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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Th&#233;&#226;tre de l'ombre</title>
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		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;&#192; Naples, pendant dix ans, la compagnie Liberanti, form&#233;e par des taulards et des ex-taulards, a port&#233; son th&#233;&#226;tre jusqu'au-dehors des prisons. Une &#233;vasion par la culture ? Non, quelque chose de beaucoup plus enthousiasmant, sanglant et amer. Alessandra, qui fut &#224; l'origine du projet, a racont&#233; l'intense exp&#233;rience &#224; CQFD. Sacr&#233;e ambiance dans la petite salle du Teatro Nuovo, le jour de la cl&#244;ture du festival Chi racconta la citt&#224;, organis&#233; par le journal ind&#233;pendant Napoli Monitor. On y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no98-mars-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;98 (mars 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Napoli" rel="tag"&gt;Napoli&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; Naples, pendant dix ans, la compagnie Liberanti, form&#233;e par des taulards et des ex-taulards, a port&#233; son th&#233;&#226;tre jusqu'au-dehors des prisons. Une &#233;vasion par la culture ? Non, quelque chose de beaucoup plus enthousiasmant, sanglant et amer. Alessandra, qui fut &#224; l'origine du projet, a racont&#233; l'intense exp&#233;rience &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sacr&#233;e ambiance dans la petite salle du Teatro Nuovo, le jour de la cl&#244;ture du festival Chi racconta la citt&#224;, organis&#233; par le journal ind&#233;pendant Napoli Monitor. On y a vu quatre courts-m&#233;trages : le premier sur une gla&#231;ante prison psychiatrique en voie de fermeture, le deuxi&#232;me sur une troupe de transsexuels du Quartieri Spagnoli (pr&#233;sents dans la salle), le troisi&#232;me d'Alessandra Cutolo sur trois femmes du quartier chaud de Forcella (pr&#233;sentes aussi) et le dernier &#233;tait un documentaire de l'ex-taulard Gaetano Di Vaio sur trois familles de ferrailleurs de la p&#233;riph&#233;rie napolitaine. Entre chaque projection, Antonella Monetti, accord&#233;on sur le ventre, poussait la chansonnette. Au r&#233;pertoire, les vieux succ&#232;s de Sergio Bruni, le cabaret de Raffaele Viviani&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alessandra, Gaetano et Antonella ont en commun une exp&#233;rience exceptionnelle : avoir tenu &#224; bout de bras pendant dix ans une compagnie de th&#233;&#226;tre, Liberanti&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Liberanti : lib&#233;rables.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, compos&#233;e presque exclusivement de taulards. &#201;tudiante &#224; Aix-en-Provence (Bouches-du-Rh&#244;ne) dans les ann&#233;es 1990, Alessandra a enseign&#233; l'italien &#224; la maison d'arr&#234;t de Luynes. &lt;i&gt;&#171; J'avais &#233;t&#233; embauch&#233;e par l'association G&#233;n&#233;pi, apr&#232;s une &#233;meute dans la taule. On me laissait seule, enferm&#233;e dans une cellule avec six ou sept d&#233;tenus, fils ou petits-fils d'immigr&#233;s, qui parlaient un dr&#244;le de m&#233;lange de marseillais et de dialectes de l'Italie m&#233;ridionale. &#187;&lt;/i&gt; De retour &#224; Naples, au centre social Diego Armando Maradona du quartier de Montesanto, elle est contact&#233;e par des ex-militants des Brigades rouges pour faire du &lt;i&gt;&#171; travail politique &#187;&lt;/i&gt; dans les prisons. En 2002, elle finira par se d&#233;tacher de ces parrains trop envahissants et lancera une troupe qui jouait du Beckett en dialecte&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/98-nono-478f5.png?1779602834' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;napolitain devant les familles de d&#233;tenus&#8230; &lt;i&gt;&#171; La directrice de la prison &#233;tait fi&#232;re, elle se sentait comme une reine. &#187;&lt;/i&gt; Le succ&#232;s fut tel que l'administration p&#233;nitentiaire se laissa convaincre de donner des permis de sortie pour que les d&#233;tenus-acteurs puissent r&#233;p&#233;ter et jouer en ville, puis dans la r&#233;gion. Les familles, et ensuite un public plus large, en redemandaient.&lt;i&gt; &#171; Les p&#232;res &#233;taient fiers de jouer devant leurs fils, et que les gens payent pour venir voir ce qu'ils avaient cuisin&#233; in galera&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In galera : en prison.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;pour venir voir ce qu'ils avaient &#224; dire &#224; la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Les matons de l'escorte s'asseyaient dans l'obscurit&#233; de la salle, non loin des familles.&lt;i&gt; &#171; Mais certains spectateurs venaient un peu voir les b&#234;tes sauvages, comme au cirque&#8230; Oui, c'&#233;tait comme un cirque intellectualis&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Puis, de fil en aiguille, on a eu des permis de sortie sans gardiens. Situation bancale : Antonella et moi &#233;tions cens&#233;es d&#233;noncer les incartades. Les &#233;pouses louaient des chambres d'h&#244;tel &#224; proximit&#233; des th&#233;&#226;tres pour pouvoir baiser avec leur compagnon. On fermait bien s&#251;r les yeux. Mais malgr&#233; nous, et &#224; l'encontre de notre projet initial qui visait un processus de lib&#233;ration progressive, on devenait peu &#224; peu leurs gardiens. &#187; &lt;/i&gt; Il y a eu une &#233;vasion, o&#249; on a vu la troupe se lancer &#224; la poursuite du fugueur jusque dans la gare centrale, parce qu'il compromettait toute l'exp&#233;rience. &lt;i&gt;&#171; &#201;trange chasse &#224; l'homme&#8230; La loi de la prison veut que tous payent pour la faute d'un seul. &#187;&lt;/i&gt; Finalement, l'&#233;vad&#233; fut arr&#234;t&#233; par les carabinieri chez lui, dans son village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour suppl&#233;er certains prisonniers &#224; qui le juge refusait le permis de sortie, on a fait appel &#224; des ex-taulards, lib&#233;r&#233;s entre-temps. &#199;a a vite g&#233;n&#233;r&#233; des conflits. Un soir, en 2004, il y a eu une baston ultra-violente dans une loge. &#192; coup de tessons de bouteille. Avec Gaetano, on a r&#233;ussi &#224; les s&#233;parer. &#187; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Les copains disaient que le trac leur rappelait l'adr&#233;naline qui pousse au ventre quand tu montes sur un braquage. Mais c'&#233;tait dur, beaucoup de chagrin. Ramener les d&#233;tenus en prison &#224; trois heures du matin, apr&#232;s leur petite heure de gloire, apr&#232;s une repr&#233;sentation o&#249; ils avaient &#233;t&#233; applaudis, apr&#232;s le repas arros&#233; dans une pizz&#233;ria, c'&#233;tait un cr&#232;ve-c&#339;ur&#8230; Ils s'enivraient rapidement : double exp&#233;rience dionysiaque&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Alessandra, les acteurs professionnels ont une exp&#233;rience de la vie assez pauvre, ils vivent en vase clos. Les voyous, eux, ont leurs tripes et leurs douleurs &#224; mettre sur la table. &lt;i&gt;&#171; Des compagnies de th&#233;&#226;tre, puis des producteurs de cin&#233;ma m'ont contact&#233;e pour organiser des castings et trouver des acteurs qui aient &#8220;une gueule&#8221;. J'ai gagn&#233; ma vie comme &#231;a pendant ces derni&#232;res ann&#233;es, jusqu'&#224; la crise actuelle. Il n'y a plus d'argent&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Certains des taulards-acteurs sont devenus c&#233;l&#232;bres. Carmine Paternoster a jou&#233; dans La Temp&#234;te de Shakespeare pour un grand th&#233;&#226;tre public, et le r&#244;le de Saviano dans Gomorra. Gaetano est devenu producteur de documentaires pour la t&#233;l&#233;, il a m&#234;me produit Napoli, Napoli, Napoli, d'Abel Ferrara. Salvatore Striano vient de recevoir un prix &#224; Berlin avec les fr&#232;res Taviani. &lt;i&gt;&#171; Il est du quartier, il a fait partie d'une bande de braqueurs tr&#232;s c&#233;l&#232;bre et aim&#233;e jusque dans le stade du Napoli : les Teste Matte, les t&#234;tes folles&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'histoire a aussi sa face obscure.&lt;i&gt; &#171; Un de nos acteurs principaux est mort d'une balle dans la t&#234;te lors d'un r&#232;glement de comptes, un autre est retomb&#233; pour braquage&#8230; Il y a eu aussi plusieurs morts par overdose : apr&#232;s un long sevrage, le premier shoot est souvent fatal. &#187;&lt;/i&gt; Sans compter les d&#233;pressions, les &#233;pouses abandonn&#233;es, les familles explos&#233;es. &lt;i&gt;&#171; L'exp&#233;rience a &#233;t&#233; intense, &#233;puisante. J'ai vu partir le p&#232;re de mes enfants, il n'en pouvait plus, il est &#224; Rome maintenant. Trop de morts, trop de souffrance. Au bout de dix ans, on a raccroch&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par Nicolas Arraitz, dit &lt;i&gt;Il Polacco&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Liberanti&lt;/i&gt; : lib&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;In galera&lt;/i&gt; : en prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En marge et au pilori</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; C'est une r&#233;quisition citoyenne &#187;, affirment les associations solidaires des cinq familles tziganes &#8211; vingt adultes et douze enfants &#8211; install&#233;es depuis la mi-janvier sur un terrain en bordure du technop&#244;le de Ch&#226;teau-Gombert, quartier p&#233;riph&#233;rique au nord-est de Marseille. La neige est aux portes de la ville, les Roms aussi. Et l'imaginaire local les confond avec les loups. &#171; Depuis qu'on est arriv&#233;s, on n'a vu personne du quartier, seulement la police &#187;, constate Sandou le patriarche. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no97-fevrier-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;97 (f&#233;vrier 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/constate-Sandou" rel="tag"&gt;constate Sandou&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; C'est une r&#233;quisition citoyenne &#187;&lt;/i&gt;, affirment les associations solidaires des cinq familles tziganes &#8211; vingt adultes et douze enfants &#8211; install&#233;es depuis la mi-janvier sur un terrain en bordure du technop&#244;le de Ch&#226;teau-Gombert, quartier p&#233;riph&#233;rique au nord-est de Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La neige est aux portes de la ville, les Roms aussi. Et l'imaginaire local les confond avec les loups. &lt;i&gt;&#171; Depuis qu'on est arriv&#233;s, on n'a vu personne du quartier, seulement la police &#187;&lt;/i&gt;, constate Sandou le patriarche. Les riverains ne s'approchent plus de la pin&#232;de o&#249; ils avaient l'habitude de promener le chien. Ils se contentent de menacer les b&#233;n&#233;voles des associations qui apportent vivres, m&#233;dicaments et couvertures &#224; ces familles d&#233;munies, victimes d'expulsions &#224; r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce bosquet coinc&#233; entre une &#233;cole d'ing&#233;nieurs et une r&#233;sidence ferm&#233;e que le campement de fortune s'est install&#233;. Cabanes, caravanes, tentes faites de b&#226;ches de plastique&#8230; &lt;i&gt;&#171; Nous, on est tziganes, mais on parle surtout le roumain. &#187;&lt;/i&gt; Mariana, jeune m&#232;re de trois enfants dont le mari a disparu depuis plus de deux ans, nous re&#231;oit dans la solide cabane que son p&#232;re, Sandou, a construite en une journ&#233;e. L'int&#233;rieur est accueillant. Des pi&#232;ces de moquette assurent l'&#233;tanch&#233;it&#233; entre vieux volets et planches r&#233;cup&#233;r&#233;es. Un po&#234;le &#224; bois et l'hospitalit&#233; r&#233;chauffent l'ambiance. On offre le caf&#233;, ainsi que des cigarettes. Depuis cinq ans qu'elle est arriv&#233;e &#224; Marseille, la famille a d'abord connu le squat, cit&#233; F&#233;lix-Pyat, puis la gal&#232;re des campements : &#224; proximit&#233; de la gare de Saint-Louis, sous la passerelle de Bougainville, puis dans un entrep&#244;t d&#233;saffect&#233; de La Capelette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mariana et ses parents vivent des poubelles, de la revente d'habits usag&#233;s ou de m&#233;taux recycl&#233;s. &lt;i&gt;&#171; On vendait sur la porte d'Aix, mais on nous a chass&#233;s. La police nous harc&#232;le partout, l&#224; o&#249; on habite et l&#224; o&#249; on travaille. Ils jettent nos marchandises &#224; la poubelle. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers temps, sur le nouveau campement, il y a eu jusqu'&#224; cinq ou six descentes de police par jour. &lt;i&gt;&#171; La Paf&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Police aux fronti&#232;res.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a&lt;i&gt; embarqu&#233; deux p&#232;res de famille, l'un sous le coup d'une OQTF&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Obligation de quitter le territoire fran&#231;ais.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;et l'autre d'un APRF&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral de reconduite &#224; la fronti&#232;re.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;, explique&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_275 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/97_nono-7558b.png?1779603171' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Caroline, de la Ligue des droits de l'homme des Bouches-du-Rh&#244;ne. &lt;i&gt;&#171; Besson a cr&#233;&#233; une nouvelle infraction, appel&#233;e &#8220;Abus de droit au court s&#233;jour&#8221;, qui permet de renvoyer les Roms en Roumanie quand ils d&#233;passent les trois mois de s&#233;jour autoris&#233;s sans pouvoir justifier de ressources, ou si on arrive &#224; prouver qu'ils font des allers-retours. &#187;&lt;/i&gt; En France, une &lt;i&gt;&#171; mesure transitoire &#187;&lt;/i&gt; ferme le march&#233; du travail aux Bulgares et aux Roumains jusqu'en janvier 2014.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'a&#238;n&#233;e de Mariana, Florina, s'occupe du petit fr&#232;re et fait la cuisine pendant que les adultes sillonnent la ville en fourgonnette. Elle se souvient du jour o&#249; elle a voulu inviter &#224; boire le th&#233; un couple de voisins qui promenait leur chien dans le bosquet : &lt;i&gt;&#171; Ils ont cru que c'&#233;tait un pi&#232;ge et sont partis tr&#232;s vite. &#187;&lt;/i&gt; Les habitants de la r&#233;sidence ferm&#233;e, malgr&#233; un tract distribu&#233; pour les sensibiliser, bombardent d'insultes racistes le site Internet de la m&#233;diath&#232;que militante Mille B&#226;bords, qui sert de tribune aux associations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le nouveau maillon faible sur lequel s'acharne le pouvoir. C'est entre autres la pr&#233;sence d'un bivouac de Roms fra&#238;chement expuls&#233;s d'un terrain vague voisin qui a servi de pr&#233;texte &#224; l'interdiction de l'acc&#232;s de la pelouse de la porte d'Aix au public l'&#233;t&#233; dernier. Apr&#232;s la visite du sinistre Gu&#233;ant, le quartier fut inclus dans un &#171; P&#233;rim&#232;tre de s&#233;curisation &#187; participant au grand show s&#233;curitaire pr&#233;-&#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Ch&#226;teau-Gombert, le terrain occup&#233; appartient &#224; 25 % &#224; la ville, 25 % &#224; la communaut&#233; de communes et les 50 % restants se partagent entre la Caisse d'&#201;pargne, Dexia et la caisse des d&#233;p&#244;ts. La ville, tenue par la loi de mettre &#224; disposition des aires d'accueil pour les nomades, fait la sourde oreille et remet toujours &#224; plus tard une table ronde r&#233;clam&#233;e depuis plusieurs mois. &lt;i&gt;&#171; De toute fa&#231;on, c'est pas des vrais nomades puisqu'ils ont construit des cabanes&lt;/i&gt;, persifle une voisine. &lt;i&gt;On a travaill&#233; toute une vie pour avoir une retraite tranquille, et regardez ce qu'on est venus nous coller sur le pas de la porte ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sandou raconte qu'il y a en ce moment des &#233;meutes contre la vie ch&#232;re &#224; Bucarest&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, lire page 7. Bien foutu, ce journal, non ?&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. L&#224;-bas, il a fait un peu tous les m&#233;tiers : palefrenier, gar&#231;on de ferme, chiffonnier, ferrailleur. &lt;i&gt;&#171; Mais la crise a pouss&#233; les non-Gitans &#224; faire les m&#234;mes boulots que nous, et il n'y en a plus assez pour tout le monde. Pourtant, je serais bien rest&#233;, parce qu'en Roumanie, il n'y a pas autant de racisme qu'ici. On est pr&#234;ts &#224; travailler : ma&#231;on, femme de m&#233;nage&#8230; Mais ici, personne ne veut nous faire confiance. &#187; &lt;/i&gt; Puis il nuance :&lt;i&gt; &#171; Il y a aussi des gens qui nous aident sans rien demander en &#233;change. &#187;&lt;/i&gt; Dimanche 5 f&#233;vrier, Mariana a invit&#233; une dizaine de ces b&#233;n&#233;voles &#224; partager un repas dans sa fi&#232;re cabane. Derri&#232;re leur grille &#224; digicode, les voisins ne savent pas ce qu'ils perdent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Police aux fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Obligation de quitter le territoire fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Arr&#234;t&#233; pr&#233;fectoral de reconduite &#224; la fronti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/A-l-Est-c-est-deja-le-printemps'&gt;lire page 7&lt;/a&gt;. Bien foutu, ce journal, non ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; la sauce financi&#232;re</title>
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		<dc:date>2012-01-30T06:36:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ra&#250;l Guill&#233;n</dc:creator>


		<dc:subject>Nono Kadaver</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans la panique suscit&#233;e par la banqueroute grecque de mai 2010, le conseil de l'Union europ&#233;enne a mis en place des m&#233;canismes pour sauver les pays en difficult&#233;. Apr&#232;s les &#171; injections de liquidit&#233; &#187; des premiers mois, c'est maintenant pour augmenter sa &#171; force de frappe &#187; que toute l'Europe se met en quatre. Le pilier actuel de l'usine &#224; gaz cens&#233;e sauver l'euro est le Fonds europ&#233;en de stabilit&#233; financi&#232;re (FESF). Mais comme il n'a que peu de fondement juridique dans les trait&#233;s de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no95-decembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;95 (d&#233;cembre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nono-Kadaver" rel="tag"&gt;Nono Kadaver&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/art" rel="tag"&gt;art&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/FESF" rel="tag"&gt;FESF&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/pilier-actuel" rel="tag"&gt;pilier actuel&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/censee-sauver" rel="tag"&gt;cens&#233;e sauver&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/zone-euro" rel="tag"&gt;zone euro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/traite" rel="tag"&gt;trait&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/traites-europeens" rel="tag"&gt;trait&#233;s europ&#233;ens&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans la panique suscit&#233;e par la banqueroute grecque de mai 2010, le conseil de l'Union europ&#233;enne a mis en place des m&#233;canismes pour sauver les pays en difficult&#233;. Apr&#232;s les &#171; injections de liquidit&#233; &#187; des premiers mois, c'est maintenant pour augmenter sa &#171; force de frappe &#187; que toute l'Europe se met en quatre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pilier actuel de l'usine &#224; gaz cens&#233;e sauver l'euro est le Fonds europ&#233;en de stabilit&#233; financi&#232;re (FESF). Mais comme il n'a que peu de fondement juridique dans les trait&#233;s de l'Union&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des doutes ont &#233;t&#233; exprim&#233;s, et pas seulement par des &#233;conomistes &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, il sera bient&#244;t remplac&#233; par le M&#233;canisme europ&#233;en de stabilit&#233; (MES). C'est &#231;a qui est bien : gr&#226;ce aux proc&#233;dures simplifi&#233;es de r&#233;vision des trait&#233;s europ&#233;ens (art. 48 du trait&#233; de Maastricht), il suffit de changer deux petites lignes d'un article (art. 136 du trait&#233; de Rome) sans passer par les f&#226;cheux parlements des diff&#233;rents pays. Les dix-sept ministres de l'&#201;conomie de la zone euro n'ont plus qu'&#224; parapher en toute tranquillit&#233; le trait&#233; &#233;tablissant le MES, ce qui fut fait le 11 juillet 2011. En attendant la ratification et mise en place du machin, le FESF reste simplement une soci&#233;t&#233; anonyme bas&#233;e au Luxembourg &#8211; en fait, un Sp&#233;cial Purpose V&#233;hicle, montage juridique ad hoc du m&#234;me genre que ceux qu'on utilisa pour titriser les subprimes &#8211;, et dont les actionnaires sont les pays de la zone euro&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;EFSF Framework agreement, p. 2, consultable ici : www.efsf.europa.eu/attachment&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_248 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/95_Mecanisme_Kadaver-cd46d.jpg?1779602883' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le FESF &#8211; et le futur MES &#8211; fonctionne un peu comme le Fonds mon&#233;taire international (FMI), il octroie des pr&#234;ts aux pays dans le besoin &#224; condition que ceux-ci s'engagent dans des programmes d'ajustement suffisamment drastiques. Mais l'argent qu'il pr&#234;te aux pays en difficult&#233;, il l'obtient o&#249; ? Sur les march&#233;s financiers, chez les grands sp&#233;culateurs (les compagnies d'assurance, les banques, les fonds de pension&#8230;), tel le plus vulgaire des &#233;tats souverains. Tout le charme du montage r&#233;side dans le fait que, comme le FESF est garanti par tous les pays de la zone Euro &#8211; c'est le montant de ces garanties qu'on appelle sa &#171; force de frappe &#187; &#8211; il est not&#233; AAA par les trois agences. Il peut ainsi emprunter sur les march&#233;s avec des int&#233;r&#234;ts plus bas que les pays mal not&#233;s par ces m&#234;mes agences. D'ailleurs le FESF s'en vante ouvertement sur son site, section Investors relations : &lt;i&gt;&#171; Nous avons la capacit&#233; d'&#233;mettre des bons not&#233;s AAA garantis par les membres de la zone euro &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;www.efsf.europa.eu/investor_relatio... en anglais. La seule langue, &#224; part (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Manque de bol,&lt;i&gt; &#171; l'agence de notation Standard &amp; Poor's a annonc&#233; mardi 6 d&#233;cembre avoir plac&#233; sous surveillance n&#233;gative la note du FESF &#187;&lt;/i&gt; (lemonde.fr/AFP, 6 d&#233;cembre)...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conditions tr&#232;s sp&#233;ciales qui permettent &#224; un ensemble de pays, dont certains assez mal en point c&#244;t&#233; finances, d'emprunter qualit&#233; AAA, s'appr&#233;cient mieux dans les statuts du futur MES&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cinq mois apr&#232;s sa signature, le texte du trait&#233; du MES n'est disponible (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, qui ressemble en tout point au FESF, sauf qu'il aura le statut d'Institution financi&#232;re internationale, sise elle aussi au Luxembourg. Au final, il s'agit d'un bon gros montage financier que les soci&#233;t&#233;s off-shore des paradis fiscaux pourraient lui envier. Le MES comptera avec un capital de sept cents milliards. Les pays membres fourniront directement une partie de ce capital &#8211; quatre-vingts milliards &#8211;, et s'engageront&lt;i&gt; &#171; inconditionnellement et irr&#233;vocablement &#187;&lt;/i&gt; &#224; d&#233;bourser le reste s'il leur est demand&#233; (art. 8 du trait&#233; &#233;tablissant le MES), et ceci sous huitaine (art. 9), sous peine de perdre leur droit de vote au sein du MES ! Le futur MES sera aussi exon&#233;r&#233; d'imp&#244;ts sur ses propres fonds (art. 31) et son statut juridique lui donnera la capacit&#233; de se pourvoir en justice, pour faire valoir ses droits sur le territoire de chaque pays membre (art. 27). Par contre, les biens et les fonds du MES jouieront d'immunit&#233; juridique et ne pourront en aucun cas &#234;tre saisies. Ses archives et ses locaux seront &#233;galement inviolables et toute personne qui en fera partie, &#224; un niveau suffisamment haut de responsabilit&#233;, jouiera &#233;galement de cette immunit&#233; (art. 30). Et le pompon, c'est que le MES pourra emprunter aupr&#232;s des banques (art. 17), faire &#8211; avec prudence &#8211; des investissements (art. 18) et en distribuer les b&#233;n&#233;fices (art. 19) ! S'il y a des pertes, des m&#233;canismes pour les &#233;ponger sont &#233;videmment pr&#233;vus (art. 21)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du dernier sommet de Bruxelles, le 8 d&#233;cembre, il a finalement &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;, non pas de remplacer le FESF par le MES, mais de les faire fonctionner ensemble un certain temps en avan&#231;ant d'un an la cr&#233;ation du MES. N'a-t-on pas l&#224; comme l'impression de tomber dans un puits sans fond ? En tout cas, &#231;a donne le vertige.