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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Journal d'un voleur &#224; l'&#233;talage</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;La presse rebelle, &#231;a nourrit pas son homme. Enfin, pas beaucoup &#8212; disons que la condition est pr&#233;caire. Alors pour boucler les fins de mois, le vol &#224; l'&#233;talage s'est r&#233;v&#233;l&#233; depuis trois ans alli&#233; pr&#233;cieux : &#231;a va tout de suite mieux quand on peut mettre un peu de beurre (vol&#233;) dans les haricots. Retour sur une (enthousiaste) conversion. Jean Genet n'a pas &#233;crit que des conneries. Dans Journal d'un voleur, roman contant ses amours homosexuels et ses petites rapines, il a cette d&#233;daigneuse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L110xH150/arton2259-f5e91.jpg?1768721459' class='spip_logo spip_logo_right' width='110' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La presse rebelle, &#231;a nourrit pas son homme. Enfin, pas beaucoup &#8212; disons que la condition est pr&#233;caire. Alors pour boucler les fins de mois, le vol &#224; l'&#233;talage s'est r&#233;v&#233;l&#233; depuis trois ans alli&#233; pr&#233;cieux : &#231;a va tout de suite mieux quand on peut mettre un peu de beurre (vol&#233;) dans les haricots. Retour sur une (enthousiaste) conversion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Jean Genet n'a pas &#233;crit que des conneries. Dans &lt;i&gt;Journal d'un voleur&lt;/i&gt;, roman contant ses amours homosexuels et ses petites rapines, il a cette d&#233;daigneuse formule : &#171; &lt;i&gt;Une t&#234;te de vol&#233;, c'est hideux. Des t&#234;tes de vol&#233;s qui l'encadrent donnent au voleur une arrogante solitude. &lt;/i&gt; &#187; C'est vrai qu'ils ont quelque chose de moche, cette femme et cet homme m'attendant de pied ferme derri&#232;re la caisse d'un Petit Casino. Un peu bouffis, pr&#233;matur&#233;ment vieillis, vindicatifs. Le couple n'a rien rat&#233; de mes gestes pas assez furtifs, suivant gr&#226;ce aux cam&#233;ras mes quelques larcins. Ils savent ce que j'ai pris. Et o&#249; je l'ai dissimul&#233;. Le chocolat dans la poche arri&#232;re du jean. La sauce soja et le poulet dans la poche int&#233;rieure de ma veste. Ils m'ont pris sur le fait, ils ont gagn&#233;. Je r&#232;gle sans discuter ce que j'avais tent&#233; de voler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voil&#224; que la femme m'apostrophe : &#171; &lt;i&gt;Et les pruneaux ? Vous allez les payer aussi ?&lt;/i&gt; &#187; &#201;tonnement, regard interrogateur &#8212; mes poches sont vides. &#171; &lt;i&gt;Ben oui ! Le paquet de pruneaux que vous avez vol&#233; il y a un mois !&lt;/i&gt; &#187; Je finis par comprendre. Cette sup&#233;rette, je ne la fr&#233;quente pratiquement jamais &#8212; trop loin de chez moi. Mais j'y ai en effet piqu&#233; un paquet de pruneaux plusieurs semaines avant. Le couple ne m'a pas pris sur le fait, mais a d&#251; me trouver assez louche pour visionner &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt; les bandes. Rep&#233;rant le larcin, il s'est surtout senti assez vol&#233; pour m&#233;moriser ma trombine. Impressionnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'en vais. La femme suit, se campe sur le pas de la sup&#233;rette. Ses cris indign&#233;s m'accompagnent : &#171; &lt;i&gt;J'esp&#232;re que vous allez vous &#233;touffer avec les pruneaux ! Vraiment !