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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Barcelone, quelle ville en commun ?</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Aux &#233;lections municipales de mai prochain, Barcelona en Com&#250;, liste issue des mouvements sociaux, va remettre son mandat en jeu. La m&#233;tropole catalane, o&#249; affluent 150 000 touristes par jour pour 1,7 million d'habitants, va-t-elle passer aux mains du f&#233;lon Manuel Valls, candidat de la bourgeoisie nationaliste ? Au-del&#224; du feuilleton politique, une &#226;pre bataille se m&#232;ne, sp&#233;cialement sur le plan du logement. La Barcelone populaire r&#233;siste comme elle peut &#224; la touristification, &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Aux &#233;lections municipales de mai prochain, Barcelona en Com&#250;, liste issue des mouvements sociaux, va remettre son mandat en jeu. La m&#233;tropole catalane, o&#249; affluent 150 000 touristes par jour pour 1,7 million d'habitants, va-t-elle passer aux mains du f&#233;lon Manuel Valls, candidat de la bourgeoisie nationaliste ?&lt;br&gt;Au-del&#224; du feuilleton politique, une &#226;pre bataille se m&#232;ne, sp&#233;cialement sur le plan du logement. La Barcelone populaire r&#233;siste comme elle peut &#224; la touristification, &#224; la sp&#233;culation, &#224; la gentrification et aux expulsions locatives. Et pour cela, elle s'appuie sur une persistance vivace d'auto-organisation &#224; la base, de syndicats de quartiers, d'associations de voisins et de projets coop&#233;ratifs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2852 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;169&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-913-7cb56.jpg?1780006385' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Barcelone, quartier de Ciutat Meridiania. Lors d'une tentative d'expulsion, un voisin proteste aupr&#232;s d'un huissier. (Photo Guillaume Darribau / Guillaumedarribau.com)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans le quartier de Poble Sec, Sabah tient une petite cantine aux prix imbattables. Mais ce lundi 11 f&#233;vrier, elle n'est pas &#224; ses fourneaux. Elle a march&#233; quelques pas, jusqu'&#224; &lt;i&gt;La Base&lt;/i&gt;, un local coop&#233;ratif o&#249; se tient ce soir-l&#224; l'assembl&#233;e du syndicat de quartier. Chacun, chacune expose &#224; tour de r&#244;le ses soucis, donne des nouvelles. Sabah explique qu'elle a r&#233;ussi &#224; retarder son expulsion en d&#233;posant une demande de loyer social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, la question du logement est la principale probl&#233;matique socio-urbaine. Dans les quartiers encore populaires du centre, les collectifs de d&#233;fense des expuls&#233;s ont r&#233;ussi &#224; retisser des solidarit&#233;s. C'est une partie de ce qui se joue &#224; &lt;i&gt;La Base&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Le projet de ce lieu est issu d'exp&#233;riences de squats, mais aussi des assembl&#233;es de quartier apr&#232;s le mouvement des Indign&#233;s, &lt;/i&gt;explique Pepa. &lt;i&gt;On a eu l'id&#233;e de vivre le communisme dans le quartier &#224; partir d'un ath&#233;n&#233;e &lt;/i&gt;[centre social dans la tradition libertaire]. &lt;i&gt;Donc on a lou&#233; ce local il y a cinq ans : on a fait un bar, une salle de r&#233;union, une librairie, une coop&#233;rative de consommation &#224; base de r&#233;cup&#233;ration d'invendus, des ateliers collectifs, des cours d'alphab&#233;tisation, une cr&#232;che, un groupe de femmes contre le machisme, etc. Toutes les dimensions de la vie. &lt;/i&gt;La Base &lt;i&gt;est une coop&#233;rative communaliste qui met la politique au c&#339;ur de la vie. La participation y est interg&#233;n&#233;rationnelle, tr&#232;s m&#233;lang&#233;e, &#224; l'image du quartier. Toutes les pratiques de d&#233;brouilles s'entrem&#234;lent. On est comme une famille. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, comment lutter contre la gentrification et les expulsions &#224; l'&#233;chelle du quartier ? &#171; &lt;i&gt;Notre premier mode d'action, c'est d'emp&#234;cher les expulsions en bloquant l'entr&#233;e aux huissiers, &lt;/i&gt;poursuit Pepa. &lt;i&gt;Ensuite, nous cherchons &#224; n&#233;gocier des loyers sociaux pour les personnes en proc&#233;dure d'expulsion. Si &#231;a ne marche pas, on investit collectivement des agences immobili&#232;res pour les obliger &#224; n&#233;gocier. On d&#233;nonce aussi les pratiques sp&#233;culatives. Notre but est &#233;galement de lutter collectivement avec d'autres assembl&#233;es ou projets coop&#233;ratifs, comme Can Battl&#243; dans le quartier de Sants. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Kill Blackstone&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, dans la banlieue sud de Barcelone, un rassemblement est organis&#233; devant le si&#232;ge catalan de la compagnie Blackstone &#8211; &#171; &lt;i&gt;le plus grand fonds immobilier au monde &lt;/i&gt; &#187;, annonce sa page web. Ce fonds vautour, qui sp&#233;cule sur les dettes immobili&#232;res des particuliers touch&#233;s par la crise &#233;conomique, a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 1992 par d'anciens banquiers de Lehman Brothers. Il s'est aiguis&#233; le bec sur la p&#233;ninsule ib&#233;rique, avalant au passage le portefeuille immobilier de la banque Catalunya Caixa en 2014 et la moiti&#233; des titres toxiques de la banque Santander en ao&#251;t 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Blackstone, par le biais d'un r&#233;seau complexe de soci&#233;t&#233;s, est devenue la premi&#232;re soci&#233;t&#233; immobili&#232;re priv&#233;e du patrimoine espagnol. Elle r&#233;serve un traitement indigne &#224; ses locataires, laisse prolif&#233;rer les narco-logements dans les quartiers et contribue &#224; gonfler la scandaleuse bulle des loyers. Le vautour ne pourrait r&#233;gner en ma&#238;tre sans la complicit&#233; des administrations publiques du pays, qui lui offrent pour ainsi dire des logements sociaux en location, &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;lui accordent des r&#233;ductions fiscales &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;ou lui font profiter de l'argent public. &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#225;tima Martin, &#171; Blackstone : comment un fonds vautour am&#233;ricain s'est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mars 2015, 90 000 Espagnols &#233;taient descendus dans les rues de Madrid pour protester contre ces fonds vautours. Pr&#232;s de 700 000 familles espagnoles ont &#233;t&#233; vir&#233;es de leur logement depuis l'&#233;clatement de la bulle immobili&#232;re, &#224; la fin des ann&#233;es 2000. &#192; Barcelone, deux milliers de r&#233;sidents sont expuls&#233;s pour impay&#233;s chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 12 f&#233;vrier, une petite centaine de personnes sont venues participer au lancement de la campagne &#171; Kill Blackstone &#187;, &#224; l'appel des syndicats de quartier, de locataires et de la PAH (plateforme des victimes des cr&#233;dits immobiliers), association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les banques, dans laquelle l'actuelle maire de Barcelone, Ada Colau, a longtemps milit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On est assez nombreux pour commencer la r&#233;volution, non ? &lt;/i&gt; &#187;, plaisante un septuag&#233;naire. &#171; &lt;i&gt;Nos maisons ne sont pas des marchandises &lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Stop desahucios &lt;/i&gt; &#187; (&#171; Stop aux expulsions &#187;), scandent de petites vieilles, masques de vautour sur le front, en se tr&#233;moussant sur le morceau &lt;i&gt;Resistencia &lt;/i&gt;du groupe Ska-P que crache la sono.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux fen&#234;tres du building, les employ&#233;s curieux jettent un &#339;il furtif, puis les grands stores blancs se ferment les uns apr&#232;s les autres. &#171; &lt;i&gt;Il s'agit d'attirer l'attention sur ces fonds vautours et leurs sous-traitants, pour les d&#233;gager de notre ville et de notre pays, &lt;/i&gt;d&#233;clare Jaime Palomera, du Syndicat des locataires. &lt;i&gt;C'est nous qui allons les expulser. &lt;/i&gt; &#187; Le gouvernement finira-t-il par se positionner sur cette pr&#233;dation &#224; grande &#233;chelle ? &#192; Barcelone, les fonds sp&#233;culatifs immobiliers poss&#232;dent 10 % du parc, 80 % restent aux mains de (petits) propri&#233;taires priv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Que fait la mairie ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; Barcelone, le taux de logement social est particuli&#232;rement faible : 1,5 % seulement, contre 22 % &#224; Paris ou 40 % &#224; Copenhague. Le loyer moyen, qui ne cesse de grimper, d&#233;passe les 850 euros, soit peu ou prou le montant du salaire minimum. La capitale catalane a les loyers les plus &#233;lev&#233;s d'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu dire que lorsque la liste Barcelona en Com&#250; est arriv&#233;e en t&#234;te des &#233;lections municipales de 2015 en portant haut la banni&#232;re du droit au logement, elle a suscit&#233; beaucoup d'espoir. Mais elle n'a obtenu que 11 si&#232;ges de conseillers municipaux sur 41, ce qui l'a oblig&#233;e &#224; faire alliance avec la gauche ind&#233;pendantiste et le Parti socialiste. Une situation qui lui laisse peu de marge de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Th&#233;oricien de la plateforme municipaliste de Barcelona en Com&#250;, Joan Subirats donne rendez-vous dans son bureau de l'Institut culturel de Barcelone, sur la Rambla. Num&#233;ro deux de la liste pour les municipales de 2019, il expose son point de vue : &#171; &lt;i&gt;La victoire inesp&#233;r&#233;e de 2015 est li&#233;e en partie au prestige d'Ada Colau au sein des mouvements sociaux et son image de probit&#233;. Elle a permis &#224; des associations qui travaillaient sur des projets distincts (immigration, &#233;nergie, &#233;cologie, &#233;ducation, urbanisme, etc.) de fusionner dans un projet de changement social &#224; l'&#233;chelle municipale. Dans un monde globalis&#233;, notre id&#233;e est que la ville devrait avoir plus d'importance dans le champ politique que ce qu'on lui accorde au niveau &#233;tatique. Donc cela a amen&#233; des gens nouveaux sans exp&#233;rience institutionnelle &#224; faire leur preuve en quatre ans avec une t&#226;che large et multiple de transformation sociale. