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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#192; la marche des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187;</title>
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		<dc:creator>Sophie Divry</dc:creator>


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&lt;p&gt;Victimes de violences polici&#232;res, particuli&#232;rement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ont form&#233; un collectif au printemps dernier. &#201;borgn&#233;s, amput&#233;s, traumatis&#233;s, ils doivent s'adapter &#224; la nouvelle vie qu'on leur a impos&#233;e. Le 22 septembre, ils manifestaient &#224; Bordeaux, demandant la fin de l'impunit&#233; et du carnage policier. Reportage et t&#233;moignages. Pour ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guid&#233;e est d'un effet terrible. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Victimes de violences polici&#232;res, particuli&#232;rement graves et nombreuses pendant le mouvement des Gilets jaunes, les &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ont form&#233; un collectif au printemps dernier. &#201;borgn&#233;s, amput&#233;s, traumatis&#233;s, ils doivent s'adapter &#224; la nouvelle vie qu'on leur a impos&#233;e. Le 22 septembre, ils manifestaient &#224; Bordeaux, demandant la fin de l'impunit&#233; et du carnage policier. Reportage et t&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH449/-1360-0c6c5.jpg?1768659786' width='400' height='449' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;our ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, la visite guid&#233;e est d'un effet terrible. La troisi&#232;me marche du collectif des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La plupart des membres du collectif ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant le mouvement des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; trace &#224; l'int&#233;rieur de la ville un chemin de croix de la r&#233;pression subie par les Gilets jaunes. Ce 22 septembre, le cort&#232;ge de 500 personnes s'arr&#234;te et &#233;coute &#224; chaque station comment un bless&#233; a perdu, qui son &#339;il, qui sa main, sa joue, sa vision, et dans le lot souvent son m&#233;tier et sa tranquillit&#233;, ainsi que beaucoup d'illusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commence place de la Bourse, face au miroir d'eau de la m&#233;tropole girondine airbnbis&#233;e. Les manifestants brandissent des croix en polystyr&#232;ne jaune avec le nom des bless&#233;s. Le bilan global de la r&#233;pression des Gilets jaunes a atteint des hauteurs historiques. Officiellement, il fait &#233;tat de 2 500 bless&#233;s, mais est certainement sous-&#233;valu&#233;. En cause notamment, la grenade assourdissante Gli-F4, les grenades de d&#233;sencerclement et les tirs de flashballs&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On utilisera ici ce terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les &#171; lanceurs de balles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les victimes sont lyc&#233;ens, secr&#233;taires m&#233;dicales, intermittents du spectacle, chauffeurs routiers, marins, ouvriers, &#233;tudiants, sans emploi. C'est la France des Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les mains arrach&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dimanche, Antoine Boudinet montre sans complexe le moignon qui lui reste &#224; la place de la main droite. Le jeune homme reste combatif et souriant &#8211; cette main manquante est pourtant tellement choquante par sa possibilit&#233; m&#234;me, vu sa jeunesse et son sourire. Il a 26 ans quand le 8 d&#233;cembre 2018, il se fait arracher la main par une grenade Gli-F4. &#171; &lt;i&gt;Moi j'&#233;tais na&#239;f, je pensais pas que je pouvais &#234;tre bless&#233; si gravement&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il. Cette grenade est compos&#233;e de 26 grammes de TNT. Antoine, par r&#233;flexe, a voulu la repousser, sa main a explos&#233;. &#187; &lt;i&gt;Il restait les os, mais plus aucune chair.