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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Y'en a (encore et toujours) marre</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Mathilde Offroy</dc:creator>


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&lt;p&gt;N&#233; en 2011, le mouvement Y'en a marre a accompagn&#233; les manifestations massives contre le troisi&#232;me mandat de l'ancien pr&#233;sident Abdoulaye Wade. Loin des projecteurs m&#233;diatiques occidentaux, il poursuit depuis un lent travail de conscientisation politique populaire. Entretien avec Aliou San&#233;, l'un de ses fondateurs. Au S&#233;n&#233;gal comme ailleurs, l'histoire se r&#233;p&#232;te, m&#234;lant farce et trag&#233;die. En ce mois d'ao&#251;t 2019, c'est en tout cas ce qui se dit &#224; Dakar, o&#249; la tr&#232;s sulfureuse affaire des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233; en 2011, le mouvement Y'en a marre a accompagn&#233; les manifestations massives contre le troisi&#232;me mandat de l'ancien pr&#233;sident Abdoulaye Wade. Loin des projecteurs m&#233;diatiques occidentaux, il poursuit depuis un lent travail de conscientisation politique populaire. Entretien avec Aliou San&#233;, l'un de ses fondateurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3048 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH574/-1282-19446.jpg?1768655583' width='400' height='574' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Iturralde
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&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;u S&#233;n&#233;gal comme ailleurs, l'histoire se r&#233;p&#232;te, m&#234;lant farce et trag&#233;die. En ce mois d'ao&#251;t 2019, c'est en tout cas ce qui se dit &#224; Dakar, o&#249; la tr&#232;s sulfureuse affaire des champs p&#233;trolif&#232;res et gaziers brad&#233;s &#224; la multinationale BP (scandale P&#233;tro-Tim) ne passe d&#233;cid&#233;ment pas. C'est une machination &#224; la fois classique et fort n&#233;buleuse, impliquant des personnalit&#233;s gratin&#233;es : un requin des affaires roumano-australien issu du trafic d'h&#233;ro&#239;ne, Frank Timis ; le fils de l'ancien pr&#233;sident Abdoulaye Wade, Karim Wade (d&#233;sormais &#224; la t&#234;te du parti qu'avait dirig&#233; son paternel) ; et le fr&#232;re de l'actuel pr&#233;sident Macky Sall, Aliou Sall. Mise en pleine lumi&#232;re par un documentaire de la BBC, &#233;tay&#233; depuis par d'autres sources, l'affaire suscite sarcasmes et col&#232;res, convoquant les fant&#244;mes d'un pass&#233; mal dig&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rembobinage. 2011 : le tout r&#233;cent mouvement Y'en a marre, fond&#233; notamment par des journalistes et des rappeurs (le duo Keur Gui, Foumalade), est l'embl&#232;me d'un mouvement de contestation sans pr&#233;c&#233;dent. Il s'agit alors de refuser le troisi&#232;me et anticonstitutionnel mandat du pr&#233;sident Abdoulaye Wade, &#224; la t&#234;te d'une clique consanguine menant les affaires du pays. Les manifestations se succ&#232;dent, violentes, r&#233;prim&#233;es, avec de nombreuses victimes &#224; la cl&#233;. Wade tente alors de placer son fils sur le tr&#244;ne, mais &#231;a ne prend pas, la r&#233;forme constitutionnelle qu'il tente d'imposer tombant &#224; l'eau. R&#233;sultat : Macky Sall, son ancien Premier ministre pass&#233; &#224; l'opposition, remporte les &#233;lections, profitant du vent de r&#233;volte et promettant monts et merveilles. Son pouvoir refusera toute corruption, promet-il, placera l'int&#233;r&#234;t du pays au premier plan. Vaste blague qu'illustre parfaitement le scandale en cours de d&#233;voilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que nous avons rendez-vous avec Aliou San&#233;, cofondateur du mouvement Y'en a marre, dont il est le coordinateur officiel