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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Paris dans sa bulle</title>
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		<dc:date>2019-11-13T12:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Benoit Guillaume</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place. Partout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Benoit-Guillaume" rel="tag"&gt;Benoit Guillaume&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait en novembre 2016, porte de La Chapelle : la municipalit&#233; parisienne ouvrait un Centre d'accueil pour migrants de 400 lits. Las, cette vaste structure gonflable jaune et blanche est bien trop petite. Et les migrants n'ont d'autre choix que d'attendre encore et encore une &#233;ventuelle place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3101 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH613/-1332-15b3d.jpg?1779603021' width='400' height='613' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Beno&#238;t Guillaume
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;artout, des hommes qui dorment au sol. Depuis que les tentes Quechua ont &#233;t&#233; interdites, il n'y a plus d'intimit&#233; possible. Les gestes du quotidien sont expos&#233;s &#224; tous, au soleil. Sur deux kilom&#232;tres carr&#233;s, tout autour de la porte de La Chapelle, des corps humains sont &#233;grain&#233;s &#224; m&#234;me le sol, l&#224; o&#249; l'ombre subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'attente p&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; chacun son histoire. Ahmed et Humaira sont assis au pied des premi&#232;res barri&#232;res m&#233;talliques, adoss&#233;s &#224; leurs deux valises neuves bomb&#233;es. Ils ont quitt&#233; le Kurdistan iranien il y a cinq mois. La famille kurde de la demoiselle voulait tuer l'amoureux afghan. Ils sont l&#224; depuis sept jours et dorment sur des cartons, emmitoufl&#233;s l'un contre l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Mohammed a dormi deux mois dehors, puis cinq jours dans le centre. Mais depuis une semaine, il est h&#233;berg&#233; dans une auberge de Jeunesse &#224; Villiers-le-Bel. Il esp&#232;re ne pas &#234;tre dublin&#233;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, comme la plupart de ceux qui ont entam&#233; une proc&#233;dure dans un autre pays avant d'arriver en France. Pris en &#233;tau entre son Pakistan natal et sa famille &#8211; son cousin dans le collimateur du gouvernement essayait de l'embrigader dans des &#171; actes terroristes &#187; &#8211;, il a d&#251; se r&#233;soudre &#224; partir. Lui voulait seulement continuer ses &#233;tudes de m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis voil&#224; Sa&#239;d, arriv&#233; porte de La Chapelle il y a dix jours. Il dort avec d'autres hommes sous le pont, &#224; c&#244;t&#233; de l'arr&#234;t de tramway. C'est la police qui le r&#233;veille le matin : il est install&#233; sur la piste cyclable et d&#233;range ceux qui vont bosser en v&#233;lo. Si bien qu'il se l&#232;ve et fait comme les autres. Se rapproche de l'entr&#233;e &#8211; ce n'est pas mieux. Puis part en qu&#234;te d'un endroit o&#249; se laver. L'attente lui p&#232;se et tout le questionne. Il ne se sent pas d'attendre ici, sans rien faire. Il a besoin de bouger. Il veut aller &#224; Amiens, pensant que ce sera moins difficile d'y trouver un h&#233;bergement. Il s'est rencard&#233; avec un gars pour s'y rendre demain. Il a 24 ans et &#233;tudiait l'&#233;lectronique en Guin&#233;e, mais a &#233;t&#233; oblig&#233; de fuir, pour raisons politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin, Bouba attend aussi. Il a les yeux tout rouges. Et r&#233;p&#232;te, sur un ton d&#233;sesp&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;C'est le seul pays europ&#233;en o&#249; on dort dehors.