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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'essentiel est d'avoir des ennemis communs &#187;</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Penser la violence contemporaine du monde. Et sous toutes ses formes, qu'elles soient vieilles comme H&#233;rode ou li&#233;es aux mutations du capitalisme lib&#233;ral, qu'elles rel&#232;vent d'un asservissement syst&#233;mique ou constituent une force &#233;mancipatrice. L'objectif est ambitieux. Presque trop. L'historien des id&#233;es Fran&#231;ois Cusset le rel&#232;ve pourtant avec talent dans Le D&#233;cha&#238;nement du monde &#8211; Logique nouvelle de la violence (La D&#233;couverte). Il le r&#233;sume ici en 13 000 signes &#8211; sacr&#233; challenge ! (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no166-juin-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;166 (juin 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Penser la violence contemporaine du monde. Et sous toutes ses formes, qu'elles soient vieilles comme H&#233;rode ou li&#233;es aux mutations du capitalisme lib&#233;ral, qu'elles rel&#232;vent d'un asservissement syst&#233;mique ou constituent une force &#233;mancipatrice. L'objectif est ambitieux. Presque trop. L'historien des id&#233;es Fran&#231;ois Cusset&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment auteur de French Theory (2003) et du tr&#232;s conseill&#233; La D&#233;cennie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; le rel&#232;ve pourtant avec talent dans &lt;i&gt;Le D&#233;cha&#238;nement du monde &#8211; Logique nouvelle de la violence&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte). Il le r&#233;sume ici en 13 000 signes &#8211; sacr&#233; challenge !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis peu, le mouvement social assume une relative conflictualit&#233;. Et les manifs offensives se font plus nombreuses. Quelque chose a chang&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mouvement social revient de loin, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; plong&#233; dans une profonde torpeur par le tournant n&#233;olib&#233;ral. Cette atonie d&#233;bute dans les ann&#233;es 1970, sous l'effet d'une f&#233;roce r&#233;pression et d'une culpabilisation croissante de toute action politique directe &#8211; dite violente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois facteurs ont particip&#233; de cette culpabilisation. D'abord, le d&#233;sarmement des forces radicales d'opposition des ann&#233;es 1970 &#8211; elles sont dissoutes, rendent les armes ou r&#233;pudient l'action offensive. Puis la fin du bloc de l'Est en 1989, qui permet aux classes dominantes de renvoyer toute forme de lutte &#233;mancipatrice directe &#224; l'&#233;chec sovi&#233;tique. Enfin, troisi&#232;me facteur, l'extr&#234;me individualisation de la vie sociale. Plus aucune question n'est abord&#233;e &#224; l'&#233;chelle collective. Un cas de souffrance au travail se r&#232;gle ainsi chez le psy, comme s'il n'&#233;tait pas li&#233; aux relations dans l'entreprise ou aux conflits d'int&#233;r&#234;ts entre d&#233;tenteurs du capital et forces de travail. Il n'y a (presque) plus d'espace collectif pour soulager cette souffrance et pointer la responsabilit&#233; du syst&#232;me socio-&#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'usage de l'action directe dans un mouvement social reste souvent per&#231;u comme une initiative individuelle, d'un petit groupe, ou comme un d&#233;rapage. Et non comme une tactique possible. L'&#233;nergie r&#233;cente des cort&#232;ges de t&#234;te a ainsi suscit&#233; son lot de critiques et distanciations ; il y a 40 ans, ces derniers auraient &#233;t&#233; d'office consid&#233;r&#233;s comme une composante du mouvement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH433/-745-6c7ed.jpg?1768816111' width='500' height='433' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; la fin du livre, tu &#233;voques &#171; &lt;i&gt;le r&#233;veil dispers&#233; des soul&#232;vements et des mouvements sociaux dans le monde des dix derni&#232;res ann&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Et en ce qui concerne la France ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le monde social s'y r&#233;veille progressivement &#224; la fin des ann&#233;es 1990. Avec d'un c&#244;t&#233;, la r&#233;surgence &#233;ph&#233;m&#232;re d'une gauche marxisante &#8211; les listes communes LCR/LO font 5,18 % aux &#233;lections europ&#233;ennes de 1999. Et de l'autre c&#244;t&#233;, l'apparition de formes, enjeux et motifs nouveaux. Ce