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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Appelez-moi d&#232;s que vous touchez l'eau &#187;</title>
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		<dc:date>2019-12-17T06:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Mathilde Offroy</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le r&#233;seau militant Alarm Phone fournit une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes migrantes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e. Apr&#232;s plusieurs tentatives de travers&#233;es avort&#233;es, Ousmane s'est appliqu&#233; &#224; soutenir ses compagnons d'exil derri&#232;re le combin&#233;. CQFD l'a rencontr&#233; &#224; Dakar cet &#233;t&#233;. Ousmane a la quarantaine bien entam&#233;e, pourtant il fait beaucoup plus jeune. Avec sa courte barbe, son air juv&#233;nile, son rire de gamin et son T-shirt orange &#171; Game on ! &#187;, il a de faux airs d'adolescent. Ne pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/depart" rel="tag"&gt;d&#233;part&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;seau militant Alarm Phone fournit une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes migrantes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e. Apr&#232;s plusieurs tentatives de travers&#233;es avort&#233;es, Ousmane s'est appliqu&#233; &#224; soutenir ses compagnons d'exil derri&#232;re le combin&#233;. &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; l'a rencontr&#233; &#224; Dakar cet &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3169 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH488/-1388-efc51.jpg?1779602707' width='400' height='488' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Quentin Poilvet
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;usmane a la quarantaine bien entam&#233;e, pourtant il fait beaucoup plus jeune. Avec sa courte barbe, son air juv&#233;nile, son rire de gamin et son T-shirt orange &#171; &lt;i&gt;Game on&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, il a de faux airs d'adolescent. Ne pas s'y fier : l'homme a travers&#233; bien des temp&#234;tes, dont une implication dans le mouvement s&#233;n&#233;galais de contestation Y en a marre&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#224; ce sujet l'entretien avec l'un des fondateurs de ce mouvement publi&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, un long s&#233;jour au Maroc pour tenter de rejoindre l'Europe et un engagement prolong&#233; au sein du r&#233;seau Alarm Phone. Il raconte ici quelques p&#233;rip&#233;ties de son parcours.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Exil et travers&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis parti du S&#233;n&#233;gal en 2014, &#224; une &#233;poque o&#249; j'avais l'impression de stagner dans ma vie. Apr&#232;s m'&#234;tre beaucoup impliqu&#233; dans le mouvement Y en a marre et dans la vie de mon quartier, je m'&#233;tais mari&#233; et avais quitt&#233; la maison familiale. J'avais un boulot stable, mais &#231;a restait tr&#232;s compliqu&#233; : le salaire suffisait &#224; peine pour payer le loyer, les charges et la nourriture. On avait un enfant et m&#234;me pas de quoi meubler l'appartement, tout &#231;a alors que je travaillais comme un fou, voyant tr&#232;s rarement ma famille. Ce n'&#233;tait pas une vie. Tout est de plus en plus dur au S&#233;n&#233;gal, et donc je comprends les petits qui prennent la mer. Ils n'ont pas le choix. Tout le monde dit : &#8220;&lt;i&gt;Ils se sont suicid&#233;s.&lt;/i&gt;&#8221; Mais non, ils ont tout donn&#233; et &#231;a n'a pas fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis donc parti au Maroc, presque sur un coup de t&#234;te, avec l'id&#233;e de passer en Europe. Mais &#231;a n'a pas march&#233;. J'ai tent&#233; quatorze fois la travers&#233;e ! &#192; l'&#233;poque, c'&#233;tait moins compliqu&#233;, il y avait moins de r&#233;pression et tu pouvais souvent retenter. Mais je n'ai pas eu de chance et mes &#233;conomies ont fondu. Sans argent pour faire la route dans l'autre sens, j'&#233;tais coinc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai v&#233;cu deux naufrages. La premi&#232;re fois, le bateau s'est d&#233;gonfl&#233;, et on a d&#251; s'agripper aux d&#233;bris pendant deux heures avant que les secours n'arrivent. Lors d'une autre tentative, un jeune Guin&#233;en est tomb&#233; &#224; l'eau &#224; plusieurs reprises. On l'a remont&#233; une fois, deux fois... La derni&#232;re, on a mis un certain temps &#224; le retrouver et quand on l'a hiss&#233; &#224; bord, il &#233;tait tr&#232;s mal. J'ai tent&#233; de le r&#233;animer, mais les conditions ne s'y pr&#234;taient pas. Il est mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zones de passage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fonction des points de passage, les &#8220;programmes&#8221; &lt;i&gt;[Les convois qui tentent la travers&#233;e, NDLR] &lt;/i&gt;s'organisent diff&#233;remment. Moi, j'&#233;tais &#224; Tanger. L&#224;-bas, toute la pr&#233;paration se passe en ville. Tu t'y retrouves, puis tu dois la traverser en petits groupes, avant de passer par la for&#234;t pour atteindre la mer. On faisait souvent appel aux Gambiens pour les zones foresti&#232;res, parce que ce sont des pros en la mati&#232;re. Mais il y avait d'autres choses &#224; r&#233;gler pour que le programme se passe bien, notamment le business avec les officiers et les militaires, pour qu'ils s'&#233;cartent au bon moment &#8211; la mafia faisant office d'interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Nador, c'est diff&#233;rent, les groupes sont plus massifs. Tu d&#233;places les gens dans la for&#234;t, puis ils patientent jusqu'au d&#233;part. Ce sont de grands programmes, qui mobilisent des embarcations &#224; moteur, l'inverse de Tanger o&#249; tu te retrouves &#224; ramer &#224; douze sur un bateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut comprendre que tout varie selon le point de d&#233;part. Si tu prends Tanger, tu peux partir de diff&#233;rentes zones &lt;i&gt;[Il montre une carte sur son smartphone]&lt;/i&gt; : par exemple Polo 5, Polo 7, Polo 12. L&#224;, la travers&#233;e est presque directe, mais la plupart des gens choisissent de partir d'endroits moins surveill&#233;s, quitte &#224; faire beaucoup de mer et &#224; se mettre en danger &#224; cause des courants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La bou&#233;e Alarm Phone&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 2015, j'en avais marre. Le Maroc &#233;tait trop dur et je voulais retourner au S&#233;n&#233;gal. C'est &#224; ce moment que j'ai rencontr&#233; Alarm Phone &lt;i&gt;[AP, lire ci-contre]&lt;/i&gt;. &#199;a a tout chang&#233; pour moi, &#231;a donnait du sens. Au d&#233;part, c'&#233;tait simple : je distribuais des cartes AP avec le num&#233;ro &#224; appeler en cas de d&#233;tresse pour ceux qui partaient. Puis j'ai d&#233;cid&#233; de donner mon num&#233;ro personnel. Je leur disais : &#8220;&lt;i&gt;Appelez-moi d&#232;s que vous touchez l'eau.