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;V&#233;ritable loterie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques mois, la parisienne porte de La Chapelle est devenue un carrefour o&#249; s'entrecroisent les contradictions de la politique municipale. Elle s'est affirm&#233;e point de rendez-vous en novembre 2016, quand la maire Anne Hidalgo a fait b&#226;tir en urgence un centre d'h&#233;bergement. Soit une &#233;trange masse gonfl&#233;e g&#233;ante, dessinant une coquille d'escargot blanche et jaune, gard&#233;e en permanence et g&#233;r&#233;e par Emma&#252;s Solidarit&#233;. Sa construction faisait suite au d&#233;mant&#232;lement de la &#171; jungle &#187; de Calais et &#224; l'installation de nombreux squats dans la capitale. Le lieu est d&#233;limit&#233; par une grille et une rang&#233;e de plots en b&#233;ton, marquant aussi les limites d'un &#233;norme chantier qui fait face au centre d'h&#233;bergement. Ici sera bient&#244;t construit un h&#244;tel de luxe. &#171; Un nouveau quartier urbain et logistique pour un 18&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; plus durable &#187;, vante un panneau, renommant le quartier &#171; La Chapelle internationale &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les rails de la petite ceinture, en contrebas, un bidonville rom s'&#233;tend sur une bande de cinq m&#232;tres de large et des centaines en longueur. Pour y rentrer, un unique passage : un trou dans le grillage, sous un pont de l'autoroute. Les Roms sont les seuls &#224; l'emprunter : ils ont fait savoir qu'ils ne voulaient pas accueillir de migrants dans le bidonville. Porte close, la mis&#232;re ne se partage pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la route non loin, des bagnoles en continu, qui vont et viennent, klaxonnent, partent pour le nord et le terminus de la ligne 3 du tramway. Aux alentours, &#233;parpill&#233;s sur toute cette zone, des hommes allong&#233;s, assis, couch&#233;s, debout, plant&#233;s sur toutes les langues de terre possibles. Ils attendent de pouvoir entrer dans la structure d'h&#233;bergement. Mais il n'y a que quatre cents places. Chaque matin d&#233;marre donc une v&#233;ritable loterie, avec son lot de bousculades, attente, esp&#233;rances et violences polici&#232;res. Mohammed, par un coup de pot et gr&#226;ce &#224; une rencontre, a r&#233;ussi &#224; rentrer. Mais pas Sa&#239;d, qui n'y croit plus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Moments de tension&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'endroit ouvre &#224; huit heures pile. Il y a des rang&#233;es de barri&#232;res m&#233;talliques et des flics en permanence. Mais c'est bien avant, vers quatre heures du matin, qu'arrivent les premiers migrants, d&#233;termin&#233;s &#224; acc&#233;der au mirage de l'&#201;tat. Rentrer permet de rester cinq &#224; dix nuits &#224; l'int&#233;rieur, avant d'&#234;tre pris en charge ailleurs. Ces moments d'attente sont donc charg&#233;s de tension et de fatigue. Au moindre remous, les flics gazent &#8211; cela arrive quasiment tous les jours. En pr&#233;vention, chacun a du s&#233;rum physiologique dans la poche, pour se nettoyer les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, le centre n'a pas ouvert. Certains sont d&#233;j&#224; au courant. Eux savent que si aucune annonce n'a &#233;t&#233; faite &#224; 8h15, cela signifie que le centre restera clos. Depuis quelques jours, Emma&#252;s ne fait plus rentrer que par maraude. Des salari&#233;s de l'association partent r&#233;cup&#233;rer des migrants qui dorment dans Paris, en dehors du p&#233;rim&#232;tre de La Chapelle. Les deux cents qui attendent ce matin en sont pour leurs frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'un homme pr&#233;vient que personne ne pourra passer. Du silence, on passe aux cris sourds. Puis, rapidement, la masse d'hommes se d&#233;lite. Trois jeunes Afghans s'en vont au parc avec leur poign&#233;e d'affaires. Certains commencent &#224; balayer le sol &#224; l'endroit o&#249; ils dorment, d'autres retournent s'allonger &#224; l'ombre du pont, se coupent les cheveux, discutent. Petit &#224; petit, le quotidien se met en place, dans des gestes infimes et une attente poignante.