 1898, la relaxe d'une voleuse de pain affam&#233;e le rendit c&#233;l&#232;bre. Au lieu d'accabler mendiants, vagabonds et femmes adult&#232;res, Paul Magnaud pointait la responsabilit&#233; de la soci&#233;t&#233; dans leur malheur. Refusant d'appliquer les lois qui lui paraissaient injustes, ce magistrat inventa l'&#233;tat de n&#233;cessit&#233; : si elle a &#233;t&#233; commise pour sauvegarder un int&#233;r&#234;t sup&#233;rieur, une infraction peut &#234;tre l&#233;gitime. Portrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Le droit au secours des sans-droits&lt;/strong&gt; &#8211; Assurer le lien avec les avocats, r&#233;colter de l'argent pour payer les frais de justice, r&#233;unir les pi&#232;ces d'un dossier de prud'hommes... Depuis 2003, le Codetras (Collectif de d&#233;fense des travailleur&#183;ses saisonnier&#183;es &#233;tranger&#183;es de l'agriculture) se saisit du droit pour d&#233;fendre ceux de personnes exploit&#233;es. Histoire d'une lutte de longue haleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Entretien avec Gnewola Ricordeau &#8211; Justice restaurative, justice transformative : des alternatives ?&lt;/strong&gt; &#8211; Pour &#233;viter les d&#233;g&#226;ts humains caus&#233;s par le syst&#232;me p&#233;nal ou simplement pallier certaines de ses insuffisances, de nouvelles formes de justice ont &#233;clos dans le monde anglo-saxon. Souvent bas&#233;s sur un dialogue impliquant l'auteur des violences, la victime et leurs proches, ces mod&#232;les visent &#224; &#171; gu&#233;rir &#187; les uns comme les autres, &#224; &#171; restaurer &#187; les liens sociaux bris&#233;s voire &#224; transformer le contexte social ayant permis l'agression. Explications avec l'universitaire Gwenola Ricordeau, qui milite de longue date pour l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Repenser la justice en terre Navajo&lt;/strong&gt; &#8211; Les Navajos, plus grande nation am&#233;rindienne des &#201;tats-Unis, ont mis en place &#224; partir des ann&#233;es 1980 une justice inspir&#233;e de celle qui avait cours avant la colonisation. Ici, plut&#244;t que punir, on tente via le &lt;i&gt;peacemaking&lt;/i&gt; de r&#233;parer les torts et de restaurer les relations bris&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Pratikopratik : Ami&#183;e, si tu tombes...&lt;/strong&gt; &#8211; Quelques informations de base pour faire face au syst&#232;me judiciaire en cas d'arrestation en manif.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les chroniques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Je vous &#233;cris de l 'Ehpad (&#233;pisode 3) : &#171; &lt;i&gt; Oh la barbe ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Quatri&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Du c&#244;t&#233; des bouquins&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;&#171; Cap sur l'utopie : &#171; Nelly Kaplan - &#171; &lt;i&gt;Sorci&#232;res, &#224; vos balais ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt; &#8211; Retour sur la trajectoire de Nelly Kaplan, n&#233;e en 1931, r&#233;alisatrice du mythique film &lt;i&gt;La Fianc&#233;e du pirate&lt;/i&gt; (1969) et axe de r&#233;f&#233;rence explosif des p&#233;troleuses des ann&#233;es-barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Destination Fort-de-France&lt;/strong&gt; &#8211; Des Juifs, des r&#233;publicains espagnols ou encore des opposants au nazisme qui embarquent par milliers depuis la France, entre 1940 et 1941, pour rejoindre la Martinique. C'est cette histoire m&#233;connue que raconte &#201;ric Jennings dans &lt;i&gt;Les Bateaux de l'espoir : Vichy, les r&#233;fugi&#233;s et la fili&#232;re martiniquaise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et aussi...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;L'&#233;dito&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/L-arbitraire-a-decouvert' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'arbitraire &#224; d&#233;couvert&lt;/a&gt; / &lt;strong&gt;&#199;a br&#251;le !&lt;/strong&gt; : R&#233;v&#233;lations choc / &lt;strong&gt;Les bonnes nouvelles du mois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; &lt;strong&gt;Horoscope&lt;/strong&gt; / &lt;strong&gt;Abonnement&lt;/strong&gt; (&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Abonnement-don' class=&#034;spip_in&#034;&gt;par ici&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_3559 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;37&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/pdf/-30.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 657.2 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1779602969' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La une du num&#233;ro 195 de CQFD en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Quand ils ressortent, ils sont beaucoup plus en col&#232;re... &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Quand-ils-ressortent-ils-sont</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Quand-ils-ressortent-ils-sont</guid>
		<dc:date>2020-11-04T16:45:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'on</dc:subject>
		<dc:subject>prison</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>jeunes</dc:subject>
		<dc:subject>mineurs</dc:subject>
		<dc:subject>Carlos Lopez</dc:subject>
		<dc:subject>CEF</dc:subject>
		<dc:subject>centres &#233;ducatifs</dc:subject>
