<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=7009&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1768648935</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Maradona &#171; vaurien et g&#233;nie &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Maradona-vaurien-et-genie</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Maradona-vaurien-et-genie</guid>
		<dc:date>2018-05-04T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>aires</dc:subject>
		<dc:subject>Buenos Aires</dc:subject>
		<dc:subject>Maradona</dc:subject>
		<dc:subject>Diego Maradona</dc:subject>
		<dc:subject>pibe</dc:subject>
		<dc:subject>argentin</dc:subject>
		<dc:subject>Buenos</dc:subject>
		<dc:subject>Armando Maradona</dc:subject>
		<dc:subject>J'ai grandi</dc:subject>
		<dc:subject>Diego Armando</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Battez tambour, sonnez trompettes ! L'ami Micka&#235;l Correia, qui participe depuis un bail &#224; CQFD, publie son premier bouquin. Le bel ouvrage se nomme Une histoire populaire du football et parait le 8 mars &#224; La D&#233;couverte. Que vous aimiez le ballon rond ou non importe peu : croisant sport, luttes et histoire sociale, le livre n'est pas r&#233;serv&#233; aux aficionados du foot A preuve, ces quelques bonnes feuilles tir&#233;es du chapitre consacr&#233; &#224; Diego Maradona. Plong&#233;e dans la p&#233;riode faste du (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no163-mars-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;163 (mars 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/aires" rel="tag"&gt;aires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Buenos-Aires" rel="tag"&gt;Buenos Aires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Maradona" rel="tag"&gt;Maradona&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Diego-Maradona" rel="tag"&gt;Diego Maradona&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pibe" rel="tag"&gt;pibe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/argentin" rel="tag"&gt;argentin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Buenos" rel="tag"&gt;Buenos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Armando-Maradona" rel="tag"&gt;Armando Maradona&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/J-ai-grandi" rel="tag"&gt;J'ai grandi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Diego-Armando" rel="tag"&gt;Diego Armando&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Battez tambour, sonnez trompettes ! L'ami Micka&#235;l Correia, qui participe depuis un bail &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, publie son premier bouquin. Le bel ouvrage se nomme &lt;i&gt;Une histoire populaire du football&lt;/i&gt; et parait le 8 mars &#224; La D&#233;couverte. Que vous aimiez le ballon rond ou non importe peu : croisant sport, luttes et histoire sociale, le livre n'est pas r&#233;serv&#233; aux aficionados du foot&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le webmaster ici devant confirme : le bouquin est formidable m&#234;me quand on a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; A preuve, ces quelques bonnes feuilles tir&#233;es du chapitre consacr&#233; &#224; Diego Maradona. Plong&#233;e dans la p&#233;riode faste du bouillonnant Argentin, avant que la drogue et les scandales ne le tirent d&#233;finitivement vers le bas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2343 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH535/-615-72ccf.jpg?1768657978' width='400' height='535' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai grandi dans un quartier priv&#233; de Buenos Aires&#8230; priv&#233; d'eau, d'&#233;lectricit&#233; et de t&#233;l&#233;phone&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse Diego Armando Maradona en mars 2004 [...]