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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'irr&#233;gularit&#233; enferme les sans-papiers dans une position de fragilit&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat. Pendant plusieurs ann&#233;es, le sociologue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Sasha-Wizel" rel="tag"&gt;Sasha Wizel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200lecourant_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH574/1200lecourant_resultat-81d14.jpg?1779735783' width='500' height='574' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Sasha Wizel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;endant plusieurs ann&#233;es, le sociologue Stefan Le Courant a enqu&#234;t&#233; dans un local de r&#233;tention administrative (LRA) et recueilli les t&#233;moignages de centaines de personnes en attente de r&#233;gularisation. Dans son livre &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;, paru au Seuil au mois d'avril, il d&#233;crit des existences sur le qui-vive en permanence. Des vies emprisonn&#233;es dans leur condition clandestine, emp&#234;ch&#233;es de se projeter vers l'avenir et, souvent, de tisser des liens solides avec leur environnement. Des existences invisibilis&#233;es, oubli&#233;es, soumises &#224; une implacable et absurde politique du chiffre des expulsions. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre sur la condition des sans-papiers en France s'intitule &lt;i&gt;Vivre sous la menace&lt;/i&gt;. Quelles sont celles qui p&#232;sent sur les personnes exil&#233;es en attente de r&#233;gularisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re menace &#224; laquelle on pense est &#233;videmment celle de l'expulsion vers le pays d'origine, mais en r&#233;alit&#233; elle se concr&#233;tise assez rarement : moins de 20 % des obligations de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) sont ex&#233;cut&#233;es. En r&#233;alit&#233;, le seul fait de s&#233;journer irr&#233;guli&#232;rement en France &#233;tend la menace &#224; d'autres sph&#232;res : le risque quotidien, c'est alors d'&#234;tre contr&#244;l&#233;, arr&#234;t&#233;, enferm&#233;&#8230; avec toutes les cons&#233;quences que l'on suppose sur la vie de tous les jours, le travail, le logement, les relations personnelles&#8230; L'irr&#233;gularit&#233; enferme aussi les personnes dans une position de fragilit&#233; qui les expose &#224; toutes sortes d'abus de la part d'autres personnes qui exploiteraient leur faiblesse : employeurs, interm&#233;diaires ou logeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vivre dans l'attente&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation passe par un v&#233;ritable parcours du combattant de plusieurs ann&#233;es, dont les personnes sortent souvent essor&#233;es, physiquement et psychologiquement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Durant mon enqu&#234;te dans un local de r&#233;tention administrative (LRA), antichambre des centres de r&#233;tention administrative (CRA), j'ai en effet rencontr&#233; beaucoup de personnes dont la sant&#233; semblait d&#233;t&#233;rior&#233;e. Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e, du fait des conditions de vie pr&#233;caire, de travail et de logement&#8230; La sant&#233; mentale est aussi affect&#233;e ; c'est pour cela que j'ai tenu &#224; ce que le livre se termine sur ma rencontre avec un homme qui me semblait &#8220;fou&#8221;. Il r&#233;pondait &#224; c&#244;t&#233; de mes questions. J'ai mis du temps &#224; comprendre qu'&#224; mes interrogations juridiques &#8211; je remplissais en r&#233;tention une mission d'assistance juridique &#8211; il r&#233;pondait par une &#233;vocation, parfois confuse, de ses conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les vies que j'ai observ&#233;es sont des existences sur le qui-vive, les personnes sont toujours en train de se demander o&#249; le danger va surgir, comment s'en pr&#233;munir, en qui elles peuvent avoir confiance&#8230; Les circonstances les conduisent &#224; se m&#233;fier d'un peu tout, au point que certaines d'entre elles d&#233;veloppent des obsessions. Un de mes interlocuteurs m'a dit un jour : &#8220;&lt;i&gt;Au moins, la prison, on sait quand &#231;a s'arr&#234;te&lt;/i&gt;.&#8221; Les personnes vivent suspendues dans un &#233;ternel pr&#233;sent, dans l'attente de la r&#233;gularisation, et nourrissent un sentiment d'incapacit&#233;, d'impuissance&#8230; Elles se retrouvent prises dans un monde o&#249; il est impossible de savoir quand l'irr&#233;gularit&#233; prendra fin, un monde dans lequel il est difficile de se projeter, tant l'avenir est conditionn&#233; par l'obtention des papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie sans papiers impacte aussi les relations personnelles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait partie des choses qui m'ont surpris : jusqu'o&#249; l'irr&#233;gularit&#233; exerce ses effets chez certains. Beaucoup de personnes en couple avec une ou un sans-papiers se rendent compte, par exemple, du pouvoir que celui des deux qui a la nationalit&#233; fran&#231;aise finit par acqu&#233;rir (&#224; son corps d&#233;fendant) sur son conjoint. Les autorit&#233;s fran&#231;aises impliquent les deux conjoints dans les d&#233;marches administratives, demandent des preuves de la r&#233;alit&#233; de la relation et poussent les couples &#224; envisager rapidement le mariage puisqu'il s'agit de la seule union v&#233;ritablement reconnue&#8230; Des sentiments de l'un peut ainsi d&#233;pendre le s&#233;jour de l'autre.
C'est pourquoi beaucoup de sans-papiers h&#233;sitent &#224; dire qu'ils sont en situation irr&#233;guli&#232;re au d&#233;but d'une relation. Car ils ont int&#233;rioris&#233; la figure d&#233;pr&#233;ciative du sans-papiers qui serait un manipulateur ou un profiteur &#8211; tandis que son conjoint serait forc&#233;ment une victime, ou trop na&#239;f. En 2009, le ministre de l'Immigration &#201;ric Besson avait d&#233;nonc&#233; les &#8220;&lt;i&gt;mariages gris&lt;/i&gt;&#8221;, o&#249; l'un des &#233;poux abuse l'autre afin d'obtenir des papiers. C'est absurde : comment prouver devant un juge la r&#233;alit&#233; d'un sentiment ? Mais ce genre de d&#233;clarations a un impact politique, elles renforcent les clich&#233;s sur les sans-papiers et p&#232;sent sur la vie des personnes concern&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans le labyrinthe administratif&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre travail interroge beaucoup la question de l'acc&#232;s &#224; l'administration&#8230; Les rapports avec une bureaucratie &#233;trang&#232;re sont n&#233;cessairement compliqu&#233;s et anxiog&#232;nes, mais vous &#233;voquez aussi une &#171; &lt;i&gt;ins&#233;curit&#233; juridique&lt;/i&gt; &#187; li&#233;e aux fr&#233;quents changements des lois et des r&#232;glements, et aussi &#224; un certain arbitraire dans leur application. Comment &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'application du droit des &#233;trangers rel&#232;ve moins de l'&lt;i&gt;arbitraire&lt;/i&gt;, au sens o&#249; il s'exercerait ind&#233;pendamment de lois et r&#232;glements existants, que du &lt;i&gt;discr&#233;tionnaire&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; leur application est soumise &#224; l'interpr&#233;tation de l'administration. C'est d'ailleurs sa sp&#233;cificit&#233; : il y a tellement de lois et de circulaires qui se superposent, de pratiques possibles, que les agents en pr&#233;fecture ont la possibilit&#233; de s'appuyer sur des textes tr&#232;s diff&#233;rents qui leur permettent de justifier des d&#233;cisions souvent peu coh&#233;rentes. Ce pouvoir discr&#233;tionnaire fait partie de leurs attributions, il leur est explicitement confi&#233; par la pr&#233;fecture, par exemple lorsqu'elle leur demande d'&#233;valuer le niveau de langue d'un demandeur avant de lui d&#233;livrer un titre, alors qu'ils n'ont pas de comp&#233;tences sp&#233;cifiques pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'impression, chez beaucoup de sans-papiers, qu'il y a des incoh&#233;rences, que les choses ne marchent pas comme elles devraient. S'impose alors l'id&#233;e que la loi et le droit ne sont pas stables, qu'ils ne permettent pas r&#233;ellement de comprendre la situation ni de s'orienter concr&#232;tement. L'exemple typique, c'est quand un demandeur apprend que quelqu'un qui est arriv&#233; en France apr&#232;s lui a re&#231;u des papiers avant lui. Les sans-papiers passent beaucoup de temps &#224; s'interroger sur les d&#233;cisions de l'administration, &#224; essayer de se rep&#233;rer dans leurs m&#233;andres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout que la r&#233;gularisation ne passe pas forc&#233;ment par les formes l&#233;gales...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce labyrinthe, il n'est pas toujours facile de distinguer voies l&#233;gales et ill&#233;gales. On peut prendre l'exemple de cette ancienne employ&#233;e de pr&#233;fecture que j'ai nomm&#233;e Sabrina, qui monnaye ses comp&#233;tences en pr&#233;parant des dossiers de demande de r&#233;gularisation. Certains de mes interlocuteurs qui avaient eu affaire &#224; elle ne savaient pas si son intervention &#233;tait tout &#224; fait l&#233;gale &#8211; d'autant qu'en effet, ses comp&#233;tences tiennent sans doute autant &#224; son savoir-faire en mati&#232;re de constitution des dossiers qu'&#224; ses contacts &#224; la pr&#233;fecture ! Tout le monde sait ce qu'est une &#8220;vraie&#8221; carte de s&#233;jour mais les voies pour l'obtenir sont moins &#233;videntes : les sans-papiers ont donc l'impression d'errer dans un univers opaque o&#249; ils cherchent des interstices. Ce sont des qu&#234;tes tr&#232;s solitaires, qui n'encouragent pas &#224; mettre en commun le savoir. Beaucoup ont int&#233;gr&#233; le discours du &#8220;seuil&#8221;, de la &#8220;capacit&#233; maximale d'accueil des &#233;trangers sur le territoire&#8221; &#8211; discours qui rel&#232;ve du politique et pas d'une quelconque r&#233;alit&#233; d&#233;mographique. Les demandeurs s'estiment ainsi souvent en comp&#233;tition les uns contre les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation signifie-t-elle au moins la fin des probl&#232;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la grande d&#233;sillusion de beaucoup de mes interlocuteurs. Dans leur esprit, le jour o&#249; ils obtiendront des papiers sera aussi celui o&#249; ils pourront retourner voir leurs parents &#8211; quand je leur demandais ce qu'ils feraient quand ils seraient r&#233;gularis&#233;s, &#231;a venait toujours en premier &#8211; et travailler normalement. Mais en r&#233;alit&#233;, m&#234;me avec des papiers, ils ne sont pas forc&#233;ment qualifi&#233;s, ils subissent le racisme et se retrouvent en fait cantonn&#233;s aux m&#234;mes t&#226;ches subalternes qu'avant, au moins les premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s leur r&#233;gularisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez une &#171; &lt;i&gt;politique d'expulsion qui n'expulse pas&lt;/i&gt; &#187;. C'est absurde&#8230; Quelle est selon vous la finalit&#233; de ce syst&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout cela part du constat que les &#201;tats n'arrivent pas &#224; appliquer leur souverainet&#233; dans le sens d'un contr&#244;le effectif des personnes qui entrent sur leur territoire. Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire, dans un contexte plus g&#233;n&#233;ral d'encadrement des populations jug&#233;es ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de s'entendre pour accueillir les migrants, les pays europ&#233;ens se livrent &#224; une concurrence par le bas dans l'espoir qu'ils se rabattront sur celui d'&#224; c&#244;t&#233;, o&#249; les conditions de vie seraient un peu moins hostiles, o&#249; le harc&#232;lement policier serait un peu moins syst&#233;matique. Mais ces politiques n'ont pas beaucoup d'influence sur les parcours individuels : les circulations ne sont pas fonction des l&#233;gislations mais des liens familiaux ou communautaires, des histoires coloniales&#8230; Calais en est un bon exemple : aussi ferm&#233;e que paraisse la fronti&#232;re, les gens continuent de vouloir passer en Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Travailler sans papiers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le maintien de travailleurs sans-papiers dans l'ill&#233;galit&#233; fournit &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre particuli&#232;rement corv&#233;able et docile, qui ne jouit d'aucun droit social. Dans quelle mesure ce march&#233; du travail &lt;i&gt;bis &lt;/i&gt;constitue-t-il une &#171; finalit&#233; cach&#233;e &#187; de la politique migratoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains chercheurs voudraient trouver une fonction &#224; ces politiques r&#233;pressives, avec l'id&#233;e que l'&#201;tat fournirait ainsi &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre corv&#233;able. C'est s&#233;duisant en th&#233;orie : en effet, les travailleurs sans-papiers sont cantonn&#233;s &#224; des t&#226;ches peu r&#233;mun&#233;ratrices et se comportent souvent en employ&#233;s mod&#232;les afin de ne pas attirer l'attention. Mais pour un patron, il n'est pas toujours avantageux d'employer un sans-papiers qui risque en permanence de se faire arr&#234;ter et de quitter son poste du jour au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture est donc un peu r&#233;ductrice. Entre le patron exploiteur et celui qui aide son employ&#233; &#224; obtenir ses papiers, entre les sans-papiers travaillant dans des conditions proches de l'esclavage moderne (priv&#233;s de passeport, vivant au domicile de leurs patrons, pas ou rarement pay&#233;s) et d'autres qui jouissent des conditions normales d'un travail r&#233;gulier avec cong&#233;s pay&#233;s et paiement des heures suppl&#233;mentaires, les situations sont tr&#232;s vari&#233;es. Le &#8220;travail au noir&#8221; n'est pas l'apanage des seuls sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers &#233;clatent r&#233;guli&#232;rement, qui d&#233;bouchent parfois sur la r&#233;gularisation d'une partie des gr&#233;vistes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;but de mon travail correspond avec les grandes gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers de 2006-2009. Les chercheurs qui les ont suivies de pr&#232;s ont montr&#233; comment le droit au travail a pu servir de support au droit au s&#233;jour&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Avec ces mobilisations, on s'est rendu compte que beaucoup de travailleurs sans-papiers &#233;taient en fait r&#233;guliers, avaient des fiches de paie, payaient des imp&#244;ts, etc., en utilisant les papiers d'autres personnes. Les gr&#232;ves ont ainsi permis de faire exister la figure du travailleur sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation g&#233;n&#233;rale des sans-papiers a longtemps fait partie des revendications traditionnelles de la gauche, qui l'a d'ailleurs partiellement mise en &#339;uvre en 1981 et 1997. Or vous signalez que cette question s'est aujourd'hui d&#233;politis&#233;e, au point de dispara&#238;tre du d&#233;bat public. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut &#233;videmment signaler le glissement du champ politique vers la droite, dans un contexte o&#249; l'&#201;tat est de moins en moins capable d'intervenir sur l'&#233;conomie et se concentre d'autant plus sur ses pouvoirs r&#233;galiens, notamment autour des questions migratoires. Un tournant important a &#233;t&#233; celui de la politique du chiffre, mise en place suite &#224; la loi organique de 2001 relative aux lois de finances, qui organise le budget de l'&#201;tat en fonction de missions et d'objectifs &#224; atteindre, et que Nicolas Sarkozy a mise en application &#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait ministre de l'Int&#233;rieur (2002-2004 et 2005-2007). D&#232;s lors, toute la cha&#238;ne du contr&#244;le, du policier de terrain au pr&#233;fet, est soumise &#224; des obligations de r&#233;sultat chiffr&#233;es. Cette politique exerce donc des effets concrets sur les sans-papiers. Depuis 2012, il n'existe officiellement plus d'objectifs chiffr&#233;s. En r&#233;alit&#233;, toute la politique n'est &#233;valu&#233;e qu'en fonction du nombre de personnes expuls&#233;es ; c'est l&#224;-dessus que communique le ministre de l'Int&#233;rieur. Or, &#224; partir du moment o&#249; le chiffre devient une finalit&#233;, l'impact social ou politique, ou l'efficacit&#233; d'une politique, ne sont plus interrog&#233;s. La politique du chiffre exclut du d&#233;bat public la question de la pertinence ou de la l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en voit le r&#233;sultat aujourd'hui : au d&#233;but des ann&#233;es 1980, quand un r&#233;gime de r&#233;tention sp&#233;cifique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour les &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re, cela a suscit&#233; d'&#233;normes d&#233;bats. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout discut&#233;, y compris par la gauche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette, &lt;i&gt;On bosse ici, on reste ici&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#8211; La Gr&#232;ve des sans-papiers : une aventure in&#233;dite&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Boire sans d&#233;boires</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Hexagone, terre de picole ? Oh que oui. Mais souvent sous le masque plus pr&#233;sentable d'un certain &#171; art de vivre &#187;. Il faut savoir boire dans les glous clous. Ceux dont la consommation est moins ma&#238;tris&#233;e se voient stigmatis&#233;s et somm&#233;s de rompre avec l'alcool sous peine d'exclusion. Depuis quelques ann&#233;es se d&#233;veloppe heureusement une approche centr&#233;e sur la r&#233;duction des risques, plus humaine et prenant en compte les parcours des usag&#232;res et usagers. &#192; Marseille, c'est l'association Sant&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH131/qq-74790.jpg?1779878949' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='131' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Hexagone, terre de picole ? Oh que oui. Mais souvent sous le masque plus pr&#233;sentable d'un certain &#171; art de vivre &#187;. Il faut savoir boire dans les glous clous. Ceux dont la consommation est moins ma&#238;tris&#233;e se voient stigmatis&#233;s et somm&#233;s de rompre avec l'alcool sous peine d'exclusion. Depuis quelques ann&#233;es se d&#233;veloppe heureusement une approche centr&#233;e sur la r&#233;duction des risques, plus humaine et prenant en compte les parcours des usag&#232;res et usagers. &#192; Marseille, c'est l'association Sant&#233; ! qui porte ce combat depuis 2014.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200sante__resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH896/1200sante__resultat-b873e.jpg?1779878950' width='500' height='896' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Etienne Savoye