		<dc:subject>centres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re de traitement de la d&#233;linquance, l'esprit du temps est davantage &#224; la r&#233;pression carc&#233;rale qu'&#224; l'innovation &#233;ducative. Une tendance que d&#233;nonce Carlos Lopez, &#233;ducateur, syndicaliste et militant &#224; l'Observatoire international des prisons. Interview. Le 1er juillet, le minist&#232;re de la Justice d&#233;nombrait 670 mineurs &#233;crou&#233;s. La plupart dans des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM), les autres dans les quartiers d&#233;di&#233;s des prisons pour adultes. Mais l'archipel (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no191-octobre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;191 (octobre 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/jeunes" rel="tag"&gt;jeunes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mineurs" rel="tag"&gt;mineurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Carlos-Lopez" rel="tag"&gt;Carlos Lopez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CEF" rel="tag"&gt;CEF&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/centres-educatifs" rel="tag"&gt;centres &#233;ducatifs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/centres" rel="tag"&gt;centres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de traitement de la d&#233;linquance, l'esprit du temps est davantage &#224; la r&#233;pression carc&#233;rale qu'&#224; l'innovation &#233;ducative. Une tendance que d&#233;nonce Carlos Lopez, &#233;ducateur, syndicaliste et militant &#224; l'Observatoire international des prisons. Interview.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3472 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH422/-1637-5269f.jpg?1779603683' width='400' height='422' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L. L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; juillet, le minist&#232;re de la Justice d&#233;nombrait 670 mineurs &#233;crou&#233;s. La plupart dans des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires pour mineurs (EPM), les autres dans les quartiers d&#233;di&#233;s des prisons pour adultes. Mais l'archipel d'enfermement des adolescents ne s'arr&#234;te pas l&#224; : en plus des jeunes &#233;trangers qui attendent avec leurs parents leur expulsion en centre de r&#233;tention administrative, plusieurs centaines d'adolescents sont boucl&#233;s dans des centres &#233;ducatifs ferm&#233;s (CEF). Une r&#233;ponse coercitive &#224; la d&#233;linquance qui accapare les budgets &#8211; au d&#233;triment des structures ouvertes &#8211; et l'attention des gouvernements : &#224; la cinquantaine de CEF ouverts depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, la Macronie a promis d'en ajouter vingt suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Chez les s&#233;curitaires de tout poil, &lt;/i&gt;d&#233;nonce Carlos Lopez, &lt;i&gt;il y a toujours cet id&#233;al illusoire : trouver le projet parfait m&#234;lant &#233;ducation et incarc&#233;ration, puisque bien s&#251;r, tout va &#234;tre r&#233;solu par les murs&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#201;ducateur &#224; la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), notre interlocuteur travaille du c&#244;t&#233; de Clermont-Ferrand dans une Unit&#233; &#233;ducative d'activit&#233;s de jour (UEAJ) : une structure ouverte o&#249; sont accueillis &#171; &lt;i&gt;en grande majorit&#233; des jeunes sous main de justice&lt;/i&gt; &#187;, pour des &#171; &lt;i&gt;activit&#233;s sociales, scolaires et professionnelles : il s'agit d'essayer de les remobiliser&lt;/i&gt; &#187;. Ancien membre de la direction du Syndicat national des personnels de l'&#233;ducation et du social (SNPES-PJJ/FSU), Carlos Lopez fait aussi partie du conseil d'administration de la section fran&#231;aise de l'Observatoire international des prisons (OIP).&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui sont les adolescents qu'on enferme en prison ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#233;j&#224;, on peut remarquer que plus de 80 % des enfants incarc&#233;r&#233;s n'ont pas (encore ?) &#233;t&#233; condamn&#233;s : ils sont en d&#233;tention provisoire. Chez les adultes, la proportion est plut&#244;t inverse. Ces jeunes sont majoritairement poursuivis pour des faits relevant du tribunal correctionnel (vol simple, violences, d&#233;gradations, etc.) ; on n'est donc pas dans l'image de l'enfant criminel. Ce qu'on peut dire aussi, c'est que les adolescents d&#233;tenus viennent surtout des milieux les plus pauvres : ils sont souvent issus des quartiers populaires, avec des parcours de vie difficiles, des conditions de vie sur les plans social et mat&#233;riel extr&#234;mement d&#233;grad&#233;es. Il y a aussi beaucoup de MNA &lt;i&gt;[&#8220;mineurs non accompagn&#233;s&#8221;, anciennement appel&#233;s &#8220;mineurs &#233;trangers isol&#233;s&#8221;]&lt;/i&gt;. &#199;a tient notamment au fait que contrairement &#224; beaucoup d'autres jeunes, les MNA ne disposent souvent d'aucune garantie de repr&#233;sentation, notamment d'un domicile ; les juridictions ont donc tendance &#224; les incarc&#233;rer plus facilement &lt;i&gt;[pour s'assurer qu'ils ne disparaissent pas dans la nature]&lt;/i&gt;. Derni&#232;re chose : les enfants qu'on met en prison sont dans leur grande majorit&#233; des gar&#231;ons. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En dehors de l'incarc&#233;ration proprement dite, il existe aussi des centres &#233;ducatifs ferm&#233;s (CEF), d&#233;crits par leurs partisans comme une alternative &#224; la prison...