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Distribution de nourriture&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur comme &#224; l'ext&#233;rieur, l'association Utopia 56 est l'unique interm&#233;diaire entre l'&#201;tat et les &#171; migrants &#187;. En d&#233;saccord avec les violences du matin, certains des b&#233;n&#233;voles ont d&#233;cid&#233; de ne plus participer &#224; la gestion des files. Leurs missions : informer &#224; l'ext&#233;rieur, accompagner &#224; l'h&#244;pital, distribuer des couvertures et des produits d'hygi&#232;ne, r&#233;pondre aux questions juridiques, donner des adresses, enseigner le fran&#231;ais, nettoyer la zone laiss&#233;e &#224; l'abandon par la municipalit&#233; apr&#232;s une intox des m&#233;dias sur une &#233;pid&#233;mie de gale. &#171; &lt;i&gt;Chaque matin, nous gardions entre deux et cinq places pour des personnes tr&#232;s vuln&#233;rables : d&#233;pression, scoliose, coup de couteau, br&#251;lure, membre cass&#233;,&lt;/i&gt; explique Julie&lt;i&gt;, un cahier &#224; la main. Nous notions leurs noms, num&#233;ros de t&#233;l&#233;phone, types de probl&#232;mes, avant de revenir vers eux au plus vite. Mais depuis plusieurs jours, ce n'est plus possible : Emma&#252;s ne nous laisse plus aucune place &#224; distribuer. Je me sens inutile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des associations de quartiers viennent &#233;galement donner de quoi manger et se r&#233;chauffer &#8211; c'est le cas du collectif Solidarit&#233; migrants Wilson, dont les distributions de nourriture ont un temps &#233;t&#233; interdites. Et puis, il y a aussi des habitants qui apportent leur aide spontan&#233;ment. Pendant toute la dur&#233;e du ramadan, Nora et quatre autres femmes du Pr&#233;-Saint-Gervais sont ainsi venues &#224; la tomb&#233;e de la nuit, avec leurs enfants, pour donner &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des hommes avaient repris le droit de vivre dans des interstices urbains. Sans demander la permission. Mais voil&#224; qu'ils en ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s. On leur a construit une bulle, mais ils ne peuvent pas tous y entrer. Ils n'ont d&#233;sormais d'autre choix que d'attendre pr&#232;s de cette bulle, doublement rejet&#233;s par un nid faussement attrayant. &#192; la porte de la porte, l'espace agenc&#233; ne permet pas de recr&#233;er des lieux de vie, seulement les sas d'attente ali&#233;nants. De menues entraides &#233;ph&#233;m&#232;res se glissent entre les corps, qui deviennent paysage sur un bitume fixe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margo Chou&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'expression renvoie &#224; l'accord de Dublin, accord europ&#233;en qui pr&#233;voit que les demandeurs d'asile doivent finaliser toutes leurs d&#233;marches dans le premier pays europ&#233;en o&#249; leur passage a &#233;t&#233; enregistr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>R&#233;fugi&#233;s : Un incubateur de mode contre les migrants de la Chapelle</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Refugies-Un-incubateur-de-mode</link>
