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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>M&#233;diterran&#233;e : d'une rive &#224; l'autre, faire la nique &#224; la mort</title>
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		<dc:date>2018-11-22T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Des membres de Lounapo et de Primitivi</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;21 mars. Sous une neige aussi abondante qu'inattendue, l'Albatros II largue les amarres et quitte le Vieux-Port de Marseille, direction la Tunisie. L'association Lounapo prend le large, invit&#233;e par des membres tunisiens du r&#233;seau Alarmphone pour animer des ateliers de s&#233;curit&#233; en mer. En voici un journal de bord &#233;crit et dessin&#233;. *** L'id&#233;e est simple : transmettre des connaissances maritimes et m&#233;t&#233;orologiques, dans l'espoir de rendre les tentatives de travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;21 mars. Sous une neige aussi abondante qu'inattendue, l'&lt;i&gt;Albatros II&lt;/i&gt; largue les amarres et quitte le Vieux-Port de Marseille, direction la Tunisie. L'association Lounapo&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association marseillaise qui s'est donn&#233; pour objet &#171; la cr&#233;ation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; prend le large, invit&#233;e par des membres tunisiens du r&#233;seau Alarmphone&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Organisation internationale qui g&#232;re une ligne t&#233;l&#233;phonique d'urgence, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour animer des ateliers de s&#233;curit&#233; en mer. En voici un journal de bord &#233;crit et dessin&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH522/-915-e4f88.jpg?1768663019' width='400' height='522' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e&lt;/strong&gt; est simple : transmettre des connaissances maritimes et m&#233;t&#233;orologiques, dans l'espoir de rendre les tentatives de travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e moins p&#233;rilleuses. Primitivi, collectif de documentaristes, s'est associ&#233; &#224; Lounapo dans cette aventure : deux de ses membres embarquent pour r&#233;aliser un film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, pendant pr&#232;s de deux mois, une vingtaine de personnes se relaient sur l'&lt;i&gt;Albatros II&lt;/i&gt;, exp&#233;rimentant la vie commune dans un espace mouvant et restreint &#8211; pas tous en m&#234;me temps, heureusement ! Les premiers jours, c'est un &#233;quipage de huit marin.e.s plus ou moins aguerri.e.s qui affronte une houle venant chatouiller le fond des tripes. Avaries, man&#339;uvres et coups de barre se succ&#232;dent au long des deux semaines que dure la travers&#233;e vers la Tunisie.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; Zarzis, les p&#234;cheurs en premi&#232;re ligne&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;t&#233; dernier, G&#233;n&#233;ration identitaire et ses homologues fachos europ&#233;ens avaient affr&#233;t&#233; un navire, avec pour objectif d'emp&#234;cher les actions de sauvetage des migrant.e.s. Mais apr&#232;s quelques ronds dans l'eau, de multiples rebondissements et une grosse avarie, le &lt;i&gt;C-Star&lt;/i&gt; et ses passagers &#233;taient rapidement devenus la ris&#233;e du bassin m&#233;diterran&#233;en. En Gr&#232;ce comme en Tunisie, on se mobilisait pour les emp&#234;cher d'accoster. &#192; Zarzis, les p&#234;cheurs leur ont interdit l'acc&#232;s au port, les privant ainsi de ravitaillement et des r&#233;parations n&#233;cessaires. Le &lt;i&gt;C-Star&lt;/i&gt; avait alors d&#233;riv&#233; lamentablement, perdant plusieurs semaines, avant que les