&lt;/i&gt;&#8221; &#199;a avait ses avantages, parce que &#231;a facilitait les &#233;changes, mais la communication n'&#233;tait pas s&#233;curis&#233;e et j'&#233;tais mobilis&#233; 24 h / 24.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu prends beaucoup sur toi en faisant &#231;a. Par exemple, il faut ma&#238;triser la m&#233;t&#233;o &#8211; ce qui &#233;tait mon cas parce que j'ai travaill&#233; dans la marine marchande. Et il faut &#234;tre tr&#232;s rigoureux : d&#232;s qu'on t'appelle pour te dire &#8220;&lt;i&gt;&#199;a part&lt;/i&gt;&#8221;, il faut demander le nombre de femmes, d'enfants, etc. Et ensuite fixer un rendez-vous t&#233;l&#233;phonique toutes les heures, pour v&#233;rifier les positions, voir s'il y a une avarie ou un probl&#232;me particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, il faut savoir parler aux gens, sachant qu'ils sont dans un &#233;tat de stress &#233;norme, parfois dans le noir, en pleine mer, avec un bateau peu fiable. Si j'arrivais &#224; bien leur parler, c'&#233;tait aussi gr&#226;ce &#224; mon exp&#233;rience : je connaissais &#231;a, je pouvais me mettre &#224; leur place &#8211; ce qu'ils vivaient &#224; ce moment m'&#233;tait familier. J'essayais de ne pas les brusquer, de faire baisser la pression. Il arrivait qu'ils continuent &#224; m'appeler pour me demander des conseils apr&#232;s avoir fait &lt;i&gt;boza&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[r&#233;ussir la travers&#233;e]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Naufrages&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand un bateau ne r&#233;pondait plus, j'essayais de me renseigner. Peut-&#234;tre que le r&#233;seau ne passait plus, qu'il y avait un probl&#232;me de portable, mais peut-&#234;tre aussi qu'ils avaient fait naufrage. J'ai v&#233;cu des p&#233;riodes pendant lesquelles il y en avait plusieurs par semaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, je devais me rendre &#224; la morgue pour tenter d'identifier des corps. Une &#233;preuve : les noy&#233;s sont souvent dans un &#233;tat terrible, d&#233;form&#233;s. Quand tu n'as plus rien &#224; quoi te raccrocher, tu t'agrippes &#224; toi-m&#234;me : j'ai vu des morts avec les oreilles arrach&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'ils &#233;taient identifi&#233;s, il fallait contacter les proches. Parfois on me r&#233;pondait que c'&#233;tait impossible : &#8220;&lt;i&gt;Mon fils n'est pas au Maroc, ce n'est pas lui.&lt;/i&gt;&#8221; Certaines familles ne savaient pas o&#249; se trouvaient ceux qui sont partis, ou bien mettaient un moment &#224; accepter la r&#233;alit&#233;. Elles d&#233;cidaient ensuite si elles voulaient faire rapatrier le corps &#8211; une op&#233;ration tr&#232;s ch&#232;re. Parfois elles me demandaient juste d'envoyer une dent, ou son dernier T-shirt. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; La vie n'est pas facile pour les Subsahariens au Maroc : le racisme est omnipr&#233;sent et la police tr&#232;s violente. Quand je suis arriv&#233;, il y avait peu d'entraide. Entre migrants des diff&#233;rentes communaut&#233;s, on &#233;tait m&#233;fiants. Puis on a commenc&#233; &#224; se rapprocher pour faire front. On ne voulait plus baisser la t&#234;te et rester terr&#233;s. C'est comme &#231;a qu'on s'est retrouv&#233;s &#224; faire une manifestation de protestation, tous ensemble. Si tout le monde a fini embarqu&#233; par la police et d&#233;port&#233; dans le sud du pays, l'essentiel &#233;tait ailleurs : on s'&#233;tait rebell&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;galement trouv&#233; des formes d'organisation collective. Comme il n'est pas question d'aller voir la police marocaine quand il y a des probl&#232;mes, il faut trouver des m&#233;canismes collectifs &#8211; avec pas mal de cas r&#233;gl&#233;s &#224; l'amiable. Au c&#339;ur de ce syst&#232;me, il y a les pr&#233;sidents, ou &lt;i&gt;chairmen&lt;/i&gt;, un par communaut&#233;. Ils se retrouvent r&#233;guli&#232;rement dans une structure collective qui apporte des solutions quand il y a des probl&#232;mes. J'&#233;tais tr&#232;s impliqu&#233; l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini par quitter Tanger et le Maroc parce que j'&#233;tais dos au mur. &#199;a devenait risqu&#233; pour moi, la police ne me laissait pas en paix. Et puis ma m&#232;re &#233;tait malade. Depuis que je suis rentr&#233;, je reste impliqu&#233; dans le r&#233;seau Alarm Phone, &#224; distance, mais je stresse. Je me demande : qui est l&#224;-bas ? Qui g&#232;re l'identification des corps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaye aussi de raconter ici comment &#231;a se passe au Maroc, pour que les candidats &#224; l'Europe sachent &#224; quoi s'en tenir avant de partir. Au S&#233;n&#233;gal, les gens ne sont pas pr&#234;ts &#224; entendre la r&#233;alit&#233; sur ceux qui partent, sur les travers&#233;es, sur les morts. C'est tabou. Ils disent que ceux qui disparaissent sont des inconscients qui voulaient mourir. C'est loin d'&#234;tre le cas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard et Mathilde Offroy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Alarm Phone : r&#233;pondre &#224; l'h&#233;catombe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alarm Phone (AP) est un r&#233;seau international qui propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes en situation de