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		<dc:date>2015-09-08T19:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Olivier Cyran</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Pour repousser les migrants, Paris n'a pas besoin de barbel&#233;s tueurs comme &#224; Calais, de murs militaris&#233;s comme en Hongrie, de n&#233;o-nazis comme en Allemagne ou de lois punitives comme en Grande-Bretagne : marketing politique et sp&#233;culation immobili&#232;re font l'essentiel du boulot. L'ancienne caserne des pompiers occup&#233;e en juin par les migrants de la Chapelle aurait pu devenir une Maison des r&#233;fugi&#233;s : la mairie de Paris pr&#233;f&#232;re y installer un &#034;incubateur de la mode&#034;. Le c&#339;ur sur la main, du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no135-septembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;135 (septembre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/juin" rel="tag"&gt;juin&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Bruno-Julliard-9341" rel="tag"&gt;Bruno Julliard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Pajol" rel="tag"&gt;Pajol&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour repousser les migrants, Paris n'a pas besoin de barbel&#233;s tueurs comme &#224; Calais, de murs militaris&#233;s comme en Hongrie, de n&#233;o-nazis comme en Allemagne ou de lois punitives comme en Grande-Bretagne : marketing politique et sp&#233;culation immobili&#232;re font l'essentiel du boulot. L'ancienne caserne des pompiers occup&#233;e en juin par les migrants de la Chapelle aurait pu devenir une Maison des r&#233;fugi&#233;s : la mairie de Paris pr&#233;f&#232;re y installer un &#034;incubateur de la mode&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le c&#339;ur sur la main, du d&#233;odorant plein la bouche. Pour faire le gentil, Bruno Julliard a toujours &#233;t&#233; l'homme de la situation. Ce lundi 3&#8200;ao&#251;t, l'ex-leader &#233;tudiant recycl&#233; premier adjoint &#224; la maire de Paris se surpasse. Devant les journalistes convi&#233;s &#224; l'H&#244;tel de Ville, il explique que les migrants en lutte qui occupent depuis quatre jours un lyc&#233;e d&#233;saffect&#233; place des F&#234;tes&#8200;&#8211; apr&#232;s avoir endur&#233; pendant deux mois une effarante campagne d'&#233;vacuations, de traque et d'enfumage &#224; travers les rues du quartier de La Chapelle&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; L'invraisemblable guerre d'invisibilit&#233; contre les migrants de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&#8200;&#8211; n'inspirent qu'amour et compassion aux &#233;diles parisiens. &#171; &lt;i&gt;Ces migrants ont, au p&#233;ril de leur vie, travers&#233; le Sahara, la M&#233;diterran&#233;e, ils ont fui la guerre en Afghanistan, au Soudan ou, pour les &#233;rythr&#233;ens, une dictature sanglante : la France, mais surtout Paris, leur doivent l'hospitalit&#233; et l'accueil&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clame-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1575 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH582/p05-migrants01-58079.jpg?1779602705' width='400' height='582' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L.L. de Mars.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Matraque en feuilles de rose&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois, promis, on ne les expulsera pas &#224; coups de trique et de lacrymos, contrairement &#224; ce qui s'est pass&#233; le 8&#8200;juin dans la rue Pajol. On ne les &#233;parpillera pas non plus dans des h&#244;tels Formule&#8200;1 paum&#233;s sur des bords de nationale, avant de les recracher &#224; la rue apr&#232;s trois ou quatre nuits, comme cela s'est vu r&#233;cemment : &#171; &lt;i&gt;Nous avons choisi le dialogue et notre m&#233;thode porte ses fruits. D'abord recenser les personnes, puis leur proposer un h&#233;bergement d'un mois, quelle que soit leur situation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, grabuge dans la salle : une militante du collectif de soutien aux migrants de La Chapelle, infiltr&#233;e dans l'assistance et exc&#233;d&#233;e par ce num&#233;ro de vendeur d'aspirateurs, tente de prendre la parole. Embarqu&#233;e par les gros bras de la mairie, elle attendra la fin de la conf&#233;rence de presse sous bonne garde dans le