&lt;/i&gt; &#187; Animateur en p&#233;riscolaire, il a d&#251; passer trois mois en r&#233;&#233;ducation. Il est aujourd'hui d&#233;clar&#233; handicap&#233; &#224; 80 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, Antoine n'est pas le seul &#224; avoir v&#233;cu cette horreur de se faire arracher la main par cette grenade dite &#171; &#224; l&#233;talit&#233; r&#233;duite &#187; et dont les autorit&#233;s connaissaient la dangerosit&#233;. Il y a Gabriel, apprenti chaudronnier de 21 ans ; Ayhan, ouvrier de 52 ans ; S&#233;bastien, 29 ans, plombier. Et Fr&#233;d&#233;ric, ouvrier lamaneur de 35 ans, qui a perdu une main une semaine avant Antoine, comme lui &#224; Bordeaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes place de la Com&#233;die et Floriane prend la parole. Elle a re&#231;u un tir de flashball dans le mollet et dans le m&#233;gaphone raconte une longue histoire de douleurs. Sa voix vibre de col&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Je fais encore des cauchemars, et je suis encore suivie psychologiquement huit mois plus tard, mais je veux t&#233;moigner. Je veux l'interdiction des flashballs. Ce n'est pas une arme &#224; utiliser contre une foule. Le gouvernement n'a pas &#224; mutiler les gens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;reng&#232;re ne prendra pas le micro ; contrairement &#224; Floriane, elle n'a pas d&#233;pos&#233; plainte, mais elle est marqu&#233;e par diverses blessures, de grenades et de matraque. &#171; &lt;i&gt;Le collectif, &#231;a me permet d'en parler, &#231;a soulage, c'est hyper important de partager.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; La police fait son travail, &#231;a cr&#232;ve les yeux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les slogans s'encha&#238;nent : &#171; &lt;i&gt;Castaner en prison&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;La police fait son travail, &#231;a cr&#232;ve les yeux&lt;/i&gt; &#187;. Des militantes du Clap33 &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : Clap33.com.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#233;gr&#232;nent les noms de personnes tu&#233;es par la police, notamment dans les banlieues. L'&#233;num&#233;ration fait froid dans le dos. Myriam a r&#233;ussi &#224; faire condamner l'&#201;tat pour un coup de tonfa qu'elle a subi. Elle aide aujourd'hui le collectif par son exp&#233;rience, mais regrette que beaucoup de Gilets jaunes ne portent pas plainte. &#171; &lt;i&gt;On en arrive &#224; un point o&#249; on est content si on rentre chez soi sans &#234;tre mutil&#233;. Pourtant, il n'y a pas de petits bless&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Tous prennent pour mod&#232;le le collectif Adama&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bas&#233; en banlieue parisienne, il demande v&#233;rit&#233; et justice pour Adama Traor&#233;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, dont Antoine arbore le tee-shirt noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cort&#232;ge arrive cours Victor-Hugo. Sous cet abribus, Jean-Marc a pris un flashball en pleine t&#234;te, et comme 23 autres personnes, a &#233;t&#233; &#233;borgn&#233;. L'&#233;motion le submerge. Les mutil&#233;s se tombent dans les bras. C'est cela qui est frappant, de s'apercevoir que les blessures ne sont pas juste une affaire physique. C'est une atteinte &#224; l'intimit&#233;, au visage, au rapport au monde, &#224; la confiance en soi et aux autres. Gravement, le cort&#232;ge repart vers la Garonne. Je discute avec Alexandre, puis avec Franck, bless&#233;s &#224; la t&#234;te &#8211; comme plus de 300 autres. Ces deux-l&#224; ont perdu leur travail &#224; cause d'un tir de flashball, une balle en caoutchouc rigide tir&#233;e &#224; 300 km/h.