. Parmi le flot de d&#233;clarations provocatrices, &#233;gocentriques ou affligeantes du c&#233;l&#232;bre footballeur, &#233;mergent de temps &#224; autre des r&#233;miniscences de son enfance modeste &#224; Villa Fiorito, un bidonville de la banlieue sud de Buenos Aires. Jusqu'au coucher du soleil, le jeune Diego [...] passait alors le plus clair de son temps &#224; pratiquer le football sur les &lt;i&gt;potreros&lt;/i&gt;, ces bouts de terrains vagues o&#249; les enfants aiment &#224; jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1971, &#226;g&#233; de 11 ans &#224; peine, le petit gaucher &#224; la peau mate est rep&#233;r&#233; par Francis Cornejo, un recruteur des Argentinos Juniors, formation phare de Buenos Aires. Le club aux origines populaires &#8211; l'&#233;quipe se d&#233;nommait initialement les &#171; Martyrs de Chicago &#187;, en hommage aux anarchistes morts suite au massacre de Haymarket Square en 1886 &#8211; int&#232;gre alors Maradona au sein des &lt;i&gt;Cebollitas&lt;/i&gt;, son &#233;quipe junior. Aussit&#244;t, les foules viennent admirer les dribbles ravageurs du talentueux &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, le &#171; gamin &#187; des rues. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contractualis&#233; comme joueur professionnel &#224; 15 ans, il irradie les Argentinos Juniors en hissant le club dans le peloton de t&#234;te de la premi&#232;re division argentine. Quelques mois plus tard, en f&#233;vrier 1977, il enfile pour la premi&#232;re fois le maillot de la s&#233;lection argentine face &#224; la Hongrie avant de remporter en 1979 la Coupe du monde des espoirs [...]. Le &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; de Fiorito est baptis&#233; par la presse le &lt;i&gt;Pibe de Oro&lt;/i&gt; &#8211; le &#171; Gamin en Or &#187; &#8211; avant d'&#234;tre rachet&#233; une fortune aux Argentinos en 1981 par le Boca Juniors, mythique club de Buenos Aires. Dans un pays &#233;cras&#233; par la dictature militaire mise en place par le g&#233;n&#233;ral Videla en 1976, le jeune Maradona insuffle un vent de libert&#233; et de joie footballistique au sein du championnat. En 1978, l'Argentine, qui organisait la onzi&#232;me &#233;dition de la Coupe du monde de football, avait suscit&#233; une controverse internationale et des appels au boycott afin ne pas cautionner cet &#233;v&#233;nement manipul&#233; par une junte ex&#233;cutant sans vergogne ses opposants&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La fronde sera men&#233;e notamment en France par le Comit&#233; pour le boycott de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Malgr&#233; les affres de la dictature, le Pibe de Oro [&#8230;] embrase les tribunes surcharg&#233;es du mythique stade de la Bombonera&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ambiance bouillante du stade des Boca Juniors est l&#233;gendaire. Certains (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; en faisant gagner &#224; son &#233;quipe le championnat national et en humiliant son fr&#232;re ennemi de Buenos Aires, le River Plate. Objet de ferveur de la part des supporters du Boca Juniors, il parvient surtout &#224; conqu&#233;rir au tournant des ann&#233;es 1980 le c&#339;ur de tout le peuple argentin. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Introduit &#224; Buenos Aires d&#232;s les ann&#233;es 1870 par des immigrants anglais, le ballon rond argentin a &#233;t&#233; domin&#233; jusqu'&#224; l'aube du XXe si&#232;cle par les clubs amateurs d'expatri&#233;s britanniques qui pratiquaient un football rude et physique, disciplin&#233; et m&#233;canique. En opposition &#224; cette britishness, un style authentiquement argentin qualifi&#233; de &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; &#8211; litt&#233;ralement &#171; cr&#233;ole &#187; &#8211; va n&#233;anmoins &#233;merger dans les faubourgs populaires de la capitale, notamment avec l'influence des vagues successives d'immigration ouvri&#232;re italienne et espagnole. Individualiste, nerveux et cr&#233;atif, le style &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; s'affirme sur les terrains [...].