&lt;/i&gt; &#187; Elle le souhaite du fond du c&#339;ur. Et oui, c'est hideux. Mais tu sais quoi, Jean Genet ? C'est plut&#244;t moi qui me sens sale, l&#224;. Non parce que je me suis fait prendre &#8212; c'est le jeu, j'assume. Mais parce que j'ai vol&#233; des gens pour qui la disparition d'un paquet de pruneaux &#224; 4,5 &#8364; suscite une si vive et durable ranc&#339;ur. Douleur &#224; la fois risible et respectable du petit commer&#231;ant qui compte et recompte son stock au long d'une vie de labeur : les Petit Casino sont en effet presque tous g&#233;r&#233;s par des couples de &#171; g&#233;rants mandataires non salari&#233;s &#187; gagnant modestement leur vie. J'aurais d&#251; le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Principes de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Journal d'un voleur&lt;/i&gt;, on peut aussi lire ceci : &#171; &lt;i&gt;De la beaut&#233; de son expression d&#233;pend la beaut&#233; d'un acte moral. Dire qu'il est beau d&#233;cide d&#233;j&#224; qu'il le sera. Reste &#224; le prouver.&lt;/i&gt; &#187; D'accord. Pour le prouver, il faut confronter l'acte en question &#224; l'&#233;thique qu'on s'est forg&#233;e. La mienne rejoint celle de Walter&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les pr&#233;noms de voleurs cit&#233;s dans l'article ont &#233;t&#233; modifi&#233;s, de m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, copain au RSA qui &#233;cume depuis quinze ans les grandes surfaces de Marseille : &#171; &lt;i&gt;Je ne choure bien s&#251;r ni les potes, ni la famille. J'&#233;vite les petits commerces de quartier, je cible les grandes enseignes. Et parfois, je redistribue.&lt;/i&gt; &#187; Simple, efficace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis trois ans que je pratique, me lan&#231;ant avec enthousiasme dans le vol &#224; l'&#233;talage, je me tiens &#224; trois principe de base. De un, ne voler que les grands groupes et enseignes mondialis&#233;es. De deux, ne chourer que des produits que je vais consommer (surtout de la nourriture, des produits d'hygi&#232;ne et des livres) ou dont d'autres personnes auront l'utilit&#233;. Et de trois, ne jamais piquer d'alcool, dont je fais pourtant grande consommation &#8212; il y a dans cet interdit na&#239;vement respect&#233; un contradictoire reste d'&#233;ducation jud&#233;o-chr&#233;tienne&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et peut-&#234;tre une pr&#233;caution : l'alcool faisant partie des produits les plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu importe. Il appartient &#224; chacun de fixer ses propres principes et limites. Ceux de Lize, intermittente marseillaise d'une trentaine d'ann&#233;es, se r&#233;sument en deux phrases exp&#233;ditives : &#171; &lt;i&gt;Je vole ceux que je consid&#232;re comme des voleurs : supermarch&#233;s, cha&#238;nes bio, magasins de bricolage, cha&#238;nes de fringues, boutiques &#224; touristes, etc. C'est une fa&#231;on de remettre les choses &#224; leur place.&lt;/i&gt; &#187; Romane, abonn&#233;e aux emplois pr&#233;caires et voleuse aussi exp&#233;riment&#233;e qu'efficace, ne dit pas autre chose. Mais elle n'a pas toujours &#233;t&#233; aussi carr&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Quand j'ai d&#233;but&#233; &#224; 20 ans, je suis pass&#233;e par une p&#233;riode de vol assez fr&#233;n&#233;tique. Il me semblait absurde de payer quoi que ce soit. Et je ne me souciais nullement de la nature du magasin &#8212; je m'attaquais m&#234;me aux boutiques de commerce &#233;quitable...