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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Triste monde &#8211; Joffrin est vivant, Butel est mort</title>
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		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Il y a quatre jours, affair&#233; &#224; pr&#233;parer un proche d&#233;m&#233;nagement, je me suis retrouv&#233; &#224; trier de vieux carnets de notes, vestiges d'anciens papiers ou interviews n'ayant jamais &#233;t&#233; men&#233;s &#224; bout. Parmi ceux-ci, les mots saisis sur le vif d'un entretien (pour feu Article11) avec l'ami Michel Butel, six ans en arri&#232;re. Je m'en souviens tr&#232;s bien, il faisait chaud, Paris &#224; l'&#233;t&#233; 2012, on se trouvait &#224; la terrasse d'une brasserie pr&#232;s de R&#233;publique &#224; causer de la presse pas pareille. L'Impossible, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a quatre jours, affair&#233; &#224; pr&#233;parer un proche d&#233;m&#233;nagement, je me suis retrouv&#233; &#224; trier de vieux carnets de notes, vestiges d'anciens papiers ou interviews n'ayant jamais &#233;t&#233; men&#233;s &#224; bout. Parmi ceux-ci, les mots saisis sur le vif d'un entretien (pour feu &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.article11.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Article11&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;) avec l'ami Michel Butel, six ans en arri&#232;re. Je m'en souviens tr&#232;s bien, il faisait chaud, Paris &#224; l'&#233;t&#233; 2012, on se trouvait &#224; la terrasse d'une brasserie pr&#232;s de R&#233;publique &#224; causer de la presse pas pareille. &lt;i&gt;L'Impossible&lt;/i&gt;, &#233;trange et bel ovni papier, qui n'a finalement d&#233;ploy&#233; ses petites ailes&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Impossible &#233;tait un magazine format poche.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en kiosques qu'une ann&#233;e avant de baisser le rideau, avait sorti son premier num&#233;ro quelques mois avant. Et on (c'est-&#224;-dire L&#233;mi et moi) avait d&#233;cid&#233; de mettre son fondateur et animateur sur le grill, avec l'id&#233;e de le faire parler du &#171; mod&#232;le &#233;conomique &#187; des canards alternatifs et des co&#251;ts de distribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouhl&#224;. Grossi&#232;re erreur. L'argent, ce n'&#233;tait pas son truc, &#224; Michel. Mais alors, pas du tout. Ce jour-l&#224;, il &#233;tait parti dans tous les sens, r&#233;pondant succinctement aux questions avant de s'emballer sur tout autre chose, sautant du coq &#224; l'&#226;ne pour mieux &#233;viter le c&#339;ur du sujet. R&#233;sultat : un entretien foutraque, m&#234;lant vagues consid&#233;rations &#233;conomiques et classieuses fulgurances sur la po&#233;sie, la litt&#233;rature et la presse pas pareille. L'une de ces interviews qui ne voit finalement jamais le jour sur papier, faute de r&#233;elle colonne vert&#233;brale &#8211; difficile d'ordonner &#224; l'&#233;crit ce feu d'artifices oral tous azimuts. Et depuis, donc, mes notes prenaient la poussi&#232;re dans un carton, au milieu d'autres articles d&#233;c&#233;d&#233;s avant terme. &#199;a arrive. &#199;a n'avait d'ailleurs rien d'une surprise : amis avec Michel depuis un an ou deux, on savait fort bien qu'il pr&#233;f&#233;rait mille fois s'emballer sur la beaut&#233; des mots et des choses que de rentrer dans le d&#233;tail du fragile &#233;quilibre financier des publications (plus ou moins) marginales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vrai, il n'&#233;tait pas fait pour vendre des revues. Non, lui, sa came, c'&#233;tait d'en faire. Des foutrement classes. Surprenantes. Inattendues. Des publications comme des bras d'honneur &#224; l'ordre comptable du monde et &#224; la pesanteur mat&#233;rielle des choses. Si elles ont parfois connu un certain succ&#232;s (voire un succ&#232;s certain dans le cas de la premi&#232;re mouture du mythique &lt;i&gt;Autre Journal&lt;/i&gt;, au milieu des ann&#233;es 