identitaires ne se d&#233;cident &#224; quitter le navire, en abandonnant l'&#233;quipage sans vivres ni moteur en pleine mer&#8230; Ce sont ces m&#234;mes p&#234;cheurs de Zarzis qui forment le comit&#233; d'accueil attendant l'&lt;i&gt;Albatros II&lt;/i&gt; &#224; son arriv&#233;e au port. Pour le petit voilier, ils trouvent une place entre deux chalutiers. Et pour les arrivants, quelques sardines &#224; griller : l'hospitalit&#233;, en Tunisie, &#231;a ne rigole pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au sud de la c&#244;te tunisienne, la ville de Zarzis se trouve &#224; quelque 80 kilom&#232;tres de la fronti&#232;re avec la Libye : un point chaud sur la carte des routes migratoires. C'est tout pr&#232;s d'ici que des embarcations de fortune prennent r&#233;guli&#232;rement la mer pour tenter de rejoindre Lampedusa ou la Sicile. Trop souvent, c'est aussi sur cette c&#244;te que les noy&#233;s s'&#233;chouent, pouss&#233;s par le vent ou les courants marins. Les p&#234;cheurs sont en premi&#232;re ligne : r&#233;guli&#232;rement, ils sauvent de la noyade les passagers de bateaux pneumatiques surcharg&#233;s. Il arrive aussi qu'il soit trop tard et qu'il n'y ait que des corps &#224; rapatrier. &#171; &lt;i&gt; &#199;a fait quinze ans que &#231;a dure, &lt;/i&gt;raconte Chamseddine Bourassine, pr&#233;sident de l'Association des marins-p&#234;cheurs. &lt;i&gt;Nous nous sommes donc organis&#233;s pour former au sauvetage tous les p&#234;cheurs de l'association &#8211; plus de mille personnes, tous &#226;ges confondus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chamseddine est un type sto&#239;que, qui s'emporte parfois, mais reste d'un calme froid lorsqu'il &#233;voque les lacunes de l'&#201;tat tunisien : &#171; &lt;i&gt;Nous avons le sentiment de faire le travail des garde-c&#244;tes,&lt;/i&gt; explique-t-il. &lt;i&gt;Voir des morts, sauver des femmes enceintes, trouver des b&#233;b&#233;s morts, ce n'est pas notre travail. On a tendu la main pour sauver des vies... Mais personne ne s'est inqui&#233;t&#233; de savoir comment on le vivait.&lt;/i&gt; &#187; Certains de ses coll&#232;gues s'&#233;nervent plus franchement &#224; l'&#233;vocation des milices libyennes, qui profitent du chaos actuel pour faire leur beurre sur le trafic d'&#234;tres humains. Et qui, &#224; l'occasion, sortent les armes, menacent, kidnappent les p&#234;cheurs tunisiens lors de leurs op&#233;rations de sauvetage et confisquent leurs bateaux, rendus ensuite contre ran&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite p&#234;che, en Tunisie comme partout, souffre de la concurrence des bateaux-usines et des fronti&#232;res de p&#234;che internationales, qui bougent toujours &#224; leur d&#233;savantage. Depuis la fin des ann&#233;es 2000, les artisans tunisiens ont ainsi vu leurs zones de p&#234;che se r&#233;duire comme peau de chagrin. La Libye voisine est hautement instable, des garde-c&#244;tes corrompus ou ob&#233;issant &#224; des factions mal identifi&#233;es contr&#244;lent de fa&#231;on agressive une zone qui s'&#233;tend bien au-del&#224; des eaux territoriales du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2016, six chalutiers sont saisis et 69 marins tunisiens emprisonn&#233;s &#224; Tripoli. Apr&#232;s leur lib&#233;ration, les p&#234;cheurs de Zarzis s'arr&#234;tent de travailler pendant 21 jours. Port bloqu&#233;, ils pressent le gouvernement d'intervenir en leur faveur. Rien n'a chang&#233; depuis. Entre la pression libyenne et une &#233;conomie mal en point, la situation est inextricable. Impossible, alors, d'en vouloir aux jeunes qui d&#233;sertent la r&#233;gion et pr&#233;f&#232;rent tenter leur chance en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Br&#251;ler les