&lt;/i&gt; &#187; Une absence de hi&#233;rarchie dans les cibles qui l'a mise, &#224; l'occasion, face &#224; ses contradictions. &#171; &lt;i&gt;En qu&#234;te d'un bon antivol, je me suis rendue dans un petit magasin de v&#233;los. J'en ai piqu&#233; un, que j'ai cach&#233; contre ma taille, bloqu&#233; sous ma jupe. Et j'allais repartir quand le g&#233;rant m'a adress&#233; la parole. Il &#233;tait sympa, on s'est mis &#224; discuter, le courant passait bien &#8212; assez pour que je me sente d&#233;sol&#233;e de le voler. Au moment d'enfin quitter les lieux, l'antivol a gliss&#233;, tombant &#224; ses pieds. Silence. J'ai lev&#233; la t&#234;te. Crois&#233; son regard plein d'incompr&#233;hension. Et je me suis sauv&#233;e, compl&#232;tement honteuse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Joyeux et ludique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette honte de Romane permet de pointer une &#233;vidence : le vol n'est pas qu'un moyen de se nourrir ou de s'&#233;quiper &#224; bon compte. Il est aussi affaire de sensations &#8212; bonnes ou mauvaises. Il s'agit de se sentir vivre dans une soci&#233;t&#233; o&#249; les flux marchands sont r&#233;gl&#233;s comme du papier &#224; roulette. Trac&#233;s, planifi&#233;s. Tellement sous contr&#244;le que la peur, la honte ou le plaisir valent r&#233;bellion. Zo&#233;, psychologue aux maigres revenus, a ador&#233;. Elle vient de se coudre une poche &#224; choure&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une poche &#224; choure se coud &#224; l'int&#233;rieur d'une veste, de mani&#232;re &#224; ce qu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, apr&#232;s une soir&#233;e &#224; parler vol &#224; l'&#233;talage. Et elle raconte &#171; sa premi&#232;re fois &#187; avec excitation : &#171; &lt;i&gt;J'ai vol&#233; un d&#233;odorant dans une grande surface. J'ai d&#251; m'y reprendre &#224; trois fois pour le cacher tellement mes mains tremblaient...&lt;/i&gt; &#187; Et du m&#234;me &#233;lan : &#171; &lt;i&gt;Mais en sortant, je me suis sentie carr&#233;ment fi&#232;re !&lt;/i&gt; &#187; Na&#239;f enthousiasme de d&#233;butante ? M&#234;me pas. Romane, du haut de ses huit ans de pratique, use du m&#234;me mot : &#171; &lt;i&gt;Quand je sors avec des v&#234;tements vol&#233;s au nez et &#224; la barbe du vigile et des cam&#233;ras, je me sens fi&#232;re. Contente de moi.&lt;/i&gt; &#187; Au temps pour la culpabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, pourquoi se sentir coupable ? C'est tout l'inverse qui se joue, souligne Boris, graphiste de 35 ans aux chemises &#224; fleurs aussi &#233;clatantes que le plaisir qu'il prend &#224; chaparder : &#171; &lt;i&gt; Le vol a transform&#233; mon rapport aux supermarch&#233;s et autres magasins de merde. Je d&#233;testais ces endroits, je m'y sentais en territoire ennemi. Mais depuis que je choure, faire mes courses est devenu quelque chose de joyeux et de ludique.&lt;/i&gt; &#187; Tromper le vigile, se jouer des cam&#233;ras, rep&#233;rer et &#244;ter les &#233;ventuels dispositifs anti-vols, passer aux caisses l'air de rien, puis rentrer chez soi avec un petit butin. Toute une joie un peu enfantine, entre dissimulation et jeu de piste ill&#233;gal. &#171; &lt;i&gt;Au-del&#224; du sentiment valeureux de les avoir niqu&#233;s, nous aimerions ressusciter ce cancre du fond de la classe qui pisse sur les r&#232;gles&lt;/i&gt; [...], r&#233;sument joliment les auteur.e.s de &lt;i&gt;La Brochourre&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'entretien sur double page dans le m&#234;me num&#233;ro de CQFD.