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Des doutes ont &#233;t&#233; exprim&#233;s, et pas seulement par des &#233;conomistes &#224; contre-courant comme Fr&#233;deric Lordon (voir sur son blog du &lt;i&gt;Monde Diplomatique&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://blog.mondediplo.net/2011-05-24-Le-plan-de-sauvetage-europeen-est-il-illegal&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Le plan de sauvetage europ&#233;en est-il ill&#233;gal ? &#187;&lt;/a&gt; 24 mai 2011). Un rapport de la Chambre des communes du Royaume-Uni signale, sans trancher, ces incoh&#233;rences (The European Financial Stabilisation Mechanism (EFSM) ; Standard Note : SN/EP/5973, 19 May 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;EFSF Framework agreement, p. 2, consultable ici : &lt;a href=&#034;https://www.efsf.europa.eu/attachments/20111019_efsf_framework_agreement_en.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.efsf.europa.eu/attachments/2011...&lt;/a&gt; (PDF).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.efsf.europa.eu/investor_relations/index.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.efsf.europa.eu/investor_relatio...&lt;/a&gt; en anglais. La seule langue, &#224; part l'anglais, dans laquelle est r&#233;dig&#233;e la plaquette de pr&#233;sentation pour les investisseurs est le japonais. Le FESF a organis&#233; rien moins que quarante r&#233;unions dans le monde entier &#224; la recherche d'investisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cinq mois apr&#232;s sa signature, le texte du trait&#233; du MES n'est disponible qu'en anglais &lt;a href=&#034;http://ec.europa.eu/economy_finance/articles/financial_operations/2011-07-11-esm-treaty_en.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://ec.europa.eu/economy_finance...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mets pas de l'huile !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Mets-pas-de-l-huile</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Mets-pas-de-l-huile</guid>
		<dc:date>2011-12-07T06:44:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Nono Kadaver</dc:subject>
		<dc:subject>Alain</dc:subject>
		<dc:subject>palme</dc:subject>
		<dc:subject>Narbonne</dc:subject>
		<dc:subject>Aude</dc:subject>
		<dc:subject>Sime Darby</dc:subject>
		<dc:subject>petit bourg</dc:subject>
		<dc:subject>bourg situ&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Sime</dc:subject>
		<dc:subject>Darby</dc:subject>
		<dc:subject>Palme prennent</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Parce que leur embarcad&#232;re est convoit&#233; par un g&#233;ant de l'huile de palme, des habitants de Port-la-Nouvelle montent au front. Port&#233; par un argumentaire bien huil&#233; et r&#233;tif aux graisseurs de patte, le comit&#233; No Palme tente d'alerter son monde&#8230; Port-la-Nouvelle, petit bourg situ&#233; &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres de Narbonne (Aude). Les membres du comit&#233; No Palme prennent place dehors, &#224; la fra&#238;che, &#224; deux pas de la gare. &#192; quelques centaines de m&#232;tres, la chemin&#233;e de la cimenterie Lafarge (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no93-octobre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;93 (octobre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nono-Kadaver" rel="tag"&gt;Nono Kadaver&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Darby" rel="tag"&gt;Darby&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Palme-prennent" rel="tag"&gt;Palme prennent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Parce que leur embarcad&#232;re est convoit&#233; par un g&#233;ant de l'huile de palme, des habitants de Port-la-Nouvelle montent au front. Port&#233; par un argumentaire bien huil&#233; et r&#233;tif aux graisseurs de patte, le &lt;a href=&#034;http://nopalmepln.tumblr.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;comit&#233; No Palme&lt;/a&gt; tente d'alerter son monde&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Port-la-Nouvelle, petit bourg situ&#233; &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres de Narbonne (Aude). Les membres du comit&#233; No Palme prennent place dehors, &#224; la fra&#238;che, &#224; deux pas de la gare. &#192; quelques centaines de m&#232;tres, la chemin&#233;e de la cimenterie Lafarge &#233;tire sa hampe gris&#226;tre. Alain : &lt;i&gt;&#171; On sait tr&#232;s peu de choses du projet. C'est dans la presse r&#233;gionale, au printemps dernier, que l'on en a appris les grandes lignes. &#187;&lt;/i&gt; Que voici : la multinationale malaisienne Sime Darby, leader mondial dans le secteur de l'huile de palme, a jet&#233; son d&#233;volu sur Port-la-Nouvelle pour y implanter sa seconde usine de transformation en Europe (la premi&#232;re &#233;tant pr&#232;s de Rotterdam). La raison : Sime Darby vient d'acqu&#233;rir plus de 200 000 hectares de terres au Lib&#233;ria et a besoin d'un site de raffinage en Europe du Sud. L'huile de palme a le vent en poupe, non seulement sur le march&#233; alimentaire, mais aussi dans le secteur &#233;nerg&#233;tique puisque l'Union europ&#233;enne a fix&#233; &#224; 10 % la part des agrocarburants &#224; atteindre en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hosanna ! se sont &#233;cri&#233;s la r&#233;gion Languedoc-Roussillon &#8211; propri&#233;taire du port &#8211; et les &#233;lus locaux. Et tous de pousser &#224; la roue de ce faramineux projet. De l'industrie ! Des cr&#233;ations d'emplois ! Mais si l'affaire fait l'unanimit&#233; chez les &#233;diles, la pl&#232;be ne s'en laisse pas conter : refusant ce projet de tartuffe, elle a cr&#233;&#233; le comit&#233; No Palme &#8211; pour Nouvelles orientations pour des alternatives locales et m&#233;diterran&#233;ennes. Alain, toujours : &lt;i&gt;&#171; Sime Darby ne vient qu'&#224; condition que l'on proc&#232;de &#224; une extension du port. Le co&#251;t des travaux est de deux cent millions d'euros. Cet argent n'aurait-il pas pu &#234;tre mis ailleurs ? Dans la r&#233;implantation de mara&#238;chers, dans la p&#234;che artisanale, la conchyliculture, le d&#233;veloppement de circuits courts ?&#8230; &#187; &lt;/i&gt; De surcro&#238;t, cette expansion empi&#232;terait sur une zone c&#244;ti&#232;re riche en biodiversit&#233;. Sans parler de la hausse du trafic autoroutier, puisque le fonctionnement de l'usine implique le passage quotidien de trois cent quarante camions. Mais ces pr&#233;occupations sont s&#251;rement tr&#232;s &#233;loign&#233;es de celles des dirigeants de Sime Darby, &#224; la lumi&#232;re de leurs faits d'armes. En Indon&#233;sie et en Malaisie, cette firme a particip&#233; activement aux campagnes de d&#233;forestation sauvage afin de replanter des palmiers &#224; huile. Un exemple parmi d'autres : sur l'&#238;le de Sumatra, l'&#233;quivalent de &lt;i&gt;&#171; 400 terrains de football &#187;&lt;/i&gt; est ras&#233; quotidiennement&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde diplomatique, d&#233;cembre 2009.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour rassurer Sime Darby&lt;/i&gt;, poursuit Alain, &lt;i&gt;Bernard Ballester, le pr&#233;sident de la chambre de commerce et d'industrie, a d&#233;clar&#233; qu'&#224; Port-la-Nouvelle, &#8220;il n'y a pas de docker&#8221;. Ce qui veut dire : ici, vous serez tranquilles. Pourquoi Sime Darby n'a-t-elle pas choisi Marseille ? Parce qu'ici les types bossent quarante heures par semaine, dans une vraie pr&#233;carit&#233;. Et comme il n'y a pas de syndicat, il n'y a aucun risque de contestation. &#187;&lt;/i&gt; Et quand bien m&#234;me il y en aurait&#8230; &#192; l'origine, la prud'homie de p&#234;che&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les prud'homies de p&#234;che sont des organisations ayant comp&#233;tence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#233;tait membre du comit&#233;, mais un &#233;lu aurait fait pression sur les p&#234;cheurs pour qu'ils la mettent en sourdine, promettant que les emplois cr&#233;&#233;s &#8211; une vingtaine selon les derni&#232;res estimations &#8211; leur seraient r&#233;serv&#233;s. Ce qui fait dire &#224; Paul, autre membre de No Palme : &lt;i&gt;&#171; Les p&#234;cheurs qui ont accept&#233; les cacahu&#232;tes de la mairie vont devenir les larbins de Sime Darby. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une raison bien plus explosive pousse &#224; s'opposer &#224; ce projet. Port-la-Nouvelle abrite en son sein quatre d&#233;p&#244;ts class&#233;s Seveso &#171; seuil haut &#187; (gaz liqu&#233;fi&#233;, p&#233;trole et alcool). Le port d&#233;pote chaque mois 1 500 tonnes de nitrate d'ammonium en provenance de Bayonne (Pyr&#233;n&#233;es-Atlantiques) et &#224; destination du Maghreb. Albert, autre opposant, a potass&#233; sa chimie : &lt;i&gt;&#171; Le nitrate d'ammonium est utilis&#233; comme engrais. Mais c'est aussi un explosif. Si tu le m&#233;langes avec un corps gras, de l'huile v&#233;g&#233;tale par exemple, tu d&#233;cuples ses capacit&#233;s d&#233;tonantes. Il n'est pas difficile d'imaginer la puissance qu'aurait une explosion aliment&#233;e par le stockage de milliers de tonnes d'ol&#233;agineux. Port-la-Nouvelle serait ray&#233;e de la carte. &#187;&lt;/i&gt; En octobre 2009, un silo de l'usine Lafarge a pris feu, mais le grand boum a &#233;t&#233; &#233;vit&#233; de peu. En juillet 2010, un camion transportant du GPL s'est enflamm&#233; &#224; son tour, a incendi&#233; plusieurs entrep&#244;ts et camions, et treize personnes ont &#233;t&#233; bless&#233;es. Puis, en mai 2011, un &#233;crou mal scell&#233; a provoqu&#233; la fuite de 3 500 tonnes de ciment d'un silo. Alain conclut : &lt;i&gt;&#171; &#192; Port-la-Nouvelle, deux trains acheminent chacun sept cent cinquante tonnes de nitrate d'ammonium par mois. Quatre cents ont suffi pour provoquer la catastrophe d'AZF. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/12/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, d&#233;cembre 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les prud'homies de p&#234;che sont des organisations ayant comp&#233;tence r&#233;glementaire et juridictionnelle en mati&#232;re de p&#234;che c&#244;ti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entre chien et loup</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Entre-chien-et-loup</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.cqfd-journal.org/Entre-chien-et-loup</guid>
		<dc:date>2011-11-08T06:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Nono Kadaver</dc:subject>
