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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>L&#226;cher de mots</title>
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		<dc:date>2020-02-05T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Il Ganzo, Mateo Matzo</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'est devenu un rituel. Chaque trimestre depuis cinq ans, le bistrot de la place de Reillanne, village des Alpes de Haute-Provence, accueille une &#171; sc&#232;ne libre &#187;. Chacun.e peut venir y partager un texte, un po&#232;me, quelques phrases, sa joie ou sa peine. Rencontre avec Tristan, l'un des fondateurs de ce rendez-vous. &#171; Le &#8220;L&#226;cher de mots&#8221; vient d'une id&#233;e simple. Ou plut&#244;t d'un constat : les espaces d'expression libre ne courent ni les rues ni les campagnes. Et ils ne se trouvent certainement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Jo-Vervoort" rel="tag"&gt;Jo Vervoort&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/scene-libre" rel="tag"&gt;sc&#232;ne libre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est devenu un rituel. Chaque trimestre depuis cinq ans, le bistrot de la place de Reillanne, village des Alpes de Haute-Provence, accueille une &#171; sc&#232;ne libre &#187;. Chacun.e peut venir y partager un texte, un po&#232;me, quelques phrases, sa joie ou sa peine. Rencontre avec Tristan, l'un des fondateurs de ce rendez-vous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3207 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH323/-1424-d19e6.jpg?1779923873' width='500' height='323' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Jo Vervoort
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; L&lt;/span&gt;e &#8220;L&#226;cher de mots&#8221; vient d'une id&#233;e simple. Ou plut&#244;t d'un constat : les espaces d'expression libre ne courent ni les rues ni les campagnes. Et ils ne se trouvent certainement pas dans ces lieux o&#249; n'existe que la Culture avec un grand C, soit les th&#233;&#226;tres et autres salles subventionn&#233;es. Eux proposent du spectacle, le plus souvent &#233;litiste et format&#233; &#8211; &#231;a n'a rien &#224; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a cinq ans&lt;/strong&gt;, donc, un petit groupe d'habitants du village a eu envie d'autre chose. C'&#233;tait une petite &#233;quipe disparate, regroupant des artistes et des personnes qui ne l'&#233;taient pas, des po&#232;tes, chanteurs, danseurs, circassiens. Mais toutes et tous partageaient ce d&#233;sir d'un espace radicalement neuf. D'un lieu d'expression qui serait totalement libre et ouvert &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette id&#233;e&lt;/strong&gt; ne vient pas de nulle part, bien s&#251;r. Elle se place dans l'h&#233;ritage des &#8220;soir&#233;es slam-po&#233;sie&#8221; apparues dans les ann&#233;es 1990 aux &#201;tats-Unis, et qui se sont depuis diffus&#233;es un peu partout dans le monde. Alors, pourquoi pas &#224; Reillanne ? On s'est dit que ce serait une bonne chose que ce mouvement populaire et po&#233;tique prenne ses quartiers dans notre &#8220;pays&#8221;, souvent r&#233;duit &#224; ses champs de lavande, &#224; son &#233;lectorat frontiste et &#224; ses touristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#231;a a march&#233;&lt;/strong&gt;. Le &#8220;L&#226;cher de mots&#8221; existe d&#233;sormais depuis cinq ans, et il est devenu un rendez-vous tr&#232;s populaire. Chaque trimestre, il r&#233;unit une centaine de personnes. Des habitants du village, bien entendu. Mais aussi des gens venus de toute la r&#233;gion. Toutes et tous respectent un m&#234;me principe, qui n'a pas chang&#233; depuis les d&#233;buts : la sc&#232;ne est ouverte, chacun-e peut pr&#233;senter ce qu'il veut, &#224; condition de ne pas occuper les planches plus de quelques minutes. En &#233;change, tu as droit &#224; un verre offert par le patron. C'est vrai que &#231;a en motive certains !