d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e, gr&#226;ce &#224; un num&#233;ro joignable 24 h / 24. AP ne dispose pas de moyens de sauvetage, mais s'occupe d'alerter les secours, de s'assurer de leur intervention en mettant la pression si besoin. Le r&#233;seau regroupe plus de 200 militant&#8226;es, pr&#233;sent&#8226;es dans une douzaine de pays de part et d'autre de la M&#233;diterran&#233;e. Le num&#233;ro d'urgence, accompagn&#233; d'informations sur la s&#233;curit&#233; en mer, est distribu&#233; dans les communaut&#233;s de migrant&#8226;es des zones de d&#233;part, gr&#226;ce &#224; des relais et militant&#8226;es sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il existe trois principales routes de passage&lt;/strong&gt; : la mer &#201;g&#233;e (entre la Turquie et la Gr&#232;ce), la M&#233;diterran&#233;e centrale (o&#249; les d&#233;parts se font depuis la Libye ou la Tunisie) et l'Ouest m&#233;diterran&#233;en (principalement pour les travers&#233;es du Maroc vers l'Espagne). La situation des pays de d&#233;part &#233;volue tr&#232;s vite, tout comme les politiques des pays d'arriv&#233;e, et cela influe sur la fr&#233;quentation des diff&#233;rentes routes. Celle passant par le Maroc a par exemple &#233;t&#233; moins utilis&#233;e pendant plusieurs ann&#233;es, mais est &#224; nouveau tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e, cons&#233;quence de l'enfer que vivent les personnes migrantes en Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En plus d'assurer les permanences t&#233;l&#233;phoniques&lt;/strong&gt;, AP fournit (via son organisation-s&#339;ur Watch The Med&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Watchthemed.net.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;) un important travail de documentation des naufrages et des cas de refoulement ill&#233;gal, tout en communiquant r&#233;guli&#232;rement sur la situation, d&#233;non&#231;ant l'Europe forteresse et r&#233;p&#233;tant inlassablement que les fronti&#232;res tuent. Lutter contre la mort en mer, pour la libert&#233; de circulation de toutes et tous, mais aussi contre l'oubli des milliers de personnes disparaissant sur les routes, souvent anonymement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cinq ans d'existence&lt;/strong&gt;, AP a &#233;t&#233; en contact avec plus de 2 800 bateaux. Une solidarit&#233; internationale en actes, qui ne l&#226;che rien malgr&#233; une r&#233;pression croissante et l'accumulation des morts. Les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) &#224; ce propos sont &#233;tourdissants. Depuis 2014, 17 000 personnes auraient disparu en mer, dont 900 depuis le d&#233;but de l'ann&#233;e&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On ne meurt pas qu'en mer. L'OIM estime &#224; plus de 30 000 les d&#233;c&#232;s dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. L'externalisation des fronti&#232;res europ&#233;ennes rend les travers&#233;es toujours plus dangereuses. Si le nombre de d&#233;c&#232;s diminue (parce que le nombre de tentatives d&#233;cro&#238;t), les personnes embarqu&#233;es ont quatre fois plus de risques de mourir. Tandis que la France promet des navires militaires aux &#171; gardes-c&#244;tes &#187; libyens, l'Espagne diminue de moiti&#233; les moyens accord&#233;s au secours en mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces derniers mois, la criminalisation du sauvetage en mer&lt;/strong&gt; a s&#233;rieusement compliqu&#233; la mission des ONG en M&#233;diterran&#233;e centrale. Les avions qui effectuent des patrouilles de reconnaissance ont &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;s de voler, les ports ferm&#233;s et les personnes secourues contraintes &#224; patienter de longs jours &#224; bord, parfois des semaines, avant d'&#234;tre autoris&#233;es &#224; d&#233;barquer. Quant aux bateaux, ils ont &#233;t&#233; syst&#233;matiquement bloqu&#233;s, voire saisis, &#224; leur arriv&#233;e. Si le d&#233;part de Matteo Salvini du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur italien semble avoir eu d'heureuses cons&#233;quences imm&#233;diates (les ports se rouvrent peu &#224; peu), on ose &#224; peine parler d'&#233;claircie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Refusant d'attendre&lt;/strong&gt; que les gouvernements se &#171; r&#233;partissent &#187; les rescap&#233;&#8226;es&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un &#171; mini-sommet &#187; vient d'avoir lieu &#224; Malte, pour mettre en place un &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, un mouvement est en train de na&#238;tre et tisse des ponts entre les rives. Les dockers se proposent d'ouvrir les ports&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; G&#234;nes en juin dernier, les dockers d&#233;claraient : &#171; Nous pouvons bloquer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; et des villes se d&#233;clarent ouvertes &#224; l'accueil des personnes migrantes. Reste &#224; construire les corridors de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathilde Offroy&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#224; ce sujet l'entretien avec l'un des fondateurs de ce mouvement publi&#233; dans le dernier num&#233;ro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, &#171; &lt;a href='https://www.cqfd-journal.org/Y-en-a-encore-et-toujours-marre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;S&#233;n&#233;gal : y en a (encore et toujours) marre&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.watchthemed.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Watchthemed.net&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On ne meurt pas qu'en mer. L'OIM estime &#224; plus de 30 000 les d&#233;c&#232;s dans le d&#233;sert depuis 2014. Un r&#233;seau AP Sahara s'est cr&#233;&#233; r&#233;cemment.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un &#171; mini-sommet &#187; vient d'avoir lieu &#224; Malte, pour mettre en place un &#171; m&#233;canisme &#187; de r&#233;partition &#171; syst&#233;matique, rapide et digne &#187; des personnes sauv&#233;es par les ONG en M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; G&#234;nes en juin dernier, les dockers d&#233;claraient : &#171; &lt;i&gt;Nous pouvons bloquer les ports, mais nous pouvons aussi les ouvrir.&lt;/i&gt; &#187; En France, la CGT demandait cet &#233;t&#233; au gouvernement d'ouvrir les ports aux bateaux des ONG.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un cerveau dans le frigo</title>