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&lt;p&gt;Son troupeau attaqu&#233; par les loups, Alain Guibert, berger en estive dans les Alpes, se trouve aujourd'hui pris entre deux feux : d'un c&#244;t&#233; la coterie des &#233;radicateurs, cornaqu&#233;e par le maire &#171; droite populaire &#187; de Sisteron, et de l'autre les talibans de la d&#233;fense animale, SPA et Brigitte Bardot en t&#234;te. Loin des anath&#232;mes hyst&#233;riques de ces extr&#234;mes se rejoignant, Guibert pr&#233;f&#233;rerait qu'on parle du fond : dans quel monde voulons-nous vivre ? Il n'a rien entendu, &#171; sauf les patous, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/entendu" rel="tag"&gt;entendu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Son troupeau attaqu&#233; par les loups, Alain Guibert, berger en estive dans les Alpes, se trouve aujourd'hui pris entre deux feux : d'un c&#244;t&#233; la coterie des &#233;radicateurs, cornaqu&#233;e par le maire &#171; droite populaire &#187; de Sisteron, et de l'autre les talibans de la d&#233;fense animale, SPA et Brigitte Bardot en t&#234;te. Loin des anath&#232;mes hyst&#233;riques de ces extr&#234;mes se rejoignant, Guibert pr&#233;f&#233;rerait qu'on parle du fond : dans quel monde voulons-nous vivre ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_192 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH401/92nono-2fa0b.png?1779603466' width='400' height='401' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il n'a rien entendu&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;&#171; sauf les patous, mais comme ils aboient tout aussi bien aux marmottes qu'&#224; la lune, je ne suis pas sorti de la cabane &#187;&lt;/i&gt;. &#192; quoi bon, il faisait nuit noire. &lt;i&gt;&#171; Avant, je tirais en l'air, un tir d'effarouchement. Puis j'ai essay&#233; de les faire fuir en laissant au milieu des b&#234;tes une radio allum&#233;e sur la fr&#233;quence de RMC, mais peine perdue. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce 5 juillet &#224; l'aube, l'estomac serr&#233;, Guibert est mont&#233; sur les cr&#234;tes. Autour de la zone de couchage, il n'a pu que constater les d&#233;g&#226;ts : vingt brebis mortes, dont sept achev&#233;es par ses soins, plus dix-huit disparues, trois pattes cass&#233;es, une gorge entaill&#233;e, un gigot &#224; moiti&#233; arrach&#233; qu'il d&#233;sinfecte &#224; l'essence de lavande pour emp&#234;cher que les mouches y pondent. Lui qui reconna&#238;t chacune de ses 700 b&#234;tes, il en a le c&#339;ur &#224; l'envers. &lt;i&gt;&#171; J'ai vu pas loin de quatre-vingts vautours, ce jour-l&#224;. Je me demande s'ils n'ont pas &#233;t&#233; r&#233;introduits pour faire le m&#233;nage et ne pas avoir &#224; payer les indemnisations&#8230; &#187;&lt;/i&gt;, ironise l'ami. Pourtant, il n'a rien contre le loup : &lt;i&gt;&#171; S'il me prend une dizaine de brebis chaque &#233;t&#233;, je fais avec. Quand tu travailles sur du vivant, tu acceptes la mort. &#187;&lt;/i&gt; Mais avec le temps, la pression augmente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le loup est r&#233;apparu dans le Mercantour depuis les ann&#233;es 1990, &#224; ce qu'il para&#238;t en provenance des Abruzzes, en Italie &#8211; la premi&#232;re attaque a &#233;t&#233; r&#233;pertori&#233;e en 1992. La population augmentant, elle s'&#233;tend et, aujourd'hui, r&#244;de m&#234;me parfois dans les plaines. Guibert, qui n'est pas un fou de la g&#226;chette, pense que les gardes de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage devraient effectuer des &lt;i&gt;&#171; tirs de pr&#233;l&#232;vement &#187;&lt;/i&gt;, l&#224; o&#249; les paysans d'autrefois op&#233;raient &#224; coups de battues villageoises, avec le r&#233;sultat que l'on sait. &lt;i&gt;&#171; Il existe un corps de louvetiers depuis Charlemagne. &#187;&lt;/i&gt; Les Suisses contournent d'ailleurs la convention internationale de Berne &#8211; qui a class&#233; le loup &#171; esp&#232;ce strictement prot&#233;g&#233;e &#187; &#8211; et r&#233;gulent sa d&#233;mographie. Quatre mois d'estive dans une cabane perch&#233;e &#224; 2 000 m&#232;tres laissent &#224; Guibert le temps de m&#233;diter sur certains ennemis inattendus de ses moutons. La revue &lt;i&gt;Terre sauvage&lt;/i&gt; du 21 juillet assenait un jugement sans appel : &lt;i&gt;&#171; Concurrence f&#233;roce de productions &#233;trang&#232;res &#187;, &#171; non rentabilit&#233; structurelle &#187;&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;&#171; d&#233;sint&#233;r&#234;t progressif pour le produit chez le consommateur &#187;&lt;/i&gt; justifieraient la disparition du pastoralisme traditionnel. &lt;i&gt;&#171; Le loup a &#233;t&#233; offert aux &#233;colos comme lot de consolation, pour les &#233;loigner des sujets strat&#233;giques comme le nucl&#233;aire &#187;&lt;/i&gt;, opine notre berger depuis l'alpage de Chalufy, entre Barcelonnette et Digne (Alpes-de-Haute-Provence).&lt;i&gt; &#171; On laisse l'&#233;levage industriel et ses agneaux shoot&#233;s aux antibiotiques envahir le march&#233;, puis on pr&#233;serve des poches de nature mise sous cloche, o&#249; l'activit&#233; de l'homme se r&#233;duira au tourisme d'observation animali&#232;re ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mentalit&#233; de bourrins&lt;/strong&gt; de certains &#233;leveurs, capt&#233;e par le client&#233;lisme de Daniel Spagnou, d&#233;put&#233;-maire de Sisteron et patron du deuxi&#232;me plus grand abattoir ovin d'Europe, les fait hurler et r&#233;clamer le droit de tirer &#224; vue. Ils consid&#232;rent les &#171; pro-loup &#187; comme des &#233;colos de salon et des bobos urbains &lt;i&gt;&#171; en mal de sensations &#187;&lt;/i&gt;. Pas toujours &#224; tort&#8230; Mais leurs gesticulations visent surtout &#224; faire cracher &#224; l'&#201;tat quelques indemnisations de plus. Face &#224; la grogne, le gouvernement indemnise les brebis tu&#233;es au-dessus de leur valeur marchande, paie les patous et leurs croquettes, subventionne un aide-berger pour l'estive des grands troupeaux. En juillet 2010, Sarkozy, de passage chez une berg&#232;re, promet aux &#233;leveurs un permis de chasse &lt;i&gt;&#171; acc&#233;l&#233;r&#233; &#187;&lt;/i&gt; pour permettre &lt;i&gt;&#171; l'autod&#233;fense &#187;&lt;/i&gt;. D&#233;merdez-vous et affrontez BB et SPA, qui vous tra&#238;neront devant les tribunaux d&#232;s que vous ferez mouche, pense en substance le Ponce Pilate &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Pour limiter la casse, ils veulent qu'on rentre les b&#234;tes dans un enclos pour la nuit. Mais c'est quand elles montent vers le couchage et quand elles en redescendent aux aurores qu'elles paissent avec le plus d'entrain&lt;/i&gt;, explique Guibert. &lt;i&gt;Autant abandonner l'estive tout de suite et faire de l'&#233;levage industriel ! &#187;&lt;/i&gt; Les d&#233;cideurs voient le pastoralisme comme une activit&#233; r&#233;siduelle et les bergers comme des &lt;i&gt;&#171; agents agro-environnementaux &#187;&lt;/i&gt;, des sortes de jardiniers des alpages, dont les ruminants &#233;vitent que les bois ne se referment et que la flore ne s'appauvrisse. Et puis, c'est si joli sur les cartes postales&#8230; D&#233;pendant souvent &#224; 50 % des subventions, les &#233;leveurs sont oblig&#233;s d'avaler les couleuvres de Bruxelles : interdiction d'abattre &#224; la ferme, pu&#231;age du cheptel, campagnes de vaccination absurdes et, prochainement, interdiction de poss&#233;der un b&#233;lier reproducteur&#8230; &lt;i&gt;&#171; L'&#233;t&#233; dernier, mon voisin d'alpage s'est tir&#233; une balle dans la t&#234;te avec l'arme qu'il s'&#233;tait achet&#233;e contre le loup. Mais ce n'est pas le loup qui l'a tu&#233;, plut&#244;t la d&#233;prime qui gagne quand on voit son m&#233;tier m&#233;pris&#233; et marginalis&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Le berger est seul face &#224; la concurrence n&#233;o-z&#233;landaise et aux ligues de d&#233;fense animale. &lt;i&gt;&#171; Avec elles, le dialogue est impossible, elles ont plus &#224; voir avec Le Pen qu'avec l'&#233;cologie politique. &#187;&lt;/i&gt; Et les Verts ? &lt;i&gt;&#171; Silence radio. Pourtant, pr&#233;sent&#233; comme une panac&#233;e, le patou est devenu le pr&#233;dateur des li&#232;vres, des marmottes, et m&#234;me du chamois. Du coup, l'aigle s'en va vers des vall&#233;es plus giboyeuses. Alors, de quelle biodiversit&#233; on parle ? &#187;&lt;/i&gt;, s'&#233;nerve Guibert. &lt;i&gt;&#171; Ici, on est loin de la ta&#239;ga russe, la nature est partout en &#233;troite relation avec l'homme. C'est cette relation qu'il faut repenser, et pas en s'accrochant &#224; des f&#233;tiches. &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enjeu &#233;tant la viabilit&#233; d'une production de viande d'agneau ou de fromages de brebis autre qu'industrielle. &lt;i&gt;&#171; Mais &#231;a, Spagnou et Bardot s'en contre-foutent. &#187;&lt;/i&gt; Alors, misanthropie verte ou ruraux fachos ? &#192; la mi-juillet, on lisait sur un forum &#233;colo : &lt;i&gt;&#171; &#8220;Les loups sont entr&#233;s dans Paris&#8221;, comme chante Reggiani, mais eux au moins ne br&#251;lent pas de voitures ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S&#233;ville ville ouverte</title>
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		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Ils appellent &#231;a &#8220;d&#233;mocratie&#8221; et &#231;a pue des pieds ! &#187;, chante un groupe de copains sur une place s&#233;villane. Hilares, ils brandissent leurs chaussures devant une cam&#233;ra, en hommage au geste de m&#233;pris envers le pouvoir devenu mondialement c&#233;l&#232;bre en Irak et en &#201;gypte. Alors que le renflouement des banques avec l'argent public est encore dans toutes les m&#233;moires, le gouverneur de la banque d'Espagne r&#233;clame des &#171; sanctions automatiques &#187; contre les pays mauvais payeurs &#8211; Espagne comprise. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no90-juin-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;90 (juin 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nono-Kadaver" rel="tag"&gt;Nono Kadaver&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ils appellent &#231;a &#8220;d&#233;mocratie&#8221; et &#231;a pue des pieds ! &#187;&lt;/i&gt;, chante un groupe de copains sur une place s&#233;villane. Hilares, ils brandissent leurs chaussures devant une cam&#233;ra, en hommage au geste de m&#233;pris envers le pouvoir devenu mondialement c&#233;l&#232;bre en Irak et en &#201;gypte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_151 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH397/nonokadaver_seville-ebd70.png?1779604059' width='400' height='397' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que le renflouement&lt;/strong&gt; des banques avec l'argent public est encore dans toutes les m&#233;moires, le gouverneur de la banque d'Espagne r&#233;clame des &#171; sanctions automatiques &#187; contre les pays mauvais payeurs &#8211; Espagne comprise. &lt;i&gt;&#171; Le principal pilier de l'&#233;conomie de march&#233;, c'est que les endett&#233;s payent leurs dettes, m&#234;me s'il faut pour cela privatiser la moiti&#233; du pays et r&#233;duire la pension des retrait&#233;s. &#187; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;(El Pa&#237;s&lt;/i&gt;, 3 juin 2011.). &#171; &lt;i&gt; Pas un seul condamn&#233; parmi les financiers qui ont provoqu&#233; la crise&lt;/i&gt;, remarque &#224; contre-pied l'&#233;crivain uruguayen Eduardo Galeano.&lt;i&gt; Par contre, des milliers de fumeurs de joint ou de voleurs de poule moisissent en prison. Ce monde marche sur la t&#234;te, il r&#233;compense ceux qui le ruinent. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 15 mai, des dizaines de milliers d'Espagnols occupent les places &#224; travers tout le pays. Ils ne veulent plus qu'on les traite en marchandises et ils r&#233;clament une d&#233;mocratie r&#233;elle tout de suite. Une liste &#8211; longue comme le bras &#8211; des candidats impliqu&#233;s dans des affaires de corruption et le refus des grands partis de les d&#233;sapprouver publiquement ont contribu&#233; &#224; mettre le feu aux poudres.