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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Rouges au bar, jaunes dans les verres</title>
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		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#192; Marseille, il fut un temps o&#249; Juliette, &#201;liane, Nicole et Monique se baignaient dans la rivi&#232;re du Jarret &#224; c&#244;t&#233; de l'usine de soufre. Il fut un temps o&#249; l'on ramassait la salade &#224; deux pas de Menpenti, un temps o&#249; le foyer populaire fut rachet&#233; par des communistes pour en faire un dispensaire gratuit, une biblioth&#232;que, un bistrot, un lieu de vie. Marseille, 1936, rue Brandis. Un bar est rachet&#233; par une poign&#233;e de militants communistes apr&#232;s les longues gr&#232;ves du mois de juin. Un bar (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Pierre-Doize" rel="tag"&gt;Pierre Doize&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Marseille, il fut un temps o&#249; Juliette, &#201;liane, Nicole et Monique se baignaient dans la rivi&#232;re du Jarret &#224; c&#244;t&#233; de l'usine de soufre. Il fut un temps o&#249; l'on ramassait la salade &#224; deux pas de Menpenti, un temps o&#249; le foyer populaire fut rachet&#233; par des communistes pour en faire un dispensaire gratuit, une biblioth&#232;que, un bistrot, un lieu de vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2915 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L200xH284/-1159-32076.jpg?1768650498' width='200' height='284' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;148 de CQFD
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;M&lt;/span&gt;arseille, 1936, rue Brandis. Un bar est rachet&#233; par une poign&#233;e de militants communistes apr&#232;s les longues gr&#232;ves du mois de juin. Un bar mais aussi un centre social organis&#233; autour du Parti. En 1948, ce sont pas moins de 39 bars qui seront tenus par les communistes de Marseille. Si l'on est un bon communiste, gare aux tourn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;80 ans plus tard, &lt;/strong&gt;nous sommes assis avec Monique et Eliane, deux s&#339;urs qui ont pass&#233; leur vie dans le quartier de Menpenti. La salle s'appelle Robert Perez, je demande &#224; Monique qui &#233;tait le monsieur. Elle s'&#233;crie : &lt;i&gt;&#171; Mais c'est mon mari. &#187; &lt;/i&gt;Robert a tenu le comptoir des ann&#233;es durant avant qu'Alain et Nicole, sa s&#339;ur, ne reprennent le flambeau. D'autres ont suivi : David, Michel, jusqu'&#224; &#201;tienne aujourd'hui. Tous militants. &lt;i&gt;&#171; Robert il fallait pas trop lui parler ! Le matin surtout. Un jour qu'un client venait lui raconter sa vie, il a mis la grille de la pompe &#224; bi&#232;re devant son visage pour singer le confessionnal. &#187; &lt;/i&gt;Monique et Eliane trouvent que c'est p&#233;nible d'&#233;couter tous les jours des confessions : &lt;i&gt;&#171; Que sa femme n'a pas voulu coucher avec lui, etc. &#187; &lt;/i&gt;Eliane ajoute : &lt;i&gt;&#171; Je m'en bats les choses ! &#187; &lt;/i&gt;Monique travaillait comme &#171; tata &#187; dans les &#233;coles puis elle venait remplacer son mari au comptoir. Ici on ne vire pas les gens parce qu'ils ne partagent pas vos opinions. &lt;i&gt;&#171; Un jour entre un bonhomme avec &lt;/i&gt;Le Monde &lt;i&gt;soigneusement pli&#233; sous le bras. Robert lui dit : &#8220;Vous pouvez le montrer. On va pas vous manger&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;Dans la salle Robert-Perez, &lt;/strong&gt;on aura tout fait, tout vu. Du ping-pong, des meetings, des soir&#233;es de danse, et m&#234;me une veill&#233;e fun&#232;bre, celle du