depuis mars 2019. Il nous re&#231;oit dans les bureaux administratifs du collectif, install&#233;s &#224; Sacr&#233; C&#339;ur III, un quartier tranquille de Dakar. En attendant qu'il soit disponible, on discute avec Ma&#239;mouna, la trentaine souriante, l'une des employ&#233;es du mouvement. On est le 16 ao&#251;t, p&#233;riode de vacances au S&#233;n&#233;gal, mais elle n'est pas vraiment concern&#233;e, rigole-t-elle, &#233;tant donn&#233; qu'elle doit r&#233;diger un rapport sur la derni&#232;re campagne initi&#233;e par le mouvement, &#171; Sunu Gox &#187;. Soit un travail de fond men&#233; avec le tissu associatif et culturel d'une vingtaine de banlieues de Dakar pour tenter de r&#233;pondre &#224; des questions telles que la gestion des d&#233;chets ou l'inclusion des femmes dans la vie politique locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle le rappelle : si le mouvement est &#171; c&#233;l&#232;bre &#187; pour son aspect contestataire et sa pr&#233;sence dans la rue aux moments-cl&#233;s, il &#233;tait d&#232;s le d&#233;but ancr&#233; dans une d&#233;marche plus large, visant &#224; pousser les jeunes S&#233;n&#233;galais &#224; s'emparer de la question politique. Entre activisme et lent travail de conscientisation, le mouvement semble avoir trouv&#233; sa vitesse de croisi&#232;re, un pied dans l'actualit&#233; l'autre dans le travail de fond. Ce que confirme Aliou San&#233; qui nous rejoint pour l'entretien. Ancien journaliste, il a tout l&#226;ch&#233; pour s'impliquer dans le mouvement d&#232;s les premi&#232;res &#233;tincelles. Il le d&#233;fend avec passion, s'enflammant &#224; l'occasion et tra&#231;ant des voies plut&#244;t optimistes pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mouvement a &#233;t&#233; lanc&#233; en 2011, plus d'un an avant l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de 2012. Quel a &#233;t&#233; le d&#233;clencheur ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y en a eu plusieurs, qui se sont cristallis&#233;s en janvier 2011. &#192; l'&#233;poque, je vivais dans un petit appartement d'un quartier de banlieue, les Parcelles assainies, qui servait souvent de lieu de rassemblement. On s'y retrouvait pour discuter entre amis de ce qui n'allait pas. Il y avait le journaliste Fadel Barro, qui &#233;tait mon colocataire et avait d&#233;j&#224; eu maille &#224; partir avec la justice pour des articles critiques envers Wade, ainsi que des visiteurs, comme les deux rappeurs de Keur Gui, r&#233;put&#233;s pour leurs textes engag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, pendant une coupure d'&#233;lectricit&#233;, d&#233;sagr&#233;ment fr&#233;quent, on s'est mis &#224; discuter &#224; la lueur des bougies des choses qui nous faisaient rugir : la gabegie des hommes politiques, les co&#251;ts ing&#233;rables de la vie quotidienne, le jet priv&#233; du fils du pr&#233;sident ou les milliards de francs CFA d&#233;pens&#233;s pour l'immense Monument de la Renaissance africaine&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Statue d'une cinquantaine de m&#232;tres de hauteur, inaugur&#233;e fin 2010.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#224; Dakar. On &#233;tait &#224; un an de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, et il nous semblait que la soci&#233;t&#233; civile n'avait jamais &#233;t&#233; aussi isol&#233;e par le pouvoir, qu'elle &#233;tait absolument impuissante et que rien ne permettait d'exprimer les frustrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre constat &#233;tait simple : on est engag&#233;s, on se bat &#224; notre niveau, mais... &#224; quoi &#231;a sert puisqu'on ne change rien ? On s'est alors dit qu'il fallait cr&#233;er une structure pour encadrer la rage. Pas un parti, parce qu'on ne croyait pas &#224; la politique politicienne, mais un mouvement citoyen o&#249; tout le monde &#8211; ouvrier, cadre, m&#233;nag&#232;re &#8211; pourrait trouver un cadre d'expression. C'est comme &#231;a qu'est n&#233; Y'en a marre le 18 janvier 2011. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y avait des revendications concr&#232;tes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Notre discours &#233;tait ax&#233; sur le quotidien. Si on prend l'exemple des coupures, on voyait qu'&#224; chaque fois que l'&#233;lectricit&#233; disparaissait, les jeunes du coin br&#251;laient des pneus et foutaient le bordel. Pourquoi pas ? Sauf que &#231;a ne d&#233;bouchait sur rien. Si la femme d'un ministre passait en voiture, il lui suffisait de remonter la vitre et de s'&#233;loigner. N'&#233;taient p&#233;nalis&#233;s que les gens du quartier. On est donc all&#233;s discuter avec eux, pour leur dire que s'ils voulaient vraiment emmerder le pouvoir, il fallait qu'ils s'inscrivent sur les listes &#233;lectorales et s'impliquent dans la vie de leur quartier. Notre discours n'avait rien de radical, m&#234;me s'il s'est &#233;videmment durci quand le gouvernement Wade a poursuivi sa course en avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement a vite pris de l'essor, les jeunes s'inscrivant en masse sur les listes. Selon les d&#233;comptes officiels, il y a eu 357 000 nouveaux inscrits en une courte p&#233;riode. Ce succ&#232;s n'a pas tard&#233; &#224; nous apporter des probl&#232;mes : nombre d'entre nous se sont retrouv&#233;s en garde &#224; vue &#224; plusieurs reprises. Et notre combat a vite rejoint celui du peuple s&#233;n&#233;galais contre le troisi&#232;me mandat de Wade. Des manifestations violentes ont suivi, et une tr&#232;s forte r&#233;pression, avec treize morts et de nombreuses arrestations arbitraires : le pouvoir ne voulait rien l&#226;cher. Au point que l'opposition a un temps pr&#244;n&#233; le report des &#233;lections. Nous n'&#233;tions pas d'accord : il fallait qu'elles se tiennent et que Wade d&#233;gage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle &#233;tait votre position vis-&#224;-vis du principal opposant &#224; Wade, Macky Sall, aujourd'hui &#224; la t&#234;te du pays ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Macky Sall est venu nous rendre visite dans notre QG de banlieue entre les deux tours de l'&#233;lection. Il cherchait &#224; nous rattacher &#224; sa campagne. Notre position &#233;tait tr&#232;s claire : on ne vous soutient pas, on veut simplement faire tomber Wade. Point fondamental : il n'&#233;tait pas question d'accepter des postes dans son gouvernement. Il a eu beau nous faire les yeux doux, ce n'&#233;tait pas une option envisageable. Au d&#233;but de son mandat, il est revenu &#224; la charge et a re&#231;u la m&#234;me r&#233;ponse : non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, on n'a jamais cru en lui, pas une seconde, parce que c'est un politicien de l'ancien temps, ayant fait partie de plusieurs gouvernements. Pour nous, c'est un fils de Wade. Mais on se disait qu'il pourrait amorcer un d&#233;but de changement, poser des jalons, ce qu'il avait promis, notamment au niveau de l'assainissement des finances publiques. Wade et son entourage &#233;taient tomb&#233;s tellement bas qu'on pensait qu'il y aurait forc&#233;ment am&#233;lioration. Sauf que non : on voit aujourd'hui avec le scandale P&#233;tro-Tim impliquant profond&#233;ment le fr&#232;re du pr&#233;sident, Aliou Sall, qu'il y a une continuit&#233; dans l'indignit&#233;. Macky avait d&#233;clar&#233; : &#8220;&lt;i&gt;La patrie avant le parti et la famille&lt;/i&gt;&#8221;. Il a fait exactement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s l'&#233;lection, on a organis&#233; une manifestation pour lui rappeler ses promesses. Ensuite, tout a &#233;t&#233; de mal en pis. Aujourd'hui, on peut le dire : jamais un