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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Saint-Denis : Les dessous de la brochette !</title>
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		<dc:date>2018-07-10T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


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&lt;p&gt;Saint-Denis, sortie de la gare RER D. Des odeurs de viande grill&#233;e aguichent mes narines. Devant moi : un barbecue g&#233;ant comme il en existe peu. Des dizaines de gars occupent la place devant la station, dispatch&#233;s autour de Caddie fumants de b&#339;uf marin&#233;. R&#233;nov&#233; en 2005, le parvis de la station a &#233;t&#233; amput&#233; de ses arbres. Cela aurait pu devenir un lieu vide, espace norm&#233;, repoussant les flux vers le centre-ville, &#224; l'image de toutes les gares. Mais depuis ces travaux, les vendeurs de rues, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Hector-de-la-Vallee" rel="tag"&gt;Hector de la Vall&#233;e&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Saint-Denis, sortie de la gare RER D. Des odeurs de viande grill&#233;e aguichent mes narines. Devant moi : un barbecue g&#233;ant comme il en existe peu. Des dizaines de gars occupent la place devant la station, dispatch&#233;s autour de Caddie fumants de b&#339;uf marin&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;nov&#233; en 2005, le parvis de la station a &#233;t&#233; amput&#233; de ses arbres. Cela aurait pu devenir un lieu vide, espace norm&#233;, repoussant les flux vers le centre-ville, &#224; l'image de toutes les gares. Mais depuis ces travaux, les vendeurs de rues, d&#233;j&#224; pr&#233;sents auparavant, se sont multipli&#233;s, d&#233;veloppant leur business. En ce moment, la mode est &#224; la brochette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passionn&#233;e de cuisine, Fatou s'installe tout les jours sur la place depuis 1996. D'abord sp&#233;cialis&#233;e dans le ma&#239;s et le jus de bissap ou de gingembre, elle se colle d&#233;sormais elle aussi aux brochettes de b&#339;uf marin&#233;. La viande est achet&#233;e tr&#232;s t&#244;t chaque matin chez un boucher, qui refourgue &#224; un prix imbattable des morceaux mal calibr&#233;s. Elle en pr&#233;pare une centaine dans son appartement, &#224; l'autre bout de Saint-Denis, dans le quartier de Franc-Moisin. Puis elle charge son commerce &#224; roulettes, marche quinze minutes, prend le tramway et s'installe juste apr&#232;s la passerelle qui m&#232;ne de l'arr&#234;t de tramway &#224; la gare. Tous les jours au m&#234;me endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils sont une dizaine &#224; avoir le m&#234;me rituel et le m&#234;me attirail : viande, sacs d'oignons, bidons d'huile et quelques cageots de menthe. Chacun &#224; son poste. Tarif : 1 &#8364; la brochette.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2480 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH345/-746-1c96a.jpg?1768665384' width='400' height='345' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Hector De La Vall&#233;e.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Confiscations de Caddie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le parvis, les flics se pointent quasiment tous les jours. Municipaux et nationaux m&#232;nent des contr&#244;les conjoints, multipliant les contraventions. &#171; &lt;i&gt;On doit se r&#233;approprier l'espace public pour le pacifier et stopper les nuisances pour les gens, comme la fum&#233;e, le fait d'&#234;tre alpagu&#233; par les vendeurs, etc. Il y a 70 000 usagers qui passent chaque jour par la gare&lt;/i&gt; &#187;, s'est insurg&#233;e en juin 2017 Slimane Rabahallah, adjointe en charge de la tranquillit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les CRS d&#233;barquent, les vendeurs de brochettes se lancent dans une folle course de Caddie. &#171; &lt;i&gt;Il y a d&#233;j&#224; eu des confiscations de chariots&lt;/i&gt;, explique Medhi, l'un des r&#233;guliers de la place. &lt;i&gt;Alors quand ils arrivent, on court tr&#232;s vite se cacher quelque part. Et on revient plus tard... C'est notre seule fa&#231;on de travailler&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, on trouve aussi des cartes t&#233;l&#233;phoniques, des cacahu&#232;tes grill&#233;es, du pop-corn, des cigarettes s&#233;n&#233;galaises ou ukrainiennes, des chargeurs de t&#233;l&#233;phone et plein d'autres entreprises spontan&#233;es pour se faire trois sous. Parmi les vendeurs, des transfuges de la rue de la R&#233;publique, sp&#233;cialis&#233;s dans les fringues, sacs &#224; mains, lunettes ou montres, et habituellement install&#233;s au c&#339;ur de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Les protecteurs de la place &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apparition de ce march&#233; autonome s'est faite naturellement, l&#224; ou rien n'avait &#233;t&#233; pr&#233;vue par l'organisation g&#233;n&#233;rale. C'est de plus en plus rare : les municipalit&#233;s r&#233;quisitionnent d&#233;sormais souvent ces espaces pour y organiser des &#233;v&#233;nements culturels ou y mener des transformations urbaines. Ici, des passants s'arr&#234;tent pour une brochette et restent discuter quelques minutes. Quelques-uns jouent aux &#233;checs et les gamins font du v&#233;lo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains habitants du quartier assurent que la pr&#233;sence des vendeurs donne une atmosph&#232;re plus rassurante &#224; cet endroit auparavant &#171; &lt;i&gt;froid et glauque&lt;/i&gt; &#187;. Une voisine pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Je peux rentrer &#224; l'heure que je veux depuis qu'il y a les vendeurs.