fronti&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de notre arriv&#233;e &#224; Zarzis, nous participons &#224; une manifestation. Plusieurs bateaux de p&#234;ches, accompagn&#233;s de l&lt;i&gt;'Albatros II&lt;/i&gt;, bloquent le port. On hisse la voile-banderole, les slogans contre la fermeture des fronti&#232;res et la criminalisation des migrant.e.s fusent d'une embarcation &#224; l'autre. &#171; &lt;i&gt;La M&#233;diterran&#233;e est devenue un cimeti&#232;re pour la jeunesse de nos pays, &lt;/i&gt;s'&#233;meut Hassane, militant marocain. &lt;i&gt;La premi&#232;re responsable, c'est la politique discriminatoire de l'Union europ&#233;enne en termes de libert&#233; de circulation. La situation que l'on vit aujourd'hui est catastrophique. Ce n'est pas normal de voir mourir des enfants de moins de vingt ans partis pour d&#233;couvrir le monde.&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, partir signifie litt&#233;ralement mettre le feu, se mettre le feu. &lt;i&gt;Harraga&lt;/i&gt;. Br&#251;leur de fronti&#232;res. C'est comme cela qu'on nomme celui ou celle qui tente la travers&#233;e. Tu pars car tu n'as plus rien &#224; perdre : sans avenir, tu es d&#233;j&#224; mort. Et de toutes les fa&#231;ons, partir c'est aussi mourir un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, au moins 3 119 personnes ont trouv&#233; la mort en M&#233;diterran&#233;e, dont une bonne partie dans la zone qui se trouve au large de la Libye et de la Tunisie. Et si le nombre de tentatives semble quelque peu diminuer, la dangerosit&#233; de la travers&#233;e augmente, elle, de mani&#232;re alarmante. Au mois de juin, Matteo Salvini, nouveau ministre de l'Int&#233;rieur et leader de la Ligue du Nord, d&#233;cr&#232;te la fermeture des ports italiens aux bateaux transportant des personnes secourues en mer. Depuis, la situation s'est encore aggrav&#233;e. Ce sont plus de 600 personnes qui ont trouv&#233; la mort les semaines suivantes, soit pr&#232;s de la moiti&#233; des d&#233;c&#232;s recens&#233;s depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ateliers de s&#233;curit&#233; en mer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que nous sommes invit&#233;s &#224; animer des ateliers autour du th&#232;me de la s&#233;curit&#233; en mer. En premier lieu, nous cherchons &#224; rassembler et diffuser des informations utiles, afin que les travers&#233;es se d&#233;roulent dans les meilleures conditions possibles. Nous ne sommes pas sp&#233;cialistes de ce genre de question, mais nous souhaitons confronter notre modeste exp&#233;rience de la mer &#224; celle des autres participants : candidat.e.s au d&#233;part, proches, militant.e.s, p&#234;cheurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-916-cc4e4.jpg?1768798189' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au cours de deux sessions, qui ont lieu &#224; Zarzis puis &#224; Tunis, on discute des affaires personnelles et des vivres &#224; emporter, de l'&#233;quipement id&#233;al &#224; r&#233;unir pour le bateau. On essaie aussi de transmettre des informations &#224; propos de la navigation et de l'analyse des conditions m&#233;t&#233;orologiques. Des discussions se tiennent sur la fa&#231;on de g&#233;rer les situations d&#233;licates, amplifi&#233;es en situation de travers&#233;e pr&#233;caire : mal de mer, angoisse ou panique, besoins naturels, personne &#224; la mer&#8230; Ces &#233;changes nous permettront de fabriquer une petite brochure, afin que les informations circulent le plus largement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;parant collectivement ces ateliers en amont du projet, nous avions tent&#233; d'anticiper les r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles de celles et ceux qui traversent. Mais