local de la s&#233;curit&#233;, au sous-sol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les journalistes, eux, sont conquis. Celle du &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt; saluera un &#171; &lt;i&gt;discours g&#233;n&#233;reux&lt;/i&gt; &#187;, en regrettant seulement que celui-ci &#171; &lt;i&gt;se heurte &#224; la p&#233;nurie des places d'h&#233;bergement&lt;/i&gt; &#187;. Op&#233;ration de com' r&#233;ussie, donc. Mais aussi aveu de nullit&#233; politique : la strat&#233;gie consistant &#224; repousser les migrants de La Chapelle hors de la &#171; premi&#232;re ville touristique du monde &#187; en disloquant leur collectif par tous les moyens policiers et &#171; humanitaires &#187; disponibles, est tomb&#233;e sur un os. Elle s'est heurt&#233;e non pas &#224; un manque de surface habitable, abondante &#224; Paris, mais &#224; la r&#233;sistance obstin&#233;e des ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gentrification, arme de poing&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que leur exode d&#233;fraie l'actualit&#233;, les migrants qui ont r&#233;ussi &#224; sauver leur peau et &#224; poser un pied en Europe sont g&#233;n&#233;ralement consid&#233;r&#233;s comme un &#171; probl&#232;me &#187;, plus rarement comme des victimes, jamais comme des sujets politiques capables de s'organiser pour d&#233;fendre leur dignit&#233;. Les for&#231;ats de l'exil peuvent aussi repr&#233;senter une force de lutte. Force fragile, vuln&#233;rable, rompue aux pires &#233;preuves qui soient, mais avec laquelle il faut compter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait &#224; quels obstacles ils se cognent aux portes de&#8200;l'Europe&#8200;&#8211; murs, cl&#244;tures,&#8200;barbel&#233;s &#171; &lt;i&gt;concertina&lt;/i&gt; &#187; (garnis de lames de rasoirs), police, arm&#233;e&#8200;&#8211;, et au sein m&#234;me de sa forteresse, lorsqu'ils parviennent &#224; y p&#233;n&#233;trer. Comme dit Omar, jeune Soudanais aux yeux rieurs : &#171; &lt;i&gt;Quand on arrive en Europe, les premiers mots qu'on apprend, ce n'est pas bonjour ou merci, c'est Dublin&lt;/i&gt; [du nom de la convention europ&#233;enne qui restreint les possibilit&#233;s de demande d'asile]&lt;i&gt;, Schengen, r&#233;tention, expulsion.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement de La Chapelle a cependant ceci de particulier qu'il s'enracine dans une ville hostile non seulement aux migrants, mais aux pauvres en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas un hasard si le quartier dans lequel ils revendiquent leur pr&#233;sence leur a fait plut&#244;t bon accueil : le bastion populaire de La Chapelle n'a pas encore rendu les armes face &#224; l'inexorable gentrification du Nord-Est parisien. Petit &#224; petit, cependant, la sp&#233;culation ronge son tissu social et donc sa capacit&#233; &#224; apporter aide et solidarit&#233; aux migrants &#224; la rue. Le jour o&#249; les consultants en marketing friands de tapas sans gluten se seront empar&#233;s du quartier, il est &#224; craindre que les luttes telles que celles-ci appartiendront au pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Plateforme d'innovation &#187; et &#171; co-working &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mairie de Paris joue de ce processus avec une prodigieuse sournoiserie. Exemple frappant, le sort r&#233;serv&#233; &#224; la caserne des pompiers de Ch&#226;teau-Landon. Le 11&#8200;juin, une centaine de migrants accompagn&#233;s de leurs soutiens avaient fait intrusion dans cette immense b&#226;tisse haussmannienne inoccup&#233;e depuis 2005. Un lieu id&#233;alement adapt&#233; &#224; leur revendication : disposer d'un espace collectif pour l'accueil des migrants arrivant dans la capitale ou transitant par elle. Sa proximit&#233; avec la gare du Nord, &#233;tape-cl&#233; sur le parcours de nombreux exil&#233;s, rendait ce choix