d&#233;put&#233; Pierre Doize, ancien d&#233;port&#233; qui savait lever le coude. Il se tue en 1979 avec sa femme en revenant d'un congr&#232;s d'anciens d&#233;port&#233;s &#224; Narbonne. &lt;i&gt;&#171; Sa femme Antoinette s'&#233;tait asperg&#233;e de vitriol pour ne pas &#234;tre prise comme fille de vie par les Allemands. On le voyait bien qu'elle avait &#233;t&#233; belle &#187;, &lt;/i&gt;racontent-elles. Pierre Doize travaillait au port de Marseille, avant d'&#234;tre licenci&#233; pour ses opinions politiques. C'&#233;tait un temps o&#249; les ouvriers devenaient des d&#233;put&#233;s tandis que de l'autre c&#244;t&#233; se reproduisaient les m&#233;decins et les profs. &lt;i&gt;&#171; C'&#233;tait un ma&#231;on qui faisait du judo &#187;, &lt;/i&gt;pr&#233;cise Monique. Pour &#201;liane, c'&#233;tait son &lt;i&gt;&#171; p&#232;re spirituel &#187;. &#171; Alors, quand certaines me disent que les camps de la mort, &#231;a n'a pas exist&#233;&#8230; &#8220;Putain de merde de la connasse !&#8221; &#187;, &lt;/i&gt;s'insurge-t-elle en termes choisis. Pourtant ces militantes ont encore fort &#224; faire au comptoir avec les discours racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Durant la guerre d'Alg&#233;rie, &lt;/strong&gt;les camarades montent des tours de garde. &lt;i&gt;&#171; Il s'y tenait des rondes depuis l'Indochine, &#187; &lt;/i&gt;pr&#233;cise Monique. L' OAS canarde la vitrine, une autre fois une grenade blesse des militants. &lt;i&gt;&#171; On montait la garde m&#234;me en 68. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e lors d'une manif &#224; l'&#233;poque&#8230; &#187;, &lt;/i&gt;se souvient &#201;liane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le quartier rouge de Menpenti, &lt;/strong&gt;comme on l'appelait apr&#232;s-guerre, devait aussi sa r&#233;putation &#224; l'implantation de la CGT. Lors de la bataille contre la loi Travail, les militants de tous poils se sont retrouv&#233;s encore ici au comptoir. Mais au Foyer, c'est le Parti qui commande. Il n'en reste pas moins qu'ici c'est encore populaire. Et le prix des consommations est en rapport avec la classe sociale. &#192; c&#244;t&#233; de nous, Louis, Jacques et Jeannot jouent sagement au rami, mais &#224; l'heure de l'ap&#233;ro, &#231;a tourne autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie du foyer &lt;/strong&gt;ce sont les femmes de la famille qui l'animent : Nicole par exemple qui fait &#224; manger lors des stages syndicaux. D'origine italienne par ses parents, elle appr&#233;cie quand la chorale La Lutte enchant&#233;e, qui a pris ses quartiers au foyer, lui d&#233;dicace &lt;i&gt;&#171; Bella Ciao &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un soir, &lt;/strong&gt;c'est un habitu&#233; qui se r&#233;jouit de la pluie : &lt;i&gt;&#171; Elle fait mon travail. &#187; &lt;/i&gt;Il balaie les rues de Marseille. Puis il proclame : &lt;i&gt;&#171; Il n'y a plus de bataille politique depuis dix ans. &#187; &lt;/i&gt;&#201;tienne qui tenait la buvette pour le PC n'aurait jamais pens&#233; atterrir derri&#232;re le comptoir. Il est du 1er arrondissement. Au ch&#244;mage il a pris le boulot derri&#232;re un militant lyonnais des JC. Derri&#232;re eux, les autocollants CGT de toutes les bo&#238;tes de Marseille cernent le plus beau : &#171; Allez L'OM &#187; qui fait le fier face au drapeau de la Paix. Pour s&#251;r, on trouve ici trois marques de pastagas mais c'est toujours un communiste qui le sert.