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Subirats &#233;num&#232;re quelques r&#233;alisations de la municipalit&#233; : services fun&#233;raires municipaux &#224; prix abordables ; mise en place d'un service public de sant&#233; bucco-dentaire ; d&#233;veloppement des cr&#232;ches ; syst&#232;me de budget participatif par voie num&#233;rique. Il insiste sur cette dimension participative connect&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Face &#224; un monde uberis&#233;, il s'agit de b&#226;tir le coop&#233;rativisme du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi la mise en place de &lt;i&gt;consultas populares&lt;/i&gt;, initiatives citoyennes qui reposent sur 13 750 signatures, apr&#232;s quoi les services municipaux mettent &#224; disposition des citoyens les moyens de travailler en commission et obligent les &#233;lus &#224; se prononcer sur la question. En mars 2018, la municipalit&#233; a ainsi proc&#233;d&#233; au retrait de la statue d'Antonio L&#243;pez, qui avait b&#226;ti sa fortune sur la traite n&#233;gri&#232;re. En novembre, lasses des obstacles bureaucratiques, les organisations &#224; l'initiative du d&#233;boulonnage ont rebaptis&#233; &lt;i&gt;de facto &lt;/i&gt;la place au nom d'Idrissa Diallo, un jeune Guin&#233;en mort par manque de soins en 2012 dans le centre de r&#233;tention de Zona Franca, &#224; Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la grande bataille reste celle de la municipalisation de l'eau. &#171; &lt;i&gt;Depuis que nous avons d&#233;cid&#233; d'organiser une consultation populaire sur la reprise en gestion publique de l'eau &#224; Barcelone, le concessionnaire priv&#233; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;AgBar (Aguas de Barcelona), filiale de la multinationale fran&#231;aise Suez.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;a d&#233;pos&#233; plus de vingt recours juridiques pour l'emp&#234;cher... Au conseil municipal, la plupart des autres formations ont vot&#233; contre la convocation de cette consultation, au m&#233;pris d'une r&#232;gle qu'elles avaient approuv&#233;e un peu plus t&#244;t. On a fait un recours juridique, qu'on a gagn&#233; ; puis au conseil municipal, le principe de la consultation a finalement &#233;t&#233; approuv&#233;. Mais le concessionnaire a encore fait un recours sur ce vote-l&#224;&#8230; &lt;/i&gt; &#187;, relate Laia Forn&#233;, conseill&#232;re &#224; la participation citoyenne &#224; la mairie&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;La lutte est tr&#232;s in&#233;gale face aux moyens mis en oeuvre par les grands groupes. C'est tr&#232;s difficile de changer cette situation en quatre ann&#233;es &lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Joan Subirats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les &#233;lections de mai 2019, le politologue affiche une confiance temp&#233;r&#233;e : &#171; &lt;i&gt;On pense qu'on peut gagner avec une nouvelle coalition, mais la situation g&#233;n&#233;rale est tr&#232;s instable, notamment en regard de la question ind&#233;pendantiste. Barcelona en com&#250; a une position souverainiste, qui reconna&#238;t la nation catalane dans un cadre f&#233;d&#233;ratif, ce qui ne satisfait ni les ind&#233;pendantistes catalans ni les socialistes. De plus, on peut nous critiquer sur les r&#233;sultats d&#233;cevants concernant le logement. &#199;a a &#233;t&#233; le grand cheval de bataille d'Ada Colau, mais les pr&#233;rogatives municipales en la mati&#232;re restent limit&#233;es... Ensuite, m&#234;me si Barcelone est la ville la plus s&#251;re d'Europe, la question de la s&#233;curit&#233; peut &#234;tre instrumentalis&#233;e par nos adversaires en raison de l'augmentation de la petite d&#233;linquance. Enfin, du point de vue lib&#233;ral, il est reproch&#233; &#224; Ada Colau d'avoir voulu freiner le d&#233;veloppement &#233;conomique de la cit&#233; en r&#233;gulant trop le secteur touristique. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quel regard porte Pepa, du syndicat de quartier de Poble Sec, sur l'action de la mairie ? &#171; &lt;i&gt;On ne se m&#234;le pas &#224; l'institutionnel, m&#234;me si on consid&#232;re que Barcelona en com&#250;, c'est toujours mieux que la droite. On n'est pas dans une relation conflictuelle, mais &#231;a ne nous emp&#234;che pas de les critiquer pour leurs insuffisances. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'esprit du Raval&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 14 f&#233;vrier, vers midi, une trentaine de personnes, membres des syndicats de quartier et riverains, s'opposent &#224; des expulsions dans le populaire et m&#233;tiss&#233; Raval, &#224; deux pas de la Rambla. Munies de sifflets, elles font un maximum de barouf &#224; l'approche des huissiers et bloquent pacifiquement l'entr&#233;e des logements vis&#233;s. Les huissiers restent au large, un peu d&#233;pit&#233;s, puis s'&#233;loignent sous des cris joyeux : &#171; &lt;i&gt;Hors du quartier ! &lt;/i&gt; &#187; Les flics n'interviennent plus dans ces cas-l&#224;. Taxis et camions de livraison qui circulent dans la rue klaxonnent en soutien. Quatre expulsions seront emp&#234;ch&#233;es au Raval et une &#224; Poble Sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la lutte contre les expulsions au combat pour la survie, les rues &#233;troites du Raval nous font d&#233;river jusqu'au local du syndicat des vendeurs ambulants, s&#233;n&#233;galais d'origine pour la plupart, que l'on croise parfois dans les couloirs du m&#233;tro avec d'&#233;normes baluchons remplis de bibelots et de v&#234;tements &#224; vendre sur les sites touristiques. &#171; &lt;i&gt;Avant 2015, nous &#233;tions victimes de pers&#233;cutions polici&#232;res, &lt;/i&gt;explique Babakar, arriv&#233; en Espagne en 2011. &lt;i&gt;Les policiers nous confisquaient nos marchandises, nous traitaient comme des d&#233;linquants. Apr&#232;s la mort d'un camarade, il a fallu porter une voix pour d&#233;fendre les droits des migrants. Cela a abouti &#224; la cr&#233;ation du syndicat en 2015. Nous avons manifest&#233; et l'attitude de la police a chang&#233;. Nous ne sommes pas un syndicat formel avec des adh&#233;sions et tout &#231;a, mais chaque &lt;/i&gt;[vendeur ambulant] &lt;i&gt;peut venir nous voir s'il a un probl&#232;me. Nous sommes la voix des sans-voix. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un esprit de solidarit&#233; et d'auto-organisation qui s'inscrit depuis le d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle dans la tradition de ce quartier ouvrier d&#233;crit par l'historien anglais Chris Ealham : &#171; &lt;i&gt;Il &#233;tait certain qu'une pauvret&#233; inimaginable r&#233;gnait dans le Raval mais, contrairement &#224; ce que v&#233;hiculait la l&#233;gende &lt;/i&gt;[qui pr&#233;sentait cette] &lt;i&gt;zone comme une lie indisciplin&#233;e, un ordre social et culturel y r&#233;gnait &#233;galement : c'&#233;tait l'ordre direct, combatif et r&#233;solu de la classe ouvri&#232;re. C'&#233;tait cet ordre rival qui faisait na&#238;tre la terreur dans le coeur des &#233;lites de la ville. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;En raison de la surpopulation dans les logements, les rues du quartier fonc-tionnaient comme une extension du foyer, d'o&#249; des interactions humaines directes, intenses et fr&#233;quentes. De plus, en r&#233;ponse aux probl&#232;mes mat&#233;riels du quotidien, les ouvriers d&#233;velopp&#232;rent des pratiques de partage et de r&#233;ciprocit&#233;. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chris Ealham, Barcelone contre ses habitants, 1835-1936, CMDE &#233;ditions, 2014.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ciutat Meridiana&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2853 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;152&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1102-5728a.jpg?1780006385' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Barcelone, quartier de Ciutat Meridiania. Des voisins et voisines tentent d'emp&#234;cher une expulsion. (Photo Guillaume Darribau / Guillaumedarribau.com)