qu'on nomme mouvementisme est un agr&#233;gat de luttes sp&#233;cifiques, minoritaires mais radicales, men&#233;es avec les sans-papiers, les LGBT, les lyc&#233;ens ou ceux qui d&#233;noncent la parano&#239;a r&#233;publicaine sur le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces luttes accroissent d'abord l'&#233;miettement de la contestation. Si des convergences se produisent &#224; l'occasion de s&#233;quences particuli&#232;res (altermondialisme en 1999, CPE en 2006), le mouvement social ne porte ni agenda, ni but strat&#233;gique communs. Un paysage &#233;clat&#233;, qui met en exergue la pluralit&#233; des motifs et formes de lutte. Peu &#224; peu se r&#233;pand le refus du surmoi unitaire du mouvement social &#224; l'ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette tendance &#224; la dispersion s'inverse parfois. Quand c'est la gr&#232;ve, quand la police attaque. Et que se noue une convergence plus pratique et empirique qu'id&#233;ologique. L'&#233;miettement n'est alors plus un probl&#232;me, mais l'affirmation d'une force en devenir. Celle qu'endosserait le mouvement social traditionnel (syndical, para-communiste ou anarchiste) s'il int&#233;grait les questions de minorit&#233; sexuelle, d'immigration, de multi-culturalisme, etc. Et s'il renouait avec les jeunes g&#233;n&#233;rations, pour qui ces questions sont prioritaires. Dans les facs en cours d'occupation, les &#233;tudiants invitent des cheminots gr&#233;vistes, accueillent des migrants, sensibilisent aux questions f&#233;ministes. Bref, ils luttent concr&#232;tement, se fichant des cat&#233;gories dogmatiques du marxisme &#224; l'ancienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, les mouvements traditionnels d'extr&#234;me gauche restent encombr&#233;s du tr&#232;s fran&#231;ais surmoi r&#233;publicain, voire national. Les militants plus &#226;g&#233;s ne souhaitent d'ailleurs pas toujours s'en d&#233;barrasser. Ils ne comprennent pas que les temps ont chang&#233;. Et que grandit le camp des gens refusant le chantage au parti et au programme &#233;lectoral. Eux savent que l'essentiel est d'avoir des ennemis communs et de partager des circonstances dans lesquelles les affronter. Le pr&#233;sent de la lutte se construit ainsi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il passe aussi par la red&#233;finition du rapport &#224; la violence...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l'enjeu du livre. Il n'est pas question de faire de la pratique de la violence, ou de son refus, un programme ou projet. Mais de d&#233;placer les fa&#231;ons de voir. En analysant ce que j'appelle &#8220; violence syst&#233;mique &#8221;, sourde contrainte qui fait effet sur chacun. Et en lui opposant une pluralit&#233; de modes d'action, non violents ou offensifs. Je dis bien &#8220; offensifs &#8221; et pas &#8220; violents &#8221;, qui est un mot du pouvoir pour disqualifier certains mouvements, renvoy&#233;s au terrorisme ou &#224; la d&#233;linquance. Il fait aussi office de mot-parapluie camouflant des souffrances nouvelles, qu'il faut &#233;noncer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quelques d&#233;cennies, la violence est devenue le grand angle mort de notre temps. Selon les statistiques, elle aurait largement baiss&#233; dans le monde riche, euro-am&#233;ricain, relativement pacifi&#233; (en France, le nombre de tu&#233;s par balle est divis&#233; par deux entre 1995 et 2012). &#192; tel point que le psychologue Steven Pinker &#233;voque un &#8220; &lt;i&gt;d&#233;clin historique de la violence&lt;/i&gt; &#8221;. Il a calcul&#233; que le XXe si&#232;cle est, malgr&#233; deux guerres mondiales, loin d'&#234;tre le plus meurtrier de l'histoire (rapport&#233; &#224; la population globale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce d&#233;compte ne dit pas tout. La philosophe Simone Weil le soulignait d&#233;j&#224; en 1939 : &#8220; &lt;i&gt;La force qui tue est une forme sommaire, grossi&#232;re de la force. Combien plus vari&#233;e en ses proc&#233;d&#233;s, combien plus surprenante en ses effets, est l'autre force, celle qui ne tue pas, c'est-&#224;-dire celle qui ne tue pas encore.