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une m&#233;tropole cosmopolite comme Buenos Aires, dont plus de 60 % des habitants sont des immigrants en 1914, le football &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; devient un ciment social et un outil de diff&#233;renciation culturelle face aux Europ&#233;ens et au voisin rival uruguayen. Le style argentin &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; s'aiguise alors sur les &lt;i&gt;potreros&lt;/i&gt;, ces interstices urbains qui ont surv&#233;cu &#224; la rationalisation industrielle de la ville entreprise sous la houlette des Britanniques. &#192; l'instar du tango, qui refl&#232;te le mode de vie de ceux qui survivent par la d&#233;brouille dans les rues des quartiers malfam&#233;s de Buenos Aires, la feinte et la ruse, la victoire non par la force mais par la tromperie, deviennent des traits caract&#233;ristiques de la pratique footballistique argentine &#8211; &lt;i&gt;la nuestra&lt;/i&gt; (la n&#244;tre) comme la baptisent les supporters du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pouvoir d'attraction du football argentin est ph&#233;nom&#233;nal : d&#232;s 1930, les stades des meilleurs clubs accueillent jusqu'&#224; 40 000 personnes chaque fin de semaine. Supporter fi&#233;vreusement son &#233;quipe dans les trav&#233;es [...] devient une des rares exp&#233;riences partag&#233;es dans un pays aux identit&#233;s et aux cultures fragmentaires. Le ballon rond se transforme progressivement en facteur d'unit&#233; sociale, cristallisant un nouvel imaginaire commun &#224; tous les Argentins. [...]&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2342 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-614-11e33.jpg?1768657979' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'agitateur &lt;i&gt;criollo&lt;/strong&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fois inventif et impr&#233;visible, le jeu typiquement &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt; de Diego Maradona fait rapidement du jeune virtuose une pure incarnation footballistique de l'Argentine. De m&#234;me, ses origines modestes, sa petite taille &#8211; il mesure &#224; peine 1,66 m&#232;tre &#8211; ainsi que sa fougue sur les terrains sont interpr&#233;t&#233;es par les supporters comme des traits distinctifs du &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;, une figure culturelle populaire argentine qui se r&#233;f&#232;re &#224; l'enfant &#233;lev&#233; dans la rue, bien loin de toute convention sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'occasion de la Coupe du monde 1982 en Espagne, Maradona s'illustre ainsi pleinement en tant que &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt; frondeur. [&#8230;] En effet, le 2 juillet 1982, l'Albiceleste (surnom de l'&#233;quipe argentine dont le maillot est bleu ciel et blanc) affronte pour le second tour du Mondial la s&#233;lection br&#233;silienne. Mais d&#232;s le coup d'envoi, Maradona est la cible de d&#233;fenseurs rugueux [...]. Domin&#233; par une Sele&#231;&#227;o qui m&#232;ne par trois buts &#224; z&#233;ro, le Pibe de Oro craque et frappe soudain d'un coup de pied dans le ventre le joueur br&#233;silien Batista [...]. Maradona est expuls&#233; sur-le-champ par l'arbitre avant que la s&#233;lection argentine ne soit d&#233;finitivement &#233;limin&#233;e du Mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre coup de sang viendra forger la r&#233;putation du joueur temp&#233;tueux. Transf&#233;r&#233; depuis 1982 au FC Barcelone, le g&#233;nie de Buenos Aires est constamment martyris&#233; par les d&#233;fenseurs du championnat espagnol, &#224; l'image de l'imposant Andoni Goikoetxea, de l'Athletic Bilbao, qui brise la cheville de l'Argentin en septembre 1983 [...]. Un an plus tard, &#224; l'occasion de la finale de la Copa del Rey [...], le Bar&#231;a rencontre &#224; nouveau l'Athletic Bilbao. Maradona voit rouge face &#224; son bourreau Goikoetxea et d&#233;clenche sur la pelouse une violente bagarre g&#233;n&#233;ralis&#233;e. La rixe [&#8230;] suscite alors la controverse sur le Vieux Continent, les commentateurs voyant d'un tr&#232;s mauvais &#339;il ce footballeur indisciplin&#233; d&#233;j&#224; notoirement connu pour ses frasques nocturnes dans les discoth&#232;ques barcelonaises et pour son addiction grandissante &#224; la coca&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1984, le prodige argentin accoste &#224; Naples afin de rejoindre le SSC Napoli qui s'est ruin&#233; pour s'offrir le Pibe de Oro. Maradona, accueilli tel un messie par 80 000 tifosi au stade San Paolo [...], fait rapidement corps avec une Naples stigmatis&#233;e pour sa mis&#232;re et sa d&#233;linquance mafieuse. Populaire, tumultueux et volcanique, le joueur se