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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'informatique et la gestion d&#233;truisent les m&#233;tiers &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Les membres du collectif &#201;cran total &#233;changent exp&#233;riences et r&#233;flexions sur l'informatisation de leurs m&#233;tiers et de leurs vies. Ce qui les conduit logiquement &#224; repenser le r&#244;le et la place du syndicalisme : lutter contre le patronat ne suffit pas, il faut aussi r&#233;investir la critique du travail. Quels sont les buts de votre collectif ? Qui regroupe-t-il ? &#201;cran total r&#233;unit des personnes de toute la France travaillant dans l'&#233;levage, l'&#233;ducation, le travail social, la m&#233;decine, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no149-decembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;149 (d&#233;cembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les membres du collectif &#201;cran total &#233;changent exp&#233;riences et r&#233;flexions sur l'informatisation de leurs m&#233;tiers et de leurs vies. Ce qui les conduit logiquement &#224; repenser le r&#244;le et la place du syndicalisme : lutter contre le patronat ne suffit pas, il faut aussi r&#233;investir la critique du travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2993 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;57&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L300xH426/-1231-a19ec.jpg?1768649710' width='300' height='426' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;149 de CQFD, illustr&#233;e par Emilie Seto
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont les buts de votre collectif ? Qui regroupe-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;cran total r&#233;unit des personnes de toute la France travaillant dans l'&#233;levage, l'&#233;ducation, le travail social, la m&#233;decine, la boulangerie, le mara&#238;chage, l'artisanat ou les m&#233;tiers du livre, ainsi que des gens au ch&#244;mage, au RSA ou sans activit&#233;. Toutes et tous constatent qu'une m&#234;me logique est &#224; l'oeuvre dans leur emploi ou dans leur vie : l'informatique et la gestion d&#233;truisent les m&#233;tiers et d&#233;gradent les relations sociales. On n'id&#233;alise pas ce qu'&#233;tait le travail ou la soci&#233;t&#233; aux stades ant&#233;rieurs du capitalisme, mais il nous semble important de prendre la mesure des transformations actuelles &#8211; &#224; cause du num&#233;rique, nos moyens d'action et de pression se r&#233;duisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous tentons donc de nous organiser pour r&#233;sister. Et pour soutenir celles et ceux qui payent le prix de leur opposition &#224; la gestion administr&#233;e des b&#234;tes, des &#233;l&#232;ves, des patients, des usagers, etc... Partager nos exp&#233;riences (au travail et en dehors) et les luttes qu'elles occasionnent, nous aide &#224; pr&#233;ciser ce &#224; quoi on aspire. Tout cela participe de notre volont&#233; de retrouver de l'autonomie, de red&#233;finir nos besoins, de nous r&#233;approprier des savoir-faire. Bref, de d&#233;cider de la forme et du sens de nos activit&#233;s et de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle place particuli&#232;re occupe l'informatique dans votre r&#233;flexion et vos actions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'informatique vise &#224; optimiser le temps productif et pr&#233;tend nous simplifier la vie. Mais en r&#233;alit&#233;, elle vole du temps et de l'attention au travail vivant en d&#233;multipliant les t&#226;ches bureaucratiques. Saisir des donn&#233;es ou produire des statistiques et des algorithmes revient &#224; d&#233;couper et standardiser &#8211; au final, il s'agit de contr&#244;ler le travail. Ce taylorisme assist&#233; par ordinateur transforme la nature de celui-ci, et impose de nouvelles t&#226;ches et mani&#232;res de concevoir nos activit&#233;s. Le savoir-faire est confisqu&#233;, le m&#233;tier devient l'application machinale de protocoles d&#233;finis via des logiciels par des experts. Ce qui n'est pas nommable ou quantifiable dispara&#238;t, et le travail se d&#233;shumanise encore plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faut-il &#234;tre &#171; en dehors &#187; pour d&#233;plorer cette &#233;volution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas du tout ! Parmi nous, beaucoup sont salari&#233;s