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. [&#8230;] &lt;i&gt;Le gosse qui brave les interdits n'est pas mort ; il est quelque part, par l&#224;, autour de nous ou &#224; l'int&#233;rieur, &#224; souffler sur les braises qui d&#233;fient l'autorit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains aiment &#224; transformer les braises en brasier. Le vol &#224; l'&#233;talage devient alors d&#233;fi flamboyant, o&#249; il s'agit aussi d'adresser un beau bras d'honneur au syst&#232;me marchand. &#192; l'image de Lize, qui s'est &#233;quip&#233;e gratos en habits de montagne et matos de rando dans une magasin sp&#233;cialis&#233;. Ou de Romane qui, &#224; l'occasion, sort des supermarch&#233;s des sacs entiers de bonne bouffe, y allant au culot, en faisant glissant discr&#232;tement son gros larcin devant la caisse pendant qu'elle r&#232;gle un petit paquet de chips et une canette de Coca. Audacieux. Mais attention : le risque de garde &#224; vue augmente &#224; mesure de la valeur du butin. &#171; &lt;i&gt;C'est surtout le volume du vol qui importe,&lt;/i&gt; expliquait en 2013 le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Union des entreprises de s&#233;curit&#233; priv&#233;e&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans &#171; Les petits arrangements des supermarch&#233;s avec leurs voleurs &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Par exemple, si c'est au-dessus de 100 &#8364; &#224; Paris, le magasin appelle la police. En dessous, non.&lt;/i&gt; &#187; &#192; bon entendeur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2460 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH357/-726-cd16b.jpg?1768721459' width='500' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas de voleur type &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, il en va de la choure comme d'un sport d'adresse : pour s'am&#233;liorer, il faut pratiquer. Avec l'exp&#233;rience, les gestes se font plus confiants et furtifs. Et l'assurance aide &#224; renvoyer l'image du client lambada et honn&#234;te qui n'attire pas l'attention &#8212; liste de courses &#224; la main, sachant ce qu'il veut, passant d'un pas d&#233;termin&#233; d'un rayon &#224; un autre, les mains s'affairant en douce. Sauf que&#8230; &#171; &lt;i&gt;L'exp&#233;rience n'emp&#234;che pas de se faire chopper&lt;/i&gt;, explique Walter. &lt;i&gt;J'ai quinze ans de pratique et &#231;a m'arrive encore. Souvent, c'est parce que je me suis montr&#233; trop s&#251;r de moi.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre de Marseille, il y a un petit supermarch&#233; que Walter et Boris connaissent bien. Tr&#232;s fr&#233;quent&#233;, surtout le soir et le week-end, il a la r&#233;putation d'&#234;tre insuffisamment prot&#233;g&#233;. Il n'emploie pas de vigile. Et les salari&#233;s sont souvent trop occup&#233;s &#224; tenir les caisses, g&#233;rer le stock ou remplir les rayons pour traquer le vol. Bref, l'endroit parfait pour le petit chapardeur du quotidien &#8212; pendant deux ans, j'y ai pris mes aises. Trop. Il y a trois semaines, alors que je passais en caisse avec une bouteille, un employ&#233; m'a pris gentiment &#224; part, me demandant de vider mes poches. Pour m&#233;diocre butin, du ketchup, des c&#232;pes s&#233;ch&#233;s, des bonbons et du liquide-vaisselle. J'ai pay&#233; sans discuter, promettant de ne pas recommencer. Fin du bon plan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jacques n'est pas rancunier. Vraiment pas. C'est lui qui m'a alpagu&#233; dans ce supermarch&#233; &#8212; il en est m&#234;me adjoint &#224; la direction. Mais quand je reviens le voir deux jours plus tard, &#233;voquant un article sur le vol &#224; l'&#233;talage, il accepte de me retrouver devant une bi&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Je t'ai rep&#233;r&#233; par hasard, je n'avais jamais fait gaffe &#224; toi avant&lt;/i&gt;, m'explique-t-il. &lt;i&gt;J'ai simplement jet&#233; un &#339;il &#224; l'&#233;cran au moment o&#249; tu piquais un truc.