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce sont de vrais lieux de privation de libert&#233;, avec une double fermeture. D'abord, une fermeture physique, avec des barri&#232;res, des syst&#232;mes de surveillance &#233;lectronique, etc. Mais aussi une fermeture juridique : une fugue peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une &#233;vasion et donner lieu &#224; une r&#233;vocation du placement &#8211; et donc &#224; une incarc&#233;ration. C'est notamment pour &#231;a que la Commission nationale consultative des droits de l'Homme a estim&#233; que les CEF sont souvent des &#8220;&lt;i&gt;antichambres de la prison&lt;/i&gt;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enfermement des mineurs repose en partie sur l'id&#233;e qu'il produirait une sorte de choc, entra&#238;nant chez le jeune une remise en question. En r&#233;alit&#233;, quel effet &#231;a peut avoir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour faire un vrai travail &#233;ducatif, il faut que l'enfant adh&#232;re un minimum. Or, en CEF comme en prison, il n'a pas le choix. Et puis l'enfermement finit toujours par cr&#233;er chez ces jeunes un sentiment de r&#233;volte, de col&#232;re. Ce ne sont pas des saints non plus, ils peuvent poser des actes et adopter des attitudes insupportables, mais en r&#233;ponse, ils finissent, dans ces structures, par &#234;tre eux-m&#234;mes victimes d'atteintes &#224; leurs droits &lt;i&gt;[par le personnel encadrant]&lt;/i&gt;. &#199;a peut passer par des violences physiques, des privations, des humiliations. Les lieux ferm&#233;s finissent par g&#233;n&#233;rer leurs propres r&#232;gles, qui d&#233;rogent au droit g&#233;n&#233;ral. Les gens qui y travaillent, souvent peu ou mal form&#233;s, sont entre eux, dans des endroits physiquement ou g&#233;ographiquement isol&#233;s, sans lien avec les autres structures &#233;ducatives&#8230; Le Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL) a rendu de nombreux avis faisant ces m&#234;mes constats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, la solution de l'enfermement n'est que transitoire. Quand les jeunes sont enferm&#233;s, ils n'ont pas la possibilit&#233; de travailler leurs difficult&#233;s autrement pour s'en sortir. On les met &#224; l'&#233;cart, on les enferme pour qu'ils ne soient pas turbulents &#224; l'ext&#233;rieur, dans leurs quartiers, mais quand ils ressortent, ils sont beaucoup plus en col&#232;re, parce qu'ils ont pu vivre des choses de l'ordre de l'injustice, et au final on n'a pas pu avancer sur leurs probl&#233;matiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, depuis une vingtaine d'ann&#233;es, les gouvernements qui se succ&#232;dent ne cessent de d&#233;fendre des politiques qui vont dans le sens de plus d'enfermement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comme les pr&#233;c&#233;dents, le gouvernement actuel est dans une optique d'inflation carc&#233;rale, laquelle accompagne les politiques s&#233;curitaires qui rendent de plus en plus dur le traitement de la d&#233;linquance et des comportements ill&#233;gaux. Avec des proc&#233;dures de plus en plus acc&#233;l&#233;r&#233;es, une justice des mineurs de moins en moins sp&#233;cialis&#233;e, de plus en plus calqu&#233;e sur celle des majeurs. D'ailleurs, le taux de r&#233;ponse p&#233;nale est plus important pour les mineurs que pour les majeurs, ce qui donne &#224; r&#233;fl&#233;chir quand on entend que la justice est laxiste... Le nouveau code de justice p&#233;nale des mineurs, cens&#233; entrer en vigueur l'ann&#233;e prochaine, est dans cet esprit-l&#224;. Et puis il &#233;vacue compl&#232;tement l'aspect &#8220;protection&#8221;, le fait que ces gamins sont eux-m&#234;mes en danger, que beaucoup de ceux qui ont maille &#224; partir avec la justice ont v&#233;cu des moments difficiles, des probl&#232;mes familiaux. Certains sont pass&#233;s par la protection de l'enfance avant de basculer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-il possible d'&#233;duquer en prison ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a d&#233;pend de la d&#233;finition qu'on donne &#224; l'&#233;ducation : pour moi, &#233;duquer, c'est amener vers la libert&#233;. Et prendre des risques : c'est ce qu'on appelle le pari &#233;ducatif &#8211; dire &#224; un jeune &#8220;&lt;i&gt;Bon, tu d&#233;connes, mais on peut essayer &#231;a&lt;/i&gt;&#8221; tout en sachant qu'il y a une chance sur deux que &#231;a ne se passe pas comme attendu. Ce pari &#233;ducatif est-il possible dans un lieu ferm&#233; tel que la prison ? Non. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles alternatives, alors ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La libert&#233;, les milieux ouverts. Le co&#251;t de la prise en charge d'un mineur en centre ferm&#233;, c'est en g&#233;n&#233;ral entre 700 et 800 &#8364; par jour. Tous ces moyens, il faudrait les mettre ailleurs, notamment dans des centres comme le mien. La structure o&#249; je travaille, il n'y en a qu'une seule pour quatre d&#233;partements en Auvergne... Mais le gouvernement pr&#233;f&#232;re construire vingt nouveaux centres ferm&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1621.jpg" length="64264" type="image/jpeg" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal les violences faites aux femmes &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-systeme-penal-previent-mal-les</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Le-systeme-penal-previent-mal-les</guid>
		<dc:date>2020-05-08T22:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>violences</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>syst&#232;me p&#233;nal</dc:subject>