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		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


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&lt;p&gt;La &#171; chose &#187; est apparue peu de temps apr&#232;s le d&#233;part du maquettiste Ferdinand C. Pour la Ville rose. Hasard ou co&#239;ncidence ? Nul ne sait. Au d&#233;but, personne n'y pr&#234;ta attention. Nous avions cru &#224; une blague quand Herv&#233; avait constat&#233; : &#171; Il y a un cerveau dans le frigo... &#187; Dans le freezer, en r&#233;alit&#233;. Ah oui !, &#231;a nous avait fait rire. Personne n'&#233;tait all&#233; v&#233;rifier. C'est peu apr&#232;s que les &#171; &#233;v&#233;nements &#187; ont commenc&#233;. D'abord ce curieux vrombissement comme venu du fond des &#226;ges, &#233;manant (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/apparue" rel="tag"&gt;apparue&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La &#171; chose &#187; est apparue peu de temps apr&#232;s le d&#233;part du maquettiste Ferdinand C. Pour la Ville rose. Hasard ou co&#239;ncidence ? Nul ne sait. Au d&#233;but, personne n'y pr&#234;ta attention. Nous avions cru &#224; une blague quand Herv&#233; avait constat&#233; : &#171; &lt;i&gt; Il y a un cerveau dans le frigo...&lt;/i&gt; &#187; Dans le freezer, en r&#233;alit&#233;. Ah oui !, &#231;a nous avait fait rire. Personne n'&#233;tait all&#233; v&#233;rifier. C'est peu apr&#232;s que les &#171; &#233;v&#233;nements &#187; ont commenc&#233;. D'abord ce curieux vrombissement comme venu du fond des &#226;ges, &#233;manant du recoin le plus sombre du local. Puis le bizarre comportement des chiens, qui refusaient d'entrer dans la cuisine et grognaient quand quelqu'un ouvrait le frigo. Il y avait aussi ces r&#234;ves fi&#233;vreux, les nuits de bouclage, qui hantaient les membres de la r&#233;daction : des tentacules s'infiltrant entre les murs chtoniens du vieux Marseille, un cri surgi du fond insondable du Vieux Port, comme un appel&#8230; Et puis ces visiteurs &#233;tranges, cocktails innommables, mi-Parisiens mi-touristes, toquant &#224; notre porte, qu&#233;mandant leur chemin vers des destinations inconnues aux noms angoissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir, alors qu'une pluie irr&#233;elle tombait en trombes non euclidiennes sur la ville d&#233;cr&#233;pie, une bouteille de ros&#233; fut, &#244; folie, d&#233;pos&#233;e dans le freezer. Dix minutes plus tard, pris d'une soif inexplicable, L&#233;mi, au milieu des t&#233;n&#232;bres, voulut s'emparer de cette bouteille maudite. Impossible ! L'abomination, &#224; la fois cerveau, poulpe et poisson mort, l'avait saisie dans ses lacets de glace ! Empli d'une terreur hallucin&#233;e, il faillit renoncer &#224; la bouteille. Puis d'un geste d&#233;sesp&#233;r&#233;, il l'arracha furieusement &#224; sa gangue givr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore secou&#233; de spasmes, les mains tremblantes, il d&#233;boucha l'atroce carafon et en servit ses malheureux coll&#232;gues. Le liquide avait une couleur qu'on ne saurait d&#233;crire. Dans un rire d&#233;ment, il invita ses amis &#224; trinquer &#224; la gloire de divinit&#233;s oubli&#233;es. Puis, lentement, un &#224; un, chacun des pr&#233;sents avala quelques gorg&#233;es de l'inf&#226;me potion&#8230;
Au jour o&#249; j'&#233;cris ces lignes, nul ne sait ce que sont devenus ceux qui ont ainsi trinqu&#233;. Je suis seul dans le local. Une soif inextinguible m'habite. Je n'ose aller voir ce qu'il se trouve dans le frigo, mais je sens qu'il m'appelle&#8230; j'ai soif&#8230; Il reste peut-&#234;tre une bi&#232;re du dernier bouclage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ph'nglui mglw'nafh&lt;/i&gt; Chien rouge Local &lt;i&gt;wgah'nagl fhtagn.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pot de d&#233;part</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/Pot-de-depart</link>
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		<dc:date>2015-07-27T19:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;St&#233;phane avait demand&#233;, la semaine pr&#233;c&#233;dente, s'il serait possible d'organiser son pot de d&#233;part dans les locaux du syndicat. C'est une demande rare, surtout de la part d'un non-militant, mais pourquoi pas ? Il est donc arriv&#233; le jour dit, avec ses bouteilles de whisky, pastis et champagne ainsi qu'avec force biscuits et autres cochonneries qu'on s'empiffre &#224; l'ap&#233;ro. Ce n'est pas trop par id&#233;ologie qu'il a choisi cet endroit. C'est davantage parce que ce local, plac&#233; quelque peu en retrait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no133-juin-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;133 (juin 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Efix" rel="tag"&gt;Efix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Stephane" rel="tag"&gt;St&#233;phane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/depart" rel="tag"&gt;d&#233;part&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/semaine-precedente" rel="tag"&gt;semaine pr&#233;c&#233;dente&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/s-il-serait" rel="tag"&gt;s'il serait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/serait-possible" rel="tag"&gt;serait possible&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/possible-d-organiser" rel="tag"&gt;possible d'organiser&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/departs-anticipes" rel="tag"&gt;d&#233;parts anticip&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;St&#233;phane avait demand&#233;, la semaine pr&#233;c&#233;dente, s'il serait possible d'organiser son pot de d&#233;part dans les locaux du syndicat. C'est une demande rare, surtout de la part d'un non-militant, mais pourquoi pas ? Il est donc arriv&#233; le jour dit, avec ses bouteilles de whisky, pastis et champagne ainsi qu'avec force biscuits et autres cochonneries qu'on s'empiffre &#224; l'ap&#233;ro. Ce n'est pas trop par id&#233;ologie qu'il a choisi cet endroit. C'est