et portent la critique depuis l'int&#233;rieur des organismes ou des institutions. D'autres estiment que leurs marges de man&#339;uvre disparaissent et d&#233;missionnent. On aimerait que ces pas de c&#244;t&#233; ne se r&#233;sument pas &#224; des sauve-qui-peut individuels et qu'&#201;cran total permette de penser et d'initier ce qu'on veut construire collectivement, notamment hors du salariat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous situez-vous par rapport aux syndicats existants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Nous regrettons le faible int&#233;r&#234;t qu'ils portent &#224; la question du r&#244;le et du contenu du travail. Au-del&#224; de la d&#233;fense des m&#233;tiers, il est indispensable de r&#233;fl&#233;chir au caract&#232;re inutile, voire nuisible, de certains boulots et &#224; la mis&#232;re humaine qu'ils induisent. Les syndicats se bornent le plus souvent &#224; une d&#233;fense corporatiste de l'emploi &#8211; il s'agit de pr&#233;server des statuts et des conditions de travail, sans remettre en cause le sens des productions et des activit&#233;s des travailleurs. Ces syndicats se font ainsi les cog&#233;rants d'une organisation sociale pourtant &#224; l'origine des maux qu'ils combattent. Rares sont ceux qui se prononcent sur l'impact des nouvelles technologies au travail, soit qu'ils les jugent in&#233;vitables, soit qu'ils s'en remettent aux avis de la Cnil&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, certains d'entre nous sont encart&#233;s et tiennent &#224; le rester pour porter notre point de vue au sein des organisations syndicales. D'autres ne voient pas de salut de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Mais toutes et tous partagent une m&#234;me volont&#233; de repenser le syndicalisme. Il ne s'agit pas de renoncer &#224; l'entraide ni de rejeter ce que l'histoire du mouvement ouvrier a pu avoir de f&#233;cond. Il n'est pas non plus question d'abandonner la d&#233;fense des travailleurs contre le patronat. Non, nous souhaitons plut&#244;t r&#233;investir la critique du travail, de ses vis&#233;es, de son organisation, notamment via sa rationalisation et l'emprise des nouvelles technologies. Et nous voulons conjuguer cette t&#226;che d'inventaire avec des actions de soutien et des formes nouvelles d'organisation collective hors du salariat. Ces pr&#233;occupations n'ont d'ailleurs pas toujours &#233;t&#233; &#233;trang&#232;res au mouvement ouvrier ; quand il n'&#233;tait pas encore neutralis&#233; par les partis politiques, puis par le stalinisme, celui-ci distinguait son &#233;mancipation du progr&#232;s technologique. C'est ce syndicalisme que nous voudrions r&#233;veiller.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Ferdinand Cazalis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Commission nationale de l'informatique et des libert&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Le capitalisme est &#224; l'agonie &#187;</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Le-capitalisme-est-a-l-agonie</link>
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		<dc:date>2011-09-12T05:38:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gilles Lucas</dc:creator>


		<dc:subject>JMB</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Les temps changent ? Paul Jorion, ex-trader et chercheur en sciences sociales dans les domaines de l'&#233;conomie, de l'anthropologie et des sciences cognitives, en est persuad&#233;. Dans son dernier ouvrage, La guerre civile num&#233;rique, publi&#233; chez Textuel, tout comme dans son blog &#233;ponyme recevant jusqu'&#224; 100 000 visiteurs par mois, il ouvre le d&#233;bat loin des id&#233;ologies et des chapelles. De l'air frais et d&#233;capant, &#224; faire s'arrondir les t&#234;tes les plus carr&#233;es. Rencontre. CQFD : Wikileaks, dont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no91-juillet-aout-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;91 (juillet-ao&#251;t 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/JMB" rel="tag"&gt;JMB&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/force-pratique" rel="tag"&gt;force pratique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les temps changent ? Paul Jorion, ex-trader et chercheur en sciences sociales dans les domaines de l'&#233;conomie, de l'anthropologie et des sciences cognitives, en est persuad&#233;. Dans son dernier ouvrage, &lt;i&gt;La guerre