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Adoss&#233; &#224; la montagne, Ciutat Meridiana est le quartier le plus excentr&#233; au nord de Barcelone, le plus pauvre aussi. Dans les ann&#233;es 1950, on avait renonc&#233; &#224; y installer un cimeti&#232;re, &#224; cause du fort taux d'humidit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Certainement, ce qui &#233;tait mauvais pour les morts devait &#234;tre bon pour les vivants &lt;/i&gt; &#187;, aime &#224; ironiser Filiberto Bravo, dit Fili. Responsable de l'association des voisins et voisines du quartier, cet ancien ouvrier form&#233; &#224; l'anarcho-syndicalisme, habite le quartier depuis plus de quarante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir, au moins 70 personnes sont venues &#224; l'assembl&#233;e. En majorit&#233; des femmes, d'origine sud-am&#233;ricaine, venues avec leur marmaille. La question du logement et des expulsions est au c&#339;ur des interventions. Un collectif de volontaires form&#233;s par la mairie propose de passer chez les gens pour v&#233;rifier si leur contrat d'&#233;lectricit&#233; et de gaz n'est pas surfactur&#233;. De quoi permettre de pr&#233;cieuses &#233;conomies &#224; des foyers tr&#232;s pr&#233;caires. &#171; &lt;i&gt;La plupart des gens ici savent ce qu'ils vont manger demain, mais pas forc&#233;ment le jour d'apr&#232;s &lt;/i&gt; &#187;, explique Fili. Les cas de malnutrition infantile sont nombreux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre collectif offre une aide psychologique gratuite aux personnes qui doivent g&#233;rer le stress d'une expulsion. La veille, une femme d'&#226;ge m&#251;r a r&#233;ussi &#224; &#233;viter la sienne, elle remercie l'assembl&#233;e de son aide. Puis les membres du bureau de l'association invitent les habitants &#224; s'investir plus, &#224; ne pas rester simple consommateurs de services juridiques et sociaux. Enfin, on &#233;voque les expulsions &#224; venir dans le mois. Chaque concern&#233; donne le jour, l'heure et l'adresse pour que les voisins puissent venir en nombre bloquer les huissiers. Toutes les semaines, ils interviennent quatre &#224; cinq fois dans le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'assembl&#233;e, une femme gitane, les larmes aux yeux, vient timidement faire part de son cas &#224; Fili. Elle doit &#234;tre expuls&#233;e prochainement avec ses deux enfants en bas &#226;ge, son homme est en prison. &#171; &lt;i&gt;La majorit&#233; des gens qui se tournent vers nous ont d&#233;j&#224; subi une expulsion auparavant. &#192; 90 %, ce sont des m&#232;res c&#233;libataires &lt;/i&gt; &#187;, dit Fili. Dans le quartier, l'association a recens&#233; pr&#232;s de 250 logements squatt&#233;s, il y en a sans doute une centaine de plus en r&#233;alit&#233;. Pourtant, &#171; &lt;i&gt;la plupart des familles ne veulent pas occuper, mais pouvoir avoir un loyer social &#233;quitable &lt;/i&gt; &#187;. Au cours des huit derni&#232;res ann&#233;es, la mobilisation collective des voisins aurait sauvegard&#233; le logement de 1 100 familles sur une population globale d'environ 10 000 habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on demande &#224; Fili ce qu'il pense de l'action de la municipalit&#233;, il fait d'abord une moue dubitative en lissant sa barbichette en tire-bouchon. &#171; &lt;i&gt;Ada n'est venue que deux fois en cinq ans. Les gens de la mairie et leurs sociologues nous ont &#233;tudi&#233;s comme des b&#234;tes curieuses, mais pas grand-chose n'a &#233;t&#233; fait. &lt;/i&gt; &#187; N&#233;anmoins, il reconna&#238;t que les services sociaux de la mairie ont pu r&#233;gler plusieurs probl&#232;mes en rachetant des appartements aux banques pour en faire des logements sociaux. Ils ont cr&#233;&#233; aussi un groupe de m&#233;diation pour contr&#244;ler la l&#233;galit&#233; d'une partie des expulsions et obtenu des banques la mise en place directe, dans certains cas, de loyers sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout, en ne r&#233;pondant pas suffisamment aux besoins les plus urgents, la municipalit&#233; a pris le risque de nourrir le ressentiment des populations les unes contre les autres. Et ainsi d'exacerber la x&#233;nophobie, exploit&#233;e par les partis de droite comme Ciudadanos, qui soutient la candidature de Manuel Valls &#224; la mairie de Barcelone. Fili dit d'ailleurs avoir &#233;t&#233; contact&#233; par l'&#233;quipe de l'ancien Premier ministre hexagonal, qui souhaitait faire campagne dans le quartier : &#171; &lt;i&gt;On lui a propos&#233; de venir emp&#234;cher une expulsion avec nous. Et d'assister &#224; une assembl&#233;e, &#224; la condition qu'il ne prenne pas la parole. Il n'a pas donn&#233; suite... &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bon libertaire, Fili n'oublie pas de se tenir &#224; bonne distance des jeux &#233;lectoraux. Et de rappeler que le but de l'association est d'abord &#171; &lt;i&gt;l'autogestion de la vie quotidienne du quartier &lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Cr&#233;er de la convivialit&#233; et du bien-&#234;tre. Faire en sorte que nous soyons d'abord des voisins et pas des &#233;trangers&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guillaume Darribau&lt;/strong&gt; vit dans la banlieue de Barcelone. Les photographies publi&#233;es ici sont tir&#233;es de son exposition &lt;i&gt;La Ciutat embargada&lt;/i&gt;, sur la lutte et la solidarit&#233; contre les expulsions &#224; Ciutat Meridiana. &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://guillaumedarribau.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;GuillaumeDarribau.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#225;tima Martin, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lautrequotidien.fr/articles/2018/2/26/blackstone-comment-un-fonds-vautour-amricain-sest-offert-limmobilier-espagnol&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Blackstone : comment un fonds vautour am&#233;ricain s'est offert l'immobilier espagnol&lt;/a&gt; &#187;, sur le site de &lt;i&gt;L'autre quotidien&lt;/i&gt;, 26 f&#233;vrier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;AgBar (Aguas de Barcelona), filiale de la multinationale fran&#231;aise Suez.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chris Ealham, &lt;i&gt;Barcelone contre ses habitants&lt;/i&gt;, 1835-1936, CMDE &#233;ditions, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Que le &#034;Welcome&#034; ne l'emporte pas sur le &#034;No border&#034; &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Que-le-Welcome-ne-l-emporte-pas</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Que-le-Welcome-ne-l-emporte-pas</guid>
		<dc:date>2018-11-10T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>P. F.</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Manba</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rencontre avec deux militants du collectif marseillais Al Manba, qui accompagne depuis trois ans les luttes des migrants dans la r&#233;gion. * &#192; Marseille, ville de transit par excellence et carrefour de cultures, les migrants sont paradoxalement longtemps rest&#233;s quasi invisibles. Mais la donne a chang&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, en raison de la r&#233;pression croissante &#224; la fronti&#232;re italienne, des expulsions de la (dite) jungle de Calais et des d&#233;placements forc&#233;s vers des &#171; centres d'h&#233;bergement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no168-septembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;168 (septembre 2018)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/P-F" rel="tag"&gt;P. F.&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/lutte" rel="tag"&gt;lutte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Marseille" rel="tag"&gt;Marseille&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Calais" rel="tag"&gt;Calais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/expulsions" rel="tag"&gt;expulsions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/quasi-invisibles" rel="tag"&gt;quasi invisibles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/restes-quasi" rel="tag"&gt;rest&#233;s quasi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Manba" rel="tag"&gt;Manba&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rencontre avec deux militants du collectif marseillais Al Manba, qui accompagne depuis trois ans les luttes des migrants dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH340/-897-5a55e.jpg?1780142635' width='500' height='340' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo P. F.