davantage parce que ce local, plac&#233; quelque peu en retrait de l'usine, peut constituer un &#238;lot de r&#233;sistance face aux interdictions de picoler dans la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1552 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/p12-cqfd61-06e6c.jpg?1779602844' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les copains et coll&#232;gues de St&#233;phane arrivent par petites vagues et on se retrouve &#224; une quinzaine. Parmi les pr&#233;sents, certains viennent pour la premi&#232;re fois dans un local syndical mais ils ne font pas de difficult&#233;s. On sent d'ailleurs une certaine reconnaissance d'&#234;tre l&#224;. Comme un acte de minuscule r&#233;bellion. &#199;a parle beaucoup. Dans ces moments-l&#224;, les blagues et vannes de toutes sortes fusent et St&#233;phane, &#171; av&#233; &#187; son accent toulousain, n'est pas le dernier. Le moment est tr&#232;s sympa, loin des chefs et du boulot. Les verres de whisky se multiplient et l'ambiance est assez chaude. Pour ma part, je me pose des questions par rapport &#224; mon d&#233;part. Je voulais partir sans f&#234;ter &#231;a, mais pourquoi se passer de ce moment convivial et plut&#244;t sympa ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces jours-ci, &#224; l'usine, l'ambiance est plut&#244;t gaie chez les salari&#233;s. La raison ? On vient d'obtenir un accord qui est compl&#232;tement &#224; contre-courant de ce qui se passe actuellement dans les bo&#238;tes : le droit &#224; partir en retraite anticip&#233;e pour les post&#233;s. Ainsi, les copains qui auront accumul&#233; au moins 25&#8200;ans de travail d&#233;cal&#233; (nuits, week-ends travaill&#233;s&#8230;) pourront se faire la malle deux ans avant l'&#226;ge l&#233;gal. 58&#8200;ans pour les plus chanceux. J'aurais pu &#234;tre &#233;ligible mais cet accord arrive trop tard pour moi qui d&#233;canille dans quelques petits mois. Tant pis. Mais tant mieux pour les autres. Dans les trois ann&#233;es qui viennent, pr&#232;s de cinquante coll&#232;gues (sur 370 !) pourront en b&#233;n&#233;ficier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, dans les groupes chimiques o&#249; de tels accords existent (Rhodia, Arkema, Total&#8230;), les directions essaient de revenir en arri&#232;re. Mais, dans notre usine, &#231;a fait un an et demi qu'on harc&#232;le nos nouveaux dirigeants. Tout a commenc&#233; par des p&#233;titions, puis des gr&#232;ves avec arr&#234;t de production sur des revendications de d&#233;parts anticip&#233;s dans le cadre de la p&#233;nibilit&#233; au travail. Ce sont des mouvements qui ont &#233;t&#233; bien suivis. Les copains &#233;taient m&#234;me pr&#234;ts &#224; continuer &#224; mettre bas les marteaux si les discussions continuaient &#224; s'enliser. Je dois reconna&#238;tre qu'on a b&#233;n&#233;fici&#233; de deux choses : nos dirigeants austro-belges ne sont pas du tout, mais alors pas du tout habitu&#233;s &#224; des mouvements de gr&#232;ve. Ils sont &#224; l'aise dans le cadre feutr&#233; de cycles de n&#233;gociations calibr&#233;s et pr&#233;par&#233;s des mois &#224; l'avance. Les arr&#234;ts de production ont donc eu un grand poids. Par ailleurs, cela va permettre &#224; la direction de se d&#233;barrasser de salari&#233;s &#226;g&#233;s, plut&#244;t r&#233;tifs aux changements organisationnels et mieux pay&#233;s, 25 % de plus avec la prime d'anciennet&#233;, que les nouveaux et jeunes embauch&#233;s. Chez ces derniers la perspective de ne plus travailler avec des vieux, qui ne tiennent plus la nuit ou le matin et qui sont aigris de devoir continuer &#224; faire les quarts &#224; des &#226;ges avanc&#233;s, est aussi une source de satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ce pot de d&#233;part, &#233;videmment, tout le monde en parle et les plus anciens ont les yeux qui p&#233;tillent devant la proximit&#233; de leurs d&#233;parts anticip&#233;s. Parmi eux, Sylvain. C'est un vieux copain de boulot avec lequel j'ai boss&#233; et milit&#233; un paquet d'ann&#233;es. Lui a carr&#233;ment la banane. &#171; &lt;i&gt;Si tout se passe comme la direction l'a &#233;crit dans le protocole d'accord, je pars un mois apr&#232;s toi&lt;/i&gt;, me dit-il, &lt;i&gt;m&#234;me si j'ai deux ans de moins que toi.&lt;/i&gt; &#187; Je lui dis que c'est carr&#233;ment bien et Sylvain r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;Du coup on pourra faire notre pot de d&#233;part ensemble.&lt;/i&gt; &#187; Voil&#224; une proposition qui me va bien. A ces mots, St&#233;phane, actuel ma&#238;tre de c&#233;r&#233;monie, dit qu'il faudra l'inviter et l'assembl&#233;e de cautionner. D'autant qu'avec cet accord, les pots de d&#233;part vont d&#233;ferler ces prochains mois. C'est plus marrant de f&#234;ter un d&#233;part en pr&#233;retraite qu'un d&#233;part en retraite parce qu'on arrive en &#171; fin de carri&#232;re &#187;. Du coup, St&#233;phane sort une bouteille qu'il avait planqu&#233;e, au cas o&#249;, et sert une nouvelle tourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a va &#234;tre dur en cas de contr&#244;le d'alcool&#233;mie. Mais bon&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Parti sans laisser d'adresse</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Efix</dc:subject>
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		<dc:subject>CFTC</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D'abord, je dois vous pr&#233;venir que je n'ai pas &#233;t&#233; trop &#224; l'usine ces derni&#232;res semaines et que &#231;a ne va pas aller en s'arrangeant d'ici ma retraite, car je d&#233;couvre que j'ai plein de jours &#224; r&#233;cup&#233;rer et de cong&#233;s &#224; prendre. Mais je serai l&#224; pour vous, sans faute ! Ma derni&#232;re d&#233;fection n'&#233;tait pas en lien avec un quelconque vestige de l'&#233;tat-providence. Plut&#244;t avec un b&#234;te malaise au boulot. Infirmerie. Urgences. Et tout le tremblement. R&#233;sultat des exams : ce n'&#233;tait pas grave, juste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no132-mai-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;132 (mai 2015)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'abord, je dois vous pr&#233;venir que je n'ai pas &#233;t&#233; trop &#224; l'usine ces derni&#232;res semaines et que &#231;a ne va pas aller en s'arrangeant d'ici ma retraite, car je d&#233;couvre que j'ai plein de jours &#224; r&#233;cup&#233;rer et de cong&#233;s &#224; prendre. Mais je serai l&#224; pour vous, sans faute !