sent imm&#233;diatement &#224; son aise dans la capitale d&#233;cadente du sud de l'Italie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son corps trapu, ses cheveux aux grandes boucles noires, ses rites empreints de religion et de superstition [...], ainsi que son imp&#233;tuosit&#233; sur les pelouses am&#232;nent rapidement les supporters napolitains &#224; l'identifier au &lt;i&gt;scugnizzo&lt;/i&gt;, garnement canaille des quartiers populaires de Naples qui r&#233;sonne avec le personnage argentin du &lt;i&gt;pibe&lt;/i&gt;. &#171; [&#8230;] &lt;i&gt;Son amour des belles filles et de la bonne bouffe, sa folie des bolides&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;et, en m&#234;me temps, son c&#244;t&#233; &#233;glise et famille sacr&#233;e&lt;/i&gt; [...], &lt;i&gt;son sale caract&#232;re, capricieux, exub&#233;rant, indisciplin&#233;, tout cela faisait de lui un vrai fils l&#233;gitime de la cit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, rapporte un chroniqueur de &lt;i&gt;L'Espresso&lt;/i&gt;. [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Divinit&#233; footballistique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s [une] deuxi&#232;me saison honorable &#224; Naples, Maradona est titularis&#233; capitaine de l'Albiceleste &#224; la veille de la Coupe du monde 1986 au Mexique. Emport&#233;e par le jeu ardent d'un Pibe de Oro inspir&#233;, la s&#233;lection argentine parvient sans grandes difficult&#233;s &#224; se qualifier pour les quarts de finale, qui l'opposeront &#224; l'Angleterre. Mais, &#224; la veille de la rencontre, les m&#233;dias internationaux attisent les rivalit&#233;s en comparant le match au conflit argentino-britannique des Malouines de 1982. &#171; &lt;i&gt;La guerre des Malouines version footballistique&lt;/i&gt; &#187;, titre le quotidien espagnol &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;. [&#8230;] Le tablo&#239;d britannique &lt;i&gt;The Sun&lt;/i&gt; annonce quant &#224; lui : &#171; &lt;i&gt; C'est une guerre !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre ans plus t&#244;t, la junte militaire argentine, dont le pouvoir commen&#231;ait &#224; vaciller, avait en effet ordonn&#233; l'invasion des Malouines, un archipel aux larges des c&#244;tes argentines occup&#233; par les Britanniques depuis 1833. En d&#233;pit des tentatives de conciliations de la communaut&#233; internationale, Margaret Thatcher avait lanc&#233; une vaste op&#233;ration militaire de reconqu&#234;te qui s'&#233;tait achev&#233;e, le 14 juin 1982, avec la mort de pr&#232;s de 650 soldats argentins et de 250 militaires britanniques. Si la dictature arm&#233;e ne se rel&#232;vera pas de cette humiliante d&#233;faite, la guerre des Malouines reste synonyme de traumatisme pour tous les Argentins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 22 juin 1986, jour des quarts de finale contre l'Angleterre, la s&#233;lection argentine aligne une g&#233;n&#233;ration de joueurs dont la majorit&#233; a &#233;chapp&#233; de justesse &#224; l'embrigadement pour le conflit arm&#233; de 1982 gr&#226;ce &#224; leur statut de footballeur international. [&#8230;] Sous le torride soleil mexicain, la premi&#232;re mi-temps s'ach&#232;ve sur un 0-0. Mais, six minutes apr&#232;s la reprise, [&#8230;] le d&#233;fenseur anglais Steve Hodge [...] renvoie en cloche la balle &#224; son gardien. C'est alors que surgit le petit Maradona pour effleurer, en tendant son bras gauche, le ballon de la main et l'amener au fond des filets britanniques. Les tribunes explosent et [...] l'arbitre tunisien Ali Bennaceur, n'ayant pas vu la main de l'Argentin, valide ce premier but&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 17 ao&#251;t 2015, de passage en Tunisie, Maradona offre &#224; Ali Bennaceur un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Exactement trois minutes plus tard [&#8230;], Maradona d&#233;marre en trombe une folle chevauch&#233;e et dribble avec fulgurance une demi-douzaine de joueurs anglais aussi d&#233;bord&#233;s qu'affol&#233;s pour inscrire un magnifique deuxi&#232;me but synonyme de qualification de l'Argentine en demi-finale. [...] L'un des plus beaux buts jamais marqu&#233;s dans l'histoire du football. &#171; &lt;i&gt;Tout