		<dc:subject>p&#233;nal</dc:subject>
		<dc:subject>syst&#232;me</dc:subject>
		<dc:subject>Gwenola Ricordeau</dc:subject>
		<dc:subject>femmes incarc&#233;r&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>Ricordeau</dc:subject>
		<dc:subject>Gwenola</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pour beaucoup de f&#233;ministes, le combat contre les violences sexistes passe par l'incarc&#233;ration des agresseurs. Autrice de Pour elles toutes : femmes contre la prison, Gwenola Ricordeau en appelle au contraire &#224; une lutte qui prendrait ses distances avec le syst&#232;me p&#233;nal. Une gageure ? &#201;l&#233;ments de r&#233;ponse avec l'essayiste, dont les propos trouvent un &#233;cho particulier dans le contexte du confinement : depuis le 17 mars, les violences conjugales sont en forte hausse. &#171; Mon c&#339;ur se serre avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no187-mai-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;187 (mai 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/violences" rel="tag"&gt;violences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/systeme-penal" rel="tag"&gt;syst&#232;me p&#233;nal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/penal" rel="tag"&gt;p&#233;nal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/systeme" rel="tag"&gt;syst&#232;me&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwenola-Ricordeau-2076" rel="tag"&gt;Gwenola Ricordeau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/femmes-incarcerees" rel="tag"&gt;femmes incarc&#233;r&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ricordeau" rel="tag"&gt;Ricordeau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Gwenola" rel="tag"&gt;Gwenola&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour beaucoup de f&#233;ministes, le combat contre les violences sexistes passe par l'incarc&#233;ration des agresseurs. Autrice de &lt;i&gt;Pour elles toutes : femmes contre la prison&lt;/i&gt;, Gwenola Ricordeau en appelle au contraire &#224; une lutte qui prendrait ses distances avec le syst&#232;me p&#233;nal. Une gageure ? &#201;l&#233;ments de r&#233;ponse avec l'essayiste, dont les propos trouvent un &#233;cho particulier dans le contexte du confinement : depuis le 17 mars, les violences conjugales sont en forte hausse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3336 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/-1528-0f0c0.jpg?1779602676' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mon c&#339;ur se serre avec elles toutes qui ne disent rien. Celles qui ne disent rien parce que la police n'a rien fait la derni&#232;re fois, parce qu'on ne les a pas crues lorsqu'elles &#233;taient enfants, parce que ce n'est pas si grave et qu'il avait peut-&#234;tre le droit.&lt;/i&gt; &#187; Elles, ce sont toutes ces femmes qui ont fait les frais de la violence d'un homme. Et puis il y a les incarc&#233;r&#233;es, &#171; &lt;i&gt;celles pour qui c'&#233;tait &#233;crit, depuis la rue, depuis la came, depuis le trottoir, depuis les fugues. Celles pour qui c'&#233;tait &#233;crit parce qu'elles ne sont pas n&#233;es avec les bons papiers, le bon pr&#233;nom, la bonne couleur de peau.&lt;/i&gt; &#187; Il y a aussi toutes celles qui attendent patiemment, &#171; &lt;i&gt;devant les prisons et dans les parloirs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;num&#233;ration par laquelle s'ouvre &lt;i&gt;Pour elles toutes : femmes contre la prison&lt;/i&gt; (Lux &#233;diteur, 2019), un essai de Gwenola Ricordeau, r&#233;sume dans un frisson la port&#233;e du propos. Alors que luttes f&#233;ministes et luttes abolitionnistes&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gwenola Ricordeau d&#233;fend l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal dans son ensemble.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sont trop souvent pens&#233;es comme deux combats irr&#233;conciliables, l'autrice, professeure assistante en justice criminelle &#224; la California State University de Chico, livre 200 pages d'analyses rigoureuses qui invitent &#224; construire un f&#233;minisme autonome vis-&#224;-vis du syst&#232;me p&#233;nal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Battant en br&#232;che les arguments de celles et ceux qui attendent une plus grande s&#233;v&#233;rit&#233; de la &#171; justice &#187; face aux d&#233;lits et aux crimes &#224; caract&#232;re sexiste, Gwenola Ricordeau fustige, chiffres et &#233;tudes &#224; l'appui, les r&#233;ponses inadapt&#233;es apport&#233;es par l'institution, en France comme aux &#201;tats-Unis, aux violences faites aux femmes. Des violences commises par des hommes qui, rappelle-t-elle, ne risquent pas les m&#234;mes peines &#171; &lt;i&gt;selon leur origine ethnique, leur classe ou leur profession &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au passage, l'autrice tacle &#233;galement un certain &#171; &lt;i&gt;paternalisme p&#233;nal &#187;&lt;/i&gt; qui, s'il a tendance &#224; moins punir les femmes, ne manque pas de sanctionner celles qui d&#233;rogent &#224; la &#171; norme &#187; : &#171; mauvaises &#187; m&#232;res ou &#171; &lt;i&gt;lesbiennes agressives&lt;/i&gt; &#187;. Gwenola Ricordeau s'attarde aussi sur ces femmes qui, hors les murs, nourrissent les rangs des abonn&#233;s au parloir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant de situations qui entrent en r&#233;sonance avec le contexte actuel : depuis la mise en place du confinement, les faits de violences conjugales ont augment&#233;, les conditions de d&#233;tention se sont d&#233;grad&#233;es et, faute de parloirs, le lien entre les d&#233;tenu&#183;es et leurs proches s'est disloqu&#233;. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre d&#233;fend l'id&#233;e que luttes f&#233;ministes et luttes abolitionnistes peuvent &#8211; et doivent &#8211; &#234;tre men&#233;es de front...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Depuis les ann&#233;es 1980, les courants dominants du f&#233;minisme appellent &#224; une plus grande criminalisation des violences masculines, au prononc&#233; de sanctions plus s&#233;v&#232;res. Or la cible de l'abolitionnisme p&#233;nal, c'est le syst&#232;me p&#233;nal (la police, la justice, etc.). Donc, &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, on a deux luttes oppos&#233;es. Mais il existe aussi, en r&#233;ponse &#224; l'&#233;chec des politiques men&#233;es contre les violences masculines, des approches f&#233;ministes et abolitionnistes qui proposent d'abandonner la logique punitive, r&#233;tributive, du syst&#232;me p&#233;nal, en partant notamment du constat que l'&#233;tendue de ces violences est bien la preuve que ces politiques ne fonctionnent pas. D'une part le syst&#232;me p&#233;nal pr&#233;vient mal ou peu la commission des violences faites aux femmes, mais en plus, la proc&#233;dure p&#233;nale est extr&#234;mement p&#233;nible pour les victimes. Certes, avec les peines de prison, certains des auteurs de violences sont mis &#224; l'&#233;cart, mais c'est une r&#233;ponse temporaire et il n'est pas s&#251;r que ces auteurs ne r&#233;cidiveront pas ensuite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En France, face &#224; l'amplification des faits de violences conjugales pendant les premi&#232;res semaines du confinement, des dispositifs ont &#233;t&#233; mis en place pour permettre aux femmes d'alerter plus facilement la police. De m&#234;me, bien que les tribunaux tournent au ralenti, les audiences pour violences conjugales continuent de se tenir. Beaucoup d'agresseurs passent d'ailleurs directement du tribunal &#224; la case prison. Dans cette p&#233;riode particuli&#232;re, existe-t-il selon toi des alternatives au recours &#224; la &#171; justice &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Construire des alternatives au recours &#224; la police et &#224; la justice prend du temps : il faut se former &#224; des approches communautaires et non-violentes de r&#233;solution des probl&#232;mes, mettre en place des r&#233;seaux de solidarit&#233;s, etc. Une situation d'urgence comme celle d'aujourd'hui n'est pas propice &#224; tout cela. D'ailleurs, les initiatives d'entraide qui fleurissent depuis le d&#233;but du confinement ne pensent pas toujours &#224; ce qui peut &#234;tre apport&#233; sp&#233;cifiquement aux femmes victimes de violences, comme des h&#233;bergements, de la m&#233;diation ou encore un soutien psychologique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu expliques que si la possibilit&#233; de recourir au syst&#232;me p&#233;nal est un privil&#232;ge, paradoxalement, c'est &#233;galement le cas du fait de pouvoir s'en passer...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le monde ne peut pas faire appel au syst&#232;me p&#233;nal, par exemple en portant plainte ou en se constituant partie civile : cela d&#233;pend de ses ressources, au sens large ; de sa situation &#8211; se met-on en danger en parlant &#224; des policiers ? &#8211; ou de celle de ses proches. Cela implique aussi de pouvoir &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#8220;cr&#233;dible&#8221;. En m&#234;me temps, pour certaines victimes, le recours au p&#233;nal est aujourd'hui leur seule solution, en raison de leur isolement social ou d'un danger imm&#233;diat. L'abolitionnisme n'est donc pas un simple appel &#224; renoncer au privil&#232;ge qu'est le recours au p&#233;nal, mais &#224; penser comment prendre en charge toutes les victimes et les pr&#233;judices qu'elles ont subis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi, pour certaines personnes, appeler la police revient-il &#224; se mettre en danger ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est le risque d'&#234;tre victime de la police elle-m&#234;me : je pense &#224; des situations de violences polici&#232;res contre des personnes racis&#233;es, aux violences sexuelles commises par des policiers contre des femmes, en particulier des travailleuses du sexe. Et puis il y a les personnes sans titre de s&#233;jour qui, si elles ont bien le droit de porter plainte, peuvent craindre d'&#234;tre expuls&#233;es par exemple. Cela peut aussi &#234;tre compliqu&#233; pour les personnes engag&#233;es dans des activit&#233;s criminalis&#233;es comme le trafic de stup&#233;fiants : la protection qu'elles peuvent esp&#233;rer de la police peut &#234;tre d&#233;risoire par rapport au risque d'&#234;tre poursuivies pour leurs activit&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu consacres d'ailleurs un chapitre aux femmes &#171; judiciaris&#233;es &#187; qui, si elles sont moins nombreuses que les hommes, ne sont pas toutes &#233;gales face au risque de se retrouver derri&#232;re les barreaux...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le risque d'&#234;tre arr&#234;t&#233;, poursuivi, condamn&#233; &#8211; et donc de se retrouver en prison &#8211; est diff&#233;rent selon les classes sociales, les origines ethniques, mais aussi selon qu'on est une femme ou un homme. Pour l'essentiel, les femmes incarc&#233;r&#233;es sont issues des milieux populaires et/ou de l'histoire de la colonisation et de l'immigration. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Actuellement, le risque d'&#234;tre verbalis&#233; pour non-respect du confinement ne semble pas non plus &#234;tre le m&#234;me pour tout le monde...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les cat&#233;gories p&#233;nales, c'est-&#224;-dire les faits qu'on d&#233;cide de criminaliser, ne sont pas neutres. Aujourd'hui, en criminalisant le non-respect des mesures de confinement, on criminalise les classes populaires : des personnes qui ne se conforment pas &#224; ces r&#232;gles parce qu'elles n'ont pas toujours acc&#232;s aux formulaires ou &#224; la compr&#233;hension de mesures peu claires, ou encore pour des raisons de survie mat&#233;rielle ou sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que la presse parle de la col&#232;re des d&#233;tenus face &#224; la gestion de la crise sanitaire, rien ou presque sur les prisonni&#232;res. Pourtant &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, journal anti-carc&#233;ral et abolitionniste, vient de signaler que trois femmes incarc&#233;r&#233;es &#224; la prison des Baumettes, &#224; Marseille, ont tent&#233; de se suicider ces derni&#232;res semaines... Comment expliquer ce silence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les prisons pour femmes int&#233;ressent souvent moins que les prisons pour hommes, notamment parce que les modes de protestation des femmes, qui recourent moins que les hommes aux violences collectives, sont moins spectaculaires. De plus, les r&#233;seaux de solidarit&#233; dont les femmes incarc&#233;r&#233;es b&#233;n&#233;ficient sont plus faibles encore que ceux des hommes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre s'int&#233;resse aussi aux ravages caus&#233;s par le syst&#232;me p&#233;nal sur les femmes proches de d&#233;tenus...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les femmes qui ont des proches incarc&#233;r&#233;s doivent souvent les soutenir mat&#233;riellement et financi&#232;rement, notamment en s'occupant de leur linge, en leur envoyant des mandats&#8230; Mais aussi &#233;motionnellement, &#224; travers les visites, les courriers, les appels t&#233;l&#233;phoniques... Car le travail domestique et le souci de l'autre, le&lt;i&gt; care&lt;/i&gt;, sont attendus des femmes et non des hommes dans une soci&#233;t&#233; patriarcale. Dans le contexte actuel, avec la suspension des visites, la difficult&#233; de communiquer avec les prisonniers, le manque d'information sur l'&#233;pid&#233;mie et les probl&#232;mes d'acc&#232;s aux soins en d&#233;tention, les inqui&#233;tudes que les proches de personnes incarc&#233;r&#233;es ont habituellement sont d&#233;cupl&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels outils seraient &#224; notre port&#233;e pour s'extraire de ce syst&#232;me p&#233;nal si peu profitable aux femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Faire porter les luttes sur les conditions mat&#233;rielles et financi&#232;res de l'&#233;mancipation et de l'autonomie des femmes et d&#233;velopper des approches non punitives des &#8220;crimes&#8221;. Des approches que nous adoptons assez naturellement pour r&#233;soudre les conflits avec les personnes qui nous sont ch&#232;res. La forme la plus connue est celle de la justice r&#233;paratrice, mais il y a aussi la justice transformative &lt;i&gt;[lire ci-dessous]&lt;/i&gt;, qui repose sur des processus communautaires de r&#233;solution des situations probl&#233;matiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des formes de justice alternative&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Depuis les ann&#233;es 1970, d'innovantes fa&#231;ons de penser et de g&#233;rer les conflits sont th&#233;oris&#233;es et exp&#233;riment&#233;es par des groupes f&#233;ministes et des mouvements de lib&#233;ration de minorit&#233;s ethniques en Am&#233;rique du Nord. S'inspirant notamment de pratiques traditionnelles autochtones, elles tablent sur la r&#233;solution des conflits par la communaut&#233; elle-m&#234;me. En r&#233;sum&#233;, il s'agit de privil&#233;gier ce que Gwenola Ricordeau nomme &#171; &lt;i&gt;la m&#233;diation, la r&#233;conciliation et la gu&#233;rison &#187; &lt;/i&gt;plut&#244;t que le recours au syst&#232;me punitif &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi ces mod&#232;les alternatifs, on retrouve la &#171; &lt;i&gt;justice r&#233;paratrice &#187;&lt;/i&gt;, qui refuse l'exclusion des agresseurs et invite &#224; l'invention de formes de d&#233;dommagements pour les victimes. Autre concept proche : la &#171; &lt;i&gt;justice transformative &#187;&lt;/i&gt;, qui met en avant la responsabilit&#233; collective face aux actes des individus. La communaut&#233; doit d&#232;s lors s'impliquer dans le soutien &#224; la victime d'une agression, &#224; &#171; &lt;i&gt;sa s&#233;curit&#233; et son autod&#233;termination &#187;&lt;/i&gt;. Le concept repose &#233;galement sur la reconnaissance par l'agresseur de sa responsabilit&#233; et son &#171; &lt;i&gt;changement de comportement &#187;&lt;/i&gt;. Il s'agit aussi de se diriger collectivement vers &#171; &lt;i&gt;des changements politiques et structurels des conditions qui permettent au pr&#233;judice de se reproduire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans son livre, Gwenola Ricordeau reconna&#238;t que &#171; &lt;i&gt;le d&#233;veloppement de la justice transformative ne garantit pas une future abolition du syst&#232;me p&#233;nal &#187;&lt;/i&gt;, elle revendique le n&#233;cessaire d&#233;veloppement d'alternatives de ce genre pour &#171; &lt;i&gt;les communaut&#233;s les plus impact&#233;es &#187;&lt;/i&gt; par le syst&#232;me punitif d'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gwenola Ricordeau d&#233;fend l'abolition du syst&#232;me p&#233;nal dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Qui a tu&#233; Mehdi ? &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Qui-a-tue-Mehdi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Qui-a-tue-Mehdi</guid>