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma derni&#232;re d&#233;fection n'&#233;tait pas en lien avec un quelconque vestige de l'&#233;tat-providence. Plut&#244;t avec un b&#234;te malaise au boulot. Infirmerie. Urgences. Et tout le tremblement. R&#233;sultat des exams : ce n'&#233;tait pas grave, juste une petite alerte, comme des fusibles qui sautent. D'apr&#232;s ce que toute la gent m&#233;dicale m'a dit, j'arriverais &#224; un &#226;ge o&#249; on ne peut plus essayer de caser 30&#8200;heures dans une journ&#233;e. La chose s'annonce d&#233;licate car depuis que je me connais, c'est comme &#231;a que je vis. Au moins, cet arr&#234;t m'aura permis de la jouer plus cool pendant quelques jours et de me rappeler que c'est vachement bien de ne pas bosser. Pour l'heure, j'y retourne et on remet &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/p07-cqfd60-cb456.jpg?1779602743' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Donc, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Jesus-reviens&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;previously&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, comme diraient nos top-managers, dans l'&#233;pisode du mois dernier je vous racontais que la CFDT de ma bo&#238;te avait tra&#238;n&#233; un repr&#233;sentant de la CFTC, de ma bo&#238;te itou, devant le tribunal d'instance, pour de sombres histoires de repr&#233;sentativit&#233;. Na&#239;vement, nous &#233;tions nombreux &#224; penser que la juge se laisserait aller &#224; prendre une d&#233;cision qui ferait jurisprudence et permettrait &#224; des petits syndicats de pouvoir contourner la loi sur la repr&#233;sentativit&#233; syndicale. Que nenni ! Application de la loi : la CFTC repr&#233;sentant moins de 10 % des voix aux &#233;lections professionnelles, son d&#233;l&#233;gu&#233; est &#233;ject&#233; de toutes les instances. A cette annonce, les militants CFDT ne se sont plus sentis de joie. Ils ont eu la banane. Une grande victoire syndicale : &#171; &lt;i&gt;&#199;a y est, on est d&#233;barrass&#233;s d'eux&lt;/i&gt; &#187;, s'est exclam&#233; le secr&#233;taire CFDT de la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De mani&#232;re encore plus radicale que le c&#233;d&#233;tiste ne le pensait car on voyait le repr&#233;sentant du syndicat chr&#233;tien, trois jours avant le rendu du tribunal, chercher &#224; rencontrer la responsable RH pour lui d&#233;poser un courrier de d&#233;mission. Quelques jours plus tard, lors de ce qui s'est av&#233;r&#233; &#234;tre sa derni&#232;re nuit de travail, il est arriv&#233;, comme d'habitude. Il a salu&#233; tous ses coll&#232;gues, sans rien dire. Puis il s'est install&#233; &#224; son poste, devant ses &#233;crans. Sauf qu'il n'a pas mis ses bleus. Tout le monde l'a senti un peu excit&#233;, mais sans plus. Il a beaucoup parl&#233;, de tout et de rien, mais pas de son d&#233;part. Il faut dire qu'il est rarement &#224; son poste de travail : seul r&#233;el militant de son syndicat, il a r&#233;ussi &#224; se trouver des heures de d&#233;l&#233;gation dans diverses instances nationales et professionnelles. Du coup, il n'a pas vraiment de copains au travail. A minuit, il a sorti une bouteille de whisky, ce qui d&#233;lie toujours les langues, mais il n'a toujours rien dit sur son d&#233;part. Il a critiqu&#233; des coll&#232;gues, s'est fichu de la trombine d'autres&#8230; et la nuit s'est termin&#233;e. Le syndicaliste catho a quitt&#233; son poste de travail, &#224; cinq heures du mat', comme si de rien n'&#233;tait. En partant, il a m&#234;me &#233;t&#233; jusqu'&#224; retirer toutes les affiches et tracts CFTC des panneaux syndicaux et des murs du r&#233;fectoire. La veille de son d&#233;part, il a &#233;t&#233; vu en train de vider compl&#232;tement son local syndical, mais qui pouvait savoir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que le lendemain que ses coll&#232;gues ont appris sa d&#233;mission, par la voix du chef de service qui a ajout&#233; que ce n'&#233;tait pas une grande perte. Le militant a m&#234;me &#233;t&#233; invit&#233; &#224; faire son pr&#233;avis chez lui, officiellement pour &#233;cluser ses cong&#233;s. Au niveau de son syndicat, dans la bo&#238;te, malgr&#233; un faible effectif, il n'a m&#234;me pas pr&#233;venu ses syndiqu&#233;s. Ces derniers se sont d'ailleurs sentis trahis. D'autant plus trahis que c'est aupr&#232;s d'eux qu'on cherche des explications sur ce d&#233;part et qu'ils ne savent rien de rien. Personne parmi eux n'a envie de reprendre sa place ni son flambeau. Ils disent m&#234;me ne plus se consid&#233;rer comme adh&#233;rents de la CFTC. Ce syndicat, a priori, cesse donc d'exister sur l'usine. Je dirais que ce n'est pas une grosse perte &#233;tant donn&#233; son passif mais la joie manifest&#233;e par les militants de la CFDT fait qu'il y a quelque chose qui cloche...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;part repr&#233;sentera donc un myst&#232;re pendant quelque temps. Est-il parti par d&#233;go&#251;t du travail et de l'ambiance ? Avait-il des choses &#224; cacher ? Des probl&#232;mes de fausses facturations de d&#233;placements syndicaux (si je l'&#233;cris c'est que c'est d&#233;j&#224; arriv&#233;) ? On &#233;tait plusieurs &#224; s'&#234;tre rendu compte que l'assignation au tribunal d'instance l'avait carr&#233;ment fait stresser. Ou d'autres causes. La direction, elle, reste tr&#232;s silencieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un myst&#232;re qui ne durera pas longtemps. On a d'autres chats &#224; fouetter. Il se passe toujours quelque chose dans une usine&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La quille</title>
		<link>https://www.cqfd-journal.org/La-quille</link>
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		<dc:date>2013-05-31T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Nardo</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>travail</dc:subject>
		<dc:subject>n'est</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