1980), c'est presque &#224; la mani&#232;re d'un accident de parcours. Fortuitement. C'est qu'elles &#233;taient pens&#233;es pour &#234;tre belles et bravaches, s&#251;rement pas pour &#233;quilibrer recettes et d&#233;penses (ainsi des 200 pages sur papier glac&#233; de &lt;i&gt;L'Autre Journal&lt;/i&gt;, au co&#251;t d'impression pas piqu&#233; des hannetons). Des revues &#224; l'image de leur fondateur, po&#232;te agit&#233; et passionn&#233; qui se souciait comme d'une guigne des fins de mois &#8211; &#224; tel point que certain.e.s de ses amis et admirateurs avaient mis en place un versement automatique mensuel, chacun.e donnant un petit peu pour lui permettre de vivre et cr&#233;er en toute libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, Michel n'&#233;tait pas homme &#224; se laisser abattre par les contingences mat&#233;rielles. Non plus qu'&#224; c&#233;der aux coups de boutoir que lui infligeait son propre corps - ce salopard. On l'a toujours connu malade. Un asthme s&#233;v&#232;re, moult probl&#232;mes respiratoires et plein de complications plus ou moins graves. Il avait souvent la respiration sifflante, s'arr&#234;tait parfois de causer pour s'enfiler deux grandes bouff&#233;es de Ventoline, rougissait s'il parlait trop longtemps, presque suffoquant, et se fatiguait vite. Mais peu importe, il gardait envers le monde le m&#234;me enthousiasme et la m&#234;me curiosit&#233;. Et toujours, une putain de gentillesse chevill&#233;e &#224; ce corps fatigu&#233;. L&#224; o&#249; tant d'autres auraient succomb&#233; &#224; l'amertume et &#224; la lassitude caus&#233;s par la pesanteur de la maladie et des nombreux passages aux urgences, lui continuait &#224; foncer droit devant, hardi, un cerveau qui turbine &#224; fond, vingt id&#233;es &#224; la minute et autant de digressions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors forc&#233;ment, il n'&#233;tait pas toujours facile &#224; suivre. Parfois, on perdait le fil. Mais jamais longtemps, parce qu'il avait ce truc pour te r&#233;cup&#233;rer par la manche quand tu pensais t'&#234;tre &#233;gar&#233; dans ses tirades bondissantes et al&#233;atoires. Tu n'y &#233;tais plus, et boum d'un coup, entre trois salves de postillons et deux gorg&#233;es de ros&#233;, tu y &#233;tais &#224; nouveau, &#224; la fois noy&#233; et enthousiasm&#233; par le flot des mots et l'ivresse du discours. Homme d'un autre temps, sans qu'on sache lequel, Michel naviguait toujours entre deux eaux, &#224; la fois ancr&#233; dans le monde et totalement ailleurs. Les pieds sur terre et un peu &#224; l'ouest. Il me faisait penser &#224; la description que donne Hunter S. Thompson de son avocat samoan, l'azimut&#233; Oscar Zeta Acosta, dans &lt;i&gt;Las Vegas Parano&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Prototype personnel de Dieu, mutant &#224; l'&#233;nergie dense jamais con&#231;u pour la production en s&#233;rie. Il &#233;tait le dernier d'une esp&#232;ce : trop bizarre pour vivre, mais trop rare pour mourir...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bah finalement, non &#8211; pas trop rare pour mourir. Michel a pass&#233; l'arme &#224; gauche jeudi&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;26 juillet 2018.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et moi, comme un con, j'ai jet&#233; les notes de l'entretien trois jours avant. C'est d&#233;j&#224; assez triste comme &#231;a (m&#234;me si je l'avais perdu de vue depuis trois ans), alors je n'aimerais pas penser qu'il y a un lien de cause &#224; effet. S'il y a bien une chose &#224; ne pas faire avec les mots d'un po&#232;te insurg&#233;, c'est de les mettre &#224; la poubelle. Et s'il y a bien une chose que ne devait pas faire Michel Butel, c'est de mourir. Putain de sacril&#232;ge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Impossible&lt;/i&gt; &#233;tait un magazine format poche.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;26 juillet 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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