&lt;i&gt; &#171; Ils ne nous repr&#233;sentent pas ! &#187; &lt;/i&gt; Ce slogan a accompagn&#233; la r&#233;cente d&#233;b&#226;cle &#233;lectorale du PS au pouvoir, mais il &#233;clabousse aussi les syndicats. &lt;i&gt;&#171; &#199;a fait trente ans que UGT et CCOO pactisent avec le patronat pour nous livrer &#224; des emplois poubelles ! &#187;&lt;/i&gt;, gronde un ouvrier s&#233;villan. &lt;i&gt;&#171; Banquiers, patrons, politiques et syndicats, &#224; la merde ! &#187;&lt;/i&gt;, clame une &#233;norme banderole pendue en face du si&#232;ge barcelonais de CCOO, la CGT ib&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, loin d'un retour de la colonne Durruti, ces assembl&#233;es spontan&#233;es se veulent l'&#233;manation d'une souverainet&#233; populaire et sont donc ouvertes &#224; tous. &#192; S&#233;ville, apr&#232;s qu'un intervenant eut chant&#233; les louanges de Fidel Castro et de la r&#233;publique espagnole, la foule a r&#233;pondu en ch&#339;ur : &lt;i&gt;&#171; Pas de drapeau ! &#187; &lt;/i&gt; Sur la plaza de la Encarnaci&#243;n, &#224; l'ombre de monumentaux champignons futuristes h&#233;rit&#233;s de la bulle immobili&#232;re et destin&#233;s &#224; abriter un centre commercial, le micro est ouvert. Une vieille dame r&#233;primande la jeune assistance : &lt;i&gt;&#171; Vous voil&#224; enfin r&#233;unis pour lutter, nous en avions marre de vous voir envahir les places juste pour vous so&#251;ler ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition post-franquiste, la monarchie et les subventions europ&#233;ennes avaient vendu une d&#233;mocratie pr&#233;sent&#233;e comme une manne tomb&#233;e du ciel. Que le peuple se mobilise pour plus de justice sociale &#233;tait vu comme une utopie dangereuse, susceptible de rouvrir les blessures de la guerre civile. &#192; ce propos, une femme au micro met les points sur les i : &lt;i&gt;&#171; On dit qu'en d&#233;mocratie la police est l&#224; pour nous prot&#233;ger, mais si demain nous voulons chasser ces d&#233;put&#233;s qui ne repr&#233;sentent que leurs propres int&#233;r&#234;ts, c'est contre le peuple que la police se lancera. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 29 mai, apr&#232;s une manif de 20 000 personnes pass&#233;e sous silence par les m&#233;dias, un homme d'&#226;ge m&#251;r lit le manifeste de Madrid, o&#249; s'exprime une volont&#233; de peser collectivement sur la crise et ses effets (&#171; &lt;i&gt; C'est pas une crise, c'est une arnaque ! &#187;&lt;/i&gt;, souligne d'ailleurs une pancarte.). On y r&#233;clame, entre autres, la fin des privil&#232;ges de la classe politique, en particulier l'immunit&#233; parlementaire et les &#233;moluments r&#233;galiens. Le partage du travail et le maintien de l'&#226;ge de la retraite jusqu'&#224; ce que le ch&#244;mage des jeunes soit r&#233;sorb&#233;. L'interdiction des plans sociaux dans les entreprises b&#233;n&#233;ficiaires. Une allocation minimum aux ch&#244;meurs de longue dur&#233;e. La r&#233;quisition des logements vides et l'annulation des hypoth&#232;ques. Des transports en commun non polluants et bon march&#233;, ainsi que le r&#233;tablissement des lignes de train supprim&#233;es &#224; cause du TGV. Un imp&#244;t sur les grandes fortunes, les banques et les mouvements sp&#233;culatifs. Une d&#233;mocratie participative et un r&#233;f&#233;rendum obligatoire pour toute loi concernant la vie quotidienne des citoyens, en particulier pour les r&#233;formes impos&#233;es par l'Union europ&#233;enne. La r&#233;duction des d&#233;penses militaires. Et c&#230;tera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la manif du 15 mai, des chanteurs spontan&#233;s ont pris le micro ou sont mont&#233;s sur des escabeaux pour entonner des fandangos du bassin minier d'Huelva, avec des paroles remises au go&#251;t du jour. Par contre, aucun parti ni syndicat n'a r&#233;ussi &#224; s'immiscer dans ces assembl&#233;es et campements qui s'&#233;ternisent. Le ravitaillement, la cuisine et tout autre probl&#232;me d'infrastructure sont pris en charge par des commissions. On aurait tort de voir une perte de temps dans leurs longues palabres. C'est l&#224; non seulement le prix &#224; payer pour rester ind&#233;pendant, mais aussi le moment et le lieu o&#249; le plaisir d'&#234;tre ensemble se concr&#233;tise et forge des complicit&#233;s durables. Au micro, sur la plaza del Sol, Agust&#237;n Garc&#237;a Calvo, vieux philosophe anar, a mis les participants en garde : &lt;i&gt;&#171; M&#233;fiez-vous du futur. Le futur est un projet de l'&#201;tat et des conseils d'administration. Nous, nous n'avons que le pr&#233;sent, et c'est bien l&#224; l'essentiel. &#187;&lt;/i&gt; Eduardo Galeano, interrog&#233; lors de sa visite au campement de Barcelone, ne disait pas autre chose : &lt;i&gt;&#171; Je me fous de savoir ce qu'il va se passer apr&#232;s, ce qui m'importe, c'est ce qui se passe maintenant. Quand tu tombes amoureux, tu vis le moment comme s'il allait durer toujours. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Plus fausse la vie !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby</dc:creator>


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&lt;p&gt;La t&#233;l&#233; ou la vie ! &#192; Marseille, la possible ouverture d'un bar &#171; Le Mistral &#187; dans l'historique quartier du Panier, dont s'inspirent les d&#233;cors de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e &#171; Plus belle la vie &#187;, fait grincer des dents. On parle d'emprise mercantile du feuilleton &#224; succ&#232;s. Vivra-t-on bient&#244;t ici dans un d&#233;cor de cin&#233;ma ? Ou la r&#233;alit&#233; locale d&#233;passera-t-elle encore et toujours la fiction ? Au Panier, plus vieux quartier de Marseille, on a toujours d&#233;fendu ch&#232;rement sa peau. &#171; Plus belle la vie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no88-avril-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;88 (avril 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nono-Kadaver" rel="tag"&gt;Nono Kadaver&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/PBLV" rel="tag"&gt;PBLV&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/boutique-PBLV" rel="tag"&gt;boutique PBLV&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Coins" rel="tag"&gt;Coins&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La t&#233;l&#233; ou la vie ! &#192; Marseille, la possible ouverture d'un bar &#171; Le Mistral &#187; dans l'historique quartier du Panier, dont s'inspirent les d&#233;cors de la s&#233;rie t&#233;l&#233;vis&#233;e &#171; Plus belle la vie &#187;, fait grincer des dents. On parle d'emprise mercantile du feuilleton &#224; succ&#232;s. Vivra-t-on bient&#244;t ici dans un d&#233;cor de cin&#233;ma ? Ou la r&#233;alit&#233; locale d&#233;passera-t-elle encore et toujours la fiction ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_119 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH401/NonoKadaver_CQFD88-e7461.png?1779604632' width='400' height='401' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au Panier, plus vieux quartier de Marseille&lt;/strong&gt;, on a toujours d&#233;fendu ch&#232;rement sa peau. &#171; Plus belle la vie &#187; (PBLV) est ressentie ici comme une insipide gal&#233;jade et l'on boycotte la s&#233;rie. &lt;i&gt;&#171; C'est pas Marseille, &#231;a, y a que des Parisiens ! &#187;&lt;/i&gt;, lance le fils d'une commer&#231;ante dont les origines se perdent dans les filets du quartier Saint-Jean, dynamit&#233; en 1943 par Vichy et les nazis. &lt;i&gt;&#171; Ici on est fils de Corses et d'Italiens, enfants des p&#234;cheurs ou des ma&#231;ons. Regarde cette initiale grav&#233;e, c'est la marque du ma&#231;on qui a construit cette maison. &#187;&lt;/i&gt; Corses, Ritals ou Comoriens, c'est une population pauvre qui vit et a ses habitudes sur cette colline. S'y sont greff&#233;s quelques &#233;tudiants, artistes et boutiquiers bobos &#224; l'ombre du mus&#233;e de la Vieille Charit&#233; et au gr&#233; d'une r&#233;novation urbaine entach&#233;e d'entourloupes immobili&#232;res. Le Panier, c'est aussi le bastion des Gu&#233;rini, fameuse saga socialo-affairiste. Les voitures stationn&#233;es &#224; la sauvage envahissent cet entrelacs de ruelles o&#249; deux voyous ne peuvent se croiser sans se saluer et o&#249; l'estamp&#232;u des minots peut vous faire d&#233;m&#233;nager fissa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a trois ans, Philippe Bonnifay, g&#233;rant d'une soci&#233;t&#233; sp&#233;cialis&#233;e dans l'immobilier d'entreprise, a eu l'id&#233;e lumineuse de fonder une boutique PBLV &#224; l'endroit o&#249; la s&#233;rie campe virtuellement son action. En 2008, le quotidien La Provence pr&#233;tendait que 1 500 clients se pressaient chaque jour dans le premier magasin en France enti&#232;rement d&#233;di&#233; &#224; un feuilleton t&#233;l&#233;vis&#233;. Parapluies PBLV, boules de no&#235;l PBLV ou produits plus rentables, comme des timbres et des places au cin&#233;ma Le Mistral, juste en face, qui vous diffuse pour trois euros un film genre making of, voil&#224; les gadgets r&#233;serv&#233;s aux mordus de la s&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, certes il fait des gouttes, mais dans la boutique, on ne trouve qu'une stagiaire qui essuie consciencieusement les vitres et &#233;poussette les articles. En l'espace d'une heure, ne passent qu'un couple de Dijonnais et une Parisienne de dix ans. Christ&#232;le, en vacances, affirme que la s&#233;rie &lt;i&gt;&#171; c'est la vraie vie, la vie de tous les jours &#187;&lt;/i&gt;. Avec sa m&#232;re, elles ont suivi les fl&#232;ches depuis la gare : &lt;i&gt;&#171; Des panneaux tracent le chemin jusqu'ici. &#187;&lt;/i&gt; Oubli&#233;s le Vieux Port et la Bonne M&#232;re. Jet&#233;s par-dessus bord.
&lt;i&gt;&#171; Il y en a qui viennent pour se moquer, raconte la stagiaire, ils entrent pour me dire que c'est nul ! Je suis un peu d'accord avec eux&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Depuis l'ouverture du magasin, les employ&#233;es du magasin ont toujours &#233;t&#233; des stagiaires. Cette vision n'est pas partag&#233;e par les visiteurs friands de mugs et autres cartes postales &#224; l'effigie de Rudy et Fabienne Carat. Dans le livre d'Or, on lit des d&#233;clarations &#233;namour&#233;es : &lt;i&gt;&#171; Pour rien au monde je ne me passerais de ce t&#233;l&#233;film du soir ! &#187;&lt;/i&gt;, ou m&#234;me suppliantes : &lt;i&gt;&#171; Laissez-nous encore r&#234;ver. Merci. &#187;&lt;/i&gt; Les fans pensent que le tournage a lieu sur place, alors que tout est recr&#233;&#233; au p&#244;le m&#233;dia de la Belle de Mai, &#224; deux pas de la gare. C'est plus pratique pour les com&#233;diens qui viennent de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors la boutique, passe encore. Mais le rachat du troquet&#8230; &lt;i&gt;&#171; Dans le quartier, c'est assez mal vu. Les habitu&#233;s du bar des Treize Coins, on les a un peu vir&#233;s ! &#187;&lt;/i&gt; Les Treize Coins, &#224; Marseille, c'est un bar mythique et un lieu de convivialit&#233; pour les habitants du Panier, matchs de foot sur la terrasse, ap&#233;ros musicaux&#8230; &lt;i&gt;&#171; On y faisait aussi les mariages, toute notre vie &#233;tait l&#224;-bas. &#187;&lt;/i&gt; Depuis qu'il a ferm&#233;, la rumeur enfle : les Treize Coins vont s'appeler Le Mistral, le bar de Roland dans la s&#233;rie. Et les nouveaux patrons le transformeront en &#171; attrape-couillons &#187; pour touristes. Le nouveau g&#233;rant, Jean-Pierre Terazzi, s'en d&#233;fend : &lt;i&gt;&#171; C'est un bar qui a une histoire. Le quartier a ses habitudes, qu'il ne faut pas chambouler. &#187;&lt;/i&gt; Au bar O' Berry, la patronne parle de &#171; mistralisation &#187; du quartier, mais Terazzi promet que les prix ne vont pas changer. &lt;i&gt;&#171; On veut travailler avec les touristes, &#234;tre fiers du c&#339;ur de Marseille. &#187;&lt;/i&gt; Businessman sentimental, il propose le rachat &#224; sa concurrente du O' Berry, qui se plaint que les affaires vont mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les touristes, eux, ne sont pas m&#233;chants, ils viennent du Nord, de l'Est : &lt;i&gt;&#171; C'est mon petit rayon de soleil &#187;&lt;/i&gt;, a &#233;crit une cliente de Nancy dans le livre d'Or. Une autre, en provenance d'Arras, affirme que &#231;a la change du quotidien et des infos grises du journal t&#233;l&#233;vis&#233;. PBLV est pens&#233; pour &#234;tre accessible au grand public, et &#231;a marche. Au point que les t&#233;l&#233;spectateurs de France 3 croient &#224; la r&#233;alit&#233; de ce Marseille de pacotille. On n'y parle ni des fonds de pension am&#233;ricains qui ont fait main basse sur la rue de la R&#233;publique, &#224; deux pas de l&#224;, ni des expuls&#233;s de la rue Fiocca, remplac&#233;s par des dentistes et des boutiques d'huile d'olive design&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de Marseille peupl&#233; de prolos et de petits propri&#233;taires redoute d'&#234;tre chass&#233; et se d&#233;fend sur un mode identitaire revanchard. Isabelle, habitu&#233;e du bar, est une vieille dame qui s'enfile maintenant ses deux petits ballons de rouge au O' Berry, sous les photos de casses c&#233;l&#232;bres et de joueurs de boules posant devant l'ancienne &#233;cole. Elle se souvient de Richard Berry tournant une sc&#232;ne de film dans le bar et d&#233;signe du menton la Vierge noire qui tr&#244;ne &#224; l'angle des Treize Coins. Le regard fix&#233; sur la boutique PBLV, la Madone semble vouloir rappeler que c'est encore elle qu'on honore le 15 ao&#251;t au Panier, pas ces Parigots venus faire de l'argent sur le dos de Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Multi-gr&#232;ve &#224; Monoprix</title>