en les confrontant &#224; chaque circonstance particuli&#232;re, nous r&#233;alisons que nous &#233;tions bien loin du compte. Les d&#233;parts depuis les c&#244;tes tunisiennes ou libyennes se font selon des modalit&#233;s tr&#232;s diff&#233;rentes suivant les personnes, leur lieu d'embarquement et leurs moyens financiers. Certaines ont la possibilit&#233; de payer le prix fort pour partir &#224; quelques-uns sur des bateaux rapides, &#233;quip&#233;s de puissants moteurs. D'autres s'entassent &#224; 150 ou 200 sur de gros bateaux en bois ou, dans le pire des cas, sur de longs Zodiacs de mauvaise qualit&#233; qui rendent la travers&#233;e extr&#234;mement dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des personnes parviennent &#224; r&#233;unir du mat&#233;riel pour le bateau, comme une VHF (radio haute fr&#233;quence) ou un t&#233;l&#233;phone satellite, tandis que d'autres ne partent qu'avec une bouteille d'eau ou un briquet. Pour se donner du courage, beaucoup de jeunes fument des joints ou boivent de l'alcool avant d'embarquer, fragilisant un peu plus des conditions de navigation d&#233;j&#224; hasardeuses. Ceux qui &#233;chouent mais en r&#233;chappent ne sont pas sortis d'affaire pour autant. Poursuivis par la justice tunisienne, ils s'exposent &#224; de lourdes amendes et &#224; des peines de prison. Ces derni&#232;res ann&#233;es, la police guette : le seul fait de se d&#233;placer avec un gilet de sauvetage peut rendre suspect et justifier des contr&#244;les.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le cimeti&#232;re des inconnus&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, Zarzis n'est qu'&#224; quelques dizaines de miles de la fronti&#232;re libyenne, zone de d&#233;parts sous tension, et les courants du golfe am&#232;nent r&#233;guli&#232;rement sur les rives tunisiennes bateaux, v&#234;tements et cadavres, par centaines chaque ann&#233;e. En 2014, 17 000 migrants au bas mot auraient disparu en mer. En Sicile, en Tunisie et au Maroc, de rares bonnes volont&#233;s r&#233;cup&#232;rent leurs corps et les enterrent dans des cimeti&#232;res invisibles, loin des villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi&#8196;eux,&#8196;Chamseddine Marzoug se bat depuis 2011 pour offrir une s&#233;pulture d&#233;cente aux personnes noy&#233;es. &#171; &lt;i&gt;C'est un travail qui doit &#234;tre fait et je suis le seul qui enterre ici,&lt;/i&gt; explique-t-il. &lt;i&gt;C'est dur, mais il ne faut pas l&#226;cher. &lt;/i&gt; &#187; Devant nous, au milieu d'une ancienne d&#233;chetterie &#224; ciel ouvert, s'&#233;tend le cimeti&#232;re des inconnus. Des centaines de tombes, fleuries et anonymes, accueillent les corps rep&#234;ch&#233;s en mer ou &#233;chou&#233;s sur le rivage. &#171; &lt;i&gt; Ce sont des gens comme nous, il faut les respecter. Ce n'est pas un crime de vouloir une vie meilleure.&lt;/i&gt; &#187; S'il s'agit d'offrir un peu de dignit&#233; et une s&#233;pulture d&#233;cente &#224; des victimes de la fermeture des fronti&#232;res, Chamseddine voit aussi dans ce cimeti&#232;re un lieu de m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-dessus d'une tombe, une &#233;pitaphe : Rose-Marie est la seule &#224; avoir retrouv&#233; un nom. Ses proches ont &#233;t&#233; &#233;mus de se recueillir sur une s&#233;pulture individuelle, un &#171; luxe &#187; refus&#233; aux migrants d&#233;c&#233;d&#233;s, souvent entass&#233;s dans des fosses communes. Redonner un peu d'humanit&#233; &#224; celles et ceux qui ont perdu la vie, &#171; &lt;i&gt; c'est notre responsabilit&#233; &#224; tous, il faut qu'on bouge&lt;/i&gt; &#187;. &#192; part le Croissant rouge, qui intervient pour rep&#234;cher les corps quand on les lui signale, aucune instance internationale ne r&#233;pond aux appels. En avril, l'euro-d&#233;put&#233;e Marie-Christine Vergiat a invit&#233; Chamseddine Marzoug &#224; s'exprimer devant le Parlement europ&#233;en &#224; Strasbourg. Comme une bouteille jet&#233;e &#224; la mer...