s'est pass&#233; en quatre minutes&lt;/i&gt;, rapporte le quotidien espagnol &lt;i&gt;El Mundo&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Le vaurien et le g&#233;nie, Dieu et le diable, un bonneteur de haut vol et une divinit&#233; footballistique, le meilleur joueur de football qu'une m&#232;re mortelle ait mis au monde au cours du XXe si&#232;cle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant la conf&#233;rence de presse d'apr&#232;s-match, l'attaquant argentin attise la pol&#233;mique en assumant fi&#232;rement avoir marqu&#233; &#171; &lt;i&gt;un peu avec la t&#234;te de Maradona, et aussi un peu avec la main de Dieu&lt;/i&gt; &#187;. [Mais] le capitaine de l'Albiceleste a avant tout, aux yeux des Argentins, veng&#233; le pays de la blessure des Malouines [...]. Et si l'irr&#233;gularit&#233; de la &#171; &lt;i&gt;main de Dieu&lt;/i&gt; &#187; rend la d&#233;faite encore plus am&#232;re pour les Anglais, elle est d'autant plus appr&#233;ci&#233;e par le peuple argentin qu'elle signe un geste purement &lt;i&gt;criollo&lt;/i&gt;. Face &#224; la domination physique anglaise, le petit Diego a en effet convoqu&#233; l'art de la duperie pour vaincre le Goliath britannique. &#171; &lt;i&gt;Cela venait du plus profond de moi&lt;/i&gt; &#187;, avouera plus tard Maradona [&#8230;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; Fiorito, le terrain sur lequel Diego jouait&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#233;tait recouvert de d&#233;tritus et d'herbes folles. Il y a d&#233;velopp&#233; des capacit&#233;s physiques hors du commun et sa technique bas&#233;e sur l'&#233;vitement&lt;/i&gt;, affirme Fernando Signorini, pr&#233;parateur physique de Maradona de 1984 &#224; 1994. &lt;i&gt;Dans ce bidonville oubli&#233; par l'&#201;tat, il fallait &#234;tre d&#233;brouillard pour s'en sortir. Petit, Diego &#233;tait plein de malice pour prendre le train ou voler une pomme. Cela se retrouve dans son jeu.&lt;/i&gt; &#187; [...]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; travers sa &#171; &lt;i&gt;main de Dieu&lt;/i&gt; &#187;, Maradona a mis en exergue une dichotomie sociale fondatrice de la nation argentine. En effet, d&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle, l'&#201;tat argentin s'est affirm&#233; comme une victoire de la &#171; civilisation &#187;, symbolis&#233;e par la m&#233;tropole industrialis&#233;e de Buenos Aires, contre la &#171; barbarie &#187; repr&#233;sent&#233;e par la pampa, espace sauvage o&#249; r&#232;gne le &lt;i&gt;gaucho&lt;/i&gt; qui n'ob&#233;it qu'&#224; ses propres r&#232;gles. Le Pibe de Oro et son geste frauduleux refl&#232;tent ainsi cette part indomptable et furieusement r&#233;tive &#224; l'autorit&#233; de la soci&#233;t&#233; argentine. Un rapport ambigu &#224; la modernit&#233; occidentale relev&#233; d&#232;s 1946 par l'auteur Jorge Luis Borges dans son essai &lt;i&gt;Notre pauvre individualisme&lt;/i&gt; ; il y &#233;crit que &#171; &lt;i&gt;l'Argentin, &#224; la diff&#233;rence des Am&#233;ricains du Nord et de presque tous les Europ&#233;ens, ne s'identifie pas &#224; l'&#201;tat.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;L'Argentin est un individu et non un citoyen&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; individu &#187; Maradona rentre d&#233;but juillet 1986 &#224; Naples apr&#232;s avoir remport&#233; la Coupe du monde au Mexique avec, de surcro&#238;t, le titre de meilleur joueur du Mondial. [...] Le Pibe de Oro passe alors ses meilleures ann&#233;es sportives au SSC Napoli. D&#232;s la saison 1986-1987, le club remporte pour la premi&#232;re fois de son histoire le Scudetto, le championnat italien, ainsi que la Coupe d'Italie. &#201;paul&#233; par les attaquants Bruno Giordano et Careca, Maradona inscrit le club au sommet du football europ&#233;en en s'emparant de la Coupe de l'UEFA en 1989 et d'un deuxi&#232;me Scudetto l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le SSC Napoli &#233;tait habitu&#233; [&#8230;] aux classements de bas de tableau, Maradona, par ses exploits footballistiques, redonne sa fiert&#233; &#224; l'ancienne capitale de l'Italie m&#233;ridionale. Une revanche symbolique des &lt;i&gt;terroni&lt;/i&gt; (les culs-terreux) du Sud d&#233;sh&#233;rit&#233; et stigmatis&#233; sur l'Italie du Nord industrielle et hautaine.