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		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Nono Kadaver</dc:subject>
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&lt;p&gt;Alors que le pays fr&#233;mit autour des enjeux de la r&#233;forme des retraites et que les terminaux p&#233;troliers de Fos sont paralys&#233;s, &#224; Marseille, le magasin Monoprix du Prado est en gr&#232;ve depuis le 17 septembre et celui de la Canebi&#232;re depuis le 21. Au blocage des camions de livraison par les caissi&#232;res et les magasiniers, un juge et un pr&#233;fet z&#233;l&#233;s ont h&#233;ro&#239;quement r&#233;pondu par l'envoi des gardes mobiles. Chronique d'une r&#233;volte. LE BRASERO ALLUM&#201; dans un bidon m&#233;tallique, une tente (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no82-octobre-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;82 (octobre 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nono-Kadaver" rel="tag"&gt;Nono Kadaver&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/quartiers-Sud" rel="tag"&gt;quartiers Sud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/BRASERO-ALLUME" rel="tag"&gt;BRASERO ALLUM&#201;&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors que le pays fr&#233;mit autour des enjeux de la r&#233;forme des retraites et que les terminaux p&#233;troliers de Fos sont paralys&#233;s, &#224; Marseille, le magasin Monoprix du Prado est en gr&#232;ve depuis le 17 septembre et celui de la Canebi&#232;re depuis le 21. Au blocage des camions de livraison par les caissi&#232;res et les magasiniers, un juge et un pr&#233;fet z&#233;l&#233;s ont h&#233;ro&#239;quement r&#233;pondu par l'envoi des gardes mobiles. Chronique d'une r&#233;volte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LE BRASERO ALLUM&#201; dans un bidon m&#233;tallique, une tente plant&#233;e-perch&#233;e sur l'unique espace vert &#8211; une pauvre touffe de romarin &#8211;, des corps fatigu&#233;s pris en sandwich entre couverture et chaise longue, le mot &#171; r&#233;volte &#187; badigeonn&#233; sur une planche pos&#233;e sous l'enseigne du magasin, des piles de palettes, des files de chariots que le mistral pousse malencontreusement en travers de l'entr&#233;e du parking chaque fois qu'un camion de livraison fait mine d'approcher&#8230; Voil&#224; une sc&#232;ne inhabituelle sur l'avenue du Prado, dans des quartiers Sud plut&#244;t hupp&#233;s, plut&#244;t &#171; cul serr&#233; &#187;, o&#249; le riverain travestit honteusement son accent du midi pour ne pas faire &#171; trop vulgaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;par Nono KadaverLinda, elle, n'a rien &#224; cacher, &#224; part ses cheveux sous le foulard, surtout pas sa tchatche arabo-marseillaise. Ce vendredi 1er octobre, avec son bambin au bout du bras, elle empoigne le m&#233;gaphone de sa main libre pour remonter le moral des troupes : &lt;i&gt;&#171; On l&#226;che rien, les filles, on l&#226;che rien ! &#187;&lt;/i&gt; Julien, jovial buveur de bi&#232;re et voisin solidaire, ex-l&#233;gionnaire et ancien ferrailleur &#224; grande gueule (&lt;i&gt;&#171; ferrailleur, ferrailleur, avec ton cul je fais mon beurre ! &#187;&lt;/i&gt;), met lui aussi l'ambiance. Un ma&#231;on, qui bosse dans le magasin &#224; la r&#233;fection d'un stand, s'approche et tend 20 euros au vieux briscard belge, &#171; en soutien &#187;. Fier de la confiance qu'on lui t&#233;moigne, Julien brandit le billet avant de le glisser dans la main de Florence, la tr&#233;sori&#232;re improvis&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Ils ont eu un million de pertes en quinze jours de gr&#232;ve. Avec les rayons vides et le d&#233;but des &#8220;9 jours&#8221; de promotion (deux articles achet&#233;s, un troisi&#232;me offert&#8230;), ils vont sentir leur douleur ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le 1er semestre 2010, le groupe Monoprix a fait 7,8 milliards d'euros de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce magasin, longtemps le plus grand de France chez cette enseigne de supermarch&#233;s de proximit&#233; appartenant au groupe Casino et Galeries&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_288 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L300xH296/82nono_kadaver-de876.png?1779603187' width='300' height='296' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lafayette, conna&#238;t sa toute premi&#232;re gr&#232;ve. &lt;i&gt;&#171; C'est parti d'un profond ras-le-bol &#187;&lt;/i&gt;, explique Florence. Travail sous pression, temps partiel impos&#233;, salaire &lt;i&gt;&#171; pour de rire &#187;&lt;/i&gt;&#8230; &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s huit ans de bo&#238;te, je marine toujours &#224; 33 heures par semaine et 800 euros par mois. Et mon mari est bient&#244;t au ch&#244;mage. Quand je suis mont&#233;e demander une augmentation, le directeur m'a r&#233;pondu que j'&#233;tais la quinzi&#232;me &#224; venir le tanner et que &#231;a commen&#231;ait &#224; l'agacer ! &#187;&lt;/i&gt; R&#233;sultat : cette quinzaine de d&#233;bout&#233;es est devenue le noyau dur de la gr&#232;ve. &lt;i&gt;&#171; Selon la convention collective, tu dois passer &#224; l'&#233;chelon sup&#233;rieur au bout de 18 mois. Moi, je commande les produits qui manquent dans mon rayon, mais je suis toujours &#224; l'&#233;chelon 2.2, comme une d&#233;butante. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 5 octobre. La direction laisse pourrir le conflit. Apr&#232;s avoir exig&#233; la fin de la gr&#232;ve pour examiner les demandes &#171; au cas par cas &#187;, elle propose un protocole de sortie de conflit qui exclut de la discussion les revendications essentielles. Elle a ensuite beau jeu de taxer les gr&#233;vistes d'intransigeants. Et l'inspection du travail, qui devrait servir de m&#233;diateur, se laisse berner. Mme Daniel, nouvellement bombard&#233;e &#224; la t&#234;te de la direction d&#233;partementale du travail (DDT), t&#233;l&#233;phone &#224; la d&#233;l&#233;gu&#233;e syndicale : &lt;i&gt;&#171; Le directeur vient de m'appeler, il est pr&#234;t &#224; n&#233;gocier. &#187; &#171; Parfait, nous aussi, on vous attend. &#187; &#171; Ah mais nos bureaux ferment dans quelques minutes. J'ai une vie familiale, moi ! &#187;&lt;/i&gt; Les m&#232;res-courage pr&#233;sentes sur le piquet voient rouge : &lt;i&gt;&#171; Et notre vie familiale &#224; nous, depuis dix-neuf jours ?! &#187;&lt;/i&gt; La fonctionnaire accepte alors de se d&#233;placer, mais souligne que la direction insiste sur le protocole initial. Hors d'elle, la d&#233;l&#233;gu&#233;e arpente la contre-all&#233;e du Prado en mena&#231;ant de bloquer &#224; nouveau l'entr&#233;e du magasin. Retour &#224; la case d&#233;part. Une caissi&#232;re, cheveux courts et bras tatou&#233;, explose :&lt;i&gt; &#171; On s'en doutait, mais l&#224;, on a la confirmation que ces gens-l&#224; sont toujours du c&#244;t&#233; des patrons. Comme la justice ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 1er, apr&#232;s qu'un juge eut prononc&#233; un r&#233;f&#233;r&#233; ordonnant la lev&#233;e du piquet pour &#171; entrave &#224; la libert&#233; du travail &#187;, avec 300 euros d'astreinte par jour et par effraction constat&#233;e, les gardes mobiles ont expuls&#233; les gr&#233;vistes du parking. Sous leur protection, deux camions ont pu r&#233;alimenter une partie des rayons qui ressemblaient depuis quelques jours aux lin&#233;aires d'un magasin d'&#201;tat de l'&#232;re sovi&#233;tique&#8230; Mais lundi 4, le mistral &#8211; encore lui ! &#8211; entasse une centaine de chariots devant l'entr&#233;e principale. Le directeur pr&#233;f&#232;re alors tirer les rideaux. Dehors, le piquet ressuscit&#233; re&#231;oit le soutien des gr&#233;vistes du centre des imp&#244;ts tout proche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la Canebi&#232;re, o&#249; la tension entre cadres et gr&#233;vistes a fr&#244;l&#233; l'agression physique, les marques de soutien de la client&#232;le et des passants ne tarissent pas. Un papi, remont&#233; comme un coucou :&lt;i&gt; &#171; Tenez bon, faut pas plier. Apr&#232;s le 12, on remet &#231;a ! Il faut faire un mai 68 puissance 5, pour faire chuter l'empereur ! &#187;&lt;/i&gt; Mardi, un contingent d'instituteurs en gr&#232;ve tournante p&#233;n&#232;tre dans le magasin au son des sifflets :&lt;i&gt; &#171; Gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale ! Aujourd'hui, &#224; Monoprix, tout est gratuit ! &#187;&lt;/i&gt; Les vigiles baissent les rideaux sous les quolibets de la foule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le Prado, au matin du mercredi 29 septembre, un camionneur avait tent&#233; de forcer le barrage, manquant de peu renverser six personnes. Bien qu'arm&#233; d'une barre de fer, il fut ramen&#233; &#224; la raison et avoua qu'il avait p&#233;t&#233; les plombs, que le directeur l'avait manipul&#233;. On aimerait voir un jour la directrice de la DDT, le juge et le pr&#233;fet avouer eux aussi avoir subi la m&#234;me mauvaise influence&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot de la fin, c'est Florence qui l'a : &lt;i&gt;&#171; Quoi qu'il arrive, on aura au moins gagn&#233; &#231;a. Maintenant, on se conna&#238;t, on sait ce chacune a dans le ventre. Avant, on ne faisait que se croiser. &#187;&lt;/i&gt; Et puis Ali, jeune magasinier en gr&#232;ve, qui bafouille dans le m&#233;gaphone : &lt;i&gt;&#171; Je vous aime toutes ! Vous &#234;tes les plus belles femmes du monde mondial ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le 1er semestre 2010, le groupe Monoprix a fait 7,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une gr&#232;ve passag&#232;re</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Une-greve-passagere</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Nono Kadaver</dc:subject>