civile num&#233;rique&lt;/i&gt;, publi&#233; chez Textuel, tout comme dans son &lt;a href=&#034;http://www.pauljorion.com&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog&lt;/a&gt; &#233;ponyme recevant jusqu'&#224; 100 000 visiteurs par mois, il ouvre le d&#233;bat loin des id&#233;ologies et des chapelles. De l'air frais et d&#233;capant, &#224; faire s'arrondir les t&#234;tes les plus carr&#233;es. Rencontre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Wikileaks, dont vous parlez beaucoup dans votre dernier ouvrage, pr&#233;tend r&#233;v&#233;ler les dissimulations et les mensonges des gouvernants. Pensez-vous que la v&#233;rit&#233;, dans le monde dans lequel on vit, a encore une force pratique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paul Jorion&lt;/strong&gt; : La v&#233;rit&#233; a toujours eu une force pratique. Elle offre le moyen de construire des arguments qui soient &#224; la fois coh&#233;rents et ma&#238;tris&#233;s dans un environnement particulier. Il s'agit cependant d'une construction culturelle &#224; partir d'arguments pol&#233;miques, et dont on peut dater l'&#233;mergence comme je l'ai expliqu&#233; dans mon ouvrage &lt;i&gt;Comment la v&#233;rit&#233; et la r&#233;alit&#233; furent invent&#233;es&lt;/i&gt; (Gallimard, 2009). Avec la v&#233;rit&#233;, on ne se situe ni dans l'absolu, ni dans le n'importe- quoi. Bien qu'elle puisse &#234;tre critiquable parce qu'elle est un produit social et historique, l'exercice de la v&#233;rit&#233; par la raison (l'encha&#238;nement contr&#244;l&#233; de propositions v&#233;rifiables) a produit, d'une mani&#232;re globale, un mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des p&#233;riodes o&#249; un seuil psychologique est atteint pour les populations. Il n'est pas simplement dans l'imagination, mais li&#233; &#224; des r&#233;alit&#233;s qui font que des choses qui ont &#233;t&#233; jusqu'alors tol&#233;rables cessent de l'&#234;tre. Par exemple, des activit&#233;s financi&#232;res comme la sp&#233;culation passent relativement inaper&#231;ues tant que tout le monde gagne de l'argent, chacun &#224; son &#233;chelle. Au moment o&#249; la sp&#233;culation est devenue la seule source d'enrichissement, un seuil est atteint et le niveau de tol&#233;rance baisse. C'est &#224; ce moment-l&#224; que la v&#233;rit&#233; sur la sp&#233;culation r&#233;alise son potentiel. Seul le contexte la rend cruciale ou non. Avec Internet, ce qui a chang&#233; ce n'est pas la mani&#232;re qu'a la population de r&#233;agir &#224; la v&#233;rit&#233;, c'est la possibilit&#233; pour un certain type d'informations de circuler beaucoup plus rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_185 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH317/jmb_complot-13ae0.png?1768649470' width='400' height='317' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par JMB
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La v&#233;rit&#233; en soi n'a peut-&#234;tre pas autant d'impact qu'on peut l'imaginer. Prenons l'exemple de ce Tunisien dont l'immolation a caus&#233; l'indignation qui a conduit au soul&#232;vement de la population dans son pays. Un des &#233;l&#233;ments essentiels du drame a &#233;t&#233; le fait qu'il a &#233;t&#233; gifl&#233; par une polici&#232;re. Or il semble av&#233;r&#233; que cette femme ne l'a pas frapp&#233; et qu'il s'agisse l&#224; d'une enjolivure, si l'on peut dire, de la part de quelqu'un qui a fait circuler la relation des &#233;v&#233;nements et l'a ajout&#233;e pour la rendre plus int&#233;ressante aux yeux du public. Cela a jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s important. Mais c'est le fait que le seuil de tol&#233;rance de la population avait &#233;t&#233; atteint qui a fait que cet &#233;l&#233;ment a provoqu&#233; un soul&#232;vement. Dans ce cas en particulier, ce n'est pas la v&#233;rit&#233; mais un &#233;l&#233;ment faux qui a jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif. De fait, la v&#233;rit&#233; : oui. Mais uniquement la v&#233;rit&#233; : pas n&#233;cessairement. Il y a en circulation beaucoup de th&#232;ses du complot, qui sont des r&#233;cits et des discours cr&#233;&#233;s pour faciliter la compr&#233;hension. On ne sait pas comment les choses se sont pass&#233;es et l'on invente alors un complot pour boucher un vide dans l'explication. Dans le cas de l'information que r&#233;v&#232;le Wikileaks, il s'agit d'informations vraies. Il