&lt;/i&gt; &#187; Pas de chance. C'est que l'endroit d&#233;bite grave &#8212; en moyenne, 1 000 clients par jour en semaine et 1 200 le week-end. Et les employ&#233;s ont bien trop &#224; faire pour surveiller chaque consommateur : ils ne s'int&#233;ressent qu'&#224; ceux dont ils jugent le comportement &#233;trange. &#171; &lt;i&gt;Je travaille ici depuis plus de dix ans, soit assez longtemps pour constater qu'il n'y a pas de voleur type. Ce qui attire mon attention, ce sont les attitudes pas naturelles. Le client &#224; l'air nerveux, aux yeux fureteurs. Celui qui attrape des produits sans les regarder. Ou cet autre qui n'en a que pour l'alcool, les d&#233;odorants ou le chocolat &#8212; nos produits les plus vol&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ils rep&#232;rent un chapardeur, les employ&#233;s l'alpaguent avec diplomatie &#8211; j'y ai eu droit. &#171; &lt;i&gt;Souvent, &#231;a se passe bien : les gens reposent les articles et on en reste l&#224;. Parfois, c'est plus tendu. Mais dans tous les cas, on n'appelle pas la police : elle ne se d&#233;place jamais.&lt;/i&gt; &#187; Jacques en sait quelque chose, qui s'est fait braquer par un mec cagoul&#233; il y a quelques ann&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Le bonhomme est reparti &#224; pied, tranquille. Et il fallu attendre une demie-heure pour voir d&#233;barquer les flics en mode cow-boy, arr&#234;tant les gens dans la rue. Comme s'il y avait une chance que le braqueur soit encore dans le coin...&lt;/i&gt; &#187; Sacr&#233;s guignols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tous les jours f&#234;te &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lize, elle aussi, a attendu la police un moment. C'&#233;tait &#224; l'entr&#233;e d'une enseigne bio, elle n'avait pas le choix. Un vendeur et le g&#233;rant la retenaient, apr&#232;s l'avoir vu planquer des produits dans son sac. Eux n'ont pas fait dans la diplomatie. Au contraire, ils se sont ing&#233;ni&#233;s &#224; punir la jeune femme. &#171; &lt;i&gt;Je savais qu'ils n'avaient pas le droit de me retenir, mais je me suis laiss&#233;e intimider. La police n'est bien s&#251;r jamais venue - c'&#233;tait un pr&#233;texte pour m'imposer une heure d'attente et d'humiliations. Avant de me lib&#233;rer, le g&#233;rant a bloqu&#233; ma t&#234;te entre ses mains et l'a exhib&#233;e devant chaque vendeur en disant : &#8220; Retenez son visage, elle n'entre plus ici ! &#8221; Traumatisant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que Lise a depuis &#233;t&#233; veng&#233;e par bien des voleurs &#224; l'&#233;talage. C'est que les enseignes bio &#8212; Bio c'Bon, Biocoop et autres Naturalia &#8212; sont depuis longtemps cible privil&#233;gi&#233;e de ceux qui veulent mieux manger sans en payer le co&#251;t exorbitant. C'est m&#234;me l'une des raisons pour lesquelles Boris s'est mis &#224; la choure : &#171; &lt;i&gt;J'en avais marre de manger de la merde. Et j'ai d&#233;cid&#233; de me nourrir plus sainement. Mais je n'avais ni les moyens, ni l'envie de me ruiner pour des fruits et l&#233;gumes bio ou pour des graines de qualit&#233;. J'ai alors commenc&#233; &#224; voler et je n'ai plus arr&#234;t&#233; depuis.&lt;/i&gt; &#187; Ici r&#233;side la force tranquille du petit vol &#224; l'&#233;talage. Dans le temps long. Et la possibilit&#233; de s'offrir jour apr&#232;s jour cette vie meilleure normalement conditionn&#233;e par l'&#233;paisseur du portefeuille. Jusqu'&#224; d&#233;nier, comme Lize, toute l&#233;gitimit&#233; &#224; ce dernier : &#171; &lt;i&gt;Je d&#233;teste les rapports induits par l'argent. C'est ce qui me pla&#238;t dans le fait de voler : j'ai l'impression d'enlever sa valeur au fric.