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout n'est pas cirrhose dans la vie !&lt;/i&gt; &#187; Inscrit sur une banderole tra&#238;n&#233;e dans l&#8127;air par un avion en forme de bouteille de pif, le message lanc&#233; par ce dessin placard&#233; au mur des locaux pimpants de l&#8127;association Sant&#233; ! va droit au but. Ici, on ne consid&#232;re pas la picole au seul prisme de sa part sombre. C&#8127;est m&#234;me tout l&#8127;inverse : si cette b&#233;quille &#233;thylique permet d&#8127;enjamber les emb&#251;ches du quotidien, pourquoi ne pas s&#8127;appuyer sur elle ? Il importe par contre de la sculpter de mani&#232;re &#224; ce qu&#8127;elle n&#8127;empi&#232;te pas n&#233;gativement sur le reste, qu&#8127;il s&#8127;agisse de la sant&#233; ou de la vie sociale. &#171; &lt;i&gt;Les gens qui viennent ici ont souvent trois tonnes de fardeau sur les &#233;paules, &lt;/i&gt;appuie Marie, accompagnante du lieu. &lt;i&gt;Notre r&#244;le, c&#8127;est de les aider &#224; g&#233;rer ce poids, pas de les culpabiliser sur leur conso. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#8127;auteure du dessin s&#8127;appelle Fred et est une &#171; accompagn&#233;e &#187; de l&#8127;asso. En ce mardi caniculaire, elle est appuy&#233;e au petit comptoir qui occupe un coin de la salle d&#8127;accueil. Robe noire &#224; pois blancs, boucles d&#8127;oreilles maousses, tatouage t&#234;te de mort sur un doigt et bagout marseillais, elle ne refuse pas un petit verre de ros&#233;. Cela fait longtemps qu'elle n&#8127;a plus &#233;t&#233; bourr&#233;e, ou &#171; &lt;i&gt;choupinette &#187;&lt;/i&gt;, comme elle dit, mais elle consomme de l&#8127;alcool quotidiennement, et fait en sorte que cela n&#8127;impacte pas le reste de sa vie, notamment cr&#233;ative. Car cette ex-infirmi&#232;re, qui vit d&#233;sormais de l&#8127;allocation adulte handicap&#233;, multiplie les projets, entre ateliers th&#233;&#226;tre, po&#233;sie et dessin. &#171; &lt;i&gt;Pas question de s&#8127;ennuyer &#187;&lt;/i&gt;, dit-elle. Avant d&#8127;insister sur l&#8127;importance de Sant&#233; ! dans son parcours : &#171; &lt;i&gt;Sans ce lieu et les gens qui l&#8127;animent, je ne serais plus l&#224; pour t&#233;moigner. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bois comme tu es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sant&#233; ! a &#233;t&#233; fond&#233;e en 2014. Dans les termes barbares du travail social, c&#8127;est un &#171; site pilote &#187; oeuvrant &#224; l&#8127; &#187; ing&#233;nierie sociale &#187;. En clair : une structure charg&#233;e d&#8127;exp&#233;rimenter et de diffuser une approche diff&#233;rente en mati&#232;re de traitement de l&#8127;addiction &#224; l&#8127;alcool, bas&#233;e notamment sur la r&#233;duction des risques. Plut&#244;t que de pousser &#224; un sevrage souvent brutal, et la plupart du temps inefficace &#224; moyen terme, comme peuvent le faire les Alcooliques anonymes et beaucoup de structures d&#8127;accueil, Sant&#233; ! propose une approche bas&#233;e sur le v&#233;cu des personnes et la multiplicit&#233; des situations. Cela pourrait sembler une &#233;vidence mais, dans un pays o&#249; l&#8127;alcool est partout, consomm&#233; &#224; toutes les sauces, partie prenante de toutes les f&#234;tes, l&#8127;id&#233;e est presque neuve, encore exp&#233;rimentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ici on prend en compte la fonction du boire, parce qu'on boit pour des tas de raison, pour pallier quelque chose &#187;&lt;/i&gt;, explique Emmanuelle, &#171; charg&#233;e de d&#233;veloppement &#187; de l&#8127;asso. &#171; &lt;i&gt;Et ce qui est fou, c&#8127;est que cette dimension sociale n&#8127;est presque jamais prise en compte ailleurs, alors qu&#8127;elle est omnipr&#233;sente. R&#233;sultat : les personnes ne se tournent vers des institutions de sant&#233; que quand les d&#233;g&#226;ts physiques sont d&#233;j&#224; l&#224;, et qu&#8127;ils ont d&#233;velopp&#233; une cirrhose, une pancr&#233;atite. C&#8127;est trop tard. On estime qu'il y a g&#233;n&#233;ralement un retard de trente ans dans la prise en charge. Si tu commences &#224; boire &#224; 20 ans, le soin arrive &#224; 50. On lutte contre &#231;a. La plus jeune personne suivie ici a 25 ans. Elle sait qu'elle a des conduites &#224; risques li&#233;es &#224; sa consommation et nous, on l&#8127;aide &#224; les att&#233;nuer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#8127;association suit une quarantaine de personnes, aux profils divers. Entre Fred, qui a connu la manche au petit matin pour se payer ses bi&#232;res et une grosse dizaine de passages en cure, et cette dame dont parlent les accompagnantes, qui m&#232;ne une vie de famille &#171; normale &#187; mais ne parvient pas &#224; r&#233;guler sa consommation quand elle est de sortie avec des amis, trous noirs &#224; la cl&#233;, pas grand-chose de commun. Si ce n&#8127;est de subir le regard que jette la soci&#233;t&#233; sur ceux qui ne savent pas boire comme il faut, entra&#238;nant une culpabilisation aux effets d&#233;l&#233;t&#232;res. &#171; &lt;i&gt;Les repr&#233;sentations grand public de l&#8127;alcool sont telles que les gens se perdent, &lt;/i&gt;explique Emmanuelle. &lt;i&gt;Il y a d&#8127;un c&#244;t&#233; une hyper-valorisation, notamment une forme de virilit&#233; associ&#233;e au fait de boire, et de l&#8127;autre une hyper-stigmatisation de la personne qui ne ma&#238;trise plus sa consommation. La honte l&#8127;emporte, ce qui n&#8127;est jamais bon. Si t&#8127;as moins honte et si t&#8127;es moins stress&#233;, tu bois moins. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ici c'est pas triste&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les locaux de l&#8127;asso, situ&#233;s dans le tranquille quartier du Camas, n&#8127;&#233;voquent pas vraiment un lieu d&#233;di&#233; &#224; la sant&#233;. On est loin des salles d&#8127;attente avec piles de vieux &lt;i&gt;Paris Match &lt;/i&gt;pour vainement combattre l&#8127;angoisse. Outre le bar et les chaises hautes, il y a des coins agr&#233;ables o&#249; se poser, une table agr&#233;ment&#233;e de fleurs, des murs jaunes ou verts, plein de lumi&#232;res chaudes, et les beaux dessins enfantins de Fred encadr&#233;s. Un salon o&#249; tra&#238;ner avant ou apr&#232;s le rendez-vous avec l&#8127;accompagnant plut&#244;t qu&#8127;une salle o&#249; psychoter. Le message est clair : ici on vous traite comme un humain, pas en ind&#233;crottable alcoolique ayant quelque chose &#224; expier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On ne d&#233;nonce pas assez la maltraitance que peuvent rencontrer les personnes ayant une forte consommation d&#8127;alcool quand ils se rendent &#224; des rendez -vous m&#233;dicaux&lt;/i&gt;, enrage Marie. &lt;i&gt;Comme les personnes en surpoids, on ne les renvoie qu'&#224; cet aspect de leur vie. Que ce soit chez le gyn&#233;co ou chez le dentiste. C&#8127;est pour &#231;a que beaucoup en viennent &#224; ne plus &#234;tre suivies, ce qui &#233;videmment les met en danger. Et quand des personnes arrivent aux urgences alors qu&#8127;elles sont alcoolis&#233;es, on leur fait forc&#233;ment payer en les faisant attendre dans un coin et en leur parlant mal. &#187;&lt;/i&gt; Fred opine : elle a v&#233;cu &#231;a pendant des ann&#233;es. Elle a d&#8127;ailleurs pour projet de collecter des t&#233;moignages de maltraitance qu&#8127;elle envisage de publier dans la revue &lt;i&gt;SaNg d&#8127;EnCRe &lt;/i&gt;(lire &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Drogues-de-tous-les-pays-unissez&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#034;Drogu&#233;s de tous les pays, unissez-vous !&#034;&lt;/a&gt;), tant autour d&#8127;elle les exemples s&#8127;accumulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si on peut boire un coup sur place, vin ou bi&#232;re, c&#8127;est notamment pour &#233;viter un ph&#233;nom&#232;ne trop souvent constat&#233; dans les structures classiques. Les personnes en situation de d&#233;pendance &#224; l&#8127;alcool &#233;laborent pour beaucoup des strat&#233;gies afin d&#8127;affronter les moments difficiles : planquer des bouteilles chez soi, se d&#233;placer avec sa conso &lt;i&gt;de secours&lt;/i&gt;, etc. Avec, souvent, une tendance &#224; s&#8127;alcooliser rapidement juste avant un rendez-vous stressant, ce qui d&#233;bouche sur une interaction floue, inefficace. Tout l&#8127;inverse des locaux de Sant&#233; ! Tu veux boire ? Fais-le ici si tu veux, personne ne te jugera.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Glouglou power &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les mani&#232;res d'agir sur la consommation sont multiples, entre changement de contenant ou d&#8127;alcool, r&#233;&#233;quilibrage des quantit&#233;s bues, ciblage du &#171; verre bascule &#187; qui fait perdre la main et la t&#234;te, hydratation entre chaque verre, suivi psychologique, etc. Si la d&#233;marche d&#233;bouche sur un arr&#234;t total, c&#8127;est super, mais ce n&#8127;est pas l&#8127;obsession. Le mantra dominant ? Prendre en compte la sp&#233;cificit&#233; de chaque parcours. Les femmes sont par exemple encore plus sujettes que les hommes &#224; la condamnation sociale, qui pousse &#224; s&#8127;enfermer et &#224; perdre pied. Les accompagnantes de Sant&#233; ! &#233;voquent ainsi le cas de cette accompagn&#233;e de l&#8127;asso qui, parce que femme et maghr&#233;bine, est contrainte d&#8127;&#233;laborer des strat&#233;gies sophistiqu&#233;es pour ses repas de famille, le poids des jugements se faisant &#233;crasant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour s&#8127;attaquer &#224; la d&#233;pendance, mart&#232;lent les accompagnantes, il faut d&#233;nicher ses causes, les failles des histoires personnelles. Et les d&#233;tricoter progressivement. Rappel : l&#8127;alcool est le seul produit psychoactif dont l&#8127;arr&#234;t brutal peut provoquer la mort. Et les r&#233;centes alternatives m&#233;dicamenteuses, type Baclof&#232;ne ou S&#233;lincro, n&#8127;ont pas l&#8127;efficacit&#233; de la m&#233;thadone pour l&#8127;h&#233;ro&#239;ne. Alors il faut t&#226;tonner, trouver l&#8127;angle, se donner le temps. Et ne pas se focaliser sur les recommandations officielles postulant qu'au-del&#224; de deux verres par jours tu as franchi la ligne rouge, discours difficilement entendable pour des personnes d&#233;j&#224; en difficult&#233;. &#171; &lt;i&gt;Tu en connais, toi, des gens qui entrent dans cette case ? &#187;&lt;/i&gt; lance Marie, un peu agac&#233;e. Et de r&#234;ver d&#8127;un &#171; glouglou power &#187;, qui regrouperait des consommateurs souhaitant donner un autre son de cloche. On en sera !&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ce temps qu'on nous vole</title>
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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
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		<dc:subject>chapeau Monopoly</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le temps vol&#233;. Vaste sujet. Colossal. M&#234;me qu'on ne fait pas plus central. Plus essentiel. Le tic-tac du temps qui passe, une seconde, trois heures, dix ans, on l'a tous aux oreilles &#224; un moment ou un autre, petite musique insidieuse qui susurre : &#171; Que fais-tu de ta vie ? &#187; Ou plut&#244;t : &#171; Que fait-on de ta vie ? &#187; Jadis, le champ de bataille &#233;tait d'une clart&#233; limpide : d'un c&#244;t&#233; les vampires exploiteurs, de l'autre ceux dont on volait l'existence. Le patron ventru &#224; chapeau Monopoly (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/chapeau-Monopoly" rel="tag"&gt;chapeau Monopoly&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le temps vol&#233;. Vaste sujet. Colossal. M&#234;me qu'on ne fait pas plus central. Plus essentiel. Le tic-tac du temps qui passe, une seconde, trois heures, dix ans, on l'a tous aux oreilles &#224; un moment ou un autre, petite musique insidieuse qui susurre : &#171; &lt;i&gt;Que fais-tu de ta vie ? &#187;&lt;/i&gt; Ou plut&#244;t : &#171; &lt;i&gt;Que fait-on de ta vie ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH510/-1611-12737.jpg?1779603295' width='400' height='510' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jadis&lt;/strong&gt;, le champ de bataille &#233;tait d'une clart&#233; limpide : d'un c&#244;t&#233; les vampires exploiteurs, de l'autre ceux dont on volait l'existence. Le patron ventru &#224; chapeau Monopoly &lt;i&gt;versus &lt;/i&gt;les ouvriers &#224; qui l'on arrachait la moindre minute de productivit&#233;. Ce qui permettait &#224; tonton Marx de poser l'&#233;quation sans d&#233;tour : &#171; &lt;i&gt;Un homme qui ne dispose d'aucun loisir, dont la vie tout enti&#232;re, en dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accapar&#233;e par son travail pour le capitaliste, est moins qu'une b&#234;te de somme. C'est une simple machine &#224; produire de la richesse pour autrui, &#233;cras&#233;e physiquement et abrutie intellectuellement. &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Salaire, prix et profit, 1865.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le mouvement ouvrier des XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cles, la lutte pour le temps a donc &#233;t&#233;, en quelque sorte, la m&#232;re de toutes les batailles. &#192; force de gr&#232;ves, de manifestations et autres &#233;meutes, un lent processus a abouti &#224; une r&#233;duction substantielle du temps de travail &lt;i&gt;(lire pp. II &amp; III)&lt;/i&gt;, sans pour autant briser la voracit&#233; des voleurs de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, &#171; &lt;i&gt;l'usine te bouffe le temps, le corps et l'esprit &#187;&lt;/i&gt;, t&#233;moigne l'&#233;crivain Joseph Ponthus, qui a besogn&#233; deux ans dans les abattoirs bretons &lt;i&gt;(pp. IV &amp; V)&lt;/i&gt;. L'actuel monde du travail regorge aussi de nouvelles formes d'exploitation effarantes, bas&#233;es notamment sur la pr&#233;carit&#233;, le temps partiel subi, l'int&#233;rim. Certes, on ne trime plus 16 heures par jour mais, sur fond de ch&#244;mage de masse, on se doit d'&#234;tre disponible &#224; tout instant pour recueillir la moindre heure de boulot qu'un g&#233;n&#233;reux patron daignera nous confier. Le capital voleur de temps n'est plus cantonn&#233; &#224; l'usine, mais cro&#238;t hors de son foyer originel, se d&#233;multiplie, floutant la fronti&#232;re entre temps libre et temps de (t&#233;l&#233;)travail &#8211; cf. le d&#233;sormais habituel mail &#171; urgent &#187; du chef de service &#224; 23 h 17.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps, la machine de d&#233;possession s'est perfectionn&#233;e. Et la question du temps vol&#233; et de sa n&#233;cessaire r&#233;appropriation, qui a longtemps infus&#233;, de Paul Lafargue (&lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse&lt;/i&gt;, 1883) &#224; Raoul Vaneigem (&lt;i&gt;Trait&#233; de savoir-vivre &#224; l'usage des jeunes g&#233;n&#233;rations&lt;/i&gt;, 1967), a fini par se d&#233;doubler avec l'av&#232;nement de ladite soci&#233;t&#233; de loisirs, encourag&#233;e par la course aux &#233;chalotes technologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces fameuses &#171; nouvelles technologies &#187; nous promettent toujours un gain de temps, un confort. Mais en retour, elles nous ass&#232;nent ce coup de b&#226;ton vertigineux qu'on appelle l'&lt;i&gt;acc&#233;l&#233;ration&lt;/i&gt;. Car ce temps pr&#233;tendument d&#233;gag&#233; par les outils techniques, nous n'en jouissons pas. Tr&#232;s vite, il est accapar&#233; par d'autres sollicitations, toujours plus nombreuses. Sans rel&#226;che, il faut d&#233;sormais non seulement travailler, mais aussi consommer, s'amuser, s'informer&#8230; Plus de temps, ni de lieu de r&#233;pit : nous voil&#224; connect&#233;s en permanence. C'est le r&#234;ve de la Silicon Valley et de ses h&#233;rauts, par exemple l'ex saint patron de Google, Eric Schmidt &lt;i&gt;(p. VII)&lt;/i&gt;, troubadour d&#233;complex&#233; d'une nouvelle civilisation o&#249; des gadgets miraculeux raccord&#233;s au r&#233;seau 5G &lt;i&gt;(pp. VIII &amp; IX) &lt;/i&gt;r&#233;pondront &#224; tous nos manques en envahissant nos vies, pour nous connecter et nous connecter encore jusqu'&#224; l'orgasme techno-existentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la technologie n'est pas le seul moteur de cette soci&#233;t&#233; accro &#224; la vitesse. En cause &#233;galement, l'id&#233;ologie du &lt;i&gt;tous contre tous&lt;/i&gt;, ou l'autre est forc&#233;ment concurrent, homme ou femme &#224; (a)battre dans la comp&#233;tition du quotidien. Pour ne pas perdre sa place, il ne faut donc pas tra&#238;ner en route, d&#233;nonce le philosophe Hartmut Rosa &lt;i&gt;(p. VI)&lt;/i&gt;, selon qui &#171; &lt;i&gt;les normes temporelles prennent un aspect quasiment totalitaire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise Covid a eu &#224; cet &#233;gard un effet positif. Un temps la machine a stopp&#233;, acc&#233;l&#233;ration en berne. Le confinement, certes anxiog&#232;ne, a offert un aper&#231;u de ce que pourrait &#234;tre un monde d&#233;barrass&#233; de l'obsession de la productivit&#233; &lt;i&gt;&#252;ber alles&lt;/i&gt;. Mais les promoteurs de cette derni&#232;re ne l&#226;cheront rien, quitte &#224; foncer droit dans le mur &#8211; comme l'a bien r&#233;sum&#233; la journaliste Naomi Klein dans un r&#233;cent entretien au &lt;i&gt;Monde &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Seule une r&#233;ponse tr&#232;s audacieuse &#224; la crise nous m&#232;nera quelque part &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; chaque fois que nous essayons d'acc&#233;l&#233;rer pour revenir au niveau o&#249; nous &#233;tions avant la pand&#233;mie, le virus se propage de nouveau. On le voit dans les usines, qui red&#233;marrent puis doivent fermer une nouvelle fois. Acc&#233;l&#233;rer, c'est ce que le capitalisme veut que nous fassions. Le secteur des technologies veut que nous travaillions plus vite qu'auparavant, mais de chez nous. Mais la vitesse est l'ennemi. La bonne question &#224; se poser, c'est comment nous pouvons vivre bien, de mani&#232;re &#224; prot&#233;ger notre sant&#233; et celle de la plan&#232;te. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Je crois que beaucoup de gens ont ressenti d'une mani&#232;re tr&#232;s visc&#233;rale, lors de cette crise, &#224; quel point notre syst&#232;me &#233;conomique est en guerre avec la vie sur Terre. Car lorsque l'&#233;conomie s'arr&#234;te, nos syst&#232;mes naturels commencent &#224; r&#233;cup&#233;rer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me &#233;conomique en guerre avec la vie sur Terre &#187;&lt;/i&gt; ne baissera pas les bras de lui-m&#234;me. Le capitalisme est en effet champion dans l'art de se renouveler face aux obstacles pour toujours mieux essorer, cam&#233;l&#233;on surdou&#233; qui a su s'adapter, par exemple, &#224; l'essor de l'&#233;cologie ti&#233;dasse, peignant ses avatars en vert (et contre tout). Partout, il est comme chez lui, s'invitant sur notre canap&#233;, notre lit et nos &#233;crans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il est navrant de devoir encore le rappeler, c'est &#224; la base m&#234;me qu'il faut l'attaquer, aux racines. D&#233;missionner. Refuser. Pr&#244;ner la sieste &#8211; ou l'incendie. Contre-attaquer. Briser le r&#233;veil. Faire l'amour. Abattre les antennes voraces. Divaguer. Admirer les (derni&#232;res) lucioles. Faire la bombe (&lt;i&gt;tic-tac tic-tac&lt;/i&gt;). &#201;riger un empire de hamacs. Pr&#233;f&#233;rer ne pas. Baffer son conseiller P&#244;le emploi. Graisser les matin&#233;es. Lever le majeur ou le poing. Tout br&#251;ler. Pas de &lt;i&gt;temps &lt;/i&gt;&#224; perdre. &#9632;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Salaire, prix et profit&lt;/i&gt;, 1865.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/06/07/naomi-klein-seule-une-reponse-tres-audacieuse-a-la-crise-nous-menera-quelque-part_6042066_3244.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Seule une r&#233;ponse tr&#232;s audacieuse &#224; la crise nous m&#232;nera quelque part&lt;/a&gt; &#187; (07/06/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Si la paresse squattait les urnes&#8230;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Si-la-paresse-squattait-les-urnes</link>