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2344 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH519/-616-9006a.jpg?1768657979' width='400' height='519' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Maradona est [alors] &#233;lev&#233; au rang d'ic&#244;ne quasi-religieuse et devient l'objet d'un v&#233;ritable culte populaire. Son nom m&#234;me poss&#232;de une assonance avec &#171; &lt;i&gt;Mar&#242;nna&lt;/i&gt; &#187;, la d&#233;nomination de la Vierge Marie en dialecte napolitain, et on le prie pour gagner le Scudetto en implorant : &#171; &lt;i&gt;Notre Maradona / Toi qui descends sur le terrain / Nous avons sanctifi&#233; ton nom / Naples est ton royaume / Ne lui apporte pas d'illusions / mais conduis-nous &#224; la victoire en championnat.&lt;/i&gt; &#187; Des repr&#233;sentations du footballeur se r&#233;f&#233;rant &#224; l'iconographie sacr&#233;e [&#8230;] ainsi que des autels d&#233;di&#233;s au Pibe ornent les rues de Naples, faisant de Maradona &#171; &lt;i&gt;une sorte de saint&lt;/i&gt; [...] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une ville alors enti&#232;rement drap&#233;e du bleu SSC Napoli, les d&#233;mentes c&#233;l&#233;brations carnavalesques du premier Scudetto, en 1987, furent &#233;galement l'occasion de communiquer avec les morts, une pratique populaire &#224; Naples. Ainsi, sur le mur du cimeti&#232;re de Poggioreale, fut peint en lettres g&#233;antes : &#171; &lt;i&gt;Vous ne savez pas ce que vous avez rat&#233; ! &lt;/i&gt; &#187;, avant que le lendemain un &#171; &lt;i&gt;&#202;tes-vous s&#251;rs qu'on l'ait rat&#233; ?&lt;/i&gt; &#187; n'apparaisse en dessous de la premi&#232;re inscription. [...] Plus d'une vingtaine de chants sont uniquement d&#233;di&#233;s au Pibe, dont la fameuse ritournelle : &#171; &lt;i&gt;O mamma mamma mamma / Sai perche' mi batte il corazon ? / Ho visto Maradona ! / Eh, mamma', innamorato son&lt;/i&gt;. &#187;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Oh maman, sais-tu pourquoi mon c&#339;ur bat ? J'ai vu Maradona ! Eh maman, je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Une d&#233;votion envers Diego Maradona qui se prolongera jusqu'&#224; aujourd'hui gr&#226;ce &#224; l'&#201;glise maradonienne, un mouvement footballistico-religieux cr&#233;&#233; en 1998, qui compte plus de 120 000 adeptes &#224; travers soixante pays. Comme le confesse Anthony Bale, un jeune membre &#233;cossais : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que J&#233;sus a fait que Maradona n'a pas fait ? Ils ont tous les deux fait des miracles, c'est juste que ceux de Maradona sont homologu&#233;s. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2341 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH266/-613-e7e9f.jpg?1768657979' width='400' height='266' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le webmaster ici devant confirme : le bouquin est formidable m&#234;me quand on a les pieds carr&#233;s et aucun go&#251;t pour les terrains ou la comp&#233;tition. (Note du webmaster.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La fronde sera men&#233;e notamment en France par le Comit&#233; pour le boycott de l'organisation par l'Argentine de la Coupe du monde de football. Sous Videla, on estime entre 10 000 et 30 000 le nombre de personnes assassin&#233;es par le r&#233;gime ou disparues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'ambiance bouillante du stade des Boca Juniors est l&#233;gendaire. Certains spectateurs allaient jusqu'&#224; y d&#233;verser des cendres de supporters, pour respecter leurs derni&#232;res volont&#233;s. Les cendres d&#233;gradant la pelouse, un cimeti&#232;re sp&#233;cial a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233; en 2006...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 17 ao&#251;t 2015, de passage en Tunisie, Maradona offre &#224; Ali Bennaceur un maillot argentin d&#233;dicac&#233; : &#171; &lt;i&gt;Pour Ali, mon &#233;ternel ami&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Oh maman, sais-tu pourquoi mon c&#339;ur bat ? J'ai vu Maradona ! Eh maman, je suis amoureux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