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Marseille, ville de transit&lt;/strong&gt; par excellence et carrefour de cultures, les migrants sont paradoxalement longtemps rest&#233;s quasi invisibles. Mais la donne a chang&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es, en raison de la r&#233;pression croissante &#224; la fronti&#232;re italienne, des expulsions de la (dite) jungle de Calais et des d&#233;placements forc&#233;s vers des &#171; centres d'h&#233;bergement &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En fait, plut&#244;t des centres de tri ou de rel&#233;gation avant expulsion : CAO, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; (dont plusieurs ont &#233;clos dans les environs). Cons&#233;quence : les migrants se sont fait plus nombreux, plus visibles, trait&#233;s ici comme ailleurs en ind&#233;sirables, traqu&#233;s autant qu'abandonn&#233;s &#224; leur sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en r&#233;action &#224; cette situation qu'a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; &#224; l'&#233;t&#233; 2015 un collectif qui a vite fait feu de tout bois : Al Manba. Cette organisation sans chefferie ni statut d'association fonctionne sur des principes d'autogestion, avec pour but de faciliter l'accueil et l'autonomisation des migrants. Pas question d'&#234;tre les suppl&#233;tifs d'un &#201;tat d&#233;faillant, insistent deux des membres fondateurs, Tina et Mika. Lesquels posent l'aspect politique comme essentiel, et r&#233;sument les objectifs principaux en ces termes : &#171; L'h&#233;bergement de lutte, l'entrave aux expulsions, la lutte contre les fronti&#232;res. &#187; Ils reviennent ici sur l'itin&#233;raire du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la lutte comme carburant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Manba est n&#233; &#224; l'&#233;t&#233; 2015. Le d&#233;clencheur ? Le camp autog&#233;r&#233; du Presidio, &#224; Vintimille. Au contact de l'effervescence r&#233;gnant sur place, on a pris une claque. Les manifs, les assembl&#233;es, les actions &#8211; toutes men&#233;es avec une vraie horizontalit&#233; dans la lutte&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Migrants : &#034;We are not going back !&#034; &#187;, article paru dans le n&#176; 135 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#192; tel point qu'on a d&#233;cid&#233; de faire pareil &#224; Marseille. On s'est lanc&#233;s apr&#232;s quelques grandes assembl&#233;es, m&#234;lant migrants et soutiens, avec la mise en place rapide d'outils qui existent encore, comme la commission juridique. Tr&#232;s vite, on a organis&#233; des actions &#8211; manifs et obstruction aux expulsions. En parall&#232;le, on a ouvert un lieu d'organisation autog&#233;r&#233;, squatt&#233; en contrebas du quartier de La Plaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, le contexte &#233;tait explosif : fermeture de la fronti&#232;re, pression polici&#232;re, arrestations &#224; la gare, etc. Marseille &#233;tait alors une ville de passage, vers Paris ou Calais. On s'est donc focalis&#233;s sur la libert&#233; de circulation, en aidant les gens &#224; se poser et &#224; repartir sans qu'ils finissent au Cra (Centre de r&#233;tention administrative). Tr&#232;s vite s'est aussi pos&#233;e la question de la libert&#233; d'installation, parce que certains ont voulu rester, par n&#233;cessit&#233; administrative (demande d'asile d&#233;pos&#233;e &#224; Marseille) ou envie. C'est dans ce cadre qu'on a cherch&#233; des lieux d'h&#233;bergement plus stables, en se basant sur l'exp&#233;rience du squat punk de la Casa Mimosa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En trois ans, la situation a chang&#233; &#224; une vitesse folle. D'abord avec la fermeture totale de la fronti&#232;re italienne. Ensuite par le recours syst&#233;matique &#224; la proc&#233;dure Dublin &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;glementation europ&#233;enne qui oblige &#224; d&#233;poser son dossier de demande (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, forme de n&#233;gation du droit d'asile. Il y a &#233;galement eu les diverses expulsions de la (dite) jungle de Calais, accompagn&#233;es de la cr&#233;ation de CAO (Centres d'accueil et d'orientation) pour reloger tout le monde &#8211; des dispositifs de contr&#244;le diss&#233;min&#233;s dans toute la France, facilitant fichage, tri et expulsions. Une logique de domination : en d&#233;pla&#231;ant les gens et en les isolant, on leur &#244;te toute possibilit&#233; d'organisation. La cr&#233;ation des Prahda (Programme d'accueil et d'h&#233;bergement des demandeurs d'asile) en 2017 a marqu&#233; une nouvelle &#233;tape. Situ&#233;s en zones industrielles, proches d'un tarmac ou d'une prison, ils n'ont plus vocation d'accueil, simplement de pr&#233;lude au bannissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les actions du Manba ont bien s&#251;r suivi ces mouvements. Dans le cas des Prahda, par exemple, on a fait le lien entre les luttes que les enferm&#233;s organisaient au sein des centres et celles qui se montaient dans le centre-ville. L'organisation par des camarades des Prahda de Vitrolles et G&#233;menos d'une grande marche '' Stop Dublin '' entre Vitrolles et Marseille en octobre dernier a &#233;t&#233; un moment tr&#232;s fort pour tout le monde. Il y a eu beaucoup d'actions du m&#234;me genre, o&#249; les migrants &#233;taient soit tr&#232;s impliqu&#233;s, soit directement responsables de l'organisation : occupations d'une &#233;glise ou de locaux du d&#233;partement par les mineurs isol&#233;s, si&#232;ge de l'Ofii (Office fran&#231;ais de l'immigration et de l'int&#233;gration) par des personnes &#224; la rue, participation &#224; la manif devant la prison des Baumettes pour soutenir les &#034;Trois de Brian&#231;on&#034;, etc. C'est la base m&#234;me de notre d&#233;marche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Penser le long terme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En parall&#232;le aux actions, les activit&#233;s quotidiennes se sont poursuivies &#8211; pas toujours un long fleuve tranquille. &#192; vouloir &#234;tre partout, accompagner, loger, organiser, certains ont fr&#244;l&#233; le &lt;i&gt;burnout&lt;/i&gt;. Parmi nous, beaucoup continuent &#224; h&#233;berger du monde, avec l'&#233;mergence de liens tr&#232;s forts. Mais ce n'est pas toujours facile, d'autant qu'il y a eu plusieurs probl&#232;mes graves qui ont cr&#233;&#233; des tensions dans le collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;galement fait face &#224; une forte r&#233;pression. Le lieu collectif inaugural a &#233;t&#233; ferm&#233; en avril 2016. &#192; sept reprises, on a tent&#233; d'en ouvrir un autre, mais les flics sont intervenus &#224; chaque fois. Des personnes ont &#233;t&#233; poursuivies, voire incarc&#233;r&#233;es. Beaucoup de lieux de vie ont aussi &#233;t&#233; expuls&#233;s. On a fini par d&#233;cider d'ouvrir un local non squatt&#233;, ce qui a permis de reprendre de fa&#231;on stable les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales et les permanences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a aussi parfois &#233;t&#233; victimes de notre succ&#232;s. Les volontaires se multipliant dans les AG, il est arriv&#233; que le sens se perde. &#199;a a &#233;t&#233; le cas, par exemple, apr&#232;s une occupation d'&#233;glise assez m&#233;diatis&#233;e, o&#249; la question des mineurs isol&#233;s &#224; la rue est devenue tr&#232;s visible. On a vu appara&#238;tre des postures plus citoyennistes, se limitant &#224; sommer l'&#201;tat de respecter ses engagements. En grossissant, on perdait le fil. L'&#233;largissement ne vaut que s'il englobe les migrants qui luttent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force, le Manba est devenu un acteur important de l'h&#233;bergement sur Marseille. Les associations et les travailleurs sociaux nous adressaient les personnes pour qui ils ne trouvaient pas de solution. Au point que m&#234;me les flics et l'Ofii s'y sont mis. Une situation absurde, avec les institutions renvoyant des gens dont elles ne veulent pas vers des squats qu'elles expulseront ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On s'est alors pos&#233; la question du sens politique de l'h&#233;bergement d'urgence. Pourquoi se substituer &#224; l'&#201;tat ? Qu'est-ce que &#231;a apporte aux migrants en mati&#232;re d'autonomie ? Beaucoup de soutiens veulent donner un coup de main pour des raisons humanitaires, ce qui n'est pas notre approche. On souhaite au contraire s'attacher &#224; des rapports plus longs, plus horizontaux, plus politiques. On doit continuer &#224; contester l'id&#233;e m&#234;me de fronti&#232;re, faire en sorte que le &#034;Welcome&#034; ne l'emporte pas sur le &#034;No Border&#034;. C'est pour cela qu'on tient &#224; se recentrer sur l'id&#233;e d'un accueil alternatif, visant l'autonomie des concern&#233;s. Quand l'&#201;tat les condamne &#224; l'errance perp&#233;tuelle, on fait en sorte qu'ils aient les moyens de se poser et de s'impliquer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'accueil en pierre angulaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH495/-880-816a6.jpg?1779602857' width='400' height='495' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;168 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; La plupart de nos activit&#233;s rel&#232;vent de l'accueil plut&#244;t que de l'h&#233;bergement : cours de fran&#231;ais, accompagnement juridique, r&#233;seaux d'entraide, mais aussi th&#233;&#226;tre, organisation de friperies de quartier, de concerts, voire participation &#224; des jardins collectifs ou des chantiers sur des bateaux. Ces activit&#233;s permettent de sortir des logiques de domination &#233;tatique, de ces situations d'urgence auxquelles les institutions veulent cantonner les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accueil, c'est aussi l'inscription des gens dans des quartiers. Ainsi de leur implication dans le quotidien de La Plaine ou de La Belle-de-Mai. Les habitudes d'organisation collective et d'autogestion de ces quartiers, ainsi que les lieux qui s'y trouvent, ont permis de multiplier les repas de soutien, les concerts, les temps de rencontre. De leur c&#244;t&#233;, les migrants ont investi des moments importants, comme le carnaval de La Plaine ou les luttes contre la gentrification du quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mobilisations sont importantes, pas seulement pour leurs r&#233;sultats directs, mais dans ce qu'elles insufflent chez ceux qui y participent. Il s'agit de cr&#233;er ensemble des espaces de libert&#233;, sans faire de discrimination entre migrants &#034;&#233;conomiques&#034; ou &#034;politiques&#034;. Ce sont des camarades de lutte. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En fait, plut&#244;t des centres de tri ou de rel&#233;gation avant expulsion : CAO, Prahda, Atsa, DPAR... Pour qui aime les sigles, c'est le bonheur. Pour les &#171; h&#233;berg&#233;s &#187;, beaucoup moins.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Migrants-We-are-not-going-back' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Migrants : &#034;We are not going back !&#034; &#187;&lt;/a&gt;, article paru dans le n&#176; 135 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (septembre 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;R&#233;glementation europ&#233;enne qui oblige &#224; d&#233;poser son dossier de demande d'asile dans le premier pays europ&#233;en travers&#233;. En 2017, un tiers des demandeurs d'asile en France &#233;taient sous proc&#233;dure Dublin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Prolonger la col&#232;re de la rue &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Prolonger-la-colere-de-la-rue</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Prolonger-la-colere-de-la-rue</guid>
		<dc:date>2018-05-03T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ferdinand Cazalis</dc:subject>
		<dc:subject>banques</dc:subject>
		<dc:subject>logement</dc:subject>
		<dc:subject>avons</dc:subject>
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		<dc:subject>expulsions</dc:subject>
		<dc:subject>BTP</dc:subject>
		<dc:subject>logements vides</dc:subject>
		<dc:subject>PAH</dc:subject>
		<dc:subject>mod&#232;le &#233;conomique</dc:subject>
		<dc:subject>vides</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Carlos Mac&#237;as, porte-parole de la PAH de Barcelone. Sous ses lunettes et barbe fine, le visage souriant de Carlos a longtemps voyag&#233; en Am&#233;rique latine, rapportant dans les valises de ses yeux une exp&#233;rience de r&#233;volutionnaire avis&#233;. Il retrace l'histoire des Plataformas de afectados por la hipoteca (PAH) luttant contre le syst&#232;me inique des hypoth&#232;ques et expulsions. &#171; Le BTP &#233;tait devenu le mod&#232;le &#233;conomique de l'Espagne, mais avec la crise la fin du &#171; r&#234;ve espagnol &#187; a (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Ferdinand-Cazalis-190" rel="tag"&gt;Ferdinand Cazalis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/banques" rel="tag"&gt;banques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/logement" rel="tag"&gt;logement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/avons" rel="tag"&gt;avons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/logements" rel="tag"&gt;logements&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/expulsions" rel="tag"&gt;expulsions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/BTP" rel="tag"&gt;BTP&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/logements-vides" rel="tag"&gt;logements vides&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/PAH" rel="tag"&gt;PAH&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/modele-economique" rel="tag"&gt;mod&#232;le &#233;conomique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vides" rel="tag"&gt;vides&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Carlos Mac&#237;as, porte-parole de la PAH de Barcelone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous ses lunettes et barbe fine, le visage souriant de Carlos a longtemps voyag&#233; en Am&#233;rique latine, rapportant dans les valises de ses yeux une exp&#233;rience de r&#233;volutionnaire avis&#233;. Il retrace l'histoire des Plataformas de afectados por la hipoteca (PAH) luttant contre le syst&#232;me inique des hypoth&#232;ques et expulsions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2363 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH553/-635-4d5f8.jpg?1779602789' width='400' height='553' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le BTP &#233;tait devenu le mod&#232;le &#233;conomique de l'Espagne, mais avec la crise la fin du &#171; r&#234;ve espagnol &#187; a sonn&#233;. Jusqu'en 2007, l'&#201;tat et les banques poussaient les gens &#224; s'endetter, exer&#231;ant ainsi une forme de contr&#244;le social : un peuple endett&#233; n'a plus le temps de s'organiser, de penser &#224; faire la r&#233;volution ou de d&#233;fendre ses droits. Avant que la bulle immobili&#232;re n'explose en 2008, des gens qui venaient des mouvements sociaux sur le logement ou luttant pour les droits &#233;l&#233;mentaires se sont regroup&#233;s et ont anticip&#233; la crise &#224; venir. Ils ont pens&#233; que les luttes sur le logement pouvaient constituer un sujet politique pour les ann&#233;es &#224; venir. De l&#224; est n&#233;e la PAH, ici &#224; Barcelone en 2009, avec la volont&#233; de d&#233;noncer le syst&#232;me en cours et de regrouper les gens qui en &#233;taient victimes en vue d'actions collectives, sur des bases autogestionnaires et d'entraide, avec une organisation en assembl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement s'est vite propag&#233;. Aujourd'hui, il y a 70 groupes en Catalogne et 240 dans l'ensemble de l'&#201;tat espagnol. Nous faisons une assembl&#233;e r&#233;gionale chaque mois pour nous coordonner et mener des campagnes communes, et nous organisons des rencontres tous les trois mois au niveau national. Chaque entit&#233; est autonome localement, avec des d&#233;cisions prises au consensus et des groupes de m&#233;diation en cas de conflit. Le 15-M a beaucoup renforc&#233; les PAH : c'est le moment o&#249; je m'y suis engag&#233;, cherchant une mani&#232;re de concr&#233;tiser et de prolonger la col&#232;re partag&#233;e dans la rue. Une autre force de la PAH, c'est de rassembler des gens diff&#233;rents : ceux qui sont issus du mouvement squat avec leur savoir-faire pour l'ouverture de b&#226;timents, des anarchistes de toujours et d'autres issus de mouvements plus citoyennistes. Sans compter toutes les personnes pour qui c'est la premi&#232;re forme d'engagement de leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays qui conna&#238;t le plus grand nombre d'expulsions en Europe mais aussi de logements vides, il a &#233;t&#233; facile de d&#233;montrer l'implication des gouvernants, des banques et des entreprises de construction. Nous avons ensuite men&#233; des actions directes de d&#233;sob&#233;issance civile non violentes pour nous opposer aux expulsions et nous avons fait pression sur les banques pour qu'elles d&#233;bloquent les situations. Nous avons aussi men&#233; des campagnes pour que la l&#233;gislation permette d'annuler la dette en cas d'expulsion. Nous avons &#171; r&#233;cup&#233;r&#233; &#187; collectivement des logements vides appartenant aux banques ou au gouvernement, et milit&#233; pour l'acc&#232;s &#224; un loyer social. L'imaginaire a beaucoup chang&#233; : la population comprend ces occupations, ce qui nous prot&#232;ge un peu de la r&#233;pression. Et gr&#226;ce &#224; ce soutien populaire, les gens qui participent &#224; la PAH gagnent en puissance, car ils oublient leurs peurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la d&#233;nonciation et l'action directe, nous avons fait des propositions l&#233;gislatives, comme l'ILP en 2012, qui a mis le th&#232;me du logement dans l'agenda politique. Tous les partis ont eu &#224; se positionner sur un changement de l&#233;gislation. Seul le Partido popular (PP), qui a la majorit&#233; absolue au Parlement, a jusqu'ici refus&#233; de changer la loi selon notre proposition. Cette ann&#233;e, nous avons donc opt&#233; pour une forme d'action inspir&#233;e des luttes argentines, les &lt;i&gt;escraches&lt;/i&gt;, destin&#233;es l&#224;-bas aux anciens tortionnaires de la dictature b&#233;n&#233;ficiant d'une impunit&#233; l&#233;gale. Nous sommes all&#233;s devant les domiciles des &#233;lus PP munis de panneaux verts &#171; &lt;i&gt;&#161; S&#237; se puede !&lt;/i&gt; &#187; [&#171; Oui, on peut &#187;] avec nos revendications et des pancartes rouges disant &#171; &lt;i&gt;&#161; No !&lt;/i&gt; &#187;, avec ce qui devait cesser. Bien entendu, cela ne leur a pas plu, ils ont tent&#233; de nous criminaliser en nous traitant publiquement de terroristes, de nazis &#224; la solde de l'ETA. Bref.