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Ce n'est plus une zone o&#249; tu as l'impression d'&#234;tre une proie isol&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, confirme une activiste locale, qui estime que &#171; &lt;i&gt;les vendeurs sont les protecteurs de la place&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde n'est pas de cet avis. Cet hiver, une petite guerre de voisinage a anim&#233; le quartier. D&#233;rang&#233;s par le d&#233;ploiement de vie et par les odeurs de barbaque atteignant leurs fen&#234;tres, certains habitants affirmaient que la qualit&#233; de l'air &#233;tait menac&#233;e par la fum&#233;e du charbon. Ils ont mont&#233; un collectif, &#233;dit&#233; des tracts repr&#233;sentant des masques &#224; gaz et les ont coll&#233;s dans le p&#233;rim&#232;tre de la gare. Autre fait de gloire, la diffusion d'une p&#233;tition intitul&#233;e &#171; Mal vivre ensemble &#187;. Ainsi que la r&#233;daction d'une lettre publique titr&#233;e &#171; Rue des bidonvilles, quartier des brochettes, place du ras-le-bol &#187;, adress&#233;e &#224; Didier Paillard, maire de la ville en 2016, et d&#233;non&#231;ant &#171; &lt;i&gt; un abandon total de la gare par les politiques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Carrefour incontournable du quartier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un groupe d'&#233;tudiants de l'universit&#233; de Paris VIII et quelques habitants ont ripost&#233; sur le champ. Apr&#232;s &#234;tre all&#233; &#224; la rencontre des vendeurs, ils ont &#224; leur tour fabriqu&#233; leurs affiches &#171; Des brochettes, mais pas des camionnettes ! &#187; et &#171; Stop aux rafles de la police &#224; la gare de Saint-Denis ! &#187;, initiant des rassemblements sur le parvis et diffusant de tracts informant sur la situation des vendeurs, pour beaucoup sans-papiers. Leur exigence : qu'on leur fiche la paix !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le froid, les r&#233;unions se sont d&#233;plac&#233;es &#224; cent m&#232;tres de la gare, sous le chapiteau Rajganawak, lieu autonome construit il y a deux ans. Coinc&#233; entre deux immeubles d'habitation, ce chapiteau en bois est prot&#233;g&#233; de la route par une palissade en taule, qui masque sa pr&#233;sence. Il s'inscrit dans la continuit&#233; d'une exp&#233;rience commenc&#233;e dans les ann&#233;es 1990 &#8211; &#224; l'initiative de C&#233;dric Simoneau, l'ancien garage est devenu lieu de th&#233;&#226;tre. En 2002, l'homme l&#232;gue l'espace &#224; sa ni&#232;ce Camo. Elle y installe alors un chapiteau proposant des moments de cirque et de f&#234;tes, lequel tire finalement le rideau en 2010. Mais revient en 2016, notamment gr&#226;ce au soutien du collectif de La Briche&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ancien site industriel de Saint-Denis reconverti en ateliers de cr&#233;ateurs et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : un chapiteau en dur est alors construit, sans autorisation ni accord avec la municipalit&#233;. Petit &#224; petit, le lieu devient un carrefour incontournable du quartier, proposant des activit&#233;s de cirque et des cours de fran&#231;ais, un espace de r&#233;union et des ateliers. La municipalit&#233; a bien manifest&#233; des vell&#233;it&#233;s d'expulsion, mais pour l'instant &#231;a tient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est l&#224; pour parler fort ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondatrice du Rajganawak, Camo se souvient des premi&#232;res r&#233;unions sous le chapiteau : &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, on n'entendait que les militants. L'atmosph&#232;re &#233;tait pesante, et les vendeurs restaient tr&#232;s discrets. Jusqu'&#224; ce que Fatou se mette &#224; gueuler : &#8216;&#8216; On est l&#224; pour parler fort ! '' Alors ils se sont lev&#233;s et ont pris la parole pour raconter leurs probl&#232;mes. Tous ont expliqu&#233; vendre des brochettes parce qu'ils n'avaient pas le choix. Pour survivre. Certains sont &#224; la rue, c'est leur seul moyen de se faire un peu d'argent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand ils viennent chez nous en Afrique, les gens veulent bien manger dans des baraques. &#199;a fait exotique pour les vacances, mais ici ils trouvent &#231;a d&#233;gueulasse&lt;/i&gt; &#187;, s'enflamme Fatou, bien d&#233;cid&#233;e &#224; ne pas plier bagages. Elle est accompagn&#233;e de son neveu Moussa, arriv&#233; du Mali il y a quatre ans et qui vit dans un foyer pr&#232;s d'Aubervilliers. Elle a dix enfants &#224; faire manger, alors elle carbure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions des m&#233;contents n'y ont rien chang&#233; : les vendeurs sont toujours l&#224; et tiennent bon malgr&#233; les rafles hebdomadaires. Certains se rendent aux permanences d'aide juridique mis en place &#224; l'universit&#233; Paris VIII, avec la Coordination de lutte pour les sans-papiers, ou bien aux cours de fran&#231;ais du chapiteau. Et le quartier continue d'&#234;tre impr&#233;gn&#233; de cette vie faite de d&#233;merde et de d&#233;brouille. Avec en &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s, la menace des pratiques d'am&#233;nagement de la ville&#8230; et la venue des Jeux olympiques de 2024.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ancien site industriel de Saint-Denis reconverti en ateliers de cr&#233;ateurs et constructeurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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