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		<dc:date>2021-07-10T11:46:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>JMB</dc:subject>
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&lt;p&gt;Avec Paresse pour tous, l'&#233;crivain Hadrien Klent balance un pav&#233; dans la mare des imaginaires politiques radicaux, mettant en sc&#232;ne une candidature &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 aussi bien r&#233;volutionnaire dans les id&#233;es qu'efficace dans les urnes. En premi&#232;re ligne, le joyeux refus du productivisme &#224; tous crins. Il y a des bouquins qui forcent le lecteur &#224; se d&#233;caler &#8211; que l'on partage ou pas leurs bases de d&#233;part, ils forent des appels d'air. Il en va ainsi de Paresse pour tous (Le Tripode, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/JMB" rel="tag"&gt;JMB&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/temps" rel="tag"&gt;temps&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec &lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt;, l'&#233;crivain Hadrien Klent balance un pav&#233; dans la mare des imaginaires politiques radicaux, mettant en sc&#232;ne une candidature &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 aussi bien r&#233;volutionnaire dans les id&#233;es qu'efficace dans les urnes. En premi&#232;re ligne, le joyeux refus du productivisme &#224; tous crins.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1816.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH716/-1816-1bc4f.jpg?1779678821' width='500' height='716' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a des bouquins qui forcent le lecteur &#224; se d&#233;caler &#8211; que l'on partage ou pas leurs bases de d&#233;part, ils forent des appels d'air. Il en va ainsi de &lt;i&gt;Paresse pour tous&lt;/i&gt; (Le Tripode, mai 2021&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), ouvrage sign&#233; du myst&#233;rieux Hadrien Klent. Son postulat : &#224; la pr&#233;sidentielle 2022 se pr&#233;sente un certain &#201;milien Long, &#233;conomiste adepte de la r&#233;duction drastique du temps de travail, auteur d'un essai sur &lt;i&gt;Le Droit &#224; la paresse au XXI&lt;/i&gt;&lt;sup&gt;&lt;i&gt;e&lt;/i&gt;&lt;/sup&gt;&lt;i&gt; si&#232;cle,&lt;/i&gt; et globalement radicalement hostile aux passions tristes gouvernant le monde politique. Un type qui pourrait &#234;tre un pote, un camarade de randonn&#233;e ou de discussion avin&#233;e, et qui d&#233;balle ces questions que le champ politique s'&#233;vertue &#224; consid&#233;rer comme farfelues alors m&#234;me que la plan&#232;te br&#251;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pourquoi pas &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; lancer une candidature &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; qui soit celle de cette vision-l&#224; de la soci&#233;t&#233;, &lt;/i&gt;s'interroge ainsi l'apprenti candidat au d&#233;but du texte&lt;i&gt;. Une soci&#233;t&#233; qui refuse le productivisme, qui refuse la destruction de la nature, qui refuse la fuite en avant. Une soci&#233;t&#233; o&#249; les gens peuvent respirer, dans tous les sens du terme : respirer un meilleur air, un air moins chaud, moins pollu&#233;, et respirer parce qu'ils ont du temps en dehors du travail, pour vivre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Hadrien Klent de d&#233;vider cette pelote, &#224; la fois &#233;vidente et inimaginable : une candidature vraiment &lt;i&gt;d&#233;sirable&lt;/i&gt;, entra&#238;nant dans son sillage un bouleversement drastique du champ politique. On n'est pas oblig&#233; d'y croire. On peut se montrer sceptique ou m&#234;me carr&#233;ment hostile. Mais l'exercice force en tout cas &#224; la r&#233;flexion, avec en guise d'accompagnement de nombreuses banderilles habilement plant&#233;es dans l'actualit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#8220;Prenez soin de vous.&#8221; Cette expression s'est impos&#233;e en quelques jours &#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;pourquoi ? Pourquoi un temps d'&#233;pid&#233;mie serait-il le seul moment o&#249; il faudrait prendre soin de soi ? Pourquoi avant c'&#233;tait &#8220;bonne journ&#233;e&#8221;, &#8220;bon courage&#8221;, et &#224; cause d'un virus on doit prendre enfin soin de soi ? Pourquoi ne pas tout le temps prendre soin de soi, des autres, de la plan&#232;te o&#249; l'on vit&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224;, Monsieur Klent, on ne vous remercie pas de nous forcer &#224; parler &#233;lections dans un journal &#224; ADN anar. Mais on avait tr&#232;s envie de lancer un dialogue. Le voil&#224; donc, mitonn&#233; entre deux siestes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton roman et son personnage principal se revendiquent de Paul Lafargue et de son&lt;i&gt; Droit &#224; la paresse &lt;/i&gt;(1880). En quoi ce texte reste-t-il d'actualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus encore que le texte, c'est le principe qui est d'actualit&#233;. Le droit &#224; la paresse &#233;tait tr&#232;s actuel en 1880 &#224; l'&#233;poque de Lafargue o&#249; le capitalisme machiniste tournait &#224; plein r&#233;gime ; tr&#232;s actuel en 1930 quand l'&#233;conomiste Keynes s'adressait &#224; ses petits-enfants ; tr&#232;s actuel aussi en 52 apr&#232;s le d&#233;but de notre &#232;re, quand S&#233;n&#232;que &#233;crivait &lt;i&gt;De la bri&#232;vet&#233; de la vie &lt;/i&gt; ; et &#233;videmment tr&#232;s actuel aujourd'hui. Ce qui est s&#233;ditieux, c'est de refuser que le travail soit le centre de la vie et ce, &#224; quelque &#233;poque que ce soit : ce que cette formule de Lafargue a de tr&#232;s malin, c'est d'inverser la logique traditionnelle. Ce n'est pas offrir le droit au travail qu'il faut, mais le droit &#224; la paresse, c'est-&#224;-dire au temps libre, &#224; la connexion r&#233;elle entre chaque individu et sa vie. Je partage l'agacement de Lafargue contre toute une gauche qui mettait (et qui met encore) en avant le travail comme outil de lib&#233;ration, d'&#233;mancipation. L'&#233;mancipation ne se fera jamais dans le cadre du salariat ! Et il faut arriver &#224; se d&#233;prendre de cette id&#233;e qu'on est ce qu'on fait dans le champ social : on est, heureusement, bien plus qu'une fonction ou qu'un m&#233;tier. On est multiple, et le r&#244;le de la soci&#233;t&#233; ce devrait &#234;tre d'organiser la possibilit&#233; du d&#233;ploiement de cette multiplicit&#233;. D'o&#249; le pari du roman, qui est de proposer une r&#233;duction radicale du temps de travail : trois heures par jour maximum, comme chez Lafargue et comme chez Keynes &#8211; le reste, comme le dit &#201;milien Long, c'est pour la vie ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On est en m&#234;me temps dans le champ de l'&#233;vidence et dans celui de l'utopie, tant ce n'est pas dans l'air du temps. Exemple entre mille, le macroniste Stanislas Guerini vient de bramer : &#171; &lt;i&gt;Il faut travailler plus longtemps, c&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;est le sens de l&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;histoire.&lt;/i&gt; &#187; Et cette id&#233;e est tellement install&#233;e que plus grand monde n'ose l'&#233;br&#233;cher &#8211; m&#234;me dans notre &#171; camp &#187;. De l&#224; &#224; v&#233;ritablement s'y attaquer, il y a un gouffre... Pourquoi cette frilosit&#233; g&#233;n&#233;ralis&#233;e sur le sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pourrais expliquer cette frilosit&#233; en posant une question un peu plus large : pourquoi, alors qu'il y a plus de pauvres que de riches, plus de salari&#233;s que de patrons, plus de gens ouverts que de racistes, plus de gens dr&#244;les que de gens sinistres, eh bien pourquoi la richesse, le patronat, le racisme et la sinistrose squattent non seulement nos m&#233;dias, mais aussi nos imaginaires ? Rien de tr&#232;s nouveau sous le soleil, &#233;videmment, mais quand m&#234;me : le fait d'utiliser les &#8220;armes&#8221; de l'ennemi pour se construire son sch&#233;ma de pens&#233;e est un v&#233;ritable probl&#232;me. Penser le travail productif comme cadre de nos existences, &#234;tre un peu afflig&#233;s quand quelqu'un d&#233;cide de &#8220;refuser de parvenir&#8221; (c'est-&#224;-dire ne pas avoir le bon boulot et le gros salaire que ses &#233;tudes lui promettaient) ou tourne le dos &#224; une position sociale envi&#233;e (y compris un artiste qui en a marre de g&#226;cher sa vie en n'arr&#234;tant pas de produire de nouveaux objets culturels), vouloir que nos enfants se d&#233;terminent par le travail qu'ils vont devoir trouver (sans comprendre que c'est une part tr&#232;s minoritaire de l'ensemble de l'arc de la vie), et ainsi de suite : nous sommes tous, peu ou prou, coupables parfois de ce collaborationnisme au petit pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au sens de l'histoire, tel qu'on le voit actuellement, il montre une chose : que la dur&#233;e de la vie s'allonge. L&#224;-dessus il n'y a pas de doutes : mais pourquoi de ce fait incontestable on devrait d&#233;duire qu'il faut allonger le temps travaill&#233; au cours d'une vie ? Il y a plein d'autres choses qui vont, actuellement, dans le sens de l'histoire : par exemple les grands patrons et les d&#233;tenteurs de capital sont de plus en plus riches &#8211; on pourrait donc dire, avec ni plus ni moins de rigueur que la personne que tu cites : &#8220;&lt;i&gt;Il faut plus taxer les riches, c'est le sens de l'histoire.&lt;/i&gt;&#8221; Ce que j'essaie de montrer dans le roman, c'est qu'il y a une r&#233;alit&#233; ind&#233;niable : la productivit&#233; n'a cess&#233; d'augmenter, et les richesses aussi. On aurait pu d&#233;cider (on pourrait toujours !) d'affecter diff&#233;remment les gains de productivit&#233; : ne pas &#234;tre plus riches (plus de biens de consommation, plus de loisirs, plus de bouffes au resto, etc.), mais moins travailler. Et quand tu parles de &#8220;notre camp&#8221;, il faut quand m&#234;me parler des r&#233;sistants, et notamment rendre hommage &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; qui avait fait un tr&#232;s bon dossier sur le th&#232;me de la fin du travail il y a quelques ann&#233;es ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Oui, on est des adeptes revendiqu&#233;s de la paresse telle que tu la d&#233;finis&#8230; Mais il y a une chose qui nous diff&#233;rencie de ton personnage : la plupart des camarades bricolant ce journal ne croient pas vraiment aux &#233;lections, encore moins pr&#233;sidentielles. Comment arriver &#224; concilier ce cirque vici&#233; vou&#233; &#224; perp&#233;tuer l'existant et l'espoir d'un changement radical ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je savais bien que tu allais finir par mordre ! On arrive au fameux point Godwin de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : la d&#233;mocratie c'est du caca ! &#201;lections pi&#232;ge &#224; con ! &#201;milien Long social-tra&#238;tre ! Dans le livre, j'affronte &#233;videmment cette question, et notamment dans une sc&#232;ne o&#249; mon personnage donne une interview &#224; une s&#233;rie de revues ou collectifs situ&#233;s entre l'extr&#234;me gauche et l'ultragauche (&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#233;videmment, mais aussi &lt;i&gt;Lundi matin&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Panth&#232;re premi&#232;re&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Actuel Marx&lt;/i&gt; et Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre). En gros, les intervieweurs lui font comprendre (comme tu le fais) que c'est sale, la politique &#8220;traditionnelle&#8221;, et qu'il n'aboutira &#224; rien en se pr&#233;sentant aux &#233;lections. Sa r&#233;ponse est tout &#224; fait celle des bons vieux r&#233;formistes : en gros, il y a deux fa&#231;ons de faire bouger le syst&#232;me. Soit de l'ext&#233;rieur, et jusqu'&#224; pr&#233;sent &#231;a n'a pas r&#233;ellement march&#233; en France (sauf par petits &#224;-coups sporadiques), soit de l'int&#233;rieur et, quoi qu'on en dise, on a un syst&#232;me &#233;lectoral qui reste ouvert et non truqu&#233; &#8211; ce qui n'est pas rien non plus. Jusqu'&#224; preuve du contraire, il n'y a pas de bourrage d'urnes ni d'assassinat cibl&#233; de candidats en France pour une pr&#233;sidentielle...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par contre un syst&#232;me sociologiquement ferm&#233;, puisqu'il est peu probable de se retrouver candidat &#224; la pr&#233;sidentielle quand on travaille dans un abattoir ou un Ehpad. D'o&#249; le fait que j'ai choisi un personnage qui est normalien, prix Nobel d'&#233;conomie, donc &#8220;l&#233;gitime&#8221; dans le champ politique traditionnel &#8211; sauf que, malgr&#233; ce parcours qui devrait le pousser &#224; nourrir la b&#234;te lib&#233;rale, il d&#233;cide de renverser la table et de faire du droit &#224; la paresse un programme &#233;lectoral. C'est une utopie, &#233;videmment, mais &#224; mes yeux pas moins attirante que d'autres... En tout cas, j'esp&#232;re que, si demain il y a un programme de cette radicalit&#233;-l&#224; dans le champ &#233;lectoral, vous ne l'enverrez pas balader au motif que ce n'est pas une r&#233;volution telle qu'elle est class&#233;e selon vos crit&#232;res &#224; vous... Quant &#224; voir ce qu'une utopie peut donner apr&#232;s une &#233;lection, &#231;a, tu le verras dans le tome 2 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais l&#224; o&#249; cela semble vraiment utopique, c'est que ces id&#233;es soient d&#233;battues publiquement. Pas qu'une candidature autre &#233;merge, mais que la d&#233;croissance ou la r&#233;duction drastique du temps de travail soient discut&#233;es r&#233;ellement, sans &#233;touffoir, et rivalisent, par exemple, avec l'&#233;pouvantail ins&#233;curit&#233;. Comme si on avait totalement perdu la bataille des affects et des imaginaires. En ce sens, &lt;i&gt;L&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;An 01 &lt;/i&gt;de G&#233;b&#233; a fait &#224; mes yeux plus pour la &lt;i&gt;vraie &lt;/i&gt;&#233;cologie que n'importe quelle candidature verd&#226;tre. Et je me dis que c'est pour &#231;a que tu as choisi le champ de la fiction, parce que &#231;a peut plus &#171; peser &#187; qu'un essai...