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Interdire la Gli-F4 et les flashballs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le combat des &#171; Mutil&#233;s pour l'exemple &#187; ne fait que commencer. &#171; &lt;i&gt;On veut montrer &#224; tous ceux qui n'ont pas encore vu ou ne veulent pas le voir qu'il y a vraiment des bless&#233;s graves et des mutil&#233;s &#224; vie&lt;/i&gt; &#187;, dit Franck. En justice, la bataille n'est pas gagn&#233;e : &#224; notre connaissance, pr&#232;s d'un an apr&#232;s le d&#233;but du mouvement des Gilets jaunes, aucun policier n'a &#233;t&#233; mis en examen. &#192; Bordeaux, les plaintes d'Antoine Boudinet et de Fr&#233;d&#233;ric ont &#233;t&#233; class&#233;es sans suite. Mais les bless&#233;s sont pr&#234;ts &#224; aller jusqu'&#224; la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme &#8211; &#171; &lt;i&gt;m&#234;me si &#231;a doit prendre dix ans, on l&#226;chera rien&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La visite est termin&#233;e. De retour au point de d&#233;part, le collectif insiste sur ses revendications : l'interdiction de la grenade Gli-F4 et des flashballs. Le but est de faire baisser le niveau de violence. Mais le gouvernement souhaite-t-il cette d&#233;sescalade ? Didier Lallement, le pr&#233;fet de Gironde qui dirigeait les forces de l'ordre &#224; Bordeaux l'hiver dernier, a &#233;t&#233; promu depuis pr&#233;fet de police de Paris.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sophie Divry&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; On m'a amput&#233; tout de suite &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric, ouvrier, 36 ans, a eu la main droite arrach&#233;e par une grenade Gli-F4 &#224; Bordeaux, le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 2018&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis ouvrier lamaneur. Mon travail consistait &#224; tirer sur des cordes pour amarrer les bateaux dans le port de Bordeaux et autour sur la Garonne. Ce 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, c'&#233;tait ma premi&#232;re manifestation avec les Gilets jaunes. Je venais parce qu'avec mon salaire, je ne pouvais pas faire autre chose que payer des factures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on arrive place Pey-Berland, il y a un mur de CRS derri&#232;re des grilles. Je tombe &#224; terre dans un mouvement de foule. Une grenade roule &#224; c&#244;t&#233; de moi, elle fume. Par r&#233;flexe, je cherche &#224; l'&#233;loigner de ma t&#234;te, mais je n'ai pas le temps de la toucher. Elle explose et emporte ma main. Quand j'ai vu cette horreur, c'&#233;tait tr&#232;s dur. Pendant longtemps, m&#234;me apr&#232;s l'op&#233;ration, je n'arrivais pas &#224; porter le regard sur mon moignon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233; une heure assis par terre, prot&#233;g&#233; par d'autres Gilets jaunes, &#224; souffrir, en attendant qu'on puisse faire venir les pompiers. Je me sentais mourir. On m'a dit plus tard que j'&#233;tais alors en &#8220;urgence absolue&#8221;. &#192; l'h&#244;pital, on m'a amput&#233; tout de suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais encore alit&#233; que deux jours apr&#232;s les flics sont venus dans ma chambre m'apprendre qu'ils avaient d&#233;pos&#233; plainte contre moi, pour anticiper et faire croire que c'&#233;tait moi le probl&#232;me ! &#192; l'&#233;poque je ne savais rien de ces grenades et des flashballs. J'ai eu plusieurs mois de r&#233;&#233;ducation et de suivi psychologique. Il faut faire travailler les muscles du bras, pour que la proth&#232;se fonctionne. Au d&#233;but, ma mutuelle ne voulait pas me rembourser les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre avec une seule main, &#231;a change tout. Tout prend plus de temps. Je ne peux plus faire la vaisselle, &#233;tendre le linge, j'ai d&#251; m'&#233;quiper d'un lave-vaisselle et d'un s&#232;che-linge. C'est des frais en plus. La proth&#232;se, ce n'est pas parfait, c'est fragile. Je vis seul alors tout est compliqu&#233;. Avant je bricolais beaucoup. J'ai toujours &#233;t&#233; quelqu'un qui aimait se d&#233;brouiller tout seul. Certains gestes, je peux m'adapter, d'autres je ne peux plus les faire et &#231;a m'&#233;nerve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, j'ai mon fr&#232;re et ma s&#339;ur, des amis. Mais je n'aime pas certains regards pos&#233;s sur mon bras. Malgr&#233; tout, j'essaie de continuer &#224; regarder l'avenir. J'ai l'espoir de pouvoir reprendre mon travail dans la marine avec une proth&#232;se sp&#233;ciale. J'ai pu apprendre &#224; conduire avec mon moignon, mais pour la p&#234;che, la chasse, le jardinage, c'est plus compliqu&#233;. Je suis en col&#232;re. Je suis encore plus en col&#232;re qu'avant. On est des victimes de l'&#201;tat et pour l'instant on n'est pas reconnus. Pour eux, on est des dommages collat&#233;raux, c'est r&#233;voltant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je ne suis jamais ressortie manifester &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Floriane, secr&#233;taire m&#233;dicale, touch&#233;e par un tir de flashball au mollet &#224; Bordeaux le 12 janvier 2019.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &#233;tait venus manifester avec mon mari. On &#233;tait l&#224; pour nos droits, nos salaires, nos anciens, nos handicap&#233;s, notre avenir, pour des salaires d&#233;cents. Au d&#233;but, la manif &#233;tait super sympa. Mais la tension a mont&#233; et place Pey-Berland, les forces de l'ordre ont charg&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi j'&#233;tais accroupie en train d'aider un bless&#233;. Je re&#231;ois un tir de LBD dans le mollet gauche. Je ressens une &#233;norme d&#233;charge &#233;lectrique. &#199;a fait tr&#232;s mal. J'ai fui le cort&#232;ge le plus vite possible. Je me rappelle qu'on entendait les flashballs rebondir partout sur les r&#233;verb&#232;res. Je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rentre chez moi. &#199;a fait un gros bleu, je mets de la glace et le lendemain je vais consulter SOS M&#233;decins. On me dit que l'h&#233;matome va passer. Mais &#231;a ne passe pas. La plaie devient toute noire. Je me rends aux urgences de Bordeaux. &#199;a avait n&#233;cros&#233;. C'est une complication grave et il faut op&#233;rer. Je suis op&#233;r&#233;e deux fois. D'abord pour enlever la n&#233;crose. &#199;a fait un trou de 8 cm. Puis j'ai eu une greffe de peau. J'ai &#233;t&#233; immobilis&#233;e pendant dix jours, sans pouvoir mettre le pied par terre. On m'a mise sur un fauteuil roulant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut voir les cons&#233;quences sur votre vie : ce sont des allers-retours &#224; l'h&#244;pital, des soins infirmiers quotidiens, des longues douleurs, des piq&#251;res contre les phl&#233;bites, un arr&#234;t de travail de trois semaines, de longues journ&#233;es de pleurs&#8230; Et encore, j'ai de la chance, la greffe a pris du premier coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis jamais ressortie manifester. Malgr&#233; les bonnes convictions, la peur prend le dessus. On se dit que le danger vient de ceux qui sont cens&#233;s nous prot&#233;ger. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Quand vous &#234;tes borgne,vous devez tout r&#233;apprendre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alexandre, 38 ans, intermittent du spectacle, a perdu son &#339;il droit suite &#224; un tir de flashball &#224; Paris le 8 d&#233;cembre.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais sur les Champs-&#201;lys&#233;es. J'ai pris une balle de LBD-40 dans l'&#339;il droit. L'orbite a explos&#233;. Le truc choquant, c'est que mon &#339;il m'a coul&#233; dans ma main. Et que personne n'est venu pour m'aider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis r&#233;fugi&#233; dans un sas d'immeuble. Je n'ai pas pu trouver un camion de pompiers avant trois ou quatre heures. Du coup, j'ai d&#251; me faire un bandage avec mon gilet jaune. &#199;a m'a valu 70 points de suture et une op&#233;ration de six heures. J'ai eu 90 jours d'ITT [interruption totale de travail]. J'ai perdu mon travail, qui consistait &#224; faire de la d&#233;coration sur les plateaux t&#233;l&#233;. Esth&#233;tiquement, mon visage est atteint, et dans ce milieu il y a tout un travail relationnel qui m'est devenu impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vous &#234;tes borgne, vous devez tout r&#233;apprendre, &#224; marcher, &#224; parler, &#224; regarder, tout ! Vous vivez avec une partie