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Christophe Goby&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;P&#233;p&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;M&lt;/petitelettrine&gt;on arri&#232;re-grand-m&#232;re est morte apr&#232;s une cuite en tombant dans le foss&#233; &#224; Abrest, dans l'Allier. Il n'y a pas de plaque mais je le sais. Son fils qu'on appelait le &#171; Marquis de Brages &#187; d&#233;valait de son terrain vague en mobylette, saoul comme un cochon. C'&#233;tait un ivrogne sympathique. Il est mort il y a dix ans lui aussi, au dessus de &lt;i&gt;La Cascade, un &lt;/i&gt;bar que j'affectionne rien que pour son nom. Il &#233;voque l'eau qui descend dans le verre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Son fr&#232;re, mon grand-p&#232;re&lt;/strong&gt;, est parti mourir &#224; l'h&#244;pital apr&#232;s un cancer contract&#233; &#224; la cigarette et &#224; l'alcool. Peut-&#234;tre aussi &#224; l'amiante vu qu'il &#233;tait plombier de son &#233;tat. Un plombier qui ne refusait jamais un verre. Un plombier qui refusait de se faire payer, ce qui mettait ma grand-m&#232;re dans tous ses &#233;tats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Partir de troquet en bistrot&lt;/strong&gt; et chalouper sous l'&#233;paule de p&#233;p&#233; vers une autre rive, un autre bar, &#233;tait un plaisir pour moi, quand j'&#233;tais adolescent. Mon grand-p&#232;re connaissait tous les clients des bistrots de son quartier et partout il me pr&#233;sentait. Les cirrhoses me zieutaient, les yeux fatigu&#233;s sur les poches de Ricard me saluaient avec chaleur. &lt;i&gt;&#171; Oh le petit-fils de Roger ! &#187; &lt;/i&gt;Et on nous payait une tourn&#233;e. Partout cette odeur fascinante de Ricard et de sirop m&#234;l&#233;s. Partout ces vieux comptoirs avec leurs machines &#224; cacahou&#232;tes rouges. Tourner la poign&#233;e et les voir descendre pendant que mon oreille guettait le bruit de l'eau qui chutait dans le jaune. La t&#233;l&#233; n'&#233;tait pas encore arriv&#233;e dans nos bars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Roger&lt;/strong&gt; fr&#233;quentait tout ce qu'on faisait de mieux en PMU aussi. &lt;i&gt;Le Tilleul &lt;/i&gt;portait mal son nom sauf pour l'arbre qui a d&#251; &#234;tre abattu. L'ambiance y &#233;tait &#224; la clope : la gitane et la goldo. On y poin&#231;onnait le tierc&#233; quand on ne se rendait pas directement au champ de course, o&#249; il avait ses entr&#233;es. C'&#233;tait moins tranquille comme ambiance. Il se jouait des choses graves. On y jouait sa paye en ce temps-l&#224;. Roger m'expliquait les courses dans ces bars : Plac&#233;, Gagnant, les cotes et les &#233;curies, et le c&#233;r&#233;monial des courses, quand les chevaux s'&#233;lancent derri&#232;re la voiture, et encore le cheval qui est disqualifi&#233; quand il galope au lieu de trotter. Tout &#231;a derri&#232;re un comptoir rempli de d&#233;sespoir souvent. De joie aussi au moment du final quand les jockeys cravachent leurs chevaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parfois, c'&#233;tait une tourn&#233;e de blanc&lt;/strong&gt; ou de rouge lim&#233;. Le matin avait ses faveurs quand tr&#244;naient sur le comptoir des oeufs durs. Ces oeufs dans leur pr&#233;sentoir, c'&#233;tait une f&#234;te. Comme les grenadines que les tenanciers ne manquaient jamais de nous offrir. Les colorants &#233;taient plus rares. Menthe ou grenadine. Le bonheur &#233;tait complet. Et quand il y avait un baby-foot, alors l&#224;&#8230; c'&#233;tait Luna-park. On ne m'aurait jamais fait d&#233;coller pour Disneyland, moi qui avais fait une cinqui&#232;me option baby-foot. P&#233;p&#233;, lui, redoublait son CAP de comptoir en comptoir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;C. G.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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