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a alors saisi les administrations et les municipalit&#233;s pour non-assistance &#224; personnes en danger et violation des droits humains, et on leur a demand&#233; de soutenir ces r&#233;quisitions de logements vides, ce qui a eu au d&#233;but un peu de succ&#232;s. Mais les administrations locales ont peu de comp&#233;tences, aussi nous avons saisi les instances r&#233;gionales, avec par exemple une proposition l&#233;gislative populaire au parlement de Catalogne, pour demander une aide destin&#233;e aux victimes du syst&#232;me de cr&#233;dit et aux occupations. M&#234;me s'il n'y pas de statistiques officielles, des milliers de familles vivent aujourd'hui dans des logements occup&#233;s &#224; Barcelone, et apr&#232;s la vague des expulsions dues aux hypoth&#232;ques, 65% d'entre elles sont motiv&#233;es par des impay&#233;s de loyer. Tout cela s'accompagne de revendications pour un logement digne, avec l'acc&#232;s &#224; l'eau, &#224; l'&#233;lectricit&#233; et au gaz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e au pouvoir de la nouvelle mairie, les changements, comme l'arr&#234;t des expulsions d'&#233;difices publics, demeurent plut&#244;t symboliques, vu qu'il y en avait peu. Mais &#231;a ne fait que 100 jours qu'elle est au pouvoir. Elle a impos&#233; une table de n&#233;gociation avec les banques et toutes les associations de lutte, dont la PAH, ce qui n'est pas rien, car cela faisait un an que le dialogue &#233;tait rompu. Notre premi&#232;re revendication a &#233;t&#233; de pouvoir participer pleinement aux d&#233;cisions concernant le logement, non pas dans un cadre formel mais dans une optique de travail en commun. Trois groupes de travail ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s, pour les trois points les plus urgents : 1. les expulsions &#8211; comment changer les politiques locales li&#233;es aux expulsions ? 2. les services sociaux &#8211; comment aider les personnes touch&#233;es par les expulsions ? 3. les logements vides &#8211; comment mobiliser ces espaces au service des personnes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre attendons-nous plus de Barcelona en Com&#250; ou de Podemos que du PP ou du PSOE, mais nous ne sommes li&#233;s &#224; personne. Par exemple, nous faisons pression sur la nouvelle mairie pour r&#233;aliser un recensement pr&#233;cis des logements vides dans la ville. &#192; qui appartiennent ces logements ? Sont-ils squatt&#233;s ? Quels sont ceux en situation d'insalubrit&#233; ? R&#233;alis&#233; par les services de l'&#201;tat en 2011, le seul recensement en notre possession d&#233;nombre 80 000 logements vides : un chiffre indubitablement en dessous de la r&#233;alit&#233;. &#192; partir de nouvelles donn&#233;es, on pourra pousser la mairie &#224; lancer des r&#233;quisitions : si un logement est vide depuis trois ans, le propri&#233;taire peut soit recevoir une amende de 500 000 &#8364;, soit &#234;tre expropri&#233;, et son bien transform&#233; en logement social. Si l'appartement est insalubre, le propri&#233;taire est &#233;galement oblig&#233; de le r&#233;habiliter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est comme un engrenage, et le seul acteur-cl&#233;, c'est la soci&#233;t&#233; civile organis&#233;e. Si la rue n'exerce ni pression ni contr&#244;le, la mairie ne pourra rien faire, m&#234;me avec la meilleure volont&#233;. On est pr&#234;ts &#224; mettre la mis&#232;re &#224; Ada Colau et son &#233;quipe s'ils oublient la rue. Mais il est vrai que la population est moins mobilis&#233;e, nous vivons un moment d'accalmie dans les cycles de lutte. Par ailleurs, les expulsions li&#233;es au cr&#233;dit ont &#233;t&#233; tr&#232;s rapides et tr&#232;s brutales. Face cach&#233;e de l'iceberg, les expulsions li&#233;es aux loyers sont inscrites dans un dispositif plus g&#233;n&#233;ral de pr&#233;carisation et de crise, ce qui fait que les gens ont du mal &#224; tenir dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens qui ont fond&#233; la PAH venaient du mouvement squat et connaissaient bien l'histoire zapatiste au Mexique. Il y avait des liens forts avec ceux qui ont lutt&#233; lors de la crise en Argentine, ce qui nous a donn&#233; des bases puissantes en termes d'horizontalit&#233; et de partage des savoir-faire, dans une perspective r&#233;volutionnaire. Que veut dire &#171; faire la r&#233;volution &#187; ? Si cela signifie tout changer du jour au lendemain, ce n'est pas ce que nous sommes en train de faire. Mais il y a des prolos qui c&#244;toient des gens de la classe moyenne ou des immigr&#233;s, r&#233;unis autour des m&#234;mes enjeux. Des gens qui sans la PAH ne se seraient jamais parl&#233; et qui s'entraident dans des situations concr&#232;tes d'expulsions ou de d&#233;marches administratives &#8211; le tout avec beaucoup de femmes tr&#232;s actives. Ce dialogue transforme l'imaginaire et les a priori de chacun. Or justement, transformer l'imaginaire collectif, c'est d&#233;j&#224; un processus r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Espagne : Apoyo Mutuo</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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&lt;p&gt;Apr&#232;s plus d'un demi-million d'expulsions locatives et hypoth&#233;caires en cinq ans, la question du logement en Espagne est br&#251;lante. La Plataforma de afectados por la hipoteca (PAH), avec ses 240 regroupements, est devenue un puissant mouvement populaire, riche en exp&#233;riences. Impressionn&#233;, CQFD a assist&#233; &#224; une assembl&#233;e de la PAH de Vallecas, l'un des districts les plus pauvres et turbulents de Madrid. Le train de banlieue nous laisse un arr&#234;t avant Legan&#233;s, &#224; Zarzaquemada. Le nom, &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no137-novembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;137 (novembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Eneko" rel="tag"&gt;Eneko&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Miguel-Brieva" rel="tag"&gt;Miguel Brieva&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/PAH-occupe" rel="tag"&gt;PAH occupe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s plus d'un demi-million d'expulsions locatives et hypoth&#233;caires en cinq ans, la question du logement en Espagne est br&#251;lante. La Plataforma de afectados por la hipoteca (PAH), avec ses 240 regroupements, est devenue un puissant mouvement populaire, riche en exp&#233;riences. Impressionn&#233;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a assist&#233; &#224; une assembl&#233;e de la PAH de Vallecas, l'un des districts les plus pauvres et turbulents de Madrid.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le train de banlieue nous laisse un arr&#234;t avant Legan&#233;s, &#224; Zarzaquemada. Le nom, &#171; ronce-br&#251;l&#233;e &#187;, &#233;voque les landes aust&#232;res que traversait le h&#233;ros du &lt;i&gt;Manuscrit trouv&#233; &#224; Saragosse&lt;/i&gt;. Pourtant, c'est une zone urbaine tr&#232;s contemporaine qu'on d&#233;couvre depuis le quai : des barres rouge brique de cinq ou six &#233;tages s'&#233;tirent &#224; perte de vue, reli&#233;es entre elles par des rues trac&#233;es au cordeau, pratiquement d&#233;sertes en cette matin&#233;e d'octobre ensoleill&#233;e. C'est ici que vit Iv&#225;n, publicitaire h&#233;berg&#233; par ses parents, et membre de la PAH&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de Vallecas. Piercing au nez et pantalon port&#233; bas, la corpulence et la gouaille d'un Sancho Pansa plut&#244;t que le lyrisme d&#233;sesp&#233;r&#233; du chevalier &#224; la Triste Figure, il s'est impliqu&#233; dans les assembl&#233;es de quartier anti-expulsions depuis le mouvement du 15-M&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A partir du 15 mai 2011 et pendant plusieurs semaines, des milliers de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Marketing de la mis&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1618 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH504/15-10-09infinito.eneko-cc9cd.jpg?1779604761' width='400' height='504' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eneko.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; La PAH est l&#224; pour obtenir ce que l'&#201;tat est incapable d'offrir : le droit &#224; un logement digne pour tous.&lt;/i&gt; &#187; Iv&#225;n, que ses camarades surnomment &#171; Power Ranger &#187;, a l'&#233;locution rapide de celui qui conna&#238;t son sujet sur le bout des doigts. Il manie volontiers l'ironie et d&#233;crit la banlieue o&#249; il vit comme &#171; &lt;i&gt;un quartier familial, tranquille, trop tranquille&lt;/i&gt; &#187;, mais s'&#233;meut lorsqu'il parle d'une famille gitane mise r&#233;cemment sur le trottoir. &#171; &lt;i&gt;Je travaille dans la pub et je peux te vendre ce que je veux&lt;/i&gt;, l&#226;che Iv&#225;n sur un ton provocateur. &lt;i&gt;Surtout si t'es un p&#233;quenot de Legan&#233;s. Mais dans les agences de pub qui bossent pour les banques, c'est des vingtaines, des centaines de mecs comme moi qui se sont &#233;chin&#233;s &#224; faire passer le message : &#8220;Endettez-vous !