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chaque sc&#232;ne libre&lt;/strong&gt; est singuli&#232;re &#8211; tu n'y vois jamais la m&#234;me chose. Dans la forme, avec de l'&#233;crit, de la danse, du mime, de la musique, etc. Et sur le fond : certains d&#233;cident de partager des choses tr&#232;s personnelles, des col&#232;res, des passions, d'autres optent pour des reprises de textes plus &#8220;classiques&#8221;. On passe tr&#232;s vite de l'humour au drame, d'un texte tr&#232;s politique &#224; un po&#232;me intime qui n'avait jamais &#233;t&#233; partag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est cette diversit&#233;&lt;/strong&gt; qui fait la force du &#8220;L&#226;cher de mots&#8221;. Parce qu'il s'agit de proposer aux gens de travailler sur leur peur du jugement. De remettre en cause la l&#233;gitimit&#233; d'une parole r&#233;serv&#233;e &#224; quelques-uns. Bref, de briser ce r&#244;le assign&#233; par la soci&#233;t&#233; de pouvoir : &#234;tre spectateur des choses, ne pas faire de vagues. Pour ma part, je ne revendique nullement la bienveillance &#8211; un terme tr&#232;s ambivalent, souvent utilis&#233; pour &#233;touffer les violences sociales, d&#233;cr&#233;dibiliser des pol&#233;miques de fond ou des discours politiques jug&#233;s trop &#8220;radicaux&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je dirais m&#234;me&lt;/strong&gt; qu'on s'approche parfois de la &#8220;joute verbale&#8221;. C'est-&#224;-dire qu'il existe une certaine rivalit&#233;, proche de celle qui avait cours entre les participants des tournois du Moyen &#194;ge et qu'on retrouve aujourd'hui, sous une forme nouvelle, dans le rap, le slam ou le reggae. Ce n'est pas une concurrence au sens lib&#233;ral du terme, mais la ritualisation d'une forme de &#8220;comp&#233;tition&#8221; (avec des guillemets) impr&#233;gnant les relations humaines. Un peu comme dans un jeu de soci&#233;t&#233; : tes ami.e.s sont tes alli&#233;s ou tes adversaires, le temps d'une partie. &#199;a cr&#233;e du piment dans les soir&#233;es, &#231;a dynamise l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Je suis convaincu&lt;/strong&gt; que ces moments de &#8220;slam-po&#233;sie&#8221; n'ont rien d'anecdotique. Ils r&#233;pondent &#224; un besoin d'expression et de partage dans une &#233;poque qui mise sur l'oppression, la censure et la division. Et ils permettent de faire na&#238;tre un espace de sociabilit&#233; concret et sans m&#233;diation virtuelle, o&#249; se lit une histoire commune qui va laisser des traces au-del&#224; d'une soir&#233;e dans un bistrot. C'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que la geste po&#233;tique rejoint la geste politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela explique&lt;/strong&gt; sans doute que le principe du &#8220;L&#226;cher de mots&#8221;, et son &#233;tat d'esprit, se diffuse ailleurs, qu'il rebondisse et prenne racine dans d'autres villes. &#192; Marseille, par exemple : chaque mois, l'&#201;quitable Caf&#233; en organise un. Ou &#224; Bruxelles aussi, avec le bar de La Vieille Chechette. Il nous reste maintenant &#224; tisser davantage de liens entre les diff&#233;rentes sc&#232;nes libres. Car si elles sont fond&#233;es sur un m&#234;me principe, elles ne se connaissent pas forc&#233;ment. Elles auraient pourtant tout int&#233;r&#234;t &#224; s'enrichir de leurs diff&#233;rences &#8211; et il y en a ! J'ai ainsi eu l'impression d'assister &#224; plus d'expressions de hargne ou de col&#232;re et d'entendre plus de t&#233;moignages de violences de genre ou de racisme &#224; la ville qu'&#224; la campagne. D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de croiser les regards, de provoquer les rencontres, de bousculer les &#233;vidences. C'est fait pour &#231;a, une sc&#232;ne libre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Il Ganzo, avec la collaboration de Mateo Matzo&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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