pr&#233;sident n'a &#233;t&#233; aussi m&#233;pris&#233;. Hormis ses proches soutiens, il n'y a plus aucun respect &#224; son &#233;gard. Et ceux qui sont les plus acerbes, notamment sur les r&#233;seaux sociaux, sont justement ceux qui avaient cru &#224; ses promesses de moralisation. Si les m&#233;dias sont &#224; la solde du pouvoir, ils p&#232;sent peu par rapport &#224; la col&#232;re qui se propage en ligne. C'est pour avoir plus de poids dans ce domaine qu'on en est train de travailler sur une web-TV, t&#233;l&#233;vision de rue qui portera les paroles qu'on n'entend jamais dans les m&#233;dias. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que r&#233;pondez-vous &#224; ceux qui vous reprochent d'avoir contribu&#233; &#224; l'&#233;lection de Macky Sall ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que c'est absurde. On a simplement appel&#233; &#224; voter contre Wade. Sall ou autre, voire vote blanc, c'&#233;tait pareil pour nous. Il s'agissait simplement d'une &#233;tape. Mais on sait que le travail &#224; mener d&#233;passe largement cette question du vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, le pouvoir a tout fait pour nous discr&#233;diter. Il y a eu plusieurs tentatives de nous acheter. Mais aussi une diabolisation qui continue encore aujourd'hui : on nous pr&#233;sente comme des gens sans solution, partisans de la violence. Des rumeurs ont tourn&#233; : on serait financ&#233;s par les lobbys gays&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'homosexualit&#233; est encore aujourd'hui r&#233;prim&#233;e par la loi au S&#233;n&#233;gal.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, ou bien par les loges ma&#231;onniques. Comme les gardes &#224; vue et la r&#233;pression n'ont pas suffi &#224; nous faire taire, nos adversaires cherchent des moyens d'entamer notre cr&#233;dibilit&#233;. Le fait qu'on ait refus&#233; de pr&#233;senter des candidats aux l&#233;gislatives est pos&#233; par eux comme le symbole de notre caract&#232;re non constructif. Alors que c'&#233;tait une d&#233;cision tr&#232;s r&#233;fl&#233;chie et discut&#233;e en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Il n'&#233;tait pas question de se mouiller avec ce syst&#232;me-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre 2018, le duo Keur Gui a sorti un nouveau morceau, &lt;i&gt;Sa&#239; sa&#239; au c&#339;ur&lt;/i&gt;, un titre acerbe d&#233;non&#231;ant le pouvoir en place [&#171; &lt;i&gt;Sa&#239; sa&#239;&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;veut dire &#171; plaisantin / coureur de jupons &#187; en wolof]. Il a &#233;norm&#233;ment tourn&#233; sur Internet et s'est r&#233;v&#233;l&#233; proph&#233;tique, annon&#231;ant le scandale sur la gestion des gisements de p&#233;trole et de gaz. L&#224; aussi, &#231;a a &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; comme une attaque sans fondement. C'est dans cette m&#234;me veine que se situe la r&#233;cente vague d'arrestations pour des propos tenus sur Internet : il y a volont&#233; de faire taire les voix divergentes. Le cas de Guy Marius Sagna est exemplaire : il est en prison depuis un mois pour avoir relay&#233; un communiqu&#233; du collectif Frapp France D&#233;gage sur le jeu trouble de la France dans le terrorisme au Mali. Le dossier est tellement vide qu'il est inculp&#233; pour &#8220;fausse alerte terroriste&#8221;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; le jour m&#234;me de l'entretien.