d'autant plus opportun. Un espace du m&#234;me genre est pr&#233;vu &#224; Berlin ; pourquoi pas &#224; Paris, &#171; &lt;i&gt;ville monde et ouverte&lt;/i&gt; &#187; selon l'expression de sa maire, Anne Hidalgo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une mince affaire de tenir une occupation quand on chancelle de fatigue. En l'espace de neuf jours, les r&#233;fugi&#233;s de Ch&#226;teau-Landon venaient de subir pas moins de trois expulsions polici&#232;res dans le p&#233;rim&#232;tre de La Chapelle : le 2&#8200;juin sous le pont du m&#233;tro a&#233;rien, le 4&#8200;juin sur le parvis de l'&#233;glise Saint-Bernard, le 9&#8200;juin sur l'esplanade de la rue Pajol. &#192; chacune de leurs tentatives pour se poser sur un bout de bitume a r&#233;pondu l'implacable d&#233;termination de la Ville et de la pr&#233;fecture &#224; faire place nette et &#224; disperser les intrus en banlieue. &#171; &lt;i&gt;Dialogue&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;hospitalit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, comme dirait le monsieur p&#226;te molle de la mairie. L'occupation a donc &#233;t&#233; br&#232;ve : sous la menace des CRS et le baratin d'&#233;lus communistes adeptes du &#171; bon sens &#187;, les migrants, &#224; bout de forces, ont fini par quitter les lieux dans la nuit. Ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; leur lutte de reprendre de plus belle d&#232;s le lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais voici que, deux semaines plus tard, rebondissement ! Le 29 juin, le Conseil de Paris adopte une d&#233;lib&#233;ration pr&#233;voyant la transformation de l'ancienne caserne de Ch&#226;teau-Landon en un&#8230; &#171; &lt;i&gt;incubateur de la mode&lt;/i&gt; &#187;. Une Maison des r&#233;fugi&#233;s ? M&#234;me pas en r&#234;ve. Incubons plut&#244;t une &#171; &lt;i&gt;plateforme d'innovation&lt;/i&gt; &#187; d&#233;di&#233;e &#224; la sape, avec des &#171; &lt;i&gt;ateliers de jeunes cr&#233;ateurs, des espaces de co-working et des espaces mutualis&#233;s, des salles de r&#233;unions, un lieu d&#233;di&#233; aux manifestations et d&#233;fil&#233;s de mode&lt;/i&gt; &#187;, pour reprendre le techno-jargon de la R&#233;gie immobili&#232;re de la Ville de Paris (RIVP), porteuse du projet. &#171; &lt;i&gt;Co-working&lt;/i&gt; &#187;, on suppose que la formule a fait meilleure impression sur les &#233;lus socialistes et communistes&#8200;&#8211;&#8200;unis dans un m&#234;me vote approbateur &#8211; que son &#233;quivalent fran&#231;ais, &#171; travail collectif &#187;, qui sent un peu la sueur et le kolkhoze. Comme rempart contre ces diables de migrants, le cr&#233;ateur de mode est assur&#233;ment plus efficace que le CRS. Plus sympa pour les touristes, aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands voyageurs lessiv&#233;s qui, demain, d&#233;barqueront dans la capitale ne manqueront pas de converger encore &#224; La Chapelle, rendez-vous informel dont le nom circule d&#233;j&#224; comme un talisman &#224; l'&#233;tranger. La mairie n'est donc pas au bout de ses peines, m&#234;me si elle gagne chaque jour en ing&#233;niosit&#233;. Le 29&#8200;juillet, apr&#232;s avoir d&#233;log&#233; une nouvelle fois les migrants de la rue Pajol, elle installait un man&#232;ge pour enfants sur leur ancien coin d'esplanade, histoire de les emp&#234;cher de s'y r&#233;installer. Des chevaux de bois en guise de mur anti-migrants : l'imagination des socialistes parisiens est d&#233;cid&#233;ment &#233;tourdissante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; L'invraisemblable guerre d'invisibilit&#233; contre les migrants de la Chapelle &#187; sur le site &lt;a href=&#034;http://www.quartierxxi.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.quartierxxi.org/&lt;/a&gt; et le blog de La Chapelle en lutte sur Mediapart.&lt;/p&gt;
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