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224;-dessus on va &#234;tre totalement d'accord. D'une part, en effet, cette d&#233;faite g&#233;n&#233;rale est assez dingue : qu'on n'entende qu'&#224; peine des voix d&#233;croissantes dans le monde &#8220;&lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt;&#8221; (m&#233;dias, &#233;lections, etc.) alors que, d'un autre c&#244;t&#233;, de plus en plus de m&#233;dias et de responsables politiques sont d'accord pour alerter sur le fait qu'on va droit dans le mur, c'est assez incompr&#233;hensible. Comme si un discours officiel &#233;tait : on fait n'importe quoi, mais surtout continuons ! Au moins, pendant les Trente Glorieuses, le discours officiel c'&#233;tait : ce qu'on fait c'est g&#233;nial, alors continuons. Mais maintenant, on a le sentiment de l'&#233;chec sans pour autant vouloir de quelque fa&#231;on que ce soit changer le moindre iota. D'o&#249; un mouvement du type des Gilets jaunes qui, &#224; mes yeux, souligne l'impossibilit&#233; dans laquelle se trouve notre soci&#233;t&#233;, notre &#233;poque. Tout va mal, y compris la contestation : des gens dans des SUV &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt; mais sur&#233;quip&#233;s r&#233;clament de payer leur essence moins cher&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une vision des Gilets jaunes pour le moins partielle que ne partage pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;... L&#224;, on est tr&#232;s tr&#232;s loin de l'esprit de &lt;i&gt;L'An 01 &lt;/i&gt; ! Et donc, oui, bien s&#251;r, &#233;videmment, certainement, sans le moindre doute, &lt;i&gt;L'An 01 &lt;/i&gt;est un livre (et un film) de salubrit&#233; publique, hyper politique tout en &#233;tant hyper po&#233;tique. Typique des ann&#233;es 1970, o&#249; il &#233;tait plus facile d'&#234;tre contre le syst&#232;me en restant joyeux. &#192; ce propos, il n'est pas anodin de rappeler le lent ramollissement des candidatures &#233;colos aux &#233;lections pr&#233;sidentielles : en 1974, Ren&#233; Dumont &#233;tait un furieux (pr&#244;nant l'&#8220;&lt;i&gt;arr&#234;t de la fabrication des automobiles d&#233;passant 4 CV&lt;/i&gt;&#8221;, c'est-&#224;-dire de toutes les bagnoles sauf les plus petites) ; en 1981 Brice Lalonde &#233;tait un engag&#233; (d&#233;fenseur d'une &#8220;&lt;i&gt;soci&#233;t&#233; moins productiviste&lt;/i&gt;&#8221; et de &#8220;&lt;i&gt;l'&#233;conomie souterraine de bricolage&lt;/i&gt;&#8221;) ; en 1988 Antoine Waechter &#233;tait un politicien (&#8220;&lt;i&gt;ni droite ni gauche&lt;/i&gt;&#8221;...). En trois &#233;lections on &#233;tait pass&#233; d'une utopie flamboyante &#224; un piteux tour de piste &#233;lectoraliste. Et donc, dans mon roman j'imagine un &#201;milien Long qui marche sur les traces de Dumont tout en ayant les comp&#233;tences de &lt;i&gt;[l'&#233;conomiste Thomas]&lt;/i&gt; Piketty. Pour r&#233;pondre enfin &#224; ta question, oui,s le champ de la fiction permet de d&#233;ployer tr&#232;s bien tous ces enjeux anti-productivistes dans un monde qu'on aimerait &#234;tre le n&#244;tre, l&#224;, tout de suite, alors qu'un essai aurait tendance &#224; rappeler pour la &#233;ni&#232;me fois que le travail et la consommation occupent trop de place dans nos vies sans savoir vraiment comment d&#233;passer ce constat... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;J&lt;/i&gt;'&lt;i&gt;esp&#233;rais que ce confinement serait un temps de remise en question du productivisme&lt;/i&gt; &#187;, dit &#201;milien Long. Face &#224; la grosse probabilit&#233; que ce type de crise se r&#233;p&#232;te, est-ce qu'on peut imaginer qu'il en naisse des cons&#233;quences positives, notamment dans notre addiction aux technologies ? C'&#233;tait d'ailleurs en partie le th&#232;me de ton pr&#233;c&#233;dent roman,&lt;i&gt; La Grande Panne &lt;/i&gt;(Le Tripode, 2016), qui r&#233;sonne &#233;trangement avec l'actualit&#233; r&#233;cente...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Honn&#234;tement, je ne crois pas que ces crises-ci suffiront &#224; faire changer les gens... Il y a ce truc un peu particulier de l'esp&#232;ce humaine, qui est une grande qualit&#233; et un grand d&#233;faut : sa plasticit&#233;. Elle a pu se passer de smartphone pendant des mill&#233;naires. Et depuis que le smartphone est arriv&#233;, il lui semble indispensable &#8211; et s'il disparaissait demain, l'humanit&#233; s'en passerait &#224; nouveau tr&#232;s bien. Mais, probl&#232;me : le smartphone est l&#224;, pour le moment. Le Covid a sembl&#233; faire vaciller plein de certitudes, mais en fait non : pendant deux mois, les gens ne sortaient qu'une heure par jour, d&#233;sinfectaient leurs chaussures, ne voyageaient plus. Fin du confinement, r&#233;ouverture des fronti&#232;res, vaccination : tout le monde repart comme si de rien n'&#233;tait ! Ce que je veux dire, c'est qu'aucune addiction ne s'arr&#234;tera toute seule : les nouvelles technologies disparaissaient pendant &lt;i&gt;La Grande panne&lt;/i&gt;, mais elles sont revenues en m&#234;me temps que le courant &#233;lectrique ! Demain, si cinq centrales nucl&#233;aires p&#233;taient en France, pass&#233;e la sid&#233;ration, les survivants s'organiseraient et reconcevraient une vie dans un monde apocalyptique. Donc il faut raisonner dans la situation du pr&#233;sent : qu'est-ce qu'on peut faire maintenant, aujourd'hui ? Moins travailler, moins consommer, moins se fermer aux autres, oui, &#231;a on peut le faire. Donc il faut le faire &#8211; sans attendre la crise ou la non-crise. C'est pour &#231;a que j'ai un peu de distance devant les discours messianiques de certains militantismes : on attend quelque chose qui va changer le monde. Mais ce n'est pas &lt;i&gt;quelque chose&lt;/i&gt;, ce n'est pas un moment, ce n'est pas un &#233;pisode : c'est nous, tout de suite, qui devons changer le monde. Car, comme le dit &#201;milien Long : nous sommes le monde ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Extrait : en marche avec l'&#226;ne Bourrichon&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il fait moins quatre degr&#233;s, un peu de neige tombe avec douceur. L'&#226;ne Bourrichon avance mollement &#8211; il fait la gueule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Il fait la gueule, je t'assure, lance &#201;milien.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais t'inqui&#232;te pas pour lui : il en a vu d'autres, r&#233;pond le Baron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partagent tous les trois cette marche lente sur la petite route d&#233;partementale 174 qui m&#232;ne de Peyrelevade, l&#224; o&#249; le Baron a sa ferme, &#224; la commune de Saint-Setiers, 285 habitants, dont la maire, Jacqueline Labarre, est une vieille communiste chaleureuse et dynamique &#8211; du moins c'est ainsi que le Baron l'a d&#233;crite &#224; &#201;milien, qui ne la conna&#238;t pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils partagent cette marche &#224; trois, mais les deux humains ont de gros K-way &#224; capuche qui les prot&#232;gent des intemp&#233;ries. Et surtout, ils n'ont rien de plus &#224; faire que marcher, alors que l'&#226;ne Bourrichon, lui, doit en plus tirer la roulotte sur laquelle un magnifique paresseux suspendu a &#233;t&#233; peint &#224; c&#244;t&#233; des mots &#8220;&#201;milien Long 2022&#8221; &lt;i&gt;[...]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#226;ne Bourrichon et la roulotte de campagne sont d&#233;pass&#233;s par un SUV gris. &#201;milien et le Baron regardent le v&#233;hicule, rutilant, orgueilleux, faramineux, bruyant, qui, en quelques secondes, a d&#233;j&#224; disparu de leur champ de vision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Parfois je me dis que &#231;a va &#234;tre impossible, cette articulation entre utopie et r&#233;alit&#233;, soupire &#201;milien. Cette &#233;quation &#224; je ne sais combien d'inconnues.
&lt;br /&gt;&#8212; Bien s&#251;r que &#231;a va &#234;tre impossible, r&#233;pond le Baron. Mais tu te souviens de la phrase : ils ne savaient pas que c'&#233;tait impossible, alors ils l'ont fait.
&lt;br /&gt;&#8212; Sauf que moi je sais que c'est impossible.
&lt;br /&gt;&#8212; Mais non ! Tu sais que c'est difficile, mais tu crois, au fond, tu crois que c'est possible. Sinon on ne serait pas l&#224;. &#192; marcher sous la neige pour aller chercher la toute premi&#232;re promesse de signature de maire... Pourquoi depuis le d&#233;but tu es capable d'y croire, &#224; ton avis ?
&lt;br /&gt;&#8212; Pff... Honn&#234;tement je n'en sais rien. Sans doute parce que je suis un peu m&#233;galomane sur les bords.
&lt;br /&gt;&#8212; Tu es certainement m&#233;galo. Mais on ne se lance pas dans une entreprise aussi difficile simplement parce qu'on est m&#233;galo. Ce qui s'est pass&#233;, c'est que justement, avec ton sacr&#233; cerveau furieux, tu as r&#233;ussi &#224; poser les termes d'une &#233;quation qui peut &#234;tre r&#233;solue. L'utopie, oui. La r&#233;alit&#233;, oui, aussi. Les deux ensemble. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1817.jpg' width=&#034;400&#034; height=&#034;560&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une vision des Gilets jaunes pour le moins partielle que ne partage pas &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. L'&#233;quipe a d'ailleurs publi&#233; un bouquin sur le mouvement aux &#233;ditions du Chien Rouge, &lt;i&gt;P&#233;age Sud&lt;/i&gt;, de S&#233;bastien Navarro, qui ne roule pas en SUV. [NDLR]&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Apr&#232;s l'abattoir</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Apres-l-abattoir</link>
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		<dc:date>2021-06-10T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
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		<dc:subject>qu'ils</dc:subject>

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&lt;p&gt;Fin 2013, l'abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau (Finist&#232;re) fermait ses portes, laissant sur le carreau 889 salari&#233;s. Comment r&#233;inventer sa vie apr&#232;s plus de quinze ans d'usine et huit mois de lutte pour conserver son emploi ? C'est la question que le r&#233;alisateur Philippe Guilloux a pos&#233;e, cinq ans plus tard, &#224; sept anciens salari&#233;s. &#171; Il y a dans cette soci&#233;t&#233; une majorit&#233; de femmes. Il y en a qui sont pour beaucoup illettr&#233;es. &#187; Nous sommes le 17 septembre 2014 et la voix d'Emmanuel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin 2013, l'abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau (Finist&#232;re) fermait ses portes, laissant sur le carreau 889 salari&#233;s. Comment r&#233;inventer sa vie apr&#232;s plus de quinze ans d'usine et huit mois de lutte pour conserver son emploi ? C'est la question que le r&#233;alisateur Philippe Guilloux a pos&#233;e, cinq ans plus tard, &#224; sept anciens salari&#233;s.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1791-2218c.jpg?1779754045' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a dans cette soci&#233;t&#233; une majorit&#233; de femmes. Il y en a qui sont pour beaucoup illettr&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Nous sommes le 17 septembre 2014 et la voix d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'&#201;conomie, r&#233;sonne sur les ondes d'Europe 1. Ces &#171; &lt;i&gt;femmes pour beaucoup illettr&#233;es&lt;/i&gt; &#187; dont il parle, ce sont les anciennes salari&#233;es de Gad, une entreprise d'abattage et de d&#233;coupe situ&#233;e &#224; Lampaul-Guimiliau, dans le Finist&#232;re : apr&#232;s huit mois de lutte pour conserver leur emploi, pr&#232;s de 900 salari&#233;s s'&#233;taient retrouv&#233;s au ch&#244;mage suite &#224; l'annonce de la fermeture de leur usine, le 11 octobre 2013. &#192; l'&#233;poque, le conflit avait &#233;t&#233; largement couvert par les m&#233;dias, Gad &#233;tant devenu l'embl&#232;me du naufrage des bo&#238;tes familiales rachet&#233;es par de grands groupes et des ravages de la mise en concurrence d'entreprises du cru sur le march&#233; europ&#233;en : &#171; &lt;i&gt;Gad a &#233;t&#233; en partie victime de la concurrence des abattoirs allemands, qui emploient une main-d'&#339;uvre meilleur march&#233; venue de Bulgarie ou de Roumanie&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Gad, nouveau coup dur port&#233; &#224; la Bretagne &#187; (13/10/2013).&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, pointait du doigt le journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de huit ans apr&#232;s la fermeture du site de Lampaul, Gad fait encore causer : en f&#233;vrier dernier, 370 anciens employ&#233;s ont une nouvelle fois contest&#233; leur licenciement devant la cour d'appel de Rennes. Des indemnit&#233;s ont pourtant &#233;t&#233; vers&#233;es et l'eau a coul&#233; sous les ponts depuis le dernier cochon tu&#233;, la derni&#232;re pi&#232;ce de viande d&#233;coup&#233;e, la derni&#232;re barquette empaquet&#233;e. Qu'importe : eux &#233;taient surtout l&#224; afin &#171; &lt;i&gt;que soit reconnue la monstruosit&#233; d'un licenciement&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sept ans apr&#232;s la fermeture de l'abattoir, les ex-Gad contestent leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;. Pour comprendre cette t&#233;nacit&#233;, il faut remonter le temps et tenter de saisir ce qui s'est jou&#233; pour ces travailleurs les mois ayant suivi leur d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a entrepris de faire le r&#233;alisateur Philippe Guilloux avec son film &lt;i&gt;Les Illettr&#233;es&lt;/i&gt;. En 2018, plus de quatre ans apr&#232;s la fermeture, il est parti &#224; la rencontre de sept anciennes et anciens salari&#233;s de Gad afin de retracer leur vie &#171; d'apr&#232;s &#187;. La perte de rep&#232;res, les coups de bol, les gal&#232;res et surtout le ch&#244;mage auquel aucun ne pensait &#234;tre confront&#233; un jour. Verdict : qu'ils aient ou non rebondi, tous sont marqu&#233;s au fer rouge par cette exp&#233;rience. Parmi eux, Jo&#235;lle, Hassina et Fabienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La perte des liens&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la cam&#233;ra de Philippe Guilloux, l'&#233;motion d'Hassina Tamindjoute est palpable. Originaire des Ardennes, Hassina n'y trouve pas de boulot. Elle d&#233;barque alors en Bretagne. Rapidement embauch&#233;e comme int&#233;rimaire chez Gad, elle d&#233;croche en quelques semaines un CDI. Et restera dix-huit ans &#224; l'abattoir. Son job ? Mettre en barquette la viande issue de l'animal pr&#233;alablement tu&#233; et d&#233;coup&#233; par d'autres. &#171; &lt;i&gt;Ce n'&#233;tait pas &#233;vident tous les jours, mais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[...]&lt;/i&gt; &lt;i&gt;j'ai trouv&#233; des coll&#232;gues avec qui je m'entendais super bien&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les paroles des trois anciennes salari&#233;es sont tir&#233;es du film de Philippe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;, se souvient-elle. Hassina les appelle sa &#171; &lt;i&gt;deuxi&#232;me famille&lt;/i&gt; &#187;. Pour elle, l'annonce du licenciement a &#233;t&#233; une claque : il allait falloir quitter ceux qui &#233;taient devenus les siens. &#171; &lt;i&gt;On se voit plus beaucoup maintenant&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Fabienne Vourc'h, la fermeture de l'usine dans laquelle elle a pass&#233; dix-sept ans de sa vie a boulevers&#233; toute son organisation familiale : elle travaillait avec son mari qu'elle avait rencontr&#233; chez Gad. Fabienne se souvient : &#171; &lt;i&gt;Mon premier jour, j'ai pouss&#233; les portes battantes : il y avait 150 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;personnes, mais je n'ai vu que lui.&lt;/i&gt; &#187; Pour elle aussi, la fermeture du site signifiait bien plus que la perte d'un travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant, d'apr&#232;s Dani&#232;le Linhart, sociologue et autrice du livre &lt;i&gt;Perte d'emploi, perte de soi&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;r&#232;s, 2005.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les usines sont aussi des lieux de lien social o&#249; se tissent de vraies relations qui d&#233;bordent parfois sur la vie priv&#233;e. Le sentiment de constituer une famille est particuli&#232;rement pr&#233;sent quand le travail effectu&#233; est p&#233;nible.&lt;/i&gt; &#187; Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;Quand on jette un &#230;il ext&#233;rieur, on se dit que travailler dans un abattoir, il y a mieux dans la vie. Au d&#233;but, les ouvriers se disent la m&#234;me chose, sauf qu'ils vont t&#226;cher de trouver un sens &#224; ce qu'ils font : il s'agit de construire quelque chose de positif &#224; partir d'une r&#233;alit&#233; peu favorable. Pour y parvenir, on va alors s'entraider, cr&#233;er une communaut&#233;, rigoler ensemble. Finalement ils sont fiers de ce qu'ils font et se sont donn&#233; tellement de mal pour cela que c'est horrible quand, &#224; cause d'une d&#233;cision prise par des dirigeants en quelques instants et d'une signature appos&#233;e en bas d'une feuille, leur sort bascule dans un d&#233;ni de tout ce qu'ils ont v&#233;cu et cr&#233;&#233; ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la fermeture de Gad act&#233;e, la mairie a mis la salle des f&#234;tes du village &#224; disposition des anciens salari&#233;s, afin qu'ils puissent se retrouver autour d'un caf&#233;. Cette permanence, c'est Jo&#235;lle Crenn qui la tenait souvent. Pour elle, conserver les relations, apr&#232;s quasi deux d&#233;cennies pass&#233;es chez Gad, &#233;tait essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, &#171; les gadiens &#187;, comme ils s'appellent toujours, tentent de maintenir un semblant de communaut&#233;. Sur la page Facebook &#171; Les Irr&#233;ductibles de chez Gad &#187;, orn&#233;e du logo de l'entreprise, ils continuent d'annoncer les d&#233;c&#232;s des anciens coll&#232;gues entre deux offres d'emploi du coin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'infamie du ch&#244;mage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jo&#235;lle fait partie de ceux qui ont rebondi rapidement apr&#232;s leur licenciement : &#171; &lt;i&gt;Dans le temps, elle tenait un restaurant qu'elle avait d&#251; vendre apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de son mari, &lt;/i&gt;raconte Philippe Guilloux. &lt;i&gt;Au moment o&#249; elle a compris que Gad allait fermer, dans le village d'&#224; c&#244;t&#233;, une vieille&lt;/i&gt; &lt;i&gt;dame qui tenait le seul commerce du bled est morte. Jo&#235;lle est all&#233;e voir la mairie en proposant de reprendre le lieu et d'y monter un petit resto, avec un d&#233;p&#244;t de pain, de quoi acheter le journal.&lt;/i&gt; &#187; De son c&#244;t&#233;, Jo&#235;lle l'assure : &#171; &lt;i&gt;&#199;a m'a aid&#233;e d'avoir une activit&#233; auparavant. [...] Et puis je ne me voyais pas travailler dans une autre entreprise, avec le risque de licenciement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hassina, comme beaucoup d'autres, est quant &#224; elle pass&#233;e par la case ch&#244;mage. Un moment particuli&#232;rement mal v&#233;cu : &#171; &lt;i&gt;On n'est rien, on n'est pas reconnu par la soci&#233;t&#233;. Si, en tant que ch&#244;meur : les personnes qui ne font rien.&lt;/i&gt; &#187; Pour les ouvriers de Gad, le ch&#244;mage a &#233;t&#233; d'autant plus douloureux que beaucoup n'avaient jamais imagin&#233; faire autre chose de leur vie. &#192; l'abattoir, le CDI &#233;tait la norme avec en sus ce fantasme partag&#233; que l'usine ne fermerait jamais. &#192; tel point que certaines banques estimaient que leurs clients travaillant chez Gad n'avaient pas besoin de contracter d'assurance ch&#244;mage lorsqu'ils empruntaient pour l'achat d'une maison. &#171; &lt;i&gt;Pour les salari&#233;s d'entreprises comme Gad, le statut de ch&#244;meur correspond &#224; un effondrement de l'image de soi et de sa l&#233;gitimit&#233; dans la soci&#233;t&#233;, notamment parce qu'ils ne s'y attendaient pas, &lt;/i&gt;explique Dani&#232;le Linhart. &lt;i&gt;Apr&#232;s avoir eu le sentiment de contribuer pendant des ann&#233;es &#224; produire quelque chose d'essentiel, ici nourrir des gens, la perte d'emploi est extr&#234;mement mal v&#233;cue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un parcours sem&#233; d'emb&#251;ches&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Hassina, la route a &#233;t&#233; longue avant de retrouver un semblant d'&#233;quilibre : &#171; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; un moment encore pas si lointain, le matin c'&#233;tait tr&#232;s dur pour moi de me lever.