ne s'agit pas d'opinions &#233;mises par les uns ou les autres. On a affaire l&#224; au contraire &#224; une explication r&#233;elle et celle-ci est, en g&#233;n&#233;ral, relativement banale par rapport &#224; la conspiration que l'on avait imagin&#233;e &#224; la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est important ici, c'est le fait que les informations r&#233;v&#233;l&#233;es par Wikileaks &#233;mergent &#224; l'endroit o&#249; l'on avait tent&#233; initialement de les tenir secr&#232;tes. Leur relative banalit&#233; a pour envers leur caract&#232;re strat&#233;gique, que la dissimulation voulait cacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui le fonctionnement du monde globalis&#233; a acquis une fragilit&#233; technologique ph&#233;nom&#233;nale, &#224; travers les syst&#232;mes on line. Pour mettre &#224; mal le syst&#232;me capitaliste aujourd'hui, on peut penser que les Anonymous ou les hackers n'ont pas besoin d'&#234;tre aussi nombreux que pour mener des actes de sabotages au XIXe si&#232;cle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des parall&#232;les pour ce qui touche aux m&#233;thodes et au syst&#232;me de valeurs, entre par exemple les nihilistes russes de la seconde moiti&#233; du xixe si&#232;cle et les Anonymous contemporains. Ceci dit, les mesures de protection s'am&#233;liorent sans cesse &#224; l'aune des attaques qui peuvent venir. Par exemple, beaucoup de hackers ou de techniciens tr&#232;s pointus dans le domaine de l'informatique travaillent de leur c&#244;t&#233; pour les gouvernements, ou pour l'Otan, ou encore pour le FMI, lorsque leurs sites sont attaqu&#233;s. Le gouvernement am&#233;ricain en recrute ainsi en grande quantit&#233;. Et ces gens-l&#224; ont les m&#234;mes connaissances que ceux qui attaquent le syst&#232;me. Mais ils sont recrut&#233;s pour op&#233;rer la parade et les repr&#233;sailles face aux attaques qui les visent. Au cours des semaines r&#233;centes, il y a eu beaucoup de d&#233;faites du c&#244;t&#233; des hackers : plusieurs ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s. Il s'agit, comme souvent, d'un individu isol&#233;. Il va de soi qu'on ne peut d&#233;capiter Anonymous, puisque par d&#233;finition il s'agit d'une association extr&#234;mement distendue de programmeurs qui ne se connaissent pas pour profiter justement de la relative protection qu'offre le fait de ne pas se conna&#238;tre les uns les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous aviez anticip&#233; la question des subprimes et la crise que cela allait engendrer. Dans votre dernier livre vous parlez de &lt;i&gt;&#171; l'agonie du capitalisme &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas anticip&#233; la crise : je travaillais au sein des subprimes et j'ai fait une description de ce qui &#233;tait en train de se passer. Les cons&#233;quences possibles de ce que j'observais &#233;taient de l'ordre de l'extr&#234;mement pr&#233;visible. Dans d'autres circonstances, on n'a pas acc&#232;s &#224; l'information, on ne voit pas appara&#238;tre ce que j'appelle des nervures, ces lignes qui conduisent in&#233;luctablement d'une situation &#224; une autre. &#192; propos de &#171; l'agonie du capitalisme &#187;, je suis factuel et descriptif. Si la repr&#233;sentation que j'offre n'est pas r&#233;pandue dans le public, c'est parce que l'on ne sait pas exactement ce qui se passe au sein de la finance, comment tout cela fonctionne. Mon travail est d'expliquer afin que l'on comprenne qu'il ne s'agit pas d'une agonie qui va venir, mais qu'elle est d&#233;j&#224; en train d'avoir lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites que nous sommes &lt;i&gt;&#171; dans une situation pr&#233;-r&#233;volutionnaire &#187;&lt;/i&gt;. Vous consid&#233;rez cette situation avec les m&#234;mes &#233;l&#233;ments que ceux qui vous ont permis de d&#233;crire l'arriv&#233;e de la crise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je parle de p&#233;riode pr&#233;-r&#233;volutionnaire, cela signifie qu'un certain nombre de seuils ont &#233;t&#233; atteints et cela fait que l'on est beaucoup plus attentif aux choses que l'on avait ignor&#233;es. Les sujets, anodins dans un contexte de caf&#233; du commerce, deviennent soudain importants. Non pas qu'ils aient chang&#233; de nature mais parce que les individus qui en parlent en parlent diff&#233;remment du fait d'une exp&#233;rience diff&#233;rente dans leur vie.