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous insistez sur un travail en profondeur, plus d&#233;connect&#233; de l'actualit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D&#232;s la premi&#232;re grande manifestation impuls&#233;e par Y'en a marre, en mars 2011, il y avait en germe cette volont&#233; de s'inscrire sur la longueur en poussant les gens &#224; se r&#233;approprier le champ politique. Les programmes citoyens que nous d&#233;veloppons sont l'essence du mouvement. En 2012, on a lanc&#233; une grande tourn&#233;e dans tout le S&#233;n&#233;gal. Notre message : parle avec ton maire ou ton d&#233;put&#233;, implique-toi, sois la sentinelle de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela passe par des questions tr&#232;s prosa&#239;ques, comme la gestion des ordures, l'&#233;quipement des &#233;coles, le vote des budgets municipaux, etc. Il faut comprendre que depuis les ind&#233;pendances, les gouvernements des pays concern&#233;s ont g&#233;n&#233;ralement surf&#233; sur l'apathie et l'ignorance pour profiter du pouvoir. Cette g&#233;n&#233;ration dont font partie des dirigeants comme Wade ou Sall doit &#234;tre d&#233;tr&#244;n&#233;e, remplac&#233;e par des gens ayant vraiment le sens de l'int&#233;r&#234;t collectif. On essaie de participer &#224; ce renouvellement, de donner &#224; tous le moyen de s'impliquer. Et c'est pour cela qu'on n'appr&#233;cie pas de se voir renvoy&#233;s &#224; notre seul radicalisme, aux &#233;v&#233;nements de 2011 et 2012, comme le font tous les m&#233;dias. La contestation est un pan de notre d&#233;marche, mais c'est loin d'&#234;tre le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;&#233;lection de Macky Sall en 2019 est &#233;videmment un constat d'&#233;chec. C'est li&#233; au fait que cette g&#233;n&#233;ration s'accroche &#224; ses postes. Mais cela ne veut pas dire que le travail en profondeur ne paye pas. Lors de cette &#233;lection, l'ancien haut-fonctionnaire Ousmane Sonko, porteur d'un discours tr&#232;s critique sur le syst&#232;me et le pillage des ressources, est arriv&#233; troisi&#232;me, apportant un vent de renouvellement. 800 000 S&#233;n&#233;galais ont vot&#233; pour lui. C'est tr&#232;s insuffisant, bien s&#251;r, mais c'est une ouverture. On ne d&#233;sesp&#232;re pas de ce pays. Ils ont eu beau tenter d'acheter les consciences, que ce soit le clan Sall ou le clan Wade, &#231;a n'a pas suffi. Et depuis quelque temps, il y a un changement de mentalit&#233; &#233;vident : les gens refusent de nouveau cette caste, ces affaires. Il y a un r&#233;cent fait divers qui dit beaucoup : un commissaire de police a agress&#233; un pharmacien qui ne voulait pas lui donner un m&#233;dicament parce qu'il n'avait pas d'ordonnance. R&#233;sultat : le pharmacien s'est retrouv&#233; en prison. Mais l'histoire a &#233;t&#233; massivement d&#233;nonc&#233;e, au point qu'il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; et le commissaire relev&#233; de ses fonctions. C'est une expression du ras-le-bol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez suivi le mouvement des Gilets jaunes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, bien s&#251;r, avec beaucoup d'int&#233;r&#234;t. C'est un mouvement assez proche du n&#244;tre, qui est parti de bases concr&#232;tes, li&#233;es &#224; la vie quotidienne, pour s'&#233;largir &#224; d'autres revendications. Ce genre de mouvement social s'appuie sur la spontan&#233;it&#233;, ce qui est &#224; la fois une force et une faiblesse, parce que c'est difficile de tenir sur la longueur. On a &#233;galement vu une similitude dans la r&#233;pression et la diabolisation m&#233;diatique : tout est fait pour discr&#233;diter un mouvement venu de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre c&#244;t&#233;, cette diabolisation est aussi pass&#233;e par la critique de notre financement. Parce qu'on a choisi d'accepter l'argent venu d'ONG comme Oxfam, qui ont entre autres investi dans notre programme &#8220;Dor Ak Sa Gox&#8221; (&#8220;Marcher avec sa communaut&#233;&#8221;). C'est un point dont on a beaucoup d&#233;battu. Si au d&#233;but on s'autofinan&#231;ait en vendant des T-shirts, notre choix de travailler en profondeur passait