&lt;/i&gt; &#187; Avant de se lancer dans une formation de d&#233;sosseur-pareur et d'y trouver son compte, elle a gal&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;On m'a propos&#233; un contrat pro &#224; Quimper&lt;/i&gt; [&#224; 70 km de Lampaul-Guimiliau]. &lt;i&gt;J'ai dit pourquoi pas. Je ne me suis pas rendu compte de la distance, le plus important &#233;tait d'aller bosser. Mais j'ai &#233;t&#233; oblig&#233;e d'arr&#234;ter : c'&#233;tait un gouffre &lt;/i&gt;[financier]&lt;i&gt;. J'ai eu des dettes. [...] La descente aux enfers a commenc&#233;...&lt;/i&gt; &#187; En 2018, Hassina avait retrouv&#233; un emploi mais perdu une chose essentielle : &#171; &lt;i&gt;Ma confiance en moi&lt;/i&gt; &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hassina n'a pas &#233;t&#233; la seule &#224; vivre un passage &#224; vide. D'apr&#232;s Dani&#232;le Linhart, beaucoup d'ouvriers ayant v&#233;cu la fermeture de leur usine &#171; &lt;i&gt;se sentaient performants en tant que collectif de travail. Sauf que la recherche d'emploi est individuelle. Et, quand on se retrouve devant un recruteur et qu'on lui dit qu'on a, comme ici, travaill&#233; vingt ans dans un abattoir, on est relativement mal per&#231;u et l'on peine &#224; faire passer ce sentiment de comp&#233;tence, d'utilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Elle ajoute : &#171; &lt;i&gt;Alors que vous &#234;tes cass&#233;, on vous demande de montrer comment vous &#234;tes capables de rebondir. C'est cynique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gad &#224; jamais&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On restera Gad jusqu'au bout de notre vie&lt;/i&gt; &#187;, assure Jo&#235;lle qui raconte que, dans son restaurant, &#171; &lt;i&gt;il n'y a pas un jour o&#249; l'on ne &lt;/i&gt;[lui]&lt;i&gt; parle pas de Gad&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me son de cloche du c&#244;t&#233; de Fabienne, aujourd'hui vendeuse, que certains clients alpaguent &#224; coup de &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes mieux ici, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Quant &#224; Hassina, lorsqu'elle est partie bosser &#224; Quimper, elle &#233;tait plut&#244;t contente de ne plus se r&#233;sumer &#224; une &#171; ancienne de chez Gad &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je revivais ; [...] j'ai rencontr&#233; d'autres personnes, qui ne savaient pas ce que j'avais v&#233;cu.&lt;/i&gt; &#187; Un d&#233;tail qui compte, quand on sait que certains se sont entendu dire que leur marquage syndical allait les handicaper dans leur recherche d'emploi, ou qu'une conjointe demandant une augmentation devait d&#233;j&#224; s'estimer heureuse d'avoir un travail quand son compagnon venait de perdre le sien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Extr&#234;me droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les huit mois de conflit semblent aussi avoir fa&#231;onn&#233; le rapport qu'entretient chacun &#224; la politique. Ainsi, pour Hassina, &#231;a a &#233;t&#233; un cr&#232;ve-c&#339;ur de voter Macron en 2017 : &#171; &lt;i&gt;J'avais pas le choix : c'&#233;tait soit lui, soit Le Pen...&lt;/i&gt; &#187; Quant &#224; Fabienne, Philippe Guilloux l'a contact&#233;e en ne sachant pas &#224; quoi s'attendre : elle aurait exprim&#233; au journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;son intention de voter extr&#234;me droite. &#171; &lt;i&gt;Gauche ou droite, ce sont des nombrilistes qui ne pensent qu'&#224; eux. On en a ras le bol, on veut du changement&lt;/i&gt; &#187;, citait le journal &lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fabienne et Fr&#233;d&#233;ric Vourc'h. Abattus &#187; (28/10/2013).&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Le r&#233;alisateur assure que Fabienne estime que sa parole aurait &#233;t&#233; d&#233;form&#233;e. Mais, &#171; &lt;i&gt;&#224; l'abattoir, beaucoup de ses coll&#232;gues ne cachaient plus leur choix du FN&lt;/i&gt; [RN] &lt;i&gt;comme exutoire au d&#233;sespoir et &#224; l'exasp&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;, relatait encore &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, rien d'&#233;tonnant pour Dani&#232;le Linhart : &#171; &lt;i&gt;Cela a &#233;t&#233; analys&#233; : lorsque des usines dont le r&#244;le est d&#233;terminant pour la vie sociale et &#233;conomique du territoire ferment, on observe un basculement vers l'extr&#234;me droite. D'autant plus quand la mise en concurrence sur le march&#233; europ&#233;en a pes&#233; dans la fermeture de l'entreprise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Gad, d'autres se sont investis en politique comme l'ancien d&#233;l&#233;gu&#233; syndical Olivier Le Bras. Pour certains &#171; gadiens &#187;, le fait qu'il devienne &#233;lu au conseil r&#233;gional de Bretagne a &#233;t&#233; difficile &#224; avaler : &#171; &lt;i&gt;Des salari&#233;s qui avaient lutt&#233; avec lui ne comprenaient pas comment il pouvait s'investir ainsi apr&#232;s ce que les politiques leur avaient fait, &lt;/i&gt;r&#233;sume Philippe Guilloux. &lt;i&gt;Mais, pour Olivier, il s'agissait de faire valoir la voix des ouvriers au sein des lieux de pouvoir. Combien de d&#233;put&#233;s peuvent dire : j'ai &#233;t&#233; ouvrier pendant dix-neuf ans&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un nouvel abattoir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le rachat d'une partie du site de Lampaul-Guimiliau vient d'&#234;tre officialis&#233; : c'est la Cooperl, un groupe agroalimentaire, qui r&#233;cup&#232;re le b&#233;b&#233;. Un nouvel abattoir devrait &#234;tre install&#233; sur les &#171; ruines &#187; de l'ancien et d&#233;boucher, &#224; terme, sur la cr&#233;ation de 500 emplois. Sur la page Facebook des &#171; Irr&#233;ductibles de chez Gad &#187;, les d&#233;bats au sujet de la reprise d'un outil de production que les salari&#233;s ont toujours cru viable vont bon train. Ainsi, d'une certaine Huguette qui semble bien compter sur une part du g&#226;teau rafl&#233; par la Cooperl :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai dit &#224; un de mes boss que j'allais postuler. R&#233;ponse : &lt;br /&gt;&#8212; Ben Huguette, tu n'as pas tourn&#233; la page&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans le dossier &#034;Apr&#232;s l'usine&#034; du num&#233;ro 199 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/futurs/2013/10/13/gad-nouveau-coup-dur-porte-a-la-bretagne_939241/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gad, nouveau coup dur port&#233; &#224; la Bretagne&lt;/a&gt; &#187; (13/10/2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/bretagne/lampaul-guimiliau-29400/finistere-sept-ans-apres-la-fermeture-de-l-abattoir-les-ex-gad-contestent-leur-licenciement-7142843&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Sept ans apr&#232;s la fermeture de l'abattoir, les ex-Gad contestent leur licenciement&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; (4/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les paroles des trois anciennes salari&#233;es sont tir&#233;es du film de Philippe Guilloux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;r&#232;s, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/futurs/2013/10/28/fabienne-et-frederic-vourc-h-abattus_942936/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fabienne et Fr&#233;d&#233;ric Vourc'h. Abattus &lt;/a&gt; &#187; (28/10/2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Senegal-les-pirogues-de-la</link>
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		<dc:date>2021-04-07T09:28:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fall Amzer</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;D&#233;but mars, des r&#233;voltes populaires d'une ampleur in&#233;dite ont secou&#233; le S&#233;n&#233;gal. Aux origines profondes de cette col&#232;re, une situation sociale et &#233;conomique catastrophique, empir&#233;e par la pand&#233;mie. C'est cette m&#234;me pr&#233;carit&#233; doubl&#233;e d'un avenir obstin&#233;ment bouch&#233; qui pousse de nombreux jeunes &#224; prendre la mer en direction de l'Europe, par les Canaries. Un p&#233;riple trop souvent meurtrier. Des militants et voyageurs s&#233;n&#233;galais nous ont parl&#233; de cette route atlantique, de ses dangers, et de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mer" rel="tag"&gt;mer&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Senegal" rel="tag"&gt;S&#233;n&#233;gal&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/peche" rel="tag"&gt;p&#234;che&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but mars, des r&#233;voltes populaires d'une ampleur in&#233;dite ont secou&#233; le S&#233;n&#233;gal. Aux origines profondes de cette col&#232;re, une situation sociale et &#233;conomique catastrophique, empir&#233;e par la pand&#233;mie. C'est cette m&#234;me pr&#233;carit&#233; doubl&#233;e d'un avenir obstin&#233;ment bouch&#233; qui pousse de nombreux jeunes &#224; prendre la mer en direction de l'Europe, par les Canaries. Un p&#233;riple trop souvent meurtrier. Des militants et voyageurs s&#233;n&#233;galais nous ont parl&#233; de cette route atlantique, de ses dangers, et de ce qui pousse tant de personnes &#224; braver la mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1752.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1752-d31f4.jpg?1780142876' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carte sign&#233;e Fall Amzer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois les c&#244;tes du S&#233;n&#233;gal connaissent une forte vague de d&#233;parts. Celles et ceux qui embarquent tentent de rejoindre les &#238;les Canaries, au large du Maroc, premier bout de terre europ&#233;en &#224; port&#233;e de pirogue. Au cours du mois d'octobre dernier, des milliers de personnes ont pris la mer et pr&#232;s de 480 ont perdu la vie dans une terrible s&#233;rie de naufrages. &#192; l'origine de l'h&#233;catombe ? La fermeture des fronti&#232;res europ&#233;ennes, qui pousse les voyageurs &#224; emprunter des routes toujours plus longues et p&#233;rilleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait connu et document&#233; : les routes migratoires se modifient sans cesse en fonction des situations politiques des pays concern&#233;s, qu'ils soient de d&#233;part, de transit ou d'arriv&#233;e. Elles &#233;voluent aussi selon les politiques r&#233;pressives d&#233;ploy&#233;es par les &#201;tats pour verrouiller leurs fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route atlantique vers les Canaries, elle, n'est pas nouvelle. Emprunt&#233;e depuis des si&#232;cles, elle a connu son apog&#233;e durant la crise des &lt;i&gt;cayucos &lt;/i&gt;(pirogues), entre 2006 et 2008, durant laquelle pr&#232;s de 40 000 personnes en provenance des c&#244;tes d'Afrique de l'Ouest ont d&#233;barqu&#233; sur l'archipel. D&#233;laiss&#233;e une d&#233;cennie durant, elle est redevenue tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e au vu des difficult&#233;s &#224; entrer en Europe par d'autres voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2018, l'enfer v&#233;cu par les centaines de milliers de personnes bloqu&#233;es en Libye, la dangerosit&#233; grandissante de la travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e centrale et les &lt;i&gt;pushbacks &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Refoulements ill&#233;gaux de personnes ayant franchi la fronti&#232;re, sans leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; incessants des garde-c&#244;tes grecs en mer &#201;g&#233;e avaient amen&#233; &#224; relancer la fr&#233;quentation de la route de Gilbraltar, entre le Maroc et l'Espagne. Cela n'a pas dur&#233;. En quelques ann&#233;es, la surveillance des c&#244;tes marocaines s'est fortement renforc&#233;e, rendant le passage du d&#233;troit presque impossible. Les travers&#233;es se sont alors d&#233;localis&#233;es, prenant comme point de d&#233;part le sud du Maroc et le Sahara occidental &lt;i&gt;[voir encadr&#233;]&lt;/i&gt;, direction les Canaries. Derni&#232;rement, le harc&#232;lement policier permanent v&#233;cu par les Subsaharien&#183;nes au Maroc et la fermeture des fronti&#232;res terrestres suite &#224; la crise du Covid ont repouss&#233; les zones de d&#233;parts encore plus au sud : beaucoup se font d&#233;sormais directement des c&#244;tes mauritaniennes et s&#233;n&#233;galaises.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;1 500 kilom&#232;tres en pirogue &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pouvant durer jusqu'&#224; dix jours, les travers&#233;es se font &#224; bord de grandes pirogues en bois habituellement utilis&#233;es pour la p&#234;che artisanale. Bien que g&#233;n&#233;ralement pilot&#233;es par des marins aguerris, elles ne font pas toujours le poids face &#224; l'oc&#233;an. Les voyageurs sont majoritairement s&#233;n&#233;galais, entour&#233;s parfois de ressortissants des pays voisins. Les &#233;quipages partent sans t&#233;l&#233;phone satellite, avec des r&#233;serves d'eau et de nourriture souvent insuffisantes. En outre, beaucoup de ceux qui embarquent ne connaissent pas la mer. C'est le cas de Djiby Sy, qui nous a livr&#233; le r&#233;cit de sa travers&#233;e&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien &#224; retrouver en int&#233;gralit&#233; courant avril sur le site de CQFD.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;J'habitais &#224; Saint-Louis, une ville de p&#234;che du nord du S&#233;n&#233;gal. Mais je suis quelqu'un qui ne conna&#238;t pas la mer. Alors c'&#233;tait un peu compliqu&#233; pour moi, le fait d'entrer dans la mer, de manger &#224; l'int&#233;rieur de la mer, de dormir dans la mer, pisser dans la mer ! C'est ce qui m'a &#233;tonn&#233; dans un premier temps. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre pirogue avait trois capitaines, des grands p&#234;cheurs de Dakar, &lt;/i&gt;poursuit Djiby Sy. &lt;i&gt;Quand on a pris le d&#233;part, on a vis&#233; au large pour que les contr&#244;leurs ne nous captent pas. La mer a commenc&#233; &#224; s'agiter et les gens &#224; vomir. Et puis, j'ai vu des dauphins qui sautaient et ont accompagn&#233; la pirogue sur plusieurs kilom&#232;tres ! Apr&#232;s leur d&#233;part, j'ai commenc&#233; &#224; comprendre que j'avais pris un tr&#232;s grand risque, et que si on avait un probl&#232;me, m&#234;me petit, on risquait tous de mourir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Canaries se trouvent &#224; plus de 1 500 kilom&#232;tres des c&#244;tes s&#233;n&#233;galaises. Sur cette distance, les risques d'avarie ou de se perdre sont effectivement importants, sachant que ni le S&#233;n&#233;gal ni la Mauritanie ne disposent d'organismes de secours en mer. Quant &#224; la zone d&#233;volue aux sauveteurs espagnols, elle est immense : plus d'un million et demi de kilom&#232;tres carr&#233;s. L'organisme civil Salvamento Mar&#237;timo fait son possible pour r&#233;pondre aux situations de d&#233;tresse dans ce p&#233;rim&#232;tre, mais d&#233;nonce une baisse continue de ses moyens, qui entrave sa capacit&#233; de sauvetage. Dans ces conditions, certains bateaux disparaissent purement et simplement dans l'oc&#233;an avec leurs occupant&#183;es. Il est impossible de quantifier le nombre de ces naufrages invisibles, mais Alarm Phone&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis 2014, le r&#233;seau Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; estime qu'une personne sur douze perdrait la vie sur cette route.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Braver la mort par d&#233;sespoir &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les dangers de ce p&#233;riple sont connus de celles et ceux qui partent, mais ne les d&#233;couragent pas pour autant. Selon Saliou Diouf, membre du r&#233;seau Alarm Phone et fondateur de l'association Boza Fii&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boza Fii &#8211; &#171; R&#233;ussir ici &#187; &#8211; a pour but d'ac&#173;compagner les personnes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, &#171; &lt;i&gt;chaque migrant qui d&#233;cide de partir conna&#238;t quelqu'un qui est rest&#233; dans la mer en essayant de rallier l'Espagne. Le probl&#232;me c'est qu'ils n'ont pas le choix, parce qu'ici ils meurent &#224; petit feu. &#187;&lt;/i&gt; Dans un pays o&#249; le taux de pauvret&#233; ne fait qu'augmenter, pour des jeunes sans espoir ni d&#233;bouch&#233;s c'est &#171; &lt;i&gt;Bar&#231;a ou &lt;/i&gt;barsakh &#187; &#8211; &#171; Barcelone ou la mort &#187;. Car si certains tentent leur chance dans d'autres pays de la sous-r&#233;gion, ils sont nombreux &#224; r&#234;ver d'Europe. &#171; &lt;i&gt;Cette souffrance que les gens vivent au pays, c'est la m&#234;me que quand ils partent et perdent leur vie dans la mer, &lt;/i&gt;poursuit Saliou Diouf. &lt;i&gt;Donc ils saisissent toute possibilit&#233; de trouver une vie meilleure ailleurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce d&#233;sir de voyager est entrav&#233; par l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der au syst&#232;me des visas. Babacar N'diaye, autre membre d'Alarm Phone, temp&#234;te ainsi contre les &#201;tats europ&#233;ens qui signent des conventions sur la libert&#233; de circulation tout en ne reconnaissant pas cette libert&#233; &#224; la plupart des ressortissants africains. &#171; &lt;i&gt;Quand tu vas &#224; l'ambassade d&#233;poser une demande de visa, tu sais tr&#232;s bien qu'on va te rejeter. C'est aussi pour cela que les jeunes sacrifient leur vie. S'il &#233;tait facile de voyager, ils ne prendraient pas la mer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an, la crise &#233;conomique li&#233;e &#224; la pand&#233;mie joue &#233;galement un r&#244;le dans l'acc&#233;l&#233;ration des d&#233;parts. Dans un pays o&#249; 40 % de la population travaille dans le secteur informel et doit se d&#233;brouiller au jour le jour, les restrictions sanitaires ont rendu la survie encore plus difficile. C'est ce que r&#233;pond Djiby Sy lorsqu'on lui demande ce qui l'a pouss&#233; &#224; partir malgr&#233; les risques : &#171; &lt;i&gt;Au S&#233;n&#233;gal, la vie est tellement pr&#233;caire, que &#231;a nous met une pression de soul&#232;vement. On a tout brav&#233; pour traverser notre destin. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de pr&#233;carit&#233;, les p&#234;cheurs s&#233;n&#233;galais sont en premi&#232;re ligne. Alors que plus de 600 000 habitant&#183;es du pays vivent de la p&#234;che artisanale, la fili&#232;re est en souffrance : le poisson se fait rare et il devient de plus en plus difficile aux p&#234;cheurs de subvenir aux besoins de leur famille. Si les communaut&#233;s villageoises prennent des initiatives pour se r&#233;approprier leurs territoires de p&#234;che et assurer le renouvellement des esp&#232;ces, ces efforts ne suffisent pas &#224; endiguer l'&#233;puisement progressif des ressources. En cause : des p&#234;cheurs artisanaux trop nombreux, mais surtout le d&#233;veloppement d'une surp&#234;che industrielle frauduleuse, couverte par le minist&#232;re de la P&#234;che. On voit ainsi se multiplier en zone c&#244;ti&#232;re de gros navires &#233;trangers dits &#171; s&#233;n&#233;galis&#233;s &#187;, qui se sont vu accorder une immatriculation dans le pays afin d'obtenir une licence de p&#234;che. Dans un rapport diffus&#233; en novembre 2020, l'ONG Greenpeace d&#233;non&#231;ait l'attribution ill&#233;gale de ces licences &#224; des bateaux provenant notamment de Chine ou de Cor&#233;e du Sud. Les accords octroyant d'importants droits de p&#234;che &#224; l'Union europ&#233;enne (UE) sont &#233;galement montr&#233;s du doigt : 1,7 million d'euros sont ainsi vers&#233;s chaque ann&#233;e au S&#233;n&#233;gal en maigre contrepartie de l'acc&#232;s &#224; ses eaux territoriales. Difficile pour les p&#234;cheurs locaux de faire le poids face &#224; des dirigeants bradant les ressources du pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cynisme d'&#201;tats&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En octobre dernier, alors qu'en une semaine des centaines de S&#233;n&#233;galais&#183;es viennent de perdre la vie en mer, le pr&#233;sident Macky Sall refuse de reconna&#238;tre l'ampleur de la catastrophe, minimisant le nombre de disparu&#183;es et les rendant seul&#183;es responsables de leur destin. D&#233;non&#231;ant le m&#233;pris du gouvernement qu'elles jugent principal responsable de la situation, plusieurs organisations citoyennes s'unissent alors au sein du collectif 480. Pour pallier le silence de l'&#201;tat, elles lancent une journ&#233;e de deuil national sur les r&#233;seaux sociaux le 13 novembre, et appellent &#224; une marche silencieuse &#224; Dakar une semaine plus tard. Saliou Diouf est partie prenante de l'organisation : &#171; &lt;i&gt;Quand il y a eu ces morts, ils ont d'abord d&#233;menti les chiffres, avant de rester dans l'immobilisme, ne tentant m&#234;me pas un dialogue avec la population. Tu ne peux pas avoir 400 morts en une semaine et rester silencieux ! La r&#233;alit&#233; c'est qu'il y a des soul&#232;vements et que &#231;a va exploser. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mars, la situation a fini par d&#233;boucher sur un vaste mouvement de protestation. Si le d&#233;clencheur de la r&#233;volte a &#233;t&#233; l'arrestation de l'opposant politique Ousmane Sonko&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Accus&#233; de viol et menaces de mort, Ousmane Sonko a &#233;t&#233; plac&#233; en garde &#224; vue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, la col&#232;re des manifestants s'est r&#233;v&#233;l&#233;e bien plus profonde. La r&#233;pression a &#233;t&#233; f&#233;roce et les forces de l'ordre n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; tirer sur la foule : entre 10 et 15 personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es et plusieurs centaines bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien des &#233;gards, cette froide r&#233;pression marque l'aboutissement macabre d'une politique d'un cynisme sans borne. Quelques mois plus t&#244;t, l'&#201;tat s&#233;n&#233;galais avait en effet d&#233;cid&#233; de poursuivre certains parents de disparus pour &#171; complicit&#233; de trafic d'&#234;tres humains &#187;. Si ce chef d'accusation n'a finalement pas &#233;t&#233; retenu, plusieurs ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour &#171; mise en danger de la vie d'autrui &#187;. Derri&#232;re cette criminalisation se dessine une collaboration renforc&#233;e avec l'UE, afin d'emp&#234;cher les d&#233;parts. Agence europ&#233;enne des gardes-fronti&#232;res et des gardes-c&#244;tes, Frontex intervient au large des c&#244;tes ouest-africaines dans le cadre de la mission Hera depuis 2006. Si elle ne peut, officiellement, intercepter les navires, l'agence vient en appui aux militaires s&#233;n&#233;galais, charg&#233;s de surveiller les c&#244;tes et refouler les embarcations qui tentent de les quitter. Les forces arm&#233;es accomplissent leur mission avec z&#232;le : le 25 octobre 2020, au large de Dakar, elles n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; &#233;peronner une pirogue qui refusait de s'arr&#234;ter. Bilan de l'op&#233;ration : 41 morts.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Refoul&#233;s aux portes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e aux Canaries n'est qu'un bref soulagement pour les personnes qui d&#233;barquent saines et sauves. Apr&#232;s un voyage incertain et &#233;prouvant, certaines ignorent qu'elles arrivent sur une &#238;le. L'&#201;tat espagnol, fort du soutien de l'UE, met alors tout en &#339;uvre pour emp&#234;cher les arrivant&#183;es de rejoindre le continent, tout en cherchant &#224; multiplier les expulsions. Mal inform&#233;&#183;es de leurs droits et priv&#233;&#183;es de traducteurs, beaucoup d'arrivant&#183;es ne parviennent pas &#224; d&#233;poser une demande d'asile, s'exposant alors &#224; une rapide. Celle et ceux qui y arrivent doivent ensuite patienter de longs mois sans savoir quand ils pourront rejoindre le continent. L'Espagne a &#233;galement r&#233;activ&#233; des accords de &#171; rapatriement &#187; avec le S&#233;n&#233;gal et la Mauritanie, qui permettent d'acc&#233;l&#233;rer le renvoi par avion de leurs ressortissants voire, dans le cas de la Mauritanie, de toutes les personnes soup&#231;onn&#233;es d'avoir transit&#233; par le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2020, 23 023 personnes ont d&#233;barqu&#233; aux Canaries, soit huit fois plus que l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Face &#224; l'augmentation des arriv&#233;es, les autorit&#233;s de l'archipel ont vite &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;es. Cons&#233;quence : les conditions d'accueil des arrivant&#183;es sont extr&#234;mement pr&#233;caires. Sur l'&#238;le de Gran Canaria, un camp a ainsi &#233;t&#233; improvis&#233; sur un quai du port d'Arguinegu&#237;n, dans des conditions qualifi&#233;es d' &#187; &lt;i&gt;inhumaines &#187;&lt;/i&gt; par le maire de la commune. Jusqu'&#224; 2 000 personnes se sont retrouv&#233;es entass&#233;es sur cet espace, surnomm&#233; le &#171; camp de la honte &#187;, avant d'&#234;tre finalement d&#233;mantel&#233; en d&#233;cembre dernier. De nombreuses personnes &#233;taient &#233;galement assign&#233;es &#224; r&#233;sidence dans des h&#244;tels, vides en raison de la crise sanitaire. Mais la situation a provoqu&#233; des tensions avec les habitants et la plupart des &#233;tablissements ont &#233;t&#233; vid&#233;s &#224; l'approche de la saison touristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le manque d'infrastructures d'accueil, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur espagnol refuse de transf&#233;rer les demandeurs d'asile sur le continent, pr&#233;f&#233;rant construire des centres de r&#233;tention et transformer les &#238;les en prisons. Au mois de janvier, 176 migrant&#183;es s&#233;n&#233;galais&#183;es ont entam&#233; une gr&#232;ve de la faim pour protester contre leur situation. Malgr&#233; des entraves toujours plus grandes au droit et &#224; la libert&#233; de circulation, les r&#233;sistances et les luttes grandissent d'un bout &#224; l'autre des chemins de l'exil.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fall Amzer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Focus sur le Sahara occidental&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Sahara occidental est une zone &#233;conomique strat&#233;gique, de par sa proximit&#233; avec l'Atlantique et ses eaux riches en poissons, mais aussi par la quantit&#233; de phosphate pr&#233;sent dans ses sols. Anciennement colonie espagnole, ce territoire a &#233;t&#233; envahi en 1975 par les forces militaires marocaines. Son appartenance &#224; l'&#201;tat marocain n'&#233;tant pas reconnue par l'ONU, il est &#224; ce jour la derni&#232;re colonie d'Afrique qui perdure. Le peuple sahraoui attend toujours l'organisation du r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination pr&#233;vu en 1992. Apr&#232;s vingt-neuf ans de cessez-le-feu, des combats sporadiques entre l'arm&#233;e marocaine et les ind&#233;pendantistes du Front Polisario ont repris fin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les eaux qui bordent le Sahara occidental appartiennent &#224; la zone &#233;conomique exclusive du Maroc &lt;i&gt;[voir carte]&lt;/i&gt;, c'est l'Espagne qui est responsable du secours en mer dans la zone. Cet h&#233;ritage de la colonisation pass&#233;e n'est pas sans cons&#233;quences et les conflits g&#233;opolitiques autour de la d&#233;finition des fronti&#232;res maritimes peuvent mettre en jeu des vies humaines. Ainsi, le 23 d&#233;cembre 2020, un bateau est signal&#233; en d&#233;tresse au large de La&#226;youne, la plus grosse ville du territoire. Les autorit&#233;s espagnoles et marocaines, inform&#233;es, se renvoient la balle pour savoir qui est responsable des secours dans la zone. Au final, aucune op&#233;ration de sauvetage n'est lanc&#233;e. Le bateau fait naufrage et 18 personnes se noient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;parts vers l'Europe se font d&#233;sormais directement du S&#233;n&#233;gal ou de la Mauritanie, mais beaucoup tentent encore leur chance depuis le sud du Maroc et le Sahara occidental. &#192; quatre jours de mer des &#238;les Canaries, ces r&#233;gions sont fr&#233;quent&#233;es par de nombreux Marocain&#183;es et Subsaharien&#183;nes candidat&#183;es &#224; l'exil. Fuyant les pers&#233;cutions au nord du Maroc, ou arrivant par le sud, les Subsahariens sont nombreux &#224; faire une pause &#224; La&#226;youne, esp&#233;rant traverser vers les Canaries. Les conditions de vie y sont tr&#232;s pr&#233;caires et les initiatives de solidarit&#233; souvent r&#233;prim&#233;es par les autorit&#233;s marocaines. Un appel &#224; dons a &#233;t&#233; lanc&#233; pour aider les personnes sur place &#224; payer les loyers et les frais de justice en cas d'arrestation, mais aussi permettre des obs&#232;ques dignes et de pr&#233;venir les familles en cas de d&#233;c&#232;s sur la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour soutenir cet appel : sur &lt;i&gt;HelloAsso.com&lt;/i&gt;, aller &#224; la page &#171; &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/kalliope/collectes/soutenons-les-migrant-e-s-a-laayun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soutenons les migrant.e.s &#224; La&#226;yun&lt;/a&gt; ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Refoulements ill&#233;gaux de personnes ayant franchi la fronti&#232;re, sans leur laisser la possibilit&#233; de demander l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entretien &#224; retrouver en int&#233;gralit&#233; courant avril sur le site de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis 2014, le r&#233;seau Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e, gr&#226;ce &#224; un num&#233;ro joignable 24 h/24. Il fournit &#233;galement un travail de documentation sur les travers&#233;es dans les diff&#233;rentes r&#233;gions m&#233;diterran&#233;ennes et sur la route des Canaries. Lire notamment &#171; Un nombre choquant de morts, mais aussi des luttes grandissantes sur place &#187;, article publi&#233; sur &lt;i&gt;AlarmPhone.org &lt;/i&gt;le 29 janvier dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Boza Fii &#8211; &#171; R&#233;ussir ici &#187; &#8211; a pour but d'ac&#173;compagner les personnes rentrant au S&#233;n&#233;gal apr&#232;s un parcours d'&#233;migration. Qu'il s'agisse d'un retour choisi ou contraint, elle les aide &#224; reconstruire leur vie au pays et lutter contre le sentiment d'&#233;chec. L'association propose &#233;galement d'assister les familles de personnes disparues en mer. Son site : &lt;i&gt;Bozafiisn.org&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Accus&#233; de viol et menaces de mort, Ousmane Sonko a &#233;t&#233; plac&#233; en garde &#224; vue le 3 mars pour &#171; troubles &#224; l'ordre public &#187; et &#171; participation &#224; une manifestation non autoris&#233;e &#187;. Il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; cinq jours plus tard dans l'attente de son proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Refuser l'Ehpad</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Refuser-l-Ehpad</link>
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		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


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&lt;p&gt;Nombre de r&#233;sidents de maisons de retraite n'ont pas choisi d'y entrer : cette d&#233;cision fut surtout celle de leurs proches ou des professionnels de sant&#233;. Rencontr&#233;s dans le P&#233;rigord, Jean et Esther r&#233;sistent encore &#224; la pression sociale. Un refus qui se con&#231;oit : entre libert&#233;s restreintes &#224; cause du Covid et recours massif aux psychotropes, ces &#233;tablissements prennent parfois l'allure d'institutions totales. &#194;g&#233; de 92 ans, Jean est d'un autre temps. Paysan dans le P&#233;rigord noir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alex-Less" rel="tag"&gt;Alex Less&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/residents-d-Ehpad" rel="tag"&gt;r&#233;sidents d'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nombre de r&#233;sidents de maisons de retraite n'ont pas choisi d'y entrer : cette d&#233;cision fut surtout celle de leurs proches ou des professionnels de sant&#233;. Rencontr&#233;s dans le P&#233;rigord, Jean et Esther r&#233;sistent encore &#224; la pression sociale. Un refus qui se con&#231;oit : entre libert&#233;s restreintes &#224; cause du Covid et recours massif aux psychotropes, ces &#233;tablissements prennent parfois l'allure d'institutions totales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3547 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-1700-d67b0.jpg?1779811801' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#194;g&#233; de 92 ans, Jean est d'un autre temps. Paysan dans le P&#233;rigord noir (Dordogne), il a toute sa vie &#233;t&#233; confront&#233; aux privations, aux coups de sang des b&#234;tes et aux durs travaux de b&#251;cheronnage. Aujourd'hui encore, il fait face : c'est avec vigueur qu'il refuse la maison de retraite. &#171; &lt;i&gt;Je suis bien chez moi &#224; la ferme. Quoi qu'il arrive, je pr&#233;f&#232;re mourir ici&lt;/i&gt; &#187;, commente-t-il, regard bleu et d&#233;termin&#233;. Aux Eyzies, en lisi&#232;re d'une grande ch&#234;naie, le vieillard sort encore pour faucher l'all&#233;e, rentrer quelques b&#251;ches ou ramasser des truffes avec son border collie. C'est dans la sobri&#233;t&#233; de sa cuisine, pr&#232;s du po&#234;le, qu'il re&#231;oit ses repas livr&#233;s &#224; domicile, l'aide m&#233;nag&#232;re, son m&#233;decin traitant et ses visiteurs. Afin de s'&#233;viter un voyage sans retour, Jean a d&#233;cid&#233; de ne plus jamais monter dans le moindre v&#233;hicule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que sa fille s'inqui&#232;te, elle qui vit &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224; : &#171; &lt;i&gt;Je suis en permanence dans la crainte qu'il ait un accident et que l'on ne soit pas l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Sc&#233;nario classique : dans l'esprit des proches, la solution de l'Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) s'impose souvent peu &#224; peu, &#224; mesure que les t&#226;ches quotidiennes ou l'&#233;tat psychique du parent deviennent trop lourds &#224; g&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'institution elle-m&#234;me n'est pourtant pas sans danger. Le sujet restant tabou, le m&#233;decin de Jean pr&#233;f&#232;re rester anonyme : &#171; &lt;i&gt;En entrant en Ehpad, certains anciens se d&#233;gradent tr&#232;s vite, physiquement et psychologiquement. Nous appelons &#231;a le syndrome de glissement.&lt;/i&gt; &#187; Il ajoute : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que la vie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Le fait d'assurer la p&#233;rennit&#233; du corps ou bien une situation o&#249; la dignit&#233;, la sant&#233; mentale et la libert&#233; demeurent&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Selon moi, on devrait respecter le refus de Jean, accepter la perspective d'un accident. Sauf que formuler les choses en ces termes est devenu compliqu&#233;. L'&#233;poque est au contr&#244;le et au risque z&#233;ro.