		<dc:date>2020-03-09T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
		<dc:subject>Alors</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Mehdi</dc:subject>
		<dc:subject>RIP Mehdi</dc:subject>
		<dc:subject>alors Mehdi</dc:subject>
		<dc:subject>Naer</dc:subject>
		<dc:subject>Mehdi n'est</dc:subject>
		<dc:subject>Marronniers</dc:subject>
		<dc:subject>Mehdi s'extraire</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vendredi 14 f&#233;vrier au soir, dans une cit&#233; des quartiers Nord de Marseille, Mehdi, 18 ans, est tomb&#233; sous les balles d'un &#233;quipage de la Brigade anticriminalit&#233; (BAC). Ses proches et son quartier veulent savoir pourquoi. Rendez-vous a &#233;t&#233; donn&#233; ce samedi 22 f&#233;vrier au pied d'un immeuble de la cit&#233; Maison-Blanche. L'&#233;t&#233; dernier, le b&#226;timent a souffert un grave incendie : la fa&#231;ade sinistr&#233;e est repeinte de frais &#8211; pas les autres. En signe de deuil, on va marcher d'ici, la cit&#233; o&#249; Mehdi a (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alors" rel="tag"&gt;Alors&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/justice" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/cite-2336" rel="tag"&gt;cit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mehdi" rel="tag"&gt;Mehdi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/RIP-Mehdi" rel="tag"&gt;RIP Mehdi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/alors-Mehdi" rel="tag"&gt;alors Mehdi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Naer" rel="tag"&gt;Naer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mehdi-n-est" rel="tag"&gt;Mehdi n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marronniers" rel="tag"&gt;Marronniers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Mehdi-s-extraire" rel="tag"&gt;Mehdi s'extraire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vendredi 14 f&#233;vrier au soir, dans une cit&#233; des quartiers Nord de Marseille, Mehdi, 18 ans, est tomb&#233; sous les balles d'un &#233;quipage de la Brigade anticriminalit&#233; (BAC). Ses proches et son quartier veulent savoir pourquoi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3265 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;17&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L436xH400/-1471-6a220.jpg?1779602730' width='436' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;R&lt;/span&gt;endez-vous a &#233;t&#233; donn&#233; ce samedi 22 f&#233;vrier au pied d'un immeuble de la cit&#233; Maison-Blanche. L'&#233;t&#233; dernier, le b&#226;timent a souffert un grave incendie&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; La cit&#233; qui fait des &#233;tincelles &#187;, CQFD n&#176;180 (octobre 2019).&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : la fa&#231;ade sinistr&#233;e est repeinte de frais &#8211; pas les autres. En signe de deuil, on va marcher d'ici, la cit&#233; o&#249; Mehdi a grandi, jusqu'&#224; celle des Marronniers, o&#249; il est mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un silence tendu, charg&#233; de tristesse et de col&#232;re, une dizaine de tr&#232;s jeunes filles et gar&#231;ons, portant une banderole &#171; &lt;i&gt;Justice pour Mehdi&lt;/i&gt; &#187;, prennent la t&#234;te du cort&#232;ge. Des lascars &#224; peine plus &#226;g&#233;s soutiennent un autre calicot : &#171; &lt;i&gt;RIP Mehdi&lt;/i&gt; &#187;, avec un c&#339;ur tagu&#233;, et en bas &#171; &lt;i&gt;On oublie pas Zineb&lt;/i&gt; &#187;, du nom de l'octog&#233;naire tu&#233;e par une grenade lacrymog&#232;ne, fin 2018, dans le quartier de Noailles. Derri&#232;re, des m&#232;res, des amis serrent des roses blanches. Les solidaires venus d'en ville ont pu constater que la r&#233;cente inauguration de la station de m&#233;tro G&#232;ze, livr&#233;e avec cinq ans de retard, a eu pour effet de r&#233;duire la desserte des bus. Pour rejoindre la cit&#233;, il faut zigzaguer un quart d'heure entre les maigres &#233;tals des vendeurs &#224; la sauvette refoul&#233;s des abords du march&#233; aux Puces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la police, ce 14 f&#233;vrier vers 20 h, des malfaiteurs fuient en voiture apr&#232;s avoir braqu&#233; un supermarch&#233;. Pris en chasse par une patrouille de la BAC Nord, ils s'engouffrent sous le tunnel des Marronniers. C'est l&#224; que, en suppos&#233; &#233;tat de l&#233;gitime d&#233;fense (il aurait &#233;t&#233; mis en joue avec un fusil &#224; pompe), un flic tire sur Mehdi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette th&#232;se, que la procureure et le quotidien &lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; ont imm&#233;diatement reprise &#224; leur compte, est contredite par des t&#233;moins contact&#233;s par le collectif Maison-Blanche&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Regroupant des habitants de cette copropri&#233;t&#233; d&#233;grad&#233;e, il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; apr&#232;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Lesquels