forc&#233;ment par cette dimension. Quand tu organises des tourn&#233;es dans les quatorze r&#233;gions du pays, tu ne peux plus fonctionner avec des bouts de ficelle. C'est pour cela qu'on est tr&#232;s s&#233;rieux dans la gestion administrative : il faut faire en sorte qu'on ne soit pas attaquable sur la question de l'utilisation des fonds. On fait cela en toute transparence, avec l'id&#233;e de court-circuiter la logique des grandes ONG qui d&#233;pensent n'importe comment les fonds de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce niveau, la critique est facile. Personnellement, j'aurais pu avoir une vie beaucoup moins compliqu&#233;e. &#192; 25 ans, j'&#233;tais cadre dans une r&#233;daction, j'avais un bon salaire, j'avais tout pour profiter. Je ne faisais pas vraiment partie de ceux qui&lt;i&gt; en avaient marre&lt;/i&gt;. Mais je vivais parmi eux, je voyais la pauvret&#233; au quotidien, les gal&#232;res, les gens qui ne pouvaient pas se payer des m&#233;dicaments basiques. Alors j'ai bascul&#233; dans cette contestation qui occupe toute ma vie et je ne regrette rien, m&#234;me si j'ai &#233;t&#233; traqu&#233; pendant des mois. On peut dire la m&#234;me chose des rappeurs de Keur Gui, qui avaient d&#233;j&#224; beaucoup de succ&#232;s avant de s'engager dans la dissidence. Ils auraient pu profiter du syst&#232;me facilement. Ils ont choisi de faire l'inverse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre mouvement semble essaimer en Afrique subsaharienne&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est quelque chose de tr&#232;s encourageant. On a d'ailleurs organis&#233; une grande rencontre &#224; Dakar en 2018, pour contribuer &#224; f&#233;d&#233;rer toutes les initiatives : l'Universit&#233; populaire de l'engagement citoyen. &#201;taient pr&#233;sents des gens issus de collectifs proches : le Balai citoyen du Burkina Faso, Lucha et Filimbi au Congo Kinshasa, En Aucun Cas au Togo, Our Destiny au Cameroun, Sindumuja en Gambie, etc. La plupart de ces mouvements sont n&#233;s apr&#232;s Y'en a marre et s'en sont pour partie inspir&#233;s. On a d'ailleurs fait une tourn&#233;e africaine pour pr&#233;senter notre d&#233;marche, apr&#232;s les &#233;v&#233;nements de 2011 et 2012, avec des rencontres tr&#232;s fortes, m&#234;me si c'&#233;tait parfois compliqu&#233; : au Congo, on a fait cinq jours de prison apr&#232;s que la police a d&#233;barqu&#233; lourdement arm&#233;e dans le rassemblement organis&#233; par Filimbi et Lucha. Certains activistes l&#224;-bas sont encore incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; notre rencontre de 2018 est n&#233;e une plateforme panafricaine, Afrikki Mwinda [&#171; &lt;i&gt;L'Afrique qui brille&lt;/i&gt; &#187;], qui f&#233;d&#232;re toutes ces luttes. On ne va pas en rester l&#224;, puisqu'une nouvelle grande r&#233;union est pr&#233;vue fin 2019. L'id&#233;e est de multiplier les pistes de dialogue et de montrer que les mouvements populaires n'ont pas dit leur dernier mot. Parce qu'il y a une certitude : des collectifs comme Y'en a marre ne font rien d'autre qu'accompagner la rue. Au S&#233;n&#233;gal, beaucoup disent qu'on a fait &#8220;disjoncter&#8221; un pr&#233;sident en 2012. Ce n'est pas le cas : on s'est simplement battu aux c&#244;t&#233;s des citoyens de ce pays. On va continuer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Mathilde Offroy et &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Statue d'une cinquantaine de m&#232;tres de hauteur, inaugur&#233;e fin 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'homosexualit&#233; est encore aujourd'hui r&#233;prim&#233;e par la loi au S&#233;n&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; le jour m&#234;me de l'entretien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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