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand la choure fait commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Boris, oiseau de passage qui squatte chez les uns et les autres, le vol permet aussi de remercier ses h&#244;tes : &#171; &lt;i&gt;Je suis invit&#233;, alors je ram&#232;ne de bonnes choses &#224; manger et &#224; boire. Pour faire plaisir.&lt;/i&gt; &#187; La choure se partage &#8212; c'est m&#234;me parfois sa raison d'&#234;tre. Romane, qui a habit&#233; une coloc' avec sept camarades aussi fauch&#233;s qu'elle, raconte ainsi, yeux p&#233;tillants, ses exp&#233;ditions pass&#233;es dans un Monoprix, o&#249; un pilier bien plac&#233; permettait de remplir des sacs &#224; dos &#224; l'abri des cam&#233;ras. &#171; &lt;i&gt;Avec deux potes, on avait d&#233;cid&#233; que ce serait tous les jours f&#234;te. Et on faisait r&#233;guli&#232;rement le plein de tournedos, foie gras et saumon pour r&#233;galer tout le monde. On avait l'impression d'&#234;tre Robin des Bois...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il y en a pour huit, il y en a pour cent. Ou presque &#8212; simple question d'&#233;chelle. &#192; mesure qu'ils se sont politis&#233;s, Romane et ses ami.e.s ont mis leurs comp&#233;tences au service de bouffes de soutien et de repas collectifs. Se r&#233;partissant la liste de courses et les grandes surfaces &#224; &#233;cumer avec des cabas &#224; double-fond. Efficaces. Je sais, je les ai vus &#224; l'&#339;uvre. C'&#233;tait en 2012, dans un squat de Toulouse accueillant pour un week-end l'&#233;quipe foutraque du canard rebelle auquel je participais alors. En deux heures, ils ont vol&#233; de quoi cuisiner un cassoulet pour une cinquantaine de personnes. La classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois ans plus tard, j'ai recrois&#233; certains d'entre eux dans une vall&#233;e des Pyr&#233;n&#233;es. Une grosse fiesta s'y tenait dans un chouette lieu autog&#233;r&#233;. Une centaine de convives avaient fait le d&#233;placement, presque tous venus les mains vides &#8212; les organisateurs avaient pass&#233; la semaine pr&#233;c&#233;dente &#224; piller les supermarch&#233;s du coin, histoire de nourrir et d'abreuver tout le monde. Le plus impressionnant n'&#233;tait pas que ce soit gratuit. Mais tenait au d&#233;ploiement d'&#233;nergie, de techniques et de d&#233;sint&#233;ressement ayant permis cette gratuit&#233;. C'est l&#224; que la choure est belle. Quand elle colle des sourires sur les visages avant m&#234;me de rassasier les corps. Et qu'elle fait commun, tissu de pratiques ill&#233;gales reliant ceux qui volent et ceux qui en b&#233;n&#233;ficient dans le m&#234;me plaisir du partage. Aujourd'hui encore, y penser suffit &#224; me donner la banane.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tous les pr&#233;noms de voleurs cit&#233;s dans l'article ont &#233;t&#233; modifi&#233;s, de m&#234;me que celui de l'employ&#233; de supermarch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et peut-&#234;tre une pr&#233;caution : l'alcool faisant partie des produits les plus vol&#233;s, son rayon est particuli&#232;rement surveill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une poche &#224; choure se coud &#224; l'int&#233;rieur d'une veste, de mani&#232;re &#224; ce qu'il soit possible d'y glisser un produit dans un mouvement &#224; la fois fluide et discret &#8211; c'est l'une des techniques de vol &#224; l'&#233;talage les plus courantes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir l'entretien sur double page dans le m&#234;me num&#233;ro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233; dans &#171; Les petits arrangements des supermarch&#233;s avec leurs voleurs &#187;, article mis en ligne sur le site Rue89 le 30/10/13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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