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&lt;p&gt;Voler sera dor&#233;navant le destin de la France d'en bas. Les gens de bien pr&#233;f&#233;reront s'offrir un sourire d'h&#244;tesse en premi&#232;re classe TGV ou un peu d'espace pour &#233;tirer les jambes dans un autocar pullman. Gr&#226;ce aux compagnies a&#233;riennes &#224; bas co&#251;t, voyager est devenu l'acte le plus vulgaire &#8211; et pr&#233;caire &#8211; au monde. Si la neige et la gr&#232;ve s'en m&#234;lent, c'est le grand sauve-qui-peut ! Y a-t-il encore un pilote dans cette gal&#232;re ? Les portails d&#233;tecteurs de m&#233;tal sont au bord de l'implosion, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no85-janvier-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;85 (janvier 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nono-Kadaver" rel="tag"&gt;Nono Kadaver&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/greve" rel="tag"&gt;gr&#232;ve&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/flics" rel="tag"&gt;flics&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/right" rel="tag"&gt;right&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/vol" rel="tag"&gt;vol&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/passagers" rel="tag"&gt;passagers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Tanger" rel="tag"&gt;Tanger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/verts-s-affolent" rel="tag"&gt;verts s'affolent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/portails-detecteurs" rel="tag"&gt;portails d&#233;tecteurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/voyants-rouges" rel="tag"&gt;voyants rouges&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voler sera dor&#233;navant le destin de la France d'en bas. Les gens de bien pr&#233;f&#233;reront s'offrir un sourire d'h&#244;tesse en premi&#232;re classe TGV ou un peu d'espace pour &#233;tirer les jambes dans un autocar pullman. Gr&#226;ce aux compagnies a&#233;riennes &#224; bas co&#251;t, voyager est devenu l'acte le plus vulgaire &#8211; et pr&#233;caire &#8211; au monde. Si la neige et la gr&#232;ve s'en m&#234;lent, c'est le grand sauve-qui-peut ! Y a-t-il encore un pilote dans cette gal&#232;re ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_52 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH409/nono-2-e885a.png?1779603340' width='400' height='409' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les portails d&#233;tecteurs de m&#233;tal sont au bord de l'implosion, les voyants rouges et verts s'affolent : stop ! go ! stop ! go ! stop ! La foule en mutinerie traverse la fronti&#232;re dans un va-et-vient incessant, d&#233;clenchant une alarme stridente qui vrille les tympans. Sur les marches menant au hall d'embarquement, un freluquet, arm&#233; d'un m&#233;gaphone et encadr&#233; par des flics, n&#233;gocie le retrait des passagers, mais n'ayant rien &#224; offrir, il se fait insulter. Il y a l&#224; des familles enti&#232;res dont le vol vient de d&#233;coller &#224; vide.&lt;i&gt; &#171; J'en ai pour 2 000 euros, moi ! &#187;&lt;/i&gt;, gueule un p&#232;re avec son b&#233;b&#233; dans les bras. Le freluquet dispara&#238;t et les esprits s'&#233;chauffent. Debout sur les tapis &#224; bagages, des jeunes haranguent la foule : &lt;i&gt;&#171; On ne bouge pas d'ici tant qu'on n'a pas de solution ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Nord, c'&#233;tait la neige. Ici, c'est la gr&#232;ve. Le 21 d&#233;cembre au matin, notre envoy&#233; sp&#233;cial au casse-pipe du low cost se voit m&#234;l&#233; &#224; une r&#233;volte de passagers dans le terminal MP2 de Marignane (Bouches-du-Rh&#244;ne). Banan&#233;e par un mauvais protocole de fin de conflit, l'intersyndicale des services de s&#233;curit&#233; &#8211; sous-traitance priv&#233;e &#8211; vient d'appeler au d&#233;brayage. R&#233;quisitionn&#233;s, certains gr&#233;vistes ont filtr&#233; les voyageurs du vol de Tanger, mais pas assez vite pour emp&#234;cher l'avion de d&#233;coller sans eux. Fous de rage, ceux-ci bloquent l'acc&#232;s. Les passagers des vols suivants s'agglutinent sans comprendre. Zen, deux mamies voil&#233;es expliquent : &lt;i&gt;&#171; On nous a vol&#233; notre avion, alors on fait chier le monde. &#187;&lt;/i&gt; En face, personne pour informer, encore moins offrir des alternatives. Le profit &#224; tout prix peine &#224; faire face &#224; sa propre logique. Ryanair, sur le point de retirer ses billes sous la pression du droit du travail indig&#232;ne, est aux abonn&#233;s absents. MP2, idem. Petit peuple migrateur, d&#233;merde-toi ! Vous allez &#224; Tanger ? &lt;i&gt;&#171; Non,&lt;/i&gt; r&#233;pond un gars &#224; l'allure paysanne,&lt;i&gt; moi je suis portugais. &#187;&lt;/i&gt; Vous allez &#224; Tanger ? &lt;i&gt;&#171; Non,&lt;/i&gt; r&#233;pond un barbu au front marqu&#233; par la pri&#232;re, &lt;i&gt;moi je vais &#224; D&#252;sseldorf. &#187; &lt;/i&gt; Pas un responsable en vue, juste des flics harnach&#233;s fa&#231;on Star Wars.&lt;i&gt; &#171; Si on sort d'ici, on a tout perdu !, &lt;/i&gt; clame un meneur, patron de bo&#238;te d'int&#233;rim. &lt;i&gt;On n'est pas au bled, ici ! On a des droits, faut les faire respecter ! &#187;&lt;/i&gt; De groupe en groupe, un Anglais veut persuader les bloqueurs de d&#233;gager l'entr&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Nique ta m&#232;re, on ne bouge pas d'ici ! &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un clone de Christine Lagarde, &#233;missaire de la chambre de commerce, se fait huer et promet, avant de dispara&#238;tre elle aussi : &lt;i&gt;&#171; Je reviendrai vers vous avant 15h. &#187;&lt;/i&gt; Auparavant, elle a encourag&#233; les gens &#224; rentrer chez eux et &#224; remplir un formulaire de r&#233;clamations&#8230; En vain. Un costaud lance &#224; la cantonade : &lt;i&gt;&#171; Si je trouve trois ou quatre personnes pour partager les frais d'essence, je pars en bagnole, je dois &#234;tre &#224; Tanger demain. &#187;&lt;/i&gt; L'&#233;quip&#233;e s'improvise : &lt;i&gt;&#171; Viens avec nous &#187;&lt;/i&gt;, encourage-t-on l'erroriste de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, qui h&#233;site. Mal lui en prend, vingt minutes plus tard, son vol d&#233;colle &#224; vide. Les annulations tombent en cascade : S&#233;ville, Porto, Brest, Eindhoven, Nantes, D&#252;sseldorf, Paris Beauvais, Agadir&#8230; 3 000 voyageurs &#233;chou&#233;s l&#224;, &#224; l'or&#233;e des vacances de fin d'ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;charpe tricolore de guingois, le pr&#233;fet fait une apparition, histoire de donner un peu de cr&#233;dibilit&#233; &#224; une autorit&#233; en plein d&#233;litement. Mais les ingr&#233;dients sont l&#224; pour que l'&#233;chauffour&#233;e d&#233;g&#233;n&#232;re. Un intermittent du spectacle s'acoquine avec un homme d'affaires pour vitup&#233;rer les gr&#233;vistes. &lt;i&gt;&#171; Si je vais au cin&#233;ma et que la caissi&#232;re est en gr&#232;ve, j'entre et je vois le film gratis ! Il faut faire gr&#232;ve contre la gr&#232;ve ! &#187;&lt;/i&gt; Attrapant la balle au bond, l'erroriste demande &#224; un Hollandais effar&#233; : &lt;i&gt;&#171; Vous ne seriez pas pilote, par hasard ? On pourrait d&#233;tourner un avion ! &#187;&lt;/i&gt; &#192; bout de nerfs, l'assistance s'esclaffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Monsieur le Pr&#233;fet est en proie au doute. Main visible de l'&#201;tat se substituant &#224; la main invisible du march&#233;, il est d&#233;bord&#233;. &#192; ses c&#244;t&#233;s, une fliquette s'accroche au m&#233;gaphone comme &#224; une bou&#233;e et tente de calmer le jeu. En vain. L'&#233;charpe tricolore dispara&#238;t &#224; son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La t&#233;nacit&#233; a-t-elle port&#233; ses fruits ? Les passagers pour Monastir seront transf&#233;r&#233;s en bus jusqu'&#224; l'a&#233;roport de Montpellier. Ceux de Tanger et d'Agadir montent des brigades volantes pour traquer la dame de la CCI qui, oreille coll&#233;e au portable, flotte et s'&#233;vapore d'un terminal &#224; l'autre. Rembourser ? Pas question. Un sous-fifre distribue des bouteilles d'eau. Chaque maillon agit sans y croire, &#224; contrec&#339;ur, et m&#234;me les flics ne sont pas loin de fraterniser avec la masse passag&#232;re. Un jeune con crie :&lt;i&gt; &#171; D&#233;gagez-les, j'ai un avion &#224; prendre, moi ! &#187;&lt;/i&gt; Mais la plupart des naufrag&#233;s savent bien que le seul espoir est de rester soud&#233;s. Au bout de quatre heures de chaos, les flics d&#233;gagent mollement la zone et un gamin en pleurs s'enfuit en se tenant le bras. &lt;i&gt;&#171; Vous n'avez pas honte de frapper un minot ? &#187; &lt;/i&gt; Le coupable baisse les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un couple de retrait&#233;s qui montait voir le fiston en Hollande :&lt;i&gt; &#171; &#192; force de faire du dumping social, voil&#224; ce qui arrive ! &#187;&lt;/i&gt; Une jeune Franco-Portugaise allaitant son b&#233;b&#233; : &lt;i&gt;&#171; Ils nous prennent pour du b&#233;tail ! &#187;&lt;/i&gt; Et de partager leurs points de vue sur l'absurdit&#233; de ces voyages sans saveur, sans autre surprise que ce genre d'accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin-l&#224;, derri&#232;re le vaste d&#233;cor d'un monde en perp&#233;tuel mouvement, si bien &#233;quip&#233; qu'habituellement il fascine et en impose, personne n'assumait plus rien. Et dans ce vide inattendu se glissaient p&#234;le-m&#234;le un sentiment de grande fragilit&#233;, la nature r&#233;versible de la frustration et du d&#233;pit, une tchatche lib&#233;r&#233;e, la l&#233;gitimit&#233; de la col&#232;re et de la solidarit&#233;, le sens de l'humour et du d&#233;risoire &#8230; Et si finalement plus personne n'y croyait ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dans la rue, pas sur le trottoir !</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Dans-la-rue-pas-sur-le-trottoir</link>
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		<dc:date>2010-12-06T08:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>Nono Kadaver</dc:subject>
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&lt;p&gt;Trois millions de manifestants n'ont pas r&#233;ussi &#224; talocher le gouvernement sur la r&#233;forme des retraites ? Il n'a fallu pourtant que dix-huit &#233;nergum&#232;nes pour ridiculiser une pr&#233;fecture, faire manger son chapeau &#224; un bailleur HLM sarko-compatible et hisser le drapeau noir sur une mairie de banlieue. R&#233;cit d'une lutte enfin victorieuse. Sans vouloir offenser la poulaille, mais c'est un fait que ses avis d'expulsion manquent parfois de chaleur humaine. Vous avez jusqu'&#224; lundi pour d&#233;guerpir, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no-83-novembre-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 83 (novembre 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Malik-Benahmed" rel="tag"&gt;Malik Benahmed&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Trois millions de manifestants n'ont pas r&#233;ussi &#224; talocher le gouvernement sur la r&#233;forme des retraites ? Il n'a fallu pourtant que dix-huit &#233;nergum&#232;nes pour ridiculiser une pr&#233;fecture, faire manger son chapeau &#224; un bailleur HLM sarko-compatible et hisser le drapeau noir sur une mairie de banlieue. R&#233;cit d'une lutte enfin victorieuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_21 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L298xH295/nono-d7e30.png?1779603121' width='298' height='295' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nono Kadaver
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans vouloir offenser la poulaille, mais c'est un fait que ses avis d'expulsion manquent parfois de chaleur humaine. Vous avez jusqu'&#224; lundi pour d&#233;guerpir, apr&#232;s quoi on viendra vous d&#233;loger &#224; coups de tatanes, articule en substance et par t&#233;l&#233;phone la pr&#233;fecture du Val-de-Marne. &#192; compter du lundi 27 septembre, Malik Benahmed devra donc s'attendre &#224; recevoir &#224; tout moment la visite de la force publique. Viendra-t-elle d&#233;foncer sa porte &#224; l'aube ou dans l'apr&#232;s-midi ? Lui enverra-t-elle une pleine compagnie de robocops arm&#233;s jusqu'au bec, ainsi qu'elle le fera &#224; Marseille le 1er octobre pour jeter &#224; la rue une famille chinoise&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Histoire de lib&#233;rer la place aux promoteurs et aux boutiques Dior qui ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ? Suspense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malik, qui conna&#238;t la chanson, s'attendait pourtant &#224; mieux. Cela fait maintenant quatre ans qu'il habite dans son deux-pi&#232;ces HLM de Fontenay-sous-Bois, la ville o&#249; il a grandi et o&#249; vit toute sa famille. Quatre ans durant lesquels il a toujours pay&#233; son loyer. Mais le bailleur &#171; social &#187; de son immeuble, la soci&#233;t&#233; Batig&#232;re, connue pour la pratique audacieuse qui consiste &#224; vendre au priv&#233; une partie de son parc locatif et pour l'accueil rugueux qu'elle r&#233;serve aux mal-log&#233;s&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme en fait foi une vid&#233;o du Collectif des mal-log&#233;s en col&#232;re, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, entend faire fructifier son placement. Pour r&#233;cup&#233;rer le T2, elle tire pr&#233;texte d'un embrouillamini que les gal&#233;riens du logement connaissent par c&#339;ur : arriv&#233; dans l'appartement comme co-locataire et rest&#233; dans les lieux apr&#232;s le d&#233;part de son coll&#232;gue, Malik, malgr&#233; ses demandes insistantes, n'a jamais pu obtenir de bail &#224; son nom. Il fait donc partie de la masse des &#171; occupants sans droit ni titre &#187;. Un statut infiniment commode, puisqu'il permet au bailleur d'empocher les loyers aussi longtemps que &#231;a lui chante, mais aussi d'&#233;jecter le locataire quand &#231;a le gratte, avec le concours empress&#233; de la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? Malik fait les trois-huit aux confins de la r&#233;gion parisienne et n'a ni le temps ni les moyens de se reloger dans le priv&#233;. Demander un relogement dans un autre HLM ? C'est fait, mais il faudra patienter quelques ann&#233;es&#8230;