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; Tunis, th&#233;&#226;tre-forum&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une semaine apr&#232;s les ateliers de s&#233;curit&#233; en mer, nous arrivons &#224; Tunis. Dans une gare routi&#232;re adoss&#233;e &#224; un grand cimeti&#232;re, le temps d'un caf&#233;, nous &#233;changeons avec des militants rencontr&#233;s &#224; Zarzis. Com&#233;diens du th&#233;&#226;tre de l'Opprim&#233;, ils ont travaill&#233; ensemble, Tunisiens, &lt;i&gt;harragas&lt;/i&gt; et Subsahariens, &#224; mettre en sc&#232;ne des histoires de migrants qu'ils pr&#233;sentent en pleine rue. Par la pratique du th&#233;&#226;tre-forum, accessible &#224; tous et qui fait appel &#224; la participation du public, ils abordent des th&#232;mes sociaux et politiques tels que le suicide chez les jeunes, la pauvret&#233;, l'&#233;galit&#233; des sexes, le racisme, les conflits interg&#233;n&#233;rationnels, mais aussi la question &lt;i&gt;harraga&lt;/i&gt; et les morts en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamel, com&#233;dien professionnel qui encadre le groupe, se questionne : &#171; &lt;i&gt;J'ai voulu conna&#238;tre les oppressions qui les m&#232;nent &#224; cette fin merdique, qu'ils choisissent de plein gr&#233;&#8230; Racontons l'histoire ou la fable ou le sc&#233;nario qui m&#232;ne &#224; cette fin ind&#233;sirable. Il faut que ce soit des histoires vraies des participants, des citoyens qui ont v&#233;cu ces trucs-l&#224;. &lt;/i&gt; &#187; Les jeunes qui s'engagent, issus des classes populaires ou migrants subsahariens, n'ont &#224; la base aucune notion de la sc&#232;ne, de la th&#233;&#226;tralit&#233;, mais ils sentent qu'ils parlent d'eux-m&#234;mes, de leurs amis, racontant celui qui a tent&#233; plusieurs d&#233;parts risqu&#233;s pour l'Europe et qui s'en est sorti vivant mais meurtri, celui qui n'a pas trouv&#233; de travail depuis qu'il est adulte, celle qui a perdu son fils en mer.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233; subsaharienne&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_2657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH539/-917-e123d.jpg?1768663019' width='400' height='539' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans la troupe, de jeunes Subsahariens parlent de leurs exp&#233;riences. Ils habitent ensemble en coloc dans diff&#233;rents quartiers de Tunis et y d&#233;veloppent des syst&#232;mes de d&#233;brouille et de solidarit&#233;. Certains sont &#233;tudiants, d'autres font des g&#226;ches pour survivre ou travaillent chez des Tunisiens ais&#233;s comme employ&#233;s de maison. Toutes et tous portent des histoires complexes et douloureuses, encore impr&#233;gn&#233;es de la poussi&#232;re et des embruns de leur route &#224; travers le d&#233;sert ou la mer, et vivent courageusement dans des conditions tr&#232;s pr&#233;caires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la r&#233;volution tunisienne, des progr&#232;s ont &#233;t&#233; faits au niveau de l'accueil et de leurs droits, mais l'instabilit&#233; du pays laisse un vide juridique que tentent de combler quelques ONG internationales et des associations politiques locales. L&#224;-bas, comme ici, d&#233;lit de solidarit&#233; oblige, il est ill&#233;gal d'apporter de l'aide &#224; ces populations en souffrance. Et quelle que soit leur situation, ces &#233;trangers restent tous redevables de &#171; p&#233;nalit&#233;s &#187; de s&#233;jour &#224; payer &#224; l'&#201;tat tunisien : environ 80 dinars par mois. Ces conditions ne leurs permettant pas de quitter le territoire, les p&#233;nalit&#233;s s'accumulent et les sommes deviennent vite impossibles &#224; r&#233;gler. Le salaire minimum en Tunisie est de 300 dinars (environ 140 &#8364;), mais les petits boulots mal pay&#233;s atteignent rarement ces minima.