de vous qui est morte. Quatre heures de travail pour vous, c'est huit heures pour moi. Je ne peux plus conduire, lire, c'est &#233;puisant. J'ai encore des douleurs, des cauchemars, des insomnies. Jamais je n'aurais pens&#233; perdre un &#339;il sur les Champs-&#201;lys&#233;es. Au Darfour je peux comprendre, mais pas sur les Champs-&#201;lys&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Je me r&#233;veille la nuit, j'y pense tout le temps &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Franck, 45 ans, ancien salari&#233; dans la logistique, touch&#233; par un flashball au visage le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre &#224; Paris.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait &#224; l'acte III &#224; Paris, j'ai pris un tir de LBD en plein visage. J'ai eu le nez compl&#232;tement &#233;cras&#233;. Je ne suis pas borgne, mais je ne vois presque plus rien de l'&#339;il droit. J'ai de graves probl&#232;mes de m&#233;moire et de concentration. Je me retrouve en voiture et soudain je ne sais plus d'o&#249; je viens, ni o&#249; je vais. J'oublie des pr&#233;noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#231;a le plus dur, c'est le c&#244;t&#233; psychologique. Ce nez, ce n'est pas mon nez, je ne me reconnais pas. J'ai chang&#233;. Et j'y pense tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains me disent de rebondir, que c'est pas si grave. Mais on est quelques-uns &#224; avoir un syndrome post-traumatique qui ne se voit pas aussi clairement qu'un &#339;il en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais dans la logistique, je devais lire des codes tr&#232;s petits sur des pi&#232;ces. C'est impossible maintenant, je suis au ch&#244;mage et je vais &#234;tre oblig&#233; de faire une reconversion. Je ne travaille plus depuis l'accident. Je n'ai pas encore de pension d'handicap&#233; car les d&#233;marches prennent du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes proches n'ont pas tous compris. J'ai fini par me s&#233;parer. Tout est fragilis&#233; par ce genre d'accident. Je me r&#233;veille la nuit, j'y pense tout le temps. J'ai maigri de huit kilos. Je n'ai plus mon ancien travail, plus la m&#234;me famille, plus le m&#234;me visage. C'est une autre vie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'&#233;tais venu pour dire que le pain &#233;tait trop cher &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Marc, 42 ans, ex-horticulteur, &#233;borgn&#233; le 8 d&#233;cembre 2018 &#224; Bordeaux par un flashball au visage.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais venu d'Ol&#233;ron pour dire en somme que le pain &#233;tait trop cher. On en avait marre de payer trop cher l'essence. J'&#233;tais pas politis&#233;. C'&#233;tait ma premi&#232;re vraie manif, avant on faisait des ronds-points dans une ambiance cool avec des retrait&#233;s. On a &#233;t&#233; surpris par l'&#233;tat de guerre de la manif. Les flashballs sifflaient autour de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224; on &#233;tait pr&#232;s d'un abribus, je voulais prot&#233;ger ma femme. J'ai fait un doigt d'honneur au flic car &#231;a faisait des heures qu'on nous gazait. Et j'ai pris une balle de flashball en pleine t&#234;te. &#199;a m'a &#233;clat&#233; l'&#339;il, la pommette, l'arcade, tout le tour de l'&#339;il. J'ai subi d&#233;j&#224; trois op&#233;rations, et je dois en avoir une quatri&#232;me. Les chirurgiens ont d&#251; mettre 16 plaques, 40 vis dans ma t&#234;te. J'ai perdu une grande partie de la vision &#224; l'&#339;il gauche. C'est quoi, ce pays, si pour un doigt d'honneur on prend un flashball dans la t&#234;te et on nous baise la vie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, on &#233;tait heureux avant. Je cr&#233;ais des fleurs. Je ne peux plus le faire car je n'ai plus la vision en trois dimensions. J'ai des difficult&#233;s pour monter des marches, on doit tout r&#233;apprendre. Je n'ai plus mon entreprise. Je suis clo&#238;tr&#233; chez moi, je suis devenu agoraphobe. Je ne sors que les samedis avec les Gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne dors presque plus. &#199;a tourne tout le temps dans ma t&#234;te. J'ai beaucoup de violence en moi. Je suis suivi encore par un psy. Ma vie d'avant, elle est rest&#233;e en suspension sous l'abribus. &#192; partir du 8 d&#233;cembre 2018, je recommence une nouvelle vie. Cette vie-l&#224;, on me l'a impos&#233;e, c'est pas la mienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; vis&#233;e &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lola, 20 ans, &#233;tudiante en arts, touch&#233;e &#224; la joue par un flashball le 18 d&#233;cembre 2018 &#224; Biarritz.