&lt;/i&gt; &#8221; Voil&#224; la piste. Au lieu de chercher les signes d'une progression ou r&#233;gression de la violence, il faut en examiner les modalit&#233;s actuelles, de fa&#231;on large et &#233;lastique. Et penser ces nouvelles formes de violence que j'appelle syst&#233;miques. Elles constituent &#224; la fois le ressort structurel de la domination n&#233;olib&#233;rale et celui des r&#233;sistances &#224; lui opposer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces formes de violences sont-elles r&#233;ellement nouvelles ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En introduction, je r&#233;alise un panorama des actuelles formes de violence collective majeure. Elles n'ont rien de neuf &#8211; les guerres ou migrations forc&#233;es ne sont pas n&#233;es au XXe... Mais leur caract&#232;re in&#233;dit tient &#224; leur ampleur. Et au fait qu'elles adoptent des formes et temporalit&#233;s nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les guerres sont certes moins nombreuses et meurtri&#232;res. Mais elles semblent par contre durer ind&#233;finiment &#8211; depuis 17 ans en Afghanistan et 16 en Irak. Le Congo, lui, sort de 23 ans de guerre ! Et &#231;a n'emp&#234;che personne de dormir, ni de commercer. Pis, ces violences massives sont parfois pr&#233;sent&#233;es comme un moindre mal. Il serait in&#233;vitable que la BCE affame les Grecs (depuis 2010, le salaire moyen a baiss&#233; de 30 %). Inenvisageable que les peuples du Moyen-Orient cessent de s'entre-tuer. Ou impossible de prot&#233;ger les femmes subalternes du harc&#232;lement, du viol et du meurtre. Un fatalisme ambiant contre lequel il faut lutter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mondialisation g&#233;n&#232;re aussi une promiscuit&#233; accrue des logiques de la violence. Elles se croisent et s'entre-briquent, d'o&#249; des effets d'entra&#238;nement et d'influence. Comme dans ces quartiers chics de Hong Kong, o&#249; des femmes migrantes, fuyant la guerre ou la mis&#232;re, sont exploit&#233;es comme domestiques. Le week-end, elles dorment dehors par milliers, parce que les baux locatifs stipulent que l'employ&#233;e, lou&#233;e avec l'appart, ne doit pas troubler l'intimit&#233; de fin de semaine... Cette situation de violence, fruit de multiples facteurs (oppressions de genre, guerre, exploitation, migrations, etc.), permet &#224; des secteurs entiers de fonctionner. Et p&#232;se sur l'atmosph&#232;re &#8211; m&#234;me en des lieux pacifi&#233;s et opulents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle est la nature du lien entre ces &#171; &lt;i&gt;multiples facteurs&lt;/i&gt; &#187; et le capitalisme ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; N'&#233;tant pas marxiste orthodoxe, je ne fais pas de l'&#233;conomie la cause unique, infrastructurelle, de toutes les violences. Je crois qu'elle constitue plut&#244;t le cadre ext&#233;rieur des situations de conflit. &lt;i&gt;A minima&lt;/i&gt;, elle s'en accommode. Souvent, elle en tire profit, par la vente d'armes ou en jouant de l'instabilit&#233; politique. En Afrique, des r&#233;gimes autoritaires, voire des pays en guerre, affichent ainsi de solides taux de croissance. Comme le Sud-Soudan, le Nigeria ou le Congo, qui &#233;merge pourtant d'un conflit ayant caus&#233; six millions de morts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre et les violences ne sont donc pas un accident du syst&#232;me capitaliste. Mais constituent son moteur et sa motivation premi&#232;re. Le capitalisme moderne est n&#233; d'une pr&#233;dation coloniale toujours en cours &#8211; l'accaparement des ressources et forces de travail de ces pays continue. Il est aussi n&#233; de la traite n&#233;gri&#232;re et de l'esclavage, cens&#233;ment disparus. Rien de moins s&#251;r, au vu du sort des ouvriers des chantiers de Duba&#239; ou Singapour&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme, dernier avatar du capitalisme, s'appuie aussi largement sur la rivalit&#233; symbolique au sein de la consommation. Le d&#233;sir mim&#233;tique (je veux l'objet que les autres poss&#232;dent) aiguise les rivalit&#233;s et encourage la concurrence g&#233;n&#233;ralis&#233;e. D'o&#249; une violence propre &#224; la consommation, selon Jean Baudrillard, qui notait que les rapports sociaux se tendent continuellement depuis qu'on a promis &#224; chacun un acc&#232;s ind&#233;fini &#224; tous les biens et &#224; tous les possibles. Un constat d&#233;j&#224; dress&#233;, en 1929, par l'&#233;conomiste John Keynes : &#8220; &lt;i&gt;Nous ne vivons pas une crise de la raret&#233;, mais&lt;/i&gt; [de] &lt;i&gt;l'abondance ; or, nous ne savons pas g&#233;rer l'abondance ; c'est ce qui provoque une d&#233;pression nerveuse universelle.