&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Payer un loyer, c'est jeter l'argent par les fen&#234;tres&lt;/i&gt; &#187;, &#233;tait l'un des slogans les plus martel&#233;s. Les directeurs d'agence proposaient des cr&#233;dits group&#233;s pour acheter maison, voiture neuve et, pourquoi pas, payer les &#233;tudes des enfants. Mais ces hypoth&#232;ques &#233;taient assorties de clauses abusives&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Commission europ&#233;enne pr&#233;conise le d&#233;dommagement des victimes de ces (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, ainsi que de taux d'int&#233;r&#234;t exponentiels. Lorsque la bulle&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#233;tonnage fr&#233;n&#233;tique du territoire (aujourd'hui, 3 millions d'appartements (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; a explos&#233; avec la crise financi&#232;re de 2008, des milliers de ces petits propri&#233;taires ont perdu leur emploi et les moyens de payer leur cr&#233;dit. L'Espagne, comme toutes les nations d&#233;velopp&#233;es, a renflou&#233; avec de l'argent public ces m&#234;mes banques pour leur &#233;viter la ruine apr&#232;s le krach financier de 2008. Et ces derni&#232;res en ont profit&#233; pour faire main basse sur des dizaines de milliers de logements, tout en r&#233;clamant le paiement du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi, lorsque la PAH occupe des &#233;difices vides appartenant aux banques, les activistes parlent de &#171; r&#233;cup&#233;ration &#187;, puisque ces immeubles ont &#233;t&#233; doublement pay&#233;s par la soci&#233;t&#233;. &#171; &lt;i&gt;Pendant les ann&#233;es de la bulle immobili&#232;re, ce pays a v&#233;cu dans une illusion. Si on te fait croire que tu n'es que ce que tu poss&#232;des, tu veux logiquement poss&#233;der au moins autant que ton voisin. Tu veux avoir un appartement et une voiture neuve, emmener ta famille en vacances, sortir dans les bars pour t'empiffrer de gambas... Et puis d'un coup, pfffuit ! Ce mensonge s'&#233;croule et tu te retrouves une main devant et l'autre derri&#232;re. Ce jour-l&#224;, le pouvoir te fait la morale en te disant que tu as v&#233;cu au-dessus de tes moyens. Mais en attendant, certains se sont enrichis sur ton dos. Tout &#231;a, ce n'est pas une crise, c'est une m&#233;ga-arnaque !&lt;/i&gt; &#187;, continue Power Ranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur son iPhone, l'activiste nous montre un graphique. Depuis la crise de 2008, 579 000 &#171; ex&#233;cutions hypoth&#233;caires &#187; (entendez &#171; expulsions &#187;) ont &#233;t&#233; men&#233;es &#224; &#171; bien &#187; dans l'&#201;tat espagnol, et nombre de leurs victimes ont d&#251; se r&#233;fugier chez leur famille ou dans des squats &#8211; o&#249; elles ont c&#244;toy&#233; des expuls&#233;s locatifs. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s le 15-M, tout en conservant son nom, la PAH s'est ouverte aux ex-locataires, et m&#234;me aux squatteurs pur jus, devenant un mouvement transversal pour le droit &#224; un logement digne pour tous et toutes&lt;/i&gt; &#187;, explique Iv&#225;n. Si 71 000 expulsions pour non-paiement d'un cr&#233;dit immobilier ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;es depuis 2013, 94 000 expulsions locatives ont eu lieu dans le m&#234;me laps de temps. &#171; &lt;i&gt;Pour forcer le gouvernement &#224; l&#233;gif&#233;rer, nous avons d&#251; aller jusqu'&#224; mettre en avant le suicide d'un couple de personnes &#226;g&#233;es le jour o&#249; il allait &#234;tre expuls&#233; de son appartement&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Iv&#225;n.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mis sous pression par une situation sociale explosive, le gouvernement du Partido popular (PP)&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Droite de gouvernement, antisociale et corrompue.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; a improvis&#233; un d&#233;hanch&#233; de torero esquivant le coup de corne : il a fait voter une loi qui permet &#224; certaines familles nombreuses en difficult&#233; de b&#233;n&#233;ficier d'un moratoire de deux ans sur le paiement de leur cr&#233;dit. Moratoire durant lequel les int&#233;r&#234;ts de la dette continuent de gonfler&#8230; D'autre part, dans certains cas extr&#234;mes, il existe aujourd'hui la possibilit&#233; d'abandonner son bien &#224; la banque et que celle-ci &#171; pardonne &#187; la dette&#8230; 5 000 foyers ont pu ainsi rendre les cl&#233;s de leur appartement sans devoir continuer &#224; payer leur cr&#233;dit, op&#233;ration joliment baptis&#233;e &#171; &lt;i&gt;daci&#243;n en pago&lt;/i&gt; &#187; (donation &#224; titre de paiement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;changes de bons proc&#233;d&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vallecas, district (arrondissement) populaire de Madrid, petites maisons basses, blanches et grises, aux airs d'Am&#233;rique latine, immeubles d&#233;fra&#238;chis, en contraste avec le centre-ville. La PAH occupe cinq &#233;difices pour y loger des familles sans toit. Le jour de notre arriv&#233;e, onze d'entre elles viennent d'&#234;tre relog&#233;es par la Sareb &#224; force de pressions. La Sareb, c'est &#171; &lt;i&gt; el banco malo&lt;/i&gt; &#187;, une soci&#233;t&#233; financi&#232;re dont le capital, majoritairement priv&#233;, est garanti par l'&#201;tat. Grosse lessiveuse l&#233;gale cr&#233;&#233;e en 2012 pour racheter les actifs toxiques accumul&#233;s par les banques et les caisses d'&#233;pargne, elle g&#232;re un parc immobilier cons&#233;quent et, de ce fait, se trouve souvent confront&#233;e &#224; la PAH : on vous rend les immeubles qu'on occupe si vous relogez leurs habitants. &#192; interlocuteur foireux, n&#233;gociations forc&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le centre social autog&#233;r&#233; La Villana de Vallekas, en ce mercredi 7 octobre, a lieu une assembl&#233;e. Une centaine de participants se sont install&#233;s dans une pi&#232;ce en L trop &#233;troite. Malgr&#233; l'exig&#252;it&#233;, la r&#233;union se d&#233;roule sans accroc, entre &#233;motion, appui mutuel (&lt;i&gt;apoyo mutuo&lt;/i&gt;)&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Reprise d'un principe d'organisation du XIXe si&#232;cle popularis&#233; par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, projets et r&#233;solutions. Une m&#232;re de famille colombienne remercie les pr&#233;sents : &#171; &lt;i&gt;Gr&#226;ce &#224; vous, gr&#226;ce &#224; nous, mes enfants et moi avons un toit aujourd'hui.&lt;/i&gt; &#187; Elle a du mal &#224; retenir ses larmes et les gens l'applaudissent &#224; tout rompre. &#171; &lt;i&gt;&#161; S&#237; se puede ! &#161; S&#237; se puede !&lt;/i&gt; &#187;, scande-t-on en ch&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nouvelle venue expose son cas, et quelqu'un lui r&#233;pond sur la base de sa propre exp&#233;rience : &#171; &lt;i&gt;Tu dois d'abord aller voir ton banquier pour qu'il mette un coup de tampon sur ce formulaire qui confirme que tu n&#233;gocies l'&#233;chelonnement du paiement de ta dette. &#199;a te prot&#232;gera d'une expulsion imm&#233;diate. S'il le faut, je t'accompagnerai pour une deuxi&#232;me visite, il n'a pas le droit de refuser. Et s'il fait encore la forte t&#234;te, on lui dira que la prochaine fois, on reviendra &#224; dix, puis &#224; vingt.&lt;/i&gt; &#187; Au bout de cinq ans d'actions directes, de harc&#232;lement verbal et de communiqu&#233;s-chocs, les banquiers savent que la PAH ne plaisante pas. Sa capacit&#233; de mobilisation est telle qu'en moins de deux, elle peut organiser un pique-nique sauvage pour bloquer une agence ou transformer leur si&#232;ge en guinguette avec bal populaire ! &#171; &lt;i&gt;Il faut que tu sois patiente. Moi &#231;a a pris un an avant qu'on me trouve o&#249; dormir. Mais n'oublie pas : jamais une banque ne nous a intimid&#233;s ! Elle va c&#233;der, elles c&#232;dent toujours face &#224; nous&lt;/i&gt; &#187;, insiste une m&#232;re de famille africaine relog&#233;e. Voil&#224; la nouvelle venue bien arm&#233;e pour entamer la p&#233;nible ascension des d&#233;m&#234;l&#233;s administratifs post-expulsion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e fait preuve d'une capacit&#233; d'accueil et d'&#233;coute exemplaire, tout en restant ferme sur le d&#233;roul&#233; des d&#233;bats. La mod&#233;ratrice de s&#233;ance n'h&#233;site pas &#224; couper la parole &#224; celui qui s'&#233;gare : &#171; &lt;i&gt;Paco, tu as d&#233;j&#224; racont&#233; ton histoire la derni&#232;re fois, garde ta salive pour le travail en commission !&lt;/i&gt; &#187; L'assistance, attentive, est h&#233;t&#233;roclite : prolos espagnols, femmes de m&#233;nage sud-am&#233;ricaines, Antillaises, Maghr&#233;bins, une vieille dame permanent&#233;e, quelques Subsahariens, un ou deux avocats sp&#233;cialis&#233;s en droit du logement, une poign&#233;e d'activistes &#224; dreadlocks, des enfants courant entre les jambes des adultes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et une jeune Scandinave, Lotta, tomb&#233;e amoureuse du pays lors du mouvement d'occupation des places du 15-M, alors qu'elle &#233;tait &#233;tudiante Erasmus. Depuis, elle vit ici et conna&#238;t les m&#234;mes difficult&#233;s que beaucoup. Dans l'impossibilit&#233; de payer sa part de loyer dans une coloc' sans bail l&#233;gal, elle a rejoint la PAH et occupe un immeuble avec quatre familles. Juste avant l'AG, sur le toit-terrasse, Lotta &#233;tait pendue &#224; son portable, d'o&#249; elle venait d'envoyer un communiqu&#233; de presse annon&#231;ant la victoire de onze familles relog&#233;es. &#171; &lt;i&gt; Nous avons n&#233;goci&#233; des loyers calcul&#233;s par rapport aux revenus de chaque foyer, ne pouvant pas d&#233;passer 10% de ces revenus s'ils se situent en dessous du salaire minimum. Mais comme avec la loi de 2013 les baux sont de trois ans, les gens restent membres de la PAH en pr&#233;vision de possibles augmentations &#224; la fin du bail. &#192; terme, comme ces situations risquent de se g&#233;n&#233;raliser, nous allons finir par devenir un syndicat de locataires des banques !