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Placement impos&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La campagne p&#233;rigourdine regorge de r&#233;sistances ordinaires &#224; la maison de retraite. Sur les hauteurs du Bugue, un village de 2 500 habitants, Esther est encore autonome, &#224; 96 ans. Du haut de son m&#232;tre cinquante, cette vieille canaille joue th&#233;&#226;tralement l'incompr&#233;hension quand on &#233;voque l'Ehpad et minimise les cons&#233;quences de ses pertes de m&#233;moire. Un num&#233;ro suffisant, pour l'instant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, lorsque les familles h&#233;sitent, certains professionnels de la g&#233;riatrie tentent de les rassurer afin de rendre le passage en institution plus acceptable pour tout le monde : ici on promet un repas d'accueil avec toute la famille, l&#224; la possibilit&#233; pour le r&#233;sident d'avoir des objets personnels dans les chambres. Parfois, face &#224; la r&#233;sistance des anciens, les proches, souvent en d&#233;tresse, en viennent &#224; inventer des arguments fallacieux : &#171; &lt;i&gt;Ce ne sera que pour quelques jours&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Tu as besoin de faire des examens&lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faits, l'entr&#233;e en institution est fr&#233;quemment ressentie comme impos&#233;e, ainsi que l'a montr&#233; une enqu&#234;te effectu&#233;e par la Drees&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Direction de la recherche, des &#233;tudes, de l'&#233;valuation et des statistiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en l'an 2000 aupr&#232;s de plusieurs milliers de r&#233;sidents. Pour la plupart, c'est la famille (37 %) et les professionnels de sant&#233; (21 %) qui avaient d&#233;cid&#233; qu'ils ne pouvaient plus rester chez eux. Pass&#233;s de &#171; sujets &#187; &#224; &#171; objets &#187; de placement, certains anciens supportent alors tr&#232;s mal les espaces priv&#233;s r&#233;duits, l'impossibilit&#233; de sortir ou encore les contraintes horaires impos&#233;es pour les repas ou la toilette.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serrage de vis covidien&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si la perspective du placement en institution n'a jamais fait r&#234;ver Esther et Jean, il y a peu de chances que la crise sanitaire les fasse changer d'avis : ind&#233;niablement, la gestion de l'&#233;pid&#233;mie de Covid-19 a accru la restriction des libert&#233;s pour les r&#233;sidents d'Ehpad, priv&#233;s d'espaces communs pour &#233;viter les contaminations. &#171; &lt;i&gt;Le droit &#224; la vie, &#224; la sant&#233; morale et le principe de sauvegarde de la dignit&#233; humaine ont &#233;t&#233; oubli&#233;s au profit relatif d'un sommaire droit &#224; la sant&#233;&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tait indign&#233; le collectif Alliance R&#233;sidents Proches, dans une tribune publi&#233;e par &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; en juin dernier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au printemps, quand elles n'&#233;taient pas carr&#233;ment interdites, les visites des familles se sont souvent faites sans aucun contact physique, &#224; travers une vitre de Plexiglas ; surveill&#233;es et limit&#233;es un peu comme un rendez-vous au parloir d'une prison. Et pour les f&#234;tes de No&#235;l 2020, de nombreux anciens n'ont pas pu passer le r&#233;veillon avec leurs proches en raison de protocoles sanitaires des plus stricts (parfois plusieurs tests PCR et une mise en quarantaine au moment du retour en institution).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Soins b&#226;cl&#233;s et cachets&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Manque de moyens oblige, l'Ehpad est trop souvent un lieu de perte de sens o&#249; le personnel, confront&#233; &#224; des exigences de rentabilit&#233; et de productivit&#233;, est contraint de b&#226;cler les soins. Les t&#233;moignages des ravages du taylorisme qui s'y applique ne manquent d'ailleurs pas : 15 minutes pour s'occuper de la toilette, de l'habillement, du petit-d&#233;jeuner et des m&#233;dicaments d'un r&#233;sident r&#233;veill&#233; aux aurores ; une aide-soignante et une auxiliaire de vie seulement pour assurer la garde de nuit dans une structure accueillant 100 personnes &#226;g&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de restriction permanente o&#249; le personnel n'a pas le temps de prendre correctement &lt;i&gt;soin&lt;/i&gt; des r&#233;sidents, parfois d&#233;ments, angoiss&#233;s ou d&#233;pressifs, le recours &#224; la chimie est devenu une facilit&#233;. En avril 2015, &lt;i&gt;La Revue de g&#233;riatrie&lt;/i&gt; publiait les r&#233;sultats d'une large enqu&#234;te men&#233;e sur le sujet : sur plus de 35 000 r&#233;sidents d'Ehpad interrog&#233;s, environ 16 % consommaient des neuroleptiques, pr&#232;s de 48 % &#233;taient sous antid&#233;presseurs et 41,8 % &#233;taient depuis des ann&#233;es sous benzodiaz&#233;pines (Xanax et Lexomil par exemple). Et ce, en d&#233;pit des recommandations qui limitent l'usage de ces derniers &#224; 12 semaines en raison de leur toxicit&#233; et des probl&#232;mes de d&#233;pendance qu'ils occasionnent. Enfin, 16,4 % des ordonnances chroniques contenaient au moins trois psychotropes, alors que les personnes &#226;g&#233;es sont tr&#232;s expos&#233;es aux effets secondaires et aux risques des interactions m&#233;dicamenteuses. Un argument de plus pour Jean et Esther ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les employ&#233;s aussi r&#233;sistent&lt;/h3&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale des grands m&#233;dias, &#224; Artix, en B&#233;arn, le 18 d&#233;cembre 2020, les salari&#233;s de l'Ehpad &lt;i&gt;Les Jardins d'Iroise&lt;/i&gt; ont entam&#233; une gr&#232;ve. Quelques jours auparavant, les personnels d'&#233;tablissements situ&#233;s &#224; Boll&#232;ne (Vaucluse) et Veynes (Hautes-Alpes) avaient eux aussi engag&#233; un bras de fer avec leur direction. Les applaudissements aux fen&#234;tres ne sont plus qu'un vague souvenir et les promesses institutionnelles ont un go&#251;t amer : pr&#233;sent&#233; en 2006, le plan gouvernemental &#171; Solidarit&#233; grand &#226;ge &#187; avait promis une augmentation importante du personnel des Ehpad. Depuis, les ARH (Agences r&#233;gionales de l'hospitalisation), suivies des ARS (Agences r&#233;gionales de sant&#233;, cr&#233;&#233;es en 2010), ont surtout trac&#233; les jalons de la marchandisation du soin, notamment via le d&#233;veloppement significatif du secteur priv&#233; et des m&#233;canismes de concurrence. D&#233;sormais, cinq grands groupes (Korian, Orpea, DomusVi, Colis&#233;e et Domidep) poss&#232;dent &#224; eux seuls pr&#232;s de 900 &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Direction de la recherche, des &#233;tudes, de l'&#233;valuation et des statistiques (il s'agit de l'enqu&#234;te &#171; EHPA 2000 &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Ces milliers de personnes secourues t'aident &#224; tenir &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans Ce matin la mer est calme, Antonin Richard raconte son exp&#233;rience de marin-sauveteur en M&#233;diterran&#233;e centrale, zone privil&#233;gi&#233;e des migrations maritimes de fortune. Un t&#233;moignage puissant, sur lequel il revient ici, via ce second et dernier volet d'un &#233;tat des lieux du sauvetage et de sa criminalisation publi&#233; dans le num&#233;ro 194 de CQFD (janvier 2021). Au fil des pages d&#233;filent les noms. Le Sea-Watch 2. Le Prudence. Le Sea-Watch 3. L'Aquarius. L'Ocean Viking... En quelques ann&#233;es, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no194-janvier-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;194 (janvier 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vie" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/mer" rel="tag"&gt;mer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sauvetage" rel="tag"&gt;sauvetage&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/souvent" rel="tag"&gt;souvent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;Ce matin la mer est calme&lt;/i&gt;, Antonin Richard raconte son exp&#233;rience de marin-sauveteur en M&#233;diterran&#233;e centrale, zone privil&#233;gi&#233;e des migrations maritimes de fortune. Un t&#233;moignage puissant, sur lequel il revient ici, via ce second et dernier volet d'un &#233;tat des lieux du sauvetage et de sa criminalisation publi&#233; dans le num&#233;ro 194 de CQFD (janvier 2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3535 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1688-b888f.jpg?1779620015' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration d'Antonin Malchiodi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au fil des pages d&#233;filent les noms. Le &lt;i&gt;Sea-Watch 2&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;Prudence&lt;/i&gt;. Le &lt;i&gt;Sea-Watch 3&lt;/i&gt;. L'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt;. L'&lt;i&gt;Ocean Viking&lt;/i&gt;... En quelques ann&#233;es, de 2016 &#224; aujourd'hui, Antonin Richard a foul&#233; le pont de nombreux navires sillonnant la M&#233;diterran&#233;e. Leur particularit&#233; ? Tous &#233;taient affr&#233;t&#233;s par des organisations cherchant &#224; porter secours aux embarcations d'exil&#233;&#183;es en d&#233;tresse sur la Grande Bleue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de &lt;i&gt;Ce matin la mer est calme&lt;/i&gt; (Les &#201;taques, 2020&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), Antonin raconte qu'il a d&#233;couvert son boulot de marin-sauveteur sur le tas. Jeune Lillois vivant en squat, militant &#224; Greenpeace, ayant appris &#224; naviguer sur la Manche avec le p&#232;re d'une amie, il se retrouve propuls&#233; au c&#339;ur du chaos, d'abord sur l'&#238;le grecque de Lesbos, puis au large de la Libye. Son premier sauvetage en M&#233;diterran&#233;e centrale est une claque : &#171; &lt;i&gt;Plus de 170 personnes s'entassent sur ce bout de plastique pourri. &#187;&lt;/i&gt; Par la suite, br&#251;lure au fer rouge, il y a les &#233;pisodes qui d&#233;rapent, les arriv&#233;es trop tardives, les cadavres boursoufl&#233;s d'eau...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet entretien, il revient sur un pan m&#233;connu de ces missions : le quotidien des femmes et hommes palliant l'incurie europ&#233;enne et les conditions concr&#232;tes des sauvetages. Tout sauf un long fleuve tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On se repr&#233;sente mal l'organisation r&#233;gnant sur ces bateaux de sauvetage. Comment se r&#233;partissent les t&#226;ches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela d&#233;pend de l'organisation avec laquelle tu pars. Et &#231;a a &#233;volu&#233; avec le temps. Il y a par exemple moins de b&#233;n&#233;voles qu'en 2016. En quatre ans, un certain savoir-faire s'est &#233;tabli en mati&#232;re de &#8220;sauvetage de masse&#8221;. M&#234;me s'il y a eu beaucoup de &lt;i&gt;turn-&lt;/i&gt; &lt;i&gt;over&lt;/i&gt;, c'est devenu un &#8220;milieu&#8221; avec des gens qui reviennent et moins de nouveaux arrivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les r&#244;les, &#231;a d&#233;pend des comp&#233;tences de chacun et chacune, des envies et de l'exp&#233;rience. Moi, je me suis &#8220;sp&#233;cialis&#233;&#8221; comme pilote de canot rapide, et c'est le poste que j'occupe en g&#233;n&#233;ral. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment cohabitez-vous au quotidien sur le bateau ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Rien de tr&#232;s original pour qui a v&#233;cu un confinement : on est une vingtaine d'individus divers cohabitant pendant une p&#233;riode allant jusqu'&#224; deux mois sur une coquille d'acier de quelques centaines de m&#232;tres carr&#233;s, souvent dans des cabines doubles qui ne d&#233;passent pas les 6 m&#178;. Sauf que tout cela se passe au milieu de la M&#233;diterran&#233;e. Autant dire qu'il y a &#224; la fois des tensions et des moments de d&#233;tente, sachant que ces derniers sont rares et que les rotations sont intenses. Apr&#232;s, il r&#232;gne un fort sentiment de camaraderie, parce qu'on sait tous pourquoi on est l&#224; : on partage la m&#234;me envie et la m&#234;me d&#233;termination. &#199;a donne un socle commun, qui permet de vite se faire confiance et d'agir en groupe soud&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant que les d&#233;barquements sont devenus compliqu&#233;s, entre politique ferm&#233;e des &#201;tats europ&#233;ens et crise du Covid (qui n'est qu'un pr&#233;texte de plus pour ralentir les bateaux de sauvetage civils), on passe beaucoup de temps &#224; attendre avec les personnes secourues &#224; bord. C'est souvent intense et tr&#232;s fatigant. L'incertitude et le manque de sommeil sont des sources de tensions, pour les &#233;quipes de sauvetage comme pour les personnes secourues. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton r&#244;le est g&#233;n&#233;ralement de piloter le Zodiac qui r&#233;cup&#232;re les rescap&#233;s avant de les convoyer sur le &#171; vaisseau- m&#232;re &#187;. Tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;Le sauvetage est beaucoup affaire de psychologie, de contr&#244;le des foules, et m&#234;me de th&#233;&#226;tre&lt;/i&gt;... &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, quand tu arrives sur un sauvetage, il faut que les gens soient vite r&#233;ceptifs, qu'ils et elles se calment, que tu puisses les r&#233;cup&#233;rer sans que &#231;a ne tourne au vinaigre. Il s'agit donc de poser un cadre fort qui passe par notre attitude, nos paroles et nos gestes. Imagine-toi en train de gal&#233;rer sur un canot pneumatique de merde, compl&#232;tement surcharg&#233;, en haute mer, parfois depuis des jours. Si tu vois arriver des gens qui t'inspirent confiance, qui sont rassurants sans &#234;tre d&#233;contract&#233;s, directifs sans &#234;tre m&#233;chants et qui ont l'air de savoir ce qu'il faut faire, tu te calmes, tu les &#233;coutes et tu fais ce qu'ils disent. Autrement la panique s'installe et tout le monde s'agite. Ce qui peut mener &#224; des situations o&#249; des gens sont &#233;cras&#233;s par des mouvements de foule ou tombent en nombre &#224; l'eau, le plus souvent sans gilet de sauvetage et sans savoir nager. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains moments que tu d&#233;cris sont v&#233;ritablement infernaux. Par exemple cette nuit o&#249; un bateau des gardes-c&#244;tes libyens coule volontairement une embarcation de plus de cent personnes. &#171; &lt;i&gt;Dans la nuit noire, je me guide aux plaintes et aux cris&lt;/i&gt; &#187;, &#233;cris-tu. Comment garde-t-on son calme dans ces circonstances ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu ne le gardes pas toujours. Mais &#231;a se &#8220;travaille&#8221; par l'exp&#233;rience. D&#233;j&#224;, il faut savoir que ton corps r&#233;agit aux situations de stress intense. Tu prends une mont&#233;e d'adr&#233;naline, ton c&#339;ur acc&#233;l&#232;re ses battements, ta vision se resserre, etc. Or, il est possible de &#8220;ma&#238;triser&#8221; ce stress, de contr&#244;ler ta respiration et t'obliger &#224; balayer ce qui t'entoure. Avec l'exp&#233;rience, tu apprends &#224; prendre de la distance sur les situations de merde quand elles arrivent, ce qui te permet d'analyser et de r&#233;agir au mieux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au fil des pages reviennent progressivement des phrases indiquant ton &#233;tat mental chancelant. &#171; &lt;i&gt;Je suis en &#233;tat de choc&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Il va falloir tenir&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;J'ai perdu la notion des jours&lt;/i&gt; &#187;... Et pourtant tu as rempil&#233; plusieurs fois. Comment tenir sur le long terme ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette question m'a pr&#233;occup&#233; assez vite. Au d&#233;but, j'ai eu une esp&#232;ce d'euphorie. C'est bizarre, mais l'intensit&#233; des sauvetages au large de Lesbos m'a d'abord donn&#233; beaucoup d'&#233;nergie. D&#233;couvrir que tu peux &#8220;sauver&#8221; un autre &#234;tre humain de la mort est une sensation tr&#232;s forte. De m&#234;me, c'est puissant de se d&#233;placer dans ce milieu sauvage qu'est la mer, de ne pas subir et d'aider des personnes en gal&#232;re. On y trouve du sens, &#231;a motive et &#231;a donne envie de continuer. Au fur et &#224; mesure, j'ai par contre &#233;t&#233; confront&#233; &#224; des situations qui nous &#233;chappaient, o&#249; je me suis retrouv&#233; impuissant, face aux gardes-c&#244;tes libyens, face &#224; la noyade et &#224; la mort. Reste que tes citations correspondent &#224; des &#233;pisodes pr&#233;cis et ne concernent pas la majorit&#233; des sauvetages auxquels j'ai particip&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le fait que la situation g&#233;n&#233;rale est d&#233;gueulasse, les gouvernements europ&#233;ens laissant sciemment des personnes d'Afrique et du Moyen-Orient se noyer &#224; nos fronti&#232;res ou se faire renvoyer de force en Libye, les sauvetages se passent souvent bien. Heureusement d'ailleurs, car sinon cela questionnerait fortement la pertinence de ce qu'on fait. J'ai toujours en t&#234;te qu'en quatre ans j'ai particip&#233; au sauvetage de plusieurs milliers de personnes tandis que cinq sont mortes pendant des op&#233;rations auxquelles je participais. Je suis bien conscient que des milliers d'autres se sont noy&#233;es bien loin des regards, dont le mien, mais ces milliers de personnes secourues t'aident &#224; tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement garder ma &#8220;vie principale&#8221; &#224; terre a &#233;t&#233; une chose importante pour pouvoir continuer &#224; faire du sauvetage au large de la Libye. C'est-&#224;-dire mod&#233;rer la place que &#231;a prend dans ma vie. Ce n'est pas simple, parce que &#231;a occupe tr&#232;s rapidement beaucoup de place et qu'on peut se retrouver &#224; passer plus de temps en mer qu'&#224; terre. La vie ne s'arr&#234;te pas quand tu embarques et il y a le risque de perdre le fil de ta vie sociale, de d&#233;crocher de ton quotidien, ce qui est assez dangereux pour la sant&#233; mentale. Pour le reste, continuer de profiter de tout ce qui fait que la vie vaut d'&#234;tre v&#233;cue t'aide &#224; tenir. Mais il n'y a pas de recette magique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vis-tu votre impuissance actuelle et les d&#233;cisions criminelles de l'Europe, avec aucun bateau sur zone en M&#233;diterran&#233;e centrale au moment de cet entretien ? Une riposte se pr&#233;pare ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'attends rien de l'Europe en tant qu'institution ni des gouvernements des pays qui la composent. Je ne suis pas s&#251;r qu'on puisse parler de &#8220;riposte&#8221;, puisqu'on n'a jamais arr&#234;t&#233; de se battre. Des bateaux sont sur le point de prendre la mer. Et quand ceux-ci seront bloqu&#233;s il y en aura d'autres pour repartir. On n'abandonne pas un engagement comme celui-l&#224;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien est le second volet d'un &#233;tat des lieux en deux parties sur le sauvetage en mer et sa criminalisation. La premi&#232;re partie est &#224; lire ici : &#034;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Bras-de-fer-en-Mediterranee&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bras de fer en M&#233;diterran&#233;e&lt;/a&gt;&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3536 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1689.jpg' width=&#034;493&#034; height=&#034;744&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#201;cologie libertaire ou d&#233;solation</title>