&lt;/i&gt; &#8221; En psychanalyse, un d&#233;sir artificiellement excit&#233; par les promesses de l'abondance est un d&#233;sir &#233;gar&#233;, frustrant, &#233;go&#239;ste, qui pourrit l'ambiance sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; une violence inscrite au c&#339;ur de chaque condition individuelle ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans &lt;i&gt;Malaise de la civilisation&lt;/i&gt; (1930), Freud s'interroge : qu'est-ce qui fait processus de civilisation ? Et r&#233;pond en pointant le r&#244;le essentiel des instances de r&#233;pression de nos pulsions (l'&#233;ducation, les parents, la loi). Elles les matent, les contiennent. Mais les frustrent et les excitent du m&#234;me &#233;lan. L&#224; r&#233;side la violence de l'auto-r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'invention de l'auto-r&#233;pression, le sociologue Norbert Elias fait d&#233;couler celle de l'Occident moderne. Dans &lt;i&gt;Sur le processus de civilisation&lt;/i&gt; (1939), il montre comment les normes de savoir-vivre ont &#233;t&#233; impos&#233;es d'en haut. Via des manuels de comportement pr&#244;nant courtoisie et distance. Par l'&#201;tat et la loi, qui s'arrogent le monopole de la violence. Et avec le soutien des classes dominantes. Les normes d'auto-r&#233;pression se diffusent ainsi progressivement dans toute la soci&#233;t&#233;. D'o&#249; une apparence d'harmonie sociale relative, qui camoufle et g&#233;n&#232;re frustrations et violence int&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las, Elias ne pouvait anticiper le tournant majeur du capitalisme &#224; la fin du XXe si&#232;cle, &#224; la suite des mouvements de contre-culture. Soit le virage cool, informel et convivial des rapports sociaux. C'est l'injonction essentielle de l'&#233;poque &#8211; dans le management, les n&#233;gociations entre &#8220; partenaires &#8221; sociaux, les discours politiques. Cette injonction dissimule la conflictualit&#233; sociale. Et incite aux compromis en pr&#233;tendant que les int&#233;r&#234;ts de classe des &#8220; partenaires sociaux &#8221;, patrons ou employ&#233;s, convergent. Absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, la conflictualit&#233; des rapports de production est &#224; la fois plus aigu&#235; et censur&#233;e que jamais. Elle g&#233;n&#232;re une sauvagerie nouvelle au stade de la production, dans les objectifs inaccessibles impos&#233;s aux subalternes. Ainsi qu'au stade de la consommation, dans l'expression des rivalit&#233;s mim&#233;tiques et du refus de la frustration. Il faut donc aller plus loin qu'Elias : la civilisation est une fiction. Rien d'autre qu'une couche comportementale, culturelle et id&#233;ologique qui se greffe &#224; un syst&#232;me socio-&#233;conomique &#8211; le capitalisme lib&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et l'&#201;tat, que devient-il ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#201;tat moderne prend forme en Occident &#224; partir du XVIIe si&#232;cle, se construisant sur une fonction duale, r&#233;sum&#233;e par le double sens du mot &#8220; police ''. D'un c&#244;t&#233;, la r&#233;pression et la force de la loi. De l'autre, le fait de policer les normes et formes de la vie sociale &#8211; par l'&#233;ducation, les instances de compensation relative des in&#233;galit&#233;s, les retraites, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'av&#232;nement n&#233;olib&#233;ral affaiblit cette seconde fonction au profit de la premi&#232;re. Les &#233;lites &#233;conomiques en tirent b&#233;n&#233;fices. Et l'&#201;tat y trouve un moyen de perp&#233;tuation, se renfor&#231;ant comme instance de pouvoir et d'autorit&#233;. La haine des penseurs n&#233;olib&#233;raux pour ce dernier avait pu laisser croire &#224; son d&#233;clin. Erreur, il mute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le n&#233;olib&#233;ralisme rel&#232;ve donc plus de l'opportunisme que de l'id&#233;ologie. Pour optimiser les rendements, profits et &#233;changes, il n'h&#233;site pas &#224; recourir aux subsides de l'&#201;tat ou &#224; s'allier &#224; la puissance publique. Le secteur priv&#233;, qui l'accusait de tous les maux, lui doit d&#233;sormais vingt ans d'expansion et de profits. Dont la plus grosse lev&#233;e de fonds &#233;tatique de l'histoire, pour renflouer en 2008 les compagnies d'assurances et banques d'investissement. Quant &#224; &#8220; la guerre au terrorisme &#8221; post-11 Septembre, elle redessine la g&#233;opolitique mondiale. Et initie une alliance in&#233;dite entre le secteur priv&#233; de l'armement et les d&#233;cideurs &#233;tatique. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notamment auteur de &lt;i&gt;French Theory&lt;/i&gt; (2003) et du tr&#232;s conseill&#233; &lt;i&gt;La D&#233;cennie&lt;/i&gt; (2006), tous deux parus &#224; La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
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