livrent d'autres d&#233;tails : alors que ses coll&#232;gues courent apr&#232;s deux individus qui s'&#233;chappent &#224; pied, un agent reste en couverture. Il voit alors Mehdi s'extraire du v&#233;hicule &#8211; ce qui laisse penser que le jeune homme s'&#233;tait couch&#233; sur la banquette arri&#232;re et voulait s'esquiver. Une vid&#233;o (assez floue) et des riverains font &#233;tat de deux (ou trois) coups de feu c&#244;t&#233; policier, puis de coups de pied et de menottes pass&#233;es au mourant. Quand des voisins demandent aux policiers d'appeler les secours, ils se font insulter et gazer. &#192; l'arriv&#233;e des pompiers, le gosse est d&#233;c&#233;d&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lumi&#232;re sera peut-&#234;tre faite un jour. La justice probablement jamais. Comme &#224; l'accoutum&#233;e, IGPN et juges couvriront sans aucun doute le policier. La version officielle diabolise sa victime. Sur Internet, la haine des trolls se d&#233;cha&#238;ne : la racaille n'a eu que ce qu'elle m&#233;ritait. St&#233;phane Ravier, candidat &#224; la mairie centrale et chef local du RN (parti qui dirige d&#233;j&#224; la mairie du secteur), se pavane d&#232;s le lendemain &#224; l'entr&#233;e de la cit&#233;, assurant les policiers de son soutien total &#8211; soutien r&#233;ciproque, puisqu'on estime que 50 % de la profession vote pour lui&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce m&#234;me Ravier avait d&#233;clar&#233; &#224; propos des sinistr&#233;s de l'incendie : &#171; On va (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trop souvent, la police p&#233;n&#232;tre dans les quartiers populaires comme en territoire ennemi. En ao&#251;t 2019, &#224; Maison-Blanche, alors que des femmes et des ados collectent des vivres pour les familles &#233;vacu&#233;es apr&#232;s l'incendie, des flics font irruption dans un local associatif, provoquant une algarade. Trois mamans finissent en garde &#224; vue. Ce jour-l&#224;, le plus arrogant des hommes en uniforme arbore sur son gilet pare-balle un &#233;cusson du BOPE, corps de police militaire br&#233;silien craint dans les favelas de Rio pour ses ex&#233;cutions sommaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, la mort de Mehdi n'est pas le fait exclusif d'un flic &#224; la g&#226;chette facile. Apr&#232;s des mois de brutalit&#233;s polici&#232;res contre les Gilets jaunes et autres manifestants, elle vient rappeler la g&#233;n&#233;alogie d'une violence d'&#201;tat d'abord appliqu&#233;e en banlieue. D'o&#249; la question faussement na&#239;ve de Naer, du collectif Maison-Blanche : &#171; &lt;i&gt;Qui a tu&#233; Mehdi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Il s'agit au mieux d'une &#171; bavure &#187; de flic en panique, mais c'est aussi un message envoy&#233; &#224; la jeunesse des quartiers : vos vies valent moins que d'autres. Tant que vous vous entretuez dans les guerres du trafic, tant que vous ne sortez pas de vos r&#233;serves de b&#233;ton, assomm&#233;s de shit et de jeux vid&#233;o, pas de souci. Mais si vous venez foutre le bordel en ville, nous n'h&#233;siterons pas &#224; tirer les premiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la minute de silence, Naer parle d'un sentiment d'&#233;chec, du souvenir de ce minot que les grands fr&#232;res tentaient de cadrer. Syndicaliste du McDo de Sainte-Marthe en lutte, Kamel encha&#238;ne : &#171; &lt;i&gt;Pendant que la famille m&#232;ne le combat juridique, nous les soutiens, on doit porter le message politique.&lt;/i&gt; &#187; Rage et courage sont l&#224;. Sur la pr&#233;sence de politiques en campagne, les choses sont claires : &#171; &lt;i&gt;S'ils se mettent en avant, on ne l'acceptera pas, ce n'est pas un cirque.&lt;/i&gt; &#187; Et Naer de poser une des seules questions qui vaillent : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce qui fait qu'un jeune se l&#232;ve le matin pour aller braquer&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement aux politiques et aux sp&#233;culateurs responsables des effondrements d'immeubles du 5 novembre 2018 &#224; Noailles (huit morts), Mehdi n'aura pas eu droit aux lenteurs scrupuleuses de la justice. Alors les mots anciens de Walter Benjamin cheminent aujourd'hui &#224; c&#244;t&#233; des gens. &#171; &lt;i&gt;C'est la tradition des opprim&#233;s qui nous l'enseigne : l'&#233;tat d'exception dans lequel nous vivons est en v&#233;rit&#233; la r&#232;gle.&lt;/i&gt; &#187; Au fil de la marche qui parcourait la distance s&#233;parant les deux cit&#233;s, des groupes serr&#233;s de jeunes sont venus grossir le cort&#232;ge. Sans un mot, capuche rabattue, mine s&#233;rieuse. Force collective en suspens, il leur faudra se battre pour &#233;chapper au destin de Mehdi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/La-cite-qui-fait-des-etincelles' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La cit&#233; qui fait des &#233;tincelles&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;180 (octobre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Regroupant des habitants de cette copropri&#233;t&#233; d&#233;grad&#233;e, il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; apr&#232;s la chute d'un balcon ayant caus&#233; la mort d'une fillette, en juillet 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce m&#234;me Ravier avait d&#233;clar&#233; &#224; propos des sinistr&#233;s de l'incendie : &#171; &lt;i&gt;On va les reloger&#8230;, dans leur pays.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