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		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Cap sur l'utopie !</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Si vous n'avez pas profit&#233; du confinement pour faire le plein de lectures s&#233;ditieuses grisantes invitant &#224; refa&#231;onner le monde, il vous reste les d&#233;rives des mois d'&#233;t&#233; pour vous rattraper, mille marmites ! Si vous n'avez pas profit&#233; du confinement pour faire le plein de lectures s&#233;ditieuses grisantes invitant &#224; refa&#231;onner le monde, il vous reste les d&#233;rives des mois d'&#233;t&#233; pour vous rattraper, mille marmites ! &#201;cologie ou catastrophe. La vie de Murray Bookchin de Janet Biehl (&#233;d. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Cap-sur-l-utopie" rel="tag"&gt;Cap sur l'utopie !&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si vous n'avez pas profit&#233; du confinement pour faire le plein de lectures s&#233;ditieuses grisantes invitant &#224; refa&#231;onner le monde, il vous reste les d&#233;rives des mois d'&#233;t&#233; pour vous rattraper, mille marmites !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si vous n'avez pas profit&#233; du confinement pour faire le plein de lectures s&#233;ditieuses grisantes invitant &#224; refa&#231;onner le monde, il vous reste les d&#233;rives des mois d'&#233;t&#233; pour vous rattraper, mille marmites !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#201;cologie ou catastrophe. La vie de Murray Bookchin&lt;/i&gt; de Janet Biehl (&#233;d. L'Amourier). Accus&#233; dans les ann&#233;es soixante de tirer des plans sur la com&#232;te, autrement dit de n'&#234;tre qu'un utopiste, le tribun insurg&#233; Bookchin (1921-2006) r&#233;pliqua avec panache : &#171; &lt;i&gt;Oui, je suis un utopiste. Mais l'utopie est devenue indispensable au maintien de la vie sur Terre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; La palpitante biographie &#233;crite par sa s&#339;ur d'armes et de nuits c&#226;lines, Janet, raconte avec une belle verve comment le gaillard fonda l'&#233;cologie sociale et la mit cr&#226;nement en &#339;uvre &#224; travers les premi&#232;res exp&#233;riences de municipalisme libertaire &#8211; dont l'objectif rus&#233; &#233;tait de conqu&#233;rir &#231;&#224; et l&#224; le pouvoir pour y renoncer aussi sec en le refilant &#224; des assembl&#233;es chouettes de citoyens mutin&#233;s crachant sur les rapports de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revigorante aussi, &lt;i&gt;Agir ici et maintenant&lt;/i&gt; (&#233;d. du Commun), l'&#233;tude fouill&#233;e de l'anarcho-syndicaliste ib&#233;rique Flor&#233;al Romero sur la fa&#231;on dont Bookchin a inspir&#233; les combats en Andalousie, au Chiapas ou au Rojava pour une soci&#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;joyeuse, libre, juste&lt;/i&gt; &#187; n'excluant aucune forme d'espi&#232;glerie offensive. C'est ainsi que dans sa jeunesse new-yorkaise frondeuse, il arriva que Murray, affrontant la police &#224; cheval dans une manif non autoris&#233;e, soit embarqu&#233; avec des camarades dans des &lt;i&gt;Black Maria&lt;/i&gt; (fourgons policiers) puis jet&#233; dans une grande cellule du &#171; Manhattan Detention Complex &#187;. Et qu'il &#233;trenne pour lors un efficace moyen d'&#234;tre v&#233;locement lib&#233;r&#233; : la pissade collective au nez et &#224; la barbe des cognedurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, le festival Bookchin continue avec deux textes cl&#233;s de notre agitateur allum&#233;. &lt;i&gt;L'&#201;cologie sociale&lt;/i&gt; (&#233;d. Wildproject) et &lt;i&gt;Changer sa vie sans changer le monde&lt;/i&gt; (&#233;d. Agone) dont la foudroyante force de frappe se cristallise dans un dilemme fort &#224; l'ordre du jour : &#171; &lt;i&gt;Faisons l'impossible sinon nous aurons l'impensable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; fourrer &#233;galement dans sa gibeci&#232;re de vacances : &lt;i&gt;Les Villes imaginaires &lt;/i&gt;de l'essayiste irlandais Darran Anderson (&#233;d. Inculte). Dans le chapitre sur les &#171; &lt;i&gt;cit&#233;s alchimiques&lt;/i&gt; &#187;, on trouve quelques plans excitants de &#171; &lt;i&gt;villes flottantes&lt;/i&gt; &#187; dessin&#233;es par l'architecte iconoclaste Herman S&#246;rgel dans les ann&#233;es 1920 qui auraient permis de &#171; &lt;i&gt;s'enfoncer par bateau dans un Sahara luxurieux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aussi une &lt;i&gt;Cit&#233; aux mains fertiles&lt;/i&gt; de B&#233;atrice Barras (&#233;d. Repas) qui retrace guillerettement un &#171; &lt;i&gt;saut dans l'inconnu&lt;/i&gt; &#187; collectif &#224; Valence, dans la Dr&#244;me. Y a une trentaine d'ann&#233;es, on r&#233;nove une cour, on installe un atelier de tricotage, on cultive des jardins au pied d'immeubles, on diss&#233;mine une vingtaine de ruches et on m&#233;tamorphose le quartier lugubre de Fontbarlettes en &#171; &lt;i&gt;r&#234;ve devenant r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; &#187; o&#249; le &#171; &lt;i&gt;savoir-vivre ensemble&lt;/i&gt; &#187; va prendre un tour innovant. Et festif. Et politique. Sur la base de &#171; &lt;i&gt;nul n'est nul&lt;/i&gt; &#187;, de viva la &#171; &lt;i&gt;recherche-action&lt;/i&gt; &#187;, les conseils de jardins anarchisants, les frayements de chemins insolites, les floraisons de rencontres piquantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans oublier ma grandiose obsession estivale : la r&#233;&#233;dition aux Presses du r&#233;el et chez Stock du plus &#233;pastrouillant br&#251;lot de tous les temps, &lt;i&gt;Le Nouveau Monde amoureux&lt;/i&gt; de Charles Fourier : &#171; &lt;i&gt;C'est en vaquant &#224; nos plaisirs pr&#233;sents qu'on travaille le mieux pour l'avenir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;No&#235;l Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>D&#233;serter le sexe</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Deserter-le-sexe</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Deserter-le-sexe</guid>
		<dc:date>2020-07-20T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Pole Ka</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>vie</dc:subject>
		<dc:subject>sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>sexuelle</dc:subject>
		<dc:subject>Plaisir</dc:subject>
		<dc:subject>j'avais</dc:subject>
		<dc:subject>choix</dc:subject>
		<dc:subject>sexe</dc:subject>
		<dc:subject>vraiment</dc:subject>
		<dc:subject>Alors j'ai</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le sexe est-il un besoin, au m&#234;me titre que boire, manger, respirer ou dormir ? Pourquoi a-t-on si souvent l'impression que notre vie est foutue lorsque l'on n'a plus de sexualit&#233; partag&#233;e pendant un temps ? Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'injonction &#224; baiser est constante, certaines personnes ne ressentent pas ou plus d'attirance sexuelle pour les autres. T&#233;moignage de l'une d'elles. Il y a les personnes qui n'ont jamais eu envie. Celles qui ont renonc&#233;, par lassitude ou &#224; la suite d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/sexuelle" rel="tag"&gt;sexuelle&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Alors-j-ai" rel="tag"&gt;Alors j'ai&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le sexe est-il un besoin, au m&#234;me titre que boire, manger, respirer ou dormir&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le psychologue am&#233;ricain Abraham Maslow a th&#233;oris&#233;, dans les ann&#233;es 1940, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ? Pourquoi a-t-on si souvent l'impression que notre vie est foutue lorsque l'on n'a plus de sexualit&#233; partag&#233;e pendant un temps ? Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'injonction &#224; baiser est constante, certaines personnes ne ressentent pas ou plus d'attirance sexuelle pour les autres. T&#233;moignage de l'une d'elles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3399 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH621/-1584-85166.jpg?1779603724' width='400' height='621' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pole Ka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a les personnes qui n'ont jamais eu envie. Celles qui ont renonc&#233;, par lassitude ou &#224; la suite d'un traumatisme. Celles qui en ont fait un choix politique. Celles qui...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'&#234;tre &#171; asexuel &#187; ? Il y a, &#233;videmment, autant de mani&#232;res de vivre l'absence de sexualit&#233; partag&#233;e qu'il existe de personnes concern&#233;es. Mais quelques conceptions dominent tout de m&#234;me. &#192; commencer par celle de l'Association pour la visibilit&#233; sexuelle (Ava), qui d&#233;finit l'asexualit&#233; comme &#171; &lt;i&gt;une orientation sexuelle&lt;/i&gt; &#187;, au m&#234;me titre que l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; ou l'homosexualit&#233; par exemple. Selon l'Ava, l'asexualit&#233; est &#171; &lt;i&gt;le fait de ne pas ressentir d'attirance sexuelle&lt;/i&gt; &#187; pour autrui &#8211; un concept &#224; distinguer de l'abstinence qui, elle, serait un choix. D'autres personnes, au contraire, voient clairement leur asexualit&#233; comme le fruit d'une d&#233;cision. Une d&#233;cision parfois motiv&#233;e par le refus du syst&#232;me de valorisation qui accompagne la sexualit&#233; : le triptyque fumeux du &#171; Si tu es baisable, tu es valoris&#233;, donc &#233;panoui &#187;. Un choix politique donc, qui peut aussi reposer sur le rejet des normes physiques et comportementales que v&#233;hicule le sexe, voire sur une critique de l'hypersexualisation publicitaire des corps. Un choix, enfin, qui provient parfois d'une lassitude face &#224; la place d&#233;mesur&#233;e que prend souvent ce sujet dans nos t&#234;tes, dans nos vies et dans nos relations sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plong&#233;e dans la trajectoire particuli&#232;re d'une personne asexuelle.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne sais pas si j'ai compl&#232;tement choisi mon asexualit&#233;. Depuis toute gamine, je n'ai jamais eu de r&#233;el attrait pour le sexe. &#192; neuf ans, j'avais d&#233;j&#224; des formes, des seins et mes r&#232;gles. Surtout, j'avais d'&#233;normes douleurs dans le bas-ventre. J'ai bient&#244;t cinquante ans, et l'ann&#233;e derni&#232;re, on m'a enfin diagnostiqu&#233; une endom&#233;triose&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maladie gyn&#233;cologique caus&#233;e par la pr&#233;sence de cellules de l'endom&#232;tre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le fait de m'&#234;tre construite avec un corps douloureux &#8211; notamment dans la zone p&#233;rin&#233;ale &#8211; a clairement jou&#233; sur ma sexualit&#233;. La p&#233;n&#233;tration me faisait hyper mal. Pendant tr&#232;s longtemps, j'ai pens&#233; que c'&#233;tait juste psychologique, que je n'&#233;tais pas assez excit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, j'ai toujours dissoci&#233; ma sexualit&#233; : je ne pouvais pas coucher avec les personnes dont j'&#233;tais vraiment amoureuse, et il ne m'&#233;tait pas possible de tomber amoureuse de celles avec qui je couchais. La seule fois de ma vie o&#249; les deux ont failli concorder, la personne m'a viol&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; J'ai fait comme tout le monde &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me si je m'emmerdais s&#233;v&#232;re dans ma sexualit&#233;, j'ai compris que le sexe &#233;tait un outil de sociabilisation. Alors j'ai fait comme tout le monde. Dans ma vingtaine, je couchais avec plein de gars. Au d&#233;but d'Internet, il y a m&#234;me un moment o&#249; j'ai monnay&#233; &#231;a pour vivre. La mis&#232;re sexuelle que j'ai rencontr&#233;e l&#224;-dedans m'a pas mal d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Et puis la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro me paraissait un peu path&#233;tique : ce truc de &#8220;papa dans maman&#8221;, les pr&#233;liminaires qu'on ne consid&#232;re pas comme une sexualit&#233; &#224; part enti&#232;re. J'avais l'impression que certains de mes potes homos avaient une sexualit&#233; bien plus lib&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde parle de sexe tout le temps. Donc, oui, quelque part, j'attendais une r&#233;v&#233;lation. Je pensais qu'il manquait quelque chose &#224; ma vie si je ne connaissais pas de plaisir dans ma sexualit&#233;, et le dit &#8220;orgasme&#8221;. Maintenant, avec le recul, quand j'entends les gens parler de leur vie sexuelle, je me rends compte qu'il y a assez peu de personnes qui se sentent vraiment &#233;panouies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque-l&#224;, j'ai quand m&#234;me continu&#233; &#224; chercher : je me suis mise &#224; partager ma sexualit&#233; avec des filles, plut&#244;t des &lt;i&gt;butches&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les butches sont des lesbiennes qui adoptent des comportements, des allures, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, mais &#231;a ne marchait pas mieux. Et puis j'ai rencontr&#233; des personnes trans, et j'&#233;tais heureuse de pouvoir rencontrer des corps diff&#233;rents. Mais rien n'y faisait, je n'avais toujours pas de r&#233;el plaisir sexuel. Je me suis dit que le probl&#232;me ne venait peut-&#234;tre ni des hommes ni des femmes. Alors je me suis tourn&#233;e vers d'autres pratiques, notamment le BDSM&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bondage, discipline, sadomasochisme.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. En th&#233;orie, c'est int&#233;ressant pour les personnes qui ont v&#233;cu des violences sexuelles, &#231;a permet de travailler le consentement. Mais dans les endroits o&#249; je l'ai pratiqu&#233;, j'en ai vite vu les limites. L'oppression syst&#233;mique dont sont victimes les femmes me semble compliqu&#233;e &#224; d&#233;passer, m&#234;me dans ce genre de pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, rien ne me faisait vraiment monter au plafond. J'avais plus de shoot de plaisir avec du sucre ou de la drogue qu'avec le cul. Je n'ai s&#251;rement pas rencontr&#233; les bonnes personnes au bon moment, notamment &#224; l'adolescence. Et puis je crois que j'aurais aim&#233; qu'on m'explique que la sexualit&#233; n'est pas forc&#233;ment p&#233;n&#233;trative. Finalement, je me suis dit que cette qu&#234;te du plaisir et de l'orgasme n'&#233;tait peut-&#234;tre qu'un fantasme ou que je ne pouvais simplement pas y acc&#233;der. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La pression est retomb&#233;e &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;{{}}&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; M&#234;me si j'ai eu toutes ces exp&#233;riences, je crois que dans le fond, le sexe ne m'a jamais vraiment int&#233;ress&#233;e. Mais je ne trouvais pas le d&#233;clic pour arr&#234;ter. En fait, il n'y a pas un &lt;i&gt;jour&lt;/i&gt; o&#249; j'ai d&#233;cid&#233; d'&#234;tre asexuelle. J'ai juste fait le constat que c'&#233;tait beaucoup trop d'&#233;nergie et de complications, pour trop peu de choses agr&#233;ables. Et il y a clairement une pression qui est retomb&#233;e quand j'ai arr&#234;t&#233; d'avoir une sexualit&#233;. Arriv&#233;e &#224; mon &#226;ge, je sens qu'on est quelques-unes &#224; faire ce choix parce que nos v&#233;cus de femmes n'ont pas &#233;t&#233; tr&#232;s simples. Qu'&#224; presque 50 ans, tu n'es plus sur le &#8220;march&#233;&#8221;, et je n'ai plus envie de jouer avec ces codes. Je consid&#232;re aussi que ce besoin de sexualit&#233; est tr&#232;s culturel, que c'est aussi un instrument patriarcal qui nous ram&#232;ne sans cesse, en tant que femme, sur le terrain de la reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas l'impression d'avoir un manque. Je regrette parfois ce shoot que certaines personnes disent ressentir avec le sexe. Je suis masseuse et j'adore vraiment &#231;a. Pour moi, ce plaisir du massage est finalement bien plus intense que ce que j'ai ressenti quand j'avais une vie sexuelle. Et puis quand je ressens un manque affectif, je me rem&#233;more toutes les complications que mes relations engendraient, et je me sens mieux dans mon choix de couper avec tout &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, je voudrais du sexe fluide et simple, sans enjeu affectif. C'est presque comme croire au prince charmant. J'ai bien compris que &#231;a n'existe pas, alors j'ai choisi de d&#233;serter. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par C&#233;cile Kiefer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le psychologue am&#233;ricain Abraham Maslow a th&#233;oris&#233;, dans les ann&#233;es 1940, la fumeuse et d&#233;sormais controvers&#233;e &#171; pyramide des besoins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maladie gyn&#233;cologique caus&#233;e par la pr&#233;sence de cellules de l'endom&#232;tre (muqueuse de l'ut&#233;rus) en dehors de l'ut&#233;rus. D'apr&#232;s l'Inserm, l'endom&#233;triose touche environ 10 % des femmes et 40 % de celles qui souffrent de douleurs chroniques dans le bas du ventre. Parfois asymptomatique, elle peut aussi provoquer d'intenses douleurs et entra&#238;ner une infertilit&#233;. Elle est souvent diagnostiqu&#233;e tr&#232;s tardivement, des ann&#233;es apr&#232;s l'apparition des premiers sympt&#244;mes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les &lt;i&gt;butches&lt;/i&gt; sont des lesbiennes qui adoptent des comportements, des allures, des occupations et/ou un habillement associ&#233;s aux hommes dans la culture occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bondage, discipline, sadomasochisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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