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s s'&#234;tre congratul&#233;e pour le relogement des onze familles, l'assembl&#233;e se divise en quatre commissions : la premi&#232;re n'est pas ouverte, car elle pr&#233;pare en secret l'occupation d'un nouvel immeuble pr&#233;vue pour le mardi suivant ; la seconde, baptis&#233;e ironiquement &lt;i&gt;Obras sociales&lt;/i&gt; (en souvenir des &#339;uvres sociales et des patronages culturels des caisses d'&#233;pargne&#8230;), s'occupe des n&#233;gociations avec les banques autour des immeubles d&#233;j&#224; occup&#233;s ; la troisi&#232;me, &#171; &lt;i&gt;hipoteca&lt;/i&gt; &#187;, aborde aujourd'hui l'&#233;pineux sujet de la relation avec la nouvelle mairie et son tout nouveau &#171; Bureau de m&#233;diation hypoth&#233;caire &#187; ; la derni&#232;re commission s'occupe des multiples d&#233;m&#234;l&#233;s avec Bankia.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH374/1579-naufragios-miguel-brieva-58740.jpg?1780240221' width='500' height='374' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Miguel Brieva.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fonction sociale du logement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bankia est n&#233;e en 2010 de la fusion de sept caisses d'&#233;pargne, avec une participation de l'&#201;tat &#224; hauteur de 45%. Son pr&#233;sident, Rodrigo Rato, ancien ministre de l'&#201;conomie du gouvernement Aznar et directeur g&#233;n&#233;ral du FMI de 2004 &#224; 2007, l'a fait entrer en bourse en 2012, obligeant peu apr&#232;s l'&#201;tat &#224; y injecter 24 milliards pour &#233;viter la faillite. Rato est actuellement poursuivi pour blanchiment de capitaux, fraude fiscale, escroquerie, faux et usage de faux, ainsi que pour avoir &#171; consenti, favoris&#233; et accept&#233; &#187; l'usage de cartes de cr&#233;dit de complaisance &#8211; appel&#233;es &#171; &lt;i&gt;tarjetas black&lt;/i&gt; &#187; &#8211; g&#233;n&#233;reusement distribu&#233;es aux dirigeants de Bankia et &#224; des hommes politiques. &#192; Vallecas, nombreuses sont les familles expuls&#233;es par cette mafia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;unie dans le bar du centre social, la commission Bankia se penche sur des histoires personnelles, au cas par cas, et cherche &#224; trouver des solutions pratiques &#224; des probl&#232;mes souvent dramatiques. Une Dominicaine et son fils adolescent expliquent que leur logement, achet&#233; &#224; cr&#233;dit, tombe en ruine. &#171; &lt;i&gt;Regardez cette photo, le plafond est fissur&#233; de part en part, on a d&#251; poser six &#233;tais autour de la table du salon ! Comme le sinistre est d'origine structurelle et affecte tout l'immeuble, la copropri&#233;t&#233; va engager un gros chantier, mais vu que j'ai d&#233;j&#224; du mal &#224; payer mon cr&#233;dit, je vais me retrouver dans une situation impossible. Et mon garant, c'est ma patronne, une vieille dame invalide dont je m'occupe. Je ne peux pas la trahir !&lt;/i&gt; &#187; Comme &#224; chaque intervention, les pr&#233;sents &#233;tudient le dossier en commun et partagent leurs exp&#233;riences. Certaines se proposent &#224; l'accompagnement dans les d&#233;marches administratives. Une autre femme, sud-am&#233;ricaine, raconte que son mari, avec qui elle avait contract&#233; le cr&#233;dit de sa maison, a disparu. Un avocat lui explique qu'elle devra tout tenter pour le recontacter, car aucune n&#233;gociation avec la banque ne pourra se faire sans lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la r&#233;union, on boit des bi&#232;res et on fume sur le trottoir. Ismael, jeune du quartier mari&#233; &#224; une Colombienne avec qui il a un gar&#231;onnet, fait partie du groupe communication, avec Lotta. Il est vigile au Corte Ingl&#233;s, supermarch&#233; haut de gamme, et avoue ne pas faire trop de z&#232;le quand il voit des clients escamoter de quoi manger dans les rayons. &#171; &lt;i&gt; On fait partie des onze familles relog&#233;es, mais on ne va pas s'arr&#234;ter l&#224; : &#8220;Aujourd'hui pour moi, demain pour toi&#8221;, voil&#224; ce que veut dire l'appui mutuel. La PAH-Vallecas, c'est devenu une grande famille. Quand on organise des f&#234;tes, les Bukaneros, un gros club de supporters antifascistes, viennent nous soutenir. Ce quartier a une longue histoire de luttes ouvri&#232;res, de campements gitans, de comit&#233;s de quartier&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la relation avec la nouvelle mairie ? Moue dubitative. &#171; &lt;i&gt;Des amis qui sont &#224; l'int&#233;rieur nous disent que nous ne sommes pas en odeur de saintet&#233; aupr&#232;s des plus ti&#232;des du conseil municipal. Selon eux, nous agissons en marge de la l&#233;galit&#233;, et ils pr&#233;f&#232;rent nous laisser nous d&#233;merder avec les banques&#8230; D'ailleurs, jusqu'ici, Manuela Carmena s'est r&#233;unie avec les banquiers, mais pas avec nous. Elle a d&#233;clar&#233; Madrid &#8220;ville anti-expulsions&#8221;, or les expulsions locatives continuent bel et bien.&lt;/i&gt; &#187; Ismael tire sur sa cigarette, le regard fix&#233; sur un point invisible, au-del&#224; de cette ruelle bord&#233;e de maisons d&#233;caties. &#171; &lt;i&gt;On verra, on jugera sur pi&#232;ce.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lotta ne dit pas autre chose : &#171; &lt;i&gt;La promesse d'Ahora Madrid&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Liste de convergence, avec &#224; sa t&#234;te la juge &#171; rouge &#187; Manuela Carmena, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;i&gt;d'exproprier les logements aux mains des banques avait fait na&#238;tre un grand espoir. Maintenant, ils disent que ce n'est pas de leur comp&#233;tence. Leurs mesures nous paraissent insuffisantes. Le bureau de m&#233;diation n&#233;gocie un &#233;chelonnement de la dette, quand nous nous battons pour sa suppression. Et puis les expulsions pour hypoth&#232;que ne constituent que 15% du total des expulsions. L'id&#233;e n'est pas de se battre pour le droit &#224; la propri&#233;t&#233; de la classe moyenne, mais pour un droit universel au logement.&lt;/i&gt; &#187; En fin de soir&#233;e, Ismael et sa compagne nous raccompagnent en voiture au m&#233;tro, pour que la lourde porte automatique d'acc&#232;s aux quais ne se ferme pas sur notre nez.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les banques. Elle s'est &#233;largie aux locataires et squatteurs expuls&#233;s. Pr&#233;sente dans plus de 240 quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A partir du 15 mai 2011 et pendant plusieurs semaines, des milliers de personnes sans drapeau ni parti occupent les places au cri de &#171; &lt;i&gt;Ils ne nous repr&#233;sentent pas !&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;D&#233;mocratie r&#233;elle maintenant ! &lt;/i&gt; &#187;, exprimant une d&#233;fiance radicale vis-&#224;-vis de la classe politique. Le mouvement, au d&#233;part fragile, a &#233;t&#233; fondateur pour l'engagement politique de toute une jeunesse espagnole touch&#233;e par un fort taux de ch&#244;mage (18% en 1996, 8% en 2006, 22% en 2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Commission europ&#233;enne pr&#233;conise le d&#233;dommagement des victimes de ces clauses abusives, ce qui supposerait le paiement de 20 milliards d'euros par les banques, soit 1,5% du PIB espagnol (eldiario.es, 28 octobre 2015). la PAH pose la question : combien de milliers d'expulsions &#233;taient donc ill&#233;gales ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;B&#233;tonnage fr&#233;n&#233;tique du territoire (aujourd'hui, 3 millions d'appartements vides) dop&#233; par les banques et le blanchiment d'argent. Entre 1996 et 2007, le taux de propri&#233;taires dans le pays passait &#224; 80%. Des centaines de milliers de familles seront ruin&#233;es par l'explosion de la bulle. Entre 2007 et 2008, les constructions chutent de 25%, 2 millions de personnes se retrouvent au ch&#244;mage du jour au lendemain. Ne pouvant plus payer leur cr&#233;dit ou leur loyer, 600 000 familles ont &#233;t&#233; depuis expuls&#233;es de leur logement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Droite de gouvernement, antisociale et corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Reprise d'un principe d'organisation du XIXe si&#232;cle popularis&#233; par Kropotkine dans &lt;i&gt;La morale anarchiste&lt;/i&gt;. Ce principe d'action se r&#233;pand aujourd'hui comme une tra&#238;n&#233;e de poudre dans les mouvements et centres sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Liste de convergence, avec &#224; sa t&#234;te la juge &#171; rouge &#187; Manuela Carmena, ayant remport&#233; la mairie de Madrid en mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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