Que faire ? La question n'int&#233;resse pas seulement Malik, mais aussi les amis qui viennent chez lui savourer ses disques de Millie Jackson et de Gladys Knight &amp; The Pips. Elle int&#233;resse &#233;galement les voisins de son quartier, auxquels il rend de fiers services, venant &#224; l'aide ici pour r&#233;gler un conflit, l&#224; pour apaiser une embrouille. Mais le pacificateur peut aussi tourner furax. C'est un trait qu'il partage avec Emmanuel Nicolino, son avocat et ami, qui passe &#224; la maison de temps en temps. Ils se sont rencontr&#233;s il y a une quinzaine d'ann&#233;es au Mouvement de l'immigration et des banlieues (MIB). C'est Manu qui, &#224; l'&#233;poque, assurait la d&#233;fense de Malik, militant comme lui du MIB, contre un &#201;tat qui d&#233;j&#224; s'acharnait &#224; l'expulser &#8211; en Alg&#233;rie, cette fois, et non &#224; la rue. Une bagarre remport&#233;e &#224; la force des dents par nos deux comp&#232;res. Manu, l'avocat des causes perdues mais gagn&#233;es quand m&#234;me, d&#233;fenseur triomphant de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; face &#224; la Croix-Rouge fran&#231;aise et qui, avec son confr&#232;re Eric Charlery, vient d'obtenir la condamnation de la France par la Cour europ&#233;enne des droits de l'Homme dans l'affaire d'un adolescent tortur&#233; durant sa garde-&#224;-vue&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Paris condamn&#233; pour la garde &#224; vue muscl&#233;e d'un mineur &#187;, Le Monde, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, Manu, donc, n'a pas envie non plus de manger le rebord du trottoir. Des fois qu'il serait &#224; la maison au moment o&#249; les cond&#233;s d&#233;fonceront la porte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire ? Les voies l&#233;gales sont &#233;puis&#233;es, mais on peut toujours remuer du foin. Coup de fil &#224; Batig&#232;re, o&#249; la dame en charge de l'affaire se pourl&#232;che : &lt;i&gt;&#171; Oui, je me suis battue pour que M. Benahmed soit expuls&#233; et j'en suis fi&#232;re. &#187;&lt;/i&gt; Demande de sursis &#224; ex&#233;cution aupr&#232;s du pr&#233;fet, &#233;videmment sans r&#233;ponse. Exp&#233;dition &#224; la mairie, o&#249; l'on demande &#224; rencontrer le premier adjoint du maire, Pascal Clerget, qui avait promis son aide &#224; Malik, afin qu'il interc&#232;de en urgence aupr&#232;s de l'aimable bailleur. Mais l'adjoint est absent et son secr&#233;tariat, voyant d&#233;bouler Malik, Manu et l'envoy&#233; sp&#233;cial de CQFD, nous re&#231;oivent comme si nous venions rep&#233;rer les lieux en vue d'y d&#233;poser trois caisses de dynamite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nouvelle d&#233;marche des trois desperados, cette fois au cabinet du maire, le s&#233;nateur PCF Jean-Fran&#231;ois Vogel. C'est le correspondant de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; qui passe le coup de t&#233;l&#233;phone, non sans se pr&#233;valoir, on n'est jamais trop prudent, du nom plus ronflant d'un autre journal auquel il collabore occasionnellement : &lt;i&gt;&#171; Ah, le Monde diplomatique ! On aime beaucoup le Diplo, ici &#224; Fontenay. &#187;&lt;/i&gt; Un dialogue courtois s'engage avec le directeur du cabinet, Jean-Jacques Joucla, duquel il ressort que la mairie, tout en d&#233;plorant la situation de Malik, n'y peut mais. &lt;i&gt;&#171; Nous avons pris un arr&#234;t&#233; anti-expulsion, c'est vrai, mais c'&#233;tait symbolique, dans les faits nous sommes impuissants. La pr&#233;fecture ne nous aime pas beaucoup&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Et le bailleur ? Eh bien, &#224; entendre le dir'cab', Batig&#232;re n'a pas franchement tort de vouloir se d&#233;barrasser d'un Fontenaysien. &lt;i&gt;&#171; On ne peut pas accorder un HLM de droit &#224; tous les gens arriv&#233;s comme co-locataires, ce ne serait pas juste pour ceux qui attendent depuis parfois beaucoup plus longtemps&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Ce souci d'&#233;quit&#233; n'a pourtant pas emp&#234;ch&#233; Batig&#232;re d'encaisser les ch&#232;ques de Malik pendant quatre ans. Joucla promet n&#233;anmoins d'intervenir. &#192; la mairie, o&#249; l'on a pris soin de v&#233;rifier si l'avocat et le journaliste &#233;taient bien ce qu'ils pr&#233;tendaient &#234;tre, on s'&#233;tonne manifestement qu'un smicard arabe puisse compter des soutiens dans ces professions r&#233;put&#233;es distingu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, on arrive au week-end qui pr&#233;c&#232;de le lundi de l'ultimatum. Il est temps d'agir. Il y a dix ans, le MIB avait bloqu&#233; le centre de Fontenay pour s'opposer &#224; l'expulsion de Malik. Et si on refaisait la m&#234;me ? Chiche ! Quelques coups de fil aux briscards du MIB et les vieux r&#233;flexes reviennent : on ressort le m&#233;gaphone aux piles &#233;teintes et la banderole rafistol&#233;e qui a tenu t&#234;te &#224; tant de k&#233;pis (&#171; Justice pour tous &#187;), on griffonne un tract sign&#233; d'un comit&#233; de soutien fictif. Et on prie Sainte Millie Jackson de veiller &#224; ce que la police ne se pointe pas avant ou pendant la manif, fix&#233;e au lundi 14 heures. Nous serons exauc&#233;s.
A l'heure dite, les flics sont d&#233;j&#224; sur place, flanqu&#233;s par trois RG. Joucla passe faire un tour : apr&#232;s avoir cherch&#233; d'abord &#224; feinter, le dir'cab' vient &#224; pr&#233;sent nous t&#233;moigner son &#171; soutien &#187; diplomatique. Les v&#233;t&#233;rans du MIB c&#233;l&#232;brent leurs retrouvailles &#8211; pour certains, la derni&#232;re fois remonte &#224; loin. Norredine, l'historique, aujourd'hui &#233;lu au conseiller municipal de Nanterre et toujours rigolard m&#234;me sans son &#233;charpe tricolore, Azouz, qui a fait la r&#233;volution &#224; la R&#233;gie de quartier d'Aubervilliers, Samir, l'ancien &#171; &#233;meutier &#187; de Dammarie-les-Lys entr&#233; dans la flibuste associative4, et puis Christine, Lahlou, Ben&#8230; Quelques voisins aussi, mais l'info n'a gu&#232;re eu le temps de circuler et les troupes sont vite compt&#233;es : dix-huit pel&#233; en tout et pour tout, chiffre certes modeste mais n&#233;anmoins sup&#233;rieur, l'honneur est sauf, &#224; celui des forces de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge se met en branle. Bien que clairsem&#233;, il conjure le risque d'&#234;tre per&#231;u comme une promenade de famille en s'&#233;tirant sur toute la largeur du boulevard, banderole en avant. Norredine rythme la cadence au m&#233;gaphone. &#171; Pas de justice, pas de paix ! &#187;, le slogan maison fonctionne toujours. Des passants nous rejoignent. Au carrefour de la salle Jacques-Brel, une polici&#232;re vient poliment aux nouvelles : &lt;i&gt;&#171; Vous comptez passer par o&#249; ? &#187;&lt;/i&gt; Par ici, r&#233;pond quelqu'un. Non, par l&#224;, corrige un autre. &lt;i&gt;&#171; Pause clope !&lt;/i&gt; rugit Manu, &lt;i&gt;on s'arr&#234;te pour se consulter. &#187;&lt;/i&gt; Et voil&#224; les lascars qui bloquent trois art&#232;res le temps de m&#251;rir leur d&#233;cision.
Le cort&#232;ge s'arr&#234;te finalement &#224; la mairie, ou plut&#244;t &#224; l'int&#233;rieur de celle-ci. Ne pas compter sur le MIB pour se cantonner &#224; des manifs &#171; bon enfant &#187;. Pour inciter les &#233;lus &#224; peser de tout leur poids sur Batig&#232;re, qu'ils connaissent bien, et pas seulement &#224; exciper de leurs bonnes intentions, un coup de pression s'impose et c'est Ben, le fr&#232;re de Malik, qui s'y colle en hurlant en direction du bureaux du maire : &lt;i&gt;&#171; Toi, ce soir, tu dors dans un lit de deux m&#232;tres cinquante, et mon fr&#232;re lui il va dormir o&#249; ? &#187;&lt;/i&gt; Clerget, le premier adjoint, qui avait promis son aide mais n'a rien fait, descend bredouiller son indignation : &lt;i&gt;&#171; Vous allez sortir ! &#187;&lt;/i&gt; R&#233;plique de Samir : &lt;i&gt;&#171; C'est toi qui paies le loyer ici ? Mais jamais de la vie. Tu te tais, tu me parles pas. Tu veux appeler les schmitts, vas-y, nous on bouge pas d'ici. &#187;&lt;/i&gt; C'est le moment que choisissent Thierry et Momo, venus de Bobigny, pour s'emparer du m&#233;gaphone et scander joyeusement : &lt;i&gt;&#171; Vogel la gal&#232;re ! Vogel la gal&#232;re ! &#187;&lt;/i&gt; Le personnel &#224; l'accueil est d&#233;j&#224; en train de sonner le tocsin quand Joucla fait irruption dans ce foutoir. En patron des lieux, il renvoie les adjoints penauds dans leurs bureaux, reprend la main et propose de nous recevoir &#171; en d&#233;l&#233;gation &#187;. Suivra un mini-Grenelle au cours duquel les deux parties conviendront de la gestion calamiteuse du parc social par l'&#201;tat sarkozyste (lequel compte racketter les locataires de HLM &#224; raison de 1 milliard d'euros en trois ans) mais aussi, tout de m&#234;me, de la l&#233;gitimit&#233; pour Malik &#224; ne pas se faire virer avant au moins la fin de la tr&#234;ve hivernale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours passent et toujours rien. Le comit&#233; de soutien se mobilise d&#233;j&#224; en vue d'une nouvelle manif, cette fois pour porter le chaud &#224; la pr&#233;fecture, quand la nouvelle tombe, simple comme un bouchon de champagne : Malik ne sera pas expuls&#233; ! Ni aujourd'hui ni demain, car un bail va &#234;tre sign&#233; &#224; son nom, foi de Batig&#232;re. &lt;i&gt;&#171; C'est parce que le dossier est devenu politique et m&#233;diatique &#187;&lt;/i&gt;, expliquera en gazouillant l'attach&#233;e de presse du bailleur. La Ville s'en sort bien, qui int&#232;gre le deux-pi&#232;ces de Malik &#224; son contingent et peut maintenant communiquer de fa&#231;on plus convaincante sur sa politique sociale. Mais nos dix-huit manifestants s'en sortent encore mieux, qui ont inflig&#233; une cuisante fess&#233;e &#224; Batig&#232;re et au pr&#233;fet. Victoire ! Mais ce ne sera peut-&#234;tre pas la derni&#232;re car, comme chante Millie : &lt;i&gt;&#171; It's all over but the shouting&#8230; &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Histoire de lib&#233;rer la place aux promoteurs et aux boutiques Dior qui ont fait main basse sur la rue de la R&#233;publique. &#192; cette occasion, la poign&#233;e de manifestants venus en soutien &#224; la famille sera caress&#233;e &#224; coups de bottes par les forces sp&#233;ciales. Images &#224; voir sur &lt;a href=&#034;http://www.youtube.com/watch?v=vfaOEB8Fy2Q&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.youtube.com/watch?v=vfaO...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Comme en fait foi une vid&#233;o du Collectif des mal-log&#233;s en col&#232;re, consultable sur &lt;a href=&#034;http://www.dailymotion.com/video/xbsdjc_batigere-occupe-par-80-mal-loges-en_news&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.dailymotion.com/video/xb...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#171; Paris condamn&#233; pour la garde &#224; vue muscl&#233;e d'un mineur &#187;, Le Monde&lt;/i&gt;, 4.11.10. Au vu des s&#233;vices inflig&#233;s (un testicule &#233;cras&#233;), on appr&#233;ciera la retenue de l'adjectif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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