Les forces centrifuges sont beaucoup plus puissantes que les forces centrip&#232;tes. Celles qui poussent &#224; l'&#233;clatement sont tr&#232;s puissantes. &#192; c&#244;t&#233; de cela, l'impuissance de la classe politique r&#233;sulte du chacun pour soi, malgr&#233; les tentatives de rassemblement. Le spectacle de ces tentatives est affligeant par son manque d'efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Tunisie, apr&#232;s la chute de Ben Ali, beaucoup parlaient de r&#233;volution en pr&#233;cisant qu'ils n'avaient pas de &#171; feuille de route &#187;. Aujourd'hui, au-del&#224; des id&#233;ologies religieuses ou du dogme impos&#233; par l'&#233;conomie de march&#233;, il n'y a pas de projets d'&#233;mancipation communs&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce qu'on a le nez dans le guidon que l'on voit les choses aussi peu clairement. Avec un certain recul, tout appara&#238;t tr&#232;s diff&#233;remment. Quand on parle de 1789 en France, par exemple, il est dit qu'il y avait Voltaire, Rousseau, les Encyclop&#233;distes, etc. C'est une illusion r&#233;trospective de croire qu'il y avait une masse de gens qui les avaient lus et qui se disaient qu'il fallait appliquer telle ou telle chose qu'ils avaient &#233;crite. Si cela avait &#233;t&#233; le cas, l'encha&#238;nement des &#233;v&#233;nements aurait &#233;t&#233; beaucoup plus rectiligne, avec beaucoup moins d'h&#233;sitations. Nous ne sommes pas dans une p&#233;riode tr&#232;s focalis&#233;e comme celle des ann&#233;es trente o&#249; des gens se ralliaient d'un c&#244;t&#233; en masse &#224; un id&#233;al de type communiste et d'un autre au fascisme. La p&#233;riode actuelle ressemble plut&#244;t &#224; 1788. Il devient &#233;vident que le syst&#232;me ne marche plus, mais personne n'a une vision claire de ce qui va advenir. Pourtant les id&#233;es qui feront la suite sont s&#251;rement d&#233;j&#224; l&#224;. Il y a des d&#233;bats sur des questions essentielles qui n'ont pas &#233;t&#233; trait&#233;es &#224; fond jusqu'ici, tels ceux, notamment, sur la question de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, sur le lien entre revenus et travail. Ceux qui parlent de pic p&#233;trolier et consid&#232;rent le reste comme la r&#233;sultante de cela, mettent au second plan le fait que l'informatisation a jou&#233; jusqu'ici un r&#244;le plus important que celui de l'&#233;puisement des ressources. Elle oblige les individus &#224; dissocier la notion de revenus de celle du travail dont la quantit&#233; n&#233;cessaire diminue &#224; toute allure. Le travail qui se trouve maintenant en Chine ou en Indon&#233;sie n'est qu'une fraction de celui qui a disparu chez nous. Comme on l'avait exactement imagin&#233; dans les ann&#233;es cinquante, le travail est en train de dispara&#238;tre alors que les gens doivent continuer &#224; avoir les moyens de vivre. Il faut par cons&#233;quent que les revenus ne soient plus n&#233;cessairement li&#233;s au travail. On ne peut plus dire comme Keynes, &lt;i&gt;&#171; on va mettre tout le monde au plein emploi et &#231;a va r&#233;soudre le probl&#232;me &#187;&lt;/i&gt;. Il n'y a plus assez de travail pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous le &#171; mouvement des indign&#233;s &#187; ? Il y a une esp&#232;ce de passage du &#171; on line &#187; vers le &#171; on live &#187;. Mais l'&#233;nergie lib&#233;r&#233;e ne contraste-t-elle pas avec le manque de programme politique de ces grandes assembl&#233;es ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis assez vieux pour avoir v&#233;cu mai 1968. Je sais qu'il y a des p&#233;riodes o&#249; l'on r&#233;fl&#233;chit beaucoup et o&#249; cela ne d&#233;bouche pas imm&#233;diatement sur des conclusions qui seraient sans ambigu&#239;t&#233;. Ce sont des moments &lt;i&gt;&#171; de prises de parole &#187;&lt;/i&gt; ainsi que les d&#233;signe Michel de Certeau. En 1968, dans ces prises de parole, il y avait 95 % de d&#233;chet : les gens disaient ce qui leur passait par la t&#234;te. Un ami m'a dit : &lt;i&gt;&#171; Tu te rappelles ce que tu faisais pendant les assembl&#233;es libres : tu collectais les ordures ! &#187;&lt;/i&gt; Je ne m'en souvenais pas mais c'&#233;tait sans doute pour moi la meilleure chose &#224; faire dans ces circonstances-l&#224;. De ces discussions, il n'y avait pas beaucoup de contenu &#224; sauver. L'important, c'&#233;tait justement le fait m&#234;me de l'assembl&#233;e, que des gens qui ne l'avaient jamais fait osent ouvrir la bouche pour dire ce qu'ils avaient &#224; dire, m&#234;me si ce n'&#233;tait pas tr&#232;s &#233;labor&#233;. Ma r&#233;action instinctive : il &#233;tait essentiel que cela puisse continuer, ind&#233;pendamment de la qualit&#233; de tout ce qui se disait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ces moments-l&#224;, peut-on dire ce qui, de la raison ou de l'&#233;motion, agit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison n'existe pas &#224; l'&#233;tat statique, elle a besoin d'un moteur, cela m'&#233;tait apparu quand je faisais de l'intelligence artificielle. Son moteur, c'est l'&#233;motion, l'affect. Il ressort de la m&#233;tapsychologie freudienne que la part d'inconscient qui nous fait agir et parler ne disqualifie pas l'ensemble de ce que nous faisons et exprimons. Ne consid&#233;rer que la raison, c'est aplatir, retirer plusieurs dimensions &#224; l'ensemble de nos actions. Le simple fait d'ouvrir la bouche pour nous exprimer est &#233;motionnel. Ce qui vient ensuite, c'est ce qui est pertinent en contexte : de la raison engendr&#233;e par une dynamique d'affect. Il faut &#234;tre &#233;conomiste pour imaginer que l'animal humain se r&#233;duit &#224; un homo economicus rationnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que nous vivons une &#233;poque de rupture ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait. C'est un grand tournant historique et humain, au moins aussi important que la chute de l'empire romain. M&#234;me, peut-&#234;tre, &#233;quivalent &#224; celui du passage du pal&#233;olithique au n&#233;olithique avec l'invention de l'agriculture : un v&#233;ritable changement du comportement des hommes sur la terre. Je ne dis pas que ce tournant sera achev&#233; dans dix, vingt ou cinquante ans. Il est en train de s'amorcer. Nous vivons une &#233;poque majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voir aussi &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Guerilleros-contre-armee-reguliere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Gu&#233;rilleros contre arm&#233;e r&#233;guli&#232;re &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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