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais en train de filmer, la manifestation &#233;tait calme. Personne ne portait de masque ou de casque. C'&#233;tait pacifique. Quand soudain, j'ai pris un flashball dans la t&#234;te. J'ai &#233;t&#233; vis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a a fait une triple fracture de la m&#226;choire. Mon visage a gonfl&#233;. On m'a op&#233;r&#233;e une premi&#232;re fois le lendemain pour mettre des plaques en m&#233;tal que j'ai gard&#233;es six mois. Puis j'ai eu une seconde op&#233;ration cet &#233;t&#233; pour les enlever. J'ai d&#251; manger mou plusieurs semaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement mon &#233;cole d'art m'a soutenue. Je suis quand m&#234;me retourn&#233;e manifester, mais je suis moins sereine qu'avant. On se sent en ins&#233;curit&#233;. Au d&#233;but, quand je voyais des oiseaux passer au-dessus du cort&#232;ge, &#231;a me faisait peur, je les prenais pour des grenades. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; D&#232;s que j'entends une sir&#232;ne de police, &#231;a me crispe &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;B&#233;reng&#232;re, sans emploi, touch&#233;e au bras par une grenade Gli-F4 &#224; Toulouse.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait au mois de mai &#224; Toulouse, on &#233;tait nass&#233;s. J'&#233;tais cach&#233;e derri&#232;re une voiture. J'ai senti d'un coup une &#233;norme douleur dans le bras. &#199;a saignait &#233;norm&#233;ment. Quand j'ai pu enfin trouver un coin tranquille pour relever ma manche, j'ai vu que j'avais six bouts de plastique plant&#233;s dans mon bras. Les street medics ont pu me les enlever et me faire les premiers soins. &#192; l'h&#244;pital, ils ont encore d&#233;sinfect&#233;. J'ai eu des douleurs pendant six semaines. Maintenant &#231;a fait six mois et j'ai encore des cicatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si je n'ai pas port&#233; plainte, je suis choqu&#233;e. Maintenant quand je suis chez moi, d&#232;s que j'entends une sir&#232;ne de police, &#231;a me crispe. J'ai eu une grosse p&#233;riode de cauchemars. Je revivais la sc&#232;ne, avec des r&#233;veils en panique. J'ai aussi re&#231;u un coup de matraque qui m'a d&#233;coll&#233; le m&#233;nisque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ces blessures, ma vie n'est plus pareille, je vis seule avec trois enfants, &#231;a chamboule tout, faut s'organiser, c'est compliqu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La plupart des membres du collectif ont &#233;t&#233; bless&#233;s pendant le mouvement des Gilets jaunes. Certains l'ont toutefois &#233;t&#233; dans d'autres circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On utilisera ici ce terme g&#233;n&#233;rique pour d&#233;signer les &#171; lanceurs de balles de d&#233;fense &#187;. Le mod&#232;le qui a fait le plus de mal ces derniers mois est le LBD-40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif bordelais contre les abus policiers. Sur Internet : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://clap33.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Clap33.com&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Bas&#233; en banlieue parisienne, il demande v&#233;rit&#233; et justice pour Adama Traor&#233;, d&#233;c&#233;d&#233; en 2016 &#224; la gendarmerie de Persan (Val-d'Oise), peu apr&#232;s son interpellation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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