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains s'organisent en montant des associations de d&#233;fense ou de promotion des droits des Africains subsahariens. D'autres essaient d'inventer des espaces d'&#233;change avec les Tunisiens pour questionner le rejet et le racisme. Courant avril, juste apr&#232;s le d&#233;part de l'&lt;i&gt;Albatros II&lt;/i&gt;, les &#233;tudiants subsahariens et leurs soutiens locaux ont manifest&#233; pour la suppression de ces taxes iniques, inspir&#233;es par les accords r&#233;glementant la fermeture des fronti&#232;res, et ils ont obtenu gain de cause avec l'annulation des p&#233;nalit&#233;s accumul&#233;es. Mais tous les autres &#8211; celles et ceux qui ne sont pas &#233;tudiants &#8211; restent encore soumis &#224; ce r&#233;gime. Ont-ils des projets ? Quand les uns esp&#232;rent revoir leur famille, les autres r&#234;vent de l'Eldorado europ&#233;en, celui qui se raconte et se propage de bouche en bouche et sur les &#233;crans. Mais quelques-uns r&#234;vent plut&#244;t d'une Afrique unie, autonome, enfin prosp&#232;re et en paix, o&#249; tous pourraient vivre et se d&#233;placer librement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bastien, Beno&#238;t, Chiraz, Lisa, Matthieu, Mathilde, Romain et Samuel &#8211; membres de Lounapo et Primitivi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#199;a bouge encore et toujours&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1768649888' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois mois apr&#232;s&lt;/strong&gt; le retour de l'Albatros II, la situation continue de se d&#233;grader en M&#233;diterran&#233;e. En juillet, l'&#233;quipage du Sarost 5 recueille &#224; son bord 40 personnes qui d&#233;rivaient depuis cinq jours sur un bateau pneumatique. Refoul&#233;s de France, de Malte et d'Italie, voyant les vivres diminuer et la situation sanitaire se d&#233;grader, le navire de ravitaillement tunisien et ses occupants finissent bloqu&#233;s au large de Zarzis, la Tunisie refusant &#233;galement d'accueillir les rescap&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sans position claire&lt;/strong&gt; du Haut-commissariat aux r&#233;fugi&#233;s, il faudra quinze jours de pression des associations et des ONG pour faire flancher le gouvernement. Mais l'histoire ne s'arr&#234;te pas l&#224; : autoris&#233;s &#224; d&#233;barquer pour des &#171; raisons humanitaires &#187;, les migrants &#224; peine descendus &#224; terre apprennent qu'ils vont &#234;tre d&#233;port&#233;s illico dans leurs pays d'origine. Aussit&#244;t accueillis, aussit&#244;t expuls&#233;s. Face &#224; ces politiques migratoires toujours plus mortif&#232;res, il est plus que jamais vital de tisser des liens et jeter des ponts entre les deux rives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association marseillaise qui s'est donn&#233; pour objet &#171; &lt;i&gt; la cr&#233;ation de projets collectifs autour de la mer et de la voile&lt;/i&gt; &#187; et porte &#171; &lt;i&gt;des principes &#233;galitaires et des valeurs d'&#233;mancipation&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Organisation internationale qui g&#232;re une ligne t&#233;l&#233;phonique d'urgence, joignable 24 heures sur 24, &#224; destination des personnes se retrouvant en situation de d&#233;tresse pendant une travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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