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		<dc:subject>d&#233;part</dc:subject>
		<dc:subject>coll&#232;gues</dc:subject>
		<dc:subject>Christian</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans l'usine, il n'y a pas eu de plan de restructuration depuis bient&#244;t sept ans, et il n'y a donc pas eu de ces d&#233;parts en pr&#233;retraite tant souhait&#233;s par les plus anciens. Du coup, la moyenne d'&#226;ge &#233;tant &#233;lev&#233;e, on peut s'attendre &#224; ce que, d'ici quatre ans, plus du tiers de l'ensemble du personnel aura quitt&#233; l'usine. Ce qui est &#233;norme. Et rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu ces derni&#232;res ann&#233;es pour pallier cette perte de savoir. Pour l'instant, la direction essaie d'embaucher pour combler les trous, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no110-avril-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;110 (avril 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Nardo-59" rel="tag"&gt;Nardo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/travail" rel="tag"&gt;travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/l-usine" rel="tag"&gt;l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/ans" rel="tag"&gt;ans&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/n-y" rel="tag"&gt;n'y&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/depart" rel="tag"&gt;d&#233;part&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Christian" rel="tag"&gt;Christian&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans l'usine, il n'y a pas eu de plan de restructuration depuis bient&#244;t sept ans, et il n'y a donc pas eu de ces d&#233;parts en pr&#233;retraite tant souhait&#233;s par les plus anciens. Du coup, la moyenne d'&#226;ge &#233;tant &#233;lev&#233;e, on peut s'attendre &#224; ce que, d'ici quatre ans, plus du tiers de l'ensemble du personnel aura quitt&#233; l'usine. Ce qui est &#233;norme. Et rien n'a &#233;t&#233; pr&#233;vu ces derni&#232;res ann&#233;es pour pallier cette perte de savoir. Pour l'instant, la direction essaie d'embaucher pour combler les trous, mais les jeunes n'ont pas trop envie de bosser dans une industrie en perte de vitesse. Heureusement pour la direction, il y a quelques bo&#238;tes de la chimie qui ferment dans le coin, alimentant un vivier de salari&#233;s. En regardant de plus pr&#232;s, tout en se gardant d'une vision par trop &#171; complotiste &#187;, on peut penser qu'un d&#233;part aussi massif permettra au repreneur de l'usine de restructurer en &#233;conomisant un plan de suppression d'emplois. Globalement, cela fonctionnerait, mais on sait qu'il y aura des manques dans certains services.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://www.cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH309/p11-levaray04-2013-95c8e.png?1779602812' width='400' height='309' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nardo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le mois dernier, huit sont partis. Sur un total de 340, &#231;a commence &#224; se voir, et ce n'est qu'un d&#233;but. Parmi ces huit coll&#232;gues, des copains, mais pas tous. Certains comptaient les jours depuis d&#233;j&#224; des ann&#233;es tandis que d'autres semblaient surpris d'apprendre qu'ils devaient quitter le bleu de travail. Jadis, la quille signifiait pot de d&#233;part, avec &lt;i&gt;speech&lt;/i&gt; du chef de service, organisation d'une collecte, cadeaux et autres. Lorsque j'ai &#233;t&#233; embauch&#233;, le cadeau pour bons et loyaux services, c'&#233;tait une paire de chaussons et un fauteuil. Pourquoi pas une concession directe au cimeti&#232;re ? Aujourd'hui ce n'est plus le cas. La plupart des pots, quand ils ont lieu, se font en petit comit&#233; ou hors de l'usine. D'une part, parce que le &#171; z&#233;ro alcool &#187; r&#232;gne dans la bo&#238;te (en th&#233;orie, du moins), d'autre part, parce que la plupart des coll&#232;gues n'ont pas envie de faire la f&#234;te &#224; l'usine. De plus en plus, d'ailleurs, filent en catimini, comme s'ils s'en allaient en cong&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian n'est pas de ceux-l&#224;. Avec ses allures de b&#251;cheron rigolard, crini&#232;re et barbe grisonnante, il a pass&#233; 35 ann&#233;es dans la bo&#238;te. Pendant ses derni&#232;res ann&#233;es de boulot, il s'est investi dans le syndicat, apr&#232;s avoir occup&#233; une partie de son temps libre &#224; bouquiner la philosophie. Christian a boss&#233; la majeure partie de son temps dans un des ateliers les plus sales de l'usine &#224; fabriquer des engrais. Mais, &#224; cause de ses articulations us&#233;es et de probl&#232;mes cardiaques, il a fini sa carri&#232;re comme gardien. Un gardien philosophe &#231;a ne court pas les rues. Deux mois avant son d&#233;part, il a pris la r&#233;solution de ne plus bosser &#224; son poste. Sans craindre une &#233;ventuelle sanction. Il n'avait pas envie de voir son chef et ce dernier avait peur des possibles &#233;tincelles que produiraient leurs altercations. Christian a donc pass&#233; une partie de ses heures de travail au syndicat, ou dans les autres services &#224; causer avec d'anciens coll&#232;gues. Il a aussi saut&#233; sur chaque occasion de r&#233;union pour batailler avec la direction. Il en a aussi profit&#233; pour piquer pas mal d'heures au patron, ce qu'il ne pourra plus faire en retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, malgr&#233; ces arrangements tr&#232;s personnels, Christian est all&#233; de moins en moins bien. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas le travail que je vais regretter, loin s'en faut. C'est plut&#244;t le fait que j'ai boss&#233; tant d'ann&#233;es, avec des contraintes, des horaires, des coll&#232;gues, et que j'ai un peu peur de l'avenir &lt;/i&gt; &#187;, dit-il. &#171; &lt;i&gt;C'est un saut dans le vide, une petite mort, une page qui se tourne.&lt;/i&gt; &#187; Il a fallu qu'il vide ses armoires et placards au vestiaire. &#171; &lt;i&gt;C'est vraiment bizarre cette impression : comme si tout s'effa&#231;ait. Bient&#244;t mon nom dispara&#238;tra des registres.&lt;/i&gt; &#187; Oui, c'est ce blues-l&#224; qui a atteint Christian. Difficile &#224; imaginer de la part de ce colosse. Arr&#234;ter de bosser &#233;tait depuis des ann&#233;es son souhait le plus fort, mais l&#224;, face &#224; l'&#233;ch&#233;ance de la retraite, il a du mal &#224; s'y faire. Fichue ali&#233;nation li&#233;e au travail salari&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour f&#234;ter son d&#233;part, il a organis&#233; un pot au local syndical (lieu prot&#233;g&#233;) o&#249; beaucoup de monde est venu le saluer ou le chambrer. N'arrivant pas &#224; quitter ses potes, il a promis de revenir de fa&#231;on assidue aux prochaines r&#233;unions&#8230; Puis il est all&#233;, pour la derni&#232;re fois, au service du personnel chercher son solde de tous comptes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Touch&#233; par la gr&#226;ce</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
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&lt;p&gt;LES AUTRES FOIS, lorsqu'il y a un car qui attend devant l'usine, c'est soit pour un voyage organis&#233; par le comit&#233; d'&#233;tablissement, soit pour un d&#233;part de manif &#224; Paris. Aujourd'hui, &#231;a n'a rien &#224; voir. Le car stationne devant les b&#226;timents de la direction et pr&#232;s d'une trentaine de cadres et chefs de service de l'usine s'y engouffrent. En guise d'accompagnateurs : le directeur flanqu&#233; de la charg&#233;e de communication, qui n'a pas l'air dans son assiette. Le car a &#233;t&#233; affr&#233;t&#233; pour que tout ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/CQFD-no50-novembre-2007" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;50 (novembre 2007)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-usine" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'usine&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LES AUTRES FOIS, lorsqu'il y a un car qui attend devant l'usine, c'est soit pour un voyage organis&#233; par le comit&#233; d'&#233;tablissement, soit pour un d&#233;part de manif &#224; Paris. Aujourd'hui, &#231;a n'a rien &#224; voir. Le car stationne devant les b&#226;timents de la direction et pr&#232;s d'une trentaine de cadres et chefs de service de l'usine s'y engouffrent. En guise d'accompagnateurs : le directeur flanqu&#233; de la charg&#233;e de communication, qui n'a pas l'air dans son assiette. Le car a &#233;t&#233; affr&#233;t&#233; pour que tout ce beau monde assiste &#224; la messe bisannuelle organis&#233;e par la direction g&#233;n&#233;rale. Une r&#233;union de cadres, pour les motiver et les booster, parce que, m&#234;me &#224; leur niveau, on ne sent pas d'enthousiasme ni de confiance dans l'avenir de la bo&#238;te. Le directeur g&#233;n&#233;ral va leur faire une piq&#251;re de rappel en soulignant les objectifs et en citant les deux mois &#233;coul&#233;s o&#249; il y a eu (enfin) des b&#233;n&#233;fices affich&#233;s&#8230; Tout cela sera accompagn&#233; de petits-fours et de champagne, ce qui explique l'emploi du transport en commun, des fois que quelques-uns se jettent sur les coupes de champ'. Il n'y a pas que les prolos qui abusent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derri&#232;re les vitres teint&#233;es des b&#226;timents de la direction, &#231;a ne se voit pas de l'ext&#233;rieur,mais tout le personnel administratif est &#224; l'aff&#251;t, observant ce d&#233;part d'un oeil s&#233;v&#232;re. Rien &#224; voir avec des parents sur le trottoir en train de regarder partir leurs gamins en classe verte. Chaque cadre qui passe est soumis &#224; critique : celui-l&#224; harcelait son personnel f&#233;minin ; aujourd'hui, m&#234;me s'il essaie de la jouer vieux beau, il est d&#233;cati. L'une des observatrices lance qu'il ferait presque peine &#224; voir s'il n'avait &#233;t&#233; aussi puant auparavant. Une autre de lui r&#233;pondre que, de toute fa&#231;on, m&#234;me avec le Viagra, &#231;a ne marche plus et qu'elles sont enfin tranquilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ce chef de service qui passe. Lui est plus jeune,mais les secr&#233;taires ne l'aiment pas : il fait trop de courbettes au directeur, a toujours le doigt sur la couture du pantalon et ne contredit jamais les directives. Les filles l'observent. Il monte dans le car, puis redescend rapidement, revient vers les bureaux, dispara&#238;t puis ressort en se boutonnant la braguette. Il court de peur que le convoi parte sans lui. Les rires et les moqueries fusent. Tout est &#224; l'avenant. Tous les cadres sont install&#233;s. C'est l'heure du d&#233;part. L'autocar s'&#233;broue et s'en va : direction La D&#233;fense. Lorsqu'il d&#233;passe les barri&#232;res de l'usine et dispara&#238;t, tout le personnel reprend son poste, dans les bureaux, &#224; l'informatique ou ailleurs. Et c'est l&#224; qu'on voit qu'il y a quelque chose de chang&#233; : les secr&#233;taires et les comptables se font plus sereines. L'atmosph&#232;re est d&#233;tendue. C'est tout &#224; fait remarquable. Elles font leur boulot, mais &#224; leur rythme, sans la crainte de voir un cador d&#233;bouler. Et puis quand le boulot est fini, ou sur le point de l'&#234;tre, tout le monde se rassemble pour un th&#233;, un caf&#233;, un g&#226;teau&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ateliers, c'est pareil. M&#234;me si les contrema&#238;tres et les pousse-culs sont rest&#233;s, l'atmosph&#232;re a chang&#233;. &#199;a ronronne.&lt;i&gt; &#171; T'as vu&lt;/i&gt;, dit Laurent, &lt;i&gt;ils ne sont pas l&#224; et &#231;a marche quand m&#234;me. &#187;&lt;/i&gt; L&#224; aussi, il y a moins de stress. Savoir que les chefs ne vont pas leur faire faire des man&#339;uvres risqu&#233;es, qu'ils ne vont pas venir les engueuler parce que telle machine ne fonctionne pas &#224; son nominal, et l'ambiance change. C&#233;dric surveille ses &#233;crans de contr&#244;le, les pieds sur le bureau, d&#233;tendu. Andr&#233; &#233;pluche d&#233;licatement une orange, prenant son temps, le regard ailleurs, cool. Peut-&#234;tre r&#234;ve-t-il &#224; de futures vacances. J'aimerais croire qu'il imagine un avenir sans patron&#8230; Voil&#224;, c'est tout. Un